jeudi 17 novembre 2005

Ville: Mais quelle histoire, dingue!

Bon ben voilà, après deux publications liées au caca, je vais revenir à des choses plus "normales", enfin historiques, ou disons plutôt moins scabreuses sinon je vais finir par détourner les plus délicats d'entres-vous de mon blog sur Prague.
Et donc aujourd'hui je vais vous parler d'une demeure à Prague, disons d'un palais assez curieux. Enfin c'est même pas tant la bâtisse (à Prague) qui mérite l'attention, mais l'histoire fichtrement démente qui s'y rattache. Z'allez voir, y a qu'à Prague où qu'on peut trouver des récits comme ça, c'est dingue Prague. Ah oui, et il faut aussi que je vous dise que je dois citer le mot "Prague" plus souvent car ma position dans l'indexation des moteurs de recherche sur Internet a baissé (flûte!) et que pour remonter dans les pages, je dois mentionner Prague vachement souvent dans les publis de mon blog sur Prague. Alors bon, ne vous étonnez pas de voir Prague citée souvent, mais ne vous inquiétez pas, ça ne va aucunement nuire à la compréhension globale de cet article traitant d'un édifice remarquable de Prague.
Pis encore les photos des fresques, bon c'est pas top, sûr, et je m'en excuse auprès des amateurs (de peintures à Prague), mais je vais vous expliquer plus loin pourquoi qu'elles ne sont pas top les photos. En fait, je voulais faire cet article d'abord pour l'anecdote louftingue dont je vais vous causer, mais il me fallait bien, pour ce faire, quelques images des fresques qui se trouvent à l'intérieur de ce palais de Prague puisqu'elles sont intimement liées à l'intrigue (z'allez voir par la suite). Et donc j'ai trouvé une excuse, enfin un prétexte de couverture pour y pénétrer (en toute légalité, rassure-toi maman, je n'ai pas encore sombré dans la gouape) mais les photos, là, sont pas très... enfin comment dire...
genre... disons que c'est pas fait avec le consentement autorisé d'une totale approbation du concierge, que les conditions de prise de vues... et surtout parce que... enfin vous lirez plus loin. Pis aussi comme il n'y en avait pas assez de la photo pour vous rassasier complètement, je vous ai mis d'autres photos de Prague que j'avais sous le coude depuis quelques jours, et qui n'ont certes rien à voir avec le sujet, sinon qu'elles sont de Prague, mais bon, hein, c'est pas le première fois non plus, alors hein, bon...

Tout a commencé un début de soirée banal (le début). C'était à "Hradčany", faubourg de Prague, dans les jardins d'Ham... eux non, attends,
c'était au boeuf noir, c'est ça, dans cette taverne malfamée d'au boeuf noir où la fumée des clopes, compacte comme une bible de poche, empêche de voir le quidam d'en face mais où la bière, savoureuse comme un nectar divin, m'attire inexorablement tels les chants d'Orphée. M'étant poliment incrusté à une tablée déjà bien garnie (comme d'hab), il ne fallut pas longtemps pour que mon ivrogne de voisin, apparemment seul comme moi, entame la conversation. Certes, j'aurais pu astucieusement éviter le dialogue prétextant que je ne parle pas Tchèque, ou par gêne de mon haleine suspecte des suites d'une nécrose des dents de sagesse (attention, prétexte, c'est pas pour de vrai, non non, c'est bidon). Mais non, je n'ai volontairement pas fui la conversation car malgré leur élocution parfois incertaine, ces soiffards invétérés sont souvent aussi plein d'anecdotes croustillantes (sur Prague) que de litres de bonne bière.
C'est ainsi que "Břetislav", coupeur d'oreilles et de queues de chiens de son état (à Prague, mais en retraite), m'instruisit de l'histoire que je vais vous évoquer sous peu, et vers laquelle nous bifurquâmes fortuitement après avoir évoqué les difficultés spécifiquement liées à son métier, les varices douloureuses de sa mégère de bonne femme et du pouvoir adhésif (ou non) de la pâte à dentier qui ne cessait (le dentier) de tomber dans son verre à bière.

