dimanche 27 juillet 2014

Visiter: Le musée anthropologique du Dr Tourterelle

Alors c'est tout petit, 128 m² seulement, aussi ne vous attendez pas à 5h de visite. Mais si vous vous faites accompagner, commenter et expliquer par un des chercheurs officiant sur place, alors cette visite sera un ravissement absolu.
En fait, le "Hrdličkovo muzeum člověka" comme il s'appelle officiellement, fait partie de ces petits musées anonymes, presque vieillots, qu'on dirait poussiéreux, voire archaïque, alors qu'il n'en est rien du tout, loin de là. Il sent bon l'encaustique à bois, et ses collections, certes anciennes, respirent le parfum de l'aventure d'antan, de l'exploration du monde d'avant l'électronique de Fesse-Bouc, genre Tintin et Milou, Spirou et Fantasio, Black et Mortimer...
Personnellement j'ai adoré, et je vous le conseille assurément sans la moindre réserve.

Le Dr Tourterelle
Bon, j'ai traduit pour rigoler, parce qu'on ne traduit pas les noms propres, c'est couillon. Attends, t'imagines, le gars qui cherche sur la sonnette Dr Tourterelle?
Il a beau être devant l'appart du toubib, va savoir où qu'il faut sonner?! C'est aussi couillon que si l'on appelait Regensburg Ratisbonne en Français, ou Aachen Aix-La-Chapelle? Le pauv' gars qui chercherait sa route dans le pays d'origine n'aurait aucune chance d'arriver à bon port. En fait, le Dr Tourterelle s'appelle "Aleš Hrdlička", et même si vous ne connaissez pas son nom, vous connaissez sa théorie qui prétend que le continent américain aurait été peuplé bien avant petit Jésus par des ethnies d'origine mongole ayant traversé en patins à glace le détroit de Béring entre la Sibérie et la Laska alors qu'icelui (des trois) était gelé en plein hiver.
Je vous laisse lire la bio du toubib sur Wikipédia, où, pour une fois, le rédacteur s'est fendu de plusieurs lignes.

Plusieurs lignes certes, mais il a cependant oublié de préciser qu'entre les années 1896-1898, notre boug' étudia aux côtés du Dr Léonce Manouvrier à l'Ecole d'Anthropologie de Paris, lequel Léonce eut apparemment une influence non négligeable sur le développement de sa carrière.

Et il a encore oublié de préciser que le Dr Tourterelle fut décoré en 1927 de la médaille de Huxley, plus haute distinction du "Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland", pour sa théorie de l'origine commune des races humaines
(hormis les Anglais, qui, comme chacun sait, sont d'origine inexpliquée, malgré que la communauté scientifique penche pour une abiogenèse spontanée de phospholipides lorsque, vers 43 avant Jean-Claude, du pipi de chat [ammoniac - NH3] serait fortuitement entré en contact avec un pet de truie sauvage [méthane - CH4] générant un résidu glycérol-phosphate estérifié par une molécule polaire d'andouille primitive à l'origine de la vie "humaine" sur Albion. Mais attention, ce n'est qu'une hypothèse).

L'histoire du musée
Alors le Dr Tourterelle fut non seulement à l'origine du musée d'un point de vue initiatique, mais également d'un point de vue financier.
Bien que l'idée trottait en la tête du toubib depuis moult années, ce n'est qu'en 1922 qu'elle fut mise à jour dans une taverne, et ce par la proclamation laconique aujourd'hui gravée sur les murs de la taverne: "je veux fonder un musée anthropologique à Prague". Malheureusement, arriva la crise économique, et le projet fut repoussé "sine die".
Les précieuses collections amassées pendant des dizaines d'années furent d'abord remisées au "Klementinum", ensuite elles déménagèrent en la faculté de Sciences Naturelles à "Albertov" (quartier au Sud de Prague sous la colline de "Vyšehrad" au Nord). Et ce n'est que le 22 octobre 1937 que le musée à part entière fut fondé, et cette même année, il prit officiellement le nom de
"Musée de l'Homme du docteur Tourterelle" ("Hrdličkovo muzeum člověka").

Pendant la seconde boucherie mondiale, le fond financier du docteur Tourterelle fondit comme neige au soleil (contrairement au fond du docteur Dynamite... Nobel), et ses collections comme l'institut d'anthropologie déménagèrent ensemble dans l'édifice de la faculté de Sciences Naturelles de l'université Charles, au numéro 7 de la rue "Viničná", où elles se trouvent encore aujourd'hui.

Les thèmes
Au départ, l'idée du musée s'étalait sur plus de 1000 m², mais par manque de pognon, c'est à peine un peu plus du dixième qui est exposé aujourd'hui, soit quelques 4000 pièces seulement. De nombreux autres morceaux sont cependant remisés aux archives, donc si un jour un généreux mécène...

Quatre thèmes sont donc présentés au public, avec comme point commun l'Homme, et plus particulièrement son corps:
1 - La phylogénèse où l'histoire évolutive de notre espèce depuis l'australopithèque jusqu'à l'hétéro-sapiens.
2 - La variabilité et l'évolution, où les différences au sein de notre espèce (humaine).
3 - L'ontogenèse où les transformations structurelles du cycle de la vie.
4 - La (paléo) pathologie où les écarts d'au standard, collection d'os déformés par les maladies d'entre le XVI et le XVIIIe siècle.

Dans le cadre de cette collection, vous verrez en particulier des crânes trépanés, vestiges préhistoriques de la science politique actuelle qui consistaient à convaincre l'entêté en lui perforant l'os de la tête à l'aide d'un objet contondant et en lui enfonçant à coup de masse la bonne idée dans son cerveau d'andouille obtuse.

