dimanche 24 août 2014

Ville: L'église St Henri et Ste Cunégonde

Savez-vous seulement quand, la dernière fois, vous ai-je parlé d'une église à Prague? Eh oui, en août de l'année dernière. Pour vous dire comme ça remonte.
Bon, et icelle d'aujourd'hui, bien qu'elle ne figure pas parmi les plus connues ni les plus visitées (l'y en a même des, qui en ignorent l'existence), se range parmi les plus significatives de la capitale nôtre.

Les zorigines
Lorsque le 3 avril 1347, le bon roi Charles IV alors assis sur son trône (entendez "aisances") du castel de "Křivoklát" signa le décret d'édification de la Ville-Nouvelle, il se dit comme ça que bon, que si déjà la ville (nouvelle) allait s'articuler autour des 3 places principales qui serviraient de marché, respectivement la place des Bourrins ("Koňský trh", aujourd'hui place Venceslas), la place du Bétail ("Dobytčí trh", aujourd'hui place Charles), et la place du Foin ("Senný trh", aujourd'hui "Senovážné náměstí"), que si déjà elles étaient reliées par les principales artères que sont aujourd'hui la place Venceslas, la rue Henri ("Jindřišská") et la rue "Vodičkova", que donc si déjà tout ça, ben qu'il serait cool que la Ville-Nouvelle ait également ses églises paroissiales (c'est dingue les idées et les analogies qui vous traversent la tête lorsque vous êtes assis sur les gogues). Et c'est ainsi que pour la place du Foin, il fut décidé de construire l'église St Henri et Ste Cunégonde ("kostel svatého Jindřicha a svaté Kunhuty").

St Henry et Ste Cunégonde
Bon, le fait d'inventer une église lorsqu'on est roi de Bohême et du St Empire romain gerbatique alors qu'on est à la selle sur les refoulantes, ça n'a rien d'exceptionnel. Mais aller lui coller le nom de Henri et Cunégonde, faut vraiment avoir le péristaltisme avarié par l'apopathodiaphulatophobie. Parce que sinon, sans dec, je ne vois pas comment c'est possib' qu'on invente des gens pareils. J'vous explique. Les boug' dont on se cause datent de la fin du premier et du début du second millénaire, entre fin 900 et début 1000 quelque chose. Henri II le boiteux, je vous en avais déjà parlé , mais pas trop parce qu'il n'eut pas une grande portée directe sur notre pays (nettement plus sur la PLogne). Il est principalement connu pour son soutien au clergé séculier contre le régulier, pour son insistance sur le célibat sacerdotal, et pour son refus d'honorer sa femme qui refusait par ailleurs de s'offrir à lui (ça tombait bien). Cunégonde idem, carrément pas importante pour la Bohême, et pour ainsi dire insignifiante au vu de l'histoire (d'autant plus qu'elle était Luxembourgeoise). Ce dont on se souvient (outre sa chasteté pathologique), c'est qu'elle franchit avec succès son ordalie par le feu, ce qui fit rire toutes les cours d'Europe au prétexte "qu'elle marche pieds nus sur les braises, mais refuse de faire le sexe parce que ça fait mal".
Ouah ha ha, mortes de rire qu'elles étaient les cours d'Europe en cette époque.

Bon, et comment des pitres pareils de Germanie eurent-ils pu donner leur nom à l'église d'au marché du Foin à Prague? Ben parce que le bon roi Charles IV, qui était foncièrement bon, n'en était pas moins foncièrement croyant (jusqu'à la bêtise), et qu'il voyait en ce couple abstinent un exemple que lui ne put suivre ayant à charge d'octroyer succession à la Bohême. Grand amateur et chercheur invétéré de reliques (cf. mes nombreuses publies, ou encore "Vojtěch Birnbaum: Karel IV. jako sběratel a Praha"), Charles IV collectionnait les bouts de saints comme mon fumier de voisin les coups-de-pied au cul. Il vouait ainsi une admiration démesurée (et malsaine) aux deux imbéciles... époux Henri et Cunégonde, canonisés pour leur imbécilité... virginité perpétuelle, et ne put s'empêcher donc de leur consacrer une église à Prague, après avoir longuement réfléchi à son acte, assis cul nu sur son trône, un soir de son règne d'au XIVe siècle. Dingue non?

L'histoire
Avant que la nouvelle ville de Prague n'existe (donc avant 1348), entre "Na Poříčí" et "Rybníček", se trouvait le hameau de "Chudobice", sur les terres des croisés (chevaliers?) à l'étoile rouge. Je rappelle que l'Ordo militaris Crucigerorum cum rubea stella est un ordre religieux typiquement tchèque fondé par Ste Agnès de Bohême en 1233 et qui possède aujourd'hui un patrimoine foncier comme financier indécent. Et paf, eh ben c'est justement là, sur les terres des croisés à l'étoile rouge, que le bon roi Charles IV décida de construire son église. Au début, les boug' faisaient la gueule et l'obstruction, que c'était sur leur terrain, et qu'un jour, qu'il aurait de la valeur après la chute du con-munisme. Mais le bon roi (qui n'était pas un âne), envoya négocier son archimitré "Arnošt z Pardubic", et celui-ci conclut l'affaire en deux coups de cuillère à pot. Le deal sonnait ainsi: vous construisez l'église sur votre terrain avec votre pognon, et je vous refile en échange quelques bleds pour traire l'impôt et la taxe. Et c'est ainsi qu'en 1348, sous le maître croisé Ulrich, commença l'édification de l'église St Henri et Ste Cunégonde.

L'entreprise ne prit que 3 ans, et dès février 1351, l'archipointu Ernest vint jouer céans du goupillon à trois temps en ré mineur.
Bon, alors pour faire complet, je dois encore vous dire que dans le deal, il n'y avait pas que l'église nôtre, mais encore l'église St Tes Tiennes qui devait apporter la parole sainte aux paroisses nord de la Ville-Nouvelle. Et donc en échange, et en date du 16 mars 1351, l'archipointu pondit un décret spécifiant les privilèges accordés aux croisés (j'ai pas réussi à trouver une copie du document). Notez aussi que tout autour de l'église, naquit encore même avant l'édifice, un cimetière pour pestiférés mis en service dès 1347 (je reviendrai dessus plus loin).