"Le palais dont il est question se trouve au numéro 14 de la place de Malte ("Maltézské náměstí") dans le quartier nanti de "Malá Strana". Le bâtiment originel de style renaissance fut construit entre la fin du XVI ème et le début du XVII ème siècle, et fut au début du XVII ème la propriété et l'atelier du sculpteur hollandais "Adrian De Vries",
sculpteur officiel de Rudolf II, de Mathias Ier mais surtout du duc Albrecht de Wallenstein ("Albrecht Wenzel Eusebius von Wallenstein"), retourneur de vestes notoire et personnage ambigu assassiné à Cheb le 25 février 1634, pour lequel il (Adrian) sculpta les célèbres statues du jardin du palais Wallenstein ("Valdštejnské náměstí 4") qui seront (les statues) ignominieusement barbotées par les crapuleuses armées suédoises en 1648 lors du siège de Prague durant la guerre de trente ans, chapardées comme bon nombre d'autres objets d'art, reliques et livres inestimables patiemment collectionnés et réunis amoureusement par le bon roi Rudolf II. Fumiers de Suédois!"
rajouta-il.
Et après une telle phrase vous vous étonnerez que son dentier ne tienne pas en place dans sa bouche de bon bougre de "Břetislav". Bref, une fois la prothèse repêchée dans le demi-litre et de nouveau en place, il poursuivit passionnément tandis que je gribouillais rapidement quelques notes sur des d'ssous-d'bock afin de ne pas en perdre une miette. "Vers le milieu du XVII ème siècle la demeure fut transformée en palais sous l'impulsion de son nouveau propriétaire "Ferdinand Arnošt Hýzrle" et prit logiquement le nom de "palác Hýzrlovský" (le palais Hýzrlov). On n'en connaît pas grand-chose de cet oiseau là, sinon qu'il ne conserva pas le palais bien longtemps puisqu'à la fin du XVII ème siècle il (le palais) devint la propriété du comte "Jan Petr Straka z Nedabylic a Lipčan na Lipčanech Janovicích, Horních Teplicích a Okrouhlicích"
qui donnera au bâtiment son apparence actuelle en particulier les massives arcades ainsi que le nom de "Dům U Bílého koníčka" (la maison au petit cheval blanc) de part l'emblème qui ornait le fronton de l'édifice. Monsieur le comte y fera également peindre les plafonds par "Jan Rudolf Byss", talentueux peintre baroque d'origine helvético germanique dont l'influence hollandaise mélange gracieusement des styles italiens et français..."
(ah ouais?!) "...et dont la principale oeuvre d'importance à Prague est la décoration du palais Sternberg, mais dont les fresques plafonnales (on dit bien murales non?) sont au coeur de cette histoire cocasse."

"Bon, alors tout ça vois-tu, c'était pour planter le décors" qu'il me dit le lascar alors que je reposais mes doigts endoloris de crampes tout en prenant une bonne goulée de ma bière qui s'éventait en tiédissant (et inversement). Puis il poursuivit "...et ainsi, de propriétaire en propriétaire, le palais passait de main en main, jusqu'à atterrir dans le patrimoine de la famille "Niemetz" et en particulier du docteur en droit "Václav". Bien que celui-ci ait été insignifiant dans le cours de l'histoire de Prague, il eu un impact significatif sur l'avenir des fresques.
En effet "Václav" d'éducation puritaine et d'humeur acariâtre était un pisse-vinaigre de nature teigneuse pour qui la vie n'avait de sens que dans le travail, la droiture morale et le respect des principes établis. Tout ce qui touchait à la culture, à l'art ou à l'expression créatrice n'était que bouffonnerie grotesque, perte de temps inutile, et saltimbanquerie primitive. Aussi il ne fallut pas longtemps pour que l'acrimonieux aigri fasse enduire une couche de plâtre blanc par dessus les magnifiques images colorées représentant des dieux antiques libidineux, des grâces (trois environ) impudiques, et le bon roi Léopold 1er fêtant alcoolicodignement la signature du traité de Karlowitz
("Sremski Karlovci, Сремски Карловци", en Serbie Monténégro) en 1699 reprenant ainsi une grande partie de la Hongrie au sultan ottoman Mustapha II, fils de Mahomet IV, après sa défaite en 1697 à la bataille de Zenta ("Senta, Сента", également en Serbie Monténégro)."


