vendredi 7 août 2015

Festival: L'OAFF à Český Krumlov (bis repetita)

Eh oui, j'y suis retourné une seconde fois pour la seconde édition après 2 ans. Ceux qui suivent mes publies depuis le dimanche 22 septembre 2013, savent que j'y suis déjà allé la première fois, et ceux qui en plus lisent mes publies comprendront mon emballement pour cette seconde édition du fantastique festival.

Alors comme il y a 2 ans, je présente tout d'abord mes excuses à mes lecteurs qui ne seraient pas branchés "photo". D'entrée de jeu, vous pouvez éviter de lire la suite de cette publie qui sera entièrement consacrée à ce sujet ainsi qu'au festival. Tout rentrera dans l'ordre à partir de la publie suivante, et l'histoire, la culture, et l'art seront remis en avant sur le pied d'Estelle comme à l'accoutumée. Ceci-dit, n'en jetez pas ma publie pour autant, et profitez au moins des jolies photos, que j'ai eu un plaisir indécent à cliquer pendant (presque) tout le week-end.

Vous n'aurez sans doute pas remarqué que le précédent paragraphe est entièrement recyclé de ma précédente publie de 2013, mais le recyclage étant particulièrement "in" en ce moment, hein, alors hop, autant faire "dans le vent" (et pas contre, ça éclabousse les pompes sinon).

Cette année cependant, nous eûmes quelques nouveautés quand même. La première, c'est que c'était nettement moins étendu dans la ville, genre au-dessus du château, il n'y avait plus rien. Heureusement, parce qu'au festival précédent d'il y a 2 ans, j'te dis pas les courbatures dues à la marche. Bon, cette année aussi, mais moins.

Bref, arrivés à "Český Krumlov", nous posâmes nos valoches en l'hôtel Grand, en plein sur la place principale, hôtel que je ne puis que recommander tellement il fut sympathique (en particulier le petit-déjeuner, exceptionnel), et paf, nous nous empressâmes de récupérer nos accréditations, et filer photographier tout ce qui se trouvait devant nos objectifs.

Alors pour ne citer que quelques exemples de tout ce qu'il y avait:
- ateliers, workshops, séminaires, discussions, lectures...
- technique, équipement, prêt de matos, essayage, éclairage, soft-box...
- décors, enjolivures, effets spéciaux...
- saltimbanques, frou-frous glamours, bondage, nues (sur la plage)...

Et à nouveau, nous invitâmes le fabuleux musée-atelier photographique de "Josef Seidel". Ruez-y vous, sans dec, c'est énorme de tout ce qui se trouve dedans. Et les gens qui y officient, vous livreront avec amour leur savoir concernant la photo d'antan, l'historique de l'atelier et vous montreront les nombreux artéfacts (négatifs, plaques de verre, etc...) qui s'y trouvent en l'état d'origine.

Sinon certains points d'achoppement ont été retirés afin de ne plus trébucher des pieds dessus cette année: itinéraire plus court, et plus rien au château qu'il pèle la peau de l'ours dedans les caves. Mais il reste toujours et encore le soucis de qu'on ne sait pas vraiment quoi et où. Eh oui, c'est la plus grande des frustrations, de s'apercevoir après coup qu'on a loupé quelque chose. Exemple: le lâché de créatures de fiction (jeux vidéo, mangas, Tim Burton, etc...) dans les rues, que tu ne sais pas d'où qu'elles partent ni à quelle heure, et que tu ne les rencontres même pas dans la rue parce que t'as pas de bol à ce moment-là. Ça fout les boules sans dec, des frustrations pareilles.

Et puisque c'est ma publie, je vais quand même encore un peu critiquer de mon point de vue. Premièrement, y avait un truc que j'ai pas vraiment compris d'à quoi que ça servait. Genre imaginez une pièce faiblement illuminée, tamisément précisément, avec, au centre, comme une citrouille en papier journal, et des orizurus (grue en papier, pour ceux qui ne parlent pas l'origami, l'orizuru est à l'origami ce que la "Lettre à Elise" est au piano). Bon, ok, mais ça servait à quoi? A travailler la technique ombre-lumière selon le style avant-gardiste de Funke-Rössler? Attends, tout photographe qui a un peu étudié, a planché sur ces sujets non? Enfin moi si, pendant au moins 2 mois à donf j'ai fait du noir et blanc surréaliste en mon école photo de Prague.

Deuxièmement, y avait plus de body painting (ou vraiment très peu versus y a deux ans). Bon, pas grave, puis' qu'un mois après j'avais le festival mondial de body painting en Autriche (photos à viendre). Mais dommage quand même, parce que je trouve que cet art se mélange particulièrement bien dans la ville de "Český Krumlov".

Parmi les grands absents, Canon et Nikon. J'ai pas vu un seul stand, ni la moindre promo pour ces 2 marques. Bon, j'ai peut-être pas tout vu non plus, mais là où que je suis passé, c'est à dire 99% de là qu'on pouvait aller, je n'ai pas vu ces 2 marques. Sans doute que l'un des plus grands festivals de photo du pays n'est pas suffisamment important pour elles?

Ensuite inutile de vous préciser qu'à nouveau, l'atelier "poil" (nu) fut plein. Et pas que de mâle, non, il y avait aussi plein de femelles qui shootaient le modèle dévêtu (femelle le modèle, pas mâle). Moi, j'y étais les yeux fermés, parce que vous savez, la pudeur... mais j'ai quand même quelques clichés pas mal, enfin je trouve moi, en ce qui me concerne (cf. mes photos).

Ah oui, concernant les photos, vous aurez remarqué qu'il y en a que peu sur mon blog, alors que je mets un lien vers Flickr pour le reste. Alors c'est parce que Google a de nouveau changé certains paramètres de sa foutue plateforme Blogger, et que du coup, ben l'orientation, le formatage, l'emplacement des images... enfin c'est le bordel, et je ne peux rien y faire. Et en plus, compte tenu de la pudibonderie jusqu'à la débilité de Google, j'évite dorénavant de les aiguillonner avec des seins et des pubis, on ne peut pas gagner contre des cons, surtout lorsqu'ils sont plus forts. Ainsi dorénavant, lorsque j'aurai moult et belles images, ben je les mettrai sur Flickr. Na!

A dans 2 ans donc, en Juin 2017. Et s'il en est parmi vous qui voudraient se joindre, n'hésitez pas à me contacter, je vous aiderai pour l'organisation.

samedi 13 juin 2015

Visiter: L'église St Benoît de Hradčany

Il était une fois, la p'tite chaplette Ste Barbara. Vous souvenez-vous z'en? En haut de la rue de la Lorette, que là-bas c'est top chouette? Que l'un des 2 vauriens empalés réussit à briser son pieu, et à se trainer jusqu'en l'église St Benoît afin que le prêtre lui administre l'extrême onction sans laquelle l'empalé ne pouvait mourir? Ben justement, aujourd'hui, je m'en vais vous parler de cette église St Benoît que personne ne sait qu'elle est là, parce qu'elle n'est vraiment pas visible de la rue (ni d'ailleurs du reste, sinon de Google Maps).

Hisse t'au rique
Elle se trouve au numéro 184/3 de la place de "Hradčany" ("Hradčanské náměstí 184/3"), à côté de la p'tite ruelle toscane. La première mention remonte à 1353 selon mes sources, mais impossible de retrouver la trace de cette mention :-( Ensuite l'église fut moult fois retapée, en particulier en 1494. Ensuite toujours, elle prit feu en 1541, et fut retapée, selon mes sources, par Benedikt Rejt alors décédé depuis au moins 5 ans (comme quoi faut faire gaffe avec les sources). Elle reprit feu en 1620, et comme ça commençait à bien faire, que le proprio se dit que quand même, elle devait être bien maudite cette maudite église, il la refourgua en 1626 (parfois 1627) aux barnabites de ch'val... de St Paul. En 1655, les moines construisirent tout autour de l'église un monastère, et c'est grâce à eux que depuis, l'on ne voit plus l'édifice depuis la rue. Ils retapèrent ensuite le monastère plusieurs fois, et mi XVIIIe siècle lui donnèrent l'apparence qu'il a aujourd'hui, c'est à dire baroque. Notez que ce monastère était le seul en royaume de bohême sous la marque "barnabite".

Bon, mais en 1786, et dans le cadre de ses réformes éclairées, Joseph II supprima les barnabites, et ferma leur monastère. Mais son frangin Léopold II, qui succéda à Joseph II, en fit don en 1792 aux carmélites déchaussées (des dents), et comme personne ne connaissait ces va-nu-pieds, les Praguois continuèrent à les appeler "barnabites", ce qui était bien entendu erroné, puisque contrairement aux hommes, les moniales n'en avaient pas, elles, des barnes à b...

En 1950, lorsque les frangines furent chassées par les con-munistes, ces derniers fumiers transformèrent le couvent en hôtel de luxe pour apparatchik d'état, et restaurèrent l'hôtel de fond en comble entre 1985 et 1991 afin de restituer aux moniales des locaux parfaitement retapés par les deniers publics. Evidemment, en 1985, les camarades fumiers ignoraient ce qui allait advenir en novembre 1989, aussi ils ne lésinèrent pas sur la dépense et garnirent le lupanar de luxueux mobilier sur mesure, de cuisines modernes et de tout le confort récent que les pays de l'Ouest pouvaient offrir.

Les carmélites va-nu-pieds
L'ordre des moniales déchaussées (mais porte culotte) arriva à Prague en l'an 1655 à la demande de Ferdinand III, et s'établit près de l'église St Joseph ("na Malé Strane"). Le bon empereur leur octroya également une maison attenante, pourvue d'un vaste jardin. Les frangines transformèrent l'édifice en couvent, et le jardin existe encore aujourd'hui sous l'appellation "Vojanovy sady". Mais comme les barnabites, les barnes sans b... furent désactivées en 1782 (par Joseph II), et elles quittèrent Prague pour "Německý Brod" (appellation jusqu'en 1945, aujourd'hui "Havlíčkův Brod"). Elles revinrent donc 10 ans plus tard (1792) en la nôtre capitale pour s'installer en le monastère St Benoît. Et elles y restèrent jusqu'en 1950, lorsqu'elles furent chassées par les con-munistes. Et parce qu'une moniale déchaussée a la peau dure comme un rhinoféroce, ces sales bêtes reprirent racine en St Benoît après la révolution de velours en 1992 où elles résident encore aujourd'hui.

