jeudi 10 avril 2008

Ailleurs: Zámek Roztoky, n'hésitez pas à y aller

Et c'est en arrivant qu'on s'est dit avec ma chérie (d'amour) que quand même, ça commençait fichtrement mal c'te histoire là. Un effroyable tunnel en béton gris dégueu nous invitait à pénétrer dedans, et c'était apparemment le seul moyen d'accès possible au château (pas fort le château, "zámek", pas "hrad"). Bon, ben on y allé.
En ressortant de l'autre côté, c'était autrement plus différent que du côté qu'on était entré. C'était joli, vert, recrépi et repeindu à neuf, propre et engageant, genre ça donnait carrément envie d'aller y faire un tour, ce qui tombait rudement bien puisque c'est ce pourquoi on était d'ailleurs aussi viendu, hein, on ne va pas se le cacher non plus. Pis soudain, en tournant la tête sur la gauche, paf! La même tour avec la même soucoupe volante en son faîte que dans les "Men In Black", quand l'immonde Edgard le cafard essaye de quitter la terre en grimpant sur l'une des tours d'observation de la foire mondiale de 1964 à New York avec la splendide Linda Fiorentino sur son épaule, idem la tour à "Roztoky". Les boules pour la vue. Maintenant sans regarder là où que c'était moche (à gauche), on pouvait regarder là où que c'était beau (en face)...
Moi: "Ouah t'as vu? Regarde, des ancres, des statues, un château, des douves..."
Elle: "Pipi! J'veux d'abord faire pipi, après on verra."
Evidemment, lorsque la réalité bouscule la culture à ce point... Nous nous rendîmes donc à la cafétéria (sur la gauche en entrant), et tandis que ma chérie s'en allait trouver les aisances, j'en profitais pour acheter une bouteille d'eau portative (50 cl) dans le cas fort probable où subséquemment au "pipi", ma princesse ne m'annonce un "j'ai soif".
"Tiens, c'est curieux, les prix sont vachement raisonnables" me fis-je remarquer. Dans ces lieux archi-fréquentés par le dindon touristique, le coup de bambou tarifaire derrière les oreilles du pigeon visiteur est souvent de coutume. Pas une règle, parce qu'il est vrai qu'en dehors de Prague... mais souvent de coutume quand même. Alors que là pas, des prix vraiment raisonnables, propres. Cool, après le tunnel en béton gris dégueu, la soucoupe extra-terrestre, c'était vraiment cool. Ah oui, et le café était bon. Vraiment.

Et donc au tout départ, dans le courant du IX ème siècle, il y avait un peuplement de Slaves vivant dans des cahutes en bois, entourées de palissade en bois, et qui devint ainsi le plus ancien site des princes Prémyslides, encore plus ancien selon certains que le fameux site de "Budeč u Zákolan", ce qui est quand même surprenant.
Mais attention, on se parle des environs, de ce bout de terre où la "Vltava" forme un coude, entre (aujourd'hui) "Roztoky" et "Levý Hradec" où se trouve la fantastique église de St Clément ("Sv. Kliment") dont l'originelle rotonde fut la première église construite en Bohême par le premier prince (de Bohême) officiellement attesté, "Bořivoj I". Mais je vous en parlerai une autre fois, de "Levý Hradec". Le bourg de "Roztoky" est mentionné pour la première fois par écrit en 1233 sur des documents cadastraux comme propriété d'un certain Pierre. En 1296, on mentionne dans le bourg le domaine abbatial de l'abbé de "Břevnov", "Pavel Bavor z Nečtin" qui acquit pour son couvent en 1295 le fabuleux Codex Gigas qui fut exposé l'année dernière au "Klementinum" et que j'eus la chance exceptionnelle de voir de mes propres yeux, 10 minutes seulement, mais j'en pleure encore...