Vous y verrez encore quelques bouts d'os, de cheveux, des photos et des moulages en plâtre de scarifications tribales et taillages de dents de Pygmées centrafricains réalisés (les moulages, pas le taillage des dents) par le "père des Pygmées", le professeur autrichien d'origine tchèque "Pavel Šebesta".

Vous y verrez aussi des moulages post-mortem de personnalités archi-connues: "Purkyně", "Masaryk", "Beethoven", "Dvořák", Line Renaud... (ah bon, elle remue encore?)

Vous y verrez encore 3 momies momifiées naturellement (comme le jambon de Bayonne) et artificiellement (comme le tout en Khamon des Gyptes. Attends, j'allais pas vous refaire la vanne de Line Renaud, maintenant que je sais qu'elle fait du fitness à ski dans une piscine olympique en moins de 3 minutes).
Elles proviennent du village de "Deir el-Médineh", et furent importées en République tchèque par l'égyptologue "Jaroslav Černý" alors qu'icelui faisait l'épigraphiste pour Bernard Bruyère dans les années 1925-1930.

Vous comprendrez la différence entre un Pygmée hydrocéphale atteint de migraine idiopathique et un nain achondroplasique tombé de vélo au tour de France à l'âge de 3 ans.

Vous y découvrirez la théorie phrénologique, où comment le délit de sale gueule se confirme par les bosses du crâne.
N'oublions pas la collection de "František Vladimír Foit", peintre, sculpteur, ethnographe et voyageur fasciné par les mutilations ornementales des tribus africaines (cf. les Labrets) comme par les déformations crâniennes volontaires des indiens sud-américains (de Bolivie).

Et mentionnons encore la collection du docteur "Jiří Malý", moulages de visages d'indiens d'Amériques (du Nord comme du Sud) réalisés entre 1929 et 1930 sous la conduite du Dr Tourterelle alors qu'icelui officiait comme conservateur du Musée National à Washington DC.
Ah oui... Notez que le Dr Tourterelle développa cette méthode de moulage des visages en fin du XIXe siècle, méthode permettant au sujet de garder les yeux ouverts afin d'entendre les recommandations lors du processus de plâtrage. Remarquez par exemple les chefs indiens Nuage Debout, Ours Grognon, Huître Lymphatique... comme ils ont les yeux grands tout verts.

Epilogue
Permettez-moi d'insister à nouveau sur l'absolue nécessité de visiter ce splendide musée. Et même plusieurs fois, parce qu'à chaque visite, vous découvrirez quelque chose que vous aviez loupé précédemment.
En date d'en ce moment (vérifiez toutefois sur leur site internet pour en avoir le coeurnet), les horaires d'ouverture sont du mercredi au vendredi de 10 à 18h. Mais je vous conseille tout particulièrement les visites nocturnes chaque premier mercredi de chaque mois, de 21 à 23h entre mai et septembre, à partir de 20h autrement.
Vous serez équipés d'une torche, et c'est toute lumière éteinte que vous découvrirez ces trésors blafardement illuminés par la lueur de votre lampe: poilhérissage sur les bras garanti. Le musée anthropologique du Dr Tourterelle se trouve ici: 50.0722094 14.4243808.

dimanche 29 juin 2014

Ailleurs: L'église en bois St Michel de Maršíkov

Du fait que l'autoroute D1 est en pleine réfection (et Mère Nature sait qu'elle en a grandement besoin), l'on décida, ma chérie d'amour et moi, de nous en rendre en Moravie/Silésie par le Nord, par "Hradec Králové", "Šumperk", jusqu'à "Krnov".
Comme le reste de la République tchèque, c'est tout plein de choses à voir et à visiter tout du long, et comme justement le touriste ne s'en rend que rarement en ces contrées de par leur éloignement de tout axe principal et de leur relative hauteur (entre 400-900 m au-dessus du niveau de l'amer... bière...), ben c'était l'occasion d'y jeter un oeil (avant d'y jeter l'autre aussi). Sur ma longue liste des "à voir à bsolument", j'en avais tellement velu que l'on ne put tout faire, mais cette petite église en bois St Michel, je l'avais mise en priorité "importante" et je ne le regrettai point du tout du tout.

Parenthèse. C'est mal foutu quand même parfois la langue française. Tiens, si je vous dis "l'église en bois St Michel", on dirait qu'il s'agit du "bois St Michel", comme du "bois de Boulogne", genre un qualificatif du bois. Et si je vous dis "l'église St Michel en bois", on dirait que c'est St Michel qui est en bois, et pas l'église. Si la langue française était bien foutue, ou tout du moins mieux foutue qu'elle ne l'est, je pourrais dire "l'en bois église St Michel", et paf, toute ambiguïté serait comme par miracle écartée. Certes, il existe encore l'option pour les tatillons qui consiste à écrire "l'église en bois consacrée à (l'archange) St Michel", mais mes publies sont déjà suffisamment longues comme ça... Enfin bon, juste pour dire qu'en ce cas spécifique, les langues slaves sont nettement plus flexibles (cf. "dřevěný kostel sv. Michala").
Tiens, autres splendides exemples d'ambiguïté française: la circulation a été déviée par la gendarmerie (ou par la route nationale?). Le prisonnier des cannibales était prêt à manger (en prêt-apporté?). Bref...

En arrivant sur place au moment où le temps était ensoleillé comme pas permis, nous trouvâmes aux abords de l'église une vieille brave dame en train de retourner son jardin. Et comme la publicité disait "sur demande auprès de Mr Lichner, demeurant en la première maison près de l'église, icelui vous fera visiter...", nous interpellâmes la brave dame. "Lád'ôôôôô..." hurla-t-elle de par derrière de la bâtisse, "t'as des touristes pour visiter l'église!". Au bout de quelques minutes, "Lád'a" débarqua de derrière les fourrés et nous ouvrit l'église St Michel (en bois, l'église), rien que pour nous.

