mercredi 8 avril 2009

Visiter: Le turf à Chuchle

Ce dimanchapremlà, j'avais prévu de faignanter grassement sur mon canapé, profitant du fait que ma chérie d'amour était absente et qu'elle n'allait donc pas m'imposer une ballade dominicale au motif qu'il est bon (pour qui?) de faire au moins une petite sortie dans la journée.
Sauf que ce week-end couvert de novembre présumé tranquille se transforma en méga chouille lorsque l'exquise Viky (à gros roploplos) vint passer le week-end à Prague. Samedi soir fut particulièrement furieux, l'on fut par ailleurs nombreux, et dans le feu de l'action il fut décidé d'aller dimanche au turf parce que "Pet'a" (le cousin à Viky) avait des entrées gratuites au champ de course. Du coup je m'en vais vous parler aujourd'hui des courses de bourrins dans la banlieue de Prague, et de la présence d'un âne au milieu de tous ces canassons.

L'hippodrome de Prague se trouve à "Chuchle", et même à "Velká Chuchle" (grande...) parce qu'il existe également une "Malá Chuchle" (petite...) cependant intégrée aujourd'hui à la grande. "Chuchle" est imprononçable pour un Français, car le phonème [x] en alphabet phonétique n'existe pas en cette langue.
En français les lettres "ch" se prononcent [ʃ] (soit "š" en Tchèque) ce qui correspond à une consonne fricative post-alvéolaire sourde, mais aucunement à la consonne fricative vélaire sourde que vous retrouvez dans le "ach" allemand, ou le "loch" anglais (gaélique pour être exact). Donc pour ceux qui savent prononcer "ach" et "loch", prenez donc ce phonème [x], prenez le "ê" du verbe être, le "ou" à la française pour [u] et prononcez [x][u][x][l][ɛ] (Chouchlê). Anecdote, l'origine de "Chuchle" serait "chuchvalec" (grumeau), sobriquet dont on aurait affublé un certain Matthieu, dit "Matthieu grumeau" ("Matyáš chuchvalec"). Et "chuchvalec" serait devenu "chuchelec", soit "chuchel" puis "chuchle". Autre hypothèse, le mot "chuchle" viendrait du capuce de moine ("kukla" en Tchèque, "mnišské kukle") puisque la région en était infestée en une période ancienne (cf. plus loin). Et dernière possibilité, "Chuchel" ou "chuchvalec" aurait été le nom d'une colline, et le bourg en contrebas aurait tout naturellement prit le nom du monticule. Mais tout ceci n'est qu'hypothèse, car personne ne détient la réponse réelle.

La première mention du patelin remonte à 1132, lorsque le chanoine de "Vyšehrad" (continuateur de l'oeuvre de Cosmas Pragensis, "Canonici Wissegradensis, Continuatio Cosmae") écrivit: "Anno dominicae incarnationis 1132 [...] XIV Kal. Februarii domino Meynhardo in quodam villa Chuchel manente, in cuiusdam diei crepusculo inauditum horrendumque nimis accidit portentum." Au crépuscule d'une fin de journée habituelle, alors que cette fripouille d'évêque "Menhard" s'en reposait peinard sa viande dans une villa de "chuchle" (cf. son complot manqué contre le prince "Soběslav I"), il faillit prendre sur sa trogne de conspirateur un roc détaché par hasard de la paroi. Et cet évènement aussi futile que le déplacement d'un Klaus à Santa Barbara finit calligraphié dans les chroniques. Dingue! En cette période, le bourg (alors unique) devait sans doute appartenir au clergé, et l'évêque venait s'y reposer de temps en temps, loin du raffut de la capitale en période de visite obamesque.