Ah oui, et l'église était dès ses origines pourvue d'un clocher de 46m. Mais comme les croisés à l'étoile rouge n'étaient pas des génies civils, ils construisirent des murs tellement faibles que le pauv' clocher ne put jamais supporter le poids de ses cloches. L'on construisit alors dans les années 70 du XVe siècle un clocher à 50 m de là, la fameuse tour Henri ("Jindřišská věž"). Mais je ne vous en parlerai pas aujourd'hui, parce que je compte lui consacrer une publie entière, un jour (plus tard).

Lors des guerres hussites, l'église passa sous le giron des utraquistes, et en dehors d'informations des plus banales, rien de vraiment intéressant à signaler. Tiens, par exemple les annales mentionnent qu'au XVIe siècle, un prêtre officiant en l'église prit épouse, raison pour laquelle il aurait dut être emprisonné. Autre exemple: sous les utraquistes se trouvait au côté de l'église une école qui comptait une cinquantaine d'élèves en 1585. Lorsqu'en 1562, Maximilien II vint se faire couronner à Prague, il fut accueilli par un poème récité par un des bambins de l'école. Ça vous donne une idée du niveau de l'information (comme quoi les tabloïds britanniques n'ont rien inventé). Signalons encore qu'en l'école près de St Henri (et Ste Cunégonde) étudia puis enseigna "Pavel Kristián z Koldína", célèbre juriste mais dont le nom ne vous dira rien si vous n'êtes pas du métier. Le dernier prêtre utraquistes fut "Vít Fagellus" (en 1621), et après la bataille de la Montagne Blanche, l'église fut restituée aux croisés à l'étoile rouge. Le catholicisme reprit alors son rythme de croisière encore de plus belle.

Pour l'anecdote, lors de l'invasion saxonne en 1631, le prêtre "Pavel Kruppius" tenta de réinstaurer la communion sous les 2 espèces en notre église, mais l'affaire fut de très courte durée, et reste aussi anecdotique que les virées nocturnes en scooter d'un certain Flanby. Les croisés perdirent par contre jouissance de l'église en 1647 lors de l'affaire des barnabites (de ch'val). En 1646, les croisés à l'étoile rouge ouïrent dire que Léopold-Guillaume de Habsbourg, évêque de Strasbourg, de Passau, de Brême, d'Halberstadt, de Magdebourg et surtout frère de l'empereur Ferdinand III, aurait comme l'intention de planter des barnabites viennois près de l'église St Michel à Vienne en terre bohémienne. Lèche-cul comme ils étaient, les croisés plièrent bagages et offrirent St Henri avec insistance, pronosti' qu'en échange, l'empereur se montrerait fort bon, et leur offrirait quelque chose de nettement plus avantageux. Walou, macache, et peau d'zob. Non seulement la bouture ne prit point, mais en récompense de la grande bonté des croisés, Ferdinand III offrit jouissance de l'église à la communauté catholique de la Ville-Nouvelle (et paf, dans la gueule des lèche-culs).

Et maintenant, pour égayer mon histoire, une bonne petite légende de derrière les fagots.
En 1648, alors que les Suédois (fumiers!) encerclaient la ville, la tour Henri (dont je ne vous parlerai pas ici) près de l'église servait d'observatoire, puisque relativement proche des fortifications (en ce coin, elles passaient globalement par où passe aujourd'hui l'autoroute, juste devant la gare centrale). Et bien entendu, l'ennemi canonnait tout ce qu'il pouvait afin d'abattre la tour. Un jour, le curé "Šimon Tichý" (en poste à St Henri -et Cunégonde- de 1647 à 1654) vit passer un boulet, et dans l'affolement ne trouva rien de mieux que de le baptiser Ste Barbara (Ste Barbara, pour un boulet, mieux y a pas). Icelui chut dans le cimetière, sans endommager ni l'église, ni la tour. Aussi en remerciement, Simon le curé s'engagea à construire, exactement en cet endroit, une chapelle consacrée à la sainte. Mais par la promesse, point tu n'offenses. Une fois le calme revenu, le bougre fut muté en province. Il revint cependant en 1662, mais mourut avant d'avoir pu mettre son voeu à exécution.

Ce n'est que le 6 août 1672, que le curé "Vojtech Makarius" se mit en l'idée de répondre à la promesse de son prédécesseur Simon, et fit construire la chapelle Ste Barbara. Une copie en bois du fameux boulet fut pendue en la chapelle, mais je ne me souviens plus si elle s'y trouvait toujours lors de ma visite. Et comme une chapelle n'y suffisait pas, l'on construisit encore 2 autres chapelles latérales au sud et au nord de l'édifice, respectivement en 1688 et 1696.
Mais elles n'eurent pas autant de succès que Ste Barbara. Oyez plutôt. En 1690, le curé "Ondřej Vojtěch Košina" fonda la confrérie Ste Barbara dont on sait que les membres singulièrement accoutrés se réunissaient souvent dans la crypte afin d'y organiser piétés (c'est suspect). Ils publièrent même quelques écrits qui eurent cependant peu de succès. Le curé suivant, "Josef Benedikt Schönpflug z Gamsenberka", obtint carrément de Rome l'expédition par DHL de quelques reliques véritables de la sainte (Barbara, pour ceux qui ne suivent plus), ce qui octroya à la confrérie une autorité impressionnante.

Et pour laisser un peu reposer Ste Barbara, quelques anecdotes historiques. En 1740, le curé "Jan Šuknecht" publia quelques blablablas au sujet de St Jean Népomucène. Lorsque les Prussiens (fumiers!) envahirent Prague, ils réclamèrent une rançon de 10.000 pièces d'or sous peine de brûler l'église St Henri, au prétexte que la publication fallacieuse n'est que mensonge et propagande catho-hérétique.

