mardi 29 novembre 2005

Ailleurs: La montagne sainte à Příbram

"Příbram", chuis sûr que vous ne savez même pas ce que c'est. Ben c'est une ville, mais chuis sûr que vous ne savez même pas où que c'est.
Ben c'est un trou de bled de quelques 35.000 habitants à quelques 50 km au sud-ouest de Prague. Mais bon, tout ça c'est pas bien grave si vous ne le savez pas, parce que cette ville est assez insignifiante en elle-même aujourd'hui. A l'époque, l'y a longtemps, je ne dis pas, oui, mais aujourd'hui non.
L'histoire de "Příbram" a commencé au début du XIII ème siècle, lorsque l'évêque de Prague s'est offert une jolie parcelle de bonne terre pour y construire son domaine à lui. Alors c'est tout de même assez curieux, car d'autant que je me souvienne de mon catéchisme où je n'allais pas, les princes de l'église étaient/seraient depuis toujours présumés vivre dans la miséricorde,
le dénuement matériel, loin du capitalisme et de la propriété qui gouvernent ce bas monde...? Enfin bref, il s'est offert une parcelle, c'est comme ça, et c'est un fait historique immuable. Au fur et à mesure du temps, des gens commençaient à s'installer autour du domaine (on se demande bien ce qui pouvait les attirer). Puis de plus en plus de gens s'installèrent, et de plus en plus autour aussi, jusqu'à ce que "Příbram" devienne un village avec son droit de commerce, son indispensable église, sa place de l'église,
et son bar-tabac-presse sur la place de l'église (puis sa rue du Général de Gaulle, mais plus tard, bien plus tard). Au milieu du XIV ème siècle, l'archevêque de Prague, "Arnošt z Pardubic" (bougrement connu par les Tchèques ce diable de premier archevêque de Prague, grand acolyte du bon roi Charles IV et fervent partisan de son université -Charles IV-) y fit construire un castel (modeste, juste pour dormir sous un toit et pouvoir se laver les pieds, de passage genre, à la sauvette), pis un hôpital et une autre église (y en a jamais assez, hein, des fois que l'autre serait en grève).
La population mixte (70% tchèque et 30% germanique selon la mairie) vivait de ce que les populations d'à l'époque vivaient, c'est à dire de rien, ou de pas grand-chose. Les Tchèques cultivaient, artisanallaient, commerçaient, alors que les Germains minaient, c'est à dire qu'ils extrayaient l'argent des mines (d'argent). Puis arrivèrent les guerres hussites du début du XV ème siècle, bon, vous connaissez, j'en ai déjà parlé plusieurs fois dans mes précédentes publications. Après la guerre, arriva la tranquillité relative du XVI ème siècle,
pis les 30 ans de bordel politico-religieux de la première moitié du XVII ème siècle qui eurent sur la ville un impact énorme. D'abord les batailles et toutes les armées d'invasion qui se succédèrent détruisirent une grande partie des habitations (97 sur 168 selon la mairie), ensuite la population en majorité utraquiste (les utraquistes étaient des hussites modérés contrairement aux taborites, mais hussites quand même, et donc mauvais, très mauvais catholiques) subit de plein fouet la recatholisation forcenée du pays,
et comble de malheur, "Příbram" était, et est toujours, à proximité d'un lieu de pèlerinage catholique des plus (sinon le plus) importants de toute la Bohême: la montagne sainte qui se trouve être justement le sujet de ma publication d'aujourd'hui. Ben purée de bois, je ne me souviens pas d'avoir jamais fait une préface aussi longue, nom di diou :-)

Ah oui, et encore un truc concernant la traduction, parce que c'est pas simple tout ça. Donc j'ouvre une parenthèse.
En Tchèque, on dit "Svatá hora" pour là où qu'il est le fourbi dont je vais vous parler. Bon, sur l'adjectif "sainte" ("svatá") tout le monde s'accorde, ok, pas besoin de Paul et Mickey. Maintenant sur "hora" il y a un vrai souci dans certaines traductions plutôt mal faites selon moi (mais c'est perso comme opinion, hein). En Tchèque, "hora" signifie "montagne", mais aussi "mont", certes, mais moins couramment, parce que pour dire "mont" en Tchèque, on utilise plutôt "kopec" ou "vrch" encore que ce dernier serait plutôt "colline".
