vendredi 27 janvier 2006

Célébrités: Svatý Václav

Alors aujourd'hui, je m'en vais vous parler du patron des patrons du pays Tchèques, en l'occurrence de "Svatý Václav" en Tchèque, ou St Venceslas en Français. Je ne reviendrai pas sur la traduction ("Václav" en Venceslas) qui m'agace puisque j'en ai déjà parlé dans une publication précédente, mais j'insisterai à nouveau sur la prononciation, puisque en dehors du saint ("Václav") dont on entend que rarement parler en dehors de la Bohême, nous en avons d'autres des "Václav" qui font parler d'eux plus souvent, en particulier celui qui en ce moment nous sert malheureusement de président de la République.
Alors "Václav" se prononce V A T S L A F et non V A K L A V E, sachant que la transformation du "V" final en "F" (assourdissement de la consonne) n'est pas une obligation mais un usage, c'est mieux quoi (comme dans Strogov, genre, voyez-vous?).

Et puis avant d'entamer le vif du sujet, je souhaiterais également vous informer, juste comme ça, en passant, que dimanche le 22 janvier 2006, j'ai franchi le cap des 6000 hits sur mon blog. Donc voilà, c'était juste pour vous le dire, comme ça, plutôt pour faire plaisir à ma maman, vous savez ce que c'est les mamans.

Bon alors Saint "Václav", qui c'est-il donc? Alors déjà on ne sait pas trop quand il est né, mais ça vous devez vous en douter parce que c'est toujours pareil avec ces bestiaux là.
On présume 907, ou 911, ça dépend des fois, des livres et des historiens. Pis on ne sait pas trop non plus quand il est mort, parce que pareil, ben y avait pas CNN, et les moines à l'époque soit ne savaient pas écrire, soit ils savaient trop boire, et du coup ben c'est tellement flou qu'on ne peut pas vraiment s'y fier, aux dates. Genre 929 ou 935, pareil, ça dépend des fois, des livres et des historiens. Maintenant, il faut vous dire aussi que ça n'a pas une importance capitale pour l'histoire, non, c'est juste pour les pinailleurs comme moi qui déjà quand ils écrivent des trucs aiment bien ne pas raconter d'andouillerie. Bref, donc il serait né à "Stochov" près de "Kladno" (à quelques 30km de Prague), de son duc de père "Vratislav Ier" et de sa mère "Drahomíra". Sous la pression de sa grand-mère ("Svatá Ludmila") fichtrement pieuse, il sera baptisé selon la légende par un disciple de Méthode (l'inventeur de l'alphe à B méthodique avec Cyrille, inventeur de l'alphabet cyrillique). Pis comme un jour il était sensé quand même représenter la Nation Tchèque tout entière,
on s'empressa de l'envoyer à l'école afin que la Bohême ne puisse pas être la risée des autres nations au prétexte qu'un primitif analphabète est à sa tête (tiens, regardez-voir les Etats-Unis aujourd'hui, ils en mènent pas large quand Deubeulliou prononce un discours à l'étranger).

Le jeune "Václav" apprendra donc le Latin, le Tchèque, l'Allemand, sans doute même le Grec, les mathématiques, la philosophie, l'histoire, un peu de géographie (pas trop, on connaissait mal), et surtout, mais alors surtout beaucoup les vangiles. Et oui, à l'époque le catéchisme à l'école catholique était obligatoire, et le futur prince de Bohême s'enthousiasma bêtement pour cette chienlit qui allait lui causer tant de soucis, jusqu'à sa perte. Mais laissons ce chapitre pour plus tard. En 921, son père décède prématurément d'un fou rire apoplectique provoqué par la lecture du premier tome des Bidochon en version tchèque, mais "Václav" est encore trop jeune pour diriger le pays.
Aussi on l'envoie chez sa grand-mère "Ludmila" avec une galette sous le coude et un petit pot de beurre (dans la main) afin qu'il n'encombre pas sa maman ("Drahomíra") devenue gérante... euh... régente, et qui avait du pain sur la tranche à remettre de l'ordre dans le foutoir laissé par son défunt mari. Eh oui, mais sa mère à "Václav", "Drahomíra", ne pouvait pas blairer sa belle-mère "Ludmila", qu'elle qualifiait volontiers de vieille toupie bigote, de cul-bénit et de rat d'église. En bonne mère tchèque bien athée, elle s'inquiétait de ce que la grand-mère bondieusarde pourrisse l'esprit de son fiston avec des idées puritaines mal venues. Aussi elle ne va pas y aller par 4 chemins ni avec le pot de l'écuyère et elle va tout simplement faire étrangler la pauvre vieille un soir de Septembre de cette même année 921.