Historique
"Lád'a" était un brav' p'tit vieux, d'un âge certain, mais plutôt bien conservé pour cet âge (surtout dans sa tête, qu'il était bien conservé).
Et il nous dévoila tout de ce qu'il savait sur l'édifice, sans rien omettre ni cacher. Aussi ce que je vous raconte dans cette publie est en grande partie la réplique écrite de ses propos vocaux (avec de menues nuances cependant, afin de faire compréhensible par endroit).

"Maršíkov" est un trou de quelques 90 demeures pour 200 habitants dépendant de la commune de "Velké Losiny", dans le district de "Šumperk". La première mention écrite du bled date de 1351 (cf. "Codex diplomaticus et epistolaris Moraviae. Leitomischl 12. April 1351. Clemens Episcopus Servus Servorum Dei ad perpetuam rei memoriam [...] Marschonisvilla [...]") et fait référence à la paroisse dans le cadre d'attribution de domaines à la chienlit cul-bénite pour exploitation fiscale et esclavagisme intensif du péquenaud.

De toute son existence, la commune resta absolument insignifiante, et sans notre église St Michel, elle serait sans doute restée dans l'oubli le plus absolu tellement elle ne représente rien dans le cour de l'histoire. Pour preuve de son insignifiance, outres les naissances, les mariages, les décès et les baptêmes, vous trouverez dans le registre communal tous les changements de nom du bled: "1475-1605 Mařkov, Marzkow, Marškov, Marskow, Maržkow, 1481 Maříkov, 1494 Marczkow, 1771 Meykow, 1846 Maršíková, 1872-1885 Maršová, 1885 Mašov, od 1893 Maršíkov"... en différentes langues même, tellement l'archiviste ne savait plus quoi écrire dans son registre (cf. en Germain "1431 Marskendarf, 1569-1945 Marschendorf, 1570 Marssendorf, 1610 Maschendorf, 1788 Moschendorf, 1807 Alt Marschendorf", en Latin "1351 Marschonisvilla, Marchionis villa, 1672-1771 Marschendorf, 1690 Morschendorf", en Arabe dans quelques années...).
Pour vous dire l'insignifiance... et donc passons directement au vif du sujet.

L'édifice actuel date de très exactement 1609. Mais avant cette année (pas 2014, 1609. C'est vraiment mal foutu quand même parfois la langue française!), il existait déjà céans une autre église, démolie (toujours en 1609) pour cause de mauvais état. De cette pre-église l'on ne sait pas grand-chose (tiens, il faisait quoi l'archiviste ce jour-là?). Bien que la paroisse du village de "Maršíkov" date d'avant 1350, les seuls éléments concernant l'église affirment qu'il s'y trouvait 2 cloches gothiques. La plus grande datant de 1515 (gothique tardif) fut réquisitionnée, la seconde, et sans doute plus ancienne, est toujours pendue au clocher. Mais l'on ne connaît pas la date de sa fonte, la DLUO n'ayant pas été gravée dessus comme sur la précédente. Bref, en 1609 commença alors la construction du temple évangéliste (cf. Église évangélique des frères tchèques), en partie d'avec les restes de l'église de "Velké Losiny", également démolie pour cause de mauvais état. Bien qu'une partie du coût fut absorbée par les dons privés, la majeure partie fut cependant concédée par la famille "Žerotínové", famille de laquelle je vous avais déjà parlé à propos de l'église jamais terminée de "Panenský Týnec".
En fait les factures relatives à l'église existent toujours, et sont datées du 28 mai 1609. Elles concernent des lattes, des clous, des bardeaux et autres menus zinzins, mais rien concernant les poutres, le gros-oeuvre ou l'électricité. Aussi l'on peut présumer qu'iceux proviendraient de la récup de matos de l'église de "Velké Losiny" (à moins que les factures n'aient été perdues, mais les experts ne penchent pas pour cette possibilité). Pareil, aucune trace des artisans, constructeurs ni architecte(s), aussi l'on pourrait croire que l'édifice fut construit par les extra-terrestres (à moins que les documents n'aient été perdues, mais les experts ne penchent pas pour cette possibilité). Par contre, et bien qu'aucun document n'existe à nouveau, le permis de construire dut être délivré par "Jan ze Žerotína" juste avant sa mort le 8 mai 1608, puisqu'en cette période le rejeton et ritier "Přemyslav II" était mineur, et les biens alors administrés par sa mère "Andělina" (Angelina). En fait, je précise parce que vous entendrez souvent que l'initiateur de la construction était le fils "Přemyslav II ze Žerotína", alors que c'est pas possib' et que donc c'est plutôt le père "Jan ze Žerotína" qui just' avant sa mort... C'est pas important "Lád'o", on passe à la suite.

Parenthèse, mais c'est pas "Lád'a" qui m'informa de cette info, mais ma femme de ménage. En fait l'on ne sait toujours pas si "Jan ze Žerotína" était un ou plusieurs.
En effet, nombreux documents de vers 1609 font référence à Jean le jeune, Jean le vieux, Jean le fils et Jean le père que Jean-Pierre mon Latin... et que donc du savoir de qui autorisa la construction... Enfin bon, reportez-vous à la thèse de "Andréa Kvapilíková: Losinsko-vízmberská větev rodů Žerotínů na Šumpersku" qui vous donnera tous les détails. Fin de part en thèse. Bon, et je disais quoi maintenant...

Ah oui. Après la triste bataille de la Montagne Blanche, l'église de "Maršíkov" fut rattachée à la paroisse de "Velké Losiny", ce qui eut pour conséquence l'ajout d'une ligne supplémentaire sur le registre de la commune.

