jeudi 27 avril 2006

Ailleurs: Horšovský Týn, oui, ça se laisse voir

Alors voilà, afin que vous ne disiez pas que mon horizon est limité, et qu'en dehors de cette belle ville de Prague je ne sais pas parler d'autre chose, je vais donc aujourd'hui vous parler de la ville... ou plutôt du village, parce qu'avec 5000 habitants on ne peut parler de ville, donc je vais vous parler de "Horšovský Týn" qui se trouve sur la route de "Plzeň" à "Domažlice" (sud-ouest) à quelques 40 km de la première, et quelques 10 km avant la seconde, soit quelques 20 km de la frontière d'avec la Bavière (forcément).
Alors pourquoi je vous parle de "Horšovský Týn" aujourd'hui et pas de Prague me demanderez-vous? Ben parce que j'y suis allé, que je vous ai fait des photos, et aussi parce que derrière son allure de village perdu au dargeot du monde civilisé, ce trou... ce bourg avait une importance significative dans le pays au moyen âge. Puis aussi parce qu'il se trouve dans cette commune un élément représentatif de ce que je hais profondément, un exemple dont je vous ai déjà parlé dans le cadre de l'affaire de l'église St Michel (à Prague) et dont je ne cesse de maudire les protagonistes. Cette immonde abjection, ce dégoût écoeurant qui éveille en moi des pulsions meurtrières,
c'est la dévastation gratuite, le saccage injustifié des dix fils... d'édifices historiques. Et les protagonistes directement responsables de ce gâchis, auxquels incombe l'opprobre universelle au delà des années et des siècles, sont bien connus:
- de façon directe: les crétins primitifs dont la simple existence est une insulte à la subtilité de la nature et à la créativité humaine,
- de façon indirecte (et encore...): l'Etat, dont la principale préoccupation est de justifier méticuleusement sa coûteuse incompétence face à l'ampleur du problème, lorsqu'il (l'Etat) ne participe pas sciemment à la déprédation.
Bref... c'est une honte effroyable, mais je vous en parlerai plus tard.

Alors "Horšovský Týn" qu'est-ce que c'est, d'où ça vient et comment ça marche? C'est donc un truc sorti de terre dans le milieu du X ème siècle, et qui vers la fin (du X ème siècle) est tombé dans l'escarcelle de l'évêché de Prague. Forcément, stratégique, commerçant, sur la route vers Regensburg donc potentiellement lucratif le truc, et même bien lucratif, genre qui attire la race des curés comme le paysan attire l'impôt, donc forcément, hop, sous la tutelle de l'évêché de Prague. Alors on passe rapidement sur les couillonneries pour arriver aux dates et sans ciel.

Après les guerres hussites, l'on confisqua le domaine à la prêtrise pour le refourguer à la bourgeoisie, ce qui pour le paysan moyen représentait un changement aussi radical que de passer de la peste au choléra. Youpi houra. En 1542, la ville fut attribuée à la famille des "Lobkovic" (mais que vous trouverez également avec les orthographes "Lobkovicz", "Lobkowicz" ou "Lobkowic", rassurez-vous c'est les mêmes) et plus particulièrement au "Jan Popel z Lobkovic" dont le nom prédestiné allait être intimement lié à l'avenir du château. Ben oui, "popel" en Tchèque signifie "cendre", et 5 ans plus tard (1547), le château, comme d'ailleurs une grande partie de la ville, finiront en... cendres. Ca ne s'invente pas!
Bon, mais comme il avait un peu d'argent de côté à l'épargne de l'écureuil, le bougre "Lobkovic", il reconstruisit 3 ans plus tard un autre château de type nord-italo-renaissance sur l'emplacement des cendres enfin froides. L'héritier du cendrier qu'avait pas de bol, son fils "Vilém z Lobkovic" n'en aura pas beaucoup plus (de bol) que son papa. Pour sa participation à ce qu'on appela alors "stavovské povstání" (plus connu en France par l'évènement de la seconde défenestration de Prague qui déboucha tout naturellement sur la guerre de 30 ans), il sera condamné vivant à mort et ses biens seront confisqués au profit des lèches-culs habsbourgeois et en particulier d'un des plus grands (lèches-culs habsbourgeois, de Ferdinand II et même de Ferdinand III) en la personne de "Maximilian Trauttmansdorff" dont la descendance habsbourgo-lèche-cultière possèdera l'édifice jusqu'en 1945 (depuis 1622).
Puis ça c'est pour l'histoire succincte de la ville et du château dont l'apparence actuelle est quasidentique à ce qu'elle était au XVI ème siècle après la reconstruction naissance... la construction renaissance. Et ça se visite, mais bien sûr il y a des bémols.

