jeudi 1 mai 2008

Visiter: Le palais Schwarzenberg, c'est énorme

Alors si vous n'en avez pas entendu parler, je ne peux même pas vous en vouloir parce que ce week-end là, les extraterrestres seraient venus vomir des bombes thermonucléaires sur les capitales du monde entier, qu'à Prague nous n'en aurions strictement rien su.
Mais alors rien de rien nous n'en aurions rien su, parce que la totalité de l'actualité tchèque, qu'elle que fut le média (papier, radio, Internet, TV...) n'avait qu'un seul sujet de couverture, qu'un seul nom en bouche: Bruxelles Novotel... Berlin Formule 1... Paris Hilton (et ça ne rime même pas, z'auraient pu l'appeler Sharon non?). C'est dingue ça tout de même! Une espèce de graine de courge en silicone génétiquement modifié vient à Prague, incognito, même pas en voyage officiel du pape, et la presse tchèque sombre dans l'aliénation absolue, dans le délire insensé digne de la plus démente débilité tabloïdo-britannique. Tiens, croisez une enclume mentalement déficiente avec une huître lymphatique surmazoutée, ben l'engeance de cette union, c'est à peu près le niveau cérébral auquel se sont rabaissés les média pendant ce fameux week-end là. Ca fout les boules braves gens, sans dec. L'info? Je vous la sers en 1 phrase et quelques mots contrairement à la pléthore d'extase qu'on a pu lire par ailleurs: "L'héritière multimillionnaire des hôtels Hilton vient passer un jour à Prague pour suivre sont Benji de copain guitaristéchanteur qui se produit en notre capitale." Super, bon ben on le sait, cool. Et surtout, on (surtout moi) se demande bien pourquoi cette pauv' chérie est si recherchée (people dit-on)?
OK, elle est plaisante, mignonne, mais savez-vous seulement combien de filles hypra-canons se trimbalent à Prague (en mini-jupe en belle saison)? Avez-vous une idée du nombre de splendides bombes exquises que l'on croise tous les jours dans les rues, le métro, les bars, les boîtes, jusqu'au bureau (ah bon, pas chez vous)? Alors une pauv' Paris Hilton, très honnêtement... Mais à Prague, c'était le délire. Ouaaah!!! Et elle va venir en avion, en bateau, à dos d'âne? Et elle va dormir où? Quoi? A l'Holiday Inn? Attends, tu déconnes (et pourtant si, véridique). Et où va-t-elle se promener? Qu'est-ce qu'elle va fout' de sa journée? Fréquence du pipi? Couleur du caca... Le délire absolu vous dis-je. L'aéroport fut envahi pour rien, parce qu'elle est finalement venue en bus (bus privé, avec le groupe "Broute Charlotte"), et une fois dans Prague, les paparazzis sont devenus dingues furieux lorsqu'ils ont fini par tomber dessus dans le fin fond du coin d'une pâtisserie de la ville. Ils lui ont littéralement collé au fignard comme du papier à mouche merdeux, au point que la pauv' maladroite s'est fracassée le menton en essayant de se faire la belle par une porte dérobée. "Plus jamais à Prague" aurait-elle dit. Mère nature (équivalent mien de "mon dieu"), puisses-tu entendre ces paroles et exhausser la volonté de cette pauv' enfant!
Tiens, essayez ça si vous voulez en savoir plus. Ca fout les boules moi j'dis. Alors pourquoi je m'agace autant? Ben tout simplement parce que la venue de cette tourte-people a totalement éclipsé un évènement culturel autrement plus important: l'ouverture du palais Schwarzenwurst... berg... Schwarzenberg (après 5 ans de reconstruction), palais spendidement farci d'une remarquable collection d'oeuvres baroques tchèques (surtout, mais pas que) appartenant à la Galerie Nationale (mais aussi à d'autres, comme à des ordres religieux dont je ne peux m'empêcher de vous en citer au moins un pour sa saugrenuité: "řád bosých karmelitánů" ou "Ordo Carmelitarum Discalceatorum" en Latin ou encore l'ordre des carmes déchaussés [parfois déchaux] en Français. A quand les soeurs dé... genre "demain j'enlève le haut"?).
Eh ouais, et c'était vendredi 28 mars 2008 l'ouverture comme la mise à vue du public de quelques 160 sculptures et 280 peintures fin renaissance et baroque (début et fin). Moi j'y suis allé le samedi 29 (ça sentait bon l'neuf :-) et j'étais pour ainsi dire tout seul dans le musée, parce que non seulement la pub faite autour de la dinde californienne avait étouffé la pub pour le palais, mais ensuite parce que le peu de gens qui ont eu connaissance de l'ouverture ont sans doute préféré aller chasser la gallinacée, se disant que le palais serait encore là plus tard (ce qui est vrai). Bref, la collection est remarquable, vraiment, et je suis prêt à vous parier que ce musée-ci (Sissi) va rapidement devenir la coqueluche de Prague, si toutefois Miss Hilton tient parole et ne remet jamais plus les pieds ici (pauv' chérie quand même, c'est dingue d'en arriver là).

Allez, avant d'entamer les détails, entrons dans l'histoire du bâtiment. Ah oui, tiens, c'est vrai, peut être que vous ne savez même pas où il se trouve? Ben sur la place du château de Prague ("Hradčanské náměstí 2"), en face du palais de l'archevêque, genre tournez le dos au château (et au climatologue "Václav") et avancez tout droit.
Passez la statue du président TGM et 50 m plus loin, sur votre gauche, hop, l'entrée du palais Schwarzenkopf... berg... Schwarzenberg. Vous ne pouvez pas le louper, c'est l'un des plus grands, des plus majestueux, des mieux conservés des palais renaissance de la ville. Mieux, il est l'un des plus fantastiques exemples de style "renaissance tchèque", c'est à dire d'un mélange de tradition slave et de modèle valaque. Parenthèse: valaque (en FR) de "Vlach" (substantif) et "vlašský" (adjectif) sont des termes tchèques utilisés principalement dans un contexte architectural ou artistique désignant tout simplement les Italiens (substantif) ou "italien" (adjectif). L'origine en est très très lointaine (c.f. Wikipédia, c'est dingue ce que l'on trouve dans ce fourbi), mais l'utilisation est toujours courante: "vlašský dvůr", "vlašský ořech" (walnut)... Aujourd'hui les experts considèrent donc le palais Schwarzenloch... berg... Schwarzenberg comme le second plus important édifice renaissance de Prague, après le pavillon d'été de la reine Anne ("Letohrádek královny Anny" ou "Královský letohrádek").
Dis-donc, ça me fait penser que je ne vous ai toujours pas fait de publie là-dessus, flûte alors... bref... Avant donc ce fantastique palais, se trouvaient en cet endroit plusieurs maisons dont 3 nous intéressent tout particulièrement. Alors on se parle du début XVI ème siècle, parce que sinon les dernières fouilles (lors de la reconstruction, jusqu'en 2008) ont prouvé la présence de fondations entre le XI ème et le XIII ème siècle. Bon, mais retour donc au XVI ème... Tout au sud (à l'emplacement de l'actuel palais), il y avait une petite bicoque dite "aux portes rouges", et à elle adjacente, s'en trouvait une autre dite "aux fenêtres vertes", déjà inscrite au cadastre gothique en 1371 (les caves de la maison "aux fenêtres vertes" font toujours partie intégrante du palais, malheureusement c'est non visitable). La troisième et dernière bicoque (à l'ouest sur l'emplacement de l'actuel palais) fut offerte en 1406 au chapitre de Prague par une certaine Catherine de la famille "Kaplíř ze Sulevic" afin de servir de refuge aux nobles bondieusardes démunies. En 1541 arriva le terrible incendie (dont je vous ai déjà maintes fois parlé) qui enfuma correctement nos 2 premières maisons, faisant par la même sensiblement baisser leur prix de vente. Cool, le futur plus haut burgrave du royaume, "Jan Popel z Lobkovic" (junior, 1521-1590, "na Tejně Horšovském a Tachově"), résidant alors au Q du royaume ("Horšovský Týn") et voulant prendre pied en la capitale, en profita pour les acquérir à bas-prix (les maisons enfumées).
Ainsi dès 1545, l'on commença à transformer les "portes rouges" et les "fenêtres vertes" en palais. En 1565, le bougre "Lobkovic" acquit encore la 3 ème bicoque (celle pour les bondieusardes) laquelle fut joyeusement englobée dans le projet "palais" qui prit fin en 1567, peinture et crépi inclus (c.f. l'année sur les sgraffites extérieures). Euh... ouais les gars, mais les décorations intérieures, sorry, mais y en a eu jusque dans les années 1580 quand même, alors hein... 1567... Passons... Du coup, ben ce palais connu sous le nom de "Schwarzenberský palác" se nomme également "Lobkovický palác", mais aujourd'hui on utilise plutôt le nom de Schwarzenbrot... berg... Schwarzenberg afin de ne pas le confondre avec l'autre "Lobkovický palác", celui à l'Est dans l'enceinte du château de Prague, rue "Jiřská 3/1", qui vient récemment d'ouvrir ses portes et dont le prix d'entrée indécent à 270 CzK (plus de 10 €) a refroidi votre modeste serviteur, ou encore (ne pas confondre) avec le "Lobkovický palác" rue valaque ("Vlašská 347/19") et qui sert d'ambassade allemande à l'ambassadeur allemand. Pis faut dire aussi que les "Lobkovic" ne l'ont pas gardé longtemps leur gentilhommière, parce qu'à l'instar du château de "Zbiroh" dont je vous ai parlé récemment, le notre de palais fut également confisqué en 1594 par l'excentrique Rudolf II (à son propre profit, c'est balaise quand même) après que l'intendant royal "Jiří z Lobkovic" lui ait trop cassé les roupettes.
En 1600, Rudolf II l'échangea contre le palais "Rožmberk" (rue "Jiřská 2/3", aujourd'hui "Ústav šlechtičen", juste à côté de l'autre "Lobkovický palác") avec "Petr Vok z Rožmberka". Ce dernier décéda sans descendance, et comme le château de "Rožmberk", notre palais passa aux mains des "Švamberk". Puis bataille de la Montagne Blanche, puis confiscation, puis comme avec "Český Krumlov", récupération en 1624 du palais par les "Eggenberg", puis "Jan Kristián" décèda sans descendance aussi... non plus, et ce sont les Schwarzenblut... berg... Schwarzenberg qui héritèrent des biens en 1719 par l'intermédiaire de "Marie Arnoštka" dont le neveu "Adam František" devint l'héritier des "Eggenberg"... enfin c'est expliqué dans ma publie sur "Český Krumlov".
Et pour la bonne rigolade, l'épouse d'Adam François était née Eléonore Amélie... oui... "Lobkovic", eh ouais, c'est dingue non, comme tout est vachement lié, "Schwarzenvic" et "Lobkoberg". Puis l'empereur déménagea à Vienne, ses lèche-fions le suivirent, et les palais praguois se vidèrent de leurs augustes occupants. Au tout début du XX ème siècle, le palais Schwarzenstern... berg... Schwarzenberg se transforma en écurie pour les canassons de l'armée, et à partir de 1908, c'est le musée technique national qui s'y installa, lequel fut suivi en 1947 par le musée militaire. Selon une source, l'édifice fut rendu à son propriétaire Charles en 1991 dans le cadre des restitutions, puis en 2002, il passa sous l'administration de la Galerie Nationale. Et là stop, parce qu'attention, tout cela n'est pas sûr du tout du tout. En effet, concernant notre palais, j'ai de gros doutes sur sa restitution, attends, je vous explique.
Avant le putsch des fumiers con-munistes, la famille Schwarzentruc... berg... Schwarzenberg était composée de 2 branches, la branche dite "orlická" (de "Orlík nad Vltavou", ORL dans la suite de ma publie), et la branche dite "hlubocko-krumlovská" (de "Hluboká nad Vltavou" et de "Český Krumlov", HCK dans la suite de ma publie). Or notre ministre de Charles est génétiquement de la branche ORL (Oto-Rhino-Laryngo), mais à l'âge majeur de chais plus combien, il fut adopté en Autriche par la branche HCK (HypoCondre Kancéreux). Et là ça se complique vachement parce que la loi tchèque ne reconnaît pas l'adoption après la majorité (et donc l'héritage), ensuite parce qu'il y a des divergences sensibles entre la loi tchèque et la loi autrichienne sur les adoptions, les héritages et les restitutions, et in fine, parce que la branche HCK tombe (peut-être à tort) sous le coup des décrets Beneš, page de l'histoire définitivement tournée, entérinée et totalement distincte des restitutions post-con-munistes.
Donc ce bon bougre de Charles fut restitué des biens ORL (ça se dit ça, "être restitué de kekchoze"?), mais pas des biens HCK auxquels il n'aurait d'ailleurs même pas droit (des histoires de familles, c.f. "Alžběta Pezoldová"). Bref, l'important à retenir est que c'est la Galerie Nationale qui en est aujourd'hui propriétaire, du palais.