En 1649, le retable avec la photo de l'archange St Michel fut bénit consacré, ce qui eut pour conséquence l'ajout d'une nouvelle ligne sur le registre de la commune.

Entre 1655 et 1657, fut posé un nouveau carrelage en remplacement du lino temporaire et le maïeur local fit don à l'église d'un tableau représentant Mari Madeleine à Longchamp pour la finale du Prix du Mérite Agricole des juments pouliches de 4 ans, ce qui eut pour conséquence l'ajout de 5 longues lignes sur le registre de la commune. Suite à quoi, l'archiviste se mit en grève afin de réclamer une augmentation parce que sa fonction devenait insoutenable de par la charge de travail.

Lorsqu'on trouva un nouvel archiviste (le précédent étant parti en retraite bien méritée), sa première ligne sur le registre communal s'articula ainsi: "A.D. 1670, un nouvel archange St Michel fut peint sur le retable de l'église." Après quoi il prit 2 semaines de vacances afin de se remettre du labeur.

En 1673, la commune fit l'acquisition d'un positif (petit orgue transportable que l'on "pose") afin d'accompagner le chant dissonant des fidèles. Iceux braillaient cependant toujours aussi faux, et pire, couvraient le son de l'instrument. Aussi en 1776, l'on remplaça le positif par un vrai orgue de facture "Kašpar Weltzel" (il contribua à l'orgue de l'église de la Nativité à la Lorette à Prague).
Et justement, toujours en cette période (1776-1777), vu que l'archiviste avait ses mains dans le chantier, l'on restaura l'église en bois d'une touche rococo, et le retable reçu un nouveau tableau de l'archange Michel peint par le fameux peintre jésuite "Ignác Raab" (cf. St Thomas, St Tignace, St Roch, St Seb et Ste Rosalie, et j'en passe...).

Entre 1842 et 1843, d'autres modifications mineures furent apportées à l'édifice: recarrelage du choeur, ajout d'angelots au retable principal, ajout de retables latéraux consacrés à la vierge Marie et à St jean Népomucène, et ajout d'une chaire pour que tout le monde puisse voir le curé. Ben oué.

Le cimetière qui entourait l'église St Michel fut fermé en 1900, mais l'archiviste ne prit pas la peine de préciser dans les registres où les locataires furent relogés.

Entre 1930 et 1931, débarrassé de ses occupants, le terrain autour de l'édifice fut abaissé afin de mettre ce dernier en valeur (enfin), et les vieilles poutres pourries furent remplacées par des poutres neuves en pleine forme. D'autres nécessaires réparations eurent lieu encore en 1964, 1972, 1994 et depuis 2000, c'est quasi incessant entre le toit, les planches des murs et plafonds... Bon, mais c'est pas vraiment important "Lád'o", alors on passe à la suite.

Description
L'édifice construit en rondins est d'apparence gothique (très) tardif et d'agencement intérieur renaissance (j'te dis pas l'accouchement difficile du monstre). La nef est longitudinale de 14 mètres et largitudinale de 11, terminée par un choeur polygonal profond de 6 mètres, adjoint d'une petite sacristie rectangulaire au Nord. La nef toujours est surmontée en son centre d'une petite tour baroque octogonale construite en 1757 et chapeautée d'un oignon. La toiture à 2 versants et 2 croupes est couverte de bardeaux. En fait l'apparence extérieure est similaire à toutes les églises en bois de la région, et hormis la tourelle baroque, l'aspect est originel encore aujourd'hui.

D'intérieur, c'est autrement plus trop fort de café, et xceptionnellunique. Le plafond du choeur est voûté en anse de panier, formant une surface plate sur la moitié centrale. Ce plafond à caissons peu profonds rappelant un treillage est percé au sud de 2 lucarnes en forme de lunette. L'inspiration (selon "Lád'a") aurait été l'église St Jean Baptiste de "Velké Losiny", mais n'y m'étant point rendu, je ne puis confirmer. Le plafond de la nef est plat, également à caissons et à motifs carrés en diagonale, soutenu par 2 piliers centraux. Au-dessus du vestibule se trouve une tribune, qui devait en son temps se prolonger sur les murs latéraux de la nef comme en témoignent les traces longitudinales laissées sur les tasseaux. Les murs intérieurs sont tapissés de planches en bois, dont certaines, provenant de l'église recyclée de "Velké Losiny" selon "Lád'a", sont polychromées de motifs champêtres et géométriques disparates. Proviendraient-elles de diverses églises, les planches polychromées? Pour l'anecdote, lorsque je demandai au bon boug' plus de détails sur ces polychromies vieilles de quelques 400 ans, il m'informa que "l'on a bien essayé de les laver, mais rien à faire, ces peintures tiennent au bois comme la merde à la chemise." J'en crus pas mes esgourdes. Et puisqu'il en était aux confessions, "Lád'a" nous informa encore que l'orgue de Gaspar ("Kašpar Weltzel") fut restauré en 1973, et seuls 3 tuyaux usés sur les 315 durent être remplacés.

Ensuite il insista encore sur la toile de la Ste Trinité de 1717 qui pend dans le choeur, mais qui pendait auparavant dans une chaplette homonyme avant qu'icelle ne soit désacralisée, et qui fut offerte (la toile) par la comtesse "Ludvika ze Žerotína". Hum... j'y jetai un oeil poli, mais bon, sans grand intérêt la croûte.

Puis il nous informa encore de quelques artefacts précieux qui embellissaient l'église, mais qui, pour des raisons de sécurité comme de conservation, furent déménagés en divers musées de la région. Mentionnons un font baptismal renaissance de 1615, un calice de 1614 offert à l'église par "Přemyslav II ze Žerotína", et un bénitier (sans grenouille) de la seconde moitié du XVIe siècle provenant de l'église d'avant.