Et tandis que d'une main il allumait machinalement une cigarette et que de l'autre il faisait signe au loufiat d'apporter prestement une autre chopine,
"Břetislav" contracta vigoureusement sa mâchoire afin de refixer son râtelier décidément d'humeur vagabonde, puis se tourna vers moi afin de vérifier que j'étais toujours assis à sa table. "Mais attends voir" me dit-il en levant son index comme un maître d'école en plein enseignement, "...le meilleur est à venir. Mère nature, qui en général fait bien les choses, s'était cette fois-ci sévèrement fourvoyée car elle donna, et l'on ne sait comment, une fille à notre triste andouille.
Cette pauvre chérie eu non seulement le malheur d'être élevée dans la pensée rigoriste et la doctrine amère (d'alors) de son corniaud de père, mais de surcroît l'adversité l'affubla d'un faciès ingrat au point que même les soeurs du couvent Sainte Agnès n'en voulurent pas, craignant de courroucer le Seigneur. A la mort de son père "Václav", Louise hérita naturellement du palais, et y vécut fréquemment recluse, jusqu'au jour où, et de nouveau l'on ne sait vraiment pas comment, elle se trouva un prétendant. D'aucuns affirment qu'il s'agissait d'un bête pari entre étudiants facétieux après qu'ils aient fêté et copieusement arrosé l'obtention de leur diplôme dans une taverne locale...
mais quoi qu'il en soit, le jour de leur mariage, le future époux (s'toi d'là), ayant apparemment bien réfléchi (et sûrement dessoulé), ne se présenta pas à la cérémonie puis quitta rapidement la ville (Prague) afin de ne pas risquer de croiser accidentellement la malheureuse dans une rue."


La face rondouillarde de "Břetislav" se fendit d'un large sourire goguenard que ses fausses dents en porcelaine amplifiaient nettement, et de poursuivre:
"...bon, t'imagines bien qu'après cette sinistre aventure, le mental et l'ego de la pauvre Louise en étaient au plus bas, que la ville de Prague entière pouffait à son apparition, mais il fallait bien vivre. Habitant seule dans ce grand et vide palais, elle décida alors d'embrasser la charge de logeuse en mettant à la disposition des intéressés plusieurs chambres de sa résidence. Mais attention, à la stricte condition de ne pas accrocher le moindre tableau, photo, portrait de maman... au mur et de maintenir tout les meubles à 50 cm de distance des cloisons afin de ne pas risquer de révéler par un accroc inopportun les splendides fresques taquines que son balourd de père avait fait dissimuler naguère sous une couche d'enduit.
Inutile de te préciser que les locataires ne se précipitaient pas en masse, en dehors de quelques étudiants démunis qui se contentaient d'une paillasse miteuse et d'un chandelier pour tout équipement et décoration d'intérieure. C'est ainsi qu'un beau jour de 1868, arriva chez Louise la teigneuse un peintrétudiant de l'académie des arts plastiques de Prague ("Akademie výtvarných umění"). Au bout de quelques jours, parce que constamment attiré par ces larges murs d'un blanc immaculé (par derrière), il décida d'égayer sa chambrette de son art encore balbutiant,
et faisant fi de la stricte injonction se mit aussitôt à la tâche. Malheureusement pour lui, sa harpie d'hébergeuse découvrit bien vite son dessein (ainsi que ses dessins), et furibonde comme un cul-de-jatte dans un concours de coups de pieds au cul, jeta l'infortuné à la rue et sur le champ. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid, et après avoir mûrement peaufiné sa machiavélique revanche, notre artiste en herbe s'en revint un soir, bien tard, sur les lieux de son précédent logis pour y dessiner sur la façade, à coté de la porte d'entrée, sous les arcades,
6 vilains diables puis de colporter dans toute la ville de Prague que le septième démon, le plus rossard, le plus hideux et le plus malfaisant, habitait dans la demeure sous les traits de la pauvre Louise. Ce n'est que quelques jours plus tard que la pauvrette se rendit compte de la farce peinte sur sa maison, mais le commérage et les ragots moqueurs avaient fait leur oeuvre pernicieuse, le palais allait dorénavant s'appeler "U Sedmi čertů" (aux sept diables). Après quoi, l'étudiant facétieux quitta Prague pour poursuivre ses études à Dresde, Munich,
se perfectionner en Hollande puis s'installer définitivement à Paris où il devint un peintre très célèbre. Elevé au rang d'Officier de la Légion d'honneur et associé étranger de l'Académie des Beaux-Arts, il décédera prématurément à l'âge de 50 ans (en 1901) et sera inhumé dans le cimetière de Montmartre. Allez, tu l'auras deviné, c'est de "Václav Brožík" dont il s'agissait, eh ouais."