Tout d'abord, et bien entendu, comme dans tout château qui se respecte en République Tchèque, il ne doit pas manquer l' (ou les) ours dans les douves asséchées (voir mes publies précédentes relatives aux châteaux). Ben tiens, faut bien combler avec quelque chose, regardez, moi par exemple avec mes publies :-)))
Encore qu'en ce qui me concerne, je n'y mets pas de pauvres bêtes vivantes, j'y mets des commentaires sans intérêt et des photos moches, mais pas de pauvres bêtes vivantes. Or dans les douves de ce château, il n'y avait pas un ours, mais une chèvre (ou un bouc) ce qui nous a d'abord semblé particulièrement curieux et inhabituel. Puis au bout de quelques minutes de réflexion et d'observation minutieuse, nous en sommes arrivés à l'adroite conclusion qu'il s'agissait bel et bien d'un ours mais facétieusement déguisé en chèvre. Décidemment ils ne savent plus quoi inventer pour attirer les touristes. Mais avec moi ça ne prend pas, un ours, une chèvre ou même un ours déguisé en chèvre qui fait l'âne, c'est pas ça qui va me faire venir au château si lui-même (de château) n'en vaut pas la peine.
Déguisé en lapin playboy plantureux je ne dis pas, à voir (encore que c'est poilu comme une portugaise un ours), mais en chèvre? Sauf que ce château, aux dires de mes lectures, valait la peine d'être vu, aussi nous nous y sommes rendus, pour le castel et non pour le plantigrade.

Toujours en fonction de mes lectures, il (le château) serait ouvert de 9h à 16h. On ne vous précisera bien entendu pas la pause de midi à 13h qui va bien (la pause de midi jusqu'à 13h, et pas la pause de midi prise à 13h). Ca c'est l'une des surprises que vous aurez la joie de découvrir sur place, en arrivant comme nous à 12:15 pour éviter la foule tandis qu'elle ripaille.
Ben du coup, et comme la plèbe nous sommes allés casse-croûter, que faire d'autre? Alors j'en profite aussi du coup pour vous signaler que nous avons mangé dans le restaurant de l'hôtel Šumava, sur la place du village. Vous ne pouvez pas la louper, la place du village, parce qu'il n'y en a qu'une dans le village, juste en face de l'entrée du château. Alors pourquoi vous en parle-je, ben pour vous dire qu'alors que le restaurant n'était rempli qu'au tiers de sa capacité, qu'alors que j'avais commandé une classique escalope pas née... panée tandis que ma chérie d'amour avait porté son appétit gourmand sur une simple poêlée de légumes, alors qu'on était un samedi d'Avril, qu'il faisait particulièrement beau et que je m'en envoyais ma seconde bière,
et bien malgré tout ça, mon escalope à moi est arrivée 20 minutes avant la poêlée d'à elle. C'est quand même formidable non? Je veux dire par là que le cuistancier gâche-sauce était une belle andouille d'exhibition internationale parce que ça ne me semble pas spécialement compliqué de coordonner deux repas, qui plus est simples et classiques. Et je sais de quoi je parle, j'adore faire et je fais la cuisine. Alors hein, une escalope pré-panurée juste à paner, et des légumes surgelés pré-épluchés juste à poêler, faut pas pré-déconner non plus, c'est faisable en même temps non? Andouille! Ceci dit, ce n'était pas spécialement mauvais, et la pauvre serveuse est venue plusieurs fois s'excuser humblement de la lenteur du second plat. Oui, certes, c'est un minimum venir s'excuser,
mais ça ne remplace pas non plus les pommes de terres et les morceaux d'escalopes que je dus céder à ma chérie d'amour qui bavait à grosses goûtes et finit par piquer dans mon assiette, la pauvre chérie. Enfin bref... c'était pour dire.

