mercredi 6 avril 2005

Ville: Promenade bucolique à Petřín

Comme toute grande capitale qui se respecte, "Prague" possède aussi son parc, son indispensable espace vert pour aérer en week-end le citadin livide en manque d'oxygène.
Certes c'est pas aussi connu ni aussi vaste que le "bois de Boulogne à Paris", le "Hyde Parc à Londres" ou encore le "Central Parc à Manhattan", c'est modeste, attention, mais c'est plaisant. En fait ce petit parc qui se trouve sur la colline de "Petřín" s'appelle chais pas comment. D'ailleurs chuis même pas sûr qu'il s'appelle. On dit "aller à Petřín" comme on dirait "aller à la Battoire".
Bref c'est pas important, ce qui est important en fait, c'est quoi que c'est qui s'y trouve dessus cette colline. Et bien évidemment qui dit "parc", dit "loupiot", car je ne connais pas un seul honnête homme qui irait se promener seul dans un parc alors qu'il y a tant de buvettes à prospecter dans cette admirable ville. Je vais donc orienter ce blog sur la nature opulente, les tchèquoiseries cocasses, et les bidonnades pour mignards espiègles. Mais papas rassurez-vous, je ne vais évidemment pas oublier de penser à vous et vous ferai part des quelques gargotes et troquets qui se trouvent à proximité.

Bien, alors déjà comment s'y rendre? Evidemment, et comme toujours il y a plusieurs options. Celle que je conseille parce ce que c'est la meilleure à tout point de vue (et je dis ça en toute objectivité), c'est de prendre le funiculaire à partir de la rue "Ujezd". Alors à coup sûr, j'entends déjà la suspicieuse belle-maman qui s'est invitée à l'improviste dans la famille pour le week-end objecter: "Ah ouais! et pourquoi que c'est la meilleure des solutions, ça?". Et là, si vous n'avez inconséquemment pas prévu la réplique immédiate z'êtes cuit, fait comme un rat dans une taupinière. Mon pauvre Monsieur, si vous vous tapez le chemin en sens inverse de ce que je vais vous expliquer, alors finie la journée, non seulement vous allez souffler comme une vieille carne tuberculeuse, mais vous pouvez aussi faire une croix sur "Stade 2".
Alors la réplique immédiate: "Vouis belle-maman, bien sûr, vous avez raison à tout point de vue, mais LES (insistez sur le nombre...) raisons pour lesquelles cette solution est la meilleure sont que vous fatiguerez moins vos varices (adaptez diplomatiquement votre discours, belle-mère = susceptible), vos petits enfants adorent le funiculaire, c'est bien plus rapide et donc on passera plus de temps dans le parc". Essayez également de mettre les mouflets dans le coup de façon à ce qu'au moment opportun ils s'accrochent à vos frusquent en brayant "oh vouis papa, le funiculaire, le funiculaire...".

Bon, et en haut alors qu'est ce qu'il y a? Alors en haut il y a plein de trucs sympas, certains vétustes (c'est comme le NTM, c'est-à-dire ni Mickey la souris, ni Flipper le dauphin), mais vraiment sympas. Et je vais donc vous parler des principaux trucs sympas. Les autres (statues, églises, filles en short...) vous les verrez bien par vous-même si vous y allez.

Le funiculaire, le problème avec celui-là c'est qu'il est souvent hors service, pannes inopinées, remises en états périodiques, va savoir quoi d'autre... 3 fois déjà depuis l'été dernier. Par contre quand il fonctionne c'est top.
Il est rigolo tout plein avec sa ligne unique qui se divise au milieu pour le croisement des cabines. Il y a une station intermédiaire qui mène au restaurant "Nebozízek" mais vous pouvez l'oublier... Le resto est globalement cher, la bière est moyenne ("Krušovice"), et il y a souvent du vent en terrasse. Enfin si vous voulez impressionner belle-maman, ouais, bôf, essayez, mais c'est très snob, infatué. Les hûppês prâgois pârvenus s'y arrêtent âprês âvoir laissé toutou Kiki faire câcâ dans les hêrbettes.

Le planétarium "Štefánikova hvězdárna". Ben là je ne vais rien vous dire sinon qu'il existe, parce que pour l'instant j'y suis pas encore allé. Ah si, tout de même, un truc important. Faites gaffe en cherchant des infos, parce que le vrai planétarium, l'officiel, il se trouve à Prague 7, et c'est pas du tout celui dont c'est que je vous en parle en ce moment, qui lui aussi est officiel mais en plus petit, c'est une succursale. Donc précisez bien à la vendeuse "Štefánikova hvězdárna, Petřín". Et tiens, tant que vous y êtes, si jamais vous y allez, écrivez-moi voir comment c'est.