Le 5 juillet 1745 éclata un orage du tonnerre di diou qui fichu le feu à la charpente. Icelle s'effondra tuant un soldat et blessant 4 autres personnes qui sortaient hâtivement de l'église les objets précieux.
Lorsque le bulbe de la petite tour centrale tomba au sol, il se brisa, et de son intérieur roula un cylindre de papiers enroulés. Il s'agissait d'une chanson écrite en l'honneur des hussites, et de 2 autres documents "non-catholiques" datés de 1426. Mes sources ne mentionnent pas ce qu'il advint de ces documents, mais il est fort à parier qu'ils finirent au feu.

Tiens encore une anecdote, en 1785, la confrérie Ste Barbare fut dissoute. On ne sait ni pourquoi (Joseph II?), ni pourquoi pas, mais elle ne fut jamais recomposée.

Quelques dates maintenant. Le plus ancien registre des baptêmes date de 1584. Celui des mariages 1592. Et le plus ancien registre des décès date de 1607. Notez qu'en 2014, l'on ne recense encore aucun mariage gay. Iceux, comme la pédophilie sur les petits enfants, bien que répandus, ne sont cependant pas légalement tolérés.

En 1879, l'église comme la tour homonyme furent regothisés par le champion "Joseph Mocker" (il existe moult polémiques d'experts sur les regothisations de Joseph, comme quoi, il aurait mieux fait de laisser comme c'était, même si c'était baroque pas beau), et le cimetière attenant fut transformé en parc à clodos, fonction qu'il occupe encore aujourd'hui.

Sinon le mobilier est baroque, et malheureusement rien du mobilier gothique d'origine ne subsiste. Vous trouverez en l'intérieur quelques tableaux inestimables de maîtres comme "Václav Vavřinec Reiner", "Karel Škréta", "Jan Jiří Heinsch" ou "Siard Nosecký", peintre méconnu dont je vous avais parlé avec amour . Vous trouverez aussi en l'intérieur, quelques sculptures inestimables de maîtres comme "Richard Jiří Prachner" ou "Jan Jiří Bendl".
Et vous trouverez toujours en l'intérieur, des vitraux proposés par "František Sequens", dernier peintre tchèque nazaréen et professeur de "František Kupka" à l'académie des BoZarts de Prague.

La rchitecture
Notre édifice, relativement spacieux (pour l'époque), se compose de 3 vaisseaux de hauteur égale, soutenus de l'extérieur par 2 piliers. Pourvu originellement de 17 fenêtres gothiques, il en perdit 4 lors des adjonctions diverses de chapelles baroques, dont une (des fenêtres gothiques) derrière l'autel principal fut murée puisqu'inexploitée. Sur la façade nord et sous la fenêtre se trouve un mini portail gothique inutilisé. Le vrai portail, celui à l'ouest, s'ouvre sur un vestibule (hall d'entrée) à voûtes en croisée d'olives... d'ogives, vestibule à partir duquel l'on accède à la tribune d'orgue. D'extérieur, et posée dessus ce vestibule, le visiteur averti pourra apercevoir une petite construction percée d'une petite fenêtre: dedans, les lettrés rangeaient leurs ouvrages. Ce même visiteur averti, s'il regarde sur le pilier extérieur, apercevra une plaque métallique frappée de l'an 1529.
Elle indique la date de construction de la petite construction comme des escaliers menant à la tribune (d'orgue).

A l'intérieur, les voûtes (en croisée d'ogives itou) sont soutenues par 6 colonnes gothiques qui, en 1738, prirent l'apparence baroque par la forme (de circulaire, elles devinrent carrées) et par l'adjonction de chapiteaux corinthiens le tout en marbre artificiel.

L'adécoration
Une dizaine d'autels décore le dedans. L'autel principal, au centre, se compose d'une table en marbre sur laquelle repose un tabernacle (et une nappe), et d'une large structure en bois pourvue d'un tableau central. Sur les côtés, l'on trouve les blanches statues de St Venceslas et de St Adalbert. Le tableau central est l'oeuvre de "Jan Jiří Heinsch", et représente de façon quelque peu confuse 2 scènes disparates. Dans la première, le visiteur averti peut apercevoir St Henri comme le protecteur de la ville contre les Suédois (fumiers!). Icelui, légèrement agenouillé, lève ses yeux supplicateurs au ciel, montrant la ville en feu de sa main droite (et gauche aussi un peu).
Sur sa droite, légèrement en dessous de son mari, Ste Cunégonde les yeux au ciel pareillement levés, se prépare à marcher pieds nus sur 12 socs de charrue chauffés à blanc tout rouge. Derrière la pauvresse, quelques personnages regardent la scène les yeux hagards. Comme souvent dans ces tableaux symboliques, les personnages portent les visages de contemporains renommés et suffisamment nantis afin de financer la croûte. L'histoire n'en aura pourtant pas retenu leurs noms.

Parmi les autres autels, mentionnons:
- L'autel de l'ange gardien,
- L'autel de la Ste trinité entouré des statues de St Laurent et Ste Apolline,
- L'autel de St Luc entouré de 6 tableaux représentant la sainte famille, St Joseph, St Aloïs, vierge Marie et p'tit Jésus, la descente de croix et le couronnement de la vierge,
- L'autel de Ste Barbara dans la chaplette homonyme, entouré des statues de St Sébastien et St Roch qui sont à la peste ce que l'Imodium est à la Turista,
- L'autel de l'annonciation sur lequel se trouve un précieux tableau de "Francesco Trevisani" représentant la Ste Famille et dont une esquisse se trouve dans la "Gemäldegalerie Alte Meister" de Dresde.

Notez tout particulièrement l'autel des 14 saints auxiliaires: le tableau de la vierge Marie entourée des 14 saints comme Cendrillon entourée des 7 nains est l'oeuvre de "Siard Nosecký", mon chouchou.

D'autres tableaux dans l'église représentent des évènements significatifs de la vie de St Henri: il et elle agenouillés font voeu de chasteté éternelle (les ânes), St Henri prie au-dessus de la dépouille de St Wolfgang, le couronnement de St Henri roi, le couronnement de St Henri empereur (le pape lui offre l'orbe impérial), St Henri se meurt et Ste Cunégonde pleure... Sur la corniche en hauteur se trouvent des angelots et les bustes de St Joseph, St Cosme, St Adalbert, St Jean Népomucène, St Jean-Baptiste, St Damien, St Procope, et St Ivan.

