samedi 28 mars 2015

Ville: L'ancienne église St Laurent sous Petřín

Je vous avais déjà parlé d'une église St Laurent y a une bonne paire de semaines, exactement là. Ben une église St Laurent, on en a une seconde à Prague (même plus de deux, mais je ne veux pas compliquer dès le début de ma publie), et même pas trop loin de la première: à seulement 500 m à vol de piaf en ligne droite. La première s'appelle St Laurent sur "Petřín", la seconde St Laurent sous "Petřín". Inutile de vous dire que nombreux sont ceux qui confondent tout, et encore plus nombreux sont ceux, qui ne confondent rien parce qu'ils ignorent carrément l'existence de la seconde église, quand ils n'ignorent pas l'existence de la première aussi, soit des deux en tout. Pas leur faute non plus en fait, parce que St Laurent sous "Petřín" n'est plus en activité, enfin plus en activité religieuse, parce que désacralisée y a 230 ans, mais qu'elle sert aujourd'hui de salle de concert et autres activités cultureuses.

Moi-même, et je vous l'avoue humblement, ai vraiment découvert l'édifice lors d'un concert de piano que mon amie Mio donnait dans le cadre de ses fins d'études. Et sans ce concert, j'aurais fort probablement découvert St Laurent plus tardivement. Néanmoins, il s'agit d'un petit bijou d'architecture, dissimulant sans en avoir l'air quelques fresques moyenâgeuses absolument splendides, et historiquement parlant, c'est d'une valeur époustouflante parce que mine de rien, notre église est l'une des plus anciennes de Prague encore debout. Et paf, ça cloue le bec ça, non?

Avant-propos
St Laurent, je ne vous en parle plus, vous pouvez lire sa bio dans ma précédente publie, exactement là, et sinon vous trouverez tout le reste dans Wikipédia.

Concernant les sources d'information, je ne vous en parle pas trop non plus, parce que c'est pas velu sous le coude, parce que l'église date d'y a longtemps, parce qu'entre temps les Suédois ont pillé, les Français ont incendié et les Tchèques ont égaré. Pour cette publie, ma principale source fut un petit livret intitulé "Kostel sv. Vavřince na Malé Straně : architektura a nástěnné malby / Veronika Horová a Jaroslav Sojka" que j'ai acquis pour une somme ridicule au regard du phénoménal travail qu'icelui livret contient. Mentionnons aussi 2 travaux de licence réalisées par "Monika Bělohlávková" concernant l'église St Laurent, et la peinture murale du XIIIe et XIVe siècle en région praguoise. Et ces principales sources furent ensuite enrichies des classiques monuments historiques souvent mentionnés dans mes publies précédentes ("Fontes Rerum Regni Bohemiae"). Bon, mais passons au plat de résistance.

Préhistoire
La première trace indirecte de l'église St Laurent, selon mes sources, remonte à 1142, lorsque l'abbesse Berthe mentionne indirectement l'édifice à propos de l'incendie du couvent St Georges (d'au Château, "Annales Bohemorum Vincentii Pragensis: Et sic hoc malum antiquo hoste operante predictum monasterium cum maximo thesauro et plurimis ecclesiis combustum est. Monasterium autem sancti Georgii non solum combustum, sed et funditus euersvm fuit." "Canonici Wissegradensis Continuatio Cosmae: Et subito invento exitu de civitate fugientes, in locum unum sub Petrzin monte secesserunt, ac in ecclesia sancti Johannis Baptistae, quoad restaurationem proprii loci viderent, quasi exules, tristes et flebiles manserunt." ). Tiens, parenthèse, z'avez été voir l'exposition sur les bénédictins au manège à bourrins de Wallenstein, près de la station de métro "Malostranská", fabuleuse exposition jusqu'au 15 mars 2015 dont je vous ai souvent parlé dans mes niouzlêtters? Ben si vous y avez été, z'avez pas pu louper le prodigieux tri-bas-relief du couvent St Georges (cf. mes photos): zieutez le bas-relief central, madame vierge Marie et tout le bataclan catholique habituel, mais surtout sur les flancs, en bas, les 2 religieuses agenouillées. Ben celle de droite, c'est l'abbesse Berthe, considérée comme la seconde fondatrice du couvent St Georges après l'incendie. Elle n'a plus sa tête, donc vous ne pouvez pas la reconnaître, mais vous pouvez lire à gauche sur le cadre du bas-relief "BERTHA ABBA SCDA FVND...X" (Abbesse Berthe, seconde fondatrice...).

Sinon je n'ai pas retrouvé le texte en question, où Berthe mentionne l'église St Laurent, mais ça ne peut pas mentir un homme d'église, même lorsque c'est une femme, donc on va croire que la première mention indirecte remonte à 1142. Du reste l'architecte... enfin le tailleur de pierre, le constructeur, comment dire, l'artisan Werner ("Wernherus") remit le couvent St Georges en état ("Canonici Wissegradensis Continuatio Cosmae: Hac auditione per spiritum sanctum commonitae claustrum visitant, ecclesiam lustrant, altaria inspectant, et maxime reliquias sanctae Ludmilae patronae suae cum lacrimis quaeritant, accersito Wernhero lapicida et caementario, ut inter saxa et titiones requirat, sollicitant.." ), et d'aucun lui attribue également la construction de notre église St Laurent (attention, hypothèse).

En 1399 par contre, l'on trouve mention de notre édifice dans le "livre des érections dans l'archidiocèse de Prague" ("Libri erectionum archidioecesis Pragensis"). En cette période le viagra n'existait pas, alors chaque érection était vécue comme un évènement remarquable, et se voyait soigneusement consignée dans le fameux registre. Ainsi en page 505 du livre V, l'on peut lire "Pro erectione capellaniae in ecclesia parochiali S. Laurentii in Ujezd Pragensi sub monte Petrino census quinque sexagenarum assignatur" (pour une meilleur érection du chapelain de l'église St Laurent à "Újezd" sous la colline de "Petřín"...). Ensuite plus rien pendant longtemps, sans doute que les archives auraient disparu sans que l'on ne sache vraiment pourquoi (incendie, guerre, vol...). En 1529, encore une mention douteusement indirecte, alors je ne vous en parle même pas. Fin XVIe siècle et jusqu'en 1611 est tenu un livre de compte spécifique pour notre église, mais sans vraiment grand intérêt historique. Et en 1789, l'édifice déjà désacralisé, est alors évalué (financièrement) puis vendu (sans intérêt itou). Je passe ces archives, comme je passe les mentions laconiques dans les divers ouvrages sur Prague qui naquirent dans le courant du XIXe siècle lors de la renaissance nationale (cf. "W.W.Tomek").

Le premier ouvrage qui s'intéresse à l'église en détail date de 1935, "Otto Rutrle, Kostel sv. Vavřince pod Petřínem na Menším městě pražském v minulosti a v budoucnosti". Mais écrit alors que l'église servait d'habitation (cf. plus loin), il ignore tout des fresques ultérieurement découvertes.

Aujourd'hui
Ben aujourd'hui, de la rue vous ne voyez presque rien. L'église St Laurent se trouve à l'adresse "Hellichova 18", tandis que juste devant, à l'adresse "Hellichova 16" se trouve l'ancien presbytère (maison du curé), édifice localement appelé "au soleil rouge". Les 2 bâtiments sont entourés d'un mur, ce qui rend encore plus difficile la vue de quoi que ce soit, et ce n'est vraiment qu'en sachant qu'il se trouve là une ancienne église qu'on peut vraiment l'apercevoir. Mais icelle recèle des trésors, et son étude est des plus stupéfiantes car la fonction de l'édifice a plusieurs fois changé au cours des siècles, laissant cependant des traces par couches successives depuis le roman jusqu'au baroque.

Au début
L'église St Laurent aurait donc été construite vers le milieu du XIIe siècles (communément admis 1145 – 1151) en la commune de "Nebovidy" (i.e. "Nepovidy") le long de l'actuel rue des Carmes ("Karmelitská"), et qui, avec les communes de "Újezd", "Obora", "Trávník" et "Rybáře", formait les plus anciennes agglomérations de "Malá Strana". Parenthèse. A chaque fois que je passe dans la rue des Carmes, je ne peux m'empêcher de penser (et informer mes visiteurs lorsque je leur sers de guide) que cette rue au demeurant quasi insignifiante était depuis le début de la préhistoire l'une des routes fondamentales du commerce européen. Reliant la mer Caspienne jusqu'à l'océan Atlantique sur quelques 4500 km, elle relie encore aujourd'hui Makhatchkala (au Daguestan) à Brest (France), en passant par Rostov-sur-le-Don, Donetsk, Oujgorod, Prague, Plzeň, Amberg, Nuremberg, Sarrebruck, Verdun, Reims, Paris. Connue sous l'appellation E50 par le gros Michelin, ou "Via Carolina" sur le tronçon entre Prague et Nuremberg (en mémoire du bon roi Charles IV), elle passait, jusqu'à l'invention de l'autoroute et du contournent, par la rue des Carmes, à 80 m de notre église et à 160 m de mon palace d'à moi. Enorme non? Mais revenons au sujet.