Après la tambouille, retour au château avec découverte des autres surprises qui vont bien. Tout d'abord vous ne pouvez pas visiter seul. Genre c'est pas comme à dis "Sneyland", où vous achetez le ticket, et hop vous vous retrouvez dans le cirque, tout seul, perdu au milieu des souris géantes, des nains géants aussi, et des chiards excités qui courent dans tous les sens en braillant bruyamment ne sachant par où commencer.
Ben ici non. Non parce que vous ne pouvez pas visiter seul (sauf les toilettes). Et même ça, ça se comprend aisément lorsque l'on sait oh combien le touriste est pourvu de la fâcheuse tendance à ne pas fermer la porte ni éteindre la lumière derrière lui. Le châtelain a d'autres chats à fouetter que de passer derrière chaque pékin distrait. Cependant la fâcheuse conséquence en est la suivante, parmi les 6 circuits offerts, vous devrez vous contenter de celui qui part au moment où vous arriverez, et encore à la condition qu'il y ait suffisamment d'intéressés pour justifier le déplacement du guide et la dépense électrique. Autrement dit, bien qu'ouvert de 9h à 16h avec la pause de midi à 13h qui va bien,
la visite qui va vous intéresser ne se déroulera qu'à une seule et unique heure de la journée que tous les sites Internet vantant le monument se garderont bien de vous préciser, des fois que vous arriviez au moment escompté. Pis si jamais vous n'avez vraiment pas de chance (eh oui, il y a pire), alors le circuit non voulu sera déjà parti depuis quelques minutes, aussi il ne vous restera plus qu'à prendre une bière et contempler l'ours déguisé en chèvre qui s'ennuie encore plus, et depuis plus longtemps que vous dans les douves asséchées du château.

Les tarifs des visites sont en fonction du circuit que vous allez subir (à défaut de choisir), mais les prix particulièrement raisonnables s'échelonnent entre 20 et 50 CzK (0,67 et 1,67 €). Là où il y a foutage de gueule manifeste, c'est sur la taxe du droit de photographiage prélevée par Monseigneur le Vicomte (le château appartient à l'Etat, mais ça fait mieux comme ça, avec Monsieur le Vicomte): 100 CzK (3,33 €). Certes, vous pourriez légitimement m'objecter qu'à comparaison de dîme ou gabelle, icelle taxe est bougrement moins dispendieuse. Oui, dans l'absolu, mais en pourcentage du prix d'entrée, c'est pour moi foutage de gueule et escroquerie.
D'autant plus, considérant que flash et trépieds sont proscrits. Alors à vous de voir, mais moi c'est non, aussi vous ne verrez aucune photo de l'intérieur du château. Pour comparaison, à Prague, la photo-taxe coûte de 30 à 50 CzK, soit moitié moins pour la plus chère qu'au château de "Horšovský Týn".