donc le domaine abbatial est mentionné en 1296. Et c'est de cette époque (plus ou moins 50 ans... genre) que daterait notre édifice sous la forme d'une tour fortifiée (donjon?) parfaitement carrée (et carrément parfaite) de côté d'environ 10 mètres. Aujourd'hui il n'en reste plus rien, sinon la matérialisation de son emplacement en plein milieu de la cour où les archéologues ont découvert des restes de fondations lors des fouilles. Parenthèse: à nouveau, la tour, le donjon... ne sont pas les termes 100% adéquats pour traduire le mot tchèque "Tvrz" (n'essayez pas de le prononcer, c'est quasi-impossible pour un francophone, y a que des consonnes). En effet, un donjon est une "tour maîtresse d'un château fort, généralement isolée de la construction, ayant ses fortifications particulières, et servant de dernier refuge aux défenseurs" (Le Trésor de la Langue Française), et justement, dans notre cas ben non, parce que c'est effectivement une tour, mais rien que, sans le moindre château fort autour (de la tour). Parfois des douves et parfois des fortifications, mais en terme d'habitation rien d'autre que la tour. Le terme exact en Allemand est "bergfried" et apparemment il serait également utilisé en Français.
Tiens, ça ressemble à ce que le papa de la délicieuse "Viky" (à poitrine opulente) vient de restaurer dans les environs de "Domažlice" ("Lštění" près de "Blížejov"), une bonne tour (faites abstraction de la bicoque accolée au bergfried bien après le moyen-âge) en bonne pierre bien brute capable de résister aux brigands et aux bêtes sauvages qui pullulaient en ces temps là. Fin de parenthèse. Au XIV ème siècle, notre bergfried de "Roztoky" fut adapté en gothique, et augmenté de douves et de remparts tout autour. Fin XIV ème siècle, l'on aurait en partie détruit cette tour pour y construire un palais rectangulaire renfermant une chapelle au premier étage. Et justement, ben des bouts de cette chapelle sont encore visibles aujourd'hui, mais je reviendrai dessus plus en détail. Et donc ce palais primitif avait à chaque extrémité des tourelles aujourd'hui disparues. Seule fut conservée l'entrée de la tourelle Nord toujours en service mais secondaire (l'entrée) puisque l'entrée principale se trouve dorénavant à l'Ouest. C'est entre la fin du XVI ème et le début du XVII ème siècle que le palais prit des allures plus modernes, renaissance. A l'occasion de la guerre de trente ans, les derniers étages du palais prirent feu (eh ouais, les Suédois, encore, véridique, fumiers!), du coup on en profita pour ne pas les reconstruire, et depuis le château ne possède qu'un seul étage sans ascenseur.
Les paysans remirent un bon coup de saccage (particulièrement en la chapelle) en 1775 lors des révoltes (paysannes) suite à quoi l'on entreprit les travaux importants qui donnèrent au domaine l'apparence d'aujourd'hui, au dedans comme au dehors: remplacement du pont-levis par du pont fixe, fixation des arcades intérieures, et construction des dépendances dans lesquelles se trouvent aujourd'hui les musées et la cafète. Au XIX ème siècle, l'on supprima les restes de présence renaissance et l'on perça une nouvelle entrée dans le mur Ouest. Pis plus grand chose, sinon qu'à partir de 1948 (étatisation de tout par la chienlit con-muniste), le domaine perdit en intérêt pour gagner en ruine. Après la seconde guerre mondiale, l'on construisit à proximité une usine à antibiotiques qui deviendra plus tard "Výzkumný ústav antibiotik a biotransformací" (institut de recherche sur les antibiotiques et la biotransformation) plus connu sous le sigle "VÚAB" (c'est eux la soucoupe volante au bout du mât). Vers 1957, le "syndicat civique près du groupement culturel de Roztoky" (tiens, allez me traduite ça correctement, genre, "Vlastivědný odbor při Osvětové besedě v Roztokách") prit les choses en mains, et grâce aux passionnés amateurs de cette association, il remit en l'état le domaine (vers 1961, intérieur comme extérieur) et y ouvrit le musée régional qui s'y trouve toujours.