En milieu du XIIe siècle eut alors lieu un évènement des plus importants pour la ville de Prague: le roi "Vladislav II" y déménagea toute sa clique, faisant alors du hameau la capitale de son royaume. Et avec le roi, déménagea son conseiller, l'évêque "Jindřich Zdík", qui fut l'initiateur (et si non lui, alors ses semblables) de la construction de nombreux édifices religieux (églises, domaines, abbayes, couvents...) en "Malá Strana": notre église St Laurent et le couvent Ste Marie Madeleine (aujourd'hui l'hôtel Mandarin, en partie) à "Nebovidy", St Jean "na Prádle" (toujours debout, près de chez moi), St Jean l'Evangéliste "na Újezdě" (détruit après 1420, emplacement incertain), St Prokop, près des chevaliers de St Jean (n'existe plus, auparavant dans la rue St Prokop), St Jean Baptiste "V Oboře" (désacralisé en 1784 et transformé en maison d'habitation)... Ainsi avec la proximité de la nouvelle cour royale, les terrains le long de la route commerciale prirent rapidement de la valeur et furent encore plus rapidement peuplés et traits par la curaillerie. En cette période, notre église St Laurent appartenait aux bénédictines du couvent St Georges d'au Château et les similitudes dans la construction de St Laurent et la reconstruction de St Georges ne permettent aucun doute: c'est la même corporation d'artisans qui oeuvra sur les 2 projets, ce qui explique la mention de St Laurent dans les écrits de l'abbesse Berthe du couvent St Georges.

L'édifice se présentait alors comme un rectangle de style roman à nef unique fermé par un choeur légèrement moins haut et moins large qu'icelle nef. Selon les fouilles, les mesures en étaient 1184-1198 cm par 688-708 cm pour la nef et 408-412 cm par 523 cm pour le choeur. L'épaisseur des murs variait d'entre 80-90 et 118-125 cm (pour ceux qui se demanderaient pourquoi il y a 2 mesures, ben c'est parce qu'en cette époque les règles n'étaient pas toujours droites, et que donc parfois, c'était plus ou moins large ou plus ou moins long). Selon les derniers éléments archéologiques, un petit clocher se trouvait au sommet de l'édifice inhabituellement au sud, et le toit en poutres en bois fut transformé en voûte en berceau en pierre vers la fin du XIIIe siècle. Le tout était entouré d'un cimetière, d'habitations en bois, de terres agricoles et de vignes qui perdurèrent (les vignes) jusqu'au XVIIe siècle.

Au milieu
Lorsque la commune de "Nebovidy", alors indépendante, fut rattachée à "Malá Strana", l'église St Laurent subit (vers 1378) un agrandissement gothique par l'arrivée de nouvelles finances par le rattachement du trou au bled. Un nouveau vaisseau gothique à voûtes à nervures fut accolé au sud du vaisseau roman à l'aide d'arcades brisées. Quant au nord, on lui accola un vestibule d'entrée et une sacristie. Tout cela fut en partie détruit par les hussites en 1420, mais il n'existe plus aucune source afin de préciser dans quelle mesure (tout fut détruit). Tout fut également reconstruit, puis re-détruit, et ainsi de suite jusqu'à la bataille de la Montagne Blanche. En 1626, notre édifice fut rattaché à la paroisse St Venceslas et devint "affilié". Le livre de comptes relate en cette période de nombreux travaux: toiture, chaire, câble à téloche, ce qui laisse à penser que St Laurent était en mauvais état. En 1666, l'intérieur fut repeint, et l'initiateur laissa son empreinte sur un des murs "M. Danielis Basilita Daudschenberg ́r. N. P.l. g Rectoris Scholae Micropragensis". Entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, fut ajoutée une petite annexe baroque contre le mur ouest, et surtout l'orientation fut inversée. Non pas que le curé célébrait la messe la tête en bas, mais là où il se trouvait avant s'y trouvait dorénavant les zouailles, et là qu'avant se trouvaient les zouailles s'y trouvait dorénavant le curé (la tête à l'endroit). Comment qu'ils z'ont fé? Ben ils ont tout simplement déménagé l'autel et son retable, les bancs, et retourné la porte afin de ne pas commencer par sortir avant même d'être rentré. Bon, mais c'est anecdotique, donc on passe à la suite. En 1775, l'église fut rattachée à la paroisse St Nicolas. Ok, ça aussi c'est anecdotique mais comme vous pouvez constater par vous-même, y a vraiment pas de quoi écrire une bible sur l'évolution architecturale de l'édifice en milieu de son existence.

A la fin
En 1784, et comme de nombreux autres édifices religieux, St Laurent fut désacralisée (l'église) dans le cadre des reformes Joséphiennes. Fermée pour une durée d'entre 5 et 10 ans, l'église fut par la suite vendue aux enchères pour pas cher, les experts lui ayant attribué les qualificatifs de "vétuste", "défaillante" et "obsolète". Pour l'anecdote, lesdits experts n'étaient autres que "Ignác Jan Nepomuk Palliardi" et "Josef Jäger", deux fabuleux architectes baroques dont mes publies sont pleines. Entre 1804 et 1816 (sans réelle date précise), l'édifice fut transformé en habitation (sans savoir par quel architecte), lui donnant une apparence totalement différente non seulement de l'extérieur, mais également de l'intérieur. Inutile de préciser que cette "adaptation" ravagea de façon irréparable certains vestiges architecturaux mais surtout décoratifs (peintures). L'on segmenta l'édifice en étages (2 dans la nef gothique, 3 dans la nef romane et dans le choeur), les étages en chambres afin de créer 5 unités habitables et l'on mura certaines fenêtres alors qu'on en perça d'autres. Au siècle suivant, l'on introduisit l'électricité dans les murs, le tout à l'égout, les tuyaux et les canalisations.

En 1932, l'Eglise tchécoslovaque acquit l'église St Laurent afin de lui rendre sa fonction de lieu de culte. Mais par manque de moyen financier, l'affaire capota et c'est une menuiserie qui s'installa céans. L'édifice se fondit dans son environnement et fut pour ainsi dire oublié jusque dans les années 1955. En cette période, un certain "Dr. Vladimír Píša" alors en réunion dans un bâtiment adjacent vit par la fenêtre un bloc de pierre apparent duquel l'humidité avait emporté le crépis. L'on pris quelques mesures, l'on fit quelques sondes, et l'on redécouvrit les fondements romans de l'église St Laurent. Mais les travaux de Vladimir furent oubliés, et ce n'est qu'en 1981 que l'on redécouvrit la redécouverte. Et là se posèrent de multiples questions: est-ce qu'on laisse comme c'est, est-ce qu'on démoli, ou est-ce qu'on réhabilite comme avant, et si oui pour quoi faire? Finalement l'idée de réhabiliter comme avant et en faire un espace de culture fit son chemin, et fut choisie comme la plus raisonnable des idées. La reconstruction dans l'état romano-gothique d'origine eut lieu de 1984 à 1991, et sous la conduite de géologues, archéologues, historiens, architectes, constructeurs, restaurateurs et bouchers-charcutiers, l'église St Laurent renaquit de ses ruines comme le fait-nix de ses cendres. Les ajouts néo-classiques (XVIII-XIXe siècles) furent éliminés, les éléments romans et gothiques restaurés, les fenêtres d'origine repercées. Jusqu'au niveau du sol, remis au niveau d'avant, soit plus d'un mètre sous le niveau actuel de la chaussée (du coup faites gaffe à la marche).

Les fresques
Entrons dans le sujet sans doute le plus intéressant, les fresques, leur conservation et leur description. Donc comme dit, la restauration des fresques commença en même temps que la reconstruction en l'état d'origine de l'édifice, soit en 1984. La première étape consista à faire l'état des lieux, le recensement et la préservation des fresques pendant la reconstruction (1984-1991). Ce n'est qu'une fois la démolition terminée (des éléments extérieurs non voulus) et la nouvelle toiture posée que fut initiée la seconde étape. Icelle consista en la démolition des étages et des murs intérieurs, opération au cours de laquelle fut découverte la tête de St Laurent dans le choeur de l'église. Selon les experts d'alors, la tête du St Laurent fut datée de vers 1360, et rapprochée dans son exécution peinturluresque d'un des plus grands maîtres de l'époque, le maître du retable de "Třeboň". Par-dessus cette fresque se trouvait une seconde couche de vers 1380, une troisième couche de l'époque renaissance, et d'autres couches sans intérêt de l'époque reconstruction en habitation (entre le début du XVIIIe siècle et 1984). Une autre fresque fut découverte en cette année sur un des piliers: un damoiseau agenouillé et des fragments d'inscription d'entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle (je reviendrai en détails sur les peinturlurations plus loin).

En 1989, la restauration des fresques entra dans une nouvelle étape, en particulier sur le mur nord du choeur et dans la nef latérale. Ici les restaurateurs rencontrèrent comme une difficulté, parce que sur les plusieurs couches de peinture se trouvaient plusieurs couches de fresques qu'ils souhaitaient toutes conserver. J'vous explique. Sur la couche numéro 1 d'époque romane se trouvait une seconde couche plus récente, et sur la seconde couche une troisième. Bon, mais la seconde couche n'était qu'un repeinturlurage plus récent de la première couche. Aussi afin de conserver le plus de fresque possible, fut utilisée ici la technique dite du "transfert" où la couche supérieure fut "épluchée" du mur et disposée entre 2 plaques de plexi-glace (environ 65 x 55 cm) permettant la visualisation des fresques sur les 2 côtés du crépis. L'empreinte "ancienne" d'époque romane représente la descente de croix, tandis que la fresque "récente" datée de vers 1450 représente St Laurent avec son barbecue. Les 2 fresques sont d'origine, sans retouche ni repeinture ce qui permet au spectateur d'apprécier la qualité des couleurs d'époque. Un second "transfert" d'environ 100 x 80 cm montre d'un côté Jésus sur le mont des Oliviers, et de l'autre le martyr de St Laurent.

