samedi 28 mars 2015

Ville: L'ancienne église St Laurent sous Petřín

Je vous avais déjà parlé d'une église St Laurent y a une bonne paire de semaines, exactement là. Ben une église St Laurent, on en a une seconde à Prague (même plus de deux, mais je ne veux pas compliquer dès le début de ma publie), et même pas trop loin de la première: à seulement 500 m à vol de piaf en ligne droite. La première s'appelle St Laurent sur "Petřín", la seconde St Laurent sous "Petřín". Inutile de vous dire que nombreux sont ceux qui confondent tout, et encore plus nombreux sont ceux, qui ne confondent rien parce qu'ils ignorent carrément l'existence de la seconde église, quand ils n'ignorent pas l'existence de la première aussi, soit des deux en tout. Pas leur faute non plus en fait, parce que St Laurent sous "Petřín" n'est plus en activité, enfin plus en activité religieuse, parce que désacralisée y a 230 ans, mais qu'elle sert aujourd'hui de salle de concert et autres activités cultureuses.

Moi-même, et je vous l'avoue humblement, ai vraiment découvert l'édifice lors d'un concert de piano que mon amie Mio donnait dans le cadre de ses fins d'études. Et sans ce concert, j'aurais fort probablement découvert St Laurent plus tardivement. Néanmoins, il s'agit d'un petit bijou d'architecture, dissimulant sans en avoir l'air quelques fresques moyenâgeuses absolument splendides, et historiquement parlant, c'est d'une valeur époustouflante parce que mine de rien, notre église est l'une des plus anciennes de Prague encore debout. Et paf, ça cloue le bec ça, non?

Avant-propos
St Laurent, je ne vous en parle plus, vous pouvez lire sa bio dans ma précédente publie, exactement là, et sinon vous trouverez tout le reste dans Wikipédia.

Concernant les sources d'information, je ne vous en parle pas trop non plus, parce que c'est pas velu sous le coude, parce que l'église date d'y a longtemps, parce qu'entre temps les Suédois ont pillé, les Français ont incendié et les Tchèques ont égaré. Pour cette publie, ma principale source fut un petit livret intitulé "Kostel sv. Vavřince na Malé Straně : architektura a nástěnné malby / Veronika Horová a Jaroslav Sojka" que j'ai acquis pour une somme ridicule au regard du phénoménal travail qu'icelui livret contient. Mentionnons aussi 2 travaux de licence réalisées par "Monika Bělohlávková" concernant l'église St Laurent, et la peinture murale du XIIIe et XIVe siècle en région praguoise. Et ces principales sources furent ensuite enrichies des classiques monuments historiques souvent mentionnés dans mes publies précédentes ("Fontes Rerum Regni Bohemiae"). Bon, mais passons au plat de résistance.

Préhistoire
La première trace indirecte de l'église St Laurent, selon mes sources, remonte à 1142, lorsque l'abbesse Berthe mentionne indirectement l'édifice à propos de l'incendie du couvent St Georges (d'au Château, "Annales Bohemorum Vincentii Pragensis: Et sic hoc malum antiquo hoste operante predictum monasterium cum maximo thesauro et plurimis ecclesiis combustum est. Monasterium autem sancti Georgii non solum combustum, sed et funditus euersvm fuit." "Canonici Wissegradensis Continuatio Cosmae: Et subito invento exitu de civitate fugientes, in locum unum sub Petrzin monte secesserunt, ac in ecclesia sancti Johannis Baptistae, quoad restaurationem proprii loci viderent, quasi exules, tristes et flebiles manserunt." ). Tiens, parenthèse, z'avez été voir l'exposition sur les bénédictins au manège à bourrins de Wallenstein, près de la station de métro "Malostranská", fabuleuse exposition jusqu'au 15 mars 2015 dont je vous ai souvent parlé dans mes niouzlêtters? Ben si vous y avez été, z'avez pas pu louper le prodigieux tri-bas-relief du couvent St Georges (cf. mes photos): zieutez le bas-relief central, madame vierge Marie et tout le bataclan catholique habituel, mais surtout sur les flancs, en bas, les 2 religieuses agenouillées. Ben celle de droite, c'est l'abbesse Berthe, considérée comme la seconde fondatrice du couvent St Georges après l'incendie. Elle n'a plus sa tête, donc vous ne pouvez pas la reconnaître, mais vous pouvez lire à gauche sur le cadre du bas-relief "BERTHA ABBA SCDA FVND...X" (Abbesse Berthe, seconde fondatrice...).