Alors la toute première construction (1545-1567) serait l'oeuvre de l'architecte valaque (italien) "Agostino Galli", qui fut fort certainement le reconstructeur renaissance du domaine de "Horšovský Týn" (alors propriété de "Jan Popel z Lobkovic" junior). La réunion des 3 maisonnettes d'origine explique sans doute la forme en T de la surface du palais. Enfin un T à l'envers, avec du côté gauche (à l'envers, sinon droit à l'endroit) une cour intérieure.
Tiens, de cette cour remarquez les fenêtres doubles sur le corps du T, alors qu'elles sont simples sur la barre, allez savoir? Notez que sur les plans d'origine, il ne devait pas s'agir d'un T, mais d'un H renversé (à 90°), ou d'un T avec une barre en bas aussi, genre souligné le T, parce que le mur qui sépare la cour de la place devait être habitable en palais. Sans doute que par manque de pognon, ou de 4 ème maisonnette pas chère... Pareil, en entrant dans le palais, les arcades sont fermées par de larges baies vitrées (genre jardin d'hiver), mais c'était pas comme ça avant, ni sur les plans, avant c'était ouvert au vent. D'extérieur l'on peut voir les fantastiques sgraffites qui seraient d'inspiration nord-italienne, voire carrément vénitienne, sachant que les experts classent les pilastres (visibles dans la cour intérieure) dans le style "Toscane" (Florence même... balaises les gars moi j'dis!). Notez les imposants pignons et la large corniche entre le mur et le toit contenant les splendides lunettes richement décorées. Il s'agit d'une réelle singularité car ces caractéristiques sont plutôt celles d'un noble château provincial (c.f. "Litomyšl") que celles d'un palais urbain (mais quand on a du pognon, hein...).
Une première restauration (sous les "Eggenberg") eut lieu en 1710 sous la truelle de "Marcantonio Canevalle" ("Clam-Gallasovský palác", "Chrám svaté Uršuly"...) et attention, c'est énorme comme boulot: l'escalier fut changé en style baroque. Sans dec, ça méritait d'être signalé. Entre 1723 et 1724, c'est l'architecte "Antonín Haffenecker" (baroco-classicisme, "Stavovské divadlo", "Nostický palác", "Sweerts-Sporcků Palác"...) qui retapa l'intérieur du palais en baroque (tardif) pour la famille Schwarzenbier... berg... Schwarzenberg, selon un projet de "Anton Erhard Martinelli" (le fantastique château de "Vranov nad Dyjí"). Pis on passe à la nuit du 26 au 27 octobre 1870. Cette nuit là, une terrible tempête s'abattit sur le royaume, causant d'énormes dégâts dans les forêts (c.f. "na Šumavě") et faisant même s'écrouler le pignon Ouest sur la place du château. Ah ben chapeau! Alors on colla "Josef Schulz" (le Musée National, le Rudolfinum...) sur la réparation entre 1871 et 1892 (21 ans? Il était aussi de chez Accentruc :-)
Sauf que comme personne n'avait pris de photo du pignon avant (l'effondrement), ben personne ne se rappelait plus des motifs qu'il y avait dessus. Et du coup Joseph fit appel à un autre grand architecte de l'époque, "Jan Koula" et à eux deux, ils gribouillèrent des motifs originaux qui ne sont donc pas ceux d'origine (mais faut vraiment avoir le nez collé dessus debout sur une échelle pour s'en rendre compte). Au delà des gribouillages, "Josef Schulz" refit également tout le toit en ardoise, le mur tout autour du palais, et d'autres menues couillonneries dont l'histoire ne se souviendra pratiquement pas. On restaura ensuite les sgraffites en 1929, puis en 1955, et c'est de cette époque que date ce que vous voyez aujourd'hui. C'est énorme, y en a sur quelques 7000 m², devant comme derrière, tiens, passez par les escaliers de la mairie ("Radnické schody", qui descendent du tout début de la rue de la Lorette vers la rue "Nerudova"), ou du haut du jardin Lobkotruc ("Lobkovická zahrada", sur la colline de "Petřín"), de partout qu'on les voit les sgraffites.

Sinon dans le dedans, il reste aussi des splendeurs qui à elles seules méritent la visite du palais. En dehors de quelques voûtes renaissance d'origine, je veux surtout parler des plafonds à caissons qui se trouvent dans 4 salles du dernier étage. C'est fantastique, c'est fin XVI ème siècle (années 80), et c'est apparemment peint sur toile et non directement sur bois. Ah? Levez les yeux, et admirez les thèmes classiques de la mite au logis: l'enlèvement des Sabines ou le syndrome de Stockholm, Phaéton tombant des cieux foudroyé par Zeus parce que fichant le feu au chaos de l'univers entier parce qu'il conduisit sans permis le quadrige de son père, Junon et Jupiter, jumeaux et époux infidèles (surtout lui, ce scélérat lubrique), le jugement de Pâris sur le mont Ida, la pomme de discorde et tout le foin troyen qui s'en suivit, et justement, autres thèmes induits: la guerre de Troie avec son talon d'Achille et son cheval d'Ulysse, Enée fuyant Troie en feu, son père Anchise sur ses épaules (thème par ailleurs repris dans le pavillon en étoile), ou encore une scène des plus entremêl-et-tordues, l’enlèvement de Perséphone (aussi appelé le rapt de Proserpine) par Hadès (Pluton), fils de Cronos (Saturne) dans Orphée et Eurydice (?! mais véridique).
Sinon mes photos sont parfois floues, ben ouais, que voulez-vous, sans statif et sans flash... mais ça vous donne une idée quand même et surtout, ça devrait vous donner l'envie d'aller y voir par vous-mêmes. Et tiens, pour vous mettre encore plus l'envie en bouche, les immenses génies dont certaines oeuvres sont présentées au palais Schwarzenkirsch... berg... Schwarzenberg se nomment: Hans von Aachen (l'archi connu portrait de l'excentrique Rudolf II), le souvent nommé Ferdinand Maxmilián Brokoff dont je ne cesse de louer le talent, Bartholomeus Spranger qui aurait pu être mon voisin s'il n'avait pas choisi de décéder 400 ans trop tôt, Michael Willmann le Rubens de Silésie, son compatriote silésien Jan Kryštof Liška qui laissa sont empreinte dans les plus splendides édifices religieux du royaume de Bohême,
le fabuleux Matyáš Bernard Braun (encore qu'ici, l'oeuvre est limitée, principalement des statues du palais Clam-Gallas), Ignác František Platzer, František Ignác Weiss, Jan Antonín Quitainer... Puis il y a une toute spéciale insistance sur des incontournables, le génial vénitien-bohême Petr Jan Brandl, l'encore plus vénitien et moins bohême Karel Škréta. Puis n'oublions pas les Grund, les Hiernl, les Molitor, les Reiner, les Palko (phénoménal), les Bendl, Bys, Rohrbach, Savery... et malgré tout j'en oublie. Si j'ai le temps, je vous en parlerai plus en détails dans des prochaines publies. Sinon d'ici fin 2008, la Galerie Nationale prévoit dans les sous-sols une exposition tactile d'oeuvres baroques pour les malvoyants. Ca me semble tellement formidable que je me dois de vous le signaler (et avec un peu de chance, les bienvoyants pourront admirer les caves gothiques de la maison "aux fenêtres vertes").