J'étais scié, sans dec, le fondement scotché sur le banc en bois. Je m'allumai une clope, but une bonne lampée de mon velkopopovický kozel, cambrai mon dos en arrière contre le mur et tout en soufflant la fumée vers le plafond les yeux dans le vague, je me demandai mais comment était-il donc possible que tous ces gens, tous ces évènements, ces édifices, pouvaient donc être tellement liés les uns aux autres, et surtout à la ville de Prague?
Et comment d'ailleurs ce bougre de coupeur d'oreilles et de queues de chiens à la retraite pouvait bien savoir tout ça, être aussi précis, après avoir chopiné 8 demi-litres de surcroît? A moins qu'il ne divague? Pendant ce temps "Břetislav" m'observait en mâchouillant son râtelier dans sa bouche, sans doute très satisfait de l'impression qu'il venait de faire sur moi. "Il s'en passe des trucs à Prague, hein?" me lança-t-il en souriant,
tout en posant sa robuste paluche sur mon épaule. "Allez hop, on s'en jette encore une, et on s'en rentre à la maison" rajouta-t-il car il n'avait pas encore terminé son histoire.

"Louise décéda sans avoir eu d'héritier, et sans doute même sans jamais avoir eu d'amant (comme la Sainte Vierge, bien qu'elle ait eu un héritier).
Elle légua le palais à la congrégation des soeurs en gris, tu peux pas connaître..."
me lança-t-il, "...c'est un croisement entre une dame blanche et un moine cistercien... donc les soeurs qui y rénoveront quelque peu le bâtiment mais surtout mettront à jour et feront restaurer les fresques de "Jan Rudolf Byss". L'édifice échappera de peu à la démolition au début du XX ème siècle grâce aux efforts des habitants du
quartier et du "club pour la vieille Prague". Aujourd'hui, et depuis avant la première guerre mondiale, la demeure abrite un conservatoire de musique pour mal voyants ("Deylův ústav slepců"), comme quoi, vois-tu, les fresques auraient pu rester plâtrées, elles n'auraient manqué à personne"
me dit-il d'un rire soutenu avant de faire tomber une dernière fois son dentier sur la table cette fois-ci.
Nous nous séparâmes comme nous nous étions rencontrés, en un instant. Il se leva en se soulageant d'un rôt soutenu, me jeta un "tak naschle" et quitta la taverne enfumée. Ma bière terminée, je ramassai discrètement ma vingtaine de d'ssous-d'bock gribouillés et les rangeai encore plus discrètement dans ma beuzassafoto, me disant que je ne reverrai sans doute jamais plus ce bon lascar qui avait su me tenir en haleine pendant plus d'une heure avec son histoire loufoque dont je doute encore de l'authenticité,
mais qui surtout devait en connaître plein d'autres d'histoires loufoques alors que je venais sottement de le laisser filer.