A partir de 1990, l'on entreprit la restauration des voûtes d'arêtes gothiques du choeur peinturlurées en motifs décoratifs renaissance sur quelques 37 m². Les nervures (les arêtes des voûtes) sont polychromées par endroit d'origine gothique, par endroit d'origine renaissance.

En 1991 furent restaurés les murs sud et ouest du choeur, soit quelques 47 m² de fresques gothiques représentant le martyr de St Erasme (i.e. St Elme) et St Jérôme peinard, non martyrisé. Bon, mais entrons dans les détails que le diable s'y trouve dedans.

Les fresques les plus anciennes
Elles représentent le cycle jésutesque (ou christologique) dont seules 3 scènes subsistent: la "descente de croix" (au Tour de France de l'an 33), "l'adoration des mages" et "l'adoration des bergers" (tout le monde adore le p'tit Jésus, tellement qu'il est bon). Notez que la "descente de croix" devait originellement être "restage sur croix". En regardant proprement sur le mur, vous pouvez apercevoir autour de la tête et de la main droite du bras du crucifié (donc à gauche pour nous) l'esquisse au crayon rouge où la tête devait être droite (et non tombante) et le bras (droit à lui, mais gauche pour nous) cloué. Bon, mais le client étant roi, on aménagea la scène selon sa volonté de dernière minute, et vous pouvez ainsi apercevoir Joseph d'Arimathie, St Jean (le baptiste?), Nicodème, vierge Marie, St Jean l'évangéliste et un personnage non identifié avec certitude mais que l'on pourrait présenter comme Marie Madeleine de par ses cheveux au vent (les autres Marie étaient passées chez le coiffeur avant le début des travaux). Il est un autre personnage principal (sans doute une autre Marie, venue filer un coup de main avec les clous et la pince), mais compte tenu de son état dégradé, aucune possible certitude de qui c'est donc qu'il s'agit de. Bon, et n'oublions pas le hobbit sous la croix à droite, de moitié plus petit que les principaux acteurs, et qui serait fort probablement le mécène donateur de pognon aux besoins du culte. Au-dessus de la scène, l'on peut lire "Naz... Iudaeorum" qui est le reste du fameux "Iesus Nazarenus, Rex Iudaeorum" (Jésus de Batignolles, roi des Belges) que les faignants peintres successeurs s'empressèrent d'abrévier par INRI.

Sur l'arc du mur nord se trouve une fresque qui fait suite à la précédente. L'on y voit une femme (encore que, sans doute une féministe puisqu'il y a doute sur le genre du sexe) qui tient entre 2 doigts de sa main droite un nanneau. Son visage est tourné vers le Christ en descente de croix (à 60 km/h) et suggère l'humilité et la vénération. Au début, l'on croyait que c'était la femme de Jésus. Bon, mais Jésus n'ayant pas eu le temps (et surtout pas l'envie) de se marier (selon les Glises), l'on croyait ensuite que c'était Ste Agnès de Bohême. Mais pareil, ayant évité le mariage avec un Allemand, un Anglais et qui sait encore avec qui d'aut', il est peu probab' qu'elle soit allée proposer le mariage à Jésus 12 siècles après sa mort. Non, la plus probab' des hypothèses, c'est qu'il s'agit de Ste Agnès de Rome, celle qui, à seulement 13 ans, fut mise à nu et baladée en la ville (de Rome) et à qui les cheveux poussèrent subitement si prompt qu'ils recouvrirent entièrement son corps afin de le soustraire à la vue des romains lubriques et pédophiles comme un évêque (dicton du jour: à la Ste Agnès, n'oublie pas de cacher tes fesses). Ah oui, et pourquoi alors Ste Agnès de Rome, la plus probab' des hypothèses? Ben parce que le tiers inférieur droit de la fresque n'est plus, et qu'il était représenté là sans doute un agneau et que l'agneau blanc est l'attribut de Ste Agnès de Rome (comme de l'Aīd al-Kabīr). Moi j'dis que c'est une preuve incontestable.

Sous la "descente de croix" donc, à gauche, se trouve "l'adoration des mages". La fresque est classique, la vierge Marie tient en ses bras sur ses genoux un p'tit Jésus qui, de sa main droite, bénit 2 rois mages parce que le troisième n'a pas été conservé.

Ensuite à droite, sous la "descente de croix" toujours, se trouve "l'adoration des bergers". La fresque est classique, la vierge Marie en panne de batterie demande à l'archange Gaby s'il peut lui prêter son iPhone pour appeler p'tit Jésus parce que sa leçon de piano a été annulée (ne me demandez pas quel rapport avec les bergers, mais en religion faut croire et pas comprendre alors ne cherchez pas).

Ces fresques seraient donc d'entre 1200 et 1220 parce qu'elles sont presqu'identiques aux enluminures présentes dans les manuscrits de cette époque, ce qui dénote d'un manque total d'imagination créatrice de la part de l'artiste, mais bon, en cette époque, c'était clairement pas bien vu, l'imagination créatrice. Il n'en reste pas moins qu'elles sont exceptionnelles, ces fresques, non seulement parce qu'elles furent conservées, mais également par leur qualité iconographique. En période gothique, les 12 apôtres furent peints par-dessus ces images.

La seconde couche de la deuxième moitié du XIVe siècle
Icelle couche fragmentée est peindue par-dessus la couche précédente, et donc seul un oeil aguerri peut en discerner les différences (pour les zaut' zyeux, c'est un plat de nouilles). A droite donc la résurrection. Seul le torse du Christ avec sa tête entourée d'une auréole et ses deux doigts bénissant sont conservés. A gauche, St Thomas l'incrédule, au moment où il lui mets 2 doigts dans... dans la plaie. Notez l'inscription fragmentaire "MAS" au-dessus de la tête du concerné (Tho... MAS) et la ligne noire qui amplifie le contour des personnages.

Les peintures du choeur d'après 1360
Cette troisième couche sur le mur nord du choeur s'inscrit dans la période d'après reconstruction gothique, soit après 1360, et représente une seule et unique fresque: le martyre de St Laurent. L'on peut apercevoir de façon plutôt visible comment St Laurent se fait griller tout cru sur son barbecue. A droite, un boug' met une buche dans le feu. Sa posture légèrement déhanchée comme s'il dansait sur les Bee Gees est typique du style des fresques du château de "Karlštejn" et du monastère d'Emmaüs, ce qui conduit les experts à affirmer que le peintre de l'église St Laurent entre 1360 et 1370 serait passé par l'atelier de la cour de Bohême.

Les peintures des saints d'entre 1380-1390
On se parle donc de la quatrième couche qui se trouve sur le mur Est du choeur et qui représente le martyr de St Erasme, Ste Dorothée et St André. Ici il ne fait nul doute, que l'artiste était issu de l'école du maître de "Třeboň". Les experts font remarquer les flagrantes ressemblances entre St André de notre église et St Philippe sur la face arrière de la "résurrection de Třeboň", comme les flagrantes ressemblances entre Ste Dorothée de notre église et Ste Catherine sur le cadre de la "madone de Třeboň" (cf mes photos).

Sur le mur Est du choeur, à droite, le martyr de St Erasme: deux méchants enroulent les tripes du saint sur un treuil, tandis qu'un troisième maintient la bedaine bien ouverte afin que les boyaux n'aillent pas se nouer. Erasmes porte la mitre et sa biroute est couverte d'un voile pudique. Au-dessus du saint, le buste de Jésus assiste à la scène.

Les peintures du choeur du début du XVe siècle
Ici, on se parle donc de Jésus sur le mont des Oliviers et de St Jérôme. Alors le St Jérôme, bon, on ne voit plus sa tête qui a disparu, mais on reconnait les attributs qui le caractérisent, le lion qu'il lui a retiré l'épine du... de la patte, la bible qu'il a traduite en Latin, la table pour écrire dessus, la toge et le chapeau de cardinal pour s'habiller dedans, les suppositoires à l'eucalyptus pour se fourrer dans le... En dessous de la fresque se trouve un texte en Latin fragmentairement conservé.

Jésus sur le mont des Oliviers se trouve en dessous d'un grand vide qu'on ne sait pas ce qu'il y avait là avant, ni même s'il y avait quelque chose d'autre que l'actuel grand vide. Dans la scène, Jésus prie dieu son père les mains jointes et un ange lui apporte soutien afin qu'il prie plus furieusement dans l'agonie de gouttes de sang... (Lucas 22: 43-44 "apparuit autem illi angelus de caelo confortans eum et factus in agonia prolixius orabat et factus est sudor eius sicut guttae sanguinis decurrentis in terram"). Pierre, Jean et Jacques qui n'en pouvaient plus de toutes ces conneries s'endormirent, mais on ne les voit pas parce que la fresque n'est plus. Notez que Jésus a les cheveux et la barbe de couleur blonde, ce qui, de toute évidence, présage de ses juives origines.

Les peintures de la nef de la mi-XVe siècle
Il s'agit des fresques peintes sur les piliers représentant la crucifixion et le prêtre célébrant la messe. Concernant la première fresque, les plus remarquables sont les personnages sous la croix, vierge Marie et St Jean les vents j'ai liste (St Jean 19:26 "cum vidisset ergo Iesus matrem et discipulum stantem quem diligebat...").