En 1258, alors que "chuchle" appartenait aux bénédictins de "Kladruby", ces derniers décidèrent de vendre le domaine (et d'autres dans les environs) à l'évêque "Jan III z Dražic". Ensuite l'on mentionne la petite "Chuchle" ("in minori Cuhlea") en 1264, ce qui tendrait à prouver l'existence des 2 bourgs (le petit et le grand). En 1268, le roi "Přemysl II Otakar" se prit d'affection pour ce coin de par sa grande fertilité et sa profusion en bête à chasser. Il finit par échanger ce bout de domaine avec l'évêque, au motif que la chasse c'était une affaire d'homme alors qu'en soutane à cheval avec une mitre sur la tête et une crosse dans la main... bref, il eut suffisamment d'arguments pour récupérer "Chuchle" et refourguer à l'ecclésiastique un vieux terrain près de la décharge municipale. In fine en 1292, on finit par parler explicitement des 2
"Chuchle" ("Chuchyl scilicet Maius et Minus") lors de la fondation du monastère de "Zbraslav" (cf. la chronique de... "Petri Zittaviensis, Cronica Aule Regie", où "Aula Regia" est le nom commun du monastère de "Zbraslav"), auquel monastère d'ailleurs les 2 bourgs furent gratifiés par le roi "Václav II". Bon, signalons encore pour l'anecdote que selon "Václav Hájek z Libočan", "Chuchle" aurait été fondée par l'ancêtre "Krok" en 863, mais comme précisé dans une précédente publie, les écrits de ce fichtre-là sont erronés voire totalement faux. Signalons toujours encore que l'on découvrit en "Chuchle" des restes de civilisation de l'époque du mammouth poilu, et une tombe d'enfant de l'époque du bronze (2000 à 1000 ans avant Jean-Claude) en plein sur le terrain de là qu'il se trouve le stade à bourrins.

Les 2 "Chuchle" appartinrent donc (en gros) au monastère de "Zbraslav" de 1292 jusqu'en 1785 (avec des pauses minimes cependant), lorsque Joseph II mit un terme aux activités monacales. Entre temps le bon roi Charles IV confirma les possessions des moines et exonéra les 2 "Chuchle" de l'impôt foncier. Entre temps les hussites détruisirent l'église du bourg en 1420 alors qu'ils marchaient sur le monastère de "Zbraslav". Entre temps les Français construisirent la route "Strakonická" à grand renfort de dynamite lorsqu'en 1742 ils logeaient dans le susmentionné monastère. Entre temps ils relièrent ainsi directement les 2 "Chuchle" à la capitale à laquelle la grande ("Chuchle") est rattachée depuis 1968 comme la petite d'ailleurs qui l'était depuis 1921, alors qu'elle fait dorénavant partie de la grande ("Chuchle") et donc de Prague par son intermédiaire (de la grande "Chuchle") car elle fut rattachée (la petite) à la grande ("Chuchle") laquelle est un des 57 districts de la capitale Prague depuis 1990 (vous suivez?).
Entre temps Joachim Barrande découvrit le trilobite de Bohême à poils ras qui n'est pas une maladie vénérienne mais un arthropode de l'ère primaire dont les descendants actuels sont les crabes, les araignées et parfois même le président de la République Tchèque. Entre temps, et puisqu'on parle de descendance, j'en profite pour présenter mes amitiés à Bruno, fidèle lecteur de mes publies et dont Joachim était l'aïeul. Entre temps ce scientifique français de renommée mondiale (Joachim), légua ses collections de fossiles au musée national de Prague où elles se trouvent toujours et que je vous invite vivement à visiter. Parmi les raretés par lui léguées, vous y verrez une dent de mammouth (et non une défense) que l'on a longtemps cru appartenir à Ste Ludmila avant que Joachim n'entreprenne son examen critique par la méthode de datation biostratigraphique des déformations ostéologiques superficielles et profondes des loess dentaires par fluorescence induite des isotopes U-Pb établies sur les zircons de Von Hoegen et prouve (Joachim) irrécusablement l'origine du chicot. Pis j'en reste là pour les "entre temps" pour passer à quelques anecdotes.