Anecdotes et curiosités
Et donc outre l'exceptionnalité architecturale que représente l'église de l'archange St Michel de "Maršíkov", cet édifice peut encore se vanter du titre de "la plus ancienne construction populaire conservée en l'état en Moravie du Nord." Moi j'dis qu'on fasse péter le Champomy!

En 1819 (ou 1820), l'on découvrit à quelques centaines de mètres de l'église le premier chrysobéryl d'Europe. "Maršíkov" devint alors mondialement... localement... un peu connu auprès des 29 lithophilistes du monde en ce début du XIXe siècle.

En 1757 naquit soudainement une affabulation sans fondement, selon laquelle, le cardinal Von Dietrichstein aurait fait don aux paroissiens de "Maršíkov" du matériel de construction de feu l'église de "Velké Losiny" en remerciement de leur reconversion à la religion catholique comme les tous premiers reconvertis en Moravie du Nord. C'était bien entendu faux, mensonger, et n'avait qu'un but purement politique, comme toujours en religion (surtout catholique).

La messe n'est plus célébrée régulièrement en l'église, mais uniquement dans le cadre d'évènements exceptionnels, genre ouverture de la coupe du monde de football au Brésil (pour faire plaisir à mon pote Pascal ツ), ou lorsque le lundi de Pâques tombe un vendredi saint.

Pour la visite, adressez-vous donc à Mr "Ladislav Lichner" demeurant en la première maison près de l'église. Je ne pense pas qu'il parle Français (il est Morave, du Nord, donc déjà avec le Tchèque il a du mal...), mais essayez l'Allemand, je suis prêt à parier qu'il n'aura aucun problème.

En conclusion
Pour les amoureux des églises en bois et du patrimoine culturel populaire des montagnes pas très hautes de la Moravie du Nord, l'église de l'archange St Michel à "Maršíkov" est un petit bijou en boîte de satin (en bois de sapin?). Maintenant compte tenu de son éloignement (relatif) de toute route à vitesse moyenne (au-dessus de 70 km/h), je ne puis vous envoyer en cette contrée avec pour seul but la visite de l'édifice susmentionné. Toutefois, et si le hasard de la fortune vous mène en ces terres, sonnez chez "Lád'a", vous ne le regretterez pas.

En fin de visite, et pour toute rétribution, il s'efforcera de vous refourguer des cartes postales et autres prospectus. Bon, pour les quelques couronnes qu'il en demande, soyez bon Monseigneur, achetez, ça vous portera chance. Et n'oubliez pas quelqu'offrande pour la réfection de l'église, en cette matière chaque sous est le bienviendu. Personnellement j'ai acheté, et j'ai donné. Attends, je ne peux pas toujours que prendre non plus, non?

L'église en bois c'est là: 50.0344278N, 17.0758756E

vendredi 30 mai 2014

Coup de gueule: VoyageForum c'est fini pour moi

Eh oui, j'aurais pu me dire "bon, c'est comme ça", "ils sont trop cons", et laisser tout simplement tomber, fermer les yeux comme si de rien n'était et acheter un tube de préparation H pour faire passer la pilule. Mais non, cette fois-ci non, parce que le rubiks-con vient d'être franchi, et il est temps que vous soyez également informés et conscients de ce qui se passe, lentement mais assurément, en loucedé de votre insu.

Les faits
Depuis de nombreuses années, et parce que j'habite à Prague et que de nombreux Francophones posent de nombreuses questions sur la pertinence desquelles je ne m'étendrai pas ici, donc depuis de nombreuses années, je contribue gracieusement aux discussions du site VoyageForum.
Et depuis ces nombreuses années, j'avais un avatâr (cf. mes photos), trouvé dans le palais Łazienki du parc homonyme à Varsovie, en PLogne, représentant Silène accompagné de 2 Bacchantes, splendide peinture de Jacob Jordaens dont j'étais tombé amoureux (de la toile) parce que le satyre me rappelle ma jeunesse d'il y a 30 ans de quand que... enfin bref... Et donc cet avatâr m'avait suivi dans mes contributions jusqu'à il y a quelques semaines, où soudainement il disparut. Je le remis alors, mais il redisparut. Je le reremis à nouveau, et il reredisparut encore. Bon, "l'image est peut-être trop grosse en kilo byte" pensai-je? Même retaillé en plus p'tit, Silène disparut. "Et mon pote le chat de la voisine? Tiens, si j'essayais la bonne bouille de mon pote le chat de la voisine" (cf. mes photos)? Ben croyez-le ou non, icelui perdura. "Dis-donc, c'est curieux comme comportement quand-même" me dis-je. Cette surprenante suppression serait-elle l'oeuvre d'une personne humaine, je caresserais l'espoir qu'icelle m'informe du souci, et non pas qu'elle supprime continuellement mon avatâr sans rien dire, non? Après 6-7 essais infructueux d'imposer Silène et ses 2 Bacchantes (je suis parfois têtu jusqu'à l'idiotie, je l'avoue humblement), je me dis quand même que j'allais demander au woueb-masseur de VoyageForum, s'il n'aurait pas comme une idée du pourquoi que c'est, que ça ne fait soudainement rien d'autre que de ne pas vouloir enregistrer mon image que j'avais depuis tout ce temps sans souci. La réponse me parvint le lendemain:
"Le 6 mai 2014. Bonjour, Il est possible que votre photo ait été "victime" d'un petit bug comme cela arrive parfois, notamment lorsqu'il y a optimisation du site au niveau des visuels (dixit notre équipe technique). Le cas échéant, vous pouvez peut-être essayer de mettre une autre photo ou avec une autre "dénomination" pour votre avatar. Bien cordialement..."

