dimanche 29 juin 2014

Ailleurs: L'église en bois St Michel de Maršíkov

Du fait que l'autoroute D1 est en pleine réfection (et Mère Nature sait qu'elle en a grandement besoin), l'on décida, ma chérie d'amour et moi, de nous en rendre en Moravie/Silésie par le Nord, par "Hradec Králové", "Šumperk", jusqu'à "Krnov".
Comme le reste de la République tchèque, c'est tout plein de choses à voir et à visiter tout du long, et comme justement le touriste ne s'en rend que rarement en ces contrées de par leur éloignement de tout axe principal et de leur relative hauteur (entre 400-900 m au-dessus du niveau de l'amer... bière...), ben c'était l'occasion d'y jeter un oeil (avant d'y jeter l'autre aussi). Sur ma longue liste des "à voir à bsolument", j'en avais tellement velu que l'on ne put tout faire, mais cette petite église en bois St Michel, je l'avais mise en priorité "importante" et je ne le regrettai point du tout du tout.

Parenthèse. C'est mal foutu quand même parfois la langue française. Tiens, si je vous dis "l'église en bois St Michel", on dirait qu'il s'agit du "bois St Michel", comme du "bois de Boulogne", genre un qualificatif du bois. Et si je vous dis "l'église St Michel en bois", on dirait que c'est St Michel qui est en bois, et pas l'église. Si la langue française était bien foutue, ou tout du moins mieux foutue qu'elle ne l'est, je pourrais dire "l'en bois église St Michel", et paf, toute ambiguïté serait comme par miracle écartée. Certes, il existe encore l'option pour les tatillons qui consiste à écrire "l'église en bois consacrée à (l'archange) St Michel", mais mes publies sont déjà suffisamment longues comme ça... Enfin bon, juste pour dire qu'en ce cas spécifique, les langues slaves sont nettement plus flexibles (cf. "dřevěný kostel sv. Michala").
Tiens, autres splendides exemples d'ambiguïté française: la circulation a été déviée par la gendarmerie (ou par la route nationale?). Le prisonnier des cannibales était prêt à manger (en prêt-apporté?). Bref...

En arrivant sur place au moment où le temps était ensoleillé comme pas permis, nous trouvâmes aux abords de l'église une vieille brave dame en train de retourner son jardin. Et comme la publicité disait "sur demande auprès de Mr Lichner, demeurant en la première maison près de l'église, icelui vous fera visiter...", nous interpellâmes la brave dame. "Lád'ôôôôô..." hurla-t-elle de par derrière de la bâtisse, "t'as des touristes pour visiter l'église!". Au bout de quelques minutes, "Lád'a" débarqua de derrière les fourrés et nous ouvrit l'église St Michel (en bois, l'église), rien que pour nous.

Historique
"Lád'a" était un brav' p'tit vieux, d'un âge certain, mais plutôt bien conservé pour cet âge (surtout dans sa tête, qu'il était bien conservé).
Et il nous dévoila tout de ce qu'il savait sur l'édifice, sans rien omettre ni cacher. Aussi ce que je vous raconte dans cette publie est en grande partie la réplique écrite de ses propos vocaux (avec de menues nuances cependant, afin de faire compréhensible par endroit).

"Maršíkov" est un trou de quelques 90 demeures pour 200 habitants dépendant de la commune de "Velké Losiny", dans le district de "Šumperk". La première mention écrite du bled date de 1351 (cf. "Codex diplomaticus et epistolaris Moraviae. Leitomischl 12. April 1351. Clemens Episcopus Servus Servorum Dei ad perpetuam rei memoriam [...] Marschonisvilla [...]") et fait référence à la paroisse dans le cadre d'attribution de domaines à la chienlit cul-bénite pour exploitation fiscale et esclavagisme intensif du péquenaud.

De toute son existence, la commune resta absolument insignifiante, et sans notre église St Michel, elle serait sans doute restée dans l'oubli le plus absolu tellement elle ne représente rien dans le cour de l'histoire. Pour preuve de son insignifiance, outres les naissances, les mariages, les décès et les baptêmes, vous trouverez dans le registre communal tous les changements de nom du bled: "1475-1605 Mařkov, Marzkow, Marškov, Marskow, Maržkow, 1481 Maříkov, 1494 Marczkow, 1771 Meykow, 1846 Maršíková, 1872-1885 Maršová, 1885 Mašov, od 1893 Maršíkov"... en différentes langues même, tellement l'archiviste ne savait plus quoi écrire dans son registre (cf. en Germain "1431 Marskendarf, 1569-1945 Marschendorf, 1570 Marssendorf, 1610 Maschendorf, 1788 Moschendorf, 1807 Alt Marschendorf", en Latin "1351 Marschonisvilla, Marchionis villa, 1672-1771 Marschendorf, 1690 Morschendorf", en Arabe dans quelques années...).
Pour vous dire l'insignifiance... et donc passons directement au vif du sujet.

L'édifice actuel date de très exactement 1609. Mais avant cette année (pas 2014, 1609. C'est vraiment mal foutu quand même parfois la langue française!), il existait déjà céans une autre église, démolie (toujours en 1609) pour cause de mauvais état. De cette pre-église l'on ne sait pas grand-chose (tiens, il faisait quoi l'archiviste ce jour-là?). Bien que la paroisse du village de "Maršíkov" date d'avant 1350, les seuls éléments concernant l'église affirment qu'il s'y trouvait 2 cloches gothiques. La plus grande datant de 1515 (gothique tardif) fut réquisitionnée, la seconde, et sans doute plus ancienne, est toujours pendue au clocher. Mais l'on ne connaît pas la date de sa fonte, la DLUO n'ayant pas été gravée dessus comme sur la précédente. Bref, en 1609 commença alors la construction du temple évangéliste (cf. Église évangélique des frères tchèques), en partie d'avec les restes de l'église de "Velké Losiny", également démolie pour cause de mauvais état. Bien qu'une partie du coût fut absorbée par les dons privés, la majeure partie fut cependant concédée par la famille "Žerotínové", famille de laquelle je vous avais déjà parlé à propos de l'église jamais terminée de "Panenský Týnec".
En fait les factures relatives à l'église existent toujours, et sont datées du 28 mai 1609. Elles concernent des lattes, des clous, des bardeaux et autres menus zinzins, mais rien concernant les poutres, le gros-oeuvre ou l'électricité. Aussi l'on peut présumer qu'iceux proviendraient de la récup de matos de l'église de "Velké Losiny" (à moins que les factures n'aient été perdues, mais les experts ne penchent pas pour cette possibilité). Pareil, aucune trace des artisans, constructeurs ni architecte(s), aussi l'on pourrait croire que l'édifice fut construit par les extra-terrestres (à moins que les documents n'aient été perdues, mais les experts ne penchent pas pour cette possibilité). Par contre, et bien qu'aucun document n'existe à nouveau, le permis de construire dut être délivré par "Jan ze Žerotína" juste avant sa mort le 8 mai 1608, puisqu'en cette période le rejeton et ritier "Přemyslav II" était mineur, et les biens alors administrés par sa mère "Andělina" (Angelina). En fait, je précise parce que vous entendrez souvent que l'initiateur de la construction était le fils "Přemyslav II ze Žerotína", alors que c'est pas possib' et que donc c'est plutôt le père "Jan ze Žerotína" qui just' avant sa mort... C'est pas important "Lád'o", on passe à la suite.

Parenthèse, mais c'est pas "Lád'a" qui m'informa de cette info, mais ma femme de ménage. En fait l'on ne sait toujours pas si "Jan ze Žerotína" était un ou plusieurs.
En effet, nombreux documents de vers 1609 font référence à Jean le jeune, Jean le vieux, Jean le fils et Jean le père que Jean-Pierre mon Latin... et que donc du savoir de qui autorisa la construction... Enfin bon, reportez-vous à la thèse de "Andréa Kvapilíková: Losinsko-vízmberská větev rodů Žerotínů na Šumpersku" qui vous donnera tous les détails. Fin de part en thèse. Bon, et je disais quoi maintenant...

Ah oui. Après la triste bataille de la Montagne Blanche, l'église de "Maršíkov" fut rattachée à la paroisse de "Velké Losiny", ce qui eut pour conséquence l'ajout d'une ligne supplémentaire sur le registre de la commune.

En 1649, le retable avec la photo de l'archange St Michel fut bénit consacré, ce qui eut pour conséquence l'ajout d'une nouvelle ligne sur le registre de la commune.

Entre 1655 et 1657, fut posé un nouveau carrelage en remplacement du lino temporaire et le maïeur local fit don à l'église d'un tableau représentant Mari Madeleine à Longchamp pour la finale du Prix du Mérite Agricole des juments pouliches de 4 ans, ce qui eut pour conséquence l'ajout de 5 longues lignes sur le registre de la commune. Suite à quoi, l'archiviste se mit en grève afin de réclamer une augmentation parce que sa fonction devenait insoutenable de par la charge de travail.