Pis encore un truc, c'est de l'anecdote, enfin de la pinaillerie de collégien, mais j'ai su rester jeune et facétieux, alors j'ai pas pu m'en empêcher, de faire la remarque.
Je vous explique, au tout début de la visite, alors que la jeune et charmante guide nous expliquait que les baies vitrées dedans la pièce où nous nous trouvions n'étaient pas conçues d'origine mais avaient été posées à la demande des dames du castel qui se caillebottaient la croupe adipeuse en hiver, détail que du reste n'importe quel amateur comme moi aurait deviné à la forme des arches de voûte et des encadrements de portes en pierres taillées proéminentes typiques des pergolas ouvertes de type renaissance italienne, bref... tandis qu'elle expliquait des évidences, je me promenais dans la pièce inspectant tous les détails de l'immobilier présent,
tout en me disant que compte tenu du climat rigoureux qui règne en nos contrées, Monsieur "Lobkovic" aurait certainement été plus inspiré de prendre exemple de l'architecture inuite plutôt qu'italienne. Soudainement j'entendis une voix nettement plus directive qu'auparavant "et je leur demanderai de bien vouloir ne marcher que sur les tapis! Merci" émanant de la délicieuse guide tout en me toisant d'un oeil spartiate comme un galopin qui se mettrait les doigts dans le nez. Alors que le reste du troupeau d'andouilles se retournait afin d'accentuer mon embarras (sauf ma chérie d'amour qui était déjà retournée, ce qu'elle est mignonne),
je me rendis effectivement compte qu'il y avait réellement un tapis, rouge, et qu'à l'évidence je n'étais pas dessus. Ben forcément, chuis pas habitué à marcher sur des tapis rouges, pis ce n'était même pas indiqué qu'il fallait marcher dessus, d'habitude c'est même le contraire, "ne marchez pas sur les tapis" qu'ils disent. Quoi qu'il en fut, je déplaçais prestement ma personne sur la carpette de manière à éviter quelle qu'avoinée complémentaire, puis rejoignis docilement le groupe. Pis au fur et à mesure de la visite, je me rendis compte qu'alors que le troupeau d'andouilles dont je faisais partie suivait les recommandations du guide (charmante) au pied sur le tapis de la lettre, elle, tranquillement,
vagabondait sans honte en dehors de la carpette. Ah ouais? Ben flûte alors, tiens, et pourquoi? Et n'écoutant que mon ferme sentiment d'équité qui m'anime depuis la petite école, sentiment du reste que mes maîtresses qualifiaient volontiers mais à tort de "mauvais esprit narquois" et qu'elles s'empressaient (les salopes) de consigner en lettres rouges dans mon carnet de correspondance à l'attention de ma maman, donc n'écoutant que mon sens aigu de l'égalité, je ne pus m'empêcher de lever le doigt en réponse d'à sa question "avez-vous des questions?" maladroitement prononcée par la charmante petite tandis qu'elle se tenait à un bon mètre de distance de la pourpre moquette.
Bon, vous imaginez sans peine la question que je m'empressais de soumettre à la pauvre chérie devant l'audience amusée? Ben tiens, une si belle occasion. "Parce que j'ai des chaussures spéciales, moi, des chaussures qui ne laissent pas de traces" me répondit-elle du tac au tac. Ah ben évidemment, alors là c'est sûr qu'avec une réponse pareille, il ne me restait plus qu'à m'avouer vaincu. Oh bien sûr, j'aurais pu argumenter que les miennes de chaussures ne laissaient pas de trace non plus, qu'elles étaient également spéciales,
en cuir huilé pleine fleur de vachette des Alpes suisses, languettes et renforts de chevilles rembourrés en ouate de pingouin manchot, première et seconde doublure molletonnées de textile intissé sur mousse polymère antiodorante cousues main sur semelles double-crantées en caoutchouc synthétique résistant aux acides chimiques, aux huiles industrielles et à la pisse du chat de ma voisine, sans parler des lacets... Mais devant tant d'évidences et de preuves irréfutables démontrant sans le moindre doute qu'elle pouvait marcher en dehors du tapis alors que nous non, je ne me sentais plus l'envie d'objecter.
D'ailleurs je ne pouvais pas gagner: elle était guide à elle toute seule, charmante de surcroît, tandis que moi j'étais un insignifiant fragment du troupeau d'andouilles. Alors hein, aucune chance d'avoir raison. Tiens, c'est marrant quand même à quel point certaines situations confèrent à une fonction somme toute ordinaire un pouvoir dominant conventionnellement (artificiellement) perçu par chacun, pouvoir auquel une majorité se soumet naturellement et spontanément nonobstant de la pertinence des actes et de l'objectivité des assertions du dépositaire de la dite fonction (somme toute ordinaire).
Eh, sérieusement, avec une phrase pareille j'aurais pu faire homme politique tchèque à Prague ou avocat véreux américain à New York, genre un truc foncièrement honnête et qui paye singulièrement bien. Enfin bref... donc le château, sans dec, on n'a pas regretté d'être velu... venu. On a seulement vu ce qu'on ne voulait pas forcément voir, à savoir la partie toute nouvelle. Enfin nouvelle, la partie renaissance, tandis que les parties que je voulais voir moi (et ce n'était pas celles de la châtelaine), la partie gothique, la chapelle et la bibliothèque, ben keud nada, y avait pas. Alors du coup opinion mi-tigée, impression de déçu et frustration certaine.
Mais allez-y quand même si vous avez l'occasion, qui sait, vous aurez peut être plus de chance.