Compte tenu de l'état de délabrement de la fresque du prêtre célébrant la messe, force est de constater qu'on ne peut en dire grand-chose. D'un point de vue technique, notez, comme sur la fresque précédente, le fort trait noir sur les pourtours du personnage. D'un point de vue esthétique, notez le splendide antependium (3 fois par jour dans un verre d’eau pendant 1 semaine en cas de diarrhées aiguës) comme la représentation du dallage au sol.

La peintures de la croisée du XVe et du XVIe siècle
Bon, et pour terminer, y a le bout de reste de peinture sur le pilier le plus à l'ouest. L'on y aperçoit un gnome moustachu agenouillé, portant culote verte, chapeau rigolo et plume dessus piquée, tenant en ses mains une croix papale (à trois branches). Bon, et comme il ne reste rien d'autre de la fresque, inutile de vous dire que cette représentation du boug' posa de nombreuses questions aux experts: qui est-il (mécène, donateur, faire-valoir)? Qui était l'acteur principal (Jésus, Marie, Joseph...)? Pourquoi tient-il une croix papale? Pourquoi n'est-il pas découvert (tête nue)? Et c'est pas les fragments de texte au-dessus qui apportent une réponse. Et c'est pas les experts non plus, parce qu'ils ne sont même pas d'accord sur l'âge de la fresque. Au début, certains pensaient qu'elle datait du XIVe siècle. Après analyse des boutons de braguette, d'autres pencheraient plutôt pour la fin du XVe, début du XVIe siècle. Quant au personnage, il semblerait qu'il ne s'agit aucunement de quelqu'un d'important, mais d'un faire-valoir porteur des attributs du personnage principal qui n'est plus (un valet genre). Il est fort possible qu'il avait en miroir un autre comparse porteur d'autres attributs, mais icelui n'est plus non plus.

Pour terminer
Pour terminer, je voudrais encore insister sur l'exceptionnalité unique de cette petite église St Laurent presqu'inconnue du quidam. Icelle est exceptionnelle de par son histoire, mais surtout de par les fresques. Z'imaginez, du roman-gothique, conservé en Prague 1, plein centre-ville, sujet à feu, guerre, démolition, reconstruction, usage non approprié (habitation) et après presque mille ans, l'on retrouve dedans des peintures d'origine dans un état exceptionnel de conservation tout aussi exceptionnelle? Sérieusement, j'en connais pas d'autres des églises comme ça dans le coin. Genre allez jeter un oeil en St Jean sur le linge ("Kostel sv. Jana Křtitele Na Prádle"), et vous n'y verrez que du crépis blanc, rien d'autre que du blanc, pas un fragment de fresque, même abimée (la fresque). Hein? Pourquoi sur "le linge"? Parce que l'église, comme St Laurent, fut désacralisée en 1784 et que l'édifice servit de buanderie jusqu'au début de la seconde guerre mondiale.

Pis je ne puis m'empêcher de vous signaler encore quelques dictons relatifs à St Laurent, que tout bon paysan connait (et oui, généralement les dictons relatifs aux saints sont d'ordre agro-météorologique, donc importants pour les paysans). Vous connaissez "s'il pleut à la St Médard, il pleut quarante jours plus tard?". Ben "s'il pleut à la St Laurent, il pleut quarante jours avant". Vous connaissez aussi "à la Ste Bernadette, souvent le soleil est de fête?". Ben il existe aussi "à la St Laurent, pisses contre le vent" (et à la St André, pisse contre la marée). Ou encore "si à la St Valentin elle te tient la main, vivement la Ste Marguerite". Ben "à la St Laurent, brosse-toi les dents. A la Ste Agathe, brosse-toi la... la natte". Allez, une dernière: "à la St Ignace, l'odeur est tenace. A la St Laurent, vive l'déodorant".

Sinon pour visiter, ben profitez d'un concert du Printemps de Prague. Et sinon, essayez de sonner à la porte. Si vous expliquez que vous venez de loin pour voir les fresques, avec un peu de chance, et pour peu qu'ils n'aient pas trop de boulot, ils vous laisseront peut-être visiter? L'église St Laurent sous "Petřín" se trouve ici: 50.08455, 14.40374.

samedi 28 février 2015

Comme ça, sans plus: Mercredi, c'est rôti

Ben ça fait longtemps que je ne vous avais pas parlé de cuisine. En fait, je voulais vous parler d'aut' chose aujourd'hui, mais comme je suis tombé gravement malade… enfin gravement, une crève à la con, rien de grave, mais grave dans le sens où le toubib m'a mis 1 semaine complète d'arrêt avec antibio et quarantaine à domicile afin de ne pas contaminer la ville dans ce contexte d'hyper épidémie. T'imagines, ça fait plus de 15 ans que je n'ai pas eu 5 jours d'arrêt, et au moins autant que je n'ai pas mangé d'antibio. Du reste le médoc refile un gout foncièrement dégueulasse à la bière, j'vous dis même pas. Et mes potes d'à la "souris obese" (mon troquet d'amour) ne me reconnaîtront même plus si je tarde de trop. Bon, mais maintenant ça va nettement mieux, et comme ça allait aussi nettement mieux y a quelques jours, je me suis dit que j'allais nous préparer une spécialité tchèque, le fameux "vepřo knedlo zelo" qui est à la cuisine tchèque, ce que le pain de mie au concombre est à la gastronomie britannique (le sandwich au concombre est une preuve supplémentaire de l'absence de bon dieu. Icelui serait, il aurait depuis longtemps déversé son courroux sur ces antéchrists de la gastronomie).

Bref, en cette fin de matinée, je me rendis chez mon boucher pour acheter le rôti de porc qui va bien, mais une fois chez lui, il m'informa qu'il venait de recevoir quelques splendides morceaux de porcelet, que ce serait dommage de passer à côté, aussi me lassais-je séduire, et pris un remarquable morceau d'épaule afin de le griller au four.

Avant de continuer, je voudrais encore signaler que je ne suis pas islamophobe, ni antisémite, et que si je vous parle d'une recette de porc, ce n'est pas pour jeter de l'huile sur les loukoums ou pour faire l'amalgame de la xénophobie anti républicaine contre les ceux, qui ne sont pas comme moi. Non, le porc est une de mes viandes préférées, j'en mange depuis que je suis tout petit, et si j'en mange autant que je peux sous toutes ses formes (terrines, pâtés, saucisses, rôtis, grillades, cuit à l'eau, cuit à l'huile…), c'est clairement pas pour faire de la peine à Allah où à Jehova, mais parce que j'aime ça (du reste je suis persuadé que les 2 précédents, si toutefois ils existent, ont d'autres chats à fouetter que de regarder et juger si moi, pauv' type parmi 7,5 milliards d'individus, bouffe du porc ou pas). Mais bon, et comme je sais que les intégristes de Google sont parfois aussi cons que les intégristes religieux (cf. l'affaire Jacob Jordaens), je préfère prendre mes distances de suite de toute tentative de récupération de ma publie culinaire. En espérant qu'elle restera quand même en ligne.

Donc pour ce fameux bout de porc, faut commencer par se servir une bonne bière. D'aucuns vous diront du vin. Bon, ok, je ne vais pas faire l'emmerdeur, mais je pense qu'il est préférable de faire avec de la bière. Et c'est pas pour la cuisine, mais le cuistot. Attends, on ne peut pas cuisiner sans boire. Et pour la bonne bière, regardez sur l'image. J'ai, comme qui dirait, laissé dépasser la marque, donc c'est pas de la pub camouflée pour de l'alcool, mais un élément intégral de la recette.

Retirez l'os. Munissez-vous d'un couteau qui coupe, et je dis bien qui coupe, sinon z'arriverez à rien. Coupez dans la bidoche, et suivez avec la lame l'os au plus près possible. Si tout se passe bien, vous devriez obtenir un bout de bidoche complet en un seul morceau comme sur ma photo. Remisez l'os dans le congélo (dans un sac plastique prévu à cet effet), il vous servira pour les lentilles ou les haricots blancs, c'est excellent.

Rincez la bidoche. Parfois (en Tchéco tout au moins), lorsque le boucher est un porc, il découpe, la viande à la hache (plutôt qu'au couteau), et des p'tits bouts d'os peuvent se retrouver dans la chair, bouts dedans lesquels personne ne voudrait croquer. Aussi il est bon de la rincer (la viande) afin de les éliminer (les bouts d'os). Ensuite étalez la peau en bas, la viande en haut (si par endroit, la viande n'est pas également fournie -plus là qu'ici-, n'hésitez pas à la couper du lieu d'en trop, pour la mettre au lieu d'en pas assez), salez, et poivrez. Pour le sel, je conseille du sel de mer, et pour le poivre, je conseille le poivre concassé par soi-même, plutôt que le moulu par l'industriel.

Déposez dessus des tranches de lard, de l'ail, et hop roulez. Une fois roulé, ficelez. Alors là, je vous préviens que c'est à ce moment que cesse la rigolade. Eh oui, lorsque vous allez essayer de ficeler la viande, le lard et l'ail vont se faire la male. C'est aussi sûr que c'est évident. Alors il faudra que vous ficeliez au fur et à mesure et que vous repoussiez du pouce tout le fourbi dedans la roulade en même temps. C'est aussi coton que de s'épiler les sourcils en roller sur un ballon de gym, mais vous y arriverez, n'aillez pas honte.

