samedi 25 mars 2006

Visiter: La basilique St Georges à Hradčany

C'est quand même dans ces moments là que je me dis que quand même, sans dec c'est dément. Apres avoir fait découvrir à Simon (prononcez Saillemone, il est Australien) la bibliothèque de "Strahov", j'ai emmené mon pote "Robajz" (prononcez Robaïze, il est Tchèque) à "Hradčany" (le château de Prague).
Sand dec, j'le crois pas, il n'y avait jamais été auparavant. Bon, il est vrai que nombreux Français n'ont jamais mis les pieds dans la capitale gauloise, mais les distances sont aussi différentes. Imaginez quand même que mon pote "Robajz" (prononcez Robaïze, il est Tchèque) habite à "Plzeň" qui se trouve à seulement 90km de Prague, et qu'il monte régulièrement à la capitale (j'adore cette expression, genre le benêt rustique qui monte à la ville :-) pour des activités aussi diverses qu'invraisemblables (et même inavouables) et ce, au minimum une fois par mois. Aussi lorsqu'il m'annonça à demi-mot qu'on pourrait profiter du beau temps de ce samedi après-midi pour monter au château, je l'ai regardé comme un Corse son réveille-matin, ne croyant pas que ce fut possible. Ben si. Et donc nous montâmes au château. Non pas que je n'en eut éprouvé aucun plaisir, mais à force vous savez... Devinez seulement où les nombreuses personnes qui me rendent visite souhaitent aller?

Arrivés sur place, il ne nous restait plus qu'à décider où aller et que visiter du dedans des palais et glizes dans l'enceinte du château. Pis comme en ce moment il y a une exposition du tonnerre de d'là sur Charles IV (grouillez-vous, c'est jusqu'au 21 mai 2006), je me suis dit cool, c'est l'occasion. Ben ça ne le fut pas, l'occasion, parce que trop cher pour les deux zoiseaux, "Robajz" et sa copine "Nast'a" (prononcez Nastia, elle est Tchèque aussi). Bon, "et z'avez déjà vu la basilique St Georges" demandais-je? "Ah non? Et c'est combien l'entrée?" répondirent-ils en coeur. "Ben chais pas, je vais me renseigner" répondis-je. Et comme ils acceptèrent, nous y entrâmes.

Un peu d'histoire, hop. La basilique St Georges ("Bazilika sv. Jiří") fait partie des plus anciens édifices religieux de Prague, et en ce motif elle mérite vraiment d'être vue. Ses débuts remontent vers l'an de grâce 920, lorsque le roi "Vratislav Ier" (vers 888 - 921, père du St Patron de la Bohême "Svatý Václav" ou St Venceslas en Français) se rendit compte qu'il n'y avait rien pour enterrer dedans les dépouilles des gens importants du royaume. "Qu'à cela ne tienne, on va construire St Georges" se dit le roi. Et heureusement qu'il en fut ainsi, parce qu'en 925, hop on y enterra la première défunte VIP en la personne de Ste Ludmilla, la grand-mère du St Patron assassinée (la grand-mère) par sa bru "Drahomíra". C'est en construisant le couvent de St Georges (juste à côté) qu'en 973 on en profita pour agrandir la basilique puisqu'il restait des briques, des tuiles et du ciment. On fit donc un classique 3 vaisseaux de style ottonien préroman (du nom des empereurs saxons Otton 1er dit le grand, Otton II dit le moyen, et Otton III dit le petit). Pis lorsqu'on eut posé la moquette en 1142, arriva ce qui arrivait fréquemment en ce temps là.
Enfin arriva... il existe 2 versions plausibles du catastrophique incendie du château en cette année. La première version prétendrait qu'après avoir substantiellement abusé du vin de messe, une andouille de moine se serait pris les sandales dedans la moquette fraîchement posée, puis se croûtant à terre, aurais mis le feu de son chandelier à tout l'édifice, puis au château tout entier. Aujourd'hui encore, en tendant bien l'oreille du côté de la crypte, on peut entendre le pauvre bougre du fond de son trou humide réciter "pater noster, qui es in caelis, sanctificetur nomen tuum…" suivi de "ave Maria, gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus…". Et selon l'archidiacre, il en aurait encore pour 746 ans de trou humide. La seconde hypothèse, tout autant plausible attribuerait l'incendie à ce couillon de "Konrád II. Ota Znojemský"... Alors parenthèse: des "Konrád", il y en a eu en ce temps des pleines pelletées, et bon nombre venaient de "Znojmo" mais certains s'appelaient encore Ota, pis d'autres pas. Puis ils ont eu des cousins et des fils en Germanie, et donc tout ça pour dire que le vrai "Konrád" dont il est question s'appelle peut être autrement,
et que c'est peut être même pas celui dont je parle dont il devrait être question. Les sources à ce sujet sont extrêmement embrouillées, diverses, et il n'y en a pas une plus fiable que l'autre (qu'elle soit Tchèque ou Allemande, la source). Aussi la seule chose dont je suis sûr, c'est qu'il s'agissait bien d'un "Konrád", mais chuis absolument pas sûr qu'il s'agissait du I, du II voire du III. Du II le plus probablement, mais pas sûr. Fin de parenthèse. Donc la seconde hypothèse attribuerait l'incendie à "Konrád" tandis qu'il encerclait le château dans le cadre de sa conquête du pouvoir. Ses armées auraient décoché des flèches enflammées sur les toits en bois des édifices du château provoquant l'incendie.