Ceci dit l'emplacement dont il est question ressemble plus à un mont ou à une colline, et donc à un "kopec" ou à un "vrch", qu'à une montagne. Alors, c'est quoi me demanderez-vous si vous suivez toujours? Ben en Allemand, c'est officiellement un "Heiligeberg", or un "berg", qu'il soit d'ailleurs "Heiliger" ou non, signifie "montagne" mais aussi "mont" (comme "hora" d'ailleurs), mais pas colline qui se dit "Hügel".
Donc l'on pourrait penser en toute bonne foi qu'il s'agirait peut être bien quand même d'un "mont" puisque la géographie et accessoirement la traduction allemande pourraient le laisser supposer. Mais il n'en est rien. En effet la traduction officielle anglaise est "Holy mountain" or s'il s'était agi d'un mont ç'aurait été un "Holy mount", et s'il s'était agi d'une colline ç'aurait été un "Holy hill".
Donc personnellement j'ai choisi la traduction de "montagne sainte" qui à mon sens est la plus juste, mais vous trouverez parfois "mont saint" (mon cul?), moins juste car on aurait sinon appelé le lieu "Svatý kopec", éventuellement "Svatý vrch" aucunement "Svatá hora". Disons donc que l'appellation du lieu (selon moi, hein) est ambiguë mais ma traduction est correcte.
Fin de parenthèse. Ben purée de bois, je ne me souviens pas d'avoir jamais fait une parenthèse aussi longue, nom di diou :-)

Alors je dois vous dire que ce sujet est totalement le fruit du plus grand hasard plutôt qu'une volonté préméditée de vous en parler délibérément, mais ça valait la peine de vous en parler, enfin je pense, parce que... bref... vous allez voir. Depuis que ces deux chéries d'"Evča" (prononcer E V T C H A) d'"Ivča" (prononcer I V T C H A) avaient retapé et repeindu leur nouveau nid d'amour qu'elles partagent en heureuse et amicale collocation,
elles n'avaient de cesse de nous inviter à "Příbram" où elles résident afin d'y faire la bamboula d'enfer qui va bien. Pis un jour quand même, nous finîmes par accepter, bien qu'avant ce n'était aucunement par manque délibéré d'intention mais par réel défaut de temps. Nous arrivâmes donc un vendredi soir, nous fîmes la bamboula d'enfer qui va bien, pis une fois décuités de la veille, une fois remis les yeux en face des trous, une fois rassasiés de la faim,
ben il fallait bien trouver quelque chose pour nous occuper l'après-midi. "Et si nous allions à la montagne sainte" suggérais-je, ayant entendu en parler en bien, vaguement, juste comme ça, genre, un jour? Je n'ai pas vraiment eu besoin d'insister lourdement, car comme je vous le disais précédemment, "Příbram" est un trou, au point que même les musées intéressants (de la mine par exemple) sont fermés à la morte saison
(et pas seulement d'ailleurs). Tiens, et puisque justement on en parle, pour ce couillon de musée de la mine, eh bien mine de rien, entre avril et octobre c'est ouvert les mardi et dimanche de 9:00 à 17:00, et entre novembre et mars, les mardi et vendredi de 9:00 à 16:00. Sans dec, dans la série des trucs qui m'agacent prodigieusement à me développer de l'urticaire boutonneux, je voudrais le musée de la mine à "Příbram". C'est encore plus crétin que l'administration française en terme d'ouverture, je me demande même
pourquoi ils ouvrent un musée si c'est pour qu'il soit fermé la plupart du temps, sans dec, chuis scié! Bref, et donc youpi youpi hoplà, allons à la montagne sainte, au moins nous ne passerons pas toute notre après-midi dans un immonde bouge enfumé à boire de l'alcool à l'excès, griller une clope après l'autre et raconter des conneries ineptes pour faire passer le temps, non, gardons-nous ce programme pour plus tard le soir.

En arrivant aux abords de l'édifice, je fus tout d'abord surpris par le formidable étalage de stands à bondieuseries. Un espace entier de dizaines de boutiques entièrement construit pour, et dédié à la vente de breloques, de colifichets et de frivoles fanfreluches pour pèlerins bondieusards et vieilles toupies bigotes. Scié j'étais, dingue, c'était à quel stand serait du plus mauvais goût, crucifix en matière plastique, portraits de Jésus couleurs fluo, chapelets rappelant mes colliers de nouilles de la maternelle, cartes postales grisonnantes et gondolées, amulettes, chaînes, croix, Jésus, Marie, au secours...