Et là tout s'enchaîne, plus de grand-mère, une régente meurtrière, un prince qui n'a pas encore de poils aux roupettes, il n'en fallait pas plus pour que les vautours d'autour se jettent sur le pays, en particulier Arnulf de Bavière ("Arnulf der Böse") en 922. Et vu que c'était comme c'était, c'est à dire que les Germains se partageaient la Bohême sans que personne dans l'Europe ne s'en offusque (et après ça, vous me direz que l'histoire ne se répète pas? Ca vous dit quelque chose les accords de Munich en 1938, encore la Bavière, ça ne s'invente quand même pas?)... et donc Henri ler de Saxe ("Heinrich der Vogelsteller" dit l'oiseleur en Saxe et l'emmerdeur en Bohême) se dit à lui-même "Und zi za kontinue komme la fazon que za avanze, es wird davon nicht mehr viel für mich bleiben, himmelherrgot!". Et sur ces douces paroles poétiques, l'emmer... l'oiseleur envahit la Bohême, en 929. Or à cette époque, le futur saint avait déjà récupéré son trône d'auprès de maman, depuis 5 ans ou 7 ans selon les archives, mais gros doute quand même sur l'année exacte, 922 ou 924, genre. "Oui, alors tu comprends maman, c'est quand même mon royaume à moi, légué par papa, hein.
Ca fait 3 ans que j'ai du poil aux roupettes, même si ça ne se voit pas (parce que le poil des roux s'tond). J'ai fermé les yeux quand tu as fait trucider mémé, mais maintenant t'es gentille, tu me rends mon royaume. C'est que je dois devenir saint patron de tout le pays, et ça va pas être de la tarte avec les Arnulf et les Heinrich. Alors tu retournes à ta broderie et à ta dentelle et tu me laisses gérer mon royaume ok?"
Vu comme ça, que voulez-vous qu'elle dise la pauvre "Drahomíra", alors elle céda sa place. Retour en 929, donc l'emmer... l'oiseleur est aux portes de Prague à la tête d'une puissante armée. "Václav" qui sait pertinemment qu'il n'a aucune chance contre le Saxon lui propose un traité de non-agression, en échange de quoi la Bohême lui livrera un tribut annuel en argent, en boeufs, en oeufs, en bière et en saucisses de Frankfort. "Ach ja, das ist gut, hôplâ tape-voir là dans ma pôgne. Das, gefällt mir."

Et tandis que le prince venait de signer la paix sans livrer la moindre bataille, les partis d'opposition comme les syndicats et certains citoyens ne tarissaient pas de reproches à son encontre. Jusqu'à son propre frère, Boleslav 1er le cruel ("Boleslav 1. Ukrutný"): "mais t'es furieux ou quoi, 500 talents d'argent, 100 kopecks d'or, 130 boeufs, 40 douzaines d'oeufs, 600 hectolitres de bières et 720 paires de saucisses, mais où veux-tu qu'on trouve tout ça?" Malgré les reproches de ses proches comme des autres "Václav" avait réussi à embabouiner Heinrich, au point que ce dernier voyait en notre prince un éventuel allié, voire un copain. "Hören Sie mein Freund, du zembles être bon bougre, ach ja, et je vôdrais faire kadô à toi, pour faire ami-ami. Qu'est-ze ke du vôdrais?" Et "Drahomíra" avait bien raison de se méfier de sa belle-mère catho, elle avait bien compris que la vieille allait introduire l'immonde asticot pieux dans la poire encore verdâtre du jeune homme, et le poison s'incrusta au-delà de toutes les espérances de feu grand-mère. Ainsi à la question du duc de Saxe à propos du cadeau, notre jeune andouille lui répondit gaillardement "une relique!
Je voudrais une belle et sainte relique comme cadeau d'amitié"
. Pendant quelques instants, Henri se serait demandé s'il ne s'était pas lourdement trompé sur les dispositions mentales de son nouvel ami, puis après tout, hein, cadeau pour cadeau, celui-là n'allait pas lui coûter bien cher. "Ach uneu relik, ach ja, gut, also za tombe bien, weil ich habe une fieille épaule fumée der Heilige Veit, und ich weiss nicht koi faire mit" lui répondit-il. A ces mots, "Václav" ne se sentit plus de joie, il ouvrit un large bec, et le bon Heinrich remercia. De retour au château, notre prince fit construire une petite rotonde toute ronde pour y entreposer précieusement les restes du saint, la rotonde (ronde) St Guy, gui... qui deviendra par la suite la fameuse cathédrale St Guy puisque "Veit" en Allemand n'est rien d'autre que "Vít" en Tchèque ou Guy en Français, eh ouais.