Sinon je n'ai pas retrouvé le texte en question, où Berthe mentionne l'église St Laurent, mais ça ne peut pas mentir un homme d'église, même lorsque c'est une femme, donc on va croire que la première mention indirecte remonte à 1142. Du reste l'architecte... enfin le tailleur de pierre, le constructeur, comment dire, l'artisan Werner ("Wernherus") remit le couvent St Georges en état ("Canonici Wissegradensis Continuatio Cosmae: Hac auditione per spiritum sanctum commonitae claustrum visitant, ecclesiam lustrant, altaria inspectant, et maxime reliquias sanctae Ludmilae patronae suae cum lacrimis quaeritant, accersito Wernhero lapicida et caementario, ut inter saxa et titiones requirat, sollicitant.." ), et d'aucun lui attribue également la construction de notre église St Laurent (attention, hypothèse).

En 1399 par contre, l'on trouve mention de notre édifice dans le "livre des érections dans l'archidiocèse de Prague" ("Libri erectionum archidioecesis Pragensis"). En cette période le viagra n'existait pas, alors chaque érection était vécue comme un évènement remarquable, et se voyait soigneusement consignée dans le fameux registre. Ainsi en page 505 du livre V, l'on peut lire "Pro erectione capellaniae in ecclesia parochiali S. Laurentii in Ujezd Pragensi sub monte Petrino census quinque sexagenarum assignatur" (pour une meilleur érection du chapelain de l'église St Laurent à "Újezd" sous la colline de "Petřín"...). Ensuite plus rien pendant longtemps, sans doute que les archives auraient disparu sans que l'on ne sache vraiment pourquoi (incendie, guerre, vol...). En 1529, encore une mention douteusement indirecte, alors je ne vous en parle même pas. Fin XVIe siècle et jusqu'en 1611 est tenu un livre de compte spécifique pour notre église, mais sans vraiment grand intérêt historique. Et en 1789, l'édifice déjà désacralisé, est alors évalué (financièrement) puis vendu (sans intérêt itou). Je passe ces archives, comme je passe les mentions laconiques dans les divers ouvrages sur Prague qui naquirent dans le courant du XIXe siècle lors de la renaissance nationale (cf. "W.W.Tomek").

Le premier ouvrage qui s'intéresse à l'église en détail date de 1935, "Otto Rutrle, Kostel sv. Vavřince pod Petřínem na Menším městě pražském v minulosti a v budoucnosti". Mais écrit alors que l'église servait d'habitation (cf. plus loin), il ignore tout des fresques ultérieurement découvertes.

Aujourd'hui
Ben aujourd'hui, de la rue vous ne voyez presque rien. L'église St Laurent se trouve à l'adresse "Hellichova 18", tandis que juste devant, à l'adresse "Hellichova 16" se trouve l'ancien presbytère (maison du curé), édifice localement appelé "au soleil rouge". Les 2 bâtiments sont entourés d'un mur, ce qui rend encore plus difficile la vue de quoi que ce soit, et ce n'est vraiment qu'en sachant qu'il se trouve là une ancienne église qu'on peut vraiment l'apercevoir. Mais icelle recèle des trésors, et son étude est des plus stupéfiantes car la fonction de l'édifice a plusieurs fois changé au cours des siècles, laissant cependant des traces par couches successives depuis le roman jusqu'au baroque.