Lorsqu'on trouva un nouvel archiviste (le précédent étant parti en retraite bien méritée), sa première ligne sur le registre communal s'articula ainsi: "A.D. 1670, un nouvel archange St Michel fut peint sur le retable de l'église." Après quoi il prit 2 semaines de vacances afin de se remettre du labeur.

En 1673, la commune fit l'acquisition d'un positif (petit orgue transportable que l'on "pose") afin d'accompagner le chant dissonant des fidèles. Iceux braillaient cependant toujours aussi faux, et pire, couvraient le son de l'instrument. Aussi en 1776, l'on remplaça le positif par un vrai orgue de facture "Kašpar Weltzel" (il contribua à l'orgue de l'église de la Nativité à la Lorette à Prague).
Et justement, toujours en cette période (1776-1777), vu que l'archiviste avait ses mains dans le chantier, l'on restaura l'église en bois d'une touche rococo, et le retable reçu un nouveau tableau de l'archange Michel peint par le fameux peintre jésuite "Ignác Raab" (cf. St Thomas, St Tignace, St Roch, St Seb et Ste Rosalie, et j'en passe...).

Entre 1842 et 1843, d'autres modifications mineures furent apportées à l'édifice: recarrelage du choeur, ajout d'angelots au retable principal, ajout de retables latéraux consacrés à la vierge Marie et à St jean Népomucène, et ajout d'une chaire pour que tout le monde puisse voir le curé. Ben oué.

Le cimetière qui entourait l'église St Michel fut fermé en 1900, mais l'archiviste ne prit pas la peine de préciser dans les registres où les locataires furent relogés.

Entre 1930 et 1931, débarrassé de ses occupants, le terrain autour de l'édifice fut abaissé afin de mettre ce dernier en valeur (enfin), et les vieilles poutres pourries furent remplacées par des poutres neuves en pleine forme. D'autres nécessaires réparations eurent lieu encore en 1964, 1972, 1994 et depuis 2000, c'est quasi incessant entre le toit, les planches des murs et plafonds... Bon, mais c'est pas vraiment important "Lád'o", alors on passe à la suite.

Description
L'édifice construit en rondins est d'apparence gothique (très) tardif et d'agencement intérieur renaissance (j'te dis pas l'accouchement difficile du monstre). La nef est longitudinale de 14 mètres et largitudinale de 11, terminée par un choeur polygonal profond de 6 mètres, adjoint d'une petite sacristie rectangulaire au Nord. La nef toujours est surmontée en son centre d'une petite tour baroque octogonale construite en 1757 et chapeautée d'un oignon. La toiture à 2 versants et 2 croupes est couverte de bardeaux. En fait l'apparence extérieure est similaire à toutes les églises en bois de la région, et hormis la tourelle baroque, l'aspect est originel encore aujourd'hui.

D'intérieur, c'est autrement plus trop fort de café, et xceptionnellunique. Le plafond du choeur est voûté en anse de panier, formant une surface plate sur la moitié centrale. Ce plafond à caissons peu profonds rappelant un treillage est percé au sud de 2 lucarnes en forme de lunette. L'inspiration (selon "Lád'a") aurait été l'église St Jean Baptiste de "Velké Losiny", mais n'y m'étant point rendu, je ne puis confirmer. Le plafond de la nef est plat, également à caissons et à motifs carrés en diagonale, soutenu par 2 piliers centraux. Au-dessus du vestibule se trouve une tribune, qui devait en son temps se prolonger sur les murs latéraux de la nef comme en témoignent les traces longitudinales laissées sur les tasseaux. Les murs intérieurs sont tapissés de planches en bois, dont certaines, provenant de l'église recyclée de "Velké Losiny" selon "Lád'a", sont polychromées de motifs champêtres et géométriques disparates. Proviendraient-elles de diverses églises, les planches polychromées? Pour l'anecdote, lorsque je demandai au bon boug' plus de détails sur ces polychromies vieilles de quelques 400 ans, il m'informa que "l'on a bien essayé de les laver, mais rien à faire, ces peintures tiennent au bois comme la merde à la chemise." J'en crus pas mes esgourdes. Et puisqu'il en était aux confessions, "Lád'a" nous informa encore que l'orgue de Gaspar ("Kašpar Weltzel") fut restauré en 1973, et seuls 3 tuyaux usés sur les 315 durent être remplacés.

Ensuite il insista encore sur la toile de la Ste Trinité de 1717 qui pend dans le choeur, mais qui pendait auparavant dans une chaplette homonyme avant qu'icelle ne soit désacralisée, et qui fut offerte (la toile) par la comtesse "Ludvika ze Žerotína". Hum... j'y jetai un oeil poli, mais bon, sans grand intérêt la croûte.

Puis il nous informa encore de quelques artefacts précieux qui embellissaient l'église, mais qui, pour des raisons de sécurité comme de conservation, furent déménagés en divers musées de la région. Mentionnons un font baptismal renaissance de 1615, un calice de 1614 offert à l'église par "Přemyslav II ze Žerotína", et un bénitier (sans grenouille) de la seconde moitié du XVIe siècle provenant de l'église d'avant.

Anecdotes et curiosités
Et donc outre l'exceptionnalité architecturale que représente l'église de l'archange St Michel de "Maršíkov", cet édifice peut encore se vanter du titre de "la plus ancienne construction populaire conservée en l'état en Moravie du Nord." Moi j'dis qu'on fasse péter le Champomy!

En 1819 (ou 1820), l'on découvrit à quelques centaines de mètres de l'église le premier chrysobéryl d'Europe. "Maršíkov" devint alors mondialement... localement... un peu connu auprès des 29 lithophilistes du monde en ce début du XIXe siècle.

En 1757 naquit soudainement une affabulation sans fondement, selon laquelle, le cardinal Von Dietrichstein aurait fait don aux paroissiens de "Maršíkov" du matériel de construction de feu l'église de "Velké Losiny" en remerciement de leur reconversion à la religion catholique comme les tous premiers reconvertis en Moravie du Nord. C'était bien entendu faux, mensonger, et n'avait qu'un but purement politique, comme toujours en religion (surtout catholique).

La messe n'est plus célébrée régulièrement en l'église, mais uniquement dans le cadre d'évènements exceptionnels, genre ouverture de la coupe du monde de football au Brésil (pour faire plaisir à mon pote Pascal ツ), ou lorsque le lundi de Pâques tombe un vendredi saint.

Pour la visite, adressez-vous donc à Mr "Ladislav Lichner" demeurant en la première maison près de l'église. Je ne pense pas qu'il parle Français (il est Morave, du Nord, donc déjà avec le Tchèque il a du mal...), mais essayez l'Allemand, je suis prêt à parier qu'il n'aura aucun problème.

En conclusion
Pour les amoureux des églises en bois et du patrimoine culturel populaire des montagnes pas très hautes de la Moravie du Nord, l'église de l'archange St Michel à "Maršíkov" est un petit bijou en boîte de satin (en bois de sapin?). Maintenant compte tenu de son éloignement (relatif) de toute route à vitesse moyenne (au-dessus de 70 km/h), je ne puis vous envoyer en cette contrée avec pour seul but la visite de l'édifice susmentionné. Toutefois, et si le hasard de la fortune vous mène en ces terres, sonnez chez "Lád'a", vous ne le regretterez pas.

En fin de visite, et pour toute rétribution, il s'efforcera de vous refourguer des cartes postales et autres prospectus. Bon, pour les quelques couronnes qu'il en demande, soyez bon Monseigneur, achetez, ça vous portera chance. Et n'oubliez pas quelqu'offrande pour la réfection de l'église, en cette matière chaque sous est le bienviendu. Personnellement j'ai acheté, et j'ai donné. Attends, je ne peux pas toujours que prendre non plus, non?

L'église en bois c'est là: 50.0344278N, 17.0758756E

vendredi 30 mai 2014

Coup de gueule: VoyageForum c'est fini pour moi

Eh oui, j'aurais pu me dire "bon, c'est comme ça", "ils sont trop cons", et laisser tout simplement tomber, fermer les yeux comme si de rien n'était et acheter un tube de préparation H pour faire passer la pilule. Mais non, cette fois-ci non, parce que le rubiks-con vient d'être franchi, et il est temps que vous soyez également informés et conscients de ce qui se passe, lentement mais assurément, en loucedé de votre insu.