Ah oui, et la première chose qu'elles firent ces grosses courges, fut de se débarrasser aux enchères de tout le luxe dont les foutres bolcheviques avaient truffé les locaux. Elles firent retaper iceux selon l'austère apparence que l'ordre mendiant requiert, et elles gardèrent le pognon ainsi gagné par la divine providence sur le dos des payeurs d'impôt parce que vivre selon la règle, hein, on ne va pas se la raconter non plus, mais c'est pas ça qui vous rehausse de beurre les zépinards en boules surgelées.

Détails sur les glizes
Tout d'abord, notez que certaines sources vous diront que l'édifice est orienté inhabituellement au sud. Hum, il suffit de mettre un oeil sur une carte pour se rendre compte que c'est une ineptie, et que l'église est orientée est-quart-nord-est. Elle se compose d'une nef principale rectangulaire terminée par un choeur pentagonal. La toiture est chapeautée par une tourelle-lucarne octogonale, mais tellement petite, que je vous la mentionne uniquement parce qu'elle représente une dominante majeur de la place, et que sans elle, l'édifice n'aurait même pas l'aspect d'une église.

L'intérieur sobre, pour ne pas dire austère, voire ennuyeux comme un temple calviniste est égaillé de mobilier majoritairement première moitié du XVIIIe siècle.

L'autel principal est composé d'un large tableau central et d'un plus petit tableau supérieur de 1861 et de "Josef Vojtěch Hellich". Sur la croûte centrale, l'on voit monsieur Jésus offrir à Ste Thérèse (celle des extases, vous vous souvenez?) un clou d'avec lequel il fut crucifié (c'est pas cher comme cadeau, et ça fait toujours plaisir) en lui disant "tiens mon petit, si jamais c'est trop gros comme cure-dent, tu pourras toujours te l'enfoncer dans..." (en référence à son extase la plus connue, "J'ai vu dans sa main [NDLR: d'un ange jeune, beau et chatoyant] une longue lance d'or, à la pointe de laquelle on aurait cru qu'il y avait un petit feu. Il m'a semblé qu'on la faisait entrer de temps en temps dans mon coeur et qu'elle me perçait jusqu'au fond des entrailles; quand il l'a retirée, il m'a semblé qu'elle les retirait aussi et me laissait toute en feu avec un grand amour de Dieu").

Sur la croûte supérieure, l'on voit madame vierge Marie, un scapulaire sur ces genoux, sans doute une offrande à Ste Thérèse afin qu'elle n'aille pas choper la crève, avec tous ces courants d'air dans les couvents, les jambes nues cuisses écartées en pensant à "l'ange jeune, beau et chatoyant".

Sur la gauche de l'autel, se trouve une statue du prophète Élie, lequel vivait dans une grotte sur le mont Carmel, tandis que son pote Élisée vivait sur les champs. Et sur la droite se trouve une statue de St Jean de la Croix, qui comme Élie, est une marque de fabrication pour les carmes.

En dessous desdites statues, se trouvent des armoires à reliques emballées dans des torchons pour sécher la viande. S'y trouvent St Antoine, mais chais pas lequel (de pas d'où?), et Ste Nina (Kristina), morte en Géorgie et ainsi deviendue Ste patronne du pays. Et pourquoi ces deux-là qui n'ont rien à voir avec le caramel... carmel? Ben chais pas, sans doute que ces reliques étaient à vendre (pour pas cher), et que comme toujours, qu'importe le larron, pourvu qu'on ait les restes. Du reste ces reliques, selon mes sources, sont d'une valeur inestimable. Hum... faut être connaisseur moi j'dis, parce que perso, j'les mettrais pas dans mon salon du tout, pour sûr.

A gauche, l'autel secondaire latéral est consacré à l'archevêque de Milan St Charles Borromée, qui est aussi efficace contre la peste que les gouttes de Calmette-Guérin contre le bacille de Koch.

Et enfin un autre tableau, intitulé "St Joseph", montre le papa de p'tit Jésus tenant celui-ci en ses bras, et montrant à la maman de p'tit Jésus, vierge Marie, une couche que le bambin a fait dedans caca-boudin. C'est pas spécialement clair comme scène, donc je ne m'attarde pas dessus.

La momie
Bon, mais passons au morceau de choix, un peu séché façon jerky le morceau, mais de choix quand même, la fameuse momie de mère Elektra... "Elekta". Laissez-moi vous conter cette histoire ancienne, issue de la propagande catholique, et dont je vous invite à ne pas croire la moindr' once (enfin un peu quand même, mais avec réserve).

"Marie Elekta" (de son vrai nom Catherine "Tramazzoli") naquit le 28 janvier 1605 en la ville de Terni, en Italie, comme 3e fille d'un couple issu de la petite noblesse. Très rapidement, son oncle Angelo (un "monsignore", recteur de l'église paroissiale locale) la prit sous sa coupe (pour ainsi dire) et eut sur la pauv' petite une énorme (et mauvaise) influence. Selon la légende, elle avait une peau si fine, si blafarde qu'on (son oncle) lui augurait déjà une vie monacale. Profondément débilisé... influencé par la réforme du carmel déclenchée par Ste Thérèse en Espagne, il fonda en 1618 un couvent en sa ville ritale.

En 1626, après avoir raté le concours d'entrée aux postes et télécommunications du bled, Marie accéda alors avec sa soeur Lucie aux ordres (sans concours) chez les carmes déchaux inventés par leur oncle. Toutes les sources (?!) mentionnent que la bougresse débordait de dévotion, de saint labeur, et de nombreuses autres vertus que le monde d'aujourd'hui ne peut pas comprendre, aussi je ne vous les mentionne pas. En 1629, elle est directement choisie par l'empereur Ferdinand II afin de peupler (sans enfanter, attention) le monastère de Vienne, elle déménage donc définitivement de Terni où elle ne retournera plus jamais. 13 ans plus tard, "Marie Elekta" déménage à nouveau à Graz. Et enfin le 1er septembre 1656, elle arrive à Prague à la tête d'un cheptel de nonnes Viennoises et Graz-oises, avec pour mandat la mise sur pied d'un nouveau couvent céans.

Ce qui se passa ensuite, personne ne le sait vraiment, parce que ces nonnes-là sont aussi mystérieuses qu'un château dans les Carpates, et comme elles vivaient cloitrées verrouillées à double tour, ben y avait personne pour raconter leur histoire. Ah si, il y eut l'affaire des nonnes PLonaises, qui, lorsque "Marie Elekta" prit les rennes du couvent, allèrent se plaindre à l'archipointu, que la ratichonne-sup faisait preuve d'une sévérité inopportune, que depuis son arrivée, les concombres en salade étaient râpés et les cierges coupés en 3, et sans dec, comment qu'tu veux croire en dieu si de temps en temps... dedans les trompes de Fallope... enfin écoutez Georges Brassens. L'affaire déborda jusqu'à Rome, mais fut étouffée l'on ne sait comment, parce que finalement il n'y eut aucune suite aux plaintes des PLonaises, et l'on ne sait même pas comment les concombres et les cierges finirent au couvent.

Ce que l'on sait sûr par contre, c'est que le 11 janvier 1663, "Marie Elekta" rendit son âme à bondieu (il recycle pour pas gâcher), et ne put voir son oeuvre (la complète fondation du couvent) complètement achevée. Selon les journaux d'époque, elle décéda de longue maladie, de fièvre, de défaillance du foie (plusieurs fois), de vomissement sanguin, d'oedème, de chancre nécrosé et de paralysie d'une jambe mais pas de l'autre. Apparemment, les mortifications, dont elle raffolait jusqu'à son âge avancé, l'auraient grandement poussé vers la sortie (sans parler du manque de vitamine présent dans le concombre et de la cécité acquise par privation de cierge à la cire d'abeille).

Bref, lorsqu'on voulut la mettre en bière, et malgré qu'elle ne dépassait pas les 1,58 m de son vivant, rien à faire, sa carcasse froide ne voulait pas rentrer dans la boîte en chêne qu'on lui avait prévue et mal calculée. L'on lui brisa donc les cervicales, et la tête un peu tassée, elle finit par prendre place entre les 4 planches. Elle fut inhumée sous la chapelle St Élie, dans les vergers du couvent, aujourd'hui "Vojanovy sady", derrière l'église St Joseph de "Malá Strana", là où que les frangines arrivèrent originellement en 1656 (cf. mes photos).

C'est alors que commencèrent à se produire des évènements zarbis, que sans dec, la raison en vacille d'ébranlement. Une des bougresses du couvent sentit soudain comme une odeur de violette dans la chapelle. Une autre y vit régulièrement une lumière céleste. Une troisième souffrant de migraines persistantes venait atténuer avec succès ses douleurs en posant sa tête sur la tombe de la raidie. Une quatrième, sans doute méchamment emboucanée au chichon marocain, prétendait que mère "Marie Elekta" lui apparaissait un accordéon en mains et lui chantait du Yvette Horner. Evidemment, aucun de ces délires, ni d'aucun tant d'autres, ne furent confirmés par la science ni même par la télé.

Cependant, lorsque trois ans plus tard menaçaient les inondations, les moniales va-nu-pieds se décidèrent à exhumer le corps afin de le déménager en lieu sûr. Et là, miracle des miracles, elles découvrirent que le corps était resté intact. Dégueulasse à regarder (sans parler de l'arôme), mais intact, pas pourri d'un poil que du reste elle ne se rasait pas. Stupéfaites et surexcitées (tu m'étonnes, les occasions de stupéfaction et de surexcitation ne débordaient pas bézef), les cloitrées déménagèrent le corps dans le couvent afin de le sécher comme un sifflard au frais, au sec et à l'aéré du grenier d'en haut. Mais avant, elles le lavèrent à l'eau vinaigrée, trempée de feuilles de rose, de romarin et de lavande afin d'en chasser l'odeur pestilentielle qui s'en dégageait. Et ouais, sauf que ce bain-là ternit la couleur de la peau en quelques jours, et aujourd'hui, la carcasse de "Marie Elekta" ressemble plus à celle du maréchal Mobutu (il mesurait 1,58 m aussi), voire à ma paire de rangeots lorsque je troufionnais au 4ème régiment de Hussards du 6ème Groupement des moyens régionaux de Metz.