Au début
L'église St Laurent aurait donc été construite vers le milieu du XIIe siècles (communément admis 1145 – 1151) en la commune de "Nebovidy" (i.e. "Nepovidy") le long de l'actuel rue des Carmes ("Karmelitská"), et qui, avec les communes de "Újezd", "Obora", "Trávník" et "Rybáře", formait les plus anciennes agglomérations de "Malá Strana". Parenthèse. A chaque fois que je passe dans la rue des Carmes, je ne peux m'empêcher de penser (et informer mes visiteurs lorsque je leur sers de guide) que cette rue au demeurant quasi insignifiante était depuis le début de la préhistoire l'une des routes fondamentales du commerce européen. Reliant la mer Caspienne jusqu'à l'océan Atlantique sur quelques 4500 km, elle relie encore aujourd'hui Makhatchkala (au Daguestan) à Brest (France), en passant par Rostov-sur-le-Don, Donetsk, Oujgorod, Prague, Plzeň, Amberg, Nuremberg, Sarrebruck, Verdun, Reims, Paris. Connue sous l'appellation E50 par le gros Michelin, ou "Via Carolina" sur le tronçon entre Prague et Nuremberg (en mémoire du bon roi Charles IV), elle passait, jusqu'à l'invention de l'autoroute et du contournent, par la rue des Carmes, à 80 m de notre église et à 160 m de mon palace d'à moi. Enorme non? Mais revenons au sujet.

En milieu du XIIe siècle eut alors lieu un évènement des plus importants pour la ville de Prague: le roi "Vladislav II" y déménagea toute sa clique, faisant alors du hameau la capitale de son royaume. Et avec le roi, déménagea son conseiller, l'évêque "Jindřich Zdík", qui fut l'initiateur (et si non lui, alors ses semblables) de la construction de nombreux édifices religieux (églises, domaines, abbayes, couvents...) en "Malá Strana": notre église St Laurent et le couvent Ste Marie Madeleine (aujourd'hui l'hôtel Mandarin, en partie) à "Nebovidy", St Jean "na Prádle" (toujours debout, près de chez moi), St Jean l'Evangéliste "na Újezdě" (détruit après 1420, emplacement incertain), St Prokop, près des chevaliers de St Jean (n'existe plus, auparavant dans la rue St Prokop), St Jean Baptiste "V Oboře" (désacralisé en 1784 et transformé en maison d'habitation)... Ainsi avec la proximité de la nouvelle cour royale, les terrains le long de la route commerciale prirent rapidement de la valeur et furent encore plus rapidement peuplés et traits par la curaillerie. En cette période, notre église St Laurent appartenait aux bénédictines du couvent St Georges d'au Château et les similitudes dans la construction de St Laurent et la reconstruction de St Georges ne permettent aucun doute: c'est la même corporation d'artisans qui oeuvra sur les 2 projets, ce qui explique la mention de St Laurent dans les écrits de l'abbesse Berthe du couvent St Georges.

L'édifice se présentait alors comme un rectangle de style roman à nef unique fermé par un choeur légèrement moins haut et moins large qu'icelle nef. Selon les fouilles, les mesures en étaient 1184-1198 cm par 688-708 cm pour la nef et 408-412 cm par 523 cm pour le choeur. L'épaisseur des murs variait d'entre 80-90 et 118-125 cm (pour ceux qui se demanderaient pourquoi il y a 2 mesures, ben c'est parce qu'en cette époque les règles n'étaient pas toujours droites, et que donc parfois, c'était plus ou moins large ou plus ou moins long). Selon les derniers éléments archéologiques, un petit clocher se trouvait au sommet de l'édifice inhabituellement au sud, et le toit en poutres en bois fut transformé en voûte en berceau en pierre vers la fin du XIIIe siècle. Le tout était entouré d'un cimetière, d'habitations en bois, de terres agricoles et de vignes qui perdurèrent (les vignes) jusqu'au XVIIe siècle.