Et voilà, c'est splendide, c'est bon marché: 150 CzK soit 5,77 € (et même 3,08 € si vous y allez après 16h mais vous n'aurez pas le temps de tout voir parce que si vous regardez avec amour [z'avez intérêt], 3h sont un minimum pour en faire le tour), et c'est à mon avis incontournable si vous venez à Prague. Petit hic quand même, l'éclairage. Alors chuis pas spécialiste de la lumière en galerie de peintures baroques, mais en tant que visiteur, j'ai trouvé que certains tableaux étaient insuffisamment éclairés (parfois très insuffisamment), et que parfois l'angle d'éclairage était plutôt inadéquat (parfois très plutôt).
Je m'explique, pour moi la meilleure façon de mettre un tableau en valeur est une lumière diffuse et rasante provenant d'au dessus, "noyant" le tableau d'un brouillard lumineux. Or là, il y avait parfois des spots qui spotaient justement sur un bout du tableau, bien de face, créant un gros point lumineux éblouissant en plein dedans les mirettes. Rajoutez un soleil de fin d'aprèm pénétrant par les fenêtres mal calfeutrées, et paf, on y voit comme dans le trou d'une taupe constipée par nuit de brouillard. J'espère qu'ils vont s'améliorer sur cet aspect. Allez, je ne vous retiens pas afin que vous filiez au palais Schwarzenwald... berg... Schwarzenberg à la vitesse d'un pet gras sur une toile cirée.

jeudi 10 avril 2008

Ailleurs: Zámek Roztoky, n'hésitez pas à y aller

Et c'est en arrivant qu'on s'est dit avec ma chérie (d'amour) que quand même, ça commençait fichtrement mal c'te histoire là. Un effroyable tunnel en béton gris dégueu nous invitait à pénétrer dedans, et c'était apparemment le seul moyen d'accès possible au château (pas fort le château, "zámek", pas "hrad"). Bon, ben on y allé.
En ressortant de l'autre côté, c'était autrement plus différent que du côté qu'on était entré. C'était joli, vert, recrépi et repeindu à neuf, propre et engageant, genre ça donnait carrément envie d'aller y faire un tour, ce qui tombait rudement bien puisque c'est ce pourquoi on était d'ailleurs aussi viendu, hein, on ne va pas se le cacher non plus. Pis soudain, en tournant la tête sur la gauche, paf! La même tour avec la même soucoupe volante en son faîte que dans les "Men In Black", quand l'immonde Edgard le cafard essaye de quitter la terre en grimpant sur l'une des tours d'observation de la foire mondiale de 1964 à New York avec la splendide Linda Fiorentino sur son épaule, idem la tour à "Roztoky". Les boules pour la vue. Maintenant sans regarder là où que c'était moche (à gauche), on pouvait regarder là où que c'était beau (en face)...
Moi: "Ouah t'as vu? Regarde, des ancres, des statues, un château, des douves..."
Elle: "Pipi! J'veux d'abord faire pipi, après on verra."
Evidemment, lorsque la réalité bouscule la culture à ce point... Nous nous rendîmes donc à la cafétéria (sur la gauche en entrant), et tandis que ma chérie s'en allait trouver les aisances, j'en profitais pour acheter une bouteille d'eau portative (50 cl) dans le cas fort probable où subséquemment au "pipi", ma princesse ne m'annonce un "j'ai soif".
"Tiens, c'est curieux, les prix sont vachement raisonnables" me fis-je remarquer. Dans ces lieux archi-fréquentés par le dindon touristique, le coup de bambou tarifaire derrière les oreilles du pigeon visiteur est souvent de coutume. Pas une règle, parce qu'il est vrai qu'en dehors de Prague... mais souvent de coutume quand même. Alors que là pas, des prix vraiment raisonnables, propres. Cool, après le tunnel en béton gris dégueu, la soucoupe extra-terrestre, c'était vraiment cool. Ah oui, et le café était bon. Vraiment.

Et donc au tout départ, dans le courant du IX ème siècle, il y avait un peuplement de Slaves vivant dans des cahutes en bois, entourées de palissade en bois, et qui devint ainsi le plus ancien site des princes Prémyslides, encore plus ancien selon certains que le fameux site de "Budeč u Zákolan", ce qui est quand même surprenant.
Mais attention, on se parle des environs, de ce bout de terre où la "Vltava" forme un coude, entre (aujourd'hui) "Roztoky" et "Levý Hradec" où se trouve la fantastique église de St Clément ("Sv. Kliment") dont l'originelle rotonde fut la première église construite en Bohême par le premier prince (de Bohême) officiellement attesté, "Bořivoj I". Mais je vous en parlerai une autre fois, de "Levý Hradec". Le bourg de "Roztoky" est mentionné pour la première fois par écrit en 1233 sur des documents cadastraux comme propriété d'un certain Pierre. En 1296, on mentionne dans le bourg le domaine abbatial de l'abbé de "Břevnov", "Pavel Bavor z Nečtin" qui acquit pour son couvent en 1295 le fabuleux Codex Gigas qui fut exposé l'année dernière au "Klementinum" et que j'eus la chance exceptionnelle de voir de mes propres yeux, 10 minutes seulement, mais j'en pleure encore...
donc le domaine abbatial est mentionné en 1296. Et c'est de cette époque (plus ou moins 50 ans... genre) que daterait notre édifice sous la forme d'une tour fortifiée (donjon?) parfaitement carrée (et carrément parfaite) de côté d'environ 10 mètres. Aujourd'hui il n'en reste plus rien, sinon la matérialisation de son emplacement en plein milieu de la cour où les archéologues ont découvert des restes de fondations lors des fouilles. Parenthèse: à nouveau, la tour, le donjon... ne sont pas les termes 100% adéquats pour traduire le mot tchèque "Tvrz" (n'essayez pas de le prononcer, c'est quasi-impossible pour un francophone, y a que des consonnes). En effet, un donjon est une "tour maîtresse d'un château fort, généralement isolée de la construction, ayant ses fortifications particulières, et servant de dernier refuge aux défenseurs" (Le Trésor de la Langue Française), et justement, dans notre cas ben non, parce que c'est effectivement une tour, mais rien que, sans le moindre château fort autour (de la tour). Parfois des douves et parfois des fortifications, mais en terme d'habitation rien d'autre que la tour. Le terme exact en Allemand est "bergfried" et apparemment il serait également utilisé en Français.
Tiens, ça ressemble à ce que le papa de la délicieuse "Viky" (à poitrine opulente) vient de restaurer dans les environs de "Domažlice" ("Lštění" près de "Blížejov"), une bonne tour (faites abstraction de la bicoque accolée au bergfried bien après le moyen-âge) en bonne pierre bien brute capable de résister aux brigands et aux bêtes sauvages qui pullulaient en ces temps là. Fin de parenthèse. Au XIV ème siècle, notre bergfried de "Roztoky" fut adapté en gothique, et augmenté de douves et de remparts tout autour. Fin XIV ème siècle, l'on aurait en partie détruit cette tour pour y construire un palais rectangulaire renfermant une chapelle au premier étage. Et justement, ben des bouts de cette chapelle sont encore visibles aujourd'hui, mais je reviendrai dessus plus en détail. Et donc ce palais primitif avait à chaque extrémité des tourelles aujourd'hui disparues. Seule fut conservée l'entrée de la tourelle Nord toujours en service mais secondaire (l'entrée) puisque l'entrée principale se trouve dorénavant à l'Ouest. C'est entre la fin du XVI ème et le début du XVII ème siècle que le palais prit des allures plus modernes, renaissance. A l'occasion de la guerre de trente ans, les derniers étages du palais prirent feu (eh ouais, les Suédois, encore, véridique, fumiers!), du coup on en profita pour ne pas les reconstruire, et depuis le château ne possède qu'un seul étage sans ascenseur.
Les paysans remirent un bon coup de saccage (particulièrement en la chapelle) en 1775 lors des révoltes (paysannes) suite à quoi l'on entreprit les travaux importants qui donnèrent au domaine l'apparence d'aujourd'hui, au dedans comme au dehors: remplacement du pont-levis par du pont fixe, fixation des arcades intérieures, et construction des dépendances dans lesquelles se trouvent aujourd'hui les musées et la cafète. Au XIX ème siècle, l'on supprima les restes de présence renaissance et l'on perça une nouvelle entrée dans le mur Ouest. Pis plus grand chose, sinon qu'à partir de 1948 (étatisation de tout par la chienlit con-muniste), le domaine perdit en intérêt pour gagner en ruine. Après la seconde guerre mondiale, l'on construisit à proximité une usine à antibiotiques qui deviendra plus tard "Výzkumný ústav antibiotik a biotransformací" (institut de recherche sur les antibiotiques et la biotransformation) plus connu sous le sigle "VÚAB" (c'est eux la soucoupe volante au bout du mât). Vers 1957, le "syndicat civique près du groupement culturel de Roztoky" (tiens, allez me traduite ça correctement, genre, "Vlastivědný odbor při Osvětové besedě v Roztokách") prit les choses en mains, et grâce aux passionnés amateurs de cette association, il remit en l'état le domaine (vers 1961, intérieur comme extérieur) et y ouvrit le musée régional qui s'y trouve toujours.