"Non mais j'le crois pas, dites-moi que je rêve debout les yeux ouverts!" fulminait son frère "Boleslav" ainsi qu'une grande partie de la cour princière (celle qui était dans l'opposition). "Non mais tu te rends compte de la remarquable andouille qu'on a à la tête du royaume?" expliquait-il à sa mère, "l'autre emmer... oiseleur là, il lui offre un cadeau, qu'il peut choisir Václav, genre ce qu'il veut, et qu'est ce qu'il demande mon couillon de frérot? Une relique! Je rêve debout les yeux ouverts. Te rends-tu compte maman que s'il avait demandé une panzer-division, on foutait les schleus à la porte du pays et on avait la paix. Eh bien non, mon frangin il demande une relique! Debout les yeux ouverts je rêve." Pis la colère céda la place à la ksion, et pas n'importe laquelle d'action, une bien convaincante et bien définitive. "Boleslav" le cruel, fatigué des ahurissantes boulettes du jeune souverain et soutenu (le cruel) par de nombreux seigneurs du pays organisa secrètement l'assassinat de son frère.
Il l'invita (prétexte) à venir pendre la crémaillère de la nouvelle église qu'il ("Boleslav" le cruel) venait de faire construire dans son château à "Stará Boleslav". "Václav" qui ne se doutait rien, s'y rendit sans armes, comme ça, pour faire la fête avec les autres, et le 28 septembre 935 (ou 929, on n'est pas sûr) il mourut transpercé par les épées des vils conspirateurs. Alors pour le 28 septembre, les historiens sont tous d'accord. C'est d'autant plus incontestable que c'est marqué dans tous les calendriers de la République, que c'est en plus la fête de tous les "Václav", et que c'est même un jour férié. Par contre pour l'année, ben on ne sait pas trop, alors voilà, retenez ces 2 dates 929 ou 935, sachant qu'il n'est même pas certain que ce soit vraiment l'une d'elles.

Apres la mort du souverain, le fratricide (et le cruel) "Boleslav" prendra la succession du royaume. Mais gagné par la contrition quelques années plus tard quant à son geste, il fera transporter la dépouille de son frère à Prague, au château, dans la cathédrale St Guy et précisément dans la chapelle St Venceslas où elle (sa dépouille) repose toujours (enfin c'est ce qu'on dit, mais je n'ai pas vérifié personnellement). Pis la légende de "Václav", le bon catholique et de sa bonne grand-mère "Ludmila" va enfler, gonfler, amplifier principalement de par les écrits (hagiographiques?) du moine historien "Kristián" ("Vita et passio sancti Venceslai et sanctae Ludmilae aviae eius") au point qu'on accordera la sainteté au bougre vers la fin du X ème siècle. Il deviendra une sorte de coqueluche, d'idole, de martyr et de promoteur de la cause chrétienne en terre païenne, le représentant céleste du peuple tchèque. Et malgré que l'on ne connaisse pas grand-chose de sa courte vie, entre 18 et 28 ans, ni que l'on ne connaisse pas vraiment plus de son court règne,
entre 5 et 13 ans, que l'on doute même de son assassinat par son frère, et bien malgré tout ça, "Svatý Václav" s'imposera (ou disons sera imposé, car décédé, lui personnellement) comme le personnage initial de l'histoire et de l'Etat Tchèque. Alors qu'on ne dispose vraiment pas de la moindre certitude ni sur sa vie, ni sur son règne, on le présente comme érudit, dévot, sage, courageux, bienveillant, intelligent... enfin que des qualités qui, somme toute, siéent parfaitement à une légende de cette importance, mais était-ce bien la réalité? N'aurait-on point confectionné un fétiche artificiel, ex nihilo, pour les besoins de la chrétienté, pour les besoins de la politique, pour les besoins de la civilisation tout simplement?