Pis il y a eu l'accueil. Nous sommes entrés dans l'imposante enceinte par un portail splendide, et face à nous, la somptueuse basilique de la Vierge Marie de l'Assomption (jusqu'à présent je croyais qu'elle s'appelait Christ, Marie Christ, comme Jésus?!), richissimement peinte, sculptée et décorée, un émerveillement de magnificence en plein dans mes mirettes béates, juste au dessus des escaliers. Ebloui, j'ai presque failli louper l'écriteau en V renversé posé sur le perron informant le visiteur qu'il est interdit de porter une arme, interdit de fumer, interdit de crier, interdit de téléphoner, interdit de lécher une glace, interdit de promener son chien,
interdit de porter un short et un marcel, interdit de blasphémer, interdit de péter dans le confessionnal en présence du vicaire, interdit de pisser au bénitier, et... et interdit de photographier. Et mrkrprwrkzrrr hmgmpff gmgmgmyyy *~^%#$%*!$£&^ et fock et zub!!! Pis merde à la fin, ils commencent sérieusement à m'échauffer les nerfs tous ces néfastes imbéciles qui s'accordent le droit d'autoriser ou d'interdire ce qu'ils veulent, alors merde, merde et merde, je prendrai les photos que je veux, d'abord, et si un de ces foutus prêtres rédempteurs venait à me casser les parties dont il s'exclut bêtement l'usage,
j'aviserai en conséquence, ensuite. Alors je vous rassure de suite chers lecteurs, aucun ensoutané n'est venu m'emmouscailler, et c'est ainsi que vous pouvez admirer les splendides photos que je mets aujourd'hui à votre disposition. Maintenant remarquez bien qu'avoir vaincu l'interdit terrestre ne me soustrait pas pour autant à la colère divine si elle existe, donc je ne suis pas encore complètement tiré d'affaire. Mais c'est un différend personnel entre le Seigneur et moi-même que j'entends plaider le moment venu, lequel du reste, j'espère encore suffisamment éloigné (le moment venu). J'vous dis pas, si le bon Dieu, le p'tit Jésus, et tout le Saint Bataclan existent,
le jour où je monterai au ciel, je m'en prendrai une de ces furieuses dérouillées de bois vert derrière mes oreilles de mécréant qu'il va n'en gicler des copeaux et chier des bulles jusqu'aux abîmes de l'enfer :-)

Bon, concentrons-nous sur l'aspect historico-architectural de l'édifice. La toute première et toute petite chapelle sur cet emplacement en l'honneur de la Sainte Vierge date de 1260 (25 juin).
Elle aurait été bâtie, selon la légende, par une certaine andouille de chevalier en remerciement à la Vierge Marie qui aurait fait s'abattre le courroux céleste sur les méchants brigands qui poursuivaient le frêle damoiseau. Un preux chevalier sauvé par une faible vierge, décidemment, les temps changent... Bref, pis c'était au tour d'un autre quidam inconnu d'être la victime d'un miracle. Là, il faut un peu plus développer. Selon la légende, un certain "Jan Procházka" (traduisez par Jean Dupont ou Pierre Martin, pour vous dire comme c'est précis) qui vivait à "Nymburk" à l'époque,
était connu comme vagabond, clochard et poivrot acharné lorsqu'il devint aveugle en l'an 1619 (l'absinthe frelatée?). Il serait ensuite venu à Prague, où il aurait vécu dans la misère et l'alcool (toujours) jusqu'en 1632, date à laquelle il aurait commencé à avoir des visions alors qu'il ne voyait rien (seulement après 13 ans de soûlographie intensive, les visions?). Selon son biographe personnel, il aurait vu (aveugle!?) un vieillard à longue barbe blanche l'inviter à se rendre à la montagne sainte pour y vénérer la Sainte Vierge Marie.
"Oui, et qui c'est qui va me payer mon billet de train? Et si je rate l'embauche après les 3 mois d'à l'essai, qui c'est qui va me payer le billet de retour pour Prague... conditions sociales... salaires... congés..." lui aurait-il rétorqué au pas très yarche (patriarche). Et la vision, toujours selon le biographe, de se répéter, maintes fois, quotidiennement, jusqu'au jour où le vieux barbu en aurait eu ras le bol, et lui aurait ordonné d'aller vénérer la Vierge Marie sur la montagne sainte s'il (le poivrot) ne voulait pas prendre son
(du vieux barbu) pied au cul. Ah ben forcément, dit comme ça, genre, ça dissipe les réticences. Alors il serait parti. Enfin il aurait également reçu l'assurance de recouvrer la vue s'il vénérait vraiment sincèrement et franchement la Vierge Marie. Ce que le vieux barbu par contre avait sournoisement oublié de préciser, c'est qu'il n'avait plus de budget pour lui payer son billet de train, et que le pauvre "Honza" devrait se rendre à pieds jusqu'au lieu saint. Mais une fois le contrat signé c'était trop tard. C'est sûr que lire les petites lignes d'en bas des pages, hein, déjà pour nous, alors pour un aveugle...