Mon ficelage n'est pas spécialement joli, j'avoue qu'il y a autant de ficelle qu'il y a de viande, et mon amie Dana (cordon-bleu) à Genève doit se tordre de rire, mais comme disait un fameux alcoolique, "qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse", genre pas grave la ficelle, pourvu que ça tienne ensemb'. Et c'est justement là tout l'intérêt, que ça tienne ensemb'. Parce que lorsque la viande va cuire, elle va légèrement gonfler, et les ingrédients vont se mélanger les zuns aux zaut', et après, la ficelle, y en aura plus besoin.

Bon, une fois terminé, tout ficelé, déposez la bidoche dans un plat en tôle émaillée, mettez 3 mm d'eau, des épices (feuilles de laurier, clou de girofle, carvi…), un filet d'huile d'olive, et posez le couvercle par-dessus. Le couvercle est indispensable, si vous ne voulez pas que votre rôti s'assèche. Chauffez le four à 130°C, et hop enfournez pour 2:45. De temps en temps arrosez avec son propre jus, et renfournez. Au bout de 2:45, retirez le couvercle, déversez 2/3 du jus dans une poêle, et tournez la tempiote à 200°C, puis laissez encore 15 min au four sans le couvercle. Mettez le feu sous la poêle, ajouter un oignon finement émincé, et faites revenir le tout afin que l'eau s'évapore. Au bout de 10 min, c'est fini, versez le jus sur le rôti, et y a plus qu'à servir avec du chou et des knedliks que vous aurez préparés pendant les 3h de cuisson de la viande.

Le chou et les knedliks, je ne détaille pas, tout le monde sait faire ça comme il faut. Et si non, je vous en parlerai une autre fois.

dimanche 11 janvier 2015

Coup de gueule: Je suis Charlie

L'année ne fait que commencer, et paf, d'entrée de jeu, une bande de fumiers vient me pourrir grave son tranquille démarrage (de l'année). Sans dec, mais c'est qu'ils ne respectent rien ces chiens d'infidèles! (pour utiliser leur langage). Et quand je dis pourrir, c'est bien en dessous de la vérité. Je ne me souviens pas avoir été un jour aussi bouleversé par l'annonce d'un évènement (triste). Même les attentats du 11 septembre ne m'ont pas autant retourné, et pourtant je prenais l'avion le jour même (mais serein). Et vous savez pourquoi, que rien ne m'a autant retourné pour l'instant? D'abord parce que j'ai perdu dans l'histoire 2 personnes qui m'étaient particulièrement chères (malgré qu'elles étaient anars, con-munistes, gauchos...): Cabu et Wolinsky. Attention, je ne veux absolument pas déconsidérer les autres victimes, mais ces deux-là m'étaient très proches. Mais surtout, rien ne m'a autant retourné pour l'instant, parce qu'ensuite, les fumiers responsables de ce répugnant massacre sont Français. Et oui Messieurs Dames, ce ne sont pas des terroristes sanguinaires venus d'un lointain pays primitifs où l'on vit de la chasse et de la cueillette dans une misérable case en crotte de bidonville. Non Messieurs Dames, ces fumiers là sont des Français, élevés (sans doute) à l'école de la république et nourris (sans doute aussi) au velouté de la démocratie. Sans dec, z'ont clairement pas dû recevoir le même enseignement que moi, parce qu'au lieu de massacrer Charlie hebdo, ils auraient mieux fait de le lire. Sauf que Charlie hebdo, c'est pas pour les désespérés de la vie, pour les écoeurés de leur misérable personne, pour les infidèles du bon sens et de la critique nécessaire. Pour lire Charlie hebdo, faut croire et avoir la foi. La foi en... enfin vous savez tous en quoi, vous lisez mon blog. Et ce qui ne le savent pas, z'ont qu'à apprendre et à lire (et pas que Charlie hebdo, mon blog aussi). Attends, tu crois que la liberté, la démocratie, les valeurs intellectuelles vont te tomber en bouche du ciel toutes crues prémâchées avec un goût de truffe du père Igor? Peau d'zob walou macache. D'abord faut apprendre, faut aimer et ensuite faut croire. Croire en la liberté d'expression absolue, c'est là que se trouve le divin. Rien n'est suffisamment sacré qu'on ne puisse en rire. Et surtout pas ce gros con de bon dieu, qu'il s'appelle machin ou truc. Dieu n'existe pas, et croire en lui est nuisible à la santé, un point c'est tout.

Alors il est clair qu'il va désormais y avoir un "avant le 7 janvier", et un après. La bonne question, c'est à quoi va ressembler l'après 7 janvier? Que faire pour qu'un tel désastre ne se reproduise plus? Que faire pour que des Français (et pas seulement) n'aient plus cette hallucinante haine de leur prochain qu'ils ne connaissent même pas? Je suis sûr que les partis politiques et nos classes dirigeantes apporteront une réponse appropriée à ces questions. Attends, pourquoi les payerait-on autant sinon? Et si eux ne savent pas, qu'ils cèdent la place à Marine, parce qu'elle, elle a fort certainement la solution sous le coude. Ca va faire mal, c'est sûr. Tout ce que Charlie hebdo a toujours défendu va n'en prendre plein la gueule, mais si c'est ça le remède, alors qu'on l'impose rapidement parce que les valeurs démocratiques (dans le monde) s'embaument en ce moment d'un remugle putréfié d'obscurantisme primitif qu'à l'aube du troisième millénaire, personne n'aurait cru voir ressurgir.

Sinon Jeudi soir, j'étais devant l'ambassade de France à Prague, et je vous joins les quelques photos prises sur place par moi-même. Notez que le mur de John Lennon se trouve juste en face (de l'ambassade), ce qui du reste n'est pas une coïncidence fort truite, puisque les messages d'amour de paix et de liberté prônés par John trouvaient ainsi un écho incomparable en face de l'ambassade du pays des droits de l'homme (et malheureusement des sales cons aussi). On était peu, genre une deucentaine à vue de mon pif, avec beaucoup de Français vivant céans mais aussi des Tchèques venus en solidarité. Et l'émotion était grande. Lorsque Jean-Pierre est arrivé, l'on a tous observé 1 minute de silence, mais plus on l'observait et moins on la voyait vu que la plupart des observateurs brandissait au-dessus de leur tête une pancarte "je suis Charlie". Moi, je l'avais autour du cou, mes mains étant pleines de mon appareil photo. Pis au bout d'une minute, la fin du silence se fit entendre, aussi l'on discuta encore quelques minutes avec le Pascal et le Fabrice, puis l'on s'en partit à la Grosse Souris se jeter quelques bières et un steak tartare tout en commentant l'actualité la bouche pleine.

Cabu, Wolinsky et tous les autres, votre héritage restera dans l'histoire (et pas que du journalisme). Un jour, l'on contemplera Charlie hebdo comme l'on contemple aujourd'hui la pâtisserie de Bayeux ou les nichons de la Joconde. Un jour, l'on dira "ah ouais dis-donc, ces gars-là avaient des couilles et de l'humour" en lisant vos gags à la lueur des torches dans les égouts, parce qu'en haut, la débilité intégriste aura chassé la race humaine de la surface. Mais on rira et on sera heureux, parce qu'on sera libre de dire "ah ouais dis-donc, t'imagines quand même, le qu'au rang, la bib' et la t'auras, c'est vraiment de la merde!"

dimanche 14 décembre 2014

Ailleurs: Catacombes et historiettes attenantes

Aujourd'hui, je m'en vais vous parler d'un truc en dehors de Prague, parce que comme je dis toujours aux touristes lorsqu'ils me posent la question, la République tchèque ce n'est pas que Prague, et loin de là.
Bon, et lorsqu'ils ne me la posent pas, la question, ben je ne leur dis rien. Aujourd'hui donc, je m'en vais vous parler d'un truc que j'ai visité moult fois, lorsque j'étais petit, lorsque j'étais moyen, puis lorsque j'étais grand (enfin grand, selon la taille que j'ai aujourd'hui). Mais depuis, la chose fut restaurée, embellie et je dois dire qu'elle présente maintenant un véritable attrait bien moderne et bien propre, que ça mérite vraiment que vous y alliez, tellement que ça n'en vaut la peine.

De quoi s'agit-il que? Il s'agit que des "catacombes" de "Klatovy", et je mets "catacombes" volontairement entre guillemets, parce qu'on se parle en fait de 80% de crypte (cellier sous églisien pour ranger les macchabs défunts) et 20% de catacombe (excavation souterraine pour ranger les macchabs défunts aussi). Eh oui, les cryptes, c'est dans 200% des églises (et autres lieux de culte catholique) alors que les catacombes, c'est clairement pas sous le sabot de n'importe quelle vieille carne. Mais bon, parlons de catacombes si ça leur fait plaisir.

J'aimerais encore remercier les braves dames de l'accueil, qui furent d'une remarquable affabilité et d'une franche sympathie, une fois le masque bourru du premier contact tombé (du reste c'est souvent ainsi avec les Tchèques, dur le premier contact, mais après [quelques bières]...).
Une des braves dames, énergique et diligente malgré son âge, nous détailla tout de ce qui se trouvait dans le musée, et beaucoup de ce qui lui passait par la tête sur le moment: anecdotes, souvenirs, histoires... La visite en fut d'autant plus riche et colorée. Mercis sincères mesdames.