Les faits en date. Après donc le "Pierre de Roztoky" déjà mentionné en 1233, on passe en 1360 au bourgeois praguois "Šimon Olbramovic" qui en 1380 fit construire un autre bergfried de l'autre côté du fleuve, à "Klecany". Après son décès en 1374, le domaine passa par l'intermédiaire de sa veuve (de Simon) au second mari (de la veuve) en 1376, un nommé "Eberhardt z Remeše" (de Reims, Reims se dit "Remeš" en Tchèque) qui, après son décès en 1381, légua le domaine (mais pas sa veuve) à son frère "Reinhard z Remeše". Attention, considérez la famille "de Reims" avec prudence, car il est fort possible qu'il s'agisse en vérité de la famille "de Mulhouse" et non "de Reims" (c.f. plus loin). C'est aux frères "z Remeše" que l'on doit la première reconstruction (fin XIV ème début XV ème siècle), celle d'avec le palais et la chapelle dont je vous parlerai plus loin.
Malheureusement pour lui, "Reinhard z Remeše" avait voté "Zikmund" lors de l'insurrection hussite, aussi ses biens furent confisqués en 1421 par les praguois (hussites) au profit de "Lidéř z Radkovic", l'un des 2 représentants de la vieille ville de Prague parmi les 20 élus du directoire de l'assemblée (diète) de "Čáslav". Il ne conserva pas le domaine longtemps, et "Reinhard z Remeše" put réaménager dans sa gentilhommière jusqu'à sa mort. S'en suivit "Bedřich z Donína" (attention, pas l'écrivain 1574-1634, un autre, un ancêtre) en mi XV ème siècle qui rajouta un étage et une apparence gothique au palais. Ensuite c'est le foin, du propriétaire différent y en a à la pelle, alors passons de suite en 1565, lorsque "David Boryně ze Lhoty" acheta le domaine et fit retaper le palais en renaissance avant d'emménager. C'est de cette époque que date la splendide salle renaissance dont je vous parlerai un peu plus loin, mais également les autres constructions qui finirent par entourer complètement la cour intérieure. On présume qu'en cette période le palais avait au moins 2 étages.
En 1590, le domaine aurait été vandalisé par une meute de bandits va-nu-pieds (et coule-du-nez, voire pue-du-cul :-) auxquels se seraient joyeusement ajoutés les gueux du domaine, mais je n'ai malheureusement pas plus de précision sur cet épisode, donc prudence. La descendance, le fils "Václav", s'engagea du mauvais côté (hussite) lors de la révolte des états en 1618, et afin de ne pas assister aux désolantes conséquences de son acte, il décida de décéder dans la même année. Son fils David (comme pépé) dû rendre compte des actes de son père, et en 1623, le domaine passa aux mains de cette ordure de Charles de Liechtenstein (achat ou confiscation?). Parenthèse: ça vous dit quelque chose les termes de "Catala", "Kipper period", "Wipperzeit" ou encore "Kipper-Wipper"? C'est parti d'une idée... Attends, je vous explique parce que ça, c'est dément et ça vous explique beaucoup de choses sur les fortunes colossales qu'un effroyable consortium de fumiers (Charles de Liechtenstein, Albrecht de Waldstein, Jan de Witte... parmi les principaux) se sont rapidement faites sur le dos de la Bohême, de la Moravie, de la Styrie... D'abord, embrouiller cette ordure de Ferdinand II par son influence (Albrecht) et se faire octroyer le droit de frapper monnaie sur le territoire administré (par Charles) prétextant un renflouement rapide des caisses de l'imbécile... l'empereur (6 millions de pièces d'or en 1 an, c'était l'objectif).
Ensuite monter une fielleuse stratégie de retrait et de mise sur marché de nouvelle monnaie (Jan). Imposer un blocus monétairéconomique du pays et jouer avec la valeur d'une monnaie de singe par rapport à la valeur réelle d'une monnaie reconnue dans l'empire autrichien comme dans le reste de l'Europe. Je m'explique. Nos foutus bougres retirent du circuit monétaire les pièces d'origine à forte teneur en argent (le métal). A la place, ils frappent une monnaie de singe contenant à peine 10% de ce métal (le reste remplacé par du foin) et augmentent artificiellement sa valeur nominale de X en X+n. Ils en imposent l'utilisation dans tout le pays parce que comme ils ont gagné la bataille de la Montagne Blanche, ils peuvent enc... à sec les pauvres bougres qui ont perdu (et même plusieurs fois s'ils veulent). Donc avec par exemple 10 pièces de bon argent valant 100 (mais qui n'a plus cours), vous obtenez seulement 7 pièces en foin valant 100 également. Et d'après vous, où passe la différence, l'argent (le métal)? On appelait ces pièces "longues" ("dlouhá mince") parce que ça prenait "long" à calculer la vraie valeur que vous aviez reçue (et surtout perdue). Mieux, vous frappez vos propres pièces qui n'ont strictement aucun équivalant en or, en argent, en bijoux, en bien immobilier... alors vous en frappez comme vous voulez, tant que la forge fonctionne, et vous achetez pour rien les domaines, les terres, les biens qui ne sont pas à vendre (mais avec de la persuasion à coup de pieds...)