Les faits en date. Après donc le "Pierre de Roztoky" déjà mentionné en 1233, on passe en 1360 au bourgeois praguois "Šimon Olbramovic" qui en 1380 fit construire un autre bergfried de l'autre côté du fleuve, à "Klecany". Après son décès en 1374, le domaine passa par l'intermédiaire de sa veuve (de Simon) au second mari (de la veuve) en 1376, un nommé "Eberhardt z Remeše" (de Reims, Reims se dit "Remeš" en Tchèque) qui, après son décès en 1381, légua le domaine (mais pas sa veuve) à son frère "Reinhard z Remeše". Attention, considérez la famille "de Reims" avec prudence, car il est fort possible qu'il s'agisse en vérité de la famille "de Mulhouse" et non "de Reims" (c.f. plus loin). C'est aux frères "z Remeše" que l'on doit la première reconstruction (fin XIV ème début XV ème siècle), celle d'avec le palais et la chapelle dont je vous parlerai plus loin.
Malheureusement pour lui, "Reinhard z Remeše" avait voté "Zikmund" lors de l'insurrection hussite, aussi ses biens furent confisqués en 1421 par les praguois (hussites) au profit de "Lidéř z Radkovic", l'un des 2 représentants de la vieille ville de Prague parmi les 20 élus du directoire de l'assemblée (diète) de "Čáslav". Il ne conserva pas le domaine longtemps, et "Reinhard z Remeše" put réaménager dans sa gentilhommière jusqu'à sa mort. S'en suivit "Bedřich z Donína" (attention, pas l'écrivain 1574-1634, un autre, un ancêtre) en mi XV ème siècle qui rajouta un étage et une apparence gothique au palais. Ensuite c'est le foin, du propriétaire différent y en a à la pelle, alors passons de suite en 1565, lorsque "David Boryně ze Lhoty" acheta le domaine et fit retaper le palais en renaissance avant d'emménager. C'est de cette époque que date la splendide salle renaissance dont je vous parlerai un peu plus loin, mais également les autres constructions qui finirent par entourer complètement la cour intérieure. On présume qu'en cette période le palais avait au moins 2 étages.
En 1590, le domaine aurait été vandalisé par une meute de bandits va-nu-pieds (et coule-du-nez, voire pue-du-cul :-) auxquels se seraient joyeusement ajoutés les gueux du domaine, mais je n'ai malheureusement pas plus de précision sur cet épisode, donc prudence. La descendance, le fils "Václav", s'engagea du mauvais côté (hussite) lors de la révolte des états en 1618, et afin de ne pas assister aux désolantes conséquences de son acte, il décida de décéder dans la même année. Son fils David (comme pépé) dû rendre compte des actes de son père, et en 1623, le domaine passa aux mains de cette ordure de Charles de Liechtenstein (achat ou confiscation?). Parenthèse: ça vous dit quelque chose les termes de "Catala", "Kipper period", "Wipperzeit" ou encore "Kipper-Wipper"? C'est parti d'une idée... Attends, je vous explique parce que ça, c'est dément et ça vous explique beaucoup de choses sur les fortunes colossales qu'un effroyable consortium de fumiers (Charles de Liechtenstein, Albrecht de Waldstein, Jan de Witte... parmi les principaux) se sont rapidement faites sur le dos de la Bohême, de la Moravie, de la Styrie... D'abord, embrouiller cette ordure de Ferdinand II par son influence (Albrecht) et se faire octroyer le droit de frapper monnaie sur le territoire administré (par Charles) prétextant un renflouement rapide des caisses de l'imbécile... l'empereur (6 millions de pièces d'or en 1 an, c'était l'objectif).
Ensuite monter une fielleuse stratégie de retrait et de mise sur marché de nouvelle monnaie (Jan). Imposer un blocus monétairéconomique du pays et jouer avec la valeur d'une monnaie de singe par rapport à la valeur réelle d'une monnaie reconnue dans l'empire autrichien comme dans le reste de l'Europe. Je m'explique. Nos foutus bougres retirent du circuit monétaire les pièces d'origine à forte teneur en argent (le métal). A la place, ils frappent une monnaie de singe contenant à peine 10% de ce métal (le reste remplacé par du foin) et augmentent artificiellement sa valeur nominale de X en X+n. Ils en imposent l'utilisation dans tout le pays parce que comme ils ont gagné la bataille de la Montagne Blanche, ils peuvent enc... à sec les pauvres bougres qui ont perdu (et même plusieurs fois s'ils veulent). Donc avec par exemple 10 pièces de bon argent valant 100 (mais qui n'a plus cours), vous obtenez seulement 7 pièces en foin valant 100 également. Et d'après vous, où passe la différence, l'argent (le métal)? On appelait ces pièces "longues" ("dlouhá mince") parce que ça prenait "long" à calculer la vraie valeur que vous aviez reçue (et surtout perdue). Mieux, vous frappez vos propres pièces qui n'ont strictement aucun équivalant en or, en argent, en bijoux, en bien immobilier... alors vous en frappez comme vous voulez, tant que la forge fonctionne, et vous achetez pour rien les domaines, les terres, les biens qui ne sont pas à vendre (mais avec de la persuasion à coup de pieds...)
Et qui dit blocus monétairéconomique du pays, dit que vous êtes le seul intermédiaire avec le reste du monde. Tiens, un paysan tchèque veut vendre 1 camion de bonne bière en Allemagne. Il en récupère 7 pièces de foin valant 100 auprès du consortium de fumiers (puisqu'il ne peut pas vendre lui-même en dehors du pays). Et le consortium de fumiers va, lui, revendre ce camion en Allemagne contre 10 pièces en bon argent (valant 100 aussi, ou plus). Tiens, le consortium achète un domaine tchèque valant 100 pour 10 en monnaie de singe (le proprio n'a pas le choix, les membres du consortium président également le tribunal d'investigation de la révolte des états et de confiscation des biens de ceux qui ont une sale gueule, et même 10, c'est toujours mieux que 0). Il (consortium) le met en vente à Vienne, Berlin, Budapest... pour sa valeur réelle (voire plus), et touche le montant en bon argent en argent. Et paf, à nouveau où va le bénéfice? Ainsi en 13 mois, entre le 18 janvier 1662 (signature à Vienne du contrat valable 1 an entre le consortium et l'empereur, ce couillon) et le 16 février 1623 (fin du contrat), la Bohême fut littéralement pillée, dévastée, saignée, ruinée, esclavagée par la chienlit prostituée aux Habsbourg. Mais l'inflation abracadabrante, la misère totale, le mécontentement, l'objectif des 6 millions non atteint, plus quelques autres broutilles firent que l'empereur ne renouvela pas son contrat au consortium l'année suivante, et remit sur le circuit monétaire les pièces d'origine (enfin presque, il rétablit leur valeur d'origine, parce que le matériel, l'argent, il n'en restait plus beaucoup).
Ceux qui ne se débarrassèrent pas suffisamment vite de la monnaie de singe furent ruinés, s'ils ne l'étaient pas déjà (lecture: "Hans de Witte, Finanzmann Wallensteins", par Anton Ernstberger). Et je ne vous parle même pas des gens, des villes, des régions achetées... confisquées, volées, assujetties aux susmentionnés fumiers notoires, lisez les archives des villes "Opava", "Valtice"... Charles de Liechtenstein fut surnommé le "bourreau de la patrie" par le peuple, mais il s'en foutait, parce que bien qu'intelligent (et catholique), il n'avait strictement aucune probité, aucune conscience et aucune crainte des enfers. Et c'est ainsi que grâce à cet immense pognon fort malhonnêtement gagné sur le râble de la Bohême (mais également sur le dos des Habsbourg, eh ouais, parce qu'ils furent loin, très loin, de toucher ce qu'ils auraient dû, les Habsbourg), la famille Liechtenstein acheta les 2 comtés de Schellenberg (en 1699) et de Vaduz (en 1712) aux Habsbourg justement (qui récupérèrent ainsi une partie du pognon spolié). Ces 2 régions furent unifiées quelques années plus tard pour devenir la principauté de Liechtenstein, affiliée au St empire romain-germanique d'abord, puis indépendante grâce à Napoléon ensuite. Après la seconde guerre mondiale, la Tchécoslovaquie expulsa les Liechtenstein des terres bohémiennes et confisqua leurs biens (sans doute de façon malhonnête aussi, mais bon, hein, oeil pour oeil, rentre dedans), et la dissension territoriale fut telle, que pendant des années, les citoyens de la principauté, tous les citoyens, étaient interdits de séjour sur le sol tchécoslovaque.
Tiens, et aujourd'hui encore des affaires sont en attente auprès de la Cour Internationale de Justice. Tout ça pour dire que les citoyens tchèques qui visitent le Liechtenstein n'hésitent pas à parler Tchèque, à payer en couronnes tchèques, ni à aller boire une roteuse tchèque chez Hans-Adam (de et à Liechtenstein, von und zu...) parce qu'ils sont d'une certaine façon à la maison, genre chez-eux :-) Fin de la (longue) parenthèse.