Après l'incendie de 1142, on reconstruisit la basilique avec l'apparence quasi-actuelle. Afin quasi-actuelle dedans, parce que tout le monde aura reconnu que le fronton ouest est typiquement baroque (XVII ème siècle) avec sa couleur ocre caractéristique (comme le "Trojský zámek") tandis que le fronton de l'entrée sud est du début du XVI ème.
On y mit deux clochers avec des toits en pierre (leçon de l'incendie de 1142, "ben tiens..." se disait l'architecte, "on va pas me la faire 2 fois non plus!"), qu'on nomma Adam (tour sud) et Eve (tour nord). Et en regardant bien, vous pourrez vous rendre compte qu'Eve est plus étroite, même un peu bancale (sous l'armoire y avait une cale, et la tour était... Félicie...). Et le truc extraordinaire, c'est qu'au dessus du coeur, sur la voûte ainsi que dans la chapelle "sv. Ludmily" (la grand-mère au St Patron de la Bohême) l'on peut encore apercevoir des restes de fresques romanes, mais bon, c'est dans un état... Alors l'état, ne cherchez pas, la responsabilité en incombe encore une fois aux militaires qui occupaient sous Joseph II le couvent juste à côté et qui faisaient bien peu de cas de l'église elle-même (les frustes primitifs incultes). Aussi la basilique dut être restaurée à la fin du XIX ème début du XX siècle tout en essayant de lui conserver au maximum l'aspect roman d'origine.

Pis maintenant quelques mots sur St Georges, parce que tout le monde connaît les tableaux et statues de "St Georges terrassant le drap con", mais peu de gens connaissent la vraie légende. Appelez les enfants, ça va leur plaire. Il était une fois un dragon qui vivait dans des marais puants près de la ville de Silène, là-bas en Libye. Et l'animal avait pour déplorable habitude de venir souffler son haleine fétide sur les habitants de la ville. Or pour avoir la paix, les citadins avaient passé un accord avec la bête immonde. Ils lui livraient chaque semaine deux brebis en échange de quoi le monstre malappris les foutait tranquilles. "Et avec de la moutarde les brebis" avait-il rajouté "sinon je reviens péter sur la ville". Pis un jour il n'y eu plus de brebis. "Pas grave" dit le maire "on lui filera des chèvres". Pis un jour il n'y eu plus de chèvre. "Pas grave" dit le maire "on lui filera des dromadaires". Pis un jour il n'y eu plus de dromadaire. "Pas grave" dit le maire "on lui filera des ânes".
Pis un jour il n'y eu plus d'âne. "Pas grave" dit le maire "on lui filera des cochons..." "ah?! Et ça ressemble à quoi un cochon?" rétorqua un conseiller municipal. "Ah ben flûte, zut et crotte de bique, c'est vrai ça!" dit le maire, "tiens Germaine, descends acheter 2 couscous en boîte à la Coop" dit-il à sa femme, sortant 5 dinars d'une poche de sa djellaba. Le lendemain, les habitants de la ville de Silène s'asphyxiaient littéralement sous les effluves nidoreuses du dragon qui enfumait méticuleusement de son imposant pétard chaque quartier de la ville, tout en grommelant "j'vous en foutrais moi, du couscous en boîte tas de larves rampantes...". Le soir même, et sous la pression des citoyens, le maire de la ville demanda une audience au dragon:
Le maire: "Attends le dragon, t'es sympa, mais comment veux-tu qu'on fasse, on n'a plus rien à te refiler."
Le dragon: "Des nèfles! Chuis sûr qu'il vous reste des trucs fichtrement goûteux et que vous essayez de m'entuber. Je sens bien la vilaine petite mesquinerie avec cette histoire de couscous à 5 dinars de la Coop d'en bas. Vous vous foutez ouvertement de ma gueule!"
"Non je t'assure, regarde toi-même" dit le maire en ouvrant le frigo totalement vide.
Le dragon: "Et ça c'est quoi?" montrant du doigt Cleolinde, la délicieuse, tendre et jeune fille du maire.
Ce dernier: "Mais t'es furieux ou quoi, c'est ma fille, la chair de ma chère (et un peu la mienne aussi), je ne vais quand même pas te refiler ma Cleolinde à bâfrer?"
"Bon... comme tu voudras..." dit le dragon en commençant à battre des ailes pour prendre son envol.
Le maire: "NON... le dragon attends... ". Et de réfléchir dans sa caboche de politicard. "Flûte, avec les élections qui arrivent dans 3 mois, je suis sûr de perdre ma place à cause de ce couillon foireux si je ne lui donne pas ma fille. D'un autre côté si je lui donne Cleolinde... il me reste encore un fils...".
Le maire: "OK le dragon! Demain matin devant la porte d'entrée de la ville, 6h pétante et elle sera à toi." Puis de rajouter "moutarde, ketchup, mayonnaise?"
La nuit était longue pour le maire qui n'arrivait pas à fermer l'oeil (on le comprend). Pis soudain l'idée bonnarde traversa son caberlot! Il rassembla rapidement le conseil municipal en plein milieu de la nuit, et leur expliqua la situation:
Le maire: "Alors voilà... le dragon... ma fille... idée bonnarde..."
Le conseil municipal: "Ben oui et alors?!"
Le maire: "Ben justement, j'y arrive. Vous avez vu les 7 samouraïs d'Akira Kurosawa?"
Le conseil municipal: "?!"
Le maire: "Bon, alors vous avez vu les 7 mercenaires de John Sturges?"
Le conseil municipal: "?!"
Le maire: "Alors qu'est-ce que vous avez vu au ciné avec des héros qui défendent des opprimés?"
Le conseil municipal en coeur: "Les 7 nains de Blanche-neige et Walt Disney."
"Eh bien, il ne me reste plus qu'à espérer que l'Arabe du coin d'la rue est encore ouvert, parce que j'ai plus trop d'ketchup" se dit le maire.