Les faits
Depuis de nombreuses années, et parce que j'habite à Prague et que de nombreux Francophones posent de nombreuses questions sur la pertinence desquelles je ne m'étendrai pas ici, donc depuis de nombreuses années, je contribue gracieusement aux discussions du site VoyageForum.
Et depuis ces nombreuses années, j'avais un avatâr (cf. mes photos), trouvé dans le palais Łazienki du parc homonyme à Varsovie, en PLogne, représentant Silène accompagné de 2 Bacchantes, splendide peinture de Jacob Jordaens dont j'étais tombé amoureux (de la toile) parce que le satyre me rappelle ma jeunesse d'il y a 30 ans de quand que... enfin bref... Et donc cet avatâr m'avait suivi dans mes contributions jusqu'à il y a quelques semaines, où soudainement il disparut. Je le remis alors, mais il redisparut. Je le reremis à nouveau, et il reredisparut encore. Bon, "l'image est peut-être trop grosse en kilo byte" pensai-je? Même retaillé en plus p'tit, Silène disparut. "Et mon pote le chat de la voisine? Tiens, si j'essayais la bonne bouille de mon pote le chat de la voisine" (cf. mes photos)? Ben croyez-le ou non, icelui perdura. "Dis-donc, c'est curieux comme comportement quand-même" me dis-je. Cette surprenante suppression serait-elle l'oeuvre d'une personne humaine, je caresserais l'espoir qu'icelle m'informe du souci, et non pas qu'elle supprime continuellement mon avatâr sans rien dire, non? Après 6-7 essais infructueux d'imposer Silène et ses 2 Bacchantes (je suis parfois têtu jusqu'à l'idiotie, je l'avoue humblement), je me dis quand même que j'allais demander au woueb-masseur de VoyageForum, s'il n'aurait pas comme une idée du pourquoi que c'est, que ça ne fait soudainement rien d'autre que de ne pas vouloir enregistrer mon image que j'avais depuis tout ce temps sans souci. La réponse me parvint le lendemain:
"Le 6 mai 2014. Bonjour, Il est possible que votre photo ait été "victime" d'un petit bug comme cela arrive parfois, notamment lorsqu'il y a optimisation du site au niveau des visuels (dixit notre équipe technique). Le cas échéant, vous pouvez peut-être essayer de mettre une autre photo ou avec une autre "dénomination" pour votre avatar. Bien cordialement..."

Excellent! Un bug sélectif qui n'aime pas Jacob Jordaens mais qui n'a rien contre mon pote le chat de la voisine. Trop fort.

Mais attendez la suite. Neufs jours plus tard, je reçus un complément d'enquête:
"15 mai 2014. Bonjour, Nous avons trouvé la cause du problème. Votre photo contient une légère nudité qui n'est malheureusement pas acceptée par un de nos importants partenaires publicitaires. Dans le contrat que nous avons avec celui-ci, tout le contenu de notre site doit être "family containt compliant" (contenu qu'on peut montrer à un enfant de 5-6 ans). Ce qui veut dire que la moindre nudité, même celle sur une peinture officielle n'est pas acceptée. Nous vous avouons que nous trouvons cela très exagéré et que ça ne reflète aucunement notre propre opinion, particulièrement lorsqu'il s'agit d'oeuvres d'art officielles. Mais, malheureusement, sans les revenus publicitaires de cet important partenaire, VoyageForum ne peut demeurer en ligne... Pour que votre image de profil demeure en ligne, il vous suffit donc d'en choisir une qui n'a aucune "nudité" et qui peut être montrée à un enfant de 5-6 ans ("family containt compliant"). Quoique nous sommes conscients que cela soit très discutable et subjectif... Nous vous remercions de votre compréhension. Bien cordialement..."

Stupéfiant n'est-il pas? Silène et 2 Bacchantes de Jacob Jordaens ne peut pas être montré à un enfant de 5-6 ans parce sa nudité n'est pas "family containt compliant". Est-ce que le prudimbécile responsable de cette absurdité réalise seulement que le sein maternel est sans doute la première chose qu'il ait vue en ouvrant les yeux, assurément la première chose qu'il ait tétée quelques minutes seulement après sa naissance, et je me garde bien de lui rappeler par où sa tête est passée, pour peu que madame sa maman n'ait pas eu recours aux services de César.

Bien, j'adaptai alors mon avatâr aux exigences "d'un de leurs importants partenaires publicitaires sans lesquels VoyageForum ne peut demeurer en ligne" (cf. mes photos). Mais cette fois-ci c'est VoyageForum qui supprima mon image:
"19 mai 2014. Bonjour, On nous demande votre collaboration et compréhension... (note de Strogoff: On nous demande?!) Éviter de nous narguer publiquement... VoyageForum n'est pas en mesure de se battre contre ce partenaire publicitaire (Google), mais en s'associant avec d'autres nous y arriveront peut-être: http://www.lechotouristique.com/article/la-fronde-anti-google-s-organise,64891#xtor=EPR-2. Bien cordialement..."

Bon, et alors?
Voilà chères lectrices et chers lecteurs, la liberté d'expression, l'art et la culture doivent s'effacer devant le pouvoir du fric d'un stupéfiant imbécile outratlantique autoproclamé dictateur de la morale publique dans le monde. Je présume que la prochaine étape consistera à napalmer "La Liberté guidant le peuple", émasculer "David", et instaurer une "police des moeurs" afin de s'assurer que les rues de France sont conformes aux idées "d'un de leurs importants partenaires publicitaires sans lesquels VoyageForum ne peut demeurer en ligne"?

Et savez-vous ce qui me dégoûte le plus? Ce n'est même pas tant le puritanisme intégriste des imbéciles américains, pays où chacun sait que la débilité profonde peut être permutée avec le bon sens commun pour peu que vous aillez suffisamment de pognon, de lobbyistes et d'avocats... mais ce qui me dégoûte le plus, c'est la subordination docile du site français. Collabos! Fumiers de collabos de VoyageForum, vous préférez baisser vot' froc devant le pognon de Google, plutôt que de défendre votre intégrité intellectuelle et culturelle. C'est à vomir sur vos pompes, mais c'est votre choix.

Personnellement j'arrête, et je ne contribuerai plus à votre site. Du reste Kedor est suffisamment compétent pour répondre aux questions sur la République tchèque, donc je ne vous manquerai pas vraiment. Pour terminer, je ne vous souhaite même pas bonne chance. Au mieux vous existerez encore quelque temps, mais à la vitesse où la mondialisation bouffe ses enfants, z'allez forcément vous faire bouffer par un plus gros que vous, et vous disparaîtrez avec votre honte et votre fausse-culterie. Churchill disait à propos des accords de Munich en 1938: "vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre". Et paf dans la gueule!

dimanche 27 avril 2014

Ville: La maison U Zlatého prstenu

Et donc cette fois, il ne s'agit ni d'une église, ni d'un monastère, ni d'une cul-béniterie comparable. Cette fois, il ne s'agit pas non plus d'un château, ni d'un palais, ni d'une ruine similaire.
Et cette fois, il ne s'agit toujours pas non plus encore de festival, d'exposition, de musique ni de photo ni d'artisterie analogue (encore qu'il y en a, mais c'est pas le sujet central). Cette fois-ci, je vais vous parler d'une maison supra-historique qui fait aujourd'hui office de galerie d'exposition (parfois d'art), maison historique dont les origines remontent à de quand qu'on ne souvient même plus tellement c'est vachement loin, tellement loin que ça doit être vraiment tout proche des origines mêmes de la Vieille-Ville de Prague puisque cette maison se trouve en son nombril, juste derrière l'église "Notre-Dame du Týn", à 100 m de la place de la Vieille-Ville. Présentement donc, je m'en vais vous discourir de la maison "U Zlatého prstenu", soit "à la bague dorée" (ou "à la bague d'or") en Français.

Historique
Notre sujet se trouve au bout de la rue "Týnská" (non, l'autre bout, pas celui près de la place), à gauche de là que commence la cour "Ungelt".
C'est l'une des plus fabuleuse rue de la ville, et une des (sinon la) plus anciennes de la Vieille-Ville. En témoigne son étroitesse, qui par endroit, est réduite en deçà de 3 m. Complétement médiévale, elle conserve encore aujourd'hui ce charme de la magie du mystère: genre le templier sans tête ou le Golem (sans organe) pourraient apparaître à tout moment.

Vous entrez dans la rue à l'intersection de la maison "à la cloche de pierre" et de l'école "Týnská", vous longez l'église "Notre-Dame du Týn", et au bout de la rue, à gauche du portail d'entrée dans la cour "Ungelt", en peu en arrière-plan, se trouve la maison numéro 630/6, la maison "à la bague dorée", "Dům U Zlatého prstenu" en Tchèque.