Excellent! Un bug sélectif qui n'aime pas Jacob Jordaens mais qui n'a rien contre mon pote le chat de la voisine. Trop fort.

Mais attendez la suite. Neufs jours plus tard, je reçus un complément d'enquête:
"15 mai 2014. Bonjour, Nous avons trouvé la cause du problème. Votre photo contient une légère nudité qui n'est malheureusement pas acceptée par un de nos importants partenaires publicitaires. Dans le contrat que nous avons avec celui-ci, tout le contenu de notre site doit être "family containt compliant" (contenu qu'on peut montrer à un enfant de 5-6 ans). Ce qui veut dire que la moindre nudité, même celle sur une peinture officielle n'est pas acceptée. Nous vous avouons que nous trouvons cela très exagéré et que ça ne reflète aucunement notre propre opinion, particulièrement lorsqu'il s'agit d'oeuvres d'art officielles. Mais, malheureusement, sans les revenus publicitaires de cet important partenaire, VoyageForum ne peut demeurer en ligne... Pour que votre image de profil demeure en ligne, il vous suffit donc d'en choisir une qui n'a aucune "nudité" et qui peut être montrée à un enfant de 5-6 ans ("family containt compliant"). Quoique nous sommes conscients que cela soit très discutable et subjectif... Nous vous remercions de votre compréhension. Bien cordialement..."

Stupéfiant n'est-il pas? Silène et 2 Bacchantes de Jacob Jordaens ne peut pas être montré à un enfant de 5-6 ans parce sa nudité n'est pas "family containt compliant". Est-ce que le prudimbécile responsable de cette absurdité réalise seulement que le sein maternel est sans doute la première chose qu'il ait vue en ouvrant les yeux, assurément la première chose qu'il ait tétée quelques minutes seulement après sa naissance, et je me garde bien de lui rappeler par où sa tête est passée, pour peu que madame sa maman n'ait pas eu recours aux services de César.

Bien, j'adaptai alors mon avatâr aux exigences "d'un de leurs importants partenaires publicitaires sans lesquels VoyageForum ne peut demeurer en ligne" (cf. mes photos). Mais cette fois-ci c'est VoyageForum qui supprima mon image:
"19 mai 2014. Bonjour, On nous demande votre collaboration et compréhension... (note de Strogoff: On nous demande?!) Éviter de nous narguer publiquement... VoyageForum n'est pas en mesure de se battre contre ce partenaire publicitaire (Google), mais en s'associant avec d'autres nous y arriveront peut-être: http://www.lechotouristique.com/article/la-fronde-anti-google-s-organise,64891#xtor=EPR-2. Bien cordialement..."

Bon, et alors?
Voilà chères lectrices et chers lecteurs, la liberté d'expression, l'art et la culture doivent s'effacer devant le pouvoir du fric d'un stupéfiant imbécile outratlantique autoproclamé dictateur de la morale publique dans le monde. Je présume que la prochaine étape consistera à napalmer "La Liberté guidant le peuple", émasculer "David", et instaurer une "police des moeurs" afin de s'assurer que les rues de France sont conformes aux idées "d'un de leurs importants partenaires publicitaires sans lesquels VoyageForum ne peut demeurer en ligne"?

Et savez-vous ce qui me dégoûte le plus? Ce n'est même pas tant le puritanisme intégriste des imbéciles américains, pays où chacun sait que la débilité profonde peut être permutée avec le bon sens commun pour peu que vous aillez suffisamment de pognon, de lobbyistes et d'avocats... mais ce qui me dégoûte le plus, c'est la subordination docile du site français. Collabos! Fumiers de collabos de VoyageForum, vous préférez baisser vot' froc devant le pognon de Google, plutôt que de défendre votre intégrité intellectuelle et culturelle. C'est à vomir sur vos pompes, mais c'est votre choix.

Personnellement j'arrête, et je ne contribuerai plus à votre site. Du reste Kedor est suffisamment compétent pour répondre aux questions sur la République tchèque, donc je ne vous manquerai pas vraiment. Pour terminer, je ne vous souhaite même pas bonne chance. Au mieux vous existerez encore quelque temps, mais à la vitesse où la mondialisation bouffe ses enfants, z'allez forcément vous faire bouffer par un plus gros que vous, et vous disparaîtrez avec votre honte et votre fausse-culterie. Churchill disait à propos des accords de Munich en 1938: "vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre". Et paf dans la gueule!

dimanche 27 avril 2014

Ville: La maison U Zlatého prstenu

Et donc cette fois, il ne s'agit ni d'une église, ni d'un monastère, ni d'une cul-béniterie comparable. Cette fois, il ne s'agit pas non plus d'un château, ni d'un palais, ni d'une ruine similaire.
Et cette fois, il ne s'agit toujours pas non plus encore de festival, d'exposition, de musique ni de photo ni d'artisterie analogue (encore qu'il y en a, mais c'est pas le sujet central). Cette fois-ci, je vais vous parler d'une maison supra-historique qui fait aujourd'hui office de galerie d'exposition (parfois d'art), maison historique dont les origines remontent à de quand qu'on ne souvient même plus tellement c'est vachement loin, tellement loin que ça doit être vraiment tout proche des origines mêmes de la Vieille-Ville de Prague puisque cette maison se trouve en son nombril, juste derrière l'église "Notre-Dame du Týn", à 100 m de la place de la Vieille-Ville. Présentement donc, je m'en vais vous discourir de la maison "U Zlatého prstenu", soit "à la bague dorée" (ou "à la bague d'or") en Français.