Voyant sa bouille dépitée, le conseil municipal s'enquit tout de même de l'idée que leur magistrat en chef avait derrière la tête.
Lui: "Ben voilà, je connais un gars en Cappadoce qui s'appelle Georges (et c'est pas ce couillon de la jungle) qui accepte parfois, comme ça en passant, un petit contrat. Mais c'est un chieur, efficace selon l'ambassadeur de Bulgarie qui m'a refourgué son numéro de téléphone, mais un chieur à la limite de la salubrité mentale. Il accepte les contrats à la condition que la totalité de la ville se convertisse à une nouvelle religion dont il prétend être le missionnaire. Ca vous branche? Allez quoi, c'est pour sauver ma fille?"
Le conseil ayant fini par accepter, le maire téléphona aussi sec en Cappadoce, tomba sur un répondeur automatique (forcément, à 2:37 du matin), et laissa un message circonstancié précisant le motif, le lieu et les conditions. Ben croyez-le ou non, tandis que la pauvre Cleolinde se rasait les jambes et les dessous de bras pour éviter de laisser du poil entre les dents du monstre nauséabond, Georges apparu à 5:55 pétante devant les portes de la ville.
Georges: "Holà braves gens de Silène, zieutez-donc voir qui s'amène?"
Le maire: "Ouvrez les portes, mais ouvrez vite tas d'andouilles, c'est Georges, il arrive pour sauver ma fille et terrasser mon jar... le dragon."
Georges: "Il semblerait que vous eussiez besoin de mes services? Vous connaissez mes conditions, et l'numéro d'mon compte en Suisse?"
Le maire: "Oui bon ok, c'est très clair, mais grouillez-vous, la bête puante arrive d'une minute à l'autre, il n'y a pas de temps à perdre, hop, au boulot, il faut vous habiller dans l'armure, la lance dans la main, la coquille dans le slip, vous hisser sur votre canasson, alors hop, hein, on n'a pas de temps à perdre... allez allez..."
Georges: "Holà brave homme, calmez-vous. Je suis Georges non? Crénom di Diou."
Le maire: "Ouais ben Georges ou pas Georges, hein, hop, en piste le saltimbanque parce que justement ton faire-valoir arrive..."
Et effectivement, l'on pouvait apercevoir à l'horizon, le dragon planant gracieusement dans les cieux suivi d'un nuage sombre formé par la nuée de mouches multicolores. La bête se posa devant l'entrée de la ville dont les portes avaient été fermées, face à face avec monsieur le maire et Georges en armure étincelante assis sur son vaillant destrier (il est balaise de s'habiller aussi vite, tiens, ma belle-mère rien que pour enfiler ses collants...)
Le dragon à l'haleine pestilentielle examina Georges, puis s'adressa au maire: "Qu'est-ce que c'est que ces conneries à nouveau, j'avais dit pas de conserve."
Georges: "Holà vile créature mais quel langage déplaisant, pis sans dec, t'aurais pu te brosser les dents."
Le dragon: "Ouais z'y va l'autre, comment c'est-y qui m'cause le cassoulet en boîte, dis-donc le magistrat, d'abord c'est qui c'bouffon?"
Georges se mit alors à chanter (sur l'air du chevalier blanc -Gérard Lanvin-): "On m'appelle le chevalier Georges, aux bêtes puantes je fais rendre gorge, par villes et campagnes je suis connu, les dragons, moi je leur botte le cul..."
Le dragon: "Chuis scié, mais c'est qu'il traite ma race le corned-beef, dis donc polichinelle, j'espère qu'il est en téflon ton costard 3 pièces parce que sinon ta viande va attacher grave dés que je t'aurais fait montrer mon chalumeau"
Georges: "Oui, c'est cela, montre donc voir si t'es un homme, mais avant cela, sans dec, prends un chewing-gum."
Et le dragon agacé, d'inspirer, d'inspirer pour cracher le feu (ou son haleine fétide) mais avant qu'il ait pu expirer, Georges lança à pleine vitesse son étalon contre le monstre, et lui planta sa lance entre les côtes. L'animal tituba, chancela, vacilla puis s'effondra sur le sol aux pieds du chevalier. Le maire fit ouvrir les portes de la ville, et Georges l'intrépide traîna l'animal mortellement blessé dans l'enceinte jusqu'à la place principale. Puis, devant les badauds attroupés, il trancha la tête du dragon. Selon la légende il aurait alors prononcé les paroles suivantes: "Aujourd'hui, et par la grâce de Dieu tout puissant, je vainquis l'immonde animal, l'abject tyran. Selon notre accord car tout ça n'est pas gratuit, z'allez vous convertir encore aujourd'hui. D'ailleurs tiens, hop tous en rang d'oignon, viens voir là Germaine, passe moi l'goupillon, in nomine patris et filii et tutti quanti, buvez un peu de vin, et n'oubliez pas l'hostie." Ainsi toute la ville y passa, conformément aux termes du contrat... (bon et puis je vais arrêter les rimes, parce que ça fatigue).