Et donc je me suis dit qu'il faudrait que j'aille photographier ces foutues fresques à l'origine de cette louftinguerie, mais comment? Pis un jour, l'occasion bonnarde se présenta par l'intermédiaire d'Euterpe.
L'année dernière, ma chérie d'amour avait héroïquement sauvé la vie d'un brave homme dans les eaux turbulentes d'un fleuve en Slovaquie lors d'une furieuse descente en rafting alors qu'il venait de se fiche maladroitement à la baille, l'empoté néophyte. Or l'obligé reconnaissant était compositeur, contemporain puisque toujours vivant, enfin de justesse, vivant, et l'informait (ma chérie) régulièrement des dates d'interprétation de ses oeuvres à Prague. C'est ainsi que nous reçûmes un jour cette information pour aller écouter une de ses compositions, parmi d'autres oeuvres,
qui devaient justement être jouées au conservatoire "Jan Deyl" en sa présence (du quasi noyé). Ouais, top, allons-y, allons-y, et j'essayerai de prendre des photos, trop top. Arrivé dans le bâtiment le jour approprié, je m'approchai de la brave dame vendeuse de tickets lourdement posée sur un tabouret et dont l'opulente constitution rappelait celle d'un dieu sumo à Bercy dans le cercle sacré. Tout en m'acquittant des droits d'entrée, je m'informai de la possibilité de photographier. Ne sachant pas me répondre catégoriquement (le dieu sumo),
j'en conclus par défaut que c'était permis, puisque non interdit, ben tiens, j'vais me gêner. Nous arrivâmes dans la salle de concert, une pièce somme toute relativement petite, avec une audience plutôt âgée, bien âgée, mais surtout réduite. Curieux, genre circuit en autocar "à la découverte de la Lozère" pour p'tits vieux retraités avec panier de charcuterie pour monsieur et fer à repasser vertical pour madame en cadeau de bienvenue, vous savez, les prospectus qu'on vous met dans les boîtes à lettres, "au départ de chez vous..." que ça précise.
On s'installa dans la dernière rangée pour pouvoir s'échapper après la première composition, parce que nous, la musique contempourave... euh... contemporaine, c'est comme les lavements à l'eau gazeuse mentholée, seulement quand c'est vraiment nécessaire. On s'installa donc... oh puis tiens, je vais passer au présent, parce que le passé simple c'est beau, mais ça va bien comme ça... Bon, on s'installe donc sur la seconde et troisième chaise de la dernière rangée, histoire d'avoir une chaise libre à ma droite pour poser mon matos de professionnel de la photo :-) et je commence à déballer discrètement mon trépied. Arrive un p'tit vieux, regarde dans la salle aux 2/3 vide, et s'assied à ma droite sur la chaise volontairement délaissée par nous autres. "Non mais j'le crois pas" que je me dis, il y a de la place devant, à côté, des rangées même entièrement vides, et faut qu'il vienne s'amarrer ici celui-là, sans rien demander à personne en plus.
"S'ra chiant quand il s'ra vieux!". Bon, et donc ma chérie et moi nous nous décalons vers la gauche d'une chaise, les fringues, ma beuzassafoto, et je pose donc mon matos sur celle (chaise) que je venais de libérer. "Non non, j'attends quelqu'un..." qu'il me fait avec un sourire béat d'andouille véritable. "Attends grand-père, tu déconnes ou quoi? Sais-tu à quoi ça ressemble un coup de pied au cul épicé à la mornifle de Cayenne?" pensai-je tout en contenant mes paroles.
Evidemment, à ce moment là arrive l'interprète souvozaplodissements, plus de place pour se décaler à nouveau, trop tard pour changer de rangée, et une tête juste devant moi à la hauteur maximale de mon trépied. Le foin pesant. Bon, hein, quand l'autre andouille arrivera pour faire la paire, j'enlèverai mon fourbi. En attendant... hein... pis merde non plus et posait mon appareil et mon statif sur la chaise. L'interprète s'assied, suivi dans son geste par le tourneur de partition, silence de mort dans la salle, et mon trépied toujours pas monté ni mon appareil photo configuré à cause de l'autre vétuste boulet.
Le pianiste approche ses mains du piano tandis que je me saisis de mon trépied, et il commence à l'aide d'un doigt: cling... plong... dzing... silence... plong-dzing... silence... "ah ben flûte alors, mais il peut pas faire plus de notes ou plus de bruit ce corniaud là, on va m'entendre déployer mon statif comme ça" cling... plong... zing-ling... tchlaaak... "et un pied de sorti" me dis-je tandis que j'évitais les regards de quelques personnes qui s'étaient retournées. Zing-ling... plung-ling... tchlaaak tchlaaak "tiens, v'là les deux autres", bon ça y est enfin. Je me retrouve donc avec mes 1,30 m de trépied horizontalement sur mes genoux, et je commence à essayer de visser mon appareil photo dessus, doucement, tout doucement... cling... plung... zong... "sans dec, chuis scié, mais elles lui servent à quoi ses 2 mains et les 88 touches au saltimbanque"... plong zong dong... "ah quand même, trois notes dans une seconde, fais gaffe vieux, tu vas choper des crampes"...
cling... cling... silence... bada-cling... praaaaaskkk... "oh merde, la chaise!". En vissant, le bout du pied de mon statif venait malencontreusement de cogner le bois du siège d'à côté, réveillant par la même le boulet-andouille qui s'était assoupi. Quelques regards manifestement hostiles commençaient à me dévisager, tandis que j'essayais de faire passer mon matériel de la position horizontale sur mes genoux, en position verticale devant moi dans un espace réduit à quelques centimètres carrés tout en évitant de cogner la tête du spectateur devant moi. "Bon ben oui, désolé, je l'ai pas fait exprès non plus. Pis regardez devant, c'est là que ça se passe". Zing... clong... plang... des larmes de rire coulaient des yeux de ma chérie convulsée sur sa chaise. Bon, allez, j'écarte un peu les pieds de mon statif, 'ttention devant, j'enlève le cache objectif et j'allume mon engin.
Dzzzzzzzzz... fait le zoom en sortant du corps de l'appareil dans un silence absolu, le pianoteux venant de s'arrêter totalement de jouer pour se pencher dans le piano comme un garagiste dans un moteur en panne. "Ben quoi?" me dis-je, "il ne va quand même pas vérifier les niveaux maintenant?". Debout, la tête dans le buffet, il regarda son clavier, puis à nouveau dedans le piano, saisit une corde entre deux doigts et fit djliiing... puis se rassit... "oh ben flûte alors dis donc, il est fort le gars, il a trouvé la bonne corde". Clong... silence... zing... blong... les gens stupéfaits par le geste de l'artiste n'avaient même pas prêté attention au dzzzzzzzzz... Bon, alors les réglages maintenant... vitesse... obturation... sensibilité... enlever le flash... gaffe à la tête par de d'vant... plang... clong... plung... D'un coup le tourne-partoche se leva à son tour,
comme précédemment l'artiste, mit la tête dans le tabernacle et propulsa d'une main un objet probablement métallique sur les cordes du bastringue faisant sonner de la plus grave vers la plus aigue les sept et quelques octaves de la gamme tempérée. Puis ressorti la tête de la commode, réjoui comme une sage-femme après un accouchement réussi, fit le tour de l'interprète concentré sur sa partition (?!)
et récupèra l'objet à l'autre bout du piano qui se remit à sonner, dzing... dzblong... tchplunk... Inutile de vous dire qu'à ce stade de l'oeuvre musicale, mes tchlaaak, praaaaaskkk et mes dzzzzzzzzz n'intéressaient plus personne, le centre d'intérêt comme la perturbation venaient du même endroit: de l'estrade du devant de la scène. C'est ainsi que j'ai pu prendre les quelques clichés qui se trouvent dans cette publi, clichés malheureusement médiocres, mais comme vous aurez pu le constater, le contexte dans lequel se déroulait le photographiage n'était pas idéal.