Au milieu
Lorsque la commune de "Nebovidy", alors indépendante, fut rattachée à "Malá Strana", l'église St Laurent subit (vers 1378) un agrandissement gothique par l'arrivée de nouvelles finances par le rattachement du trou au bled. Un nouveau vaisseau gothique à voûtes à nervures fut accolé au sud du vaisseau roman à l'aide d'arcades brisées. Quant au nord, on lui accola un vestibule d'entrée et une sacristie. Tout cela fut en partie détruit par les hussites en 1420, mais il n'existe plus aucune source afin de préciser dans quelle mesure (tout fut détruit). Tout fut également reconstruit, puis re-détruit, et ainsi de suite jusqu'à la bataille de la Montagne Blanche. En 1626, notre édifice fut rattaché à la paroisse St Venceslas et devint "affilié". Le livre de comptes relate en cette période de nombreux travaux: toiture, chaire, câble à téloche, ce qui laisse à penser que St Laurent était en mauvais état. En 1666, l'intérieur fut repeint, et l'initiateur laissa son empreinte sur un des murs "M. Danielis Basilita Daudschenberg ́r. N. P.l. g Rectoris Scholae Micropragensis". Entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, fut ajoutée une petite annexe baroque contre le mur ouest, et surtout l'orientation fut inversée. Non pas que le curé célébrait la messe la tête en bas, mais là où il se trouvait avant s'y trouvait dorénavant les zouailles, et là qu'avant se trouvaient les zouailles s'y trouvait dorénavant le curé (la tête à l'endroit). Comment qu'ils z'ont fé? Ben ils ont tout simplement déménagé l'autel et son retable, les bancs, et retourné la porte afin de ne pas commencer par sortir avant même d'être rentré. Bon, mais c'est anecdotique, donc on passe à la suite. En 1775, l'église fut rattachée à la paroisse St Nicolas. Ok, ça aussi c'est anecdotique mais comme vous pouvez constater par vous-même, y a vraiment pas de quoi écrire une bible sur l'évolution architecturale de l'édifice en milieu de son existence.

A la fin
En 1784, et comme de nombreux autres édifices religieux, St Laurent fut désacralisée (l'église) dans le cadre des reformes Joséphiennes. Fermée pour une durée d'entre 5 et 10 ans, l'église fut par la suite vendue aux enchères pour pas cher, les experts lui ayant attribué les qualificatifs de "vétuste", "défaillante" et "obsolète". Pour l'anecdote, lesdits experts n'étaient autres que "Ignác Jan Nepomuk Palliardi" et "Josef Jäger", deux fabuleux architectes baroques dont mes publies sont pleines. Entre 1804 et 1816 (sans réelle date précise), l'édifice fut transformé en habitation (sans savoir par quel architecte), lui donnant une apparence totalement différente non seulement de l'extérieur, mais également de l'intérieur. Inutile de préciser que cette "adaptation" ravagea de façon irréparable certains vestiges architecturaux mais surtout décoratifs (peintures). L'on segmenta l'édifice en étages (2 dans la nef gothique, 3 dans la nef romane et dans le choeur), les étages en chambres afin de créer 5 unités habitables et l'on mura certaines fenêtres alors qu'on en perça d'autres. Au siècle suivant, l'on introduisit l'électricité dans les murs, le tout à l'égout, les tuyaux et les canalisations.

En 1932, l'Eglise tchécoslovaque acquit l'église St Laurent afin de lui rendre sa fonction de lieu de culte. Mais par manque de moyen financier, l'affaire capota et c'est une menuiserie qui s'installa céans. L'édifice se fondit dans son environnement et fut pour ainsi dire oublié jusque dans les années 1955. En cette période, un certain "Dr. Vladimír Píša" alors en réunion dans un bâtiment adjacent vit par la fenêtre un bloc de pierre apparent duquel l'humidité avait emporté le crépis. L'on pris quelques mesures, l'on fit quelques sondes, et l'on redécouvrit les fondements romans de l'église St Laurent. Mais les travaux de Vladimir furent oubliés, et ce n'est qu'en 1981 que l'on redécouvrit la redécouverte. Et là se posèrent de multiples questions: est-ce qu'on laisse comme c'est, est-ce qu'on démoli, ou est-ce qu'on réhabilite comme avant, et si oui pour quoi faire? Finalement l'idée de réhabiliter comme avant et en faire un espace de culture fit son chemin, et fut choisie comme la plus raisonnable des idées. La reconstruction dans l'état romano-gothique d'origine eut lieu de 1984 à 1991, et sous la conduite de géologues, archéologues, historiens, architectes, constructeurs, restaurateurs et bouchers-charcutiers, l'église St Laurent renaquit de ses ruines comme le fait-nix de ses cendres. Les ajouts néo-classiques (XVIII-XIXe siècles) furent éliminés, les éléments romans et gothiques restaurés, les fenêtres d'origine repercées. Jusqu'au niveau du sol, remis au niveau d'avant, soit plus d'un mètre sous le niveau actuel de la chaussée (du coup faites gaffe à la marche).