Entre les 2 "Chuchle" se trouve une chaplette de la vierge, abritant une source mariale que l'on considérait comme curative. Les vieux du village racontent (après plusieurs bières) que l'impératrice Marie Thérèse d'Autriche se faisait importer de cette eau miraculeuse jusqu'à Vienne pour soigner ses douleurs vaginales (tu m'étonnes, après avoir pondu 16 gosses). Mais au 20 ème siècle, des analyses chimiques sérieuses prouvèrent que cette source ne contient aucun élément atypique (à fortiori curatif) d'aucune sorte. En juin 1881 eut lieu la fameuse "rixe" de "Chuchle" entre les étudiants tchèques et allemands dont l'origine (de la rixe) était l'enseignement en Allemand dans l'université. Les 2 camps se mirent gravement sur la gueule, au point que la nouvelle se répandit hors frontières de l'empire et que le fameux journaliste enragé "Egon Erwin Kisch" (dont j'ai fait mention la dernière fois) en écrivit une cinglante nouvelle sur le chauvinisme national 50 ans plus tard (cf. "Egon Erwin Kisch: Die Kuchelbader Schlacht, in Prager Tageblatt. 8. Juni 1930 und in: Prager Pitaval. Späte Reportagen.").
Pour info, l'université de Prague se scinda en 2 en 1882. Le schisme linguistico-nationaliste perdura jusqu'en 1939, lorsque les nazis fermèrent la moitié tchèque de l'université. Il fut définitivement résolu en 1945, lorsque les tchèques fermèrent la moitié allemande. Signalons enfin qu'en "Chuchle" résidait en été le grand homme "Jaroslav Vrchlický". En 1891 il y composa son fameux poème "Legenda chuchelská", mais très franchement, c'est loin de la verve scatophile de sa ballade pour un étron (cf. une
ancienne publie). Bon, et passons quand même aux bourrins maintenant.

La première vraie course de canassons que mentionnent les anales chevalines date de 1816, et se serait déroulée à "Kladruby nad Labem". Il semblerait que l'empereur François II en ait été l'instigateur, au motif "qu'on n'est pas plus con qu'un Anglais en Autruchon-gris". Ensuite il y eut d'autres courses de galop en 1839, 1840 aux Invalides (cf. rues "U invalidovny" et "Za invalidovnou") plutôt destinées pour les bourrins de la petite noblesse qui pouvait ainsi briller devant les puissants. Mais l'endroit était étriqué, les buvettes peu nombreuses, les habitants se plaignaient des odeurs (ça pue une carne) et dès 1867, l'on déménagea les chevaux comme les paris dans le pré de l'empereur ("Císařská louka", la grande île que vous voyez depuis le château de "Vyšehrad") pour les remplacer (aux Invalides) par des courses de vélocipèdes plus écolos (véridique, encore qu'un cycliste qui se pisse sur l'tutu et transpire l'EPO sous l'bras, ça pue aussi).
En cette fin de XIX ème siècle, il y avait également quelques courses au lieu dit "au renard vert" (cf. la rue "Za Zelenou liškou" à "Pankrác"), endroit qui prit ce nom particulier de part la fameuse hostellerie arborant cet emblème (un renard vert, c'était courant en Bohême avant Tchernobyl), premier relais sur la route "Benešov", "Tábor", "České Budějovice"... où l'on pouvait s'abreuver, se repaître et changer ses vieux bourrins pour des chevaux frais depuis la mi XVIII ème siècle (bien entendu l'auberge n'existe plus, remplacée par des tours-bureaux La Défense genre). Et donc tous ces changements de lieux, tous ces déménagements, toute cette logistique lourde, chère et compliquée cependant reprise par le parlement européen avec nettement plus de succès bureaucratique, fut abandonnée au profit d'un lieu de course unique au début du XX ème siècle. L'on décida alors de construire une vraie piste de course avec ses tribunes, ses guichets à PMU, ses stands à frites et saucisses. Le cirque fut inauguré le 28 septembre 1906 à la St Dada par le maire d'alors (me fait toujours marrer c'te histoire-là) "Karel Groš" en présence de plusieurs milliers de Praguois et quelques dizaines de carnes.