Et voilà, l'histoire ne dit pas si Georges épousa Cleolinde, et si oui s'ils eurent beaucoup d'enfants, mais il devint le Saint Patron des chevaliers, des cavaliers, des armuriers, des bergers, des scouts, des Anglais, des Grecs, des Portugais, des voyageurs de commerce, des bouchers chevalins, des travailleurs agricoles, du syndicat des tueurs de dragons et du club de ceux qui ne supportent pas l'haleine chargée des autres (surtout le matin). Ses attributs sont la lance, l'armure et le tic-tac (seulement 2 calories), son symbole est la croix rouge sur fond blanc que vous retrouvez sur les boucliers des croisés, le drapeau anglais, l'Union-Jack britannique, les ambulances de la croix-rouge, la coiffe de l'infirmière qui m'administra un lavement la veille de ma rectoscopie... partout vous dis-je.

Pis les photos que je vous ai mises de la basilique, il devait y en avoir beaucoup plus au départ, mais comme en fait il y en a beaucoup moins à l'arrivée, j'ai comblé avec des photos du château de Prague. C'est vraiment pas ma faute, sans dec, parce que comme St Georges, je suis moi aussi tombé sur un dragon à l'haleine fétide. En prenant nos billets d'entrée dans la basilique, et comme d'habitude, je me suis renseigné sur les conditions de photographiage. Sans flash, mais possible avec trépied m'a dit la caissière d'un certain âge, mais fort aimable par ailleurs ce qui mérite d'être signalé. OK, je pose les 30 CzK (1 €) de plus, à ce prix on ne va pas se gêner.
Je déballe mon matos (toujours sur moi, on ne sait jamais), et commence à prendre quelques clichés. Hop je me déplace, et en passant à côté d'un banc, je remarque une masse informe avachie de tout son poids, entre une position couchée et une position assise. En fait, elle a sans doute dû commencer assise, puis mollir au fur et à mesure du sommeil pour terminer dans cette position entre-deux. Une bondieusarde fatiguée par la prière me dis-je, mais je faisais erreur. En y regardant de plus près, elle arborait sur son lourd manteau (il faisait froid dans l'église) une étiquette signalant qu'elle était surveillante du lieu. Bon, ben qu'à cela ne tienne, et je continuais à photographier. Soudain l'éléphant de mer sursauta, se réveilla, se rassit verticalement et commençait à se ressaisir en regardant autour d'elle tout en étirant ses nageoi... ses bras.
Et c'est dans cette position rappelant le crucifié que soudain elle m'aperçut réglant mon trépied pour la photo suivante. Soudainement, elle se mit à bouger, remuer, et coincée entre les bancs elle ressemblait réellement à un éléphant de mer se démenant sur la banquise. Clic, je fis ma photo, et tandis que j'allais déplacer mon fourbi, je me rendis compte qu'elle se dirigeait vers moi "no picture, no picture..." gémissait-elle afin de ne pas hurler dans l'église. "Mais j'ai l'autorisation" gémissais-je à mon tour tout en brandissant mon ticket sur lequel figurait l'autocollant vert en forme d'appareil photo. Pis lorsqu'elle finit par s'extirper, elle accourut vers moi et me dit "Oui, vous pouvez photographier mais pas avec un trépied, c'est considéré comme une photographie professionnelle et pour ça, il vous faut l'autorisation du professeur Chaipluky" (enfin elle, elle savait qui, mais c'est moi qui ne me souviens plus). Pis s'étant quand même bien rapprochée de moi afin de se faire entendre, non seulement j'eu l'honneur de remarquer qu'il ne lui restait plus beaucoup de dents dedans sa bouche, mais au fumet de son haleine il était clair qu'une intervention stomatologique semblait urgente.