Historique
Notre sujet se trouve au bout de la rue "Týnská" (non, l'autre bout, pas celui près de la place), à gauche de là que commence la cour "Ungelt".
C'est l'une des plus fabuleuse rue de la ville, et une des (sinon la) plus anciennes de la Vieille-Ville. En témoigne son étroitesse, qui par endroit, est réduite en deçà de 3 m. Complétement médiévale, elle conserve encore aujourd'hui ce charme de la magie du mystère: genre le templier sans tête ou le Golem (sans organe) pourraient apparaître à tout moment.

Vous entrez dans la rue à l'intersection de la maison "à la cloche de pierre" et de l'école "Týnská", vous longez l'église "Notre-Dame du Týn", et au bout de la rue, à gauche du portail d'entrée dans la cour "Ungelt", en peu en arrière-plan, se trouve la maison numéro 630/6, la maison "à la bague dorée", "Dům U Zlatého prstenu" en Tchèque.

Selon les derniers éléments de l'enquête, les premières pierres de nôtre édifice auraient été posées dans la seconde moitié du XIIIe siècle, le long du massif mur d'enceinte de la cour "Ungelt". Les traces de cette première construction sont encore visibles dans les caves et au rez-de-chaussée de l'aile sud-ouest de l'actuel édifice. Je vous indique d'où c'est que sur quoi que vous devez principalement jeter vos yeux: le portail extérieur d'entrée principale, et derrière icelui, le grand hall d'entrée (en Allemand "Maßhaus"). Y en a d'autres, des reliquats gothiques, mais si vous n'avez pas vos lunettes d'expert, vous ne verrez rien. Je ne m'attarde donc pas.

Les secondes pierres suivirent vers 1310 (1312 au plus tard), lorsque fut construite au rez-de-chaussée une chaplette (ou chapelette, i.e. petite chapelle) richement barbouillée de peinture ornementale comme figurative sur les murs et les voûtes.
La plus ancienne trace écrite de l'édifice remonte au XIVe siècle, où les pages jaunes de l'annulaire (la maison "à la bague", c'est pas pour rien) nous indiquent qu'on vendait céans de la bière et du vin ("bydlívali tu koštéři vína"). La ligne téléphonique était alors au nom de "Dětřich Rechcer" ("Dytlinus", inconnu), avant de passer dans les mains du Vogt (bailli) des vignobles royaux "Tomášek" ("magister montium vinearum", inconnu également). Intéressant est de noter l'année 1480, où il est fait référence à un certain "Václav od prstena, býv. purkmistr," ("qui Perchmeister dicitur"), soit Venceslas "d'à la bague", nom d'origine qui évoluera au milieu du XVIIe siècle en nom propre avec "Šimon Prsten", soit carrément "Simon Bague".

Dans la seconde moitié du XIVe siècle, l'édifice gothique susmentionné et son accolé furent unifiés en un seul ensemble afin de former un hôtel-palace urbain et bourgeois de style nord-français.
Compte tenu de la qualité et de la spécificité styliste, cette reconstruction est fort probablement l'oeuvre d'une corporation proche de la cour royale et représente aujourd'hui un spécimen unique et exceptionnel de ce type d'architecture (hôtel-palace urbain et bourgeois de style nord-français) à Prague.

Au XVIe siècle, la demeure fut décorée de son emblème, la bague d'or, et de ce même siècle datent la plupart des plafonds en bois fantastiquement peints. Le plus ancien plafond se trouve au premier étage, dans l'aile transversale d'avec la cour. Malheureusement, les couleurs comme les motifs de style gothique tardif ne sont plus que devinables tellement qu'ils sont anciens. A ce même étage, à côté de l'escalier renaissance, se trouve un autre plafond nettement plus peint de motifs figuratifs de style renaissance. Et au premier étage toujours, sur le mur en dessous des voûtes en berceau, vous apercevrez des fragments de fresques datées de la fin du XVe siècle.
En particulier, sont facilement discernables un buste de femme, une tête de saint auréolée, une tête de boeuf cornée (encore qu'entre les 2 têtes, il n'est point assurément discernable qui est qui), et surtout, des plantes. Facilement discernables sont tout plein de plantes grimpantes, à feuilles rigolotes que j'suis même pas sûr qu'elles existent réellement tellement j'en n'ai pas encore vu des comme ça dans la nature, vu que j'y vais pas souvent dedans non plus, dans la nature.

Vers 1610, le bâtiment fut reconstruit en style renaissance (sauf les plafonds qui étaient déjà dans ce style), en témoignent encore aujourd'hui l'escalier en spirale, la lucarne elliptique, les voûtes en berceau renaissancisées, et la cour d'arcades avec ses colonnes toscanes.

Vers 1685, puis encore au XVIIIe siècle, l'édifice fut baroquisé afin que dans la moitié des années 90 du XXe siècle, tout soit remis dans l'apparence d'origine, c'est à dire gothique ou renaissance, selon les possibilités. En fait, la dernière reconstruction était principalement centrée sur l'adaptation de l'édifice aux besoins de la Galerie de la ville de Prague, fonction culturelle que la maison "à la bague dorée" continue de remplir actuellement sur quelques 1350 m². Et pour l'anecdote, la finalisation de la reconstruction de l'édifice entre 1995-97 fut menée tambour va-t'en par l'architecte "Vlado Milunić", qui n'est autre que le co-auteur de la "Maison Dansante".

Les gendes
Alors pourquoi c'est que la maison qu'elle s'appelle "à la bague dorée", me demanderez-vous que? Ah ben ça, vous répondrai-je, c'est à cause que d'une légende. Mais laquelle? Parce qu'il y en a plusieurs des légendes qui se rapportent à la bague d'or et à la maison qu'elle s'appelle d'à cause de. Tiens, oyez-voir chers lecteurs.