Pré en bulle
Et donc avant de commencer avec les caca-tombes, faut que je vous parle de l'église, des jésuites, de la bataille de la Montagne Blanche, des hussites... Bon, je fais rapidement. Au premier jour dieu créa la lumière. Il vit qu'elle était bonne et il la sépara des ténèbres... Ah bon, vous connaissez? Bon alors on passe à la suite. Au 3.567.897.471e jour, dieu créa l'Europe. Il vit qu'elle était bonne et il la sépara des Anglais... Ah bon, vous connaissez aussi? Bon, alors au 4.570.142.341e jour, dieu créa la Bohême. Il vit qu'elle était bonne et il la sépara des nuisibles, en particulier du pape. En effet, jusqu'en 1620, il y avait en Bohême comme une tolérance religieuse que peu, très peu de pays en cette époque n'avaient (cf. le fameux majestätsbrief de Rudolf II). Ainsi certaines villes étaient d'obédience catholique ("Cheb, Plzeň..."), d'autres d'obédience hussite (protestante, "Tábor, Znojmo..."), mais toutes vivaient dans un œcuménisme religieux presque parfait d'avec tous les cultes. Ca dura jusqu'à la bataille de la Montagne Blanche, où tout bascula.
Or parmi ces villes, il était "Klatovy", d'obédience hussite (protestante). Après la bataille (de la Montagne Blanche), Ferdinand II infligea sa religion catholique à tout le pays selon le principe "cujus regio, ejus religio" (tel couillon, telle religion). Et afin de bien faire prendre la colle dans les contrées protestantes, il y déménagea les plus djihadistes races de curaillons possibles avec apostolat d'y convertir la populace "flammaque et ferro. C'est ainsi que le 11 mars 1636 (date officielle, mais certaines sources parlent déjà de 1628), 3 jésuites débarquent en notre ville originellement protestante. L'invasion venait de commencer suivant un scenario bien connu des millions de victimes africaines, sud-américaines, asiatiques etc... mission, résidence, collège, et glize.

La résidence naquit dès la première année (1636) avec le don par un imbécile catholique local de plusieurs demeures, fermes et propriétés. L'empereur d'Autriche en personne mit la main à la poche, tout en sermonnant copieusement le bourgmestre afin qu'il facilite gracieusement les desseins des frocards. Aussi dès l'année suivante (1637), iceux commencèrent à réfléchir à un lieu propice à la construction d'un collège. En 1642 fut fondée la première école en des locaux provisoires. Le 13 avril 1655 fut posée la première pierre du collège tel qu'on le connait encore aujourd'hui. Et seulement 1 an plus tard, le 24 avril 1656 à la St Henri (à la St Henri, ose les conneries), fut posée la première pierre de l'église de l'Immaculée Conception et de St Ignace.
La construction fut pour le moins houleuse (certains parlent de problèmes financiers, mais c'est saugrenu, attends, les jésuites et des problèmes financiers?), mais l'on pendit cependant la crémaillère le 31 juillet 1675 à la St Ignace de l'Aïoli, bien que les travaux ne prirent réellement fin qu'en 1679. Alors vous aurez remarqué que je fus particulièrement bref sur la construction de l'église. En fait ce splendide édifice mérite nettement plus qu'une aussi succincte description, et je m'en prépare pour un de ces jours une publie complète à son propos. C'est pour ça, que je ne vous en dis pas plus aujourd'hui, sur l'antiffe. Je rajouterais juste encore que les édifices jésuites sont d'une remarquable qualité, et ce non seulement de par les fabuleux architectes, ouvriers et artistes qui oeuvrèrent dessus (les jésuites, contrairement à ce qu'ils racontent à qui veut l'entendre, avaient généralement du pognon, beaucoup de pognon pour payer ce qu'il y avait de meilleur, alors l'histoire des problèmes financiers, c'est une entourloupe pour mystifier le fisc), mais également par le processus d'approbation des projets potentiels. Avant la moindre construction, les plans et desseins étaient envoyés à Prague. Lorsqu'ils passaient ce premier contrôle de "ça tiens la route", ils étaient alors transmis à Rome. Et ce n'est que lorsque Rome apposait son sceau de "bon pour construction" que l'on mettait l'ouvrage en chantier. Attends, c'était clairement autrement réfléchi que les aéroports de Ciudad Real, Berlin Brandebourg, barrage de Sivens et autres écotaxes :-)

Cryptes et catacombes
Alors selon les témoins, les premières inhumations eurent lieu en dessous de l'église dès la fin de la construction de la nef. Mais selon les documents, les premiers momifiés qui méritaient d'être apposés sur (les documents), datent de 1677. En 1689 eut lieu le grand incendie de "Klatovy" sur lequel je reviendrai plus loin, mais grâce aux dons de la noblesse comme des villes environnantes ("Plzeň", "Domažlice"...), les édifices des jésuites furent rapidement réparés/reconstruits. Les ratichons noirs reçurent d'ailleurs tellement de pognon, qu'en 1692-93, ils construisirent encore un séminaire afin de fanatiser la plèbe dès le plus jeune âge. Lorsque la Compagnie de Jésus (quand je vous dis que c'est une réelle entreprise à but fortement lucratif: la Compagnie de Jésus, i.e. l'Entreprise d'à Bon Dieu...) fut dissoute en 1773, les édifices devinrent propriétés de la ville et le collège devint caserne. Notez qu'en pleine gloire, le collège abrita 310 prisonniers... pensionnaires, ce qui est remarquable compte tenu de la population restreinte de la ville (22.000 habitants aujourd'hui, mais au XVIIIe siècle, sans doute bien moins).

Ah oui, les catacombes. Alors au départ, elles devaient servir aux jésuites afin d'y momifier leurs membres (en entier, pas que les membres), mais au fur et à mesure que l'activité gagnait en popularité, l'on finit par y remiser n'importe qui, pour peu qu'il eut le coeur suffisamment grand et la poche suffisamment garnie afin de financer les bonnes oeuvres: bourgeois, notables, militaires... Entre le début (vers 1656) jusqu'à la fin (en l'an 1783) du fonctionnement des catacombes, quelques 200 momies y trouvèrent refuge. Lorsqu'en 1784, l'empereur Joseph II mit un peu d'ordre dans les ordres comme dans le fonctionnement de l'Etat, la momification prit fin au profit de l'inhumation classique parmi la vermine sous terraine (et surtout en dehors de la ville).

Alors contrairement aux momies égyptiennes qui furent embaumées et travaillées méticuleusement par des professionnels de l'embaumage... l'embaumation... de la thanatopraxie, ici la technique des plus simples s'apparentait plus au séchage du sauciflard à l'air libre. Tiens, vous pouvez même faire chez vous avec un grand parent décédé: prenez une carcasse standard en état de mort attestée. Dans un cercueil en chêne véritable, déposez un lit de copeaux de bois. Placez la viande en son milieu, râble sur le fond, ventre en l'air, puis déversez soigneusement tout autour des cônes de houblon. Outre ses vertus antiseptiques médicalement reconnues, l'humulus lupulus (ou "houblon") favorise l'apaisement, la digestion et le sommeil (que peut une momie demander de plus? Si, du Viagra).
Salez, poivrez, puis placez le tout dans la crypte ouverte à l'air libre. La circulation d'icelui (air libre) ingénieusement engendrée par les aérations prévues à cet effet depuis la cave jusqu'au toit asséchera la matière comme les chaussettes de l'archiduchesse en quelques semaines seulement. A température et humidité relativement constantes, la bidoche, incluant organes internes, humeurs liquides... se contracte à seulement 8 à 10 Kg offrant aux joyeux veinards une apparence unique et une longévité accrue que nombreux vivants leur envient encore aujourd'hui (cf. mes photos).

C'est ainsi que les momies traversèrent intactes les âges, les guerres et les épidémies jusqu'aux années 30 du XXe siècle. En cette période, et lors des travaux sur la toiture de l'église de l'Immaculée Conception et de St Ignace, les ouvriers remblayèrent par accident les puits d'aération qui montaient depuis la crypte, étouffant ainsi l'ingénieuse circulation d'air. En quelques mois, une grande majorité des momies se détériora irréversiblement sous l'action de l'humidité, des moisissures et des bactéries, au point qu'on dut les jeter... enterrer dans une tombe commune du cimetière St Jacques. Sur un total de quelques 200 momies, seule une quarantaine survécut à l'inconséquence destructrice des ouvriers (c'est bête un ouvrier quand même, les enfants travaillez bien à l'école, j'vous le dis moi, ça vous servira beaucoup dans la vie, pour devenir manager syndical par exemple).

Bon, mais il en reste quand même quelques-unes aujourd'hui, de momies, récemment restaurées, recollées et présentées au public dans leurs meilleurs atours. Et croyez-moi, ça vaut la peine. Je me souviens, y a pas plus tard qu'y a pas très longtemps, les macchabs étaient exposés au public sous la poussière centenaire dans leurs cercueils ouverts. Le visiteur bien voyant pouvait même apercevoir les points blancs de moisissure sur les peaux séchées, manquaient plus que les mouches en tutu rose afin que le spectacle soit complet. Et ça attirait son monde, jusqu'à 200.000 visiteurs par an, qui venaient postillonner leurs miasmes sur les jerky, voire carrément voler ce qui se trouvait à la portée de leurs sales mains pleines de doigts (t'imagines le degré de bassesse des pauv' types?). Aujourd'hui, c'est vraiment bien fait, un vrai musée sur 300 m² digne d'un standard ouest-européen, avec explications en Germain comme en Anglais pouvant accueillir autant de monde que souhaité pendant toute l'année.