Donc en 1623, "Roztoky" passèrent aux mains de l'ordure Charles de Liechtenstein. Cela n'empêcha pas les Suédois de mettre joyeusement le feu au palais en 1639, et dans le cadre des réparations, les Liechtenstein égalisèrent les divers édifices à un seul et unique étage donnant ainsi un aspect propre, nivelé et harmonieux à l'ensemble. La famille resta là jusqu'en 1803, lorsque le domaine fut acheté par le professeur en droit et éminent numismate "Josef Mader" (1754-1815), qui fut suivi des "Löhner", des "Leder"...
En ce XIX ème siècle, "Roztoky" devinrent un hameau de retraite bourgeoise, apprécié des praguois nantis-friqués qui y firent construire des résidences d'été, de week-end et de repos, en dehors de la capitale. Au castel en témoigne par exemple le salon en style Biedermeier (dit "art bourgeois") équipé en meubles première moitié du XIX ème (hum... j'aime pas trop, perso). Par contre, en opposition de cette salle bourgeoise, se trouve une autre salle de type renaissance où l'on marie dorénavant les pauv' bougres qui ignorent dans quoi ils s'engagent. Bien que totalement remodelée, il reste cependant des éléments d'époque de la reconstruction sous "David Boryně ze Lhoty": le plafond à entrevous posés sur des solives brutes est fantastiquement peint de motifs originaux tous différents. Notez tout d'abord les faux clous en trompe l'oeil et qui donnent l'illusion que les planches ont été clouées. Ensuite dans la seconde rangée d'entrevous (derrière vous) se trouve un personnage pittoresque en habit d'époque. La légende prétend qu'il s'agirait d'un portrait du reconstructeur: "David Boryně ze Lhoty" en personne. Pis sont encore visibles, un hibou, une pastèque, un bouc, une table avec jeu de cartes, un kiki, une gratounette, un chausse-pied... enfin le gars qui a peindu ça ne manquait visiblement pas d'imagination ni de talent. Sur la droite, une planche percée enclose dans la profondeur du mur épais rappelle les origines gothiques de cette salle.
A l'origine, il s'agissait d'une latrine dont la fonction initiale aurait évolué à la renaissance en strict dégurgitoir (et rien que dégurgitoir, la noblesse cultivée n'allait tout de même pas mettre son illustre tête dans le même trou que sur lequel elle posait son auguste croupe) lors des orgies bacchanales organisées en cette sale spécifiquement aménagée (selon le monsieur le guide) à cet effet. Bon, ok, mais ils allaient faire où alors, comme à Versailles? Le monsieur le guide ne le dit pas. Ah oui, et avant cette salle, se trouve une entre-salle, genre vestibule, dans laquelle se trouvent des portraits du XIX ème siècle, mais je ne sais pas qui c'est qu'ils représentent parce qu'à ce moment là je n'écoutais pas le monsieur le guide (pis on s'en fout aussi non?). Et donc en renaissance (comme en gothique) c'est tout ce qu'il reste (ah si, encore une fenêtre bien renaissance, et un puits, c.f. mes photos), parce qu'au XIX ème siècle on a tout fait péter, tous les éléments qui étaient alors considérés comme anciens, démodés et donc inutiles (on en profita aussi pour percer l'entrée Ouest qui n'existait pas alors).

Pis y a la chapelle consacrée à St "Jošt" (St Juste?). Alors s'il n'y avait qu'un seul truc qui vous ferait venir ici, c'est assurément la chapelle. N'en reste pas velu du bout d'la chapelle, mais ce qui n'en reste est absolument splendide.
Il s'agit d'une simple voûte quadripartite en croisée d'ogives des plus banales qui puissent être, mais la richesse architecturale (multiples fenêtres de diverses dimensions, alcôves) comme la minutieuse réalisation (arêtes polychromées, riches peintures... aujourd'hui délabrées) amenèrent les historiens à la classer parmi des réalisations royales comme "Jenštejn", "Krakovec" ou "Točník" dont il ne reste aujourd'hui que des ruines (les boules que ça fout, sans dec). Les experts datent les fresques de l'époque "Václav IV" (dernier quart XIV ème et premier quart XV ème siècle). Au plafond dans la voûte se trouvent les 4 évangélistes avec leurs attributs (c.f. le tétramorphe), en face, entre les fenêtres, il y avait la crucifixion (aujourd'hui malheureusement on voit keud'zobi), au dessus des fenêtres latérales il y avait des anges avec les instruments de la passion (c.f. les métiers du bois, charpenterie, menuiserie...). Près des fenêtres l'on découvrit une vierge Marie avec un St Jean-Baptiste flambant des crêpes de la Chandeleur au Grand-Marnier. Et parce que ces peintures sont (étaient?) plutôt semblables à celles du choeur en l'église St Clément à "Levý Hradec", les experts subodorent qu'il s'agirait de l'oeuvre d'une même corporation d'artisans praguois.
Ouah! La clé de voûte est un mystère. Dessus se trouve une armoirie sensée représenter 3 machins... alors chais pas comment on dit, genre vous voyez un moulin à vent... avant... enfin ancien, pas moderne le moulin, ben y avait une pierre (roue) qui tournait et broyait le grain, bon, et au milieu de la pierre, y avait un trou dans lequel on passait un essieu que la pierre elle tournait autour, vous voyez, ben ce trou pour l'axe, là, ben c'est ce qu'il y a sur l'armoirie, 3 fois, sur un fond rouge à l'origine, mais qui a mal tourné au noir au fil des siècles. Bon, et bien tenez vous bien, parce que ce blason (3 trous pour pierre à moulin sur fond rouge) est celui de la famille "z Mühlhausenu" (de Mulhouse, Mulhouse se dit "Mühlhausen" en Allemand, et en Tchèque également) selon mon encyclopédie héraldique. Or ceux-là n'ont rien à voir avec la chapelle de "Roztoky" que je sache? Quant au "z Remeše", je n'ai pas trouvé leur blason. J'ai la très nette impression que l'on a joyeusement mélangé "Reinhard z Remeše" avec "Reinhard z Mühlhausenu" (ou l'inverse) et que soit les "z Remeše" n'ont jamais habité à "Roztoky" mais les "z Mühlhausenu" si, ou alors mon encyclopédie héraldique est pourrie au royaume du Danemark. C'est dingue ça, confondre Reims avec Mulhouse! Bien entendu, si quelqu'un possède plus de détails, je suis vivement preneur.

Dans la même pièce que notre bout de chapelle se trouvent encore quelques restes de fresques murales renaissance (principalement des spirales de cirres d'acanthes sauvages, accessoirement feuillues voire fleuries, les acanthes), et quelques bonhommes rigolos dont on distingue la silhouette rondouillarde. Toujours dans cette pièce se trouvent (mais chais pas si c'est permanent) quelques croûtes intéressantes. La première, pas grande, ovale, s'intitule "Příjezd nočního hosta na zámek" ("arrivée d'un visiteur nocturne au château") et représente l'arrivée d'un visiteur nocturne au château (ben tiens!) de "Roztoky", par la porte nord. Il s'agit d'une oeuvre de 1858 par "Quido Mánes" (1828 - 1880), frère du fameux "Josef Mánes", appartenant à la Galerie Nationale de Prague (du coup chais pas si le tableau y sera encore longtemps, à "Roztoky"). La seconde croûte s'intitule "Pohled na Roztoky od Vltavy" ("vue sur "Roztoky" de la Vltava") et représente une vue sur "Roztoky" de la Vltava (ben voilà!). Il s'agit d'une oeuvre de 1840 par "Dominik Jan Kottula" (1794 - 1866) sur lequel je n'ai strictement aucun détail, mais son huile est plaisante. Bon, pis après il y a des pancartes sur l'historique du château, des photos, mais j'ai eu la faignantise de tout lire, alors je ne vous en dirai rien.

Sinon dans la série "y a pas de sot métier", je viens de découvrir qu'on peut être "restaurateur de cloche" comme boulot. C'est dingue ça, enfin imaginez une cloche, une vraie, en bonne fonte de plusieurs kilos (tonnes?). Qu'est-ce que sacré fichtre de bon diable peut-on restaurer là-dessus? "Et tu travailles dans quoi comme métier?" "Chuis dans la restauration... de cloche". Après le tireur d'andouilles, le perruquier à girafes, et le chirurgien des mains moites, voilà le restaurateur de cloches. C'est énorme. Alors la cloche dont il est question et qui se trouve dans la cour du château date de 1596. Elle fut commandée par l'archidiocèse de Prague pour la commune de "Ořech" (Sud-ouest de la capitale) où se trouvait en l'époque l'un des plus importants décanats de Prague. Elle est consacrée à St Philippe et St Jacques (comme l'église de "Zlíchov", et c'est sans doute pas un hasard car cette église dépendait du même décanat de "Ořech") dont (St Philippe et St Jacques) vous pouvez voir les photos sur la cloche, justement, tellement elle est fantastiquement décorée de partout. Tiens, vu qu'on en parle. Le fondeur originel est l'un des plus fameux saintiers que la Bohême ait jamais eu: "Brikcí z Cymperka" (i.e. "Briccius de Stannimonte" ou encore "Brykeius von Zinnberg", voire “B. Z. Z. C.” pour "Brykcý Zwonarž Z Cymberku" comme il collait sur ses cloches).
Il oeuvrait en plein centre de Prague, "v Široké ulici" (aujourd'hui "Jungmannova") dans la maison numéro 747/28 appelée "U zvonařů" (au saintier) mais aussi "U tří zvonků" (aux 3 clochettes), mais ne la cherchez pas, cette maison a fait place à une construction fonctionnaliste (la galerie Te-Ta). Il fut le premier à utiliser la totalité de la surface de ses cloches pour y mettre de la pub, des dessins, des textes, des photos bibliques... Avant lui, on disait que ça pourrissait le son, alors on ne le faisait pas, mais lui non, il savait faire. Tiens, genre la cloche Clément (de 1572) en l'église St Antonin (Prague 7, "kostel Svatého Antonína, Strossmayerovo nám., Holešovice"), 14 lignes de texte où sont marqués les noms de tous les bondieusards qui donnèrent le sou pour la cloche. Ou encore le fantastique blabla sur la cloche Michel (1576, église St Michel, "Nechvalice"): "S dowolením wysoce vrozeneho Pána, pana Ladislawa starssýho z Lobkowic na Chlumcy a Jistebnicy, Jeho milosti Cýsarže Ržimského etc. etc. rady nejwyssyho Hofmistra Králowství Cžeskeho, vměním Brykcýho zwonarže z Cymberku w nowem miestie Pražském do Nechwalic k sw. Mikulassy, nákladem wssech osadníků k témuž kostelu náležegícých, tento zwon gest vdielan, aby lide vslyssíc hlas toho zwonu k chwálení Gména Božího, k poslauchání slowa Geho, a kmodlitbám swatým do kostela se scházeli." Appréciez au passage l'orthographe du Tchèque made in XVI ème siècle :-)
Ceci dit, la richesse des décorations (ah pour sûr, c'est une belle cloche :-) faisait que ces oeuvres étaient d'une grande valeur, et l'on dit même que les cloches signées "Brykcý Zwonarž Z Cymberku" étaient dispensées de réquisition en temps de guerre, c'est dingue non? Et attends, non seulement ce bon bougre avait du talent dans l'ingéniosité, la création et le marketing, mais il avait également compris l'importance de diversifier son "core business". Parce qu'au-delà des cloches dans la cave, vous trouviez également sur les cordes de son arc des fonts baptismaux (cloches à l'envers), des plaques d'égouts (invention avant-gardiste découverte par hasard lorsqu'une cloche est tombée du clocher et s'est aplatie comme une crêpe), des pierres tombales (en fonte bien sûr, découvertes lorsqu'une cloche est tombée du clocher sur un pauv' bougre en dessous), des cocottes minutes (une cloche à l'envers avec une cloche tombée du clocher posée sur le dessus), des bougeoirs (ça existait déjà, et les historiens s'arrachent toujours les cheveux à se demander comment un fondeur de cloche pouvait fabriquer des bougeoirs)... bref, et curieusement, au-delà de toutes ces créations atypiques, on ne lui connait pas une seule statue, ce qui pourtant aurait dû être une activité nettement plus voisine de la cloche que les précédentes excentricités.
Notre talentueux artisan, érudit et anobli mourut en 1599 de la peste, comme quoi, hein, on a beau fondre la cloche, on n'en est pas à l'abri du virus pour autant. Et donc cette splendide cloche fut restaurée entre 1989 et 1991 (selon la plaque commémorative) par le saintier "Petr Rudolf Manoušek z Zbraslavi" dont l'entreprise familiale toujours en activité a oeuvré sur les plus prestigieuses cloches du pays (Zikmund en la Cathédrale praguoise, le carillon de la Lorette...). Maintenant 2 ans pour restaurer plusieurs kilos de fonte, c'est à se demander si le gars n'est pas consultant chez Accentruc?