Les fresques
Entrons dans le sujet sans doute le plus intéressant, les fresques, leur conservation et leur description. Donc comme dit, la restauration des fresques commença en même temps que la reconstruction en l'état d'origine de l'édifice, soit en 1984. La première étape consista à faire l'état des lieux, le recensement et la préservation des fresques pendant la reconstruction (1984-1991). Ce n'est qu'une fois la démolition terminée (des éléments extérieurs non voulus) et la nouvelle toiture posée que fut initiée la seconde étape. Icelle consista en la démolition des étages et des murs intérieurs, opération au cours de laquelle fut découverte la tête de St Laurent dans le choeur de l'église. Selon les experts d'alors, la tête du St Laurent fut datée de vers 1360, et rapprochée dans son exécution peinturluresque d'un des plus grands maîtres de l'époque, le maître du retable de "Třeboň". Par-dessus cette fresque se trouvait une seconde couche de vers 1380, une troisième couche de l'époque renaissance, et d'autres couches sans intérêt de l'époque reconstruction en habitation (entre le début du XVIIIe siècle et 1984). Une autre fresque fut découverte en cette année sur un des piliers: un damoiseau agenouillé et des fragments d'inscription d'entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle (je reviendrai en détails sur les peinturlurations plus loin).

En 1989, la restauration des fresques entra dans une nouvelle étape, en particulier sur le mur nord du choeur et dans la nef latérale. Ici les restaurateurs rencontrèrent comme une difficulté, parce que sur les plusieurs couches de peinture se trouvaient plusieurs couches de fresques qu'ils souhaitaient toutes conserver. J'vous explique. Sur la couche numéro 1 d'époque romane se trouvait une seconde couche plus récente, et sur la seconde couche une troisième. Bon, mais la seconde couche n'était qu'un repeinturlurage plus récent de la première couche. Aussi afin de conserver le plus de fresque possible, fut utilisée ici la technique dite du "transfert" où la couche supérieure fut "épluchée" du mur et disposée entre 2 plaques de plexi-glace (environ 65 x 55 cm) permettant la visualisation des fresques sur les 2 côtés du crépis. L'empreinte "ancienne" d'époque romane représente la descente de croix, tandis que la fresque "récente" datée de vers 1450 représente St Laurent avec son barbecue. Les 2 fresques sont d'origine, sans retouche ni repeinture ce qui permet au spectateur d'apprécier la qualité des couleurs d'époque. Un second "transfert" d'environ 100 x 80 cm montre d'un côté Jésus sur le mont des Oliviers, et de l'autre le martyr de St Laurent.

A partir de 1990, l'on entreprit la restauration des voûtes d'arêtes gothiques du choeur peinturlurées en motifs décoratifs renaissance sur quelques 37 m². Les nervures (les arêtes des voûtes) sont polychromées par endroit d'origine gothique, par endroit d'origine renaissance.

En 1991 furent restaurés les murs sud et ouest du choeur, soit quelques 47 m² de fresques gothiques représentant le martyr de St Erasme (i.e. St Elme) et St Jérôme peinard, non martyrisé. Bon, mais entrons dans les détails que le diable s'y trouve dedans.