Remarquez le font baptismal en étain, daté de 1487 et portant mention en tchèque qu'il fut fondu en la période du prêtre "Tobiáš z Králové Hradce" par le saintier "Janotka". Parenthèse. Ici j'ai un gros doute sur le nom du métier. Le saintier coule les cloches, et compte tenu de la forme et de la taille du font, j'imagine qu'il eut été coulé et non martelé-écroui par un potier d'étain ou un dinandier?
Enfin s'il est quelqu'un du métier parmi vous, chers lecteurs, faites-moi savoir de qu'est-ce qu'il en ressort de, parce que ça m'intéresse franchement.

Dans l'église, sous le plancher, se trouvent 9 "caves" servant de frigo à macchab. Elles furent creusées tout au long du XVIIe siècle, et contiennent les os de notables comme les "Groneberger z Gronebergu", "Miller z Mildenberka", "Morák z Marenfelsu" et d'autres dont je ne vais pas vous encombrer la mémoire avec non plus. De même, certaines pierres tombales furent emménagées dans l'église pour décorer, mais les os ne sont plus avec. Pareil, je ne vais pas vous encombrer la mémoire avec les noms non plus, mais notez cependant devant la chapelle St Luc, la plaque en laiton de "Nikodém Kostelníček" (décédé en 1583). Il s'agit d'une oeuvre de 1584 du fameux saintier "Brikcí z Cimperka" dont je vous avais déjà parlé dans une très ancienne publie.

Ensuite du dehors, pareil, certaines pierres tombales furent emménagées contre les murs de l'église pour décorer, mais les os ne sont plus avec non plus.
Et comme auparavant, je ne vais pas vous encombrer la mémoire avec les noms, sinon vous informer que just'à côté du portail nord, sur la droite, se trouve une croix, vestige de la tombe du peintre "Felix Anton Scheffler", élève des frères Asam, et peintre (entr'autre) de la fabuleuse "abbaye de Broumov".

Le cimetière
Et donc avant, le parc autour de l'église était un cimetière dédié principalement à la peste. Entre 1347 et 1361, les annales mentionnent qu'un grand nombre de macchabs étaient inhumés là, sans en préciser le nombre. En 1420, l'on ne mentionne que les prières en l'église, prières nombreuses contre la peste. En 1507, l'on enterrait de 17 à 20 personnes par jour, en 1520 de 20 à 30 et en 1582 jusqu'à 40 personnes à la douzaine.

Lors de l'invasion suédoise de 1648, les brasseurs de la ville inhumaient ici leurs compagnons décédés sur les murs de défense. Les anales ne précisent cependant pas où l'on enterrait les autres corporations. Pis l'on cessa d'enterrer ici en 1787, suite aux décrets de Joseph II concernant l'inhumation intra-muros dans les villes, comme quoi c'était source de maladies et de puanteur, et qu'il valait mieux enterrer à la campagne, parce que les paysans, ça les dérangeait moins, la puanteur, entre les cochons, les lisiers, etc... C'était en son temps un des plus grands cimetières de la ville, et en son extrémité sud-est, se trouvait un ossuaire avec une petite chapelle funéraire communément appelée "chaplette de Jérusalem". En souvenir, la rue porte aujourd'hui ce nom: "Jeruzalémská". Quant au mur qui délimitait le cimetière, il fut démoli en 1827 et les statues de St Jean Népomucène et de St Jude Thaddée qui en ornaient l'entrée (du cimetière) furent déplacées devant l'entrée de l'église, où elles se trouvent encore aujourd'hui. Bien que les 2 soient datées de 1709, St Jean Népomucène est crédité à "Michal Jan Brokoff" (frère de l'archiconnu "Ferdinand Max Brokoff", et auteur de nombreuses statues encore visibles en moult quartiers de la ville et sur le pont Charles), tandis que St Jude n'est crédité à personne.

Epile Ogue
Comme la plupart des églises de la République, elle n'est pas souvent ouverte faut dire. De fait, c'est pas simple d'y aller pour visiter. Vous pouvez cependant vous y introduire lors des messes qui ont lieu plusieurs fois par semaine, en Tchèque comme en Slovaque. Y a juste qu'il faut alors se taper les débilités proférées par le curé, et pour avoir assisté par la force des choses à quelques minutes de sermon dans diverses paroisses cet été, je peux vous assurer que l'ampleur du délire dépasse l'entendement de la commune mesure. Attends, ma grand-mère était con-muniste, mon père alcoolique, et moi-même ai servi la patrie pendant un an dans un bataillon de hussards en Lorraine; pour vous dire que j'en ai entendu des conneries dans ma vie. Mais là, ce qu'un curé catholique (et même un cardinal, au mois de mai) est capable de débagouler lors d'une messe, c'est bien au-dessus de l'au-delà de ce que le bon sens d'un esprit sain est en mesure d'accepter. Mais l'édifice mérite assurément une visite. Saint t'en ris et sainte qu'une est gonde se trouvent là: 50.0848583N, 14.4304972E

dimanche 27 juillet 2014

Visiter: Le musée anthropologique du Dr Tourterelle

Alors c'est tout petit, 128 m² seulement, aussi ne vous attendez pas à 5h de visite. Mais si vous vous faites accompagner, commenter et expliquer par un des chercheurs officiant sur place, alors cette visite sera un ravissement absolu.
En fait, le "Hrdličkovo muzeum člověka" comme il s'appelle officiellement, fait partie de ces petits musées anonymes, presque vieillots, qu'on dirait poussiéreux, voire archaïque, alors qu'il n'en est rien du tout, loin de là. Il sent bon l'encaustique à bois, et ses collections, certes anciennes, respirent le parfum de l'aventure d'antan, de l'exploration du monde d'avant l'électronique de Fesse-Bouc, genre Tintin et Milou, Spirou et Fantasio, Black et Mortimer...
Personnellement j'ai adoré, et je vous le conseille assurément sans la moindre réserve.