Selon les derniers éléments de l'enquête, les premières pierres de nôtre édifice auraient été posées dans la seconde moitié du XIIIe siècle, le long du massif mur d'enceinte de la cour "Ungelt". Les traces de cette première construction sont encore visibles dans les caves et au rez-de-chaussée de l'aile sud-ouest de l'actuel édifice. Je vous indique d'où c'est que sur quoi que vous devez principalement jeter vos yeux: le portail extérieur d'entrée principale, et derrière icelui, le grand hall d'entrée (en Allemand "Maßhaus"). Y en a d'autres, des reliquats gothiques, mais si vous n'avez pas vos lunettes d'expert, vous ne verrez rien. Je ne m'attarde donc pas.

Les secondes pierres suivirent vers 1310 (1312 au plus tard), lorsque fut construite au rez-de-chaussée une chaplette (ou chapelette, i.e. petite chapelle) richement barbouillée de peinture ornementale comme figurative sur les murs et les voûtes.
La plus ancienne trace écrite de l'édifice remonte au XIVe siècle, où les pages jaunes de l'annulaire (la maison "à la bague", c'est pas pour rien) nous indiquent qu'on vendait céans de la bière et du vin ("bydlívali tu koštéři vína"). La ligne téléphonique était alors au nom de "Dětřich Rechcer" ("Dytlinus", inconnu), avant de passer dans les mains du Vogt (bailli) des vignobles royaux "Tomášek" ("magister montium vinearum", inconnu également). Intéressant est de noter l'année 1480, où il est fait référence à un certain "Václav od prstena, býv. purkmistr," ("qui Perchmeister dicitur"), soit Venceslas "d'à la bague", nom d'origine qui évoluera au milieu du XVIIe siècle en nom propre avec "Šimon Prsten", soit carrément "Simon Bague".

Dans la seconde moitié du XIVe siècle, l'édifice gothique susmentionné et son accolé furent unifiés en un seul ensemble afin de former un hôtel-palace urbain et bourgeois de style nord-français.
Compte tenu de la qualité et de la spécificité styliste, cette reconstruction est fort probablement l'oeuvre d'une corporation proche de la cour royale et représente aujourd'hui un spécimen unique et exceptionnel de ce type d'architecture (hôtel-palace urbain et bourgeois de style nord-français) à Prague.

Au XVIe siècle, la demeure fut décorée de son emblème, la bague d'or, et de ce même siècle datent la plupart des plafonds en bois fantastiquement peints. Le plus ancien plafond se trouve au premier étage, dans l'aile transversale d'avec la cour. Malheureusement, les couleurs comme les motifs de style gothique tardif ne sont plus que devinables tellement qu'ils sont anciens. A ce même étage, à côté de l'escalier renaissance, se trouve un autre plafond nettement plus peint de motifs figuratifs de style renaissance. Et au premier étage toujours, sur le mur en dessous des voûtes en berceau, vous apercevrez des fragments de fresques datées de la fin du XVe siècle.
En particulier, sont facilement discernables un buste de femme, une tête de saint auréolée, une tête de boeuf cornée (encore qu'entre les 2 têtes, il n'est point assurément discernable qui est qui), et surtout, des plantes. Facilement discernables sont tout plein de plantes grimpantes, à feuilles rigolotes que j'suis même pas sûr qu'elles existent réellement tellement j'en n'ai pas encore vu des comme ça dans la nature, vu que j'y vais pas souvent dedans non plus, dans la nature.

Vers 1610, le bâtiment fut reconstruit en style renaissance (sauf les plafonds qui étaient déjà dans ce style), en témoignent encore aujourd'hui l'escalier en spirale, la lucarne elliptique, les voûtes en berceau renaissancisées, et la cour d'arcades avec ses colonnes toscanes.

Vers 1685, puis encore au XVIIIe siècle, l'édifice fut baroquisé afin que dans la moitié des années 90 du XXe siècle, tout soit remis dans l'apparence d'origine, c'est à dire gothique ou renaissance, selon les possibilités. En fait, la dernière reconstruction était principalement centrée sur l'adaptation de l'édifice aux besoins de la Galerie de la ville de Prague, fonction culturelle que la maison "à la bague dorée" continue de remplir actuellement sur quelques 1350 m². Et pour l'anecdote, la finalisation de la reconstruction de l'édifice entre 1995-97 fut menée tambour va-t'en par l'architecte "Vlado Milunić", qui n'est autre que le co-auteur de la "Maison Dansante".

Les gendes
Alors pourquoi c'est que la maison qu'elle s'appelle "à la bague dorée", me demanderez-vous que? Ah ben ça, vous répondrai-je, c'est à cause que d'une légende. Mais laquelle? Parce qu'il y en a plusieurs des légendes qui se rapportent à la bague d'or et à la maison qu'elle s'appelle d'à cause de. Tiens, oyez-voir chers lecteurs.

La première histoire raconte qu'il était une fois, un fantôme qui hantait les rues de la ville, et qu'il aurait bêtement perdu sa bague fétiche, et qu'un passant l'aurait trouvée, et qu'il l'aurait mise à sa porte comme porte-bonheur. Bon, c'est trop nul comme légende, parce que je ne vais pas vous donner tous les détails de la top-nullité, mais rien que si le fantôme il n'faisait rien d'aut' que de hanter tous les soirs au même endroit, il aurait bien fini par tomber sur sa bague une nuit ou l'aut' non? Bref, oubliez et passons à la suivante.

La seconde histoire raconte qu'il était une fois, arrivé dans la cour de "Ungelt", un jeune et beau marchand turc... Ah oui, attends, si vous ne le savez pas, la cour de "Ungelt" était un caravansérail européen sous protection royale, où les marchands, leurs riches marchandises et leurs chameaux assoiffés trouvaient refuge (contre paiement) derrières de hauts murs qui les protégeaient des pauvres, des voleurs, des brigands et autres misérables miséreux aux intentions scélérates. Bon, et le jeune Turc donc était follement tombé amoureux (ou tombé follement amoureux?) d'une splendide jeune serveuse blonde (après X bières?). Et afin de se l'approprier, il lui aurait vendu... offert une splendide bague en or (comprenez une bague 14 carats toute pourrie trop nulle comme ils en vendent à Bodrum), en signe de son fol amour. Mais une fois rentrée à la maison, j'te dis pas la raclée paternelle: "quoi? Un Turc? Un fourgue ambulant? Un puceux de souk? Crénom di diou..." Lorsque la pauv' chérie informa son Turc du refus d'à papa, 3 semaines plus tard après avoir soigné son nez cassé, ses lèvres explosées et ses yeux au beurre noir, celui-ci la trucida au motif que "si je ne t'ai pas moi, alors personne ne t'aura".
Il fut ensuite jugé, pendu puis maudit, et son spectre hante encore aujourd'hui la rue "Týnská". Quant à la bague, papa la mit comme emblème sur la façade de sa maison, afin de rappeler à tous la triste histoire et les dangers d'un potentiel gendre turc. Décharge de responsabilité: c'est pas moi qui l'ai inventée cette histoire. C'est pas ma faute qu'elle parle d'un Turc et qu'on frappe puis trucide une femme dedans l'histoire. C'est pas raciste ni xénophobe ni macho-sexiste, c'est comme ça qu'elle est l'histoire, depuis longtemps, et c'est tout. Et si ça n'plait pas au MRAP, à la LICRA, aux féministes ou à "Recep Erdoğan", qu'il s'agisse d'un Turc et d'une femme, qu'ils y mettent à la place un Grec et un pédé... homosexuel, ou un Chinois et un transsexuel. Non, mieux, un Russe et un extra-terrest'. Oui c'est bien vicieux et pervers un Russe en ce moment (l'extra-terrest' chais pas, j'en n'ai pas encore rencontré, mais les experts scientifiques à la télé racontent qu'à priori c'est vicieux et pervers aussi un extra-terrest', comme un Russe, au moins... sinon plus encore, selon les experts).