Au bout de 30 bonnes minutes se termina enfin la première partie de ce concert qui ne m'avait pas vraiment transporté. Par chance il n'y eu pas de rappel, ce qui me permit de m'éclipser discrètement et rapidement après avoir réveillé le boulet flétri qui roupillait grassement et qui ne semblait pas apprécier plus que nous. Je laissai ma chérie sur place afin d'assister à la suite du concert, non pas par amour de la musique contemporaine,
mais parce que l'ennuyeux morceau précédent n'était pas du compositeur presque noyé et qu'elle ne voulait pas paraître indélicate à ses yeux en quittant la salle prématurément. Moi, je m'en battais l'oeil au manche de pioche, d'abord je ne le connaissais pas, je n'étais pas venu pour lui, je subodorais fortement qu'une fugue pour tuba basse en solo ne serait pas plus à mon goût que le précédent concerto pour mécano-pianiste et apprenti garageux, mais de plus je pouvais utiliser ce temps pour faire quelques belles photos nocturnes à l'extérieur plutôt que de le perdre bêtement (le temps).
Une autre trentaine de minutes plus tard ma chérie me rejoignait devant le conservatoire pour enfin aller prestement retrouver nos amis qui nous attendaient au "Bar-Bar": la délicieuse "Vicky" dont la superbe poitrine fort opulente contraste avec sa délicate taille (hauteur) rudement menue, le divertissant et beau gosse de "Peta" dont l'hétérosexualité m'est de plus en plus difficile à imaginer, plus d'autres dont les caractéristiques personnelles ne sont que de peu d'intérêt. Et tandis que ma chérie et moi nous éloignions du palais en échangeant verbalement nos points de vues sur ce que nous venions d'entendre, je m'exclamai soudainement: "*£=&^$%!!! Ma beuzassafoto".
Je me suis instantanément rappelé que je l'avais machinalement glissée sous ma chaise alors que l'archaïque plaie d'Egypte me faisait son cirque pour laisser une place à son hypothétique ami, qui du reste n'est jamais venu. Et donc elle devait s'y trouver encore, sous cette chaise, forcément. "Ah ben flûte, zut, crotte de bique et caca boudin, le barouf pour tintamarre et tohu-bohu en charivari mineur aura sûrement repris, et je ne peux tout de même pas faire grincer la porte d'entrée de la salle en plein milieu"... encore que, un "gruiiiii" bien placé dans le rythme, ça pourrait le faire... Bref je m'en retournai dare-dare au conservatoire, avalai les escaliers 4 à 4 sur 3 étages pour tomber nez à nez avec l'imposant pétard du yokozuna dont la silhouette comme le calibre rappelaient étrangement le portail d'entrée de la brasserie Pilsner-Urquell.
Dans la position dite du dragon constipé, bien connue des sumotoris, genoux fléchis, bras tendus dessus appuyés et croupe saillante, elle zieutait par le trou de la serrure dedans la salle de concert. Je toussotai légèrement pour signaler ma présence, elle fit un demi-tour tout en conservant la position du dragon et me lança un "c'est bizarre comme musique, hein?" puis refit un demi-tour vers la serrure pour reprendre sa position initiale. "Oui, c'est bizarre" répondis-je, "et ils ont commencé il y a longtemps?" demandai-je. Ben nom di diou, s'ils jouent depuis 5 minutes seulement, chuis bon pour attendre une paire de lurette, et à sec.
Flûte, zut, crotte de bique et caca boudin, quel chieur intergalactique l'ancêtre casse-roupettes, et en plus il roupille au lieu d'écouter. Ca se trouve il est venu ici parce qu'au moins c'est chauffé.