L'on mit immédiatement les bestiaux en course afin d'essayer le terrain: au programme du jour se trouvaient 2 courses de galop en ligne droite afin d'essayer les pneus et le tarmac avant les virages, 2 sauts d'obstacles afin d'éprouver la hauteur des toits et les fessiers des jockeys, et un steeple-chase qui, à l'instar du saut d'obstacle consistant à sauter par dessus des haies, complique encore l'affaire par des obstacles plus hauts (haies naturelles et artificielles), plus longs (fossés, tranchées...), plus humides (étangs, lacs...) enfin tout ce qui passe par la tête des organisateurs afin d'approvisionner à bon marché les boucheries chevalines. Le premier grand vainqueur du galop sur 1800 m fut le vétérinaire militaire "František Bartosch" monté sur le dos de la pouliche "Vision" (c'est sans intérêt, mais je vous le signale pour info). Mais comme les courses n'étaient pas spécialement lucratives, et comme il fallait bien rentabiliser cet investissement, l'on organisa sur ce terrain divers évènements alors exceptionnels. C'est ainsi que le 28 décembre 1909, Louis Gaubert fit le premier vol d'un aéroplane motorisé (des frères Wright) en Bohême. Puis le 13 mai 1911, c'est "Jan Kašpar" qui atterrit sur l'hippodrome de "Chuchle" aux commandes d'un légendaire Blériot XI.
A noter qu'il décolla de "Pardubice" où a lieu chaque année le fameux steeple-chase tant admiré par Brigitte Bardot. Coïncidence? L'appareil en question fut ensuite offert au Musée Technique National où il se trouvait encore lors de ma dernière visite (avant la longue fermeture pour réhabilitation). Ensuite il y eut la grande guerre, et finalement la mairie de Prague finit par se poser la question du "pourquoi crénom de d'là qu'on fit construire un hippodrome pour servir d'aéroport?" Aussi en 1919, l'on fonda le Jockey club tchécoslovaque afin de faire "professionnel", et dès 1921 (le 22 mai) l'on organisa un grand derby sous l'appellation de "Prix du jockey club tchécoslovaque" (pour les profanes, un derby est une course réservée aux carnes de 3 ans, parce que plus tendres). Depuis 1921, ce derby eut lieu chaque année, y compris en temps de guerre, avec seulement une seule et unique exception en 1995, en réaction à la reprise par Jacques Chirac des essais nucléaires français dans le Pacific (mais cette vaine protestation n'eut pas l'effet escompté, comme le prouva l'histoire par la suite). Sinon il y eut encore d'autres atterrissages d'aéroplanes à "Chuchle", mais l'on mit rapidement en chantier le vrai aéroport de "Ruzyně" (inauguré en 1937) afin de rendre à l'hippodrome sa vocation première.