La troisième histoire raconte qu'il était une fois un maître templier, et qu'après le concile de Vienne (en France, pas en Autriche) de 1311 mettant un terme à l'ordre du temple, il fut décapité (contrairement à ses complices qui furent brûlés). Mais son âme en peine ne put trouver le repos, et son corps zombiesque déambulait dans les rues de la Vieille-Ville sa tête décollée sous le bras. Lorsqu'il entendit le raffut provenant de la maison pas encore "à la bague d'or", il fut pris de soif, et entra afin de se désaltérer (on vendait de la bière et du vin à l'époque dans notre établissement, vous souvenez-vous?). Il commanda alors une bière, et à grandes goulées, il avala le contenu de la chope en une bouchée. Mais voilà, sa tête sous le bras, le liquide coulait librement sur le sol. Il commanda une seconde chope, puis une troisième, tout en s'étonnant qu'il n'arrivait pas à éponger sa soif, l'andouille (à propos d'éponger, notez qu'en ces temps, le sol -et pas que des tavernes- était jonché d'un tas d'écoeurants n'importe quoi, parfois nauséabonds voire poilus, alors un peu de bière, personne n'y prêta attention).
Au bout de la septième bière quand même, la splendide jeune serveuse blonde (pas celle du Turc... Russe, une autre, les troquets tchèques sont pleins de splendides jeunes serveuses blondes, eh, pourquoi croyez-vous que j'y passe autant de temps?)... donc la splendide jeune serveuse blonde dit au maître templier: "dis-donc vieux boug', si tu t'en foutais ta hure sur tes épaules, ça irait 'achement mieux aussi." Et véritablement, l'assoiffé finit par se désaltérer. En remerciement, il retira d'un de ses doigts une splendide bague en or montée d'un énorme rubis dont il avait dépouillé le cadavre putride d'un mécréant sarrasin lors d'une honorable croisade en terre sainte, et l'offrit au tendron. Ainsi le taulier et sa fille devinrent immensément riches, et firent apposer ostensiblement une réplique de la bague sur la façade de la maison afin de narguer provoque leurs fumiers de voisins pauvres. C'est du savoir-vivre moi j'dis. Ah les braves gens.

Aujourd'hui
Aujourd'hui donc, la maison "à la bague dorée" sert de Galerie de la ville de Prague, mais vous y trouverez également un café littéraire au second étage, orienté sur les arts plastiques et accessible gratuitement aux horaires d'ouverture. Lorsque j'y étais, moi, "à la bague dorée", y avait une exposition de ce boug' de "David Černý". Je vous laisse admirer ses oeuvres sur mes photos, et m'abstiens de tout commentaire. Le sujet d'aujourd'hui se trouve ici: 50.0880189N, 14.4230731E.

samedi 22 mars 2014

Ville: Fantova kavárna à la gare centrale

Alors que Prague soit un musée architectural à ciel ouvert, je vous l'avais déjà dit pas mal de fois me semble-t-il.
Et justement, dans ce cadre-là, et parce que l'on termine tout récemment la reconstruction d'un édifice exceptionnel de style Art nouveau de la gare centrale de Prague, je vais vous parler aujourd'hui du hall central plus connu sous le nom de "Café Fanta" (et ça n'a rien à voir avec Caca Cola).

Historique
Alors comme chacun sait, le rail est relativement récent, et donc la première gare à l'emplacement de l'actuelle fut construite à partir de 1869 par les architectes "Vojtěch Ignác Ullmann" (et non "Josef Ignác Ullmann" comme certaines sources mentionnent bêtement) et "Antonín Viktor Barvitius".
Eh oui mais attends, je me souviens que je vous en avais déjà parlé, de l'historique de la gare centrale, juste-là. Bon, ok, c'est pas récent comme publie, mais l'historique de la gare n'a pas changé depuis. Alors je vous laisse lire, et je passe à la suite.

Le café Fanta
Tout d'abord faut que je vous dise que la gare fut suggérée par l'architecte "Josef Fanta", qui était de surcroît charpentier (enfin concepteur de meuble), peintre, conservateur de monuments historiques (à ses heures perdues) et mécènes (lorsqu'il dépassait le plafond raisonnable d'imposition).
Elève de "Josef Zítek", et bon pote d'avec, ce qui lui fut fort utile par la suite, il est considéré comme l'un des plus grands architectes de l'art-nouveau, bien que ses détracteurs lui pourrissaient la vie au prétexte que ce style était largement dépassé. Et malgré que la gare-nouveau... la gare art-nouveau... donc... architecturée par "Josef Fanta"... le café quant à lui, fut simplement suggéré, esquissé mais parachevé dans une certaine mesure par le constructeur "Čeněk Vincenc Gregor". Dans quelle mesure "Čeněk" apporta son génie aux ébauches de "Josef", l'histoire ne l'a point retiendu. Les sgraffites, mascarons, bas-reliefs et statues sont les oeuvres des sculpteurs "Stanislav Sucharda", "Ladislav Šaloun" et "Čeněk Vosmík" que je ne vous présente plus, tellement ils sont connus tous plein de partout (en particulier dans mes publies). Les peintures (et les couleurs) sont de "Viktor Stretti" et de "Václav Jansa" (qui eut la fabuleuse idée de réaliser moult aquarelles de la ville de Prague avant son assainissement, aquarelles d'une valeur historique incommensurable maintenant que les édifices ne sont plus).
Malheureusement, pour les splendides vitraux, la boiserie, la ferronnerie, les annales sont muettes quant aux auteurs. Dommage, c'est énorme de splendeur et d'origine (en particulier les vitraux art-nouveau au-dessus de l'horloge).

Sinon avant d'être un café, le "Café Fanta" servait de hall d'accueil, genre c'est là que tu achetais tes billets. Mais c'est surtout là, que tu entrais en contact avec la gare pour la toute première fois. Et comme chacun sait, les premières secondes sont cruciales: Monsieur de Talleyrand disait "méfiez-vous de la première impression, c’est toujours la bonne" (et ma femme de ménage de rajouter "surtout lorsqu’elle est mauvaise"). Aussi le hall d'entrée se devait d'être splendide, majestueux, coupe-souflesque et bras-tombantant. Et il l'était, le hall, fabuleux. Il l'était jusqu'à ce que les con-munistes construisent l'immonde hall sous-terrain dans les années 70 et fassent passer la "magistrála" (l'infâme autoroute qui passe en plein centre-ville) devant la gare. Alors l'ancien hall devint café, et perdit de sa splendeur.
Vous pouvez admirer les photos sur mon ancienne publie, afin de vous rendre compte à quel point ce hall tombait en ruine que les pigeons y chiaient dedans il y a encore quelques années seulement (véridique). Mais depuis peu, (fin Janvier 2014), il vient d'être fini d'être restaurer, et sa splendeur brille à nouveau sur toute la gare. Pour l'anecdote, notez encore que le nouveau hall d'entrée (des années 70) se trouve dans Prague 1, tandis que la gare de "Josef Fanta" se trouve dans Prague 2, la "magistrála" séparant les 2 arrondissements.

Alors qu'y voyons-nous, dans ce hall de gare art-nouveau? Tout d'abord des blasons. Ils représentent certaines des villes qui étaient desservies depuis la gare praguoise. Les voyageux reconnaîtront de gauche à droite Prague, Florence, Rome, Paris, Budapest, Prague ("bis repetita placent"), Vienne, Moscou, Berlin, Hambourg... et les statues en dessous, symbolisent ces villes. Anecdote, le blason d'Hambourg date de l'Empire français, lorsque les Bouches-de-l'Elbe étaient département français, en 1811, et Hambourg commune d'Empire.
Les 3 abeilles napoléoniennes sur le chef-de-gueule étaient représentées sur les blasons de toutes les "bonnes villes" sous le premier Empire. Alors pourquoi "Josef Fanta" (ou son stucateur?) est allé utiliser en début de XXe siècle un blason du début du XIXe, pas la moindre idée. Par amour de la France?

Notez par contre que le couillon de service (dont je ne mentionnerai pas le nom afin de ne pas l'acculer au mur du ridicule) qui faisait la visite aux journaleux après la reconstruction, est allé leur vendre l'ineptie qu'il s'agirait des blasons des villes tchèques desservies par le rail ("vidíte znaky českých měst, kam se všude cestovalo, kudy vedla dráha z Prahy"). Mort de rire, le "neuer Kaiser-Franz-Joseph-Bahnhof" avait nettement plus d'ambition internationale que de desservir des villes tchèques. Couillon! Vous trouverez cependant cette information (villes tchèques) dans la grande majorité des articles du Net, alors qu'en dehors de Prague, pas un seul blason ne représente une ville tchèque (encore que peut-être le dernier, avec son St Venceslas, mais je ne l'ai pas identifié avec certitude). Bon, ce souci pourrait être anecdotique, s'il n'était pas révélateur d'un phénomène croissant: l'affirmation par les journaleux d'éléments non vérifiés.
Dommage pour la profession. Heureusement qu'il y a Strogoff ツ