Et pour terminer en vrac et pêle-mêle, il y a un musée de la mise-bas, de l'habille-poupon, du pousse-gniard et du jouet (genre fin XIX ème début XX ème siècle), mais chuis pas expert en gniardiserie. Si ça vaut le coup? Demandez plutôt à ma chérie d'amour qui y a passé 45 minutes que je me demande bien pourquoi. Y a encore un musée du verre, intitulé "le verre comme emballage" avec des kilomètres de tubes, bouteilles, pots, vases, bocaux... (genre depuis le début du XX ème siècle). Oui, sympa, rapidement, ça se laisse voir.
Dans le parc (près des musées) il y a une sculpture d'Hermès (i.e. Mercure) et Dionysos (i.e. Bacchus), fils du libidineux Zeus (i.e. Jupiter) et de la pauvre Sémélé qui mourut (elle, Sémélé, simple mortelle) du coup de foudre à la vision du père (Zeus, dieu) qui auparavant l'honorait la nuit afin d'éviter d'avoir à porter l'enfant dans sa cuisse jusqu'à sa naissance (c'est comme ça que les dieux de l'Olympe sont enceintes, dans la cuisse de Jupiter) si sa mère (Sémélé) pouvait le porter dans son ventre (comme d'habitude). Mais chais pas de qui elle est, la statue. De Pompéi selon certaines sources (véridique), mais ça me semble curieux, même pour une copie, parce que qu'est-ce qu'elle ficherait là? Il y a aussi 2 canons, pareil, chais pas d'où ni comment voire pourquoi, mais ils y sont. Et par contre les chiffons... les tissus (c.f. mes photos), qui se disent en Tchèque "Kanafas" et dont la traduction serait "toile de Vichy" (selon certains dictionnaires), ce en quoi j'ai un gros doute, parce que "Vichy" c'est pour le régime, le bonbon, la carotte ou le motif (genre carreaux Vichy), pas pour la matière, alors que là on se parle de la grosse toile bien épaisse en lait cru... en écrue, dite "canevas" (de l'italien "canavaccio")... bref et donc les tissus, ben y avait justement une expo de "Eva Jandíková" qui, pour bien marquer le coup, en avait fiche de partout du canevas au château (c.f. mes photos), qu'on se croyait en Italie avec les couettes aux fenêtres et les gros freine-nichons (c.f. brusthalter) qui sèchent sur les fils au-dessus des rues entre 2 maisons.
Pis y a encore des restes d'inondations du millénaire sur les murs (c.f. ma simulation photographique). Y avait même une brasserie, mais elle n'y est plus depuis 1888.

Bon, ben je vous ai tout dit. Ce n'est clairement pas un édifice illustre, ni par son histoire, ni par son architecture, mais c'est près de Prague, ça mérite le coup d'oeil si vous avez une après-midi de lib', et c'est cool pour les gnafrons qui peuvent courir dans le joli parc. Donc si vous ne savez pas quoi faire un jour, genre, allez-y, combinez avec "Levý Hradec", et ça vous fera une belle après-midi dans la nature-culture hors de la capitale (poil aux amygdales).

mardi 1 avril 2008

Ville: La splendide plus vieille synagogue de Prague

Sujet sensible, donc disclaimer avant tout: je ne suis pas... je n'ai rien contre... ni ne suis opposé à... J'aime tous les... je suis pour... et en faveur de... Cependant concernant... évidemment, mais sinon oui, aussi... Alphonse Allais disait: le rire est à l'homme ce que la bière est à la pression. Pour ma part je considère que rien n'est suffisamment sérieux ici-bas que l'on ne puisse en rire, d'autant plus que si dieu avait voulu que l'on prenne la vie sérieusement, il ne nous aurait pas gratifié du sens de l'humour.
Mon intention donc n'est assurément pas d'offenser. Passons au sujet.

Et donc parmi toutes les activités hautement culturelles qui sont organisées dans cette dynamique ville de Prague, il est un évènement annuel qui se nomme "les journées de Prague 1" ("Dny Prahy 1") et qui permet aux habitants de cet arrondissement (dont nous sommes, ma tendresse et vot' serviteur) de profiter des largesses de la mairie. Eh oui, parce que non seulement pendant ces jours, de nombreux monuments historiques habituellement inaccessibles s'ouvrent au public, mais de surcroit ceux qui sont payants deviennent gratuits pour les résidents à même de prouver leur domicile praguinnois (lisez prague-un-nois comme praguois, mais de Prague 1, praguinnois quoi) par une pièce d'identité en bonnet d'une forme. Cool, nous on le put prouver. D'ailleurs tellement bien, qu'on arriva même à faire passer l'américaine d'humeur inconstante sur notre gratuité, alors que cette dinde aux hormones habite aux confins de la ville.
Ah bon? Vous ne le saviez pas? Ben oui, elle a réapparu après plusieurs mois d'absence professionnelle, sentimentale, menstruelle, sportive, versatile, diététique... et parfois il lui arrive de se joindre à nous afin d'aérer ses humeurs acariâtres, oxygéner sa bile acide et s'apercevoir avec enchantement qu'il est d'autres occupations autrement plus constructives que le travail, l'église, le fitness et l'apologie des Zétazunis. "Vouis ma chérie, nous allons voir la synagogue vieille et neuve, dimanche matin, 11:45, rendez-vous devant, rue de Paris, entre la place de la vieille ville et l'hôtel Intercontinental, tu sais, celui qui est au bord de la rivière Vltava. Quoi? Oui, c'est à Prague, bien sûr." Lui avait-on annoncé. Et le jour dit: "Je suis place de la vieille ville" téléphona-t-elle crânement, 5 minutes avant l'heure du rendez-vous, fière comme un mignard qui s'torche seul l'oignon pour la première fois. "C'est bien mon petit, alors maintenant tu prends la rue de Paris sur 300 m en direction de l'Intercontinental, et sur ta gauche, avant l'hôtel, tu verras une synagogothique... non ce n'est pas marqué dessus, mais nous y serons dans 2 minutes et agiterons pour toi une pancarte marquée C'EST ICI."
A peine avais-je raccroché mon téléphone qu'elle se manifesta à nouveau: "la rue de Paris? Bon, tu vois l'église St Nicolas? Non? Bon alors notre Dame de Týn... oui c'est ça, le château de la belle-aux-noix-mordant donc à ta droite, l'horloge de la mairie à ta gauche, droit devant, dans la rue hyper friquée sur 300 m, on sera sur ta gauche." Au bout de 5 minutes d'attente devant l'édifice (mais sans la pancarte), alors qu'elle n'était toujours pas en vue, un coup de fil s'imposa. "Ben alors, t'es où? Quoi, devant l'Intercontinental? Mais je t'avais dit que c'était avant, tu ne nous as pas vus? Bon, fait demi-tour et reviens d'où tu viens, je serai en plein milieu de la route, gesticulant." Cette fois-ci elle me vit, mais sans dec, parfois je me sens comme un jésuite en Afrique expliquant 10.000 ans d'évolution humaine aux pygmées indigènes, philanthrope que je suis. Et j'ai fait simple avec la rue "Pařížská", parce que si je lui avais donné RDV dans la rue officielle, "Červená ulice"... Tiens, vous savez que c'est une des plus courtes rues de Prague, 42 mètres seulement (la plus courte fait 27 m, "Jiřího Červeného") et porte ce nom parce que les boucheries (cachères?) qui s'y trouvaient étaient peintes en rouge ("Červená" = rouge au fais m'y nain St Gulier en Tchèque).
Au début du XVII ème siècle, elle s'appelait encore rue des bouchers ("Řeznická"), en seconde moitié du XVIII ème et début du XIX ème siècle elle prit le nom de "nová poštovská" (nouvelle postale, et attention à ne pas confondre "poštovská" [postale] avec "poštovní" [postale aussi] parce qu'on dit "poštovní holub" [pigeon postal, voyageur genre], mais on dit "poštovská čepice" [casquette postale, du postier genre aussi]) en opposition de l'ancienne postale ("Stará poštovská", aujourd'hui rue "Břehová"), puis près de la synagogue, coin des bouchers, coin rouge pour devenir rue rouge après l'assainissement du quartier. Mais revenons à notre synagogue.