Le mur de la faim. Eh ben voilà encore un bel exemple de pantalonnaderie bien tchèque. Selon les guides touristiques pour éclopés mentaux profonds, il s'appellerait comme ça (le mur de la faim) car au XIVème siècle, le bon roi "Charles IV" (et oui, encore lui) en aurait sollicité la construction sur ses propres deniers afin d'offrir du travail (et donc des revenus) à son bon peuple en proie à la bonne famine. D'aucuns argumentent de plus que notre bon roi philanthrope serait allé lui-même mettre la main à la tâche plusieurs heures par jour, fagoté de guenilles afin de se confondre au bon prolétariat.
De cette incroyable aventure auraient notamment surgi (entres autres inspirations) les soupes populaires, les "congés intempéries" dans le bâtiment, et la brouette à moteur hydraulique. La bibliothèque nationale en conserverait témoignages sur un vieux daguerréotype qui fut traduit en latin et illustré en couleur à cette même époque (XIVème siècle) par un certain Dalimil, manuscrit récemment acquis aux enchères à Drouot par le conservateur de la bibliothèque de Prague et exposé au public pour une durée de deux semaines avant rénovation (du manuscrit).
Enfin croyez-le ou non, c'est écrit dans certains guides touristiques (pour éclopés mentaux profonds). Personnellement ça me semble totalement loufoque, d'abord parce que la famine à débutée le 17 novembre 1361 à 19:47 et le mur de la faim était alors déjà en construction depuis plus d'un an (13 mai 1360 au 25 décembre 1362, remise des clés, devinez à qui?), et que deuxièmement, tant qu'à faire trimer les crève-la-faim, notre bon roi qui n'était pas une andouille les aurait fait besogner sur un édifice autrement plus indispensable qu'un bête mur, genre un stade de foot de St Denis, un drive-in Mc Donald... Enfin chais, pas un truc utile, genre. Bref allez-le voir, et faites vous votre propre opinion.

"La mini tour Eiffel". Ben comme le planétarium, j'y suis jamais allé. Oh ce n'est pas par manque d'occasion mais par peur du vertige. Les tours, promontoires et falaises ne me font pas du bien, et tant qu'à être en proie au vertige je préfère celui de l'ivresse à celui de la hauteur. Passons. Je suis persuadé que la similitude avec la tour Eiffel de Paris n'aura pas échappée à votre sagacité perspicace. Non seulement l'architecture, le matériau et l'époque de construction sont identiques, mais sachez également que les 2 cimes se trouvent exactement à la même hauteur par rapport au niveau de la mer, bien que la mini soit 5 fois plus petite que la maxi.
"La mini tour Eiffel" de Prague fut construite sur l'initiative du "club des touristes tchèques" en 1891 (2 ans après la tour Eiffel de Paris) afin de prouver à Gustave "qu'une petite bien montée" vaut bien "une grande mal placée". En effet, alors qu'Eiffel, qui résidait en haut de sa tour pour se livrer à des expériences d'aérodynamique appliquée sur les chats persans à poil ras (Cattus Persanae Nonpoiluxalanus), ne parvenait pas à voir au-delà de 80 kilomètres de distance par beau temps, notre "club des touristes tchèques", quant à lui, pouvait admirer avec l'aide d'une simple paire de jumelles et en tout temps les ébats amoureux des tortues géantes (Geochelone Elephantopus) sur les îles Galápagos (activité qui, soit dit en passant, requiert une solide dose de patience compte tenu de leur cycle reproducteur de 14 ans, mais bon, c'était pour la bonne cause, pour en boucher un coin à Gustave).
Démonstration fut faite, et ce n'est que longtemps après, dans les années 1990 que l'on découvrit la raison de ce phénomène qui fait appel aux lois les plus avancées de la physique quantique de l'optique réfractaire sur la propagation photonique à charge instable en milieu anisotrope (je vous fais grâce des détails, chuis pas spécialiste en la matière). Tout ça pour vous dire de ne pas oubliez vos jumelles lors de votre promenade à "Petřín", peut-être que vous aurez de la chance avec les tortues à poil ras.