Les vedettes
Et donc parmi les fanés, il en est des qui sont aussi connus que... que Rika Zaraï ou Line Renaud. L'une de ces vedettes est le prêtre "Vojtěch (Adalbert) Chanovský", missionnaire local à l'origine de la viendu en 1636 des jésuites en "Klatovy" (le conseil municipal aurait préféré les Teletubbies, si déjà il fallait que quelqu'un vienne, pour enrichir intellectuellement la ville).
Tiens, anecdote de bistrot. Avant d'être le commandant des jésuites de la ville, en automne 1620, "Chanovský" devint le commandant des jésuites de "Český Krumlov", capitale de la famille "Rožmberk", une de plus riches et influentes nobles familles de Bohême. Et lorsque décéda l'avant dernier héritier de la famille, l'archi fameux "Vilém z Rožmberka", bon pote des empereurs d'Autriche qui se succédèrent durant sa vie et presque roi de Bohême d'un poil et roi de PLogne de 2 (poils), ben lorsqu'il décéda, il fut déposé en l'église St Guy de "Český Krumlov", dans un mausolée pompeux avec colonnes et baldaquin sur lequel paradait une statue équestre monumentale (datée de 1592-1596) représentant lui sur sa bourrique, oeuvre de "Jiří Bendl" (mort vers 1650, diffèrent de "Jan Jiří Bendl", mort en 1680). L'oeuvre légèrement mégalo se trouvait en plein centre de la nef centrale, à 1,5 m de l'autel principal aussi lorsque le moine "Vojtěch (Adalbert) Chanovský" prit son service en "Český Krumlov", il fit tout simplement déposer et remiser le fourbi dans la cave (en 1621), au motif que l'affaire nuisait au bon déroulement de la messe, et que malgré l'importance du bougre "Vilém", il n'est point dieu pour reposer si près de l'autel
(cf. "Václav Březan: Toho také roku počalo se dělati epitaphium panu Vilémovi z Rožmberka, kteréž postaveno slavně a nákladně v kostele farním krumlovském; přes tři tisíce kop míš. pánu na ně šlo nákladu. Nejvejš nade vším postaven byl rytíř rožmberský s koněm, kteréhož po časích jezuité, bavše se, aby snad na ně dolů vyskočil, odtud sníti dali.").

Oh purée d'un nom di diou, le foin tonitruant qui s'en suivi! La veuve de "Vilém", l'archi fameuse "Polyxena z Lobkovic", née "z Pernštejna", épouse d'en seconde noce de "Zdeněk Vojtěch Popel z Lobkovic", défendrice des défenestrés de 1618 et donatrice du débile "Jesulus Pragensis" aux carmes qui régulièrement habille le poupon de vêtements hors de prix que c'en est répugnant de perversité pédophile à gerber ses tripes, donc "Polyxena", dont mes publies sont pleines de son nom, poussa une gueulante cosmique. Elle hurla auprès de l'archevêque de Prague ("Jan Lohelius", qui fit détruire l'église protestante de "Hrob" en 1617, prémices à la défenestration de Prague en 1618, puis à la guerre de 30 ans, puis à toutes les guerres suivantes y compris les 2 mondiales). Elle hurla auprès du jésuite généralissime d'à Rome.
Elle hurla tellement fort auprès de tous ceux qui figuraient sur sa liste de "friends" de Fesse-bouc, que "Vojtěch (Adalbert) Chanovský" dut reconstruire le mausolée séance tenante et aux frais de la compagnie (de Jésus), suite à quoi il fut déchu de sa fonction de commandant des jésuites de "Český Krumlov". Est-ce en châtiment qu'il fut envoyé quelques années plus tard à "Klatovy" afin d'y convertir les récalcitrants?

Et pour terminer notre histoire, d'autres tentatives de retirer le mausolée mégalo de la nef de l'église eurent lieu en 1670 puis en 1717-18. Pareil, toutes furent un échec. Ce n'est que lors des réformes Joséphiennes, en 1783, que l'encombrant bastringue fut démonté. La crypte fut également ouverte. "Vilém z Rožmberka" et sa troisième épouse "Anna Marie Bádenská" ("Polyxena z Lobkovic" était sa quatrième et dernière épouse) furent déménagés de leurs cercueils en étain en des cercueils en bois, puis remisés là où qu'ils se trouvaient auparavant. La demi-tonne d'étain fut vendue aux enchères le 6 septembre 1785 comme ferraille de récupération.
Les pierres tombales en marbre finirent incrustées dans le mur de la chapelle latérale St Jean Népomucène (où se trouvent également les colonnes du baldaquin), et sont encore aujourd'hui visibles en l'église St Guy de "Český Krumlov". Quant au légendaire "cavalier Vilém" de "Jiří Bendl", nulle trace aucune. Selon certaines sources, il aurait déjà disparu lors de la première tentative d'évacuation du bataclan en 1621. "Chanovský" l'aurait-il vendu? Mais revenons aux macchabs.

Ensuite nous avons "Antonín Weichs", qui eut pour seul mérite d'avoir été le dernier momifié le 7 janvier 1783. Encore que dernier, disons que c'est la version officielle, parce que selon les recherches des "amis de l'histoire tchèque", après l'Antoine, l'on eut encore momifié "Ludmila z Osterreicheru" le 4 février, et comme toute dernière "Marie Ptáková" le 6 mars 1783. Bon, mais sur le tout premier momifié en la crypte, le 30 mai 1676, les sources concordent, c'est bien "Jan Jahoda" qui eut pour seul mérite d'avoir été le premier momifié.

La plus jeune des inhumés en l'église (mais non momifiée) en mars 1665 avait 5 mois, "Jacobina z Klenové a Janovic". La plus âgée avait 100 ans, "Ludmila Syparová", décédée en Janvier 1770. Parmi les 201 défunts officiellement recensés, 151 étaient des males alors que 50 étaient des femelles. 120 appartenaient à un ordre ecclésiastique, 81 n'appartenaient pas. 23 se rasaient les jambes, 187 ne se les rasaient pas.

Une des plus célèbres momies de "Klatovy", parce qu'elle fait marrer les gosses, c'est celle d'avec son gros bide et sa jambe éléphantesque. Je ne me souviens plus de qui c'est son nom, mais vous ne pouvez pas louper le bougre. Son gros bide, c'est d'à cause que de son vivant, il souffrait de flatulence et d'un cancer du gros intestin. Quant à sa jambe, c'est la conséquence d'une goutte de la taille du lac Léman (dément!). Alors attends, comme cette momie-ci a su sécher sans s'assécher, ben dans les boyaux de son gros bide se trouvent plusieurs litres d'air tricentenaire. Enorme non? J'te dis pas l'alerte le jour où ça pète.

Sinon parmi les vedettes toujours, une d'entre-elles a été reconstituée. Genre les gars, ben ils ont passé la momie dans un scanner afin de la soumettre à une nana-Lyse tomographique, et outre que "Anežka Kunhuta Příchovská z Příchovic" n'était vraiment pas enceinte (même pas un peu, tu m'étonnes, à 66 ans), ils ont en outre découvert que la pauv' femme souffrait de tuberculose ostéoarticulaire comme pulmonaire, de rhume chronique et quelle appartenait aux 187 personnes qui ne se rasaient pas les jambes. Née en 1612 et décédée le 10 octobre 1678, elle eut le privilège d'être l'une des momies les mieux conservées (avec toutes ses maladies, même la moisissure ne montait plus dessus) et fut donc choisie comme sujet pour l'exercice tomogratruc.
Son visage fut ensuite reconstitué en cire (comme pour Madame Tussaud, Monsieur Grévin ou Michael Jackson) et les fringues cousues à l'identique des lambeaux sur elle trouvés. Un joli film dans le musée vous racontera toute cette aventure en images en couleur, et en son en Tchèque. Y a juste que bon, le résultat final... enfin vous verrez par vous-même, mais la pauv' vieille, elle fait quand même un peu travelo avec sa mâchoire extra large de boxeur poids lourd.

Et puisqu'on parle de film, vous en verrez également d'autres sur "Klatovy", sur la période baroque, sur les jésuites (les bons côtés seulement, c'est à but commercial, pas objectif), par contre chuis pas vraiment sûr qu'ils existent en toutes les langues, et pas vraiment sûr du tout du tout qu'ils existent en Français.

Ah si, pour les latineux (qui parlent Latin, genre latinophones, mais c'est pas dans le dictionnaire) il est en saison des représentations théâtrales en Latin. Pendant la durée de vie du collège (jésuite), au XVII et XVIIIe siècle, les ensoutanés écrivaient des scénettes ensuite interprétées par leurs étudiants afin de leur faire entrer la langue des sciences dans la caboche. Les textes existent encore aujourd'hui, et sont joués devant le public délecté (mais en saison seulement).