Pis en revenant sur la route principale, la départementale(?!) numéro 26 qui va vers "Draženov" puis "Česká Kubice", direction sud-ouest, nous fîmes un petit crochet pour aller voir ce qu'il reste de l'église Ste Anne, bien visible de la route précédemment évoquée.
Cette église d'extérieur imposante se nomme "Svatá Anna na Vršíčku" (Ste Anne sur le monticule, comment veux-tu que...) et est accessible par une toute petite route de rien du tout, sur la droite après la station service. Sur ce petit bout de chemin, vous pourrez admirer sur la gauche 2 statues baroques, les dernières qui restent du chemin originel qui menait les processions du village vers le lieu saint. Mais dépêchez-vous si vous voulez les voir, parce qu'il n'est pas sûr qu'un jour elles n'y soient plus. En effet, bon nombre de ces objets d'art livrés à la nature et aux imbéciles finissent souvent dans un jardin allemand au milieu des nains multicolores achetés (eux) à un Vietnamien sur le bord de la route au retour d'un bordel notoire spécialement orienté sur la clientèle germanique.
Véridique! Le papa de la délicieuse Viky à la poitrine opulente (Viky, pas son papa), pourrait vous en parler en long et en large. Historien, écrivain, conservateur et amateur de vieilles pierres au point de les restaurer avec talent et amour, il se bat constamment pour protéger les nombreuses statues qui se trouvent par champs, monts, vaux et forêts dans cette historiquement riche région de "Chodsko". Il pourrait vous en parler des statues qui balisaient un chemin de pèlerinage, une route de commerce, une direction, un territoire ou un hameau, puis un jour retrouvées (lorsque seulement) arrachées de terre sans doute par des câbles fixés à l'arrière d'une grosse cylindrée, puis laissées sur place parce que soit éclatées par la chute (et donc sans intérêt) ou trop lourdes pour être portées par les fumiers impudents.
Ah pour sûr, c'est une bien triste époque pour l'art d'antan. Bref... donc continuez sur cette petite route, puis à gauche, montez, et vous arrivez en plein sur l'emplacement de l'église Ste Anne.

Aujourd'hui c'est dans un état, enfin jugez-en vous-mêmes sur mes photos, c'est désolant, mais à une époque c'était beau, un haut lieu de culte de la sainte (Anne) où pèlerins et dévots venaient régulièrement prier. Le dernier grand pèlerinage en l'honneur de Ste Anne eu lieu en 1951, puis commença la fin. Mais un peu d'histoire avant mon coup de gueule (et oui, encore). L'architecture est gothique en phase terminale, enfin fin gothique, et l'édifice fut baptisé, consacré ou ordonné, (chais pas comment qu'on dit en langage curé), bref... la crémaillère religieuse fut pendue en 1516. La crypte servit de caveau familial d'abord pour la famille "Lobkovic" puis ensuite pour les "Trauttmansdorff" (lèches-culs). A la fin du XVII ème siècle, la comtesse "Anna Maria Trauttmansdorff" (née "Lichtenstein") fit construire la chapelle "Božího hrobu" (quelque chose comme le tombeau de Dieu?!).
C'est cette petite construction rigolote avec un petit dôme hexagonal en son sommet. Au dessus de la porte d'entrée vous pouvez remarquer l'inscription mentionnant Madame (Anna Maria) entre 2 armoiries des dites familles (Traut... et Licht...). Puis lors des réfections suivantes, plus tard, vers 1840, l'on fit même construire un autre caveau familial qui communiquait directement avec la crypte de l'église. D'ailleurs vous ne pouvez pas le louper, il se trouve sous vos pieds quand vous êtes sur le parvis, c'est l'estrade avec les grandes dalles, devant l'entrée principale. Ben là, quelques mètres en dessous se trouvent des dizaines de dépouilles de Trauttmachin, et on y encavait encore dans la première moitié du XX ème siècle. Quant à l'autre édifice de style empire, il date de 1835. C'est la chapelle funèbre de Jean Norbert (Trauttruc).