Enfin, c'est ainsi que sous la menace du pied au cul, le pauvre ivrogne non-voyant se serait mis en route dans une direction qu'il ignorait totalement. Ainsi après avoir demandé son chemin à droite, à gauche, bravé les loups des forêt, les ours des montagnes, les bandits de grand chemin et les crétins des Alpes, il arriva à la montagne sainte en été 1632, ignorant qu'ainsi il avait propagé la notoriété du lieu saint (mais également la gale du clodo) auprès de toute la population de Bohême centrale. Alléluia, alléluia.
Après 3 jours seulement sur place, loin de l'alcool (l'absinthe frelatée?), au pain sec et à l'eau, il aurait retrouvé miraculeusement la vue. Alléluia, alléluia. Et comme tous les miracles, celui-ci finit par faire le tour du pays tout entier, au point que l'empereur Ferdinand II en personne se rendit sur la montagne (sainte) en 1634. Pis les pèlerins commençaient à affluer, de plus en plus nombreux, pour se faire miraculeusement soigner par la grâce de la Sainte Vierge: les aveugles pour recouvrer la vue, les sourds pour recouvrer l'ouïe, les chauves pour recouvrer leurs cheveux, les cons pour devenir intelligents, les bossus, les édentés, les constipés, les foireux, les qui puent, les qui sont moches...
Mais curieusement, il ne reste nulle trace écrite des miracles accomplis, à moins qu'il n'y en ait point eu (turlututu, chapeau point eu)? Bon, mais une fois sur place, il fallait bien vénérer quelque chose de palpable, de concret, parce que la Vierge Marie, ouais, why not, mais ça ne se voit pas trop, et pour autant croyant soit-il, le pèlerin basique qui se cogne des centaines de kilomètres à pieds aimerait bien trouver quelque chose sur place à voir, surtout lorsqu'il vient de recouvrer la vue. On inventa donc la statuette de la Vierge Marie de l'Assomption de la montagne sainte.
Elle aurait été, selon la légende, sculptée par le premier archevêque de Prague, "Arnošt z Pardubic" de ses propres mains (ah ben avec les pieds, ç'aurait été un autre miracle) tandis qu'il s'ennuyait dans son modeste castel (vous savez, juste pour dormir sous un toit et pouvoir se laver les pieds). Lors des guerres hussites elles fut cachée dans l'une des nombreuses mines d'argent, puis voyagea d'église en église, et réapparut dans celle (d'église) de St Jean l'Evangéliste dans l'hôpital de la ville avant d'être transférée dans la chapelle de la montagne sainte vers la première moitié du XVI ème siècle où elle deviendra bougrement célèbre, z'allez voir un peu plus tard...

Entre temps le lieu advenant fichtrement spirituel, il devenait urgent de trouver un ordre officiellement certifié, bien établi et estampillé "cureton véritable ISO 9002" par le père Dodu romain du Vatican afin que les choses prennent la tournure qu'il fallait qu'elles prennent. Enfin quoi, qu'est ce que c'est que ce foin bohémien (encore eux?) où un aveugle prétendument guéri s'occupe quasiment seul d'un édifice d'une telle ampleur mystique et d'une telle fréquentation sans recevoir les règles de gestion et les objectifs commerciaux du Saint Siège? Ainsi l'on confia en 1647 l'administration de la montage sainte aux jésuites, car comme chacun sait aux Amériques et en Afrique,
leur talent d'évangélisateur de l'indigène impie et de régisseur du patrimoine de l'église est sans pareil. Et justement, en cette fin de guerre des 30 ans, ben ça tombait rudement bien dedans la politique de recatholisation de la Bohême, menée par l'empereur Ferdinand IV et le pape Innocent X (de der) dont les compétences notoires de politicard talentueux n'étaient plus à prouver (études de droit, nonce apostolique, membre du concile de Trente et de la Sainte Inquisition romaine, grand casseur de roubignolles du cardinal Mazarin dans l'affaire des Etats Pontificaux des Barberini, et membre actif de l'Association Amicale des Amateurs d'Andouillette Authentique).