Ensuite, les frangines sans pompes se mirent en tête d'asseoir Marie sur une chaise (afin de l'exhiber à la populace?). Mais la carcasse était rigide comme la mort, et n'faisait rien d'aut' que de ne pas vouloir s'asseoir sur cette foutue chaise. Elles allèrent alors quérir la ratichonnesse-sup, laquelle ordonna à la rigide d'être aussi obéissante et docile que de son vivant. Soudainement, icelle plia les genoux et posa ses brioches sur le siège. Bon, mais jusque-là c'était trop facile. Vous vous souvenez que pour emballer "Elekta" dans les 4 planches, ils durent lui briser la nuque? Ben pareil, la tête n'faisait rien d'aut' que de ne pas vouloir tiendre droite, et ça f'sait couillon pour l'exhiber ainsi. Alors de nouveau, la ratichonnesse-sup ordonna à la rigide d'être aussi obéissante et docile que de son vivant et paf, elle remit sa tête droite comme au garde à vous.

Une fois l'attraction proprement composée, elle fut exposée dans une chapelle latérale de l'église St Joseph. Lorsque les réformes de Joseph II mirent un terme à l'activité des frangines, elles quittèrent le couvent avec la momie sous le coude. Et lorsqu'elles revinrent à Prague sous Léopold II, la viande sèche trouva son coin en l'église St Benoît, à droite comme il se doit.

Lorsque l'église prit la fonction d'hôtel pour camarades fumiers con-munistes, la momie resta à sa place, afin d'amuser la galerie. Enfin honnêtement j'en sais rien. D'aucun raconte que la "chambre" fut murée, afin que la momie ne puisse observer la surabondante débauche du luxueux lupanar que l'hôtel était devenu. Sans parler de l'effet dévastateur que la vue sur la vieille provoquait à la libido plutôt tiède des clients âgés. Ce qui est par contre avéré, c'est qu'en 1992, lorsque les cul-bénites revinrent en leur couvent, la momie les y attendait de pied ferme, pour le moins rigide.

D'un point de vue scientifique, la momie fut plusieurs fois "étudiée". Tout d'abord en 1677, par le professeur "Mikuláš Franchimont z Frankenfeldu" (i.e. "Franckensfeldu"), toubib personnel des empereurs Ferdinand III et Léopold Ier, avec pour conclusion que "l'inaltération du corps est univoquement miraculeuse, surpassant toutes les connaissances naturelles". Genre ok, c'était il y a plus de 3 siècles de ça. Mais attends, une autre étude de 2003 vient confirmer ce fait, et une publication récente (de 2013, cf. "Emanuel Vlček, Marie Elekta od Ježíše") réaffirme que "la commission considère la conservation de la momie par voies naturelles comme remarquable et particulièrement exceptionnelle. La commission constate encore que l'inaltération du corps perdure." Attends, moi j'dis que c'est une conclusion d'un niveau "prix Nobel". Est-ce pour ça que la momie semble se marrer?

Epile Ogue
Alors sinon, j'ai visité église St Benoît dans le cadre d'une de ces journées portes-ouvertes que je ne me souviens plus de laquelle. Ce, dont par contre je me souviens, c'est que dès que j'entrai dans l'édifice, les yeux du barbaudier se posèrent sur moi comme la misère sur le paysan, et ne me quittèrent plus. Or bien qu'il fut possible de photographier l'intérieur de l'église, la viande séchée d'"Elekta" non, c'était strictement interdit, des fois qu'un plaisantin aille lui créer un profil Fesse-Book avec sa tronche d'enterrée. J'eus bien essayé, mais l'effroyable imbécile me collait aux talons, et lorsque j'eus seulement soulevé l'appareil devant le sourire macabre de la pauv' vieille, paf, l'emmerdeur était là afin de me rappeler qu'il était interdit de la photographier. Aussi je vous renvoie vers le blog d'Hana qui, elle, a réussi à tromper la vigilance de l'aut' imbécile et dont le blog est fourni d'une photo de la momie. Du reste, dégouté par l'acharnement du con, je réduisis ma séance photo au strict minimum, du coup des photos dans cette publie, y en a pas velu.

Et pour visiter, profitez de la messe. Curieusement, et bien qu'il s'agisse d'une église régulière (appartenant à la règle, à un ordre monacal, contrairement à une église séculière, destinée à la plèbe), ben la plèbe (justement) peut assister à la messe (si elle se lève tôt, la plèbe). Donc pour voir la momie, c'est par ici: 50.0890631N, 14.3958147E.

dimanche 26 avril 2015

Visiter: Le crucifix de Přemysl de Jihlava

Y a une bonne paire de semaines, je vous avais fait une publie sur la galerie de peinture du monastère de "Strahov". Bon, évidemment, vous ne pouvez pas vous en souvenir. Mais rendez-vous compte que moi non plus... enfin si, je me souviens de la galerie, mais plus de ce que j'y eus trouvé l'aut' jour, parce que sinon je vous en aurais parlé bien avant, ben tiens. En mars de cette année 2015, ma tendresse d'amour et moi-même nous sommes rendus en la susdite galerie afin de contempler les icones russo-grecques de l'exposition "Le canon et le dialogue", et dans cette même salle, je découvris à ma grande surprise un fabuleux crucifix de taille imposante, que je n'avais pas remarqué lors de mes visites précédentes, andouille que je suis. Dingue, attends, une telle splendeur, et je n'en n'aurais pas n'eu connaissance? N'on, sans dec?

Pendant de nombreuses minutes, je suis resté là, à le regarder, sous tous les angles, sous toutes les coutures. La lumière tamisée lui donnait un aspect méga-mystique, genre une lueur sublime de clair-obscur qui enrobait ce chef-d'oeuvre sculpté par un génie (malheureusement sans nom). J'entendais presque Ste Thérèse lorsqu'elle s'amusait avec un concombre fraichement cueilli: "j'étais en oraison, et je vis Dieu... et que je ne saurais dire autre chose sinon que je vis une plénitude et une clarté de laquelle je sentais en moi une si abondante effusion, que je ne la saurais expliquer... une si grande beauté, de laquelle je ne puis dire autre chose sinon que j'ai vu la souveraine beauté qui contient tout le bien..." Sauf que moi, j'avais pas de concombre à ce moment. Mais j'avais mon clic-zap, et je peux vous dire que je me suis fait plaisir avec (comme Thérèse et son concombre, mais en plus chaste).

Les zorigines
Selon la légende, cette sculpture aurait été offerte par l'un des 2 "Přemysl Otakar" (selon les sources, soit le premier, soit le second) aux dominicains du monastère de "Jihlava" (mieux y a pas, "Jihlava" en Tchèque se dit "Iglavia" en Latin, et "Iglau" en Germain, "conventus Iglaviensis, i.e. monasterium Iglaviae"). Hors icelui monastère ayant été construit à partir de 1247, l'on peut déjà exclure de la légende le premier Otakar décédé de vieillesse en 1230. Mais l'on peut également exclure le second Otakar, parce que selon les experts d'aujourd'hui, nôtre chef-d'oeuvre daterait du début du XIVe siècle (vers 1330 très précisément), hors le second Otakar étant décédé de la guerre en 1278 à la Bataille de Marchfeld... Enfin bon, vous voyez donc que les légendes... sont des légendes.

Une chose par contre est assurément vraie. La sculpture n'est pas tchèque, pas complètement, mais plus ou moins allemande, et elle appartenait réellement aux dominicains (au début). Elle proviendrait presque de la région rhénane, peut-être même de la ville de Cologne ("Köln am Rhein"). Alors pourquoi pas tchèque? Attends, tiens, remettons tout ça dans le contexte qui va bien.

L'artefact remonte à une période de profond mysticisme, où les dominicains justement (mais pas qu'eux) débordaient d'idées démentes, idées qu'on nomma alors "Deutsche Mystik" (je vous laisse lire Wikipédia) et pour lesquelles (idées) l'on diagnostique encore aujourd'hui l'internement (sauf lorsque l'aliéné plaide la liberté religieuse, là il a le droit d'être dément lorsqu'il croît). Dans l'art, ce bouillonnement d'idées conduisit en l'éclosion des "andachtsbilder", images dévotionnelles, terme générique qui englobait non seulement les images, mais les sculptures, les livres comme les bigoudis. De tout nouveaux thèmes religieux virent le jours, comme la Pietà, le Christ en détresse (également appelé, "merde, j'ai perdu mes clefs"), les Instruments de la Passion (ou "soldes chez Mr Bricolage"), Notre-Dame des Douleurs (ou "menstruis dolorosis, hebdomadam horribilis"), le Christ de Douleur (j'y reviendrai dessus, c'est nôtre sujet), et bien d'autres. Et une des caractéristiques principales de cet art, était l'exagération des souffrances afin que le naïf... le croyant s'identifie au sujet traité (cf. Pierre 4:1 "ainsi donc, Christ ayant souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de la même pensée"): débordement de sang, corps tordus par le supplice, plaies ultra-explicites, enfin du gore gothique d'avant-garde, genre les woking-dèdes que les artères sectionnées de la téloche déversent en ce moment à flots ininterrompus. Tiens, pour ceux qui n'auraient pas la télé et qui n'auraient pas fréquenté le petit séminaire, lisez quelques lignes (recherchez "De ses grandes mortifications" dans ce texte) sur les mortifications top-gores de l'aut' imbécile aliéné Henri Suso, adepte masochiste du dolorisme exacerbé. Sans dec, ça dépasse l'entendement.