Les fresques les plus anciennes
Elles représentent le cycle jésutesque (ou christologique) dont seules 3 scènes subsistent: la "descente de croix" (au Tour de France de l'an 33), "l'adoration des mages" et "l'adoration des bergers" (tout le monde adore le p'tit Jésus, tellement qu'il est bon). Notez que la "descente de croix" devait originellement être "restage sur croix". En regardant proprement sur le mur, vous pouvez apercevoir autour de la tête et de la main droite du bras du crucifié (donc à gauche pour nous) l'esquisse au crayon rouge où la tête devait être droite (et non tombante) et le bras (droit à lui, mais gauche pour nous) cloué. Bon, mais le client étant roi, on aménagea la scène selon sa volonté de dernière minute, et vous pouvez ainsi apercevoir Joseph d'Arimathie, St Jean (le baptiste?), Nicodème, vierge Marie, St Jean l'évangéliste et un personnage non identifié avec certitude mais que l'on pourrait présenter comme Marie Madeleine de par ses cheveux au vent (les autres Marie étaient passées chez le coiffeur avant le début des travaux). Il est un autre personnage principal (sans doute une autre Marie, venue filer un coup de main avec les clous et la pince), mais compte tenu de son état dégradé, aucune possible certitude de qui c'est donc qu'il s'agit de. Bon, et n'oublions pas le hobbit sous la croix à droite, de moitié plus petit que les principaux acteurs, et qui serait fort probablement le mécène donateur de pognon aux besoins du culte. Au-dessus de la scène, l'on peut lire "Naz... Iudaeorum" qui est le reste du fameux "Iesus Nazarenus, Rex Iudaeorum" (Jésus de Batignolles, roi des Belges) que les faignants peintres successeurs s'empressèrent d'abrévier par INRI.

Sur l'arc du mur nord se trouve une fresque qui fait suite à la précédente. L'on y voit une femme (encore que, sans doute une féministe puisqu'il y a doute sur le genre du sexe) qui tient entre 2 doigts de sa main droite un nanneau. Son visage est tourné vers le Christ en descente de croix (à 60 km/h) et suggère l'humilité et la vénération. Au début, l'on croyait que c'était la femme de Jésus. Bon, mais Jésus n'ayant pas eu le temps (et surtout pas l'envie) de se marier (selon les Glises), l'on croyait ensuite que c'était Ste Agnès de Bohême. Mais pareil, ayant évité le mariage avec un Allemand, un Anglais et qui sait encore avec qui d'aut', il est peu probab' qu'elle soit allée proposer le mariage à Jésus 12 siècles après sa mort. Non, la plus probab' des hypothèses, c'est qu'il s'agit de Ste Agnès de Rome, celle qui, à seulement 13 ans, fut mise à nu et baladée en la ville (de Rome) et à qui les cheveux poussèrent subitement si prompt qu'ils recouvrirent entièrement son corps afin de le soustraire à la vue des romains lubriques et pédophiles comme un évêque (dicton du jour: à la Ste Agnès, n'oublie pas de cacher tes fesses). Ah oui, et pourquoi alors Ste Agnès de Rome, la plus probab' des hypothèses? Ben parce que le tiers inférieur droit de la fresque n'est plus, et qu'il était représenté là sans doute un agneau et que l'agneau blanc est l'attribut de Ste Agnès de Rome (comme de l'Aīd al-Kabīr). Moi j'dis que c'est une preuve incontestable.

Sous la "descente de croix" donc, à gauche, se trouve "l'adoration des mages". La fresque est classique, la vierge Marie tient en ses bras sur ses genoux un p'tit Jésus qui, de sa main droite, bénit 2 rois mages parce que le troisième n'a pas été conservé.

Ensuite à droite, sous la "descente de croix" toujours, se trouve "l'adoration des bergers". La fresque est classique, la vierge Marie en panne de batterie demande à l'archange Gaby s'il peut lui prêter son iPhone pour appeler p'tit Jésus parce que sa leçon de piano a été annulée (ne me demandez pas quel rapport avec les bergers, mais en religion faut croire et pas comprendre alors ne cherchez pas).

Ces fresques seraient donc d'entre 1200 et 1220 parce qu'elles sont presqu'identiques aux enluminures présentes dans les manuscrits de cette époque, ce qui dénote d'un manque total d'imagination créatrice de la part de l'artiste, mais bon, en cette époque, c'était clairement pas bien vu, l'imagination créatrice. Il n'en reste pas moins qu'elles sont exceptionnelles, ces fresques, non seulement parce qu'elles furent conservées, mais également par leur qualité iconographique. En période gothique, les 12 apôtres furent peints par-dessus ces images.