Et les jésuites motivés faisaient vraiment bien leur boulot consciencieusement (comme aux colonies), prédications innombrables, fêtes religieuses multiples, campagnes marketings ciblées, brochures publicitaires accrocheuses, jusqu'aux escaliers montant de la ville vers la chapelle pour en faciliter l'accès (z'auraient pu mettre un funiculaire s'ils avaient été si intelligents, ils -les scaliers- ont quelques 500 m de long pour 365 marches). Tant et si bien que la petite chapelle d'origine en devenait exiguë pour les nombreux bondieusards fanatiques.
Ainsi à partir de 1658, les jésuites commençaient à envisager un agrandissement conséquent du lieu de pèlerinage, en particulier l'idée de la construction d'un réel complexe de "l'adoration de la Vierge Marie de l'Assomption" leur traversa l'esprit. Et bien que jésuites, leur don d'initiateurs d'édifices prodigieusement sublimes est indéniable. Ils firent donc appel à un génie architectural manifeste qui avait derrière lui une certaine expérience de la construction religieuse (mais pas seulement) en la personne de l'italien "Carlo Lurago" (1615 - 1684, à ne pas confondre avec "Anselmo Martino Lurago", 1701 - 1765, rien à voir), le plus prestigieux représentant du (bas) baroque en Bohême.
A Prague, on lui doit de nombreuses constructions pour les jésuites, et pas des moindres: le "Klementinum", "klášter a nemocnice milosrdných bratří", "chrám svatého Salvátora" en face du pont Charles côté vieille ville. Mais ce génie construisit (ou retapa) aussi pour des notables: le "Velkopřevorský palác" en face de l'ambassade de France, le "Lobkowický palác" au Château (de Prague), ou le "Schönbornský palác" aujourd'hui ambassade des USA. Bien d'autres édifices portent sa griffe, surtout en dehors de Prague.

Et la construction allait bon train, d'autant plus que les jésuites savaient vendre leur produit (La Sainte Vierge de l'Assomption) auprès de la noblesse et de bourgeoisie locale. Ceci dit sur un marché éminemment porteur où le taux de croissance à 2 chiffres entraîne naturellement toutes les entreprises même les plus médiocres vers le haut, il eut été difficile de faire pire, même pour un moine. En effet, rappelons que les Habsbourg, ainsi que le pape, avaient grande hâte de rétablir l'ordre romain catholique dans une Bohême profondément hussite. Ainsi, après la bataille de la Montagne Blanche (1620), la dissolution de l'Union Evangélique, l'abolition du droit de culte, la germanisation imposée,
bref, après avoir fait passer Prague et la Bohême du statut de centre incontesté du dynamisme intellectuel, artistique et humaniste européen en insignifiante colonie pseudo-germanique exsangue de corps et anémique d'esprit, il n'était rien de plus facile que de prêcher pour son église: la totalité de la population germanique était catholique, la grande majorité des notables étaient germains, quant aux autres religions elles étaient interdites. Mais que fait la commission anti-monopole? Ainsi les notables catholiques donnaient à tour de bras monnaie sonnante et trébuchante aux jésuites afin que leur nom soit inscrit dans un coin d'une des chapelles, le peu de notables tchèques faisaient de même tout en profitant de l'occasion pour se reconvertir et s'assurer
(ainsi qu'à la progéniture) un certain avenir dans le pays (si vous saviez le nombre de gens ici, à l'époque, inscrits pour les mêmes raisons au parti con-muniste sans avoir la foi dogmatique en Saint Karl), quant aux paysans autochtones, généralement hussites, ils ne donnaient rien vu qu'ils avaient keud (paysan=pauvre à l'époque, avant la P.A.C.) et se faisaient tout petits petits pour ne pas se faire remarquer (paysan, pauvre, et hussite = bougre de subversif, potentiellement bolchevik, jacobin, communard voire anarchiste). Donc le budget pour l'agrandissement de l'édifice étant suffisant, l'on en profita pour refaire les escaliers vers la ville de "Příbram", et puis tiens, hop, couverts les escaliers, tant qu'à faire.
Pis l'on va commander les 2 portails d'entrée à l'un des plus célèbres architectes de l'époque, nombreuses fois cité dans mes publis: "Kryštof Dientzenhofer". Son talent créatif de génie prodigieux fera de ces portails l'apothéose de la beauté architecturale de toute l'Europe Centrale d'à l'époque. Et l'on se paya d'autres génies, ben tiens, des architectes comme "Pavel Ignác Bayer", "Giovanni Domenico Orsi de Orsini", des sculpteurs "Jan Brokoff", "Matěj Huber", "Ondřej Filip Quitainer", des stucateurs "Santino Cereghetti", des peintres "Petr Jan Brandl", "Kristián Šebestián Dittmann" pour ne citer que les plus célèbres, sans compter les innombrables petits artisans locaux qui apportèrent leur précieuse main-d'oeuvre et leur talent inouï à ce splendide bijou de l'art baroque.