En 1927 c'est électricité qui atterrit dans les tribunes et les guichets du PMU au grand bonheur des parieurs et du micro de Léon Zitrone. En 1930 l'on inaugura les tout premiers "starting gates" automatiques (les fameuses cages de départ que les bourriques récalcitrantes refusent systématiquement de rentrer dedans sans l'aide d'un su-sucre ou d'un coup de pied au cul, selon l'éleveur). Ensuite il y eu des conflits territoriaux, comme quoi l'hippodrome aurait bouffé illégalement du terrain aux paysans, mais tout fut réglé sans effusion de sang vers 1937. Pis (et je fais court) vint l'anschluss, la guerre, la libération, les con-munistes et Dick Francis (écrivain mais aussi jockey de père en fils). En 1985 l'on mit à terre les tribunes en bois d'origine et de style art-nouveau pour les remplacer en 1991 par les immondes gradins en béton armé d'une capacité de 4000 places. Et puisqu'on en parle, tiens, quelques détails techniques. 4000 places couvertes donc, mais plus de 10.000 places debout sous la flotte, et 800 places V.I.P au chaud. S'y trouvent encore une trentaine de guichets à paris, une gargote de 100 places qui pue la graisse brûlée (tout du moins quand j'y étais), un derby club de 80 places (genre "first class lounge" dans les aéroports, si vous connaissez), des stands à saucisses-frites dont le nombre varie selon les saisons, 700 places de parking, 2500 m² d'espace pour expositions diverses
(il y avait des yachts de luxe à moteur lorsque j'y étais), un service de catering pour 1000 convives (si vous voulez y organiser un anniversaire), et toute la technique visio-acoustique nécessaire à la retransmission des courses. Le prix d'entrée est de 100 CzK (3,70 €) pour les adultes valides, de 50 CzK (1,85 €) pour les abonnés aux transports en communs de Prague et aux détenteurs de la carte client du Gaz Praguois (véridique), et c'est même gratos pour les mineurs, les éclopés, et les vieux. De plus, ce prix d'entrée comprend en outre un droit de pari d'une valeur de 20 CzK (0,74 €) librement misable sur n'importe quel bourrin en course dans la journée. Sinon l'entrée pour le derby tchèque (une fois par an) est de 200 CzK (7,40 €) parce que les chevaux c'est comme les p'tits zenfants, plus ils sont jeunes plus ils sont chers (hors jeu Strogoff! C'est carton rouge ce genre de blague déplacée :-)

Alors en parlant de pari, c'est bien la seule chose qui finit par m'attirer dans c'te embuscade dominicale (hormis la présence de la délicieuse Viky), parce que vous l'aurez sûrement compris à la lecture de cette publie, je ne voue pas une spéciale affection à la race chevaline. Attention, je ne leur veux aucun mal aux chevaux, rien contre (d'ailleurs même pour, dans les boucheries chevalines), mais je ne me sens doté d'aucun amour particulier envers ces bestiaux. Pourtant j'en ai essayé un (et pas dans l'assiette), en Camargue.
On me l'avait prêté pour 2 heures, mais ça pue la gangrène du pied, c'est inconfortable comme une bourgeoise sans fesse, et ça fait c'que ça veut surtout quand il ne faudrait pas (que ça fasse c'que ça veut), genre dans un champ de taureaux à corrida, la sale bête (et c'est du vécu dont je vous parle). Bref, aussi dès mon entrée dans l'arène je me précipitai vers le premier guichet PMU afin de m'enquérir des règles comme des prix, étant totalement novice en la matière. Le brave p'tit gars derrière la vitre m'expliqua les rudiments, les cotes, les paris (simple, placé...), les gains, et hop, j'y mis un bifton de 200 CzK (7,40 €) sur une carne anglaise plutôt mal cotée (peu de gain) car favorite: "Polish Magic" qu'elle s'appelait. Avec un nom et un pedigree pareil, l'animal ne pouvait que faire des miracles (polonais). Le départ fut lancé à l'opposée des tribunes, du coup je dus mettre mon 200 mm sur mon clic-clac afin d'apercevoir les roussins lacer leurs baskets dans les starting-blocks. Pan, les v'là t-il pas lancés au galop. Entrée dans le virage, passage devant les tribunes, et hop fin de la course. Ah bon, c'est déjà fini m'interrogeai-je? Ils ont à peine couru 1000 m!? Eh mais tiens, et c'est qui qui a gagné? Je me rendis fissa-fissa lire les résultats sur les téloches devant les guichets. "Quoi, avant dernier? Mon bourrin favori est avant-dernier? Mais c'est quoi c'te andouille grasse qui conduisait le bestiau? C'est pas possib' qu'avec une cote pareille il termine avant dernier?" Ben si, c'était pourtant bien arrivé.