Quelques minutes d'écoulèrent. Entre temps l'énorme dame s'était rassise sur son tabouret (pas de bol, tant pis pour lui) et déballait une grosse tomate d'un sachet plastique dans laquelle elle mordit goulûment faisant couler le jus le long de ses babines joufflues jusque sur la moquette.
Ma chérie m'ayant rejoint dans le hall, je lui exposai la situation, puis je pris à mon tour la position du dragon constipé devant le trou de la serrure dans le but d'apprécier personnellement la déplaisante situation. Dans la salle retentissait un cor d'harmonie, plutôt joliment je dois dire par rapport à ce que nous avions entendu auparavant. Je m'en retournai m'accouder à la rampe en marbre de l'escalier, et à l'instar de ma dulcinée observai d'un oeil discret la fin du goûter de Gargantua, lequel venait de faire tomber sur la moquette la moitié de sa grosse tomate. Tout en se balançant sur son pauvre tabouret d'avant en arrière, "Takanohana" tentait vainement d'essuyer et ramasser à l'aide d'un mouchoir en papier le jus et les pépins récalcitrants disséminés entre ses deux gros gigots...
pis soudain silence... plus rien ne retentissait dans la salle de concert... quoi...? serait-ce le moment de...? Vite, trou de la serrure... position qui va bien... et j'aperçus le souffleur, un bout de son tuyau dans sa main en train d'en vider la bavo-condensation qui s'y était accumulée. "C'est le moment, là, maintenant de suite, fonce..." me dis-je, et saisissant molto pianissimo la poignée de la porte d'accès à cette foutue salle, je pénétrai le plus discrètement possible dans la pièce par l'entrebâillement de la porte. La vieille carne importune roupillait sur son siège d'entrée dans la rangée, condamnant de ce fait l'accès à la troisième chaise sous laquelle je pouvais voir ma beuzassafoto, fruit de ma convoitise. J'ignore pourquoi je choisi cette option, mais pour récupérer l'objet, et plutôt que de réveiller l'éternel emmerdeur, je m'arc-boutai par dessus ses jambes.
C'est ainsi que sur la pointe d'un pied posée sur le parquet ciré, en appui sur ma main gauche posée sur le siège vide à la gauche du boulet, je tirai sur mon corps et ma main droite pour attraper mon sac à fourbi sous la chaise suivante. Vous imaginez bien que le dénouement de cet exercice stupide ne pouvait se terminer autrement qu'en désastre. La semelle en caoutchouc de mon pied glissa sur le parquet ciré faisant un scriiiiitch stridant, et pendant que l'attention de l'auditoire comme des artistes se tournait vers la source de ce grincement aussi subit qu'inattendu, je chus de tout mon poids sur les cuisses du vieux croûton assoupi. !*&£^$%@:>?/, ah et puis merde, hein... fait chier à la fin...
J'attrapai ma beuzassafoto, me redressai sous les yeux hagards du pénible chieur responsable de toute cette honte humiliante, et sortis par l'entrebâillement de la porte à la vitesse d'un pet sur une toile cirée. De l'autre main j'agrippai ma chérie dans le hall, et nous voilà dévalant les escaliers 4 à 4 comme quand j'étais monté. A croire que les fresques, là, du "Jan Rudolf Byss" étaient maudites de la peste noire pour m'accabler d'une telle mouise poisseuse. Nous finîmes tout de même par arriver à la taverne où je m'abreuvai copieusement de plusieurs demi-litres pour oublier tout ce barouf embarrassant.