La première histoire raconte qu'il était une fois, un fantôme qui hantait les rues de la ville, et qu'il aurait bêtement perdu sa bague fétiche, et qu'un passant l'aurait trouvée, et qu'il l'aurait mise à sa porte comme porte-bonheur. Bon, c'est trop nul comme légende, parce que je ne vais pas vous donner tous les détails de la top-nullité, mais rien que si le fantôme il n'faisait rien d'aut' que de hanter tous les soirs au même endroit, il aurait bien fini par tomber sur sa bague une nuit ou l'aut' non? Bref, oubliez et passons à la suivante.

La seconde histoire raconte qu'il était une fois, arrivé dans la cour de "Ungelt", un jeune et beau marchand turc... Ah oui, attends, si vous ne le savez pas, la cour de "Ungelt" était un caravansérail européen sous protection royale, où les marchands, leurs riches marchandises et leurs chameaux assoiffés trouvaient refuge (contre paiement) derrières de hauts murs qui les protégeaient des pauvres, des voleurs, des brigands et autres misérables miséreux aux intentions scélérates. Bon, et le jeune Turc donc était follement tombé amoureux (ou tombé follement amoureux?) d'une splendide jeune serveuse blonde (après X bières?). Et afin de se l'approprier, il lui aurait vendu... offert une splendide bague en or (comprenez une bague 14 carats toute pourrie trop nulle comme ils en vendent à Bodrum), en signe de son fol amour. Mais une fois rentrée à la maison, j'te dis pas la raclée paternelle: "quoi? Un Turc? Un fourgue ambulant? Un puceux de souk? Crénom di diou..." Lorsque la pauv' chérie informa son Turc du refus d'à papa, 3 semaines plus tard après avoir soigné son nez cassé, ses lèvres explosées et ses yeux au beurre noir, celui-ci la trucida au motif que "si je ne t'ai pas moi, alors personne ne t'aura".
Il fut ensuite jugé, pendu puis maudit, et son spectre hante encore aujourd'hui la rue "Týnská". Quant à la bague, papa la mit comme emblème sur la façade de sa maison, afin de rappeler à tous la triste histoire et les dangers d'un potentiel gendre turc. Décharge de responsabilité: c'est pas moi qui l'ai inventée cette histoire. C'est pas ma faute qu'elle parle d'un Turc et qu'on frappe puis trucide une femme dedans l'histoire. C'est pas raciste ni xénophobe ni macho-sexiste, c'est comme ça qu'elle est l'histoire, depuis longtemps, et c'est tout. Et si ça n'plait pas au MRAP, à la LICRA, aux féministes ou à "Recep Erdoğan", qu'il s'agisse d'un Turc et d'une femme, qu'ils y mettent à la place un Grec et un pédé... homosexuel, ou un Chinois et un transsexuel. Non, mieux, un Russe et un extra-terrest'. Oui c'est bien vicieux et pervers un Russe en ce moment (l'extra-terrest' chais pas, j'en n'ai pas encore rencontré, mais les experts scientifiques à la télé racontent qu'à priori c'est vicieux et pervers aussi un extra-terrest', comme un Russe, au moins... sinon plus encore, selon les experts).

La troisième histoire raconte qu'il était une fois un maître templier, et qu'après le concile de Vienne (en France, pas en Autriche) de 1311 mettant un terme à l'ordre du temple, il fut décapité (contrairement à ses complices qui furent brûlés). Mais son âme en peine ne put trouver le repos, et son corps zombiesque déambulait dans les rues de la Vieille-Ville sa tête décollée sous le bras. Lorsqu'il entendit le raffut provenant de la maison pas encore "à la bague d'or", il fut pris de soif, et entra afin de se désaltérer (on vendait de la bière et du vin à l'époque dans notre établissement, vous souvenez-vous?). Il commanda alors une bière, et à grandes goulées, il avala le contenu de la chope en une bouchée. Mais voilà, sa tête sous le bras, le liquide coulait librement sur le sol. Il commanda une seconde chope, puis une troisième, tout en s'étonnant qu'il n'arrivait pas à éponger sa soif, l'andouille (à propos d'éponger, notez qu'en ces temps, le sol -et pas que des tavernes- était jonché d'un tas d'écoeurants n'importe quoi, parfois nauséabonds voire poilus, alors un peu de bière, personne n'y prêta attention).
Au bout de la septième bière quand même, la splendide jeune serveuse blonde (pas celle du Turc... Russe, une autre, les troquets tchèques sont pleins de splendides jeunes serveuses blondes, eh, pourquoi croyez-vous que j'y passe autant de temps?)... donc la splendide jeune serveuse blonde dit au maître templier: "dis-donc vieux boug', si tu t'en foutais ta hure sur tes épaules, ça irait 'achement mieux aussi." Et véritablement, l'assoiffé finit par se désaltérer. En remerciement, il retira d'un de ses doigts une splendide bague en or montée d'un énorme rubis dont il avait dépouillé le cadavre putride d'un mécréant sarrasin lors d'une honorable croisade en terre sainte, et l'offrit au tendron. Ainsi le taulier et sa fille devinrent immensément riches, et firent apposer ostensiblement une réplique de la bague sur la façade de la maison afin de narguer provoque leurs fumiers de voisins pauvres. C'est du savoir-vivre moi j'dis. Ah les braves gens.

Aujourd'hui
Aujourd'hui donc, la maison "à la bague dorée" sert de Galerie de la ville de Prague, mais vous y trouverez également un café littéraire au second étage, orienté sur les arts plastiques et accessible gratuitement aux horaires d'ouverture. Lorsque j'y étais, moi, "à la bague dorée", y avait une exposition de ce boug' de "David Černý". Je vous laisse admirer ses oeuvres sur mes photos, et m'abstiens de tout commentaire. Le sujet d'aujourd'hui se trouve ici: 50.0880189N, 14.4230731E.