Le Dr Tourterelle
Bon, j'ai traduit pour rigoler, parce qu'on ne traduit pas les noms propres, c'est couillon. Attends, t'imagines, le gars qui cherche sur la sonnette Dr Tourterelle?
Il a beau être devant l'appart du toubib, va savoir où qu'il faut sonner?! C'est aussi couillon que si l'on appelait Regensburg Ratisbonne en Français, ou Aachen Aix-La-Chapelle? Le pauv' gars qui chercherait sa route dans le pays d'origine n'aurait aucune chance d'arriver à bon port. En fait, le Dr Tourterelle s'appelle "Aleš Hrdlička", et même si vous ne connaissez pas son nom, vous connaissez sa théorie qui prétend que le continent américain aurait été peuplé bien avant petit Jésus par des ethnies d'origine mongole ayant traversé en patins à glace le détroit de Béring entre la Sibérie et la Laska alors qu'icelui (des trois) était gelé en plein hiver.
Je vous laisse lire la bio du toubib sur Wikipédia, où, pour une fois, le rédacteur s'est fendu de plusieurs lignes.

Plusieurs lignes certes, mais il a cependant oublié de préciser qu'entre les années 1896-1898, notre boug' étudia aux côtés du Dr Léonce Manouvrier à l'Ecole d'Anthropologie de Paris, lequel Léonce eut apparemment une influence non négligeable sur le développement de sa carrière.

Et il a encore oublié de préciser que le Dr Tourterelle fut décoré en 1927 de la médaille de Huxley, plus haute distinction du "Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland", pour sa théorie de l'origine commune des races humaines
(hormis les Anglais, qui, comme chacun sait, sont d'origine inexpliquée, malgré que la communauté scientifique penche pour une abiogenèse spontanée de phospholipides lorsque, vers 43 avant Jean-Claude, du pipi de chat [ammoniac - NH3] serait fortuitement entré en contact avec un pet de truie sauvage [méthane - CH4] générant un résidu glycérol-phosphate estérifié par une molécule polaire d'andouille primitive à l'origine de la vie "humaine" sur Albion. Mais attention, ce n'est qu'une hypothèse).

L'histoire du musée
Alors le Dr Tourterelle fut non seulement à l'origine du musée d'un point de vue initiatique, mais également d'un point de vue financier.
Bien que l'idée trottait en la tête du toubib depuis moult années, ce n'est qu'en 1922 qu'elle fut mise à jour dans une taverne, et ce par la proclamation laconique aujourd'hui gravée sur les murs de la taverne: "je veux fonder un musée anthropologique à Prague". Malheureusement, arriva la crise économique, et le projet fut repoussé "sine die".
Les précieuses collections amassées pendant des dizaines d'années furent d'abord remisées au "Klementinum", ensuite elles déménagèrent en la faculté de Sciences Naturelles à "Albertov" (quartier au Sud de Prague sous la colline de "Vyšehrad" au Nord). Et ce n'est que le 22 octobre 1937 que le musée à part entière fut fondé, et cette même année, il prit officiellement le nom de
"Musée de l'Homme du docteur Tourterelle" ("Hrdličkovo muzeum člověka").

Pendant la seconde boucherie mondiale, le fond financier du docteur Tourterelle fondit comme neige au soleil (contrairement au fond du docteur Dynamite... Nobel), et ses collections comme l'institut d'anthropologie déménagèrent ensemble dans l'édifice de la faculté de Sciences Naturelles de l'université Charles, au numéro 7 de la rue "Viničná", où elles se trouvent encore aujourd'hui.

Les thèmes
Au départ, l'idée du musée s'étalait sur plus de 1000 m², mais par manque de pognon, c'est à peine un peu plus du dixième qui est exposé aujourd'hui, soit quelques 4000 pièces seulement. De nombreux autres morceaux sont cependant remisés aux archives, donc si un jour un généreux mécène...

Quatre thèmes sont donc présentés au public, avec comme point commun l'Homme, et plus particulièrement son corps:
1 - La phylogénèse où l'histoire évolutive de notre espèce depuis l'australopithèque jusqu'à l'hétéro-sapiens.
2 - La variabilité et l'évolution, où les différences au sein de notre espèce (humaine).
3 - L'ontogenèse où les transformations structurelles du cycle de la vie.
4 - La (paléo) pathologie où les écarts d'au standard, collection d'os déformés par les maladies d'entre le XVI et le XVIIIe siècle.

Dans le cadre de cette collection, vous verrez en particulier des crânes trépanés, vestiges préhistoriques de la science politique actuelle qui consistaient à convaincre l'entêté en lui perforant l'os de la tête à l'aide d'un objet contondant et en lui enfonçant à coup de masse la bonne idée dans son cerveau d'andouille obtuse.

Vous y verrez encore quelques bouts d'os, de cheveux, des photos et des moulages en plâtre de scarifications tribales et taillages de dents de Pygmées centrafricains réalisés (les moulages, pas le taillage des dents) par le "père des Pygmées", le professeur autrichien d'origine tchèque "Pavel Šebesta".

Vous y verrez aussi des moulages post-mortem de personnalités archi-connues: "Purkyně", "Masaryk", "Beethoven", "Dvořák", Line Renaud... (ah bon, elle remue encore?)

Vous y verrez encore 3 momies momifiées naturellement (comme le jambon de Bayonne) et artificiellement (comme le tout en Khamon des Gyptes. Attends, j'allais pas vous refaire la vanne de Line Renaud, maintenant que je sais qu'elle fait du fitness à ski dans une piscine olympique en moins de 3 minutes).
Elles proviennent du village de "Deir el-Médineh", et furent importées en République tchèque par l'égyptologue "Jaroslav Černý" alors qu'icelui faisait l'épigraphiste pour Bernard Bruyère dans les années 1925-1930.

Vous comprendrez la différence entre un Pygmée hydrocéphale atteint de migraine idiopathique et un nain achondroplasique tombé de vélo au tour de France à l'âge de 3 ans.

Vous y découvrirez la théorie phrénologique, où comment le délit de sale gueule se confirme par les bosses du crâne.
N'oublions pas la collection de "František Vladimír Foit", peintre, sculpteur, ethnographe et voyageur fasciné par les mutilations ornementales des tribus africaines (cf. les Labrets) comme par les déformations crâniennes volontaires des indiens sud-américains (de Bolivie).