Bon, mais en Bohême, du comme ça de la nouvelle spiritualité ("Deutsche Mystik", "andachtsbilder" et autres goreries fanatiques) ben on en n'avait pas (en dehors des quelques passages de la "Chronicon aulae regiae" de "Petr Žitavský", mais versus ce qui se passait en Germany, c'était du roman Harlequin pour mémé). Et pour cause (qu'on en n'avait pas), c'est que les dominicains à l'origine de ces délires en Germanie n'en menaient pas large en Bohême en cette époque. D'abord parce que le clergé séculier n'en voulait grave au régulier de lui marauder iniquement ses ouailles (cf. le mémorable mettage sur la gueules des moines le 24 juillet 1334 pour savoir de qui c'est qui, qui a le droit de confesser, et d'en forcément récupérer le pognon). Ensuite les dominicains n'en menaient pas large, parce l'inquisition introduite en début de XIVe siècle en Bohême leur fut confiée (aux dominicains surtout, mais aux franciscains aussi un peu), et qu'inutile de vous préciser que peu de monde portait un semblant de sympathie envers ces fascistes déviants (cf. l'assassinat de l'inquisiteur de "Wrocław", alors ville de la couronne de Bohême, "Jan Schwenkenfeld" à Prague en 1341).

Du coup, z'imaginez bien qu'introduire "l'art nouveau" ("andachtsbilder") eut été plutôt difficile, venant des dominicains, car plutôt mal accepté par la population comme par les nantis,. Pire, il n'y avait aucun artisan sur place capable de reproduire gorement ce que les dominicains germains avaient inventé. D'un aut' côté, rien n'empêchait les ensoutanés d'afficher ce qu'ils voulaient dans leur couvent, vu qu'ils étaient chez eux (si vous saviez ce qu'il se trouve chez moi). Et c'est ainsi qu'on explique pourquoi la "Deutsche Mystik" ne prit pas vraiment en terre de Bohême, bien qu'elle fut introduite précautionneusement dans les cloîtres dominicains.

Représentage et St Bolique
Cette sculpture s'inscrit dans ce que l'on nomme communément le Christ douloureux ou Christ de douleur ("Crucifixus dolorosus" en Latin, ou "Schmerzensmann" en Germain), et dont la représentation varie relativement pas mal. En effet, la période de représentation (de la scène) se situe entre la mort du Christ et sa résurrection, soit 3 jours globalement parce que Jésus fut crucifié le vendredi saint (c'est pour ça qu'on fête et que c'est férié en Alsace par exemple), qu'ensuite il est mort qu'on ne sait pas trop quand, parce qu'encore en croix (religieusement on dit Jésus "en croix", et par "sur la croix", enfin je crois), il racontait pas mal de conneries (cf. "Sitio, Consummatum est!", que je dis souvent aussi quand mon verre est vide), qu'il fut mis en bière on ne sait pas quand non plus (sinon une fois mort, mais avec Jésus rien n'est jamais sûr, même pas sa mort), mais qu'il y passa un minimum de 3 jours (cf. "Matthaeus 27:6: dicentes domine recordati sumus quia seductor ille dixit adhuc vivens post tres dies resurgam"), et qu'il ressuscita le dimanche de Pâques (cf. "Matthaeus 28:1: vespere autem sabbati quae lucescit in primam sabbati..."), ce qui n'est pas 3 jours après le vendredi saint, et qu'on célèbre encore le lundi parce qu'avec une telle gueule de bois, tu comprends qu'aller au boulot... Enfin bref, avec toutes ces incohérences dans les faits, il n'est point surprenant que la représentation du Christ douloureux soit à l'image d'iceux (faits), pour ainsi dire confuse.

Mais en ce qui nous concerne, la représentation est que Jésus se trouve cloué sur une croix en Y (je reviendrai dessus plus loin), et sa tête tombe en coing sur sa poitrine comme une poire pourrie. Vous saisissez cet effet mystique de totale soumission à la souffrance? Cette tête tombante les larmes dans les yeux et la bouche tordu de douleur les fourmis dedans (enfin avant la restauration, les fourmis)? Les doigts de pied et les orteils de main crispés spasmodiquement par les crampes du supplice? Jésus est résigné à son sort, et il éprouve monstrueusement dans la plus sordide docilité pour le salut de l'humanité. Lisez "Salvifici Doloris" pour mieux comprendre. C'est écrit par un ancien pape, mais je peux vous assurez qu'un type "normal" qui aurait écrit ça sans être sous l'emprise de psychotropes aurait logiquement fini dans un débile-home sous haute surveillance, éventuellement dans la cabine d'un Airbus 320 de la Germanwings.

Dans certains écrits des mystiques (comprendre "déviants") d'alors, la souffrance de Jésus était tellement poussée à l'extrême, que l'église même leur tournait le dos. Exemple: le mitré de Londres fit interdire ces crucifix délirants (douloureux) au motif que les ouailles n'en dormaient plus, ne se rendaient plus aux offices, du coup gros manque à gagner, merdage cuisant des objectifs de profit annuel, et intense soufflage dans les bronches depuis le QG à Rome. Tiens, vous vous souvenez des extases de Ste Thérèse? Non, alors celles de Ste Brigitte (de Suède)? Non plus? Pas grave, attends, à nouveau du roman Harlequin pour mémé octogénaire, versus la "Venerabilis Agnetis Blannbekin" (1244-1315). Ses écrits compilés par son confesseur (à Dreux, le confesseur est toujours à Dreux) ne furent publiés qu'au XVIIIe siècle, puis confisqués par les jésuites et republiés au XXe siècle seulement. Ses visions souvent obscènes l'amenaient à voir des scènes lubriques (cf. l'affaire du St prépuce en sa bouche lors de la communion, ou de la visitation de Jésus lui ayant procuré une "réaction orgasmique") mais également gores, très gores, comme l'enfoncement de la couronne des pines (on reste dans l'obscène) si fort sur la tête du fils de dieu qu'icelles épines pénétrèrent son cerveau. Notez sur nôtre sculpture la taille des zépines. Lors de la restauration de ce monument, la radiographie confirma qu'elles pénètrent effectivement et profondément dans la tête. Coïncidence? Mieux, icelle tête est creuse et servait fort probablement de reliquaire (les radiographies du "crucifixus dolorosus" du capitole de Cologne montrèrent que ce Christ-là était farci de plus de 50 reliques dans son corps évidé). Malheureusement, son contenu n'est plus, et l'on ne peut que spéculer sur la présence d'objets jésutesques dans cette cache.

Maintenant revenons sur cette croix zarbie en Y, car c'est pas tous les jours qu'on en voit des pareilles derrière le Crucifié. Lors de la restauration de l'oeuvre, l'on découvrit sur le bois une polychromie verte. D'aucuns en conclurent qu'il s'agissait de l'un des arbres du paradis (pardi!). D'autres attribuèrent la couleur à une vision mystique faisant suite à une trop forte consommation de bière à la St Patrick. Mais pas grand monde ne se posa la question du Y. Bon, alors je vais vous la dire, moi, la signification.

Cette croix, largement utilisée sur les "crucifixus dolorosus" est encore appelée Furka (i.e. Furca), croix des voleurs/criminels (qu'on disait que les Romains les y crucifiaient dessus, "Schächerkreuz" en Germain, cf. les 2 larrons aux côtés du crucifié), croix de la peste ("Pestkreuz", mais on ne sait pas trop pourquoi), croix mystique (à partir du XIIIe siècle en Germanie, "Mystikerkruzifix"), et en religion qu'à tholique, l'on attribue les 3 branches (enfin les 2 branches et le pied) à la Ste Trinité (facile je dois dire) comme aux 3 O (dieu est Oh-mnipotent, Oh-mniprésent et Oh-mniscient. C'est fort moi j'dis). On parle encore de l'Epsilon de Pythagore, ou du Bivium de la vie où l'homme, sur le chemin (de la vie) doit choisir entre le vice et la vertu (cf. "novimus Pythagoram Samium vitam humanam divisisse in modum Y litterae, scilicet quod prima aetas incerta sit, quippe quae adhuc se nec vitiis nec virtutibus dedit; bivium autem Y litterae a iuventute incipere, quo tempore homines aut vitia, id est partem sinistram, aut virtutes, id est dexteram partem sequuntur"). Bon, et tout ça, c'est donc l'arbre de la connaissance, ou encore l'arbre du bien et du mal, enfin l'arbre du paradis que c'est la pomme d'icelui qui foutut la merde dans le monde au tout début (du monde). Attention, il y avait 2 arbres au pas-radis (puisque pomme), confondez pas: l'arbre de la connaissance (i.e. du bien et du mal) et l'arbre de vie. Encore que le doute existe toujours aujourd'hui, à savoir si ces 2 arbres n'étaient pas en fait le même. Bon, mais tant que TF1 n'ira pas envoyer des hélicoptères chargés de sportifs afin de nous rapporter la vérité au journal de 20h, on ne saura jamais. Bref, lorsque, sur les bons conseils du perfide serpent, la pauv' Eve croqua dans le fruit des fendus, qu'elle bouffa presqu'en entier, et qu'elle fit goûter le trognon à Adam, dieu chassa les 2 pécheurs du paradis avant qu'ils ne puissent attaquer les fruits de l'arbre de vie. Du coup, personne ne sait quel fruit et quel goût pousse sur l'arbre de vie. Bon, mais c'est pas grave, parce c'est déjà assez le bordel sur terre comme ça. Mais ce qui est important par contre, c'est que cette croix en Y serait donc l'arbre de la connaissance puisqu'icelui apporta le péché sur terre, et que justement, monsieur Jésus fut envoyé sur terre par bondieu pour racheter (à bas prix) nos péchés originaux comme récents (j'me demande bien ce qu'il va faire avec?).

Bon, et imaginez maintenant cette croix de "douleur" et son "p'tit" Jésus en l'église des ensoutanés dominicains, à "Jihlava". Imaginez l'effet d'enfer qu'elle devait avoir sur le bigot moyen d'à l'époque (genre Francis Bacon aujourd'hui, crucifixion, 1965). Imaginez ce monumental monument (tout le fourbi c'est plus de 3 m de haut, le Corpus Christi c'est 2,5 m, et rien que la tête c'est 30 cm) derrière l'autel, qui regarde chacune des ouailles présentes à la messe. J'te dis pas comme les bondieusards se précipitaient pour donner à la quête, même les manchots tétraplégiques, afin que monsieur Christ n'aille pas sur eux jeter l'oeil mauvais, voire le regard assassin.