Alors comment un nom pareil a bien pu être donné à une synagogue, sans dec?
Et surtout comment traduire ça convenablement en Français? "Stará a nová" signifie vieille et neuve, mais la composition des 2 adjectifs "staronová" avec ce "O" en fin de premier (adjectif) lui confère encore plus cette notion d'imbrication intrinsèque, comme dans francotchèque, socioculturel, ou politicorrect, genre synagogue néovieille (sauf qu'elle est vieilloneuve). Vous voyez la subtile fusion de forme néologique? Alors en Français, cette synagogue est mentionnée parfois sous "vieille-neuve", plus souvent sous "vieille-nouvelle", du coup on est en droit de se demander quelle est la différence afin de coller au plus juste? Après avoir feuilleté le dictionnaire (et même plusieurs), je suis à même d'affirmer qu'il n'y en a aucune. Entre "nouvelle" et "neuve", il n'y a strictement aucune différence sur le sens, sinon peut-être dans l'usage: on dit une nouvelle voiture genre nouveau modèle, et une voiture neuve genre fraîchement achetée. Du coup on pourrait dire une vieille voiture neuve dans le cas d'un vieux modèle fraîchement acheté neuf, mais aussi une nouvelle voiture neuve dans le cas d'un nouveau modèle fraîchement acheté neuf aussi.
Ah ouais? Et dans le cas d'une vieille synagogue? Eh paf, hop, messieurs les Zacadémiciens, si vous avez quelques minutes de lib', dites-nous voir si on dit une nouvelle vieille-synagogue ou une vieille-synagogue neuve, sachant qu'on se parle spécifiquement de celle de Prague, parce que pour les autres vieilles synagogues du monde, faudrait voir dans la langue d'origine. Bref, en ce qui me concerne j'ai trouvé le barbarisme "vieilléneuve". Les Zacadémiciens vont me clouer le clavier au pilori du puritanisme linguistique, mais bon, hein, après tout z'avaient qu'à faire leur boulot correctement et faire évoluer cette fantastique langue française avec les anciennes vieilles-neuves innovations. Ben ouais, la synagogue s'appelle vieilléneuve depuis plusieurs siècles, alors hein, s'ils avaient suivi un peu, ça fait plusieurs siècles qu'ils lui auraient trouvé un nom officiel approprié et on n'en serait pas là à se demande si la synagogue est vieille nouvelle ou vieille neuve pour finalement en arriver à vieilléneuve (c'est MOI qui l'ai trouvé).

Mais tiens, et vu qu'on en parle, vous savez au moins pourquoi elle s'appelle ainsi? Il y a longtemps, très longtemps, il existait une vieille synagogue sur la vieille route qui menait au travers du vieux quartier juif de la vieille ville de Prague. Les vieux historiens font remonter ce vieil édifice (la première mention écrite remonte en 1142) aux vieilles périodes romanes de notre vieille capitale, et aurait été la plus ancienne école du ghetto (souvent les synagogues ont été des lieux de culte, mais également de rassemblement, de rendement de justice et d'enseignement). Sa construction remonterait au XII ème siècle, et serait l'oeuvre de Juifs portugais (mais chais pas pourquoi "portugais", sinon qu'il y avait une importante communauté juive venue du Portugal dans la vieille ville, et qu'on appelait même ce quartier "l'île portugaise"). Lorsqu'on construisit la nouvelle synagogue (la notre dont on se cause, la vieilléneuve), l'ancienne prit naturellement le nom de vieille école ("Stará škola"). La vieille école est ensuite mentionnée en 1389 par le rabbi "Avigdor Kara" dans le cadre de l'effroyable pogrom de cette année (1389). Détruite lors de ces émeutes, elle aurait été reconstruite fin du XV ème siècle par la communauté juive en provenance d'Espagne et du Portugal.
Elle brûla en 1516, fut fermée en 1693 par ordre de l'empereur, "Joseph Daniel Huber" la représenta en 1769 sur sa carte de Prague, et elle se trouve même sur le phénoménal modèle de "Antonín Langweil" visible en grandeur nature au musée de Prague, et si tout se passe aussi bien que ça devrait se passer, ce modèle de la ville de Prague de 1830 sera bientôt disponible en version numérisée sur la toile mondiale. La vieille école est encore dessinée une dernière fois sur les plans de l'architecte "Vojtěch Ignác Ullmann" ("Budova bývalé Vyšší dívčí školy" dans la fameuse rue "Vodičkova", "Letenský zámeček" connu par ceux qui fréquentent le fameux Biergärten de "Letná",
"Palác Lažanských" archi-connu sous le nom de café Slavia, ou encore la synagogue espagnole...) en 1864, et c'est tout, parce qu'en 1867 elle fut détruite et remplacée par justement... ben la synagogue espagnole de "Vojtěch Ignác Ullmann" (et de "Josef Niklas" quand même aussi). Aujourd'hui, il n'en reste que le souvenir sous la forme d'un nom de rue "U staré školy" reliant les rues "Dušní" et "Vězeňská". Ah oui, et pourquoi je vous en parle autant? D'abord parce que selon le modèle de "Langweil", la vieille école disparue est fort semblable à notre synagogue vieilléneuve et d'aucuns vont même jusqu'à dire qu'elle aurait servi de modèle, ensuite parce que c'est la première synagogue dans laquelle fut installé un orgue sur lequel jouait entre 1836 et 1845 l'organiste "František Škroup" qui n'est autre que le compositeur de la musique de l'hymne nationale tchèque "Kde domov můj" que vous pouvez entendre à chaque victoire de l'équipe tchèque en finale des championnats du monde de hockey sur glace (lorsqu'on ne se fait pas éliminer par ces fumiers de Suédois, de Canadiens, de Finlandais, de Russes, de Slovaques...).
Parenthèse: cette année l'équipe de France de hockey s'est qualifiée pour les championnats du monde au Canada, alors j'espère seulement qu'elle ne va pas encore faire grande honte comme en 2004, où le pays est entré dans les annales de la compétition avec le but encaissé le plus rapidement, après seulement 9 secondes de jeu, contre une équipe somme-toute médiocre de surcroît (l'Autriche), c'te honte. Et tiens, vu qu'on parle de parenthèse, j'aimerais informer l'abruti mongoloïde à tête de courge lobotomisée qui a traduit littéralement "Kde domov můj" par "Où est ma maison" qu'il est loin, très loin du sens que "Josef Kajetán Tyl" a voulu donner à la première phrase de cette hymne.
Eh ouais, bien que "domov" puisse parfois se traduire par "maison, domicile", son sens premier est "chez-soi, pays", mieux, "patrie". Ainsi le prosaïque "sacré nom de d'là, mais qu'est-ce que j'ai bien pu fout' hier soir pour ne plus savoir où j'habite ce matin" doit être compris dans le style romantique "où est ma patrie, ce splendide pays où les rivières... les pâquis... les pinières... les filles... la bière..." enfin ceux qui sont déjà venus en Bohême savent de quoi je parle. Fin des 2 parenthèses. Bon, et où est mon sujet... ah oui, la synagogue au XIII ème siècle... Donc tandis que la vieille école s'appelait "vieille", ben notre synagogue fraîchement construite à 200 m de là s'appelait tout naturellement "nouvelle". Mais tandis qu'au fil des siècles l'on en construisait d'autres, des synagogues, ben la "nouvelle" devint naturellement "vieille", et de "nouvelle synagogue" elle se métamorphosa en "vieille nouvelle synagogue" (vieilléneuve) vers le XVI ème siècle. Eh voilà. Ah oui, et parfois on parle aussi de la "grande école", ou de l'école vieilléneuve mais aussi de "altneushul" et de "altneusynagoge".
Sinon il est encore une autre hypothèse concernant l'origine de l'appellation vieilléneuve de notre synagogue, mais je l'évoquerai dans la partie "légendes".