Et mentionnons encore la collection du docteur "Jiří Malý", moulages de visages d'indiens d'Amériques (du Nord comme du Sud) réalisés entre 1929 et 1930 sous la conduite du Dr Tourterelle alors qu'icelui officiait comme conservateur du Musée National à Washington DC.
Ah oui... Notez que le Dr Tourterelle développa cette méthode de moulage des visages en fin du XIXe siècle, méthode permettant au sujet de garder les yeux ouverts afin d'entendre les recommandations lors du processus de plâtrage. Remarquez par exemple les chefs indiens Nuage Debout, Ours Grognon, Huître Lymphatique... comme ils ont les yeux grands tout verts.

Epilogue
Permettez-moi d'insister à nouveau sur l'absolue nécessité de visiter ce splendide musée. Et même plusieurs fois, parce qu'à chaque visite, vous découvrirez quelque chose que vous aviez loupé précédemment.
En date d'en ce moment (vérifiez toutefois sur leur site internet pour en avoir le coeurnet), les horaires d'ouverture sont du mercredi au vendredi de 10 à 18h. Mais je vous conseille tout particulièrement les visites nocturnes chaque premier mercredi de chaque mois, de 21 à 23h entre mai et septembre, à partir de 20h autrement.
Vous serez équipés d'une torche, et c'est toute lumière éteinte que vous découvrirez ces trésors blafardement illuminés par la lueur de votre lampe: poilhérissage sur les bras garanti. Le musée anthropologique du Dr Tourterelle se trouve ici: 50.0722094 14.4243808.

dimanche 29 juin 2014

Ailleurs: L'église en bois St Michel de Maršíkov

Du fait que l'autoroute D1 est en pleine réfection (et Mère Nature sait qu'elle en a grandement besoin), l'on décida, ma chérie d'amour et moi, de nous en rendre en Moravie/Silésie par le Nord, par "Hradec Králové", "Šumperk", jusqu'à "Krnov".
Comme le reste de la République tchèque, c'est tout plein de choses à voir et à visiter tout du long, et comme justement le touriste ne s'en rend que rarement en ces contrées de par leur éloignement de tout axe principal et de leur relative hauteur (entre 400-900 m au-dessus du niveau de l'amer... bière...), ben c'était l'occasion d'y jeter un oeil (avant d'y jeter l'autre aussi). Sur ma longue liste des "à voir à bsolument", j'en avais tellement velu que l'on ne put tout faire, mais cette petite église en bois St Michel, je l'avais mise en priorité "importante" et je ne le regrettai point du tout du tout.

Parenthèse. C'est mal foutu quand même parfois la langue française. Tiens, si je vous dis "l'église en bois St Michel", on dirait qu'il s'agit du "bois St Michel", comme du "bois de Boulogne", genre un qualificatif du bois. Et si je vous dis "l'église St Michel en bois", on dirait que c'est St Michel qui est en bois, et pas l'église. Si la langue française était bien foutue, ou tout du moins mieux foutue qu'elle ne l'est, je pourrais dire "l'en bois église St Michel", et paf, toute ambiguïté serait comme par miracle écartée. Certes, il existe encore l'option pour les tatillons qui consiste à écrire "l'église en bois consacrée à (l'archange) St Michel", mais mes publies sont déjà suffisamment longues comme ça... Enfin bon, juste pour dire qu'en ce cas spécifique, les langues slaves sont nettement plus flexibles (cf. "dřevěný kostel sv. Michala").
Tiens, autres splendides exemples d'ambiguïté française: la circulation a été déviée par la gendarmerie (ou par la route nationale?). Le prisonnier des cannibales était prêt à manger (en prêt-apporté?). Bref...

En arrivant sur place au moment où le temps était ensoleillé comme pas permis, nous trouvâmes aux abords de l'église une vieille brave dame en train de retourner son jardin. Et comme la publicité disait "sur demande auprès de Mr Lichner, demeurant en la première maison près de l'église, icelui vous fera visiter...", nous interpellâmes la brave dame. "Lád'ôôôôô..." hurla-t-elle de par derrière de la bâtisse, "t'as des touristes pour visiter l'église!". Au bout de quelques minutes, "Lád'a" débarqua de derrière les fourrés et nous ouvrit l'église St Michel (en bois, l'église), rien que pour nous.

Historique
"Lád'a" était un brav' p'tit vieux, d'un âge certain, mais plutôt bien conservé pour cet âge (surtout dans sa tête, qu'il était bien conservé).
Et il nous dévoila tout de ce qu'il savait sur l'édifice, sans rien omettre ni cacher. Aussi ce que je vous raconte dans cette publie est en grande partie la réplique écrite de ses propos vocaux (avec de menues nuances cependant, afin de faire compréhensible par endroit).

"Maršíkov" est un trou de quelques 90 demeures pour 200 habitants dépendant de la commune de "Velké Losiny", dans le district de "Šumperk". La première mention écrite du bled date de 1351 (cf. "Codex diplomaticus et epistolaris Moraviae. Leitomischl 12. April 1351. Clemens Episcopus Servus Servorum Dei ad perpetuam rei memoriam [...] Marschonisvilla [...]") et fait référence à la paroisse dans le cadre d'attribution de domaines à la chienlit cul-bénite pour exploitation fiscale et esclavagisme intensif du péquenaud.

De toute son existence, la commune resta absolument insignifiante, et sans notre église St Michel, elle serait sans doute restée dans l'oubli le plus absolu tellement elle ne représente rien dans le cour de l'histoire. Pour preuve de son insignifiance, outres les naissances, les mariages, les décès et les baptêmes, vous trouverez dans le registre communal tous les changements de nom du bled: "1475-1605 Mařkov, Marzkow, Marškov, Marskow, Maržkow, 1481 Maříkov, 1494 Marczkow, 1771 Meykow, 1846 Maršíková, 1872-1885 Maršová, 1885 Mašov, od 1893 Maršíkov"... en différentes langues même, tellement l'archiviste ne savait plus quoi écrire dans son registre (cf. en Germain "1431 Marskendarf, 1569-1945 Marschendorf, 1570 Marssendorf, 1610 Maschendorf, 1788 Moschendorf, 1807 Alt Marschendorf", en Latin "1351 Marschonisvilla, Marchionis villa, 1672-1771 Marschendorf, 1690 Morschendorf", en Arabe dans quelques années...).
Pour vous dire l'insignifiance... et donc passons directement au vif du sujet.