La toute nouvelle restauration
A la chute du con-munisme, la gare centrale de Prague commença à se détériorer, d'abord un brin, puis grave, et en début de millénaire, il fallut penser à une nécessaire restauration. Et comme en République bananière notre, rien ne se passe sans dessous-de-table et bakchich, ce sont les Ritals de "Grandi Stazioni" qui obtinrent le contrat. Mon blog étant principalement à but culturel et historique, je ne vais pas vous dévoiler les détails mafieux liés à la malversation, mais sachez que ce contrat pue la charogne, et que les fumiers putrides (côté tchèque) mêlés à cette prévarication ont (ou avaient encore récemment) leur (gros) cul sur un siège parmi les plus hautes sphères de la fonction publique. Bref, et en succinct, le contrat stipule "vous nous retapez la gare" (pour une valeur d'environ 35 millions d'Euro), et "on vous laisse la gérance du lieu pour 30 ans".
Aussi dans les années 2008-2009, ce sont les quais qui eurent droit au dépoussiérage (histoire de montrer un peu de bonne volonté côté rital), suivis du hall nord, où l'on construisit (et pour cause) des commerces (ben tiens), des fast-foods (ben tiens), des presses (ben tiens), des superettes (ben tiens), et l'on augmenta le tarif des chiottes à tel point, que les voyageurs préféraient se payer une consommation forcée afin d'obtenir le ticket-gogues compris dans le prix plutôt que de payer les gogues à part sans consommation. Le "Café Fanta" qui méritait sans doute le plus une réfection urgente fut mis en dernier sur la liste, parce qu'économiquement insignifiant. Ben tiens, on te file pour 30 ans la gérance d'un espace énorme où se concentrent des milliers de personnes chaque jour. Qu'en fais-tu? Un centre commercial, eh oui, comme si Prague n'en disposait déjà pas d'assez, de centres con-merciaux en plein centre-ville. Le "Café Fanta", c'est protection du patrimoine, et le voyageur en train ne va pas payer de son rein gauche pour avoir un café (comme à l'aéroport où le café coûte l'oeil droit). Aussi les Ritals maquillèrent le plus rapidement possible leur vieille pute afin de la fout' au turbin, tandis que le joli café, sans rendement immédiat, il pouvait encore attendre, presque 6 ans.

Et puisqu'on parle d'attendre... que va devenir le parc "Vrchlický" juste devant l'entrée de la gare? Aujourd'hui c'est vert, moyennement propre, mais surtout fréquenté par une conséquente faune interlope plus proche de la cour des miracles que du voyageur mondain, au point que l'endroit est populairement appelé "Sherwood", pour vous dire (Robin des bois était un con-muniste d'avant-garde.
C'est bien une idée bolchevique que de voler les riches pour distribuer aux pauvres non?). Depuis que la gare fut "légèrement" restaurée par "Grandi Stazioni", le coupe-gorge n'est plus infréquentable, cependant vous y rencontrerez toujours une singulière concentration de camés-shootés-zombis, d'ivrognards dégobilleux, de rivettes sodomites comme bougretantes, enfin une concentration de toute la sordide gangrène sociale empuantant le miasme de la misère profonde. Une horreur Thérèse.

Mais retour au "Café Fanta". Il est donc retapé (bien qu'il reste encore quelques mètres carrés en friche, dans l'attente qu'ils sèchent des dizaines d'années d'infiltration d'eau de pluie), et au printemps 2014, au plus tard en été, l'on devrait l'ouvrir en grande pompe, dès que l'on aura trouvé un gérant-exploitant. Du coup, vide, je me dis que j'allais aller y faire quelques photos, la peinture étant encore fraîche, et le quidam absent. Aussi je contactai l'attaché de presse des chemins de fer tchèques, lequel m'informa que le café était libre d'accès, et que l'on pouvait y photographier librement et sans problème. Cool, j'attendis donc un jour ensoleillé, et en fin d'aprèm, me rendis sur place. Ah oui, libre d'accès, et photographiage libre et sans problème!? L'imbécile avait oublié de me signaler qu'un grillage de 2,5 m de haut séparait le hall d'entrée du café, grillage vissé contre le mur et donc infranchissable et surveillé par un vigile, grillage en plein dans le champ de l'objectif dérangeant comme une grappe d'hémorroïdes au cul d'un conducteur de taxi.
Décidemment, l'empathie, le bon sens et la perspicacité ne sont pas des qualités spontanées chez un attaché de presse des chemins de fer tchèques (et je ne parle pas d'intelligence). Du coup, les photos sont au mieux de ce que je pus faire, compte tenu des conditions. J'ai quand même réussi un cliché pas trop mal de l'apothéose sculpturale, des 2 splendides créatures nichues semblant sortir d'un tableau d'Alfons Mucha et qui enjolivent de leur charme sensuel l'inscription "Praga mater urbium" (Prague, mère des villes) entourée de la date du 28 octobre 1918 (naissance de la Tchécoslovaquie). Bon, mais malgré tout, je compte bien y retourner et de faire tout plein de belles photos, une fois le grillage retiré.

Alors comme il n'y a rien d'autre d'intéressant à voir dans cette gare, sinon le "Café Fanta", je ne vais pas vous inviter à vous y ruer fissa fissa, mais si jamais vous passez à proximité, sachez qu'il existe, et qu'il mérite un jet d'oeil, juste là: 50.0831506N, 14.4353481E.

jeudi 27 février 2014

Ville: Le Bruncvík du pont Charles

Allez, je vous en fais une (publie) complète sur une statue bien particulière du pont Charles, parce qu'elle le mérite vraiment, z'allez-voir. Je ne vous rappelle pas les publies concernant le pont Charles, vous pouvez les googler sur la toile, et je ne vous rappelle pas non plus les publies où j'ai mentionné le "Bruncvík", y en a trop plein. Mais comme je n'ai jamais vraiment détaillé le quoi du comment de "Bruncvík", ben tiens, paf ça tombe bien en plein dans l'à propos.

Tout d'abord "Bruncvík" se prononce "Brountsvique" en Français, et provient fort probablement de l'Allemand, comme vous verrez dans la suite de mon exposé.
Ensuite la statue actuelle qui se trouve exactement là 50.0866300N, 14.4093542E, au pied du premier pilier du pont Charles sur l'île de "Kampa" date de 1886, et bien qu'originelle (de 1886) elle n'est que le remplacement de diverses autres statues qui se trouvaient exactement (ou presque) à cet emplacement au cours des siècles. Mais commençons par le début, par le "mais qui c'est-il donc que ce fameux "Bruncvík"?"

Il était une fois un certain prince mythique "Žibřid" ou "Štylfryd" selon les éditions, qui vivait en Bohême. Pis un jour, il décida de voir le monde. Les raisons de cette décision sont nombreuses (à nouveau selon les éditions de l'histoire), soit parce qu'il était voyageur dans l'âme, soit parce que l'aigle noir sur le blason du pays ne suffisait pas, et il voulait y mettre coûte que coûte un lion (pour damer le pion aux Luxembourgeois), ou encore, selon mes potes de bistrot, parce que sa femme était moche et qu'on n'avait pas encore inventé le divorce en ces temps-là. Peu importe, il partit donc avec sa clique de têtes brûlées dans le monde, et d'aventure en aventure, où il rencontra le roi Olibrius qui lui vendit une épée magique (cf. plus loin), où il rencontra l'oiseau monstrueux Noha qui fit chavirer son navire sur l'île infernale du Magnetistan, où il rencontra l'ogre mou Hollandius qui l'imposa à 75% sur les trésors qu'il allait potentiellement découvrir... et d'aventure en aventure donc, il finit par filer un coup de main à un vieux lion pelé qui s'en prenait une raclée par un griffon cracheur de feu et péteur de méthane. Une fois sauvé, le lion et "Bruncvík" devinrent potes à vie (mais sans s'homo-marier), et depuis, le lion est l'emblème de la Bohême, ainsi que de la République tchèque dont le blason se compose de 2 fois le lion bohémien, d'une fois l'aigle morave et d'une fois l'aigle silésien (j'te dis pas le ménage à Troyes). Notez que ce fameux lion de Bohême possède 2 queues, particularité spécifique du lion de Bohême dont les exemplaires vivants sont malheureusement éteints depuis plusieurs centaines d'années.

Alors pourquoi 2 queues me demanderez-vous? La raison est simple. Après avoir, comme d'habitude, prétendu que la queue du lion de Bohême était plus longue que la queue des lions des autres pays (ce qui était vrai par ailleurs), après que les autres rois ne faisaient rien d'autre que de dire que c'était pas vrai (alors que ça l'était), bref après tout ça et pour couper court à la polémique, le roi de Bohême d'à l'époque décida alors de la doubler (la queue du lion), selon la prosaïque formule "c'est peut-être pas la plus longue, mais mon lion en a deux". Ce à quoi les autres rois lui rétorquèrent que leurs lions en avaient 2 aussi (sauf en Turquie où elles finirent au beurre noir sur la poêle du grand vizir d'Istanbul), et l'affaire en resta là, sur ce malentendu. A part au Luxembourg où le roi s'empressa de copier le lion de Bohême afin de ne pas être en reste (tout ce que je fais, mon âne, mon âne, tout ce que je fais, mon âne le refait). La Bohême menaça alors qu'elle allait s'en aller lui foutre un poing sur la gueule et un pied au cul s'il s'évertuait à continuer à ne rien faire d'autre qu'à faire chier son monde. Mais en 1310, Jean de Luxembourg épousa Zézette de Bohême, et les pays harmonisèrent les queues des lions à la même longueur, supérieure cependant (et de loin) aux queues des lions (et des rois) des autres royaumes (les boules -une paire- pour eux moi j'dis).