Dernières hypothèses
Bien qu'assurément d'inspiration rhénane, lors de la restauration cependant, les analyses des restants de polychromies mirent en évidence de moult similitudes avec les peintures sur panneaux (principalement retables) nées en Bohême. Du coup, l'hypothèse la plus probable serait que l'oeuvre aurait été sculptée sur place par un sculpteur rhénan, à "Jihlava" en Bohême, puis peinte sur place également. La ressemblance avec l'oeuvre similaire en l'église "Maria Himmelfahrt" (i.e. "Liebfrauenkirche") d'"Andernach", pousse les experts à penser qu'il pourrait s'agir du même sculpteur, sinon de la même corporation, qui serait à l'origine des 2 artefacts (cf. l'unique image que j'ai trouvée sur le net, et dont la qualité... enfin bref... j'ai pas mieux à vous offrir). Du reste, l'itinérance des artisans fut moult fois démontrée, comme dans le cas du crucifix de Ste Marie du capitole de Cologne où l'influence italienne de l'artiste et le bois de noyer local utilisé ne peuvent que renforcer cette hypothèse.

Période moderne
Nôtre crucifix se trouvaient donc originellement dans l'église de la Ste croix du monastère dominicain de "Jihlava". En 1781, les moines furent déménagés dans le collège jésuite, et la croix prit place en l'église St Ignace (de l'aïoli). Et elle s'y trouva jusqu'en 1994, lorsque les prémontrés de "Strahov", alors propriétaires du complexe jésuite de "Jihlava", se rendirent compte que les vers et la moisissure attaquaient gravement l'oeuvre. Ils la transportèrent alors sur Prague à fin de restauration minutieuse. Entre-temps, des mesures d'hydrométrie et de température furent menées en l'église originelle, mais n'ayant pas convaincu, la croix d'origine resta définitivement à Prague tandis qu'une copie prit place en St Ignace. La splendeur restaurée est à nouveau exposée depuis 1998.

Caractéristiques
Dans cette série des crucifix rhénans, il est des caractéristiques morphologiques qui distinguent ces cloués des autres. Tout d'abord le cou girafesque, flanqué sur la droite (d'à nous, donc à gauche pour p'tit Jésus) d'un muscle saillant, se termine sur des clavicules bombées. Icelles, circulairement agencées forment comme un col. Les bras efflanqués s'élargissent au niveau des coudes et les muscles de rattachement de l'avant-bras sont visiblement accentués. La poitrine verticalement séparée en son milieu est plate, décharnée et se poursuit en cage thoracique patente, formant la lettre M avec l'abdomen musclé.

Et puisqu'on parle de M, remarquez le nombril en W. Dans certaines études, et il en est velu (des études, pas des nombrils), ces toutes petites ressemblances semblent parfois amener à des hypothèses des plus farfelues (mais pourquoi pas plausibles). Ainsi ce nombril en W se retrouve sur la statue du Christ douloureux de "Moravský Krumlov" (cf. mes photos), et bien que ce dernier soit à des lustres d'éloignement de la qualité de celui de "Jihlava", d'aucuns émirent l'hypothèse (après moult considérations) que plusieurs sculpteurs auraient pu travailler sur l'oeuvre, certains d'origine locale (cf. le nombril similaire), d'autres d'origines nettement plus lointaines (rhénane). Hum... c'est osé moi j'dis, mais pourquoi pas après tout?

La Ste tunique (le cache biroute) est richement sculptée donnant un aspect des plus dynamiques à l'étoffe. Chaque drapé principal est complété en vagues de drapés secondaires, que les bodywears de David Beckham ou Dolce Banana en sont top ringards d'obsolescence (les boules que c'est pour ces 2 blaireaux du slip ridicule qu'on voit sous les falzars tombants des pubertaires boutonneux).

Et pour finir, et ça pète aux yeux, notez la barbe semi-courte en forme de boucles à l'anglaise géométriquement arrangée façon akkadienne, araméenne, sumérienne, chaldéenne, assyrienne, babylonienne, enfin genre civilisation mésopotamienne. Pour ces civilisations, ces boucles étaient une marque de noblesse. Hors les Hébreux étant originaires de la Mésopotamie, le sculpteur n'aurait-il pas voulu faire un clin d'oeil au roi des Juifs? L'oeuvre est en bois de peu pliée (le peuplier), couverte de polychromie du début du XIVe siècle selon mes sources, la couche baroque ayant été retirée lors de la restauration de 1994.

Les z'aut'
Et comme je disais auparavant, nôtre "Crucifixus dolorosus" n'est pas unique, bien qu'inestimable en qualité, et assurément parmi le top 10 mondial au point qu'il est classé depuis 2010 sur la liste du patrimoine culturel national. Et quand je dis top 10, il n'en est pas beaucoup plus d'une centaine de ces crucifix au monde. Son premier équivalent déjà mentionné se trouve en la "St. Maria im Kapitol" de Cologne, sans doute pas le premier, mais fort certainement celui, par qui la célébrité arriva. Ensuite et toujours à Cologne, un splendide exemple en la "katholische Pfarrkirche St. Severin", pendu au plafond au-dessus de l'autel. Puis le crucifix susmentionné de la "Liebfrauenkirche" d'"Andernach", sans doute le plus ressemblant au nôtre. Le "Bocholter Kreuz" de la "St. Georg-Kirche in Bocholt", l'"Halterner Leidenskruzifix" de la "St. Sixtuskirche" de "Haltern am See", le "Borkener Gabelkruzifix" de la "propsteikirche St. Remigius in Borken", le "Coesfelder Kreuz" de la "Pfarrkirche St. Lamberti in Coesfeld", le "Gabelkreuz" de la "katholische pfarrgemeinde St. Simon und Judas Thaddäus in Thorr"... enfin bon, je ne vais pas tous les citer, mais comme dit, il y en a une dizaine en Allemagne qui méritent attention, et quelques-zuns en Autriche (dôme St Etienne de Vienne), PLogne (l'un provenant de l'église du corps du Christ, l'autre de l'ancienne église Ste Barbara, tous deux de "Wrocław", visibles aujourd'hui au musée national de Varsovie), en Suisse, et même en Espagne.

Sinon en République tchèque, quelques-zautres-zuns méritent qu'on les mentionne. Le crucifix de "Moravského Krumlova" en la galerie morave de "Brno" qui présente quelques similitudes cependant éloignées avec nôtre crucifix de "Strahov" (cf. mes photos). Et le crucifix de "Strakonice" en la galerie nationale de Prague, qui est cependant de moindre qualité, mais extrêmement intéressant par son aspect "rustique", genre "fait main" par un "amateur" (cf. mes photos zaussi).

Bon, et je ne puis m'empêcher de faire une nana-logie avec le retable d'Issenheim de Matthias Grünewald en le musée Unterlinden de Colmar (Alsace). Bien que ce dernier chef-d'oeuvre soit de 200 ans plus récent que l'encloué de "Jihlava", bien qu'il soit peint et non sculpté, bien qu'il n'entre pas dans la catégorie des Christ douloureux, cette oeuvre est tout autant mystique, hallucino-délirante, et phénoménale. Pareil, je suis resté devant ce retable je ne sais combien de temps, me demandant quel effet pouvait bien provoquer une vision pareille sur la plèbe analpha-bête de l'époque? Et surtout comment le génie fécond et l'audace créatrice de l'auteur eurent-ils pu le pousser à autant sortir du "standard", du "confortable", du "facilement digérable" de l'époque pour créer une oeuvre si unique, si originale et si totalement anticonformiste? Le pognon? La foi? Enfin Matthias Grünewald, c'est trop d'la balle, et ça me fait vachement kiffer.

Le crucifix de "Přemysl de Jihlava" ("Přemyslovský krucifix z Jihlavy") se trouve là: 50.0864389, 14.3898583.

samedi 28 mars 2015

Ville: L'ancienne église St Laurent sous Petřín

Je vous avais déjà parlé d'une église St Laurent y a une bonne paire de semaines, exactement là. Ben une église St Laurent, on en a une seconde à Prague (même plus de deux, mais je ne veux pas compliquer dès le début de ma publie), et même pas trop loin de la première: à seulement 500 m à vol de piaf en ligne droite. La première s'appelle St Laurent sur "Petřín", la seconde St Laurent sous "Petřín". Inutile de vous dire que nombreux sont ceux qui confondent tout, et encore plus nombreux sont ceux, qui ne confondent rien parce qu'ils ignorent carrément l'existence de la seconde église, quand ils n'ignorent pas l'existence de la première aussi, soit des deux en tout. Pas leur faute non plus en fait, parce que St Laurent sous "Petřín" n'est plus en activité, enfin plus en activité religieuse, parce que désacralisée y a 230 ans, mais qu'elle sert aujourd'hui de salle de concert et autres activités cultureuses.

Moi-même, et je vous l'avoue humblement, ai vraiment découvert l'édifice lors d'un concert de piano que mon amie Mio donnait dans le cadre de ses fins d'études. Et sans ce concert, j'aurais fort probablement découvert St Laurent plus tardivement. Néanmoins, il s'agit d'un petit bijou d'architecture, dissimulant sans en avoir l'air quelques fresques moyenâgeuses absolument splendides, et historiquement parlant, c'est d'une valeur époustouflante parce que mine de rien, notre église est l'une des plus anciennes de Prague encore debout. Et paf, ça cloue le bec ça, non?

Avant-propos
St Laurent, je ne vous en parle plus, vous pouvez lire sa bio dans ma précédente publie, exactement là, et sinon vous trouverez tout le reste dans Wikipédia.