L'édifice actuel date de très exactement 1609. Mais avant cette année (pas 2014, 1609. C'est vraiment mal foutu quand même parfois la langue française!), il existait déjà céans une autre église, démolie (toujours en 1609) pour cause de mauvais état. De cette pre-église l'on ne sait pas grand-chose (tiens, il faisait quoi l'archiviste ce jour-là?). Bien que la paroisse du village de "Maršíkov" date d'avant 1350, les seuls éléments concernant l'église affirment qu'il s'y trouvait 2 cloches gothiques. La plus grande datant de 1515 (gothique tardif) fut réquisitionnée, la seconde, et sans doute plus ancienne, est toujours pendue au clocher. Mais l'on ne connaît pas la date de sa fonte, la DLUO n'ayant pas été gravée dessus comme sur la précédente. Bref, en 1609 commença alors la construction du temple évangéliste (cf. Église évangélique des frères tchèques), en partie d'avec les restes de l'église de "Velké Losiny", également démolie pour cause de mauvais état. Bien qu'une partie du coût fut absorbée par les dons privés, la majeure partie fut cependant concédée par la famille "Žerotínové", famille de laquelle je vous avais déjà parlé à propos de l'église jamais terminée de "Panenský Týnec".
En fait les factures relatives à l'église existent toujours, et sont datées du 28 mai 1609. Elles concernent des lattes, des clous, des bardeaux et autres menus zinzins, mais rien concernant les poutres, le gros-oeuvre ou l'électricité. Aussi l'on peut présumer qu'iceux proviendraient de la récup de matos de l'église de "Velké Losiny" (à moins que les factures n'aient été perdues, mais les experts ne penchent pas pour cette possibilité). Pareil, aucune trace des artisans, constructeurs ni architecte(s), aussi l'on pourrait croire que l'édifice fut construit par les extra-terrestres (à moins que les documents n'aient été perdues, mais les experts ne penchent pas pour cette possibilité). Par contre, et bien qu'aucun document n'existe à nouveau, le permis de construire dut être délivré par "Jan ze Žerotína" juste avant sa mort le 8 mai 1608, puisqu'en cette période le rejeton et ritier "Přemyslav II" était mineur, et les biens alors administrés par sa mère "Andělina" (Angelina). En fait, je précise parce que vous entendrez souvent que l'initiateur de la construction était le fils "Přemyslav II ze Žerotína", alors que c'est pas possib' et que donc c'est plutôt le père "Jan ze Žerotína" qui just' avant sa mort... C'est pas important "Lád'o", on passe à la suite.

Parenthèse, mais c'est pas "Lád'a" qui m'informa de cette info, mais ma femme de ménage. En fait l'on ne sait toujours pas si "Jan ze Žerotína" était un ou plusieurs.
En effet, nombreux documents de vers 1609 font référence à Jean le jeune, Jean le vieux, Jean le fils et Jean le père que Jean-Pierre mon Latin... et que donc du savoir de qui autorisa la construction... Enfin bon, reportez-vous à la thèse de "Andréa Kvapilíková: Losinsko-vízmberská větev rodů Žerotínů na Šumpersku" qui vous donnera tous les détails. Fin de part en thèse. Bon, et je disais quoi maintenant...

Ah oui. Après la triste bataille de la Montagne Blanche, l'église de "Maršíkov" fut rattachée à la paroisse de "Velké Losiny", ce qui eut pour conséquence l'ajout d'une ligne supplémentaire sur le registre de la commune.

En 1649, le retable avec la photo de l'archange St Michel fut bénit consacré, ce qui eut pour conséquence l'ajout d'une nouvelle ligne sur le registre de la commune.

Entre 1655 et 1657, fut posé un nouveau carrelage en remplacement du lino temporaire et le maïeur local fit don à l'église d'un tableau représentant Mari Madeleine à Longchamp pour la finale du Prix du Mérite Agricole des juments pouliches de 4 ans, ce qui eut pour conséquence l'ajout de 5 longues lignes sur le registre de la commune. Suite à quoi, l'archiviste se mit en grève afin de réclamer une augmentation parce que sa fonction devenait insoutenable de par la charge de travail.

Lorsqu'on trouva un nouvel archiviste (le précédent étant parti en retraite bien méritée), sa première ligne sur le registre communal s'articula ainsi: "A.D. 1670, un nouvel archange St Michel fut peint sur le retable de l'église." Après quoi il prit 2 semaines de vacances afin de se remettre du labeur.

En 1673, la commune fit l'acquisition d'un positif (petit orgue transportable que l'on "pose") afin d'accompagner le chant dissonant des fidèles. Iceux braillaient cependant toujours aussi faux, et pire, couvraient le son de l'instrument. Aussi en 1776, l'on remplaça le positif par un vrai orgue de facture "Kašpar Weltzel" (il contribua à l'orgue de l'église de la Nativité à la Lorette à Prague).
Et justement, toujours en cette période (1776-1777), vu que l'archiviste avait ses mains dans le chantier, l'on restaura l'église en bois d'une touche rococo, et le retable reçu un nouveau tableau de l'archange Michel peint par le fameux peintre jésuite "Ignác Raab" (cf. St Thomas, St Tignace, St Roch, St Seb et Ste Rosalie, et j'en passe...).

Entre 1842 et 1843, d'autres modifications mineures furent apportées à l'édifice: recarrelage du choeur, ajout d'angelots au retable principal, ajout de retables latéraux consacrés à la vierge Marie et à St jean Népomucène, et ajout d'une chaire pour que tout le monde puisse voir le curé. Ben oué.

Le cimetière qui entourait l'église St Michel fut fermé en 1900, mais l'archiviste ne prit pas la peine de préciser dans les registres où les locataires furent relogés.