Même le grand Charles IV perpétuera la mémoire de "Svatý Václav", et pourtant il n'avait rien à voir avec, puisque Charles était de la maison Luxembourg, tandis que Venceslas était des Prémyslides.
Mais peu importe, Charles en décida ainsi. Il fit fabriquer une couronne, splendide, pour son couronnement (le 2 septembre 1347) qu'il appela "Svatováclavská koruna", soit la couronne de St Venceslas, alors que le pauvre bougre en question ne l'avait jamais vue, la couronne. Outre les pierres précieuses qu'elle contient (je vous laisse lire le détail dans le lien ci-dessus), elle possède sur son faîte une petite croix sur la tranche de laquelle on peut lire "Hic est spina de corona domini". Eh oui, Charles n'avait pas fait les choses à moitié, il fit sceller dedans la couronne de St Venceslas une épine de la couronne de St Christ (d'épines la couronne, vous vous souvenez?)

Tiens d'ailleurs pour la petite histoire, genre, hop, j'ouvre une parenthèse. Qui dit épine du Christ, dit sang, qui dit sang dit analyse d'ADN... vous suivez... eh bien voilà, il n'y a plus qu'à analyser, vérifier, tiens, si Jésus était un homme ou autre chose? Alors je vous livre un scoop, tenez-vous à pleine main: ce test d'ADN a été pratiqué, mais pas sur l'épine de la couronne de St Venceslas, mais sur le suaire de Turin. Et donc Jésus aurait été de groupe sanguin AB, et mieux que ça, AB jésu... rhésus négatif. Curieux, pour un bienfaiteur comme le fils de Dieu, on aurait pu espérer un groupe de donneur universel, sauveur de l'humanité, genre O. Est-ce pour cela que l'église romaine catholique communie sous une seule espèce? Parce que le groupe sanguin AB a mauvais goût? Puis du goût... du coup on sait aussi que Dieu ne peut pas être de groupe sanguin O, ni de rhésus positif, sinon il irait à l'encontre de son propre système à lui, qu'il fait couler dans les veines de l'homme. Remarquez qu'après tout c'est Dieu, et qu'il fait ce qu'il veut me direz-vous.
Bon bref... alors l'église a soutenu que ce n'était pas forcément le sang du Christ sur le suaire, que peut être qu'un maladroit se serait coupé, juste à ce moment là et que ça aurait goutté dessus le linge. Bon ok, ils ont raison après tout les bondieusards, mais pourquoi ne pas vérifier alors avec l'épine de la couronne de Bohême? Parce que si les ADN du suaire et de l'épine correspondent, ça serait quand même divine diablerie à ce que ce soit le même abrutit maladroit, au même moment, qui se serait à nouveau coupé non? Bon allez, ce n'est pas le sujet du jour, alors fin de parenthèse et retour à la couronne de St Venceslas.

Donc la couronne, on a commencé à la bricoler très tôt, en se disant qu'il faudra qu'elle soit prête pour le 2 septembre 1347, et que la date est inchangeable puisqu'on ne peut pas la repousser.
Ben non, parce que le couronnement du roi de Bohême, c'est quand même pas comme un mariage de prince Charles et Camilla, attention, il faut que la lune, le soleil, Pluton, Mars et Venus soient alignés favorablement dans le même cercle triangulaire sinon la malédiction céleste s'abattrait fatalement sur le malheureux souverain. Et trouver une date comme ça qui va bien, dans un délai raisonnable, c'est à dire du vivant du bonhomme à couronner, ben c'est pas du gâteau à la tarte, alors ça sera le 2 septembre 1347 un point c'est tout. Elle n'était d'ailleurs même pas encore terminée la couronne, que déjà le pape Clément VI venait à y foutre son gros blase de fouine ecclésiastique en s'attribuant l'écriture du processus d'utilisation de la couronne dans une bulle de 1346: "sur le crâne de St Venceslas reposera, Prague jamais ne quittera, aux rois de Bohême chèrement louée sera, quiconque la voler tentera, excommunié bien évidement se verra avec mon pied au cul de surcroît".
Mais de quoi je me mêle? On ne lui avait rien demandé, d'ailleurs il ne connaissait rien aux processus vu qu'il n'avait jamais occupé la position de process manager, et ne le voilà-t-il pas qu'il s'en allait expliquer d'Avignon comment qu'on allait utiliser la couronne à Prague. Chuis scié, c'est qu'il ne doutait de rien ce lascar là, 'ccupe-toi d'ta mitre, eh patate! Alors bien évidemment, elle n'était pas tout à fait achevée à la date fatidique la couronne (forcément), mais presque, il ne manquait plus que les boutons et la fermeture éclaire, mais bon, comme avait dit Charles (IV) à l'époque: "allez-hop, on n'est pas des Suisses allémaniques non plus, hein, ça fera l'affaire comme ça, on fignolera plus tard". Et effectivement ils fignolèrent plus tard, jusqu'au-delà de la fin de la vie de Charles IV, pour vous dire le chantier. Pire qu'un clocher d'église. Alors si jamais le sujet des joyaux de la couronne de Bohême vous intéresse, je vous renvoie aux ouvrages de références, car il en existe plein, papier comme numérique, et vous y apprendrez l'histoire des 7 clés qui gardent le trésor, les transferts dans les différent lieux secrets lors des troubles (comme quoi Clément, hein, ton processus...), etc, etc...

