mercredi 8 juin 2005

Ville: Le pont Charles en large et en long

Ah ben ça, je ne pouvais pas y échapper, ou alors pas bien longtemps, j'étais bien obligé de vous en parler quand même un jour ou l'autre. On ne peut pas parler de Prague sans parler du pont Charles, c'est pas possible, c'est comme oublier de parler de la tour Eiffel à Paris, du Big Ben à Londres, ou de Dieu à la messe. Alors je vais vous en causer un brin, mais pas longtemps, promis, et surtout je vais essayer de vous présenter les éléments importants, indispensables. Puis si vous en voulez plus, ben il y a toujours l'Internet ou les ballades promène-couillons derrière le pébroc.

Alors au tout début il n'y avait rien, il n'y avait d'ailleurs tellement rien qu'il n'y avait même pas besoin de pont pour relier les 2 rives, vu que Prague n'était pas, et seules les 2 "villes" (la vieille et la nouvelle) à l'origine de Prague existaient de chaque côté de la rive de la "Vltava" (pis aussi "Hradčany" et "Vyšehrad" mais c'étaient pas des villes, mais des châteaux forts, à part). Puis on (le peuple surtout) a commencé à se dire que quand même, un pont, c'est bien pratique pour les corvées de tous les jours, le marché aux bêtes, le théâtre des têtes coupées, brefs pour les commissions quotidiennes. Alors on (le peuple surtout) construisit un tout premier pont au X ème siècle, en bois, en clous et en aval par rapport au pont Charles d'aujourd'hui, pour voir si vraiment ça valait le coup. Pis quand ça a commencé à vraiment valoir le coup, on (le peuple surtout) s'est dit qu'en bois, ça faisait pas cool, d'abord ça craquait de partout, c'était glissant lorsque mouillé, pas rassurant car branlant, et on (le peuple surtout) s'en plaignait... Et surtout, le roi "Vladislav I" s'était dit "eh, hein, flûte, ils en ont un en Pierre dans ce trou du c... du monde de Ratisbonne ("Regensburg" pour ceux qui connaissent, superbe ville), alors y a pas de raison qu'à Prague, hein, non plus...". Puis se tournant vers sa charmante femme, s'exclamât "Judith ma chérie, comment qu'on va l'appeler ce nouveau pont en pierre qui sera la fierté de mon royaume, t'aurais pas une idée, hein?". La construction du pont "Judith" dura 13 ans (1158 – 1171), et ce fut, après celui de Ratisbonne (dans ce trou du c... du monde de Ratisbonne), l'un des premiers pont en pierre de toute l'Europe centrale (après celui de ce trou... qui date de 1135).

Alors Parenthèse ouvrante parce qu'ils sont quand même gonflés les Bavarois, regardez voir ce qu'ils écrivent à propos de leur pont (dans ce trou du c... du monde de Ratisbonne), "1135 – 1146 Erection of the Stone Bridge. This miracle of medieval engineering served as a model for many bridge building projects, for example the Charles Bridge in Prague". Alors devant tant de vanité, je souhaite tout de même apporter quelques précisions historiques, qui selon moi s'imposent. Oui, le pont de pierre de Ratisbonne a peut être servi de modèle au pont Judith (qui n'est plus, difficile de juger), certes il est également plus ancien que Judith ou Charles, cependant lorsqu'on regarde cet amas de pierres ordinaire (l'amas), esthétiquement rudimentaire, et qu'on le compare au splendide pont Charles, alors on se rend vite compte qu'en aucun cas ce dernier n'a put être inspiré par le précédent, sinon de part le fait qu'il traverse de la flotte, auquel cas Ratisbonne a également influencé Tancarville et San Francisco. Parenthèse fermante.