Entre 1930 et 1931, débarrassé de ses occupants, le terrain autour de l'édifice fut abaissé afin de mettre ce dernier en valeur (enfin), et les vieilles poutres pourries furent remplacées par des poutres neuves en pleine forme. D'autres nécessaires réparations eurent lieu encore en 1964, 1972, 1994 et depuis 2000, c'est quasi incessant entre le toit, les planches des murs et plafonds... Bon, mais c'est pas vraiment important "Lád'o", alors on passe à la suite.

Description
L'édifice construit en rondins est d'apparence gothique (très) tardif et d'agencement intérieur renaissance (j'te dis pas l'accouchement difficile du monstre). La nef est longitudinale de 14 mètres et largitudinale de 11, terminée par un choeur polygonal profond de 6 mètres, adjoint d'une petite sacristie rectangulaire au Nord. La nef toujours est surmontée en son centre d'une petite tour baroque octogonale construite en 1757 et chapeautée d'un oignon. La toiture à 2 versants et 2 croupes est couverte de bardeaux. En fait l'apparence extérieure est similaire à toutes les églises en bois de la région, et hormis la tourelle baroque, l'aspect est originel encore aujourd'hui.

D'intérieur, c'est autrement plus trop fort de café, et xceptionnellunique. Le plafond du choeur est voûté en anse de panier, formant une surface plate sur la moitié centrale. Ce plafond à caissons peu profonds rappelant un treillage est percé au sud de 2 lucarnes en forme de lunette. L'inspiration (selon "Lád'a") aurait été l'église St Jean Baptiste de "Velké Losiny", mais n'y m'étant point rendu, je ne puis confirmer. Le plafond de la nef est plat, également à caissons et à motifs carrés en diagonale, soutenu par 2 piliers centraux. Au-dessus du vestibule se trouve une tribune, qui devait en son temps se prolonger sur les murs latéraux de la nef comme en témoignent les traces longitudinales laissées sur les tasseaux. Les murs intérieurs sont tapissés de planches en bois, dont certaines, provenant de l'église recyclée de "Velké Losiny" selon "Lád'a", sont polychromées de motifs champêtres et géométriques disparates. Proviendraient-elles de diverses églises, les planches polychromées? Pour l'anecdote, lorsque je demandai au bon boug' plus de détails sur ces polychromies vieilles de quelques 400 ans, il m'informa que "l'on a bien essayé de les laver, mais rien à faire, ces peintures tiennent au bois comme la merde à la chemise." J'en crus pas mes esgourdes. Et puisqu'il en était aux confessions, "Lád'a" nous informa encore que l'orgue de Gaspar ("Kašpar Weltzel") fut restauré en 1973, et seuls 3 tuyaux usés sur les 315 durent être remplacés.

Ensuite il insista encore sur la toile de la Ste Trinité de 1717 qui pend dans le choeur, mais qui pendait auparavant dans une chaplette homonyme avant qu'icelle ne soit désacralisée, et qui fut offerte (la toile) par la comtesse "Ludvika ze Žerotína". Hum... j'y jetai un oeil poli, mais bon, sans grand intérêt la croûte.

Puis il nous informa encore de quelques artefacts précieux qui embellissaient l'église, mais qui, pour des raisons de sécurité comme de conservation, furent déménagés en divers musées de la région. Mentionnons un font baptismal renaissance de 1615, un calice de 1614 offert à l'église par "Přemyslav II ze Žerotína", et un bénitier (sans grenouille) de la seconde moitié du XVIe siècle provenant de l'église d'avant.

Anecdotes et curiosités
Et donc outre l'exceptionnalité architecturale que représente l'église de l'archange St Michel de "Maršíkov", cet édifice peut encore se vanter du titre de "la plus ancienne construction populaire conservée en l'état en Moravie du Nord." Moi j'dis qu'on fasse péter le Champomy!

En 1819 (ou 1820), l'on découvrit à quelques centaines de mètres de l'église le premier chrysobéryl d'Europe. "Maršíkov" devint alors mondialement... localement... un peu connu auprès des 29 lithophilistes du monde en ce début du XIXe siècle.

En 1757 naquit soudainement une affabulation sans fondement, selon laquelle, le cardinal Von Dietrichstein aurait fait don aux paroissiens de "Maršíkov" du matériel de construction de feu l'église de "Velké Losiny" en remerciement de leur reconversion à la religion catholique comme les tous premiers reconvertis en Moravie du Nord. C'était bien entendu faux, mensonger, et n'avait qu'un but purement politique, comme toujours en religion (surtout catholique).

La messe n'est plus célébrée régulièrement en l'église, mais uniquement dans le cadre d'évènements exceptionnels, genre ouverture de la coupe du monde de football au Brésil (pour faire plaisir à mon pote Pascal ツ), ou lorsque le lundi de Pâques tombe un vendredi saint.

Pour la visite, adressez-vous donc à Mr "Ladislav Lichner" demeurant en la première maison près de l'église. Je ne pense pas qu'il parle Français (il est Morave, du Nord, donc déjà avec le Tchèque il a du mal...), mais essayez l'Allemand, je suis prêt à parier qu'il n'aura aucun problème.

En conclusion
Pour les amoureux des églises en bois et du patrimoine culturel populaire des montagnes pas très hautes de la Moravie du Nord, l'église de l'archange St Michel à "Maršíkov" est un petit bijou en boîte de satin (en bois de sapin?). Maintenant compte tenu de son éloignement (relatif) de toute route à vitesse moyenne (au-dessus de 70 km/h), je ne puis vous envoyer en cette contrée avec pour seul but la visite de l'édifice susmentionné. Toutefois, et si le hasard de la fortune vous mène en ces terres, sonnez chez "Lád'a", vous ne le regretterez pas.

En fin de visite, et pour toute rétribution, il s'efforcera de vous refourguer des cartes postales et autres prospectus. Bon, pour les quelques couronnes qu'il en demande, soyez bon Monseigneur, achetez, ça vous portera chance. Et n'oubliez pas quelqu'offrande pour la réfection de l'église, en cette matière chaque sous est le bienviendu. Personnellement j'ai acheté, et j'ai donné. Attends, je ne peux pas toujours que prendre non plus, non?

L'église en bois c'est là: 50.0344278N, 17.0758756E