Avant de commencer avec l'histoire, je vous signale que j'ai bricolé un plan très schématique de la synagogue, avec des couleurs et une orientation cardinale, afin que vous puissiez vous orienter. Je vous invite à ouvrir ce plan et à le conserver sous le coude afin de l'avoir sous la main en cas de besoin. J'y ferai référence par l'acronyme "smp", qui n'est ni "SeveroMoravská plynárenská", ni "Symmetric Multi-Processors", ni "SchMelzPunkt" mais "Sur Mon Plan" (tout simplement).
Le 29 mars 1254, le roi "Přemysl Otakar II" signait un édit octroyant aux citoyens juifs du royaume de Bohême des privilèges (garanties contre les injustices dont ils étaient parfois victimes) afin de maintenir la paix et la bienveillance entre les diverses communautés (texte intégral en Tchèque et en Latin). Etait-ce l'impulsion qui conduisit à la construction de notre synagogue? Selon les experts, la construction de la pièce principale (en rouge smp, accolée au vestibule) remonterait entre 1270 et 1280, avec une fort probable participation des bâtisseurs de la cour royale (pour la technique, pendant leur temps libre, alors qu'ils turbinaient sur le couvent Ste Agnès juste à côté) et des membres de l'ordre des cisterciens (de part le style gothique cistercien, une architecture simple, sobre, voire austère, c.f. les monastères même époque de "Vyšší Brod" et de "Zlatá Koruna").
Aux origines de la synagogue vieilléneuve remontent également le cimetière dit le "jardin juif" ("Židovská zahrada") entre les rues "Spálená", "Jungmannova" et "Lazarská" supprimé en 1478 par le roi W ("Vladislav II Jagellonský"). En 1358, le bon roi Charles IV attribua à la synagogue (à communauté juive?) un gonfalon comme preuve de son importance. Lors du pogrom de 1389, les persécutés essayèrent de trouver refuge à l'intérieur, mais par trop petite, elle ne put accueillir tous les malheureux. Cette sauvagerie laissa 3000 victimes à terre autour de notre édifice. Une première restauration eut lieu en 1618, une seconde en 1716 sous l'impulsion de Charles VI (père de Marie-Thérèse, qui à force d'engendrer des filles finit par mettre le foin dans la succession aux trônes d'Europe), une 3 ème (romantique) passa en 1883 par les mains du controversé "Josef Mocker" (purification néogothique "à la Mocker" des frontons en briques), encore une sous les bolcheviques entre 1966 et 67, une autre en 1998-99 (accompagnée de fouilles archéologiques remontant la présence d'une communauté juive en cet endroit jusqu'au XI ème siècle).
Bien entendu, après les inondations du millénaire de 2002, l'on dut remettre une couche de peinture sur les murs, et en 2006-07 l'on apporta la touche finale à l'aspect d'aujourd'hui. J'ai encore une source assez curieuse qui parle de rénovation en 1921-1926, puis en 1957, mais comme pas une seule date ne correspond avec les autres sources (historiques et scientifiques), considérez ces dernières informations avec prudence.

Architecturalement, il s'agit d'une des plus anciennes constructions en gothique "primitif" encore en vie à Prague. Elle est orientée comme la plupart des synagogues (vers Jérusalem) d'Ouest en Est, comme les églises d'ailleurs qui sont orientées vers l'orient, et comme pour nous autres européens Jérusalem et orient c'est à peu de choses pareil en termes de direction, ben c'est pour ça que voilà. La synagogue vieilléneuve se compose d'un vestibule (en bleu smp), d'une pièce principale à 2 vaisseaux inspirée des synagogues allemandes de Worms, de Ratisbonne ou polonaise de Cracovie (en rouge smp), et d'autres pièces attenantes (en jaune, violet et vert smp).
Selon certaines sources, le vestibule (en bleu smp) serait la partie la plus ancienne, et aurait peut-être déjà servi comme lieu de culte bien avant la fin du XIII ème siècle (en 1254 déjà?). Selon d'autres sources (plus nombreuses), cette partie aurait été construite vers 1300, donc après la pièce principale (rouge smp). Allez savoir!? Ce qui est sûr, c'est que le sol de cette pièce (comme des autres) est largement en dessous du niveau de la rue. Selon une source d'information, ce serait par humilité et par tradition, selon une autre source, c'eut été causé par l'élévation anti-inondation (jusqu'à 3 m) de la vieille ville qui eut lieu au XIII ème siècle. Et si c'était des 2 à la fois? Y a même une autre source qui dit que les synagogues ne pouvaient pas être au-dessus des églises. Ah bon? Et au même niveau? Non? Ah bon? En dessous alors, bon. Par contre, le plafond formant une voûte en berceau soutenue par d'imposants arcs en pierres brutes, se trouve largement au dessus du niveau de la rue. Selon une source d'information ce serait par commodité et par tradition, selon une autre source, c'eut été fait exprès afin qu'on ne se cogne pas la tête en entrant.
Au XVII ème siècle on construisit là 2 rigolotes cahutes (toujours présentes) pour la collecte des taxes (en bleu hachuré smp). La première cahute collectait l'impôt destiné au royaume, la seconde une sorte de pot commun pour la communauté juive, dans lequel on puisait en cas de besoin. Et lors des grandes rencontres internationales, on y vendait les billets d'entrée pour voir le match. Le tympan au dessus de la porte d'entrée dans la seconde et principale pièce remonte également à la fin du XIII ème siècle. Il est sculpté d'un cep de vigne à 4 branches et 12 grappes, symbolisant (sans doute) la même origine (1 cep), les 4 fleuves du paradis terrestre (Pishôn, Gihôn, Tigre et Euphrate, c.f. La Genèse) et les 12 tribus originelles d'Israël.

Entrons dans la fantastique grande salle (en rouge smp). Il s'agit d'une pièce rectangulaire à 2 vaisseaux (Nord et Sud) séparée en trois parties (d'Ouest en Est) formant ainsi 6 travées reposant sur 2 piliers octogonaux centraux. Les voûtes d'arêtes ont la particularité de ne pas être composée de 4, mais de 5 arêtes.
Le point d'appui de cette 5 ème arête commence sur les murs pour venir reposer sur les 2 piliers porteurs, et parfois pas, mais c'est pas grave, parce cette arête n'a strictement aucun rôle en matière de portance. Selon la légende, l'on l'a rajoutée afin de ne pas former une croix vue de dessous. Hum... ah bon? Et pourquoi pas 6 alors, ou 3 arêtes seulement? La lumière naturelle pénètre dans l'édifice par 12 fenêtres étroites en hauteur (rappelant les 12 tribus) et 2 rosaces (à l'est, à l'ouest j'me souviens plus). La lumière artificielle est assurée par des lustres multi-bras en bronze du XVI ème au XIX ème siècle pendant du plafond (et parfois accrochés à la grille centrale) et par des portes-cierges en laiton fixés aux murs avec réflecteurs de lumière (pour ceux qui pensaient que c'étaient des miroirs) dont l'efficacité peut raisonnablement être mise en doute (en ce qui me concerne). Ceci-dit, ça fait joli et authentique. Au centre de la salle, entre les 2 piliers octogonaux, se trouve la (le?) "bimah" (estrade surélevée comportant un pupitre pour lire la Tora, Thora ou Torah, enfin la bible des Hébreux) entourée d'une grille gothique en fer forgé du XV ème siècle.
Dans le mur Est se trouve le tabernacle gothico-renaissance (coffre, l'arche sainte, "Aron ha-kodesh") dans lequel on remise soigneusement les rouleaux de la Torah afin qu'ils n'aillent pas prendre la poussière lorsque la mère-Boniche passe son chiffon sur les meubles. Ce tabernacle est caché du regard par une jolie tapisserie richement brodée ("parokhet" ou "parochet"?) représentant le temple de Jérusalem vu de l'aéroport international "Atarot" au coucher du soleil. Sur les côtés du tabernacle se trouvent 2 colonnes sculptées du XVI ème siècle affichant à nouveau des motifs vinicoles, et entre ces colonnes, la chaise du maître de cérémonie ("hazzan", "chazan" ou "khazn"... l'arbitre) qui dirige la messe... l'office en lisant sa partition posée sur un plus pitre ("amud") à sa droite. Tout cet autel est dominé par une loupiotte ("ner tamid") à lumière éternelle (et économie d'énergie?) ce qui me conforte dans l'idée que l'efficacité des portes cierges en laiton avec réflecteurs de lumière laisse à désirer. Au dessus de la (le?) "bimah" se trouve le fameux gonfalon attribué en 1358 au quartier juif par le bon roi Charles IV. Son apparence actuelle date de 1716 (sous Charles VI) lorsqu'on restaura la synagogue, et qu'on en profita également pour restaurer les armoiries du quartier, mais aussi les rideaux et le fusible des toilettes.
Le gonfalon représente une étoile de David contenant en son centre un chapeau pointu (apparemment très en vogue dans la communauté juive à l'époque), le tout brodé de fil d'or (brillant?) sur un feutre violet. Ca, c'est d'un côté. De l'autre, on y voit à nouveau l'étoile de David et chais plus quoi au milieu, mais peut être la même chose aussi. Les pourtours du gonfalon sont écrits de "Shema Yisrael" (quelque chose comme "allez les bleus") des 2 côtés. Les stalles (chais pas si on dit des stalles pour les synagogues?)... les strapontins qui forment un superbe alignement sont de type empire, et leur disposition comme l'emplacement des places numérotées seraient d'origine (de quand?). Ceux qui ont un abonnement à l'année, bon, ben z'ont pas le choix du banc. Les autres par contre peuvent s'asseoir soit dos au mur face à la (le?) "bimah", soit dos à la (le?) "bimah" face au mur. Ca dépend vers où ils projettent le match, et surtout s'il reste des places assises. Il est cependant une place où personne ne s'assied. D'abord parce qu'elle "scellée" d'une chainette pour ceux qui ne sauraient pas (comme moi) que c'est sacrilège de s'y poser, ensuite parce que selon la guide, il est inconcevable que l'on s'y assied sciemment en connaissance de cause sans être immédiatement frappé d'une claque par la colère céleste.
Cette fameuse place sur la droite du mur Est était la place du grand Maharal de Prague, de rabbi "Jehuda Löw ben Becalel" en personne, et depuis son décès (en 1609), personne ne s'y est assis, même pas en finale de la coupe du monde 1998 contre le Brésil. Le long des murs se trouvent de petites niches dans lesquelles on entreposait le fourbi à messe... matériel à office (lors des offices), et les cacahuètes (lors des matchs). Sur les murs toujours, mais plus haut, vous pouvez apercevoir des textes en Hébreux. Ces calligraphies furent réapposées lors de la restauration de 1966, et l'une d'elles mentionne la reconstruction de 1618. Cependant vous n'avez aucune chance de repérer cette date, si comme moi, vous ne connaissez rien à la numération hébraïque (différente de la numération arabe, eh oui).

De l'extérieur, les 2 frontons en briques sont immanquables.