Cent ans après, en 1272, la "fierté du royaume" en pris un sacré coup dans les piliers à cause des inondations terribles qui survinrent dans le pays. On le rafistolât tant bien que mal avec ce qu'on trouva sur place, des planches en bois, des vieux clous, de la paille et de la crotte de biques... (c'est d'ailleurs de là que vient l'origine du célèbre conte des 3 petits cochons), mais ce n'était que rapiéçage, et le 3 février 1342 (à 14:56 selon les archives audiovisuelles de l'époque), la glace hivernale charriée par les flots en furie eut raison de ce qui restait du pauvre pont Judith, effondré au deux tiers. On construisit donc temporairement un pont en bois entre les deux rives, au grand damne des riverains qui s'étaient habitués au confort de la pierre, en attendant une décision définitive de la "congrégation es nobles consoyeurs de sa majesté le Roy, connoisseurs érudits es la matière des ponts en pierre", décision qui finalement intervint 15 ans plus tard (signalons que cette "tradition" consistant à repousser perpétuellement sine die toute décision afin surtout d'éviter d'en prendre une seule, même mauvaise, est depuis lors fortement ancrée dans une bonne partie de la population Tchèque). Selon la légende, Charles IV posa la première pierre de ce qui allait être plus tard le pont Charles, le 9 juillet 1357 à 5:31 exactement. "Ah ouais?" me direz-vous, encore les archives audiovisuelles de l'époque? "Ben vouais!" vous répondrais-je, car la date fut soigneusement déterminée par les méticuleux astrologues de l'époque. Elle correspondait à un moment particulier de la position optimum du soleil et de sa turne spécifiquement propice (la position) à la construction des ponts en pierre (c'est comme la pleine lune et le repiquage des oignons). Pis en tirant bien fort par les cheveux, cela nous donne aussi une suite palindromique 1 3 5 7 9 7 5 3 1 (1357, 9 Juillet, 5:31) de nombres impairs, et c'est 'achement symbolique tout ça, 'ttention. Finalement avec une telle explication astrologique bien concrète on comprend de suite pourquoi l'on attendit 15 ans avant de s'y mettre. Bref la construction dura 45 ans (1357 – 1402), et le pauvre Charles IV ne vit jamais son oeuvre achevée (il décédât en 1378).

Appelé "pont de Prague", "Pont de Pierre", il ne prit son nom officiel de "pont Charles" qu'en 1870, grande période de renaissance identitaire Tchèque. Long de quelques 520 mètres, large de quelques 10 mètres, il repose sur quelques 16 pilliers. Il ne fut orné de ses 30 célèbres statues qu'à partir de la fin du XVII ème siècle, inspiration du fameux "Ponte Sant'Angelo" de Rome. Il fut plusieurs fois endommagé par les inondations, d'abord en 1432, puis en 1496 lorsque la troisième arche céda sous l'infiltration des eaux. Pendant la grande inondation de 1784, 5 piliers furent gravement endommagés, et bien que les arches aient tenu, le trafic sur le pont fut grandement limité pour une bonne paire de semaines. En 1890 cependant, 2 piliers rompirent et précipitèrent 3 arcades dans le fleuve "Vltava". Le pont Charles ne deviendra totalement piéton qu'après sa restauration de 1974. Bien que la catastrophe de 2002 ne l'ai pas endommagé, le pont subit depuis 2005 une restauration planifiée pour 2 ans et dont le principal objectif est d'étanchéifier les piliers. L'histoire de Prague est liée à son pont comme l'andouille de Vire à sa ficelle. De par dessus s'enfuit de Prague "Fridrich V" (vous en trouverez une sculpture sur bois, de sa fuite, en la cathédrale St Guy, au château de Prague) après que ses armées aient prises une cinglante déculottée à la bataille de la montagne blanche (8 novembre 1620). Il s'en suivit la fin de la liberté de religion, la fin de l'indépendance de la Bohême et 300 ans de domination des Habsbourg. Puis en 1648, sur ce même pont, les valeureux étudiants Praguois empêchèrent les féroces armées suédoises d'envahir la vieille ville (vous en trouverez un superbe diorama de cette bataille en sortant du labyrinthe de "Petřín"). En 1848 les balles autrichiennes partirent du pont en direction de la barricade dessous la tour du côté vieille-ville pour réprimer le "printemps des peuples"...