Et les pèlerins frénétiques affluaient en masse de tout l'empire, de Germanie, de Pologne, d'Autriche, de Hongrie, de Croatie, de Transylvanie... et de plus en plus nombreux, et de plus en plus fréquemment qu'ils venaient, que ça n'en finissait pas de viendre, mais pour les grandes occasions. Alors pour maintenir le taux d'occupation de l'hôtel en période creuse d'entre les évènements religieux classiques (Pâques, Noël, Assomption...), comme on inventa récemment en France la St Patrick, Halloween et d'autres conneries artificielles, ces roublards de jésuites inventèrent leur propre évènement à eux: le couronnement de la Vierge.
C'était plus sobre qu'une Oktoberfest, plus digne qu'une Gay Pride, pis ça tombait bien, parce qu'on avait justement une statuette périmée sous le coude, donc pas besoin de réinventer la croix... la roue. On épousseta donc la petite statuette de la Vierge Marie de l'Assomption de la montagne sainte, vous savez, celle qui aurait été sculptée par le premier archevêque de Prague, et on lui fabriqua des petits habits qui vont bien, chers les habits, en or et pierres précieuses (forcément, l'y avait du budget pour la promotion), exactement comme pour le p'tit Jésus de l'église de la Vierge Marie victorieuse à Prague.
Comme quoi, hein, une bonne idée de pub qui marche bien et qui a fait ses preuves peut être exploitée sous diverses facettes plusieurs fois. Quand bien même appliquée sur des produits de marques différentes (Jésus / Marie), le consommateur abruti ne fera aucun rapprochement et se précipitera naïvement sur la marchandise de la "Va-t-y quand? corporation". Enfin... et donc le premier couronnement du fétiche eu lieu en 1732, pendant 8 jours durant, avec une participation de fidèles sans précédent selon les syndicats, mais moins importante tout de même qu'au défilé des Bleus sur les Champs-Elysées après leur victoire en coupe du monde de 1998, selon les forces de l'ordre.
Le succès de la manifestation fut tel, que malgré la rupture de stock sur les saucisses au bout de 4 jours seulement, malgré l'absence totale des gobelets en plastique non livrés, et malgré la défection inopinée de Johnny Halliday qui aurait perdu sa voix à l'aïd el-Kebir de La Mecque 3 jours auparavant, la renommée de la montagne sainte franchit les autres montagnes pas saintes pour devenir un lieu de pèlerinage connu (selon les syndicats) du monde entier. Chuis scié! Sinon pour ceux que ça intéresse, les couronnements ont lieu chaque année, le 3 ème jeudi... euh... non attends,
ça c'est le beaujolais nouveau, le couronnement de la statuette de la Vierge Marie de la somption de la montagne sainte a lieu chaque année le 3 ème dimanche après Pâques. Mais n'attendez pas le dernier jour, allez y suffisamment tôt parce qu'il semblerait qu'il y ait fréquemment des soucis avec les saucisses grillées...

En milieu du XVIII ème siècle, la surface du site fut agrandie afin d'accueillir encore plus d'imbé... de pèlerins, jusqu'à prendre les dimensions que nous connaissons aujourd'hui.
Des plans pour le moins ambitieux prévoyaient la construction à proximité d'une gare ferroviaire, d'un Mc Donald et d'un multiplex avec son Advanced Virtual Surround, mais ces projets futuristes ne virent jamais le jour parce qu'en 1861, l'on remplaça les jésuites trop avant-gardistes, par la congrégation des prêtres rédempteurs. Alors ne me demandez pas qu'est ce que c'est qu'un rédemptoriste, parce qu'en religion j'ai fait l'impasse pour l'examen. Mais si jamais quelqu'un en sait un peu plus que rien du tout comme moi, chuis preneur de toute info, comme ça, à titre de curiosité, pour faire la différence entre toutes les marques de curés qui existent.
D'avance merci. Puis en 1903 il y eu une réfection d'envergure, ainsi que l'ajout de fresques là où il n'y en avait pas (sauf dans les toilettes, ça déconcentre une Vierge Marie qui vous regarde faire). Et comme c'était beau, très beau, même très très très beau, l'on s'est dit que hop, tiens, on allait demander au pape d'élever l'église de la Vierge Marie du simple rang d'église, au rang supérieur de basilique (tu payes plus cher quand tu tombes dessus, comme les hôtels).