"Ben mais j'ai demandé à la caisse, et l'on m'a dit que c'était possible avec le trépied?" répondis-je en plissant les yeux sous l'action du relent. "Oui, vous pouvez photographier mais pas avec un trépied, c'est considéré comme une photographie professionnelle et pour ça, il vous faut l'autorisation du professeur Chaipluky". Je reculais d'un demi-mètre "ben oui, j'entends bien brave dame, mais pourquoi alors m'a-t-on dit à la caisse que c'était possible avec le trépied?" tout en rajoutant quelques centimètres entre elle et moi. "Ah non, vous ne pouvez pas avec un trépied, c'est considéré comme une photographie professionnelle et pour ça, il vous faut l'autorisation du professeur Chaipluky". C'était peine perdue, le veau de mer allait me coller au train pendant tout le reste de la visite. Résigné, j'acquiesçais genre que j'avais compris, et resserrais les pieds de mon statif en signe de soumission.
Mais lorsque le pinnipède ne regardait pas, et surtout pendant le temps qu'elle houspilla la gentille caissière parce que "avec un trépied, c'est considéré comme une photographie professionnelle et pour ça, il faut l'autorisation du professeur Chaipluky", j'en profitais, sous le couvert de "Robajz" (prononcez Robaïze, il est Tchèque) et de "Nast'a" (prononcez Nastia, elle est Tchèque aussi) qui surveillaient, pour en faire encore quelques unes, de photos avec trépied, mais sans déployer les très pieds, pour faire discret. Malheureusement, une fois sur ma bécane, les 2/3 des clichés (sans statif, ou avec, mais mal posé) étaient floues, et donc finirent à la poubelle. Ah la vieille bique puante, j'étais en rogne contre elle, pouvait pas pioncer encore 1/4 d'heure? D'ailleurs tiens, est-ce qu'elle l'avait, elle, l'autorisation du professeur Chaipluky pour pioncer pendant son temps de travail?

3 Comments:

Anonymous Thierry said...

Allez.. je vais faire mon Jean-Marc Généreux (tu sais le gars qui file des notes dans Danse avec les Stars) et je n'ai qu'une seule chose à dire à la lecture de cette publie... "J'achète !!" C'est bien la première fois que je lis une telle version de Georges et le Dragon. Et l'anecdote du pinnipède qui pue du bec et juste à mourir de rire !!

28 mars, 2013 17:16  
Anonymous Thierry said...

"est à mourir de rire" et non pas "et à mourir de rire". Quoi ? Moi psycho-rigide de l'orthographe ?? ;)

28 mars, 2013 17:17  
Blogger Strogoff said...

Merci Thierry pour ton appréciation. Du coup, ben il ne te reste plus qu'à lire les autres publies à la découverte d'autres histoires du même cru que celle-là :-) Bonne lecture.

29 mars, 2013 07:06  

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