Concernant les sources d'information, je ne vous en parle pas trop non plus, parce que c'est pas velu sous le coude, parce que l'église date d'y a longtemps, parce qu'entre temps les Suédois ont pillé, les Français ont incendié et les Tchèques ont égaré. Pour cette publie, ma principale source fut un petit livret intitulé "Kostel sv. Vavřince na Malé Straně : architektura a nástěnné malby / Veronika Horová a Jaroslav Sojka" que j'ai acquis pour une somme ridicule au regard du phénoménal travail qu'icelui livret contient. Mentionnons aussi 2 travaux de licence réalisées par "Monika Bělohlávková" concernant l'église St Laurent, et la peinture murale du XIIIe et XIVe siècle en région praguoise. Et ces principales sources furent ensuite enrichies des classiques monuments historiques souvent mentionnés dans mes publies précédentes ("Fontes Rerum Regni Bohemiae"). Bon, mais passons au plat de résistance.

Préhistoire
La première trace indirecte de l'église St Laurent, selon mes sources, remonte à 1142, lorsque l'abbesse Berthe mentionne indirectement l'édifice à propos de l'incendie du couvent St Georges (d'au Château, "Annales Bohemorum Vincentii Pragensis: Et sic hoc malum antiquo hoste operante predictum monasterium cum maximo thesauro et plurimis ecclesiis combustum est. Monasterium autem sancti Georgii non solum combustum, sed et funditus euersvm fuit." "Canonici Wissegradensis Continuatio Cosmae: Et subito invento exitu de civitate fugientes, in locum unum sub Petrzin monte secesserunt, ac in ecclesia sancti Johannis Baptistae, quoad restaurationem proprii loci viderent, quasi exules, tristes et flebiles manserunt." ). Tiens, parenthèse, z'avez été voir l'exposition sur les bénédictins au manège à bourrins de Wallenstein, près de la station de métro "Malostranská", fabuleuse exposition jusqu'au 15 mars 2015 dont je vous ai souvent parlé dans mes niouzlêtters? Ben si vous y avez été, z'avez pas pu louper le prodigieux tri-bas-relief du couvent St Georges (cf. mes photos): zieutez le bas-relief central, madame vierge Marie et tout le bataclan catholique habituel, mais surtout sur les flancs, en bas, les 2 religieuses agenouillées. Ben celle de droite, c'est l'abbesse Berthe, considérée comme la seconde fondatrice du couvent St Georges après l'incendie. Elle n'a plus sa tête, donc vous ne pouvez pas la reconnaître, mais vous pouvez lire à gauche sur le cadre du bas-relief "BERTHA ABBA SCDA FVND...X" (Abbesse Berthe, seconde fondatrice...).

Sinon je n'ai pas retrouvé le texte en question, où Berthe mentionne l'église St Laurent, mais ça ne peut pas mentir un homme d'église, même lorsque c'est une femme, donc on va croire que la première mention indirecte remonte à 1142. Du reste l'architecte... enfin le tailleur de pierre, le constructeur, comment dire, l'artisan Werner ("Wernherus") remit le couvent St Georges en état ("Canonici Wissegradensis Continuatio Cosmae: Hac auditione per spiritum sanctum commonitae claustrum visitant, ecclesiam lustrant, altaria inspectant, et maxime reliquias sanctae Ludmilae patronae suae cum lacrimis quaeritant, accersito Wernhero lapicida et caementario, ut inter saxa et titiones requirat, sollicitant.." ), et d'aucun lui attribue également la construction de notre église St Laurent (attention, hypothèse).

En 1399 par contre, l'on trouve mention de notre édifice dans le "livre des érections dans l'archidiocèse de Prague" ("Libri erectionum archidioecesis Pragensis"). En cette période le viagra n'existait pas, alors chaque érection était vécue comme un évènement remarquable, et se voyait soigneusement consignée dans le fameux registre. Ainsi en page 505 du livre V, l'on peut lire "Pro erectione capellaniae in ecclesia parochiali S. Laurentii in Ujezd Pragensi sub monte Petrino census quinque sexagenarum assignatur" (pour une meilleur érection du chapelain de l'église St Laurent à "Újezd" sous la colline de "Petřín"...). Ensuite plus rien pendant longtemps, sans doute que les archives auraient disparu sans que l'on ne sache vraiment pourquoi (incendie, guerre, vol...). En 1529, encore une mention douteusement indirecte, alors je ne vous en parle même pas. Fin XVIe siècle et jusqu'en 1611 est tenu un livre de compte spécifique pour notre église, mais sans vraiment grand intérêt historique. Et en 1789, l'édifice déjà désacralisé, est alors évalué (financièrement) puis vendu (sans intérêt itou). Je passe ces archives, comme je passe les mentions laconiques dans les divers ouvrages sur Prague qui naquirent dans le courant du XIXe siècle lors de la renaissance nationale (cf. "W.W.Tomek").

Le premier ouvrage qui s'intéresse à l'église en détail date de 1935, "Otto Rutrle, Kostel sv. Vavřince pod Petřínem na Menším městě pražském v minulosti a v budoucnosti". Mais écrit alors que l'église servait d'habitation (cf. plus loin), il ignore tout des fresques ultérieurement découvertes.

Aujourd'hui
Ben aujourd'hui, de la rue vous ne voyez presque rien. L'église St Laurent se trouve à l'adresse "Hellichova 18", tandis que juste devant, à l'adresse "Hellichova 16" se trouve l'ancien presbytère (maison du curé), édifice localement appelé "au soleil rouge". Les 2 bâtiments sont entourés d'un mur, ce qui rend encore plus difficile la vue de quoi que ce soit, et ce n'est vraiment qu'en sachant qu'il se trouve là une ancienne église qu'on peut vraiment l'apercevoir. Mais icelle recèle des trésors, et son étude est des plus stupéfiantes car la fonction de l'édifice a plusieurs fois changé au cours des siècles, laissant cependant des traces par couches successives depuis le roman jusqu'au baroque.

Au début
L'église St Laurent aurait donc été construite vers le milieu du XIIe siècles (communément admis 1145 – 1151) en la commune de "Nebovidy" (i.e. "Nepovidy") le long de l'actuel rue des Carmes ("Karmelitská"), et qui, avec les communes de "Újezd", "Obora", "Trávník" et "Rybáře", formait les plus anciennes agglomérations de "Malá Strana". Parenthèse. A chaque fois que je passe dans la rue des Carmes, je ne peux m'empêcher de penser (et informer mes visiteurs lorsque je leur sers de guide) que cette rue au demeurant quasi insignifiante était depuis le début de la préhistoire l'une des routes fondamentales du commerce européen. Reliant la mer Caspienne jusqu'à l'océan Atlantique sur quelques 4500 km, elle relie encore aujourd'hui Makhatchkala (au Daguestan) à Brest (France), en passant par Rostov-sur-le-Don, Donetsk, Oujgorod, Prague, Plzeň, Amberg, Nuremberg, Sarrebruck, Verdun, Reims, Paris. Connue sous l'appellation E50 par le gros Michelin, ou "Via Carolina" sur le tronçon entre Prague et Nuremberg (en mémoire du bon roi Charles IV), elle passait, jusqu'à l'invention de l'autoroute et du contournent, par la rue des Carmes, à 80 m de notre église et à 160 m de mon palace d'à moi. Enorme non? Mais revenons au sujet.

En milieu du XIIe siècle eut alors lieu un évènement des plus importants pour la ville de Prague: le roi "Vladislav II" y déménagea toute sa clique, faisant alors du hameau la capitale de son royaume. Et avec le roi, déménagea son conseiller, l'évêque "Jindřich Zdík", qui fut l'initiateur (et si non lui, alors ses semblables) de la construction de nombreux édifices religieux (églises, domaines, abbayes, couvents...) en "Malá Strana": notre église St Laurent et le couvent Ste Marie Madeleine (aujourd'hui l'hôtel Mandarin, en partie) à "Nebovidy", St Jean "na Prádle" (toujours debout, près de chez moi), St Jean l'Evangéliste "na Újezdě" (détruit après 1420, emplacement incertain), St Prokop, près des chevaliers de St Jean (n'existe plus, auparavant dans la rue St Prokop), St Jean Baptiste "V Oboře" (désacralisé en 1784 et transformé en maison d'habitation)... Ainsi avec la proximité de la nouvelle cour royale, les terrains le long de la route commerciale prirent rapidement de la valeur et furent encore plus rapidement peuplés et traits par la curaillerie. En cette période, notre église St Laurent appartenait aux bénédictines du couvent St Georges d'au Château et les similitudes dans la construction de St Laurent et la reconstruction de St Georges ne permettent aucun doute: c'est la même corporation d'artisans qui oeuvra sur les 2 projets, ce qui explique la mention de St Laurent dans les écrits de l'abbesse Berthe du couvent St Georges.

L'édifice se présentait alors comme un rectangle de style roman à nef unique fermé par un choeur légèrement moins haut et moins large qu'icelle nef. Selon les fouilles, les mesures en étaient 1184-1198 cm par 688-708 cm pour la nef et 408-412 cm par 523 cm pour le choeur. L'épaisseur des murs variait d'entre 80-90 et 118-125 cm (pour ceux qui se demanderaient pourquoi il y a 2 mesures, ben c'est parce qu'en cette époque les règles n'étaient pas toujours droites, et que donc parfois, c'était plus ou moins large ou plus ou moins long). Selon les derniers éléments archéologiques, un petit clocher se trouvait au sommet de l'édifice inhabituellement au sud, et le toit en poutres en bois fut transformé en voûte en berceau en pierre vers la fin du XIIIe siècle. Le tout était entouré d'un cimetière, d'habitations en bois, de terres agricoles et de vignes qui perdurèrent (les vignes) jusqu'au XVIIe siècle.