Alors j'ouvre à nouveau une parenthèse pour expliquer aux profanes la différence entre une église et une basilique. La basilique est aussi une église (bâtiment, pas la communauté spirituelle), mais qui a reçu l'autorisation du pape de s'appeler basilique au lieu d'église!? Ah? Et ça sert à quoi? Ben ça sert à faire une différence entre les églises toutes bêtes où les bondieusards vont prier, chanter, se confesser, se marier, faire baptiser... mais où il ne s'est rien passé de particulier dedans l'église, et la basilique où les bondieusards vont prier, chanter, se confesser, se marier, faire baptiser...
mais où il s'est passé quelque chose d'important dedans (ou à côté, mais moins de 100 m, sinon faut en construire une autre d'égli... de basilique en plein sur l'endroit précis), et qu'il (la basilique) faut honorer différemment aussi. Ah?! Et dans la catégorie basilique, vous en avez deux types comme dans une gamme, les basiliques majeures et les basiliques mineures (mais pas de basilique dièse ni de basilique bémol). La différence entre les majeures et les mineures? Vous pouvez pas vous tromper, toutes les basiliques majeures sont à Rome,
alors que les basiliques mineures sont dans le monde entier, mais à Rome aussi car il n'y a pas que des basiliques majeures à Rome, ben non. Bref, et donc notre construction sur sa montagne sainte reçut donc le titre de basilique (mineure) en 1905 des mains du papi... pape Pie X.

En 1978 il y eut le feu. Forcément avec toutes ces bougies... curieux qu'il n'y en ait pas eu avant... de feu... enfin tant mieux remarque... Non, je déconne avec les bougies, parce que le feu ne se déclara pas à une époque où l'armada de fanatiques faisaient les couillons avec des bougies, des pétards, des feux d'artifice et de la St Jean, mais sous les bolcheviks, alors que le lieu était quasiment vide. Et donc cet imbécile de feu con-muniste endommagea le toit de la basilique ainsi que la partie nord de l'enceinte, y compris la tour de l'horloge, sans parler des fresques d'au plafond sous les arcades.
Les réparations durèrent jusqu'en 1982. D'autres rénovations eurent lieu en 1988 et l'on en profita pour changer les caoutchoucs des robinets et les poignées des chasses d'eau. Puis en 1993 ce fut le tour des escaliers qui étaient en ruine depuis la seconde guerre mondiale. Personne n'avait pensé à les réparer puisque les vrais rouges n'allaient pas à la basilique, et ceux qui y allaient, les rouges clair, prenaient le bus. Aujourd'hui ce n'est pas des con-munistes dont souffrent les escaliers mais des cons tout court, enfin tout court, des vrais cons, des qui ont fait l'école de cons,
élevés et endurcis dans la connerie comme des champions, je veux parler des taggers (taggueurs en Français), cette maudite engeance de nuisibles crétins qui n'ont aucun respect pour le patrimoine culturel collectif (et pas seulement). Quand je vois les magnifiques monuments de Prague (et d'ailleurs) qui, seulement quelques nuits suivant leur restauration/peinture, sont à nouveau couverts de stupides badigeonnages abjects et pitoyables, j'ai parfois envie d'attendre patiemment la nuit noire pour choper un de ces fumiers sur le fait,
puis le pendre par les couilles dans un courant d'air à 25cm du sol avant de lâcher sur lui une meute de pitbulls misérablement élevés au pain sec et au yaourt dans le placard d'une cave de HLM et assidûment taquinés d'un épieu acéré. Oh purée, ça fait du bien, ouah la rage dis-donc que je viens d'évacuer d'un coup... Tiens, exemple récent pour illustrer mes propos, juste en face de ma station de tram, la magnifique porte en bois massif d'entrée dans un immeuble mi XIX ème siècle... Elle fut entièrement démontée, transportée, puis poncée, réparée, laquée, remontée...
J'ai pour ainsi dire suivi le chantier quotidiennement en prenant mon tram chaque matin. Eh bien elle n'a pas résisté 2 semaines. Hier matin, j'ai remarqué qu'un sordide fumier y avait taggé 3 lettres à la bombe blanche sur toute la largeur, 3 lettres pitoyables, médiocrement dessinées, insignifiantes. La haine!