Bon, et pourquoi je vous raconte tout ça me demanderez-vous? Ben d'abord pour dire à ma maman que je ne fréquente pas les troquets, tavernes, bistrots et boutiques infâmes par plaisir malsain de débauché patent, mais pour y découvrir de nobles âmes, cultivées et rudites comme le citoyen "Břetislav", et ensuite pour porter à la connaissance de mes lecteurs que les publications originales, complètes et documentées sur Prague qu'ils ont la chance de pouvoir lire ici sont parfois empreintes de tracas et de difficultés qu'ils seraient bien en peine d'imaginer. Enfin voilà, c'était pour dire, pour vous faire partager le long cheminement qui mène d'une géniale idée d'article pour mon blog sur Prague jusqu'à sa réalisation concrète avant publication.

4 Comments:

Anonymous Anonyme said...

merci pour vos commentaires sur Prague.
Vos connaissances sont multiples et intéressantes quel temps et quelle passion pour nous donner un aperçu de cette ville. Mais vos pipi et vos caca dénotent lourdement . Dommage ..... si la culture existe... l'éducation, c'est aussi de savoir que d'autres neperçoivent pas tout cela comme vous. Merci quand même

15 décembre, 2005 10:28  
Blogger Strogoff said...

Chère Madame, cher Monsieur, ami lecteur, tout d'abord je souhaiterais vous remercier pour votre contribution et vos commentaires élogieux à propos de mon blog. Ensuite je souhaiterais vous informez que si certaines de mes publications ont pu vous froisser, vous heurter, voire vous offenser, j'en suis sincèrement désolé car ce n'est aucunement mon intention, loin de là. Je caresse toutefois l'espoir que vous resterez fidèle à ce blog, et que vous trouverez toujours autant de plaisir à le lire que moi à l'écrire.

16 décembre, 2005 18:23  
Anonymous Anonyme said...

Surtout ne changez rien à votre style... J'adore!

Merci pour ce pure moment de détente que procure la lecture de vos articles

02 novembre, 2007 22:05  
Blogger Strogoff said...

Cher lecteur, merci pour votre contribution. Rassurez-vous, je n'ai pas l'intention de changer quoi que ce soit, et pour ainsi dire plutôt rien. Et donc si tout va bien comme ça devrait aller, à partir de maintenant ça sera comme d'habitude, c'est à dire pareil. Bonne lecture!

04 novembre, 2007 20:09  

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