Au milieu
Lorsque la commune de "Nebovidy", alors indépendante, fut rattachée à "Malá Strana", l'église St Laurent subit (vers 1378) un agrandissement gothique par l'arrivée de nouvelles finances par le rattachement du trou au bled. Un nouveau vaisseau gothique à voûtes à nervures fut accolé au sud du vaisseau roman à l'aide d'arcades brisées. Quant au nord, on lui accola un vestibule d'entrée et une sacristie. Tout cela fut en partie détruit par les hussites en 1420, mais il n'existe plus aucune source afin de préciser dans quelle mesure (tout fut détruit). Tout fut également reconstruit, puis re-détruit, et ainsi de suite jusqu'à la bataille de la Montagne Blanche. En 1626, notre édifice fut rattaché à la paroisse St Venceslas et devint "affilié". Le livre de comptes relate en cette période de nombreux travaux: toiture, chaire, câble à téloche, ce qui laisse à penser que St Laurent était en mauvais état. En 1666, l'intérieur fut repeint, et l'initiateur laissa son empreinte sur un des murs "M. Danielis Basilita Daudschenberg ́r. N. P.l. g Rectoris Scholae Micropragensis". Entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, fut ajoutée une petite annexe baroque contre le mur ouest, et surtout l'orientation fut inversée. Non pas que le curé célébrait la messe la tête en bas, mais là où il se trouvait avant s'y trouvait dorénavant les zouailles, et là qu'avant se trouvaient les zouailles s'y trouvait dorénavant le curé (la tête à l'endroit). Comment qu'ils z'ont fé? Ben ils ont tout simplement déménagé l'autel et son retable, les bancs, et retourné la porte afin de ne pas commencer par sortir avant même d'être rentré. Bon, mais c'est anecdotique, donc on passe à la suite. En 1775, l'église fut rattachée à la paroisse St Nicolas. Ok, ça aussi c'est anecdotique mais comme vous pouvez constater par vous-même, y a vraiment pas de quoi écrire une bible sur l'évolution architecturale de l'édifice en milieu de son existence.

A la fin
En 1784, et comme de nombreux autres édifices religieux, St Laurent fut désacralisée (l'église) dans le cadre des reformes Joséphiennes. Fermée pour une durée d'entre 5 et 10 ans, l'église fut par la suite vendue aux enchères pour pas cher, les experts lui ayant attribué les qualificatifs de "vétuste", "défaillante" et "obsolète". Pour l'anecdote, lesdits experts n'étaient autres que "Ignác Jan Nepomuk Palliardi" et "Josef Jäger", deux fabuleux architectes baroques dont mes publies sont pleines. Entre 1804 et 1816 (sans réelle date précise), l'édifice fut transformé en habitation (sans savoir par quel architecte), lui donnant une apparence totalement différente non seulement de l'extérieur, mais également de l'intérieur. Inutile de préciser que cette "adaptation" ravagea de façon irréparable certains vestiges architecturaux mais surtout décoratifs (peintures). L'on segmenta l'édifice en étages (2 dans la nef gothique, 3 dans la nef romane et dans le choeur), les étages en chambres afin de créer 5 unités habitables et l'on mura certaines fenêtres alors qu'on en perça d'autres. Au siècle suivant, l'on introduisit l'électricité dans les murs, le tout à l'égout, les tuyaux et les canalisations.

En 1932, l'Eglise tchécoslovaque acquit l'église St Laurent afin de lui rendre sa fonction de lieu de culte. Mais par manque de moyen financier, l'affaire capota et c'est une menuiserie qui s'installa céans. L'édifice se fondit dans son environnement et fut pour ainsi dire oublié jusque dans les années 1955. En cette période, un certain "Dr. Vladimír Píša" alors en réunion dans un bâtiment adjacent vit par la fenêtre un bloc de pierre apparent duquel l'humidité avait emporté le crépis. L'on pris quelques mesures, l'on fit quelques sondes, et l'on redécouvrit les fondements romans de l'église St Laurent. Mais les travaux de Vladimir furent oubliés, et ce n'est qu'en 1981 que l'on redécouvrit la redécouverte. Et là se posèrent de multiples questions: est-ce qu'on laisse comme c'est, est-ce qu'on démoli, ou est-ce qu'on réhabilite comme avant, et si oui pour quoi faire? Finalement l'idée de réhabiliter comme avant et en faire un espace de culture fit son chemin, et fut choisie comme la plus raisonnable des idées. La reconstruction dans l'état romano-gothique d'origine eut lieu de 1984 à 1991, et sous la conduite de géologues, archéologues, historiens, architectes, constructeurs, restaurateurs et bouchers-charcutiers, l'église St Laurent renaquit de ses ruines comme le fait-nix de ses cendres. Les ajouts néo-classiques (XVIII-XIXe siècles) furent éliminés, les éléments romans et gothiques restaurés, les fenêtres d'origine repercées. Jusqu'au niveau du sol, remis au niveau d'avant, soit plus d'un mètre sous le niveau actuel de la chaussée (du coup faites gaffe à la marche).

Les fresques
Entrons dans le sujet sans doute le plus intéressant, les fresques, leur conservation et leur description. Donc comme dit, la restauration des fresques commença en même temps que la reconstruction en l'état d'origine de l'édifice, soit en 1984. La première étape consista à faire l'état des lieux, le recensement et la préservation des fresques pendant la reconstruction (1984-1991). Ce n'est qu'une fois la démolition terminée (des éléments extérieurs non voulus) et la nouvelle toiture posée que fut initiée la seconde étape. Icelle consista en la démolition des étages et des murs intérieurs, opération au cours de laquelle fut découverte la tête de St Laurent dans le choeur de l'église. Selon les experts d'alors, la tête du St Laurent fut datée de vers 1360, et rapprochée dans son exécution peinturluresque d'un des plus grands maîtres de l'époque, le maître du retable de "Třeboň". Par-dessus cette fresque se trouvait une seconde couche de vers 1380, une troisième couche de l'époque renaissance, et d'autres couches sans intérêt de l'époque reconstruction en habitation (entre le début du XVIIIe siècle et 1984). Une autre fresque fut découverte en cette année sur un des piliers: un damoiseau agenouillé et des fragments d'inscription d'entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle (je reviendrai en détails sur les peinturlurations plus loin).

En 1989, la restauration des fresques entra dans une nouvelle étape, en particulier sur le mur nord du choeur et dans la nef latérale. Ici les restaurateurs rencontrèrent comme une difficulté, parce que sur les plusieurs couches de peinture se trouvaient plusieurs couches de fresques qu'ils souhaitaient toutes conserver. J'vous explique. Sur la couche numéro 1 d'époque romane se trouvait une seconde couche plus récente, et sur la seconde couche une troisième. Bon, mais la seconde couche n'était qu'un repeinturlurage plus récent de la première couche. Aussi afin de conserver le plus de fresque possible, fut utilisée ici la technique dite du "transfert" où la couche supérieure fut "épluchée" du mur et disposée entre 2 plaques de plexi-glace (environ 65 x 55 cm) permettant la visualisation des fresques sur les 2 côtés du crépis. L'empreinte "ancienne" d'époque romane représente la descente de croix, tandis que la fresque "récente" datée de vers 1450 représente St Laurent avec son barbecue. Les 2 fresques sont d'origine, sans retouche ni repeinture ce qui permet au spectateur d'apprécier la qualité des couleurs d'époque. Un second "transfert" d'environ 100 x 80 cm montre d'un côté Jésus sur le mont des Oliviers, et de l'autre le martyr de St Laurent.

A partir de 1990, l'on entreprit la restauration des voûtes d'arêtes gothiques du choeur peinturlurées en motifs décoratifs renaissance sur quelques 37 m². Les nervures (les arêtes des voûtes) sont polychromées par endroit d'origine gothique, par endroit d'origine renaissance.

En 1991 furent restaurés les murs sud et ouest du choeur, soit quelques 47 m² de fresques gothiques représentant le martyr de St Erasme (i.e. St Elme) et St Jérôme peinard, non martyrisé. Bon, mais entrons dans les détails que le diable s'y trouve dedans.

Les fresques les plus anciennes
Elles représentent le cycle jésutesque (ou christologique) dont seules 3 scènes subsistent: la "descente de croix" (au Tour de France de l'an 33), "l'adoration des mages" et "l'adoration des bergers" (tout le monde adore le p'tit Jésus, tellement qu'il est bon). Notez que la "descente de croix" devait originellement être "restage sur croix". En regardant proprement sur le mur, vous pouvez apercevoir autour de la tête et de la main droite du bras du crucifié (donc à gauche pour nous) l'esquisse au crayon rouge où la tête devait être droite (et non tombante) et le bras (droit à lui, mais gauche pour nous) cloué. Bon, mais le client étant roi, on aménagea la scène selon sa volonté de dernière minute, et vous pouvez ainsi apercevoir Joseph d'Arimathie, St Jean (le baptiste?), Nicodème, vierge Marie, St Jean l'évangéliste et un personnage non identifié avec certitude mais que l'on pourrait présenter comme Marie Madeleine de par ses cheveux au vent (les autres Marie étaient passées chez le coiffeur avant le début des travaux). Il est un autre personnage principal (sans doute une autre Marie, venue filer un coup de main avec les clous et la pince), mais compte tenu de son état dégradé, aucune possible certitude de qui c'est donc qu'il s'agit de. Bon, et n'oublions pas le hobbit sous la croix à droite, de moitié plus petit que les principaux acteurs, et qui serait fort probablement le mécène donateur de pognon aux besoins du culte. Au-dessus de la scène, l'on peut lire "Naz... Iudaeorum" qui est le reste du fameux "Iesus Nazarenus, Rex Iudaeorum" (Jésus de Batignolles, roi des Belges) que les faignants peintres successeurs s'empressèrent d'abrévier par INRI.

Sur l'arc du mur nord se trouve une fresque qui fait suite à la précédente. L'on y voit une femme (encore que, sans doute une féministe puisqu'il y a doute sur le genre du sexe) qui tient entre 2 doigts de sa main droite un nanneau. Son visage est tourné vers le Christ en descente de croix (à 60 km/h) et suggère l'humilité et la vénération. Au début, l'on croyait que c'était la femme de Jésus. Bon, mais Jésus n'ayant pas eu le temps (et surtout pas l'envie) de se marier (selon les Glises), l'on croyait ensuite que c'était Ste Agnès de Bohême. Mais pareil, ayant évité le mariage avec un Allemand, un Anglais et qui sait encore avec qui d'aut', il est peu probab' qu'elle soit allée proposer le mariage à Jésus 12 siècles après sa mort. Non, la plus probab' des hypothèses, c'est qu'il s'agit de Ste Agnès de Rome, celle qui, à seulement 13 ans, fut mise à nu et baladée en la ville (de Rome) et à qui les cheveux poussèrent subitement si prompt qu'ils recouvrirent entièrement son corps afin de le soustraire à la vue des romains lubriques et pédophiles comme un évêque (dicton du jour: à la Ste Agnès, n'oublie pas de cacher tes fesses). Ah oui, et pourquoi alors Ste Agnès de Rome, la plus probab' des hypothèses? Ben parce que le tiers inférieur droit de la fresque n'est plus, et qu'il était représenté là sans doute un agneau et que l'agneau blanc est l'attribut de Ste Agnès de Rome (comme de l'Aīd al-Kabīr). Moi j'dis que c'est une preuve incontestable.