Alors je me dois également de vous parler de la chapelle de St Venceslas, au château de Prague, dans la cathédrale St Guy. Ah oui, et ce terme de "chapelle" ne doit pas être entendu dans le sens église secondaire, ou édifice indépendant, mais petite pièce contenant un autel et formant une annexe à la cathédrale (quand je vous dis que les termes religieux sont ambivalents...). Et encore une précision donc concernant la cathédrale St Guy, elle est en fait et officiellement cathédrale St Guy, St Venceslas et St Adalbert ("Svatého Víta, Václava a Vojtěcha") parce qu'on y trouve les reliques des 3 à la fois. On en avait encore d'autres des sanctifiés béats, qu'on aurait pu aussi mettre dedans, en tassant bien on aurait trouvé de la place, mais on s'est dit que ça commençait à faire beaucoup, genre charnier collectif, long à écrire, et que 3 c'était un nombre sympa. Bon retour à la chapelle. Vous vous rappelez, après que le méchant "Boleslav" eût trucidé le gentil "Václav", et qu'il fut pris de remords, et qu'il fit rapatrier la dépouille à Prague, eh bien il la fit déposer dans la cathédrale. Enfin pas tout à fait non plus, parce que la cathédrale à l'époque n'était pas encore cathédrale, mais simple petite église de rien du tout.
D'ailleurs même pas, puisque tout a commencé avec la rotonde St Guy pour y mettre ses restes (à St Guy). Puis c'est devenu une basilique dans la seconde moitié du XI ème siècle, et enfin une cathédrale à partir de mi XIV ème siècle, sous Charles IV. Encore que cathédrale... seulement pose de la première pierre mi XIV ème, parce que la construction, elle s'est vraiment terminée début du XX ème siècle (eh ouais), mais c'est une autre histoire. Donc pour en revenir à la chapelle "Svatého Václava", que vous pouvez admirer aujourd'hui depuis la porte d'entrée (mais sans aller dedans, c'est interdit avec vos chaussures crottées)... donc que vous pouvez admirer telle qu'elle fut construite au XIV ème siècle (exceptionnel), eh bien elle fut bâtie (la chapelle) tout autour du tombeau du saint. Ben oui parce que ni Charles IV, ni Mathieu d'Arras (premier architecte), ni "Petr Parléř" (second architecte et constructeur de la fameuse chapelle) ne voulaient rien déplacer (du saint), et donc l'emplacement actuel de la cathédrale a été en grande partie déterminé par l'emplacement du sarcophage de "Svatého Václava".
C'est d'ailleurs ce qui explique que cette chapelle est un peu... bancale... ou disons plutôt qu'elle ne s'inscrit pas dans le prolongement de l'axe longitudinal droit du transept méridional.