Alors pour ceux qui auraient senti dans l'histoire de "Bruncvík" et du lion comme une odeur de Sinbad le marin, de l'Odyssée d'Ulysse d'Homère (d'alors), d'Yvain de la Table ronde d'Arthur, de Tintin et Milou ou encore de nombreuses autres légendes aussi vieilles qu'anciennes, pas étonnant, car toutes remontent loin loin dans la mémoire des hommes de toutes races et de toutes religions.
Le déroulement des faits comme les traits des personnages furent plus ou moins adaptés pour les besoins spécifiques du moment et du lieu, mais le noyau dur du combat entre le faible et le puissant, secouru (le faible) inopinément par un héros devenu ainsi son inséparable copine, donc ce noyau dur remonte à la nuit des temps. La nôtre d'histoire tchèque, celle de "Bruncvík", aurait été inspirée par Henri le lion, résidant en la ville de "Braunschweig" (comme par hasard) en Basse-Saxe, qui, lors de son pèlerinage en Terre-Sainte, vit un lion se faire mettre grave par un dragon cracheur de feu... Bon, et vous connaissez la suite... Sachez encore qu'en souvenir (du lion), Henri fit mouler un bronze vers 1166, bronze toujours vivant et d'un poids de presqu'une tonne, et qui aurait été en son temps le premier moulage d'envergure (1,78 x 2,79 m) depuis l'antiquité, et serait encore aujourd'hui l'un des plus anciens moulages conservés au nord des Alpes depuis le moyen-âge. Les Allemands en font tout un foin d'ébahissement enflammé, alors qu'en y regardant de plus près, leur lion n'a qu'une seule queue, et courte de surcroît. Bon, mais revenons à nôtre chevalier.

Maintenant ce que vous ignorez sans doute encore, c'est que l'épée de notre "Bruncvík" tchèque (vendue selon une des multiples légendes par le roi Olibrius) est prodigieusement magique. Il suffit de lui donner un ordre (genre "coupe lui la tête", ou "va faire la vaisselle"), et l'épée magique s'exécute d'elle-même, sans même nécessité de la tiendre en main. Et elle est indestructible. Selon la légende, avant de rendre l'âme, le chevalier "Bruncvík" aurait planqué quelque part son épée, afin qu'elle puisse servir pour de quand que ça ira vraiment mal (cf. plus loin). Une option serait, qu'elle fut emmurée dans le pont Charles, l'autre option serait, qu'elle fut jetée dans le fleuve "Vltava". Peu importe, une chose est sûre selon la légende, c'est que lorsque la Bohême sera dans le caca, mais vraiment grave le caca, bien foncé, rien de ce que l'on aurait déjà connu, guerre, invasion, con-munisme, peste et cholera, tout ceci c'est du pipi de chat. Non, le vrai caca noir... et c'est pas raciste, c'est la couleur du caca de quand on y sera dedans, j'y peux rien s'il n'est pas blanc... donc le vrai caca noir, ça sera par exemple l'entrée dans l'Euro-zone, ou Hollande comme président de la Tchéquie, genre un truc vraiment grave grave, donc lorsque la Bohême sera dans le vrai caca (noir), les chevaliers du mont "Blaník" sortiront de leur crotte... grotte, et au moment où ils galoperont vers le château de Prague par-dessus le pont Charles, l'épée magique de "Bruncvík" réapparaîtra miraculeusement afin que St Venceslas puisse s'en servir contre la menace d'enfer. Du reste, et sur la base de cette légende, est né un proverbe bien tchèque plein d'optimisme positif: "rien jusqu'à présent n'est jamais allé aussi mal que ça ne pourrait être encore pire".

Bon, mais attends, toute légende est basée sur une part de vérité. Et c'est là que vous allez être sciés. Lors des inondations de 1890, 2 piliers du pont Charles furent emportés par les eaux, et lors de la reconstruction, l'on trouva réellement une épée emmurée dans les fondations. Non? Ben si! Sauf qu'après analyse, il fut découvert que l'épée rouillée appartenait à un aut' boug' que "Bruncvík".
C'était l'épée de l'idole Péroun, dont la statue se dressait sur l'île de "Kampa", à proximité de l'actuel "Bruncvík". Lorsque le catholicisme rongea la Bohême, l'idole fut détruite, et plus tard son épée emmurée dans les fondations du pont. Bon, ok, c'est tiré par les cheveux, car le catholicisme apparu en Bohême au IXe siècle, il fut largement propagé jusqu'au XIIe siècle, et à partir du XIIIe, l'on peut affirmer que le paganisme disparut du pays, dans les villes assurément. Or la construction du pont Charles remontant à 1357, je doute que l'on aurait conservé l'épée d'une idole païenne jusque-là, juste pour la fiche dans les fondations d'un pont dont on ignorait alors qu'il serait seulement construit un jour. Bref, notez maintenant que même notre "Bruncvík" doit être d'une certaine manière remis en cause.

Ben oui, la statue actuelle date de 1886, et est l'oeuvre de "Ludvík Šimek" auquel l'on doit encore (à Prague) "Josef Jungmann" sur la place homonyme, plus de nombreuses broutilles dispersées en notre capitale. Alors y avait quoi là avant 1886 me demanderez-vous? Ben rien. Mais avant rien, y avait Roland. Nan? Ben si! Exactement au même endroit, sur ce piédestal en dessous du pont Charles, il y aurait eu depuis la construction du pont (1357) une statue de Roland. D'aucuns avancent même que cette statue aurait été là d'avant le pont Charles, et quelle daterait même du pont Judith. Maintenant attention, ce sont des suppositions. La seule certitude, c'est que la statue de Roland fut présente début du XVIe siècle.

Bon, mais pourquoi Roland? D'abord parce que ce Franc, potentiellement neveu de Charlemagne, est archi connu en Germanie, peut-être même plus qu'en France, et compte tenu des relations hyper-étroites qu'entretenait la Bohême avec ses voisins germains, il aurait été surprenant que les héros des uns ne déteignent pas sur les légendes des autres (cf. St Jean Népomucène par exemple, et dans l'autre sens). Ensuite parce que Roland représente le droit des villes en Germanie. Tout découle du droit saxon ("Sächsische Weichbildrecht" en Allemand ou "Jus municipale saxonicum" en Latin) qui découle lui-même du droit de Magdebourg originellement attribué par l'archevêque Wichmann fin du XIIe siècle, et qui eut une empreinte géographique comme commerciale faramineuse sur les pays de l'Est (de Magdebourg) jusqu'en Ukraine. Je vous passe les détails juridiques, mais ce qui est important ici, c'est que les villes où ces droits/lois étaient appliqués se désignaient alors par "Rugeland" en dialecte local ("Gerichtsstätte" en bon germain), et par déformation linguistique "Roland" devint le symbole du droit des cités et de l'application des lois (cf. "Dietlinde Munzel-Everling, Taunusstein: Kaiserrecht und Rolandfiguren - ein weiterer Beitrag zur Rolandforschung"). Alors Roland (dont la statue devait sans doute ressembler à ça) se trouvait sur le pont Charles jusqu'en 1648, lorsqu'elle fut bousillée par les Suédois (fumiers) lorsqu'ils essayèrent d'envahir la vieille ville de Prague.
Elle fut par la suite démontée, et remplacée en 1886 par notre "Bruncvík" actuel.

Signalons encore qu'il existe une copie de Roland en albâtre au musée de la ville de Prague, copie qui proviendrait des collections de Rudolf II. Elle serait la réplique exacte de la statue d'avant "Bruncvík" (c'est à dire Roland), daterait du tout début du XVIe siècle, et serait attribuée à l'archi-fameux "Matěj Rejsek". Ben oui, mais alors dans ce cas, ce ne serait pas la statue d'origine du Roland, qu'au-dessus je disais qu'elle pouvait même dater du pont Judith, peut-être? Ben non, selon certaines hypothèses... Attends, commençons par autre chose pour reviendre à ça plus tard.