Les Français terroristes
Alors comme dit précédemment, "Klatovy" fut incendiée en 1689, mais pas que "Klatovy". J'vous explique... Si je vous dis Ezéchiel du Mas, comte de Mélac, ça vous parle? Bon et la guerre de la Ligue d'Augsbourg? Non plus? Bon, alors Louis XIV? Hein, Louis XIV, vous savez, le roi soleil qui fouettait tellement du goulot qu'on se demandait si c'était pas des pieds, et que les dames en tombaient toutes vertes à la renverse que la pestilence leur frisait les moustaches? Alors il était une fois Louis XIV, célèbre pour son hygiène buccodentaire catastrophique, mais également porteur de goutte, petite vérole, dysenterie, blennorragie, fistule anale... et autres délicatesses de salon, qui faisait, avec les Ottomans, la guerre contre la Ligue d'Augsbourg (plutôt que de soigner ses innombrables crevaisons) alors composée de plein de monde, en particulier du St Empire romain germanique et donc de la Bohême par extension. Et donc pour gagner la guerre, Louis XIV donna l'ordre à son ministre de la guerre François Michel Le Tellier de Louvois de la gagner (la guerre), lequel sinistre ministre donna l'ordre à son maréchal Ezéchiel du Mas de la gagner, la guerre.
Et pour la gagner (la guerre), le sinistre ministre ordonna au compte de Mélac de tout brûler, tout de tout sans exception, et en particulier les villes allemandes (vous sentez comme déjà en cette époque, la population civile en prenait grave sur le râble, alors qu'elle n'avait rien demandé à personne? Le terrorisme ne date pas de l'année dernière comme s'efforce à nous le démontrer les Zétazuniens).

Les exactions pyromanes commises en Allemagne par l'autre ordure, vous pouvez les lire sur Wikipédia. Je passe donc directement à notre affaire qui nous concerne tout particulièrement. Il était donc une fois un certain "Vavřinec Procházka" (Laurent Promenade en Français), orphelin dès son plus jeune âge, ses parents n'ayant rien trouvé de mieux que de décéder de la peste. Berger porcin de métier, sa vie n'était pas spécialement divertissante, aussi il sombra rapidement dans l'ennuie et la l'cool. Au printemps 1688, il abandonna sa famille (1 épouse, 3 enfants et 21 porcs) et s'engagea dans la r'mée. Enrôlé comme simple troufion dans l'"Infanterieregiment Kaiserštejn", il fut fait rapidement prisonnier sur le front par les Français du côté du Rhin, et plus précisément lors de la prise de la forteresse de "Philippsburg". Et les Français, alors en recherche active d'espions endogènes, remarquèrent de suite sa bêtise profonde et sa malléabilité. Aussi ils le convainquirent sans grand' peine (et moyennant quelques deniers) de travailler pour eux comme terroriste d'Etat.
Il fut entrainé à la manipulation des explosifs, des matières inflammables, et en juin 1689, il fut renvoyé en Bohême avec d'autres fumiers de la même engeance afin d'y perpétrer chaos et ruine. Selon les informations d'époque, ce sont quelques 150 salopards déguisés en saltimbanques, moines, mendiants, soldats de retour du front qui entrèrent en pays nostre. Le 21 juin 1689 (parfois le 26, selon les sources historiques), et parce que le vent soufflait fort, la poignée d'incendiaires passa à l'acte en la ville de Prague. Ils allumèrent plusieurs incendies en plein centre engendrant une dévastation énorme: 820 maisons, 6 églises et 10 synagogues finirent en poussière en la Vieille-Ville (principalement du côté de "Na Poříčí", "Dušní", "Dlouhá" et du quartier St Pierre) et l'on dénombra des centaines de victimes. L'église St Jacques en particulier fut l'une des plus grosses pertes: les voûtes gothiques s'effondrèrent. Or ces voûtes du XVIe et XVIIe siècles faisaient de St Jacques la plus haute église de ce quartier.

Prague ne fut cependant point la seule à souffrir des incendiaires à la solde des Français. Comme dit, "Klatovy", mais aussi "Trutnov", "Broumov", "Hořovice"... et bien d'autres en firent les frais. Lorsque l'alerte fut proclamée dans tout le royaume, plusieurs fumiers tombèrent entre les mains de la populace et furent lynchés sur place.
Laurent Promenade, lui, fut arrêté en bohême du Sud, à "Krč (Protivín)", confronté avec plusieurs de ses complices, puis il fut condamné à la double exécution: après que le bourreau lui eut sectionné à la pince les doigts de la main gauche devant la maison "U černého orla" où il commit son premier incendie, après que le bourreau lui eut sectionné à la pince les doigts de la main droite devant la maison "U smrti" où il continua ses incendies, après que le bourreau l'eut charroyé dans les rues de Prague sur la charrette de l'infamie sous les jets de tout et de n'importe quoi des Praguois assoiffés de vengeance, donc après tout ça, le bourreau l'enchaîna au pilori et l'étouffa lentement au garrot. Ensuite, avant qu'il ne s'étouffe vraiment et ne tombe dans l'inconscience, Laurent Promenade fut jeté dans un bûcher allumé tout spécialement pour lui (mais loin du centre-ville cette fois). Ses complices non lynchés subirent le même sort, sauf un... tiens... et puisqu'on parle du bourreau.

Et puisqu'on parle du bourreau... Je me souviens qu'un jour, alors qu'on s'en dissertait de la France et des Français entre bièrophiles impénitents dans mon troquet favori de "Malá Strana", François, un historien local averti, me raconta l'épisode anecdotique du petit-fils du bourreau "Jan Mydlář", histoire que je gribouillai sur mon calepin de notes pour qu'une fois, de quand que j'en aurai besoin comme aujourd'hui, je puisse vous la raconter. Pour vous situer l'histoire, le bourreau "Jan Mydlář" est devenu tristement célèbre pour avoir exécuté les 27 seigneurs sur la place de la Vieille-Ville après la bataille de la Montagne Blanche (cf. mes nombreuses publies). "Célèbre" me demanderez-vous?
Attends, tu sais ce que ça pèse une hache à couper les têtes ou les mains, un gourdin à rouer, une masse à broyer, puis trainer les récalcitrants sur les chafauds, immobiliser les, qui gesticulent de trouille, sans parler du fumet de ceux qui se font dessus terrassés par l'effroi de leur exécution? Ben "Jan Mydlář" besogna proprement 27 personnes en la seule journée du 21 juin 1621 de main de maître, sans qu'aucun des clients ne puisse émettre le moindre reproche sur la qualité du travail accompli. "Jan Mydlář" au XVIIe siècle, c'était Lady Gaga ou Johnny à l'idée d'aujourd'hui. Mais même plus tard, au XXe siècle, je me souviens que ma grand-mère me menaçait de la viendue du croquemitaine "Mydlář" si je ne mangeais pas ma soupe (j'te dis pas à quelle vitesse j'avalais l'assiette avec la cuillère sans mâcher et sans rechigner). Ben le célèbre bourreau eut un petit-fils, "Jiří Jan Mydlář". Et ce dernier tomba tellement amoureux d'une petite Française de Prague, qu'il finit par l'épouser. Il fut ainsi introduit dans la communauté, et prit part au complot terroriste que les Dupont-Lajoie préparaient contre la ville. Il fut mentionné comme complice par Laurent Promenade, lorsqu'il icelui savourait le supplice de la question au gniouf. Mais l'on ne put prouver les charges portées contre lui, aussi soumis au bénéfice du doute, le petit-fils du fils du bourreau, lui-même bourreau de la Vieille-Ville, fut simplement décollé par le bourreau de "Malá Strana".

Et vraiment pour l'anecdote, mais puisque je note tout dans les troquets, faut bien que je vous en parle un peu parfois... Donc lors du procès (vraiment rapide, les preuves étant à Cablante) des incendiaires arrêtés, officiait en tant qu'avocat un certain "Václav Jan Rosa". Ben sa fille "Alžběta Kristina" épousa "Karel Škréta" junior, fils du fabuleux peintre baroque "Karel Škréta" senior dont le nom émaille mes publies. Mais bon, je vous le signale comme ça, puisqu'on en parle, genre. Mais revenons au sujet.

Prague mettra plusieurs dizaines d'années afin de se remettre de cette terrible catastrophe, mais surtout n'aura plus jamais l'apparence moyenâgeuse, gothique et renaissance que nous ne connaissons malheureusement pas. Elle sera reconstruite dans le style de l'époque, en pur baroque, style fabuleux qui caractérise notre ville encore aujourd'hui.

Concernant les Français, les Praguois ne leur en gardent assez curieusement pas rancune. Du reste, s'ils devaient les montrer du doigt pour toutes les exactions qu'ils commirent en nos terres depuis mille ans (Louis XIV, Napoléon, Accord de Munich et j'en passe et des meilleures), la terre en pencherait vers l'Ouest sous le poids des index pointés. Notez également que dans la grande majorité des cas, les bras armés de ce terrorisme d'Etat étaient des Tchèques convertis à la France. Et donc après tout, de qui c'est la faute à qui (après tout)? Hein?

Épi log
Bon, vous l'aurez deviné, je n'ai point d'amour pour la religion, et j'ai carrément un vrai ressentiment envers les jésuites (sorry François). J'avoue que l'ordre éleva des génies, qu'il construisit des édifices fabuleux, mais certains aspects de leur comportement à travers le monde et les siècles me restent en travers des boyaux. Mais bon, dieu jugera. Ceci-dit, et concernant "Klatovy", je vous conseille vraiment de vous y rendre. Et pas seulement pour les catacombes, mais pour tout plein d'autres choses historiquement géniales: l'apothèque baroque à la Licorne, la tour noire et la tour blanche, l'église "De Immaculata Conceptione Sine Coitu" et St Tignasse, la mairie, le cimetière juif... Et même tout autour de la ville, à seulement quelques kilomètres à la ronde, vous aurez de quoi vous occuper. Non sans dec, "Klatovy", ça vaut le déplacement, là: 49.3950700, 13.2918900.