Au début de la construction, tout s'organisait plutôt bien. Charles IV avait expliqué à Mathieu d'Arras ce qu'il imaginait, Mathieu avait expliqué à son maître d'oeuvre ce qu'il planifiait, le maître d'oeuvre avait décri à son contre-maître ce qu'imaginait Charles, ce que planifiait Mathieu et ce que lui (maître d'oeuvre) voulait, et finalement le contre maître est allé voir son maçon portugais pour lui expliquer (en Tchèque) que le contre d'oeuvre selon une idée de Mathieu IV planifiée par Charles d'Arras avait dit qu'il devait (le maçon portugais) construire une cabane à outils tout en pierre selon les plans de la niche du chien de l'évêque de Mayence sur l'emplacement de la basilique qu'il voit là, devant lui, mais surtout sans la démolir (la basilique) parce qu'on voulait utiliser le placard funèbre existant pour en faire une cuisine à côté de la cheminée dans la cabane à outils qu'il devait construire (le maçon portugais).
Et donc tout avait bien commencé, et allait plutôt bien jusqu'au moment où "Petr Parléř", après avoir pris approximativement les mesures du sarcophage, pour faire sa chapelle autour s'écria "ah ben flûte alors, à vue d'nez y a les pieds de Venceslas qui dépassent!". Pire, après avoir vérifié une seconde fois, et précisément, il fit remarquer que non seulement les pieds, mais aussi le bras gauche, le nez et les oreilles seraient en dehors de la future cathédrale si on s'en tenait aux plans et au chantier tels quels. Evidemment, ça faisait fichtrement couillon de laisser à l'extérieur un bout du Venceslas pour lequel justement on rebâtissait l'imposant édifice. Qu'en diraient les touristes quelques siècles plus tard? Alors on modifia les plans, et c'est ainsi que donc la chapelle St Venceslas est un peu en dehors de l'architecture mathématique de la croix habituelle.
Maintenant et franchement dit, hein, je ne vous l'aurais pas signalé, vous ne l'auriez même pas remarqué, tellement c'est bien fait.

Encore un truc à signaler concernant cette chapelle. Le bon roi Charles IV dont la sagesse et le sens de l'anticipation n'étaient plus à démontrer s'était dit un jour: "ben ouais, c'est bien beau tout ça, mais maintenant qu'on a une couronne inestimable, ça va attirer le Germain vers Prague comme le jésuite vers l'Afrique Noire, et compte tenu de la vulnérabilité du château plusieurs fois déjà avérée dans notre histoire, il faudrait peut être penser à prévoir une planque plus inattaquable?". Et pour résoudre ce souci, il fit construire le château de "Karlstejn" sur une falaise balaise à 35km de Prague, bien fortifié comme jamais encore un château ne fut,
se disant qu'en cas de besoin on irait dare-dare y protéger la couronne, ses propre fesses royales, et les quelques Picasso, Van Grog et Modigliani qu'il avait achetés à l'hôtel Drouot lors de ses études parisiennes (Charles IV fut élevé à la cour de France). Ca sentait l'astucieux bon plan comme une fleur printanière, jusqu'à ce que sa 4 ème épouse, Elisabeth de Pomme et Radis... Poméranie lui rappelle les règles de gestion de la couronne de St Venceslas, établies en son temps par l'autre empoté avignonnais. Vous vous souvenez, "...Prague jamais ne quittera..." avait-il pondu dans sa bulle papale. Ah ben flûte, zut, et crotte, parce que le château de "Karlstejn", dans lequel on venait à peine de terminer la pose de la moquette et du papier peint, se trouvait bel et bien en dehors de Prague, à quelques 35km.

Et c'est là que toute la filouterie, la canaillerie et la roublardise typiquement tchèques s'épanouirent comme un calendos au soleil. Après avoir passé plusieurs nuits blanches devant sa télévision à regarder les publicités tardives pour les chaudrons anti-adhérents, les chevaux d'appartement qui se rangent sous le lit, et les presse-agrumes-lave-couches tout en un, Charles IV, épouvanté par le spectre de l'excommunication fut soudainement frappé du génie. L'idée génialement bonarde consistait à construire au château de "Karlstejn" exactement la même chapelle St Venceslas qu'à "Hradčany" (château de Prague). Ainsi en cas de visite impromptue du pape alors que la couronne s'y trouverait, au mauvais endroit, l'on dirigerait l'escorte papale vers "Karlstejn", et une fois dans la salle que le pape reconnaîtrait aisément grâce aux photos prises par la Loyds Insurance Company, hop, on lui montrerait la couronne et le tour serait joué. "C'est génial Elisabeth, je t'assure. Le pontife ne sait pas à quoi ressemble Prague, il n'a jamais vu Hradčany, quand il voyage dans son char à boeufs il dort tout le temps,
il ne parle pas Tchèque, et de surcroît la couronne n'y serait qu'en cas de troubles, et dans ces cas-là le pape ne visite pas le pays, alors sans dec, le plan est génial et le risque minime."
L'histoire ne dit pas si ce plan diabolique digne d'un Méphistophélês et d'un Machiavel fut jamais mis en oeuvre, mais ce qui est sûr et avéré, c'est que la seconde chapelle de la Sainte-Croix ("kaple svatého Kříže") existe bel et bien, et que les deux (chapelles) se ressemblent à s'y méprendre, allez-y voir. Je vous passe les détails des salles, les pierre précieuses, les stucs en or, les tableaux de la vie de St Venceslas et du Christ, tout ça vous le lirez dans votre petit guide touristique extrêmement bien fait.