Sous la "descente de croix" donc, à gauche, se trouve "l'adoration des mages". La fresque est classique, la vierge Marie tient en ses bras sur ses genoux un p'tit Jésus qui, de sa main droite, bénit 2 rois mages parce que le troisième n'a pas été conservé.

Ensuite à droite, sous la "descente de croix" toujours, se trouve "l'adoration des bergers". La fresque est classique, la vierge Marie en panne de batterie demande à l'archange Gaby s'il peut lui prêter son iPhone pour appeler p'tit Jésus parce que sa leçon de piano a été annulée (ne me demandez pas quel rapport avec les bergers, mais en religion faut croire et pas comprendre alors ne cherchez pas).

Ces fresques seraient donc d'entre 1200 et 1220 parce qu'elles sont presqu'identiques aux enluminures présentes dans les manuscrits de cette époque, ce qui dénote d'un manque total d'imagination créatrice de la part de l'artiste, mais bon, en cette époque, c'était clairement pas bien vu, l'imagination créatrice. Il n'en reste pas moins qu'elles sont exceptionnelles, ces fresques, non seulement parce qu'elles furent conservées, mais également par leur qualité iconographique. En période gothique, les 12 apôtres furent peints par-dessus ces images.

La seconde couche de la deuxième moitié du XIVe siècle
Icelle couche fragmentée est peindue par-dessus la couche précédente, et donc seul un oeil aguerri peut en discerner les différences (pour les zaut' zyeux, c'est un plat de nouilles). A droite donc la résurrection. Seul le torse du Christ avec sa tête entourée d'une auréole et ses deux doigts bénissant sont conservés. A gauche, St Thomas l'incrédule, au moment où il lui mets 2 doigts dans... dans la plaie. Notez l'inscription fragmentaire "MAS" au-dessus de la tête du concerné (Tho... MAS) et la ligne noire qui amplifie le contour des personnages.

Les peintures du choeur d'après 1360
Cette troisième couche sur le mur nord du choeur s'inscrit dans la période d'après reconstruction gothique, soit après 1360, et représente une seule et unique fresque: le martyre de St Laurent. L'on peut apercevoir de façon plutôt visible comment St Laurent se fait griller tout cru sur son barbecue. A droite, un boug' met une buche dans le feu. Sa posture légèrement déhanchée comme s'il dansait sur les Bee Gees est typique du style des fresques du château de "Karlštejn" et du monastère d'Emmaüs, ce qui conduit les experts à affirmer que le peintre de l'église St Laurent entre 1360 et 1370 serait passé par l'atelier de la cour de Bohême.

Les peintures des saints d'entre 1380-1390
On se parle donc de la quatrième couche qui se trouve sur le mur Est du choeur et qui représente le martyr de St Erasme, Ste Dorothée et St André. Ici il ne fait nul doute, que l'artiste était issu de l'école du maître de "Třeboň". Les experts font remarquer les flagrantes ressemblances entre St André de notre église et St Philippe sur la face arrière de la "résurrection de Třeboň", comme les flagrantes ressemblances entre Ste Dorothée de notre église et Ste Catherine sur le cadre de la "madone de Třeboň" (cf mes photos).

Sur le mur Est du choeur, à droite, le martyr de St Erasme: deux méchants enroulent les tripes du saint sur un treuil, tandis qu'un troisième maintient la bedaine bien ouverte afin que les boyaux n'aillent pas se nouer. Erasmes porte la mitre et sa biroute est couverte d'un voile pudique. Au-dessus du saint, le buste de Jésus assiste à la scène.

Les peintures du choeur du début du XVe siècle
Ici, on se parle donc de Jésus sur le mont des Oliviers et de St Jérôme. Alors le St Jérôme, bon, on ne voit plus sa tête qui a disparu, mais on reconnait les attributs qui le caractérisent, le lion qu'il lui a retiré l'épine du... de la patte, la bible qu'il a traduite en Latin, la table pour écrire dessus, la toge et le chapeau de cardinal pour s'habiller dedans, les suppositoires à l'eucalyptus pour se fourrer dans le... En dessous de la fresque se trouve un texte en Latin fragmentairement conservé.

Jésus sur le mont des Oliviers se trouve en dessous d'un grand vide qu'on ne sait pas ce qu'il y avait là avant, ni même s'il y avait quelque chose d'autre que l'actuel grand vide. Dans la scène, Jésus prie dieu son père les mains jointes et un ange lui apporte soutien afin qu'il prie plus furieusement dans l'agonie de gouttes de sang... (Lucas 22: 43-44 "apparuit autem illi angelus de caelo confortans eum et factus in agonia prolixius orabat et factus est sudor eius sicut guttae sanguinis decurrentis in terram"). Pierre, Jean et Jacques qui n'en pouvaient plus de toutes ces conneries s'endormirent, mais on ne les voit pas parce que la fresque n'est plus. Notez que Jésus a les cheveux et la barbe de couleur blonde, ce qui, de toute évidence, présage de ses juives origines.

Les peintures de la nef de la mi-XVe siècle
Il s'agit des fresques peintes sur les piliers représentant la crucifixion et le prêtre célébrant la messe. Concernant la première fresque, les plus remarquables sont les personnages sous la croix, vierge Marie et St Jean les vents j'ai liste (St Jean 19:26 "cum vidisset ergo Iesus matrem et discipulum stantem quem diligebat...").

Compte tenu de l'état de délabrement de la fresque du prêtre célébrant la messe, force est de constater qu'on ne peut en dire grand-chose. D'un point de vue technique, notez, comme sur la fresque précédente, le fort trait noir sur les pourtours du personnage. D'un point de vue esthétique, notez le splendide antependium (3 fois par jour dans un verre d’eau pendant 1 semaine en cas de diarrhées aiguës) comme la représentation du dallage au sol.

La peintures de la croisée du XVe et du XVIe siècle
Bon, et pour terminer, y a le bout de reste de peinture sur le pilier le plus à l'ouest. L'on y aperçoit un gnome moustachu agenouillé, portant culote verte, chapeau rigolo et plume dessus piquée, tenant en ses mains une croix papale (à trois branches). Bon, et comme il ne reste rien d'autre de la fresque, inutile de vous dire que cette représentation du boug' posa de nombreuses questions aux experts: qui est-il (mécène, donateur, faire-valoir)? Qui était l'acteur principal (Jésus, Marie, Joseph...)? Pourquoi tient-il une croix papale? Pourquoi n'est-il pas découvert (tête nue)? Et c'est pas les fragments de texte au-dessus qui apportent une réponse. Et c'est pas les experts non plus, parce qu'ils ne sont même pas d'accord sur l'âge de la fresque. Au début, certains pensaient qu'elle datait du XIVe siècle. Après analyse des boutons de braguette, d'autres pencheraient plutôt pour la fin du XVe, début du XVIe siècle. Quant au personnage, il semblerait qu'il ne s'agit aucunement de quelqu'un d'important, mais d'un faire-valoir porteur des attributs du personnage principal qui n'est plus (un valet genre). Il est fort possible qu'il avait en miroir un autre comparse porteur d'autres attributs, mais icelui n'est plus non plus.

Pour terminer
Pour terminer, je voudrais encore insister sur l'exceptionnalité unique de cette petite église St Laurent presqu'inconnue du quidam. Icelle est exceptionnelle de par son histoire, mais surtout de par les fresques. Z'imaginez, du roman-gothique, conservé en Prague 1, plein centre-ville, sujet à feu, guerre, démolition, reconstruction, usage non approprié (habitation) et après presque mille ans, l'on retrouve dedans des peintures d'origine dans un état exceptionnel de conservation tout aussi exceptionnelle? Sérieusement, j'en connais pas d'autres des églises comme ça dans le coin. Genre allez jeter un oeil en St Jean sur le linge ("Kostel sv. Jana Křtitele Na Prádle"), et vous n'y verrez que du crépis blanc, rien d'autre que du blanc, pas un fragment de fresque, même abimée (la fresque). Hein? Pourquoi sur "le linge"? Parce que l'église, comme St Laurent, fut désacralisée en 1784 et que l'édifice servit de buanderie jusqu'au début de la seconde guerre mondiale.

Pis je ne puis m'empêcher de vous signaler encore quelques dictons relatifs à St Laurent, que tout bon paysan connait (et oui, généralement les dictons relatifs aux saints sont d'ordre agro-météorologique, donc importants pour les paysans). Vous connaissez "s'il pleut à la St Médard, il pleut quarante jours plus tard?". Ben "s'il pleut à la St Laurent, il pleut quarante jours avant". Vous connaissez aussi "à la Ste Bernadette, souvent le soleil est de fête?". Ben il existe aussi "à la St Laurent, pisses contre le vent" (et à la St André, pisse contre la marée). Ou encore "si à la St Valentin elle te tient la main, vivement la Ste Marguerite". Ben "à la St Laurent, brosse-toi les dents. A la Ste Agathe, brosse-toi la... la natte". Allez, une dernière: "à la St Ignace, l'odeur est tenace. A la St Laurent, vive l'déodorant".

Sinon pour visiter, ben profitez d'un concert du Printemps de Prague. Et sinon, essayez de sonner à la porte. Si vous expliquez que vous venez de loin pour voir les fresques, avec un peu de chance, et pour peu qu'ils n'aient pas trop de boulot, ils vous laisseront peut-être visiter? L'église St Laurent sous "Petřín" se trouve ici: 50.08455, 14.40374.