Pis l'y a les légendes associées au pont, belles, saugrenurluburlesques, qui font bidonner les Pragois ivres quand ils les racontent dans les tavernes enfumées. Il y a par exemple cette légende concernant la construction du pont. L'architecte "Petr Parléř", véritable génie à qui l'on doit nombreux édifices datant de l'époque de Charles IV, avait trouvé la recette d'un mortier particulièrement robuste, composé de chaux, de vin et de jaunes d'oeufs (adaptation personnelle de la fameuse recette des "knedlíky"). Comme Prague ne pouvait à elle seule subvenir à la quantité d'oeufs nécessaire (la quantité), l'on en fit venir de toutes les villes de Bohême. Pis certains habitants envoyèrent des oeufs durs afin que point ils ne se cassent, pis d'autres envoyèrent même leurs propres spécialités (frometons qui puent, sauciflards qui sentent bon)... Ce qui fait dire aux Pragois que le pont Charles est parfait car il contient des bouts de n'importe quoi provenant de tout le pays (la légende ne dit pas si Petr a réellement mélangé les autres ingrédients dans son mortier, ou s'il se les ait goinfré à lui tout seul, mais attention, légende = prise de recul).

Et puis on a l'ondin (une ondine, ondin au masculin, nymphe ou naïade, est un génie des eaux dans la mythologie germanique ou alsacienne -et Tchèque?!- A l'inverse des sirènes les ondines ne fréquentent pas la mer, mais les eaux courantes, rivières, fontaines, et n'ont pas de queue de poisson. Source: fr.wikipedia.org/wiki/Ondin) ...l'ondin qui vivait sous la 4 ème arche du pont, déjà bien avant que celui-ci ne soit construit. Il passait son temps à collectionner les âmes de ceux qui se noyaient (c'est généralement l'occupation préférée des ondins en Tchéquie, n'ont rien d'autre à foutre ces faignants), et comme pendant une longue période le pont servait à la noyade des adultères, et que comme les filles tchèques sont très belles et que la tentation était grande, et que donc... ben notre ondin était devenu très riche (ne me demandez pas ce que ça vaut une âme au cours du marché d'aujourd'hui, mais bon, il était très riche, attention, légende = prise de recul). Pis les années passant, il devint vieux, pis il s'ennuyait ferme, pis il savait plus trop quoi faire parce qu'on ne noyait plus les adultères, bref, il vendit ses âmes (sans doute au diable), suivit une formation de reconversion professionnelle, et serait devenu loueur de barques et de pédalos sur les berges de la "Vltava".

Pis la plus vraisemblable quand même des légendes, c'est qu'il serait fort probable, que dans le pont Charles, dans les fondations mêmes, celles avec du jaune d'oeuf dedans, soit emmaçonnée l'épée magique de Bruncvik (prononcer B R U N S V I K, sa statue se trouve à côté du pont, berge "Malá Strana" en aval, juste derrière le fleuve, penchez-vous en bas...). Bon, l'histoire de Bruncvik je ne vous la raconte pas maintenant, parce que c'est long, et que ça fera sans doute l'objet d'une publication à part entière... "vouis Helmut, c'est ça, quand j'aurais des photos et rien à dire autour qui va avec, absolument...", mais sinon pour vous donner une idée quand même, si vous connaissez Ulysse... "vouis Helmut, c'est ça, Ulysse, celui qui rigole quand il pisse" ...donc Ulysse, alors imaginez que pareil, lui amoureux, mais parti, fiancée seule, longtemps, lui odyssée, aventures, puis retour... et retour avec l'épée magique qui va bien. Elle est tellement magique, l'épée, qu'il suffit de dire, "épée, coupe les têtes", et hop, les têtes roulent et tous les ennemis sont tous mourus en même temps d'un coup. Et bien cette épée là, elle serait emmaçonnée dans le pont, en attendant que le fantôme du bon roi Venceslas (St Venceslas I er) vienne la chercher lorsque le pays sera en grave danger (il y a aussi un peu d'Arthur et de table ronde la dedans, mais c'est pas moi qui l'invente, c'est la réalité des légendes). Alors si jamais y a quelqu'un qui la trouve, l'épée, faire drôlement gaffe avec, genre essayer plutôt "épée, coupe les oignons" ou "épée, va me chercher une bière dans le frigo".