Alors tiens, si déjà vous y êtes, dans la cathédrale St Guy, allez dans le fond, vers l'autel... oui je sais c'est payant, ben oui et alors? Quoi? vous n'avez pas pris le pass? Leeloo Dallas, multi-pass? Quoi?
Vous n'avez pas vu le 5 ème élément non plus? Di diou d'nom di diou, mais qu'est-ce qu'on va bien faire de vous? Bon, bref, alors pour ceux qui ont le pass, et qui ont vu Dallas... euh... le 5 ème élément (encore que ce n'est pas indispensable pour la visite de la cathédrale), donc dirigez-vous vers l'autel principal, levez les yeux vers la corniche d'au dessus, et vous y verrez un chef d'oeuvre de sculpture gothique de la fin du XIV ème siècle, une représentation fidèle du Saint Patron de la Bohême, St Venceslas en personne. C'est une petite statuette en bois peint, tout droit sortie des ateliers de "Petr Parléř" mais dont on ignore l'auteur. Certains présument qu'il pourrait s'agir d'un proche de l'architecte ("Petr"), mais c'est pas plus probant que César ou Rodin. Ce que l'on sait par contre, de l'aveux même de l'archevêque de Prague d'à l'époque "Arnošt z Pardubic", c'est qu'elle ressemble fichtrement bien à Venceslas, même si l'auteur l'a sculptée 450 ans après sa mort (de Venceslas). Ah ouais?

Puis "Svatý Václav" nous a aussi légué d'autres statues, certes moins ressemblantes selon l'archevêque qui est un fin connaisseur, mais pas des moindres de statues non plus. Des qui non seulement sont bougrement chouettes, mais qui plus est sont fichtrement symboliques. Et là, je m'en vais vous parler de la grande, de la splendide, de la plus connue de toutes les statues de Prague, et peut-être même (sans exagérer) de toute la République Tchèque: de la statue de St Venceslas place St Venceslas. C'est devenu un symbole, un vrai lieu de rendez-vous historique pour tout le peuple tchèque. Contre les Habsbourg en 1848, contre les accords de Munich en 1938, contre les bolcheviques con-munistes en 1968, pour la Tchécoslovaquie en 1918, pour la révolution de velours en 1989, pour aller pochetrogner avec des potes samedi dernier, bref, que des grands évènements. La place Venceslas s'appelait jusqu'en 1848 la place du marché aux chevaux ("Koňský trh"). Et entre 1678 et 1879, il y avait une autre statue de St Venceslas que celle que vous pouvez voir aujourd'hui, plus anodine, plus banale, bien que sculptée par le talentueux artiste "Jan Jiří Bendl". Elle a été retirée de la place en 1879 parce que les pigeons chiaient dessus, et qu'enlever la fiente de dessus le grès poreux, c'est comme nettoyer les écuries d'Augias. Donc elle fut remisée par de vers là, quelque part, puis quelques peu ensuite déplacée au château de "Vyšehrad" où elle se trouve toujours (enfin la copie, car la statue originale se trouve depuis 1990 au musée lapidaire à cause des pigeons, parc des expos, "Lapidárium Národního muzea", rue "U Výstaviště", Prague 7).
En 1894 la mairie de Prague ouvre donc un concours pour la réalisation d'une nouvelle statue de St Venceslas, mais pas en grès, en plastique ou en ferraille pour que la femme de ménage cesse de brailler aux oreilles du concierge, et c'est "Josef Václav Myslbek" qui en deviendra lauréat. Il travaillera 20 ans sur l'oeuvre de sa vie, étudiant tous les écrits sur le personnage, analysant la position de toute sorte de bourrique chevaline, lorgnant des heures sur les objets du prince encore conservés (casque, épée, côte de maille) afin de s'imprégner de leur parfum historique. Le même acharnement du détail sera consacré aux 4 acolytes qui se trouvent aux côtés du cavalier, sa grand-mère "Svatá Ludmila", le saint évêque "Vojtěch" (plus connu sous le nom de St Adalbert), le saint abbé Procope ("Svatý Prokop"), et le saint ermite Ivan ("Svatý Ivan"). Mais comme St Ivan était également un personnage symbolique russe, "Myslbek" prévit un remplacement en Ste Agnès de Bohême ("Svatá Aneška česká"). "On ne sait jamais avec ces foutres ci, des fois qu'ils nous jouent un mauvais tour, un jour?" aurait-il prononcé. Hum... ça fait beaucoup de saints tout ça à mon goût, mais bon, n'oubliez pas que le mythe de St Venceslas est étroitement lié à la religion. On installa donc tout le bataclan en 1912, plus de 7 m de haut, exactement sur l'emplacement où il se trouve aujourd'hui, mais il ne sera inauguré qu'une année plus tard. "On va déjà voir s'il passe l'hiver, et ce qu'en pensent les pigeons" aurait alors dit le maire de l'époque. On peaufinera le monument en 1924 en y installant le zèbre St Adalbert et la drôlesse Ste Agnès, et c'est ainsi que le pauvre bougre St Ivan ne vit jamais la place St Venceslas.