La seconde couche de la deuxième moitié du XIVe siècle
Icelle couche fragmentée est peindue par-dessus la couche précédente, et donc seul un oeil aguerri peut en discerner les différences (pour les zaut' zyeux, c'est un plat de nouilles). A droite donc la résurrection. Seul le torse du Christ avec sa tête entourée d'une auréole et ses deux doigts bénissant sont conservés. A gauche, St Thomas l'incrédule, au moment où il lui mets 2 doigts dans... dans la plaie. Notez l'inscription fragmentaire "MAS" au-dessus de la tête du concerné (Tho... MAS) et la ligne noire qui amplifie le contour des personnages.

Les peintures du choeur d'après 1360
Cette troisième couche sur le mur nord du choeur s'inscrit dans la période d'après reconstruction gothique, soit après 1360, et représente une seule et unique fresque: le martyre de St Laurent. L'on peut apercevoir de façon plutôt visible comment St Laurent se fait griller tout cru sur son barbecue. A droite, un boug' met une buche dans le feu. Sa posture légèrement déhanchée comme s'il dansait sur les Bee Gees est typique du style des fresques du château de "Karlštejn" et du monastère d'Emmaüs, ce qui conduit les experts à affirmer que le peintre de l'église St Laurent entre 1360 et 1370 serait passé par l'atelier de la cour de Bohême.

Les peintures des saints d'entre 1380-1390
On se parle donc de la quatrième couche qui se trouve sur le mur Est du choeur et qui représente le martyr de St Erasme, Ste Dorothée et St André. Ici il ne fait nul doute, que l'artiste était issu de l'école du maître de "Třeboň". Les experts font remarquer les flagrantes ressemblances entre St André de notre église et St Philippe sur la face arrière de la "résurrection de Třeboň", comme les flagrantes ressemblances entre Ste Dorothée de notre église et Ste Catherine sur le cadre de la "madone de Třeboň" (cf mes photos).

Sur le mur Est du choeur, à droite, le martyr de St Erasme: deux méchants enroulent les tripes du saint sur un treuil, tandis qu'un troisième maintient la bedaine bien ouverte afin que les boyaux n'aillent pas se nouer. Erasmes porte la mitre et sa biroute est couverte d'un voile pudique. Au-dessus du saint, le buste de Jésus assiste à la scène.

Les peintures du choeur du début du XVe siècle
Ici, on se parle donc de Jésus sur le mont des Oliviers et de St Jérôme. Alors le St Jérôme, bon, on ne voit plus sa tête qui a disparu, mais on reconnait les attributs qui le caractérisent, le lion qu'il lui a retiré l'épine du... de la patte, la bible qu'il a traduite en Latin, la table pour écrire dessus, la toge et le chapeau de cardinal pour s'habiller dedans, les suppositoires à l'eucalyptus pour se fourrer dans le... En dessous de la fresque se trouve un texte en Latin fragmentairement conservé.

Jésus sur le mont des Oliviers se trouve en dessous d'un grand vide qu'on ne sait pas ce qu'il y avait là avant, ni même s'il y avait quelque chose d'autre que l'actuel grand vide. Dans la scène, Jésus prie dieu son père les mains jointes et un ange lui apporte soutien afin qu'il prie plus furieusement dans l'agonie de gouttes de sang... (Lucas 22: 43-44 "apparuit autem illi angelus de caelo confortans eum et factus in agonia prolixius orabat et factus est sudor eius sicut guttae sanguinis decurrentis in terram"). Pierre, Jean et Jacques qui n'en pouvaient plus de toutes ces conneries s'endormirent, mais on ne les voit pas parce que la fresque n'est plus. Notez que Jésus a les cheveux et la barbe de couleur blonde, ce qui, de toute évidence, présage de ses juives origines.

Les peintures de la nef de la mi-XVe siècle
Il s'agit des fresques peintes sur les piliers représentant la crucifixion et le prêtre célébrant la messe. Concernant la première fresque, les plus remarquables sont les personnages sous la croix, vierge Marie et St Jean les vents j'ai liste (St Jean 19:26 "cum vidisset ergo Iesus matrem et discipulum stantem quem diligebat...").

