Coup de gueule: U Myšáka, Vodičkova 31
Entre 1881 et 1883, l'un des plus brillants représentants de l'architecture néo-renaissance praguoise, "Otto Ehlen" remanie le bâtiment initial pour en faire un édifice de 3 étages avec commerces en rez-de-chaussé. En 1910, le pâtissier "František Myšák" acquiert le bâtiment et aménage dedans une pâtisserie qui deviendra l'une des plus célèbres de tout Prague, "U Myšáka". Elle fera le bonheur des gourmands pendant 40 ans, jusqu'à l'étatisation par les bolcheviques (fumiers aussi). Une pâtisserie du même nom (mais de tout autre esprit) existera jusque dans les années 90 dans la maison d'à côté. Dans l'originel "U Myšáka", il y avait encore 2 ans de cela une bijouterie (lavage d'argent sale?) et une boutique de fringues archi-ringarde. En 1918, l'édifice sera retapé par l'architecte "Osvald Polívka" mais c'est "Josef Čapek" qui lui donnera son aspect final en 1922, une des rares représentations de l'architecture rondocubiste praguoise d'après première guerre mondiale et d'après naissance de la Tchécoslovaquie. La façade est d'autant plus unique qu'en 1921 le projet initial de "Čapek" fut refusé par les autorités, et notre gaillard s'en est alors allé consulter la crème de la crème pour son second essai: "Josef Gočár" et "Pavel Janák" (je vous ferai une publie complète sur ces 2 génies un jour). Le second essai fut unanimement approuvé en 1922 dans l'enthousiasme et l'alléluia, et cette façade unique (je le répète) tient donc de l'inspiration de 3 des plus grands génies architecturaux que la République ait jamais eu. Bon, puis après 1922 quelques coups de peinture, genre lavage de carreaux, mais rien de vraiment marquant, sinon que tout le monde encore maintenant se souvient de la pâtisserie, mais ni de la façade ni de la maison. De toute façon dans l'état où elle était, la façade comme la maison depuis quelques années... une ruine.
Tout a commencé en 1996 avec la démolition des bâtiments 712, 713 et d'une partie du 710 qui formaient une sorte de carré avec une cour centrale. En 1997, délivrance du permis de détruire-construire par les autorités compétentes sous condition de conserver la totalité restante du bâtiment 710 dont on se cause. Mais rien ne se passait, strictement rien, sinon qu'il y avait un trou béant dans l'une des plus grandes artères de Prague, et que "U Myšáka" se délabrait à vue d'oeil. En 2004, l'on dû refaire la totalité de la canalisation de transport des eaux usées dans la rue "Vodičkova". Super, ça tombait vraiment bien. Bulldozers, marteaux piqueurs, camions lourds... et forcément, la statique de notre bâtiment en fut ébranlée. Sous l'insistance des autorités d'entamer les travaux, les choses se mirent en marche, mais avec quelques changements conséquents dans les plans initialement approuvés: le promoteur souhaitait supprimer la partie habitable du bâtiment historique afin de n'en conserver que la façade (fumiers!). Il y eut des réunions, des négociations, des marchandages, des dessous de tables et des pots de vin, et... on finit par suggérer des plans, des aménagements, pour finalement arriver à ce qui est en cours aujourd'hui, une galerie commerciale avec garages et appartements de luxe sur environ 1/3 des 15.000 m² de surface. Et comme "U Myšáka" emmerdait sacrément les promoteurs, son écroulement partiel (enfin 85% quand même) et soudain tombait à pic. Que va devenir la façade? A mon avis rien, rien parce qu'elle ne va pas rester. Rendons-nous à l'évidence, le pognon de l'immobilier aura de nouveau eu raison d'une partie de la ville, de cette partie qui fait que Prague est unique au monde et qui disparaît petit à petit. C'est révoltant, c'est à vomir, mais c'est comme ça. La population s'en fout, elle n'habite plus à Prague 1 (centre historique), les politiques aussi et surtout ils sont grassement soudoyés pour permettre, autoriser, oublier, ne pas voir... Une répugnante brochette de jean-foutre inconscients (et c'est pas les preuves qui manquent, lisez pour exemple quelques publies précédentes).
Alors hein, après tout, laissons le fric (généralement sale) transformer Prague en un immense merdier commercial où l'autochtone ne peut s'offrir le luxe d'acheter compte tenu des prix exorbitants imposés par les loyers. Oyez oyez braves gens, visitez Prague, le centre commercial de l'Europe avec ses casinos non stop et ses bordels accueillants." Voilà ce que Prague est en train de devenir, le nombril-commercial-ruine-pognon-lupanar de l'Europe, sans dec, ça fout les boules, genre.
Cet article contient une suite en date du mercredi 12 mars 2008










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3 Comments:
C'est marrant, ils n'ont rien inventé !!! La vieille technique du salami... très en vogue il y a quelques années un URSS pour transformer par petites touches délicates une politique pluripartiste en politique unipartiste : il y a bien des elections mais pour un seul candidat... ils ont raison, c'est bien plus simple ! Peut-être qu'il y a quelques restes, qui sait...
à Venise c'est un peu pareil mais forcément moins visible. Disney et Las Vegas avancent leurs pions et les habitants s'enfuient contraints d'aller sur la terre ferme pour vivre... On parle d'un métro et de tunnels automobiles sous le grand canal ! En ce moment une délégation vénitienne est à St Petersbourg pour vanter les mérites du casino et du carnaval aux riches maffieux qui règnent en Russie ! c'est à vomir en effet !
>Delphine: élection et construction, ça rime :-)
>Lorenzo: après Karlovy-Vary, Nice... la mafia russe va à Venise? Remarque ils doivent déjà y être, je serais surpris du contraire. Un métro sous Venise? C'est totalement stupide, la ville n'est pas assez étendue pour ça. Je me souviens avoir traversé Venise de l'Arsenal à la Piazza Roma en quelques 45 min. Alors s'ils mettent un métro, c'est maxi 3 stations. Ca vaut le coup?
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