Si vous regardez sur la corniche basse que fait le socle de la statue avec le pilier du pont, alors vous remarquerez une série de 11 signes gravés en relief sur des blasons. On ignore de quelle époque datent ces insignes, mais clairement d'avant la pose du "Bruncvík" de 1886, puisqu'on les retrouve sur les copies du Lapidarium comme du musée de la ville. Selon certaines hypothèses, ces blasons dateraient d'avant la mort de Charles IV, soit 1378. D'autres hypothèses parlent des armoiries de ceux, qui auraient payé la construction de la statue de "Matěj Rejsek". Ce sont des hypothèses sans garantie. Bon, mais pour peu que vous soyez familier avec les vieilles pierres, l'idée des marques de tâcherons vous vient immédiatement en tête, de suite. Oui, sauf 2. Celle du milieu, et celle de tout-à-droite. Icelles marques semblent nettement moins "marques de tâcherons" mais signes "cabalistiques". Maintenant si l'on considère que la majorité de ces marques seraient des marques de tâcherons, alors l'idée qu'elles représenteraient les tailleurs de pierre du pont Charles vient immédiatement en tête, de suite. Ces marques représenteraient les tâcherons méritants ayant travaillé sur le pont, genre l'employé du mois de chez Mc Do. De tels arrangements ont déjà été trouvés en certaines cathédrales selon mes sources (mais pas une seule référence n'est citée). Ben y a qu'à rechercher sur les pierres du pont, me direz-vous pour vérifier? Ben oui mais non. D'abord parce que nombreuses pierres ne sont plus de 1357 (cf. la catastrophique récente reconstruction: utilisation de nouvelles pierres inappropriées, coulage de béton à la tonne, destruction des pierres d'origine, aucune supervision archéologique... un vrai travail de sale un-con-pétant), ensuite les marques peuvent ne pas être visibles. Mais passons. Maintenant si l'on considère la marque du milieu, celle qui ressemble à un insigne franc-maçon, alors se trouvent 5 marques de part et d'autre d'icelle marque centrale. Or le chiffre 5 (encore que les francs-maçons parlent souvent du "nombre" 5) est d'une importance toute particulière en franc-maçonnerie (comme le chiffre 3, 7, etc...). D'abord il est le chiffre central (entre 0 et 9), il symbolise la conscience incarnée (les 4 matières et l'esprit, la Terre, l’Eau, l’Air, le Feu et l’Ether), c'est l’Etoile flamboyante à 5 branches, etc etc... Mais c'est aussi l'esprit démoniaque, le symbole du diable pour les catholiques, Baphomet pour les Templiers. Pis surtout, dans mon recueil "concentré d'intelligence pour les couillons comme moi", il est spécifié que le nombre 5 n'est pas traditionnellement remarquable pour les francs-maçons, en tout cas pas avant le milieu du XVIIIe siècle. Alors?

Alors je vous donne encore quelques éléments de réflexion:
- Les Templiers arrivèrent en Bohême dans les années 30 du XIIIe siècle. Ils découvrirent nombreux trésors en Terre-sainte, la Sainte Lance de St Longin, l'Arche d'Alliance, les secrets de construction des pyramides d'Egypte et du temple de Salomon, sans oublier les lunettes de soleil du docteur Schweitzer.
- En 1314, le dernier maître de l'ordre du Temple, Jacques de Molay, fut brûlé sur l'Isle de la Citée (à Paris).
- Jusqu'à leur disparition, les chevaliers disposaient en Bohême de 4 commanderies principales ("Uhřiněves", "Jamolice", "Templštejn", "Čejkovice") et du complexe (église, commanderie et habitations) St Laurent à Prague (aujourd'hui les restes sont l'église désacralisée St Anne et l'ancien couvent des dominicaines, rue "Liliová").
- En 1323, le bon roi Charles IV arrive en France (où il restera 7 ans) pour recevoir une éducation appropriée et apprendre à jouer de l'accordéon.
- Son parrain (et mentor) était Charles IV de France, 3e fils de Philippe le Bel lequel fit assassiner les Templiers et dissoudre l'ordre.
- La légende raconte que notre Charles IV (de Luxembourg-Bohême) aurait été initié aux rites de l'ordre du Temple et devint maître (en la matière).
- Les nombreuses coïncidences ésotériques qui entourent la construction de la nouvelle ville comme l'érection des nouveaux édifices (églises, pont Charles, Karlstein...cf. mes multiples publies) confortent dans l'idée que Charles IV (ou son maître d'oeuvre) maîtrisait l'occulte et le mystérieux (franc-maçonnerie, templièrerie?).
- Après leur dissolution, les biens des Templiers furent (par ordre papal/royal) distribués aux hospitaliers de St Jean de Jérusalem (chevaliers de Malte) qui ont encore aujourd'hui pignon sur rue à Prague (à 50m de l'ambassade de France).

Bon, et alors, ne voyez-vous rien venir? Ne sentez-vous pas comme une odeur de boudin noir aux pommes? Attends, marques de tâcherons, signes cabalistiques, pont Charles, Charles IV, Templiers, trésor... toujours rien? Mais c'est évident non? Au tout début, lorsque le pont Charles fut construit en 1357, la toute première statue qui se trouvait déjà sans doute sur le pont Judith, cette toute première statue représentait... ben Roland. Alors pourquoi autant de suspense me direz-vous, pour une conclusion si simple? Ben tout d'abord c'est pas une conclusion définitive, mais une forte présomption. La vraie raison de tout ce suspense, c'est que de par les signes cabalistiques et les marques de tâcherons, certains désespérés sont allés récemment penser que la statue aurait représenté Jacques de Molay, le dernier maître des Templiers. Ouah la bonne blague, attends... tu rigoles ou quoi? Un bon archi-catholique comme le bon roi Charles IV aurait mis sur son pont à lui un hérétique répudié par l'église pour adoration du malin et pratiques sodomites? Non, tout ce foin c'est juste pour faire du bruit, pour attirer l'attention parce que depuis que le gros mou Flanby fait la une de la presse mondiale, personne ne s'intéresse plus à Prague. Aussi il fallait bien inventer un scoop afin d'attirer le touriste après les jeux olympiques.

Ceci-dit et blague à part, s'il est parmi vous des érudits en franc-maçonnerie, des, qui savent lire les 2 signes curieux parmi les 11, des, qui voudraient bien partager leur savoir d'avec moi, ben j'invite iceux (les des qui...) à me contacter. Je leur offre une bonne bouffe et bière à volonté en mienne compagnie. Ça motive du tonnerre di diou moi j'dis, non?

Alors récapitulons. Avant le pont Judith et Charles, il y avait sur l'île de "Kampa" une statue du dieu païen Péroun. L'idole était représentée exactement comme le Roland, reposant ses 2 mains et s'appuyant sur une épée, au centre, la pointe plantée au sol (cette affirmation est basée sur mes sources d'experts, et non pas sur une photo d'époque). Cette statue fut détruite à l'arrivée de la chrétienté. Ensuite fut construit le pont Judith, entre 1158 et 1172, lequel fut emporté par le fleuve en 1342. En 1357 l'on construisit alors le pont Charles, mais y avait-il une statue sur le fameux emplacement? Aurait-ce été celle de Roland, Jacques de Molay, ou n'importe qui d'autre? Aucune source ne mentionne quoi que ce soit d'affirmatif, mais d'aucuns présupposent qu'on y mit un chevalier Roland, lequel se trouvait peut-être déjà sur le pont Judith (mais sans certitude). En 1459, le roi "Jiří z Poděbrad" octroya le droit à la ville de prélever la taxe sur le pont Charles, et ce droit fut symbolisé début du XVIe siècle par le Roland de "Matěj Rejsek". Puis en 1886, l'on remplaça ce dernier par notre "Bruncvík" actuel de "Ludvík Šimek". Du reste on ne sait toujours rien sur ces 11 signes gravés en relief en dessous de la statue, ni de quand ils datent, ni de quoi qu'ils représentent.

Inutile de vous préciser que les exorcistes, les ensorceleurs, les nécromanciens, les radiesthésistes et autres diseurs d'horoscope prétendent que cet emplacement serait fichtrement énergétique de radiations métapsychiques et de fluides parapsychologiques, que c'en serait du délire total tellement l'énergie ésotérique émanerait de là. Bon, difficile à confirmer en ce qui me concerne, alors allez-y vous faire votre propre opinion. Et si vous sentez quelque chose en termes d'occulte et de mystérieux, partagez votre expérience avec moi s'il vous plait. Ah oui, et pour info, sur le socle, entre le "Bruncvík" et les marques de tâcherons, les bonhommes avec leurs parchemins représentent l'Est, l'Ouest, le Minuit (le Nord) et le Midi (le Sud).

Alors après avoir lu cette publie, vous ne regarderez plus jamais le "Bruncvík" de la même façon. En fait, chaque statue du pont Charles possède ses propres légendes, et je pourrais vous faire des centaines de publies rien que sur ça (vous vous souvenez de la légende du Turc de la statue des trinitaires, oeuvre de "Ferdinand Maxmilián Brokoff"?). Mais je ne veux pas vous empoisonner la vie non plus, donc on verra, si mes lecteurs manifestent un engouement démesuré pour. Bon, et donc pour rappel, la statue se trouve exactement là: 50.0866300N, 14.4093542E.