Compte tenu de l'état de délabrement de la fresque du prêtre célébrant la messe, force est de constater qu'on ne peut en dire grand-chose. D'un point de vue technique, notez, comme sur la fresque précédente, le fort trait noir sur les pourtours du personnage. D'un point de vue esthétique, notez le splendide antependium (3 fois par jour dans un verre d’eau pendant 1 semaine en cas de diarrhées aiguës) comme la représentation du dallage au sol.

La peintures de la croisée du XVe et du XVIe siècle
Bon, et pour terminer, y a le bout de reste de peinture sur le pilier le plus à l'ouest. L'on y aperçoit un gnome moustachu agenouillé, portant culote verte, chapeau rigolo et plume dessus piquée, tenant en ses mains une croix papale (à trois branches). Bon, et comme il ne reste rien d'autre de la fresque, inutile de vous dire que cette représentation du boug' posa de nombreuses questions aux experts: qui est-il (mécène, donateur, faire-valoir)? Qui était l'acteur principal (Jésus, Marie, Joseph...)? Pourquoi tient-il une croix papale? Pourquoi n'est-il pas découvert (tête nue)? Et c'est pas les fragments de texte au-dessus qui apportent une réponse. Et c'est pas les experts non plus, parce qu'ils ne sont même pas d'accord sur l'âge de la fresque. Au début, certains pensaient qu'elle datait du XIVe siècle. Après analyse des boutons de braguette, d'autres pencheraient plutôt pour la fin du XVe, début du XVIe siècle. Quant au personnage, il semblerait qu'il ne s'agit aucunement de quelqu'un d'important, mais d'un faire-valoir porteur des attributs du personnage principal qui n'est plus (un valet genre). Il est fort possible qu'il avait en miroir un autre comparse porteur d'autres attributs, mais icelui n'est plus non plus.

Pour terminer
Pour terminer, je voudrais encore insister sur l'exceptionnalité unique de cette petite église St Laurent presqu'inconnue du quidam. Icelle est exceptionnelle de par son histoire, mais surtout de par les fresques. Z'imaginez, du roman-gothique, conservé en Prague 1, plein centre-ville, sujet à feu, guerre, démolition, reconstruction, usage non approprié (habitation) et après presque mille ans, l'on retrouve dedans des peintures d'origine dans un état exceptionnel de conservation tout aussi exceptionnelle? Sérieusement, j'en connais pas d'autres des églises comme ça dans le coin. Genre allez jeter un oeil en St Jean sur le linge ("Kostel sv. Jana Křtitele Na Prádle"), et vous n'y verrez que du crépis blanc, rien d'autre que du blanc, pas un fragment de fresque, même abimée (la fresque). Hein? Pourquoi sur "le linge"? Parce que l'église, comme St Laurent, fut désacralisée en 1784 et que l'édifice servit de buanderie jusqu'au début de la seconde guerre mondiale.

Pis je ne puis m'empêcher de vous signaler encore quelques dictons relatifs à St Laurent, que tout bon paysan connait (et oui, généralement les dictons relatifs aux saints sont d'ordre agro-météorologique, donc importants pour les paysans). Vous connaissez "s'il pleut à la St Médard, il pleut quarante jours plus tard?". Ben "s'il pleut à la St Laurent, il pleut quarante jours avant". Vous connaissez aussi "à la Ste Bernadette, souvent le soleil est de fête?". Ben il existe aussi "à la St Laurent, pisses contre le vent" (et à la St André, pisse contre la marée). Ou encore "si à la St Valentin elle te tient la main, vivement la Ste Marguerite". Ben "à la St Laurent, brosse-toi les dents. A la Ste Agathe, brosse-toi la... la natte". Allez, une dernière: "à la St Ignace, l'odeur est tenace. A la St Laurent, vive l'déodorant".

Sinon pour visiter, ben profitez d'un concert du Printemps de Prague. Et sinon, essayez de sonner à la porte. Si vous expliquez que vous venez de loin pour voir les fresques, avec un peu de chance, et pour peu qu'ils n'aient pas trop de boulot, ils vous laisseront peut-être visiter? L'église St Laurent sous "Petřín" se trouve ici: 50.08455, 14.40374.

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