Et puis il y en a bien d'autres des légendes, sur les Saints et leurs statues, sur le St Joseph, le St Christophe, la Ste Anne, le St Augustin, le St Bernard (le grand St Bernard), le St Antoine de pas d'où, le St Cyrille et sa méthode, pour apprendre l'alphabet si rillique, puis le plus connu, St Jean deux nez pomuk, confesseur de la reine... Une bonne trentaine en tout, avec chacun (les Saints) ou chacune (les Statues) sa légende à soi. Mais bien au delà des légendes, il y a la réalité, et croyez-moi, elle est tout aussi belle sinon plus encore. Le pont Charles est un pont, certes un pont en pierre, un pont infesté d'innombrables touristes, de vendeurs de couillonneries, de joueurs de n'importe quoi, de piètres gribouilleurs caricaturistes, de mendiants crasseux, et c'est sans doute comme ça que vous le connaissez. Mais il y a l'autre pont Charles, le magique, le mystérieux et le fascinant, celui du très tôt le matin odeur de café en tête, et celui du très tard la nuit goût de bière en bouche (et envie de pisser). Celui du printemps-été lorsque le ciel se teinte tard de bleu ardoise, et celui de l'automne-hiver lorsqu'il se teinte tôt de vermeil. Celui de l'éclairé jaune sous la pleine lune et celui du couvert blanc sous la neige. Celui où, dans la brume épaisse, les statues qui semblent animées transforment chaque foulée en un pas dans l'occulte, le secret, le kafkaïen et le golemesque. Celui où le soleil se lève entre les églises St François d'Assise et St Salvator couvrant la tour noire "Mostecká věž" d'un or flamboyant, puis se couche derrière la colline de "Petřín" transportant son or sur les nuages au-dessus du château comme une couronne royale. Celui où vous êtes seul, assis sur le parapet de 6 siècles d'histoire tumultueuse de l'Europe à contempler l'eau qui coule sereinement. Ce pont Charles là se mérite, c'est pas tous les jours, ni toutes les nuits que le pont Charles dévoile ses charmes, oh non, et puis faut se lever tôt ou se coucher tard, mais quand on a la chance un jour de voir ça, alors on touche de ses yeux hagards les griffes acérées de la petite mère. "Prag lässt nicht los ... Dieses Mütterchen hat Krallen“, écrivait Kafka, "Prague ne lâche jamais... Cette petite mère a des griffes", et le pont Charles est une des plus perçantes.

4 Comments:

Anonymous Jr Prod said...

Très jolies photos ! Ca donne envie de revoir des endroits pourtant bien connus,,, =)

08 juin, 2005 13:10  
Anonymous Olivier said...

Merci pour ces explications... et pour ces belles photos! La 3e est maintenant mon fond d'écran. :)

08 juin, 2005 15:29  
Blogger Strogoff said...

Chuis content que ça vous plaise, ça m'a pris du temps pour les faire :-) Mais en fond d'écran Olivier, t'as pas peur que ça fasse un peu kitch, genre carte postale qu'on envoie à mémé quand on part en classe verte?

09 juin, 2005 10:26  
Anonymous Olivier said...

Non, non, ça me rappelle mes vacances là-bas...
Je change souvent de fond d'écran. :)

09 juin, 2005 21:33  

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