Bon, revenons au sujet. D'un autre côté, il est vrai qu'une bâtisse d'une telle ampleur et d'une telle beauté est en fait en perpétuelle ré*(paration+stauration),
et je ne vous parle même pas des fresques qui subissent quotidiennement les assauts de la pluie, du vent, du froid et du soleil, ce qui n'est pas forcement plus enviable que les taggers qu'on peut choper si on s'en donne les moyens. Bref il y a constamment du bouleau comme sur un clocher d'égli... de basilique. Tiens d'ailleurs à propos des fresques dans les arcades, en haut, les demi-cercles, ces peintures représentent des évènement qui se seraient passés à la montagne sainte: miracle accompli par Marie,
miracle accompli par la Vierge Marie, miracle accompli par la Sainte Vierge, miracle accompli par la Sainte Vierge Marie... c'est pas spécialement passionnant, voire lassant à la longue, mais tellement si bien peindu. Les plus anciennes (peintures) remontent au XVIII ème siècle, d'autres ont été ajoutées par des peintres malheureusement inconnus, mais la grande majorité date de la fin du XIX ème siècle et sont l'oeuvre de l'artiste "Josef Mathauser" (1846 - 1917). Alors en terme d'original, malheureusement,
il n'en reste pas grand-chose, mais pas grave, parce que même récentes, ces peintures sont sublimes et donnent aux arcades une dimension incomparable de richesse artistique. D'ailleurs tout le complexe est sublime et mérite franchement d'être vu. Donc si vous êtes à Prague en voiture, je vous conseille vivement de faire le déplacement, que vous soyez croyant ou non, et ça vous évitera le sabot en plein centre ville :-) Pis si vous n'êtes pas en voiture, alors pour les croyants vous pouvez le faire à pieds,
ça s'appelle un pèlerinage, et pour les athées, vous pouvez le faire en bus, ça s'appelle une excursion (à partir de la gare de bus "Na Knížecí", derrière la station de métro "Anděl", trajet d'environ 1h, et départs réguliers toutes les 20min environ en semaine). La basilique est ouverte tôt, très tôt, à partir de 5:45 du matin, et bien qu'il y ait foison de restaurants, brasseries, et snacks (ouverts uniquement en saison chaude et touristique), il n'y a pas de boulangerie à proximité, alors ce sera sans café et sans croissant (quoi? sans?).

Alors voilà, donc je le répète, allez-y, roulez-y, marchez-y ou volez-y, mais rendez-vous y, même si vous êtes sains de corps et d'esprit, car c'est magnifiquement splendide et c'est sans doute cela le seul mais authentique miracle. Maintenant je voudrais également tempérer mes écrits, car j'avoue ne pas avoir été particulièrement bienveillant avec les catholiques et singulièrement les jésuites qui ont été le bras politiquement armé de la stratégie macrophage menée par les Habsbourg en Bohême. Néanmoins et malgré cette période sombre de quelques 300 ans, où l'identité Tchèque,
qu'elle fut intellectuelle, culturelle, linguistique, religieuse ou politique n'avait pas le droit de citer dans un empire autrichien tyrannique, cette époque vit paradoxalement se développer une incontestable culture de "l'extérieur". Les artistes de toute l'Europe venaient nombreux contribuer à la splendeur du baroque Tchèque (Français, Italiens, Bavarois...), la langue française, celle des lumières, se fixait dans les couches intellectuelles de la société, l'érudition et le savoir se développaient dans les collèges jésuites et dominicains.
C'est ainsi que la terre de Bohême enfanta des génies humanistes comme "Jan Ámos Komenský", "Bohuslav Balbín", puis plus tard "Josef Dobrovský" (oui, ok, il est né en Hongrie, mais il est arrivé en CZ l'année de sa naissance), puis d'autres encore... En matière d'architecture, il est indéniable que sans les jésuites, Prague serait aujourd'hui privée de plusieurs somptueux bâtiments. Pour les plus connus évoquons le "Klementinum", l'église St Nicolas, "Chrám svatého Salvátora",
et pour quelques moins connus, "Kostel svatého Ignáce" et son collège (près l'église St Ignace, "Bývalá novoměstská kolej" à l'angle de la rue "U nemocnice" et de "Karlovo náměstí", eh ouais, même pour les jésuites les loyers de Prague 1 devenaient déraisonnablement inabordables). Alors voilà, on ne refera pas l'histoire, on peut la juger comme on le souhaite, mais bien que les jésuites étaient... ce qu'ils étaient, ils ont bâti... ce qu'ils ont bâti, et c'est beau, très très beau, admirable jusqu'au splendide.

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