Alors voilà, je crois que je vous ai tout dit sur St Venceslas, patron des terres de Bohême. Précisons encore qu'il fut duc de titre, mais curieusement jamais roi, parce qu'à cette époque la Bohême en tant qu'état ou royaume n'existait pas. C'était un ensemble éclectique de duchés divers, où chaque seigneur faisait ce qu'il voulait, en particulier la guerre aux autres seigneurs pour agrandir son domaine. C'est justement grâce à la mort de Venceslas que "Boleslav" son frère entamera une forme d'unification des divers duchés du pays, et qui se poursuivra avec les autres souverains.
De la vie familiale de St Venceslas, on en sait encore moins que de tout le reste. On présume qu'il aurait pu avoir 4 soeurs et 2 frères (dont le fratricide), qu'il aurait même pu avoir sans doute une femme mais dont on ignore jusqu'au nom, et qu'il aurait encore pu avoir un fils "Zbraslav" (selon une certaine légende). Enfin vu comme ça, il aurait aussi pu avoir un compte en Suisse et des actions Microsoft, c'est dingue quand même un historien. Bref... mais le plus probablement, s'il eut descendance, alors géniture bâtarde sans quoi icelle aurait pris la succession à la place de "Boleslav", toujours selon les historiens. Et certains d'entres eux (vachement modernes les historiens) vont encore plus loin dans les hypothèses invraisemblables. Alors que la vie de "Boleslav" est largement dépeinte et commentée par les témoins de l'époque, celle donc du héros national l'est beaucoup moins. En effet une des rares sources d'information fiables le concernant (mais particulièrement restreinte car il n'en est pas le sujet principal), est l'oeuvre du moine historien saxon "Widukind von Corvey" dans son "Rerum Gestarum Saxonicarum" où il dépeint les épisodes de l'histoire saxonne en ce début du X ème siècle. Or pourquoi aurait-on plus (et même beaucoup plus) parlé du méchant que du gentil? Et si tout simplement le gentil n'avait jamais existé, ou encore mieux, il aurait été l'autre, le méchant, un seul et unique personnage tantôt "Václav", tantôt "Boleslav"? Et quand on sait que ces 2 prénoms sont tout à fait identiques, qu'ils ont exactement la même origine étymologique et sont donc synonymes (lisez mon article à ce propos), alors on est en droit de s'interroger sérieusement sur la réalité historique de notre héros national non? Alors info ou intox? Allez savoir, mais surtout n'en parlez pas aux Tchèques, douter de l'existence de St Venceslas, c'est comme douter de la virginité de la Ste Vierge, en ces domaines le réalisme pragmatique n'est autre qu'intolérable diablerie maléfique.

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