Une bonne vingtaine de minutes se passa avant que l'on ouvre les paris sur la course suivante. Un rapide coup d'oeil sur les téloches, les noms, les provenances, les cotes, et paf, tiens, 100 CzK (3,70 €) sur "Heat Set" et la même chose sur "Clever Mind", 2 bourrins français qui selon les pronostics ne pouvaient pas sombrer. Pis s'ils ont fait tout ce chemin (depuis la France), c'est qu'ils ont une chance non? Allez, placés dans les 3 premiers, au moins l'un d'entre eux, ça serait bien le diable sinon. Pis se passèrent de longues minutes, mes potes jetèrent quelques infimes couronnes (tchèques) sur l'un ou l'autre des 12 canassons en course, je m'en jetai quelques moins insignifiantes couronnes dans une frites-coca, et la chevauchée fantastique fut enfin lancée. "Ah ben du coup on voit toujours mal de loin à nouveau. Allez mes bourrins... cours faignasse, allez, allez..." Pareil, un virage, une ligne droite, et c'était fini. "Quoi? Huitième et dernier mes canassons?" Alors que cette fois l'anglais "Rabbit Zamindar" était 3 ème? "Attends, chuis maudit des glandes, ils sont tout entartrés ces foutus bestiaux, z'ont mal graissé les courroies, attends, y a triche chuis sûr." J'étais furax parce que l'on m'avait vendu d'la daube avariée. Attends, t'as une cote pourave de 1.19 et 1.13, et ces foutues bourriques faignantes se placent au plus mal? C'est forcement truqué. Bref, et pendant que je m'en refroidissais de ma colère, t'as mes potes qui vinrent me chercher: "eh, viens voir, y a Tatav dans les tribunes." "Quoi? Le président tchèque antiseptique est là?"
Et du coup je me précipitai avec mon zoom pour le trombinoscoper proprement. Et il était bien là, dans les tribunes, avec sa bonne bouille de négateur systématique satisfait de ses défiances infantiles. La réponse à mon étonnement de sa présence me fut apportée lorsque je me mis dans la file des parieurs: "le prix du président de la république". "Ah ouais, ça explique! Mais attends, ils ne peuvent pas me truander alors. C'est sûr que pour la course du président d'la raie publique y aura pas d'entourloupe, parce qu'il a peut être même mis du pognon (de l'Etat) dedans". Alors j'y allais au culot. Y avait des canassons polonais, tchèques, irlandais, allemands, mais plutôt que par nationalité, je choisis cette fois-ci une bourrique qui avait ses chances (selon les cotes) afin de gagner, mais pas trop de chance quand même pour le pognon. Parce que c'est ça tout le problème du turf: comment augmenter ses chances de gagner, et gagner suffisamment pour que ça vaille la peine de risquer. Finalement mon choix se porta sur "Oligarch", coté à 3.7, et j'y mis le paquet, 100 CzK (7,40 €) gagnant. Di diou, j'avais fait fort sur ce coup-là. Mais il restait du temps avant le départ, et je regardais nerveusement évoluer la cote de mon bourricot: 3.5, puis 3.1, puis 2.9... "Hein, mais attends, t'as tout le monde qui parie d'ssus ou quoi? Il va encore arriver dernier ce couillon rouillé et s'il gagne, je ne recevrai que des nèfles" que je me disais (à ce moment j'ignorais que le gain dépendait de la cote au moment du pari et non de la cote finale au moment du lâché de carnes).