Bon, et passons à la dénonciation. L'état pitoyable dans lequel vous pouvez voir aujourd'hui le domaine est l'oeuvre des vandales et des primitifs qui se livrèrent dans les année 50 et 60 du siècle précédent à un stupide carnage sans nom. La totalité de l'immobilier baroque, les bancs, les escaliers en bois, les statues, l'autel de la fin du XVIII ème siècle, les fresques et les tableaux, tout fut irrémédiablement saccagé et ruiné. Et attention, non pas pillé, mais primitivement détruit, cassé en morceaux. Jusqu'aux tombes qui furent ouvertes,
leur contenu cette fois-ci sans aucun doute pillé, tandis que les os furent éparpillés tout autour de l'église. Eh oui, l'état con-muniste se foutait totalement de l'avenir de son passé, de sa culture, et de ses édifices, religieux qui plus est. Ah par contre attention, le premier subversif séditieux qui s'en allait pisser aux pieds d'une des innombrables statues de Lénine s'en prenait illico pour 20 ans de goulag en Sibérie, sans jugement. Aujourd'hui l'église a été complètement vidée du bordel laissé sur place par les crétins incultes (on ne peut pas en dire autant des 2 autres édifices adjacents) et un nouveau toit a été posé afin de limiter tout au moins le dégât naturel. En regardant par les trous et les fenêtres, vous pourrez encore apercevoir des restes de peintures murales datant du début du XVI ème siècle.

Puis je ne peux pas vous laisser partir comme ça, sans vous livrer une anecdote, hein, comme d'hab. Celle-ci me fut contée par le papa de la délicieuse Viky à la poitrine opulente (Viky, pas son papa), lors d'une de ces soirées où, autour d'une table copieusement garnie de moult verre de bière, l'on aborde aussi parfois des discussions sérieuses.
Cette histoire particulièrement triste est liée au fameux caveau des Trauttprout sous le parvis de l'église et serait véridique selon les dires du dit papa. A l'occasion d'un enterrement dans le caveau, lors d'un hiver rigoureux, l'on aurait laissé l'entrée ouverte lors de la cérémonie d'adieu dans l'église. Mais entre temps, un gamin du village, un petit potier, se serait introduit à l'intérieur pour se réchauffer dans les draperies qui ornaient l'intérieur de la crypte. Puis il se serait endormi. La cérémonie terminée, l'on referma l'entrée du caveau d'avec la lourde dalle en pierre brute tandis que le polisson s'y trouvait encore. On retrouva les restes du malheureux plusieurs années plus tard à l'occasion d'un autre enterrement, et l'on raconte que les os de ses bras en dessous des coudes étaient à nu. Dans le désespoir, l'infortuné en aurait dévoré la chair atrocement torturé par la faim.

"Bon, ben je vais reprendre un genoux de porc grillé, hein... et une bière aussi, parce que ça donne soif ces histoires là." Alors on en rigole, puis on se demande si c'est bien vrai, mais des anecdotes croustillantes et véridiques comme ça, le papa de la délicieuse Viky (à la poitrine opulente) en a tout plein concernant sa région, malheureusement rien sur Prague, c'est pas sa partition. Mais je vous les réserve pour une autre fois lors d'une prochaine publie sur la région de "Chodsko".

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