Puis y a le labyrinthe. Alors là, attention, c'est top, vraiment génial, le clou de la balade et je m'en vais vous expliquer pourquoi dans quelques lignes.
Mais tout d'abord un peu de culture. Le bâtiment fut construit en 1891, mais ce n'est qu'en 1893 qu'il devint le labyrinthe dont on peut profiter aujourd'hui. Il contient, outre le labyrinthe en soi (en verre, en fait), des glaces déformantes, et à la sortie, un superbe diorama de plus de 10 m de long représentant les pitoyables armées suédoises sur le pont Charles (oui je sais, encore lui... ben oui...) battant retraite lors de la guerre de 30 ans après avoir subi une mémorable déculottée de la part des vaillantes troupes tchèques affaiblies par une dysenterie inopportune provoquée par ces mêmes troupes suédoises qui déféquaient pendant le siège de la ville dans les puits d'eau potable environnants, ignorant de leur réelle utilité (les primitifs). Bien, et maintenant pourquoi le labyrinthe est un élément crucial dans votre flânerie dominicale? Et ben tout simplement parce que vous allez astucieusement proposer à belle-maman d'entrer la première dans le dédale, prétextant que vous payez les billets: "allez-y belle-maman, tout droit, au fond à droite, comme les toilettes. J'arrive de suite...".
Si tant est que votre belle-mère est constituée de la même matière que la plupart d'entres-elles, à savoir un grain de bon sens, une pointe d'intelligence, et une provision insoupçonnée de cassecouillerie inépuisable, alors vous aurez la paix pour environs 3/4 d'heure ce qui s'avèrera être largement suffisant pour vous offrir une mousse-saucisse à la guinguette la plus proche. Si de surcroît, et avec la complicité des polissons qui vont distraire son attention, vous réussissez à lui barboter ses lunettes de vue avant qu'elle n'entre dans le labyrinthe, je vous promets une bonne demi-heure supplémentaire de répit. Et maintenant, dites-moi voir si c'est pas génial ça, comme idée bonarde? Dernier conseil, éteignez votre téléphone mobile si belle-maman en est malheureusement pourvue, mais pas plus de deux heures car si d'ici à la fermeture de l'attraction elle n'a pas refait surface vous êtes bon pour appeler les secours et organiser une battue à la belle-doche.

Et pendant que la vieille chouette se cogne méthodiquement le groin contre toutes les glaces habillement disposées à cet effet, vous pouvez pleinement profiter des buvettes environnantes. Alors je vous conseille celle qui se trouve sur la petite place jouxtant la mini tour Eiffel, généralement moins bondée que celle située sous (la mini tour Eiffel). Certes, le taulier pratique des prix sans aucun rapport avec les gobelets en plastique et les portes saucisses en carton qui vous seront distribués, mais bon, c'est pas tous les jours dimanche, et profiter des quelques minutes de tranquillité sans belle-doche ça vaut bien quelques sacrifices. Les saucisses sont généralement bonnes et bien grillées (si tant est que vous aimez les saucisses bien grillées), et la bière est bien fraîche (si tant est que vous aimez la bière bien fraîche).
N'hésitez pas à vous installer sur l'un des bancs à disposition, même partiellement occupé, afin de disposer des 2 mains pour disperser les nombreuses guêpes qui vont inéluctablement s'abattre sur vos saucisses bien grillées et votre bière bien fraîche. Attention, n'oubliez pas auparavant de demander aux convives la permission d'envahir les bouts de banc et de table libres. Les Tchèques sont spécialement tatillons sur ce fondement de la bienséance, mais on ne le serait pas moins si en 100 ans d'existence on eut été occupé par l'envahisseur les 2/3 de ce temps.

Après avoir récupéré belle-maman la bave aux lèvres furibonde de colère, et après l'avoir convaincue que vous vous êtes perdus aussi mais que les chérubins débrouillards ont trouvé la sortie en 10 minutes, vous pourrez enfin terminer cette partie de campagne en redescendant de l'autre côté d'où que vous êtes venus, par "Strahov".
Cette option n'est toutefois envisageable qu'au cas où vous ne seriez pas pressés par le temps, car le chemin, plus long, est agrémenté de nombreuses curiosités retardatrices (sans parler des guinguettes). Aussi en cas de hâte, retournez sur vos pas, et si besoin est prenez à nouveau le funiculaire. Concernant la durée de la promenade, c'est à vous de voir. Tout dépend de ce que vous souhaitez visiter, de l'empêtrement de belle-maman dans le labyrinthe... Bref, comptez tout de même 3 heures car en deçà c'est trop court, au-delà c'est trop long.

2 Comments:

Anonymous Olivier said...

Ah, la mini tour Eiffel! C'est là que j'ai perdu une lentille de contact! ;-)

Merci pour toutes tes photos et tes textes pleins d'humour. Je découvre ton site, et je vais devoir tout relire depuis le début! :)

A bientôt

12 mai, 2005 17:31  
Blogger Strogoff said...

Ben voilà d'où que ça viendait le truc brindezingue que j'ai inadvertamment marché dessus l'autre jour, même que je m'est dit "c'est drôle dis donc, on dirait une lentille de contact", ben flûte alors, si j'aura su! Eh mais j'y pense Olivier, t'aurais pas aussi perdu un peigne à girafe en corne de bouquetin des alpes véritable? Non parce que celui là, je l'ai récupéré cause que contrairement aux lentilles de contact, le peigne à girafe ça peut me servir :-) Blague à part, merci pour ton soutien, ça fait toujours bien plaisir.

16 mai, 2005 16:13  

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