Puis 2.4, 2.1, pour finir à chais plus où parce que je me précipitai vers la grille de départ. "Bon, ben qu'est-ce que tu veux, chuis pas fait pour ce métier" me consolai-je. "J'ai sans doute la plus fantastique pouliche de Bohême à la maison, mais question pari, chuis pas fait pour ça!" La course fut lancée, de l'autre côté du stade bien évidemment, et j'essayais d'entrevoir parmi tous ces 14 partants le jockey à casquette rouge monté sur la bourrique numéro 4. Rien, pas moyen de les distinguer. Puis à la sortie du virage, v'là t'y pas qu'un jockey à casquette rouge mène la course. "Allez Oligarch! Cours faignasse, fouette-lui la croupe le jockey, allez, mets-lui d'la cravache au cul... Allez Oligarch, allez!" Eh ben croyez-le ou non, mais mon bourrin était en tête. Plus que quelques mètres, il menait toujours toujours... "OUAIS!!! Oligarch a gagné ouais, j'ai gagné aussi, trop fort, ouais..." Pis curieusement, pas un des cavaliers ne semblait s'arrêter, et toujours fort curieusement même au contraire d'ailleurs, ils semblaient maintenir les gaz ces couillons-là. "Quoi? Ne me dis pas qu'ils refont un tour? Mais non, c'est pas possib', attends, mais ma carne qui a gagné va tirer la langue comme un Jésus dans le désert, elle ne va jamais tenir la tête encore un tour complet à cette vitesse..." L'angoisse était à son paroxysme. Les bestiaux venaient à nouveau de disparaître dans le fin fond du stade qu'on n'y voyait rien, et c'est paralysé d'anxiété que je les vis peu à peu revenir vers les tribunes. "Eh ben voilà, tiens, l'est où mon mien maintenant, ils sont tout mélangés ces ânes-là, comment tu veux qu'on s'y retrouve..."
J'y croyais plus, je ne voyais plus mon jockey et sa bourrique dans tout ce foin. Y avait bien une casquette rouge dans le fond, mais à des longueurs entières derrière le reste du troupeau, pas la moindre chance qu'il avait. Pour être honnête, je ne me souviens pas du finish. J'ai bien photographié, mais je ne savais pas où était mon canasson, et à la vitesse qu'ils roulaient, pas moyen de distinguer les petits numéros sur leurs flancs. La course terminée, mes potes vinrent aux nouvelles. Ben ouais, perdu, comme les dernières fois, et je m'en cherchais une poubelle pour y jeter mon ticket. Mais tandis que les bourrins quittaient l'arène, les téloches et les photographes envahissaient la pelouse pour s'agglutiner autour du gagnant qui trottait en rond tout en soufflant sa vapeur par le mufle comme une grosse locomotive. "Eh mais 'ttends voir, il a une casquette rouge le boug' monté dessus! C'est quoi son numéro?" Je courus plus près, et tandis que je m'en rapprochais, je pus lire son numéro: le quatre. "Hein? Mais c'est mon mien, c'est Oligarch, c'est le bourrin que j'ai mis mon pognon dessus gagnant!" Ben il avait gagné ce couillon-là, et ouais. J'y croyais pas. Tatav descendit des tribunes, passa dans la foule à 1 m de moi, et traversa la pelouse pour s'approcher du vainqueur. Il y eut des serrages de paluches, des tapes dans le dos, des caresses sur le groin du dada, et Tatav souriait comme un premier communiant qui aurait pissé dans le calice, ravi de sa bonne blague. Puis l'on remit la coupe dans les mains du jockey, malgré que c'est l'animal qui fit tout le boulot.
La délicieuse petite des écuries Corinne était toute souriante, le jockey "Jiří Chaloupka" prenait des poses à la John Wayne dans Rio Bravo, et Tatav était resplendissant de bonheur, comme s'il avait gagné aussi. Ca n'en finissait pas, re-photos, re-serrages de paluches, re-tapes dans le dos, re-caresses sur le groin du dada, et re-sourire du président.

Je récupérai mon gain, et nous quittâmes le champ de course car mes potes comme Viky s'en devaient retourner sur "Domažlice". In fine 500 CzK (18,50 €) furent investies, 370 CzK (13,70 €) récupérées, et j'ai fait quelques photos de Tatav pour mes arrières arrières arrières petits zenfants, donc ce ne fut pas si tellement gaspillé comme dimanche après-tout. Les paris? Ouais, bof, ça ne m'a pas spécialement mordu parce que c'est vachement du hasard quand même, et que tant qu'à zarder, autant parier sur les probabilités mathématiques d'une roulette que sur les zaptitudes zaléatoires de bêtes zanimaux. Chais pas si j'y retournerai un jour, au turf, mais à "Chuchle" fort certainement, car il me reste pas mal de choses à voir. GPS PMU: 50°0'30.968"N, 14°23'32.69"E.

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