Et qui dit blocus monétairéconomique du pays, dit que vous êtes le seul intermédiaire avec le reste du monde. Tiens, un paysan tchèque veut vendre 1 camion de bonne bière en Allemagne. Il en récupère 7 pièces de foin valant 100 auprès du consortium de fumiers (puisqu'il ne peut pas vendre lui-même en dehors du pays). Et le consortium de fumiers va, lui, revendre ce camion en Allemagne contre 10 pièces en bon argent (valant 100 aussi, ou plus). Tiens, le consortium achète un domaine tchèque valant 100 pour 10 en monnaie de singe (le proprio n'a pas le choix, les membres du consortium président également le tribunal d'investigation de la révolte des états et de confiscation des biens de ceux qui ont une sale gueule, et même 10, c'est toujours mieux que 0). Il (consortium) le met en vente à Vienne, Berlin, Budapest... pour sa valeur réelle (voire plus), et touche le montant en bon argent en argent. Et paf, à nouveau où va le bénéfice? Ainsi en 13 mois, entre le 18 janvier 1662 (signature à Vienne du contrat valable 1 an entre le consortium et l'empereur, ce couillon) et le 16 février 1623 (fin du contrat), la Bohême fut littéralement pillée, dévastée, saignée, ruinée, esclavagée par la chienlit prostituée aux Habsbourg. Mais l'inflation abracadabrante, la misère totale, le mécontentement, l'objectif des 6 millions non atteint, plus quelques autres broutilles firent que l'empereur ne renouvela pas son contrat au consortium l'année suivante, et remit sur le circuit monétaire les pièces d'origine (enfin presque, il rétablit leur valeur d'origine, parce que le matériel, l'argent, il n'en restait plus beaucoup).
Ceux qui ne se débarrassèrent pas suffisamment vite de la monnaie de singe furent ruinés, s'ils ne l'étaient pas déjà (lecture: "Hans de Witte, Finanzmann Wallensteins", par Anton Ernstberger). Et je ne vous parle même pas des gens, des villes, des régions achetées... confisquées, volées, assujetties aux susmentionnés fumiers notoires, lisez les archives des villes "Opava", "Valtice"... Charles de Liechtenstein fut surnommé le "bourreau de la patrie" par le peuple, mais il s'en foutait, parce que bien qu'intelligent (et catholique), il n'avait strictement aucune probité, aucune conscience et aucune crainte des enfers. Et c'est ainsi que grâce à cet immense pognon fort malhonnêtement gagné sur le râble de la Bohême (mais également sur le dos des Habsbourg, eh ouais, parce qu'ils furent loin, très loin, de toucher ce qu'ils auraient dû, les Habsbourg), la famille Liechtenstein acheta les 2 comtés de Schellenberg (en 1699) et de Vaduz (en 1712) aux Habsbourg justement (qui récupérèrent ainsi une partie du pognon spolié). Ces 2 régions furent unifiées quelques années plus tard pour devenir la principauté de Liechtenstein, affiliée au St empire romain-germanique d'abord, puis indépendante grâce à Napoléon ensuite. Après la seconde guerre mondiale, la Tchécoslovaquie expulsa les Liechtenstein des terres bohémiennes et confisqua leurs biens (sans doute de façon malhonnête aussi, mais bon, hein, oeil pour oeil, rentre dedans), et la dissension territoriale fut telle, que pendant des années, les citoyens de la principauté, tous les citoyens, étaient interdits de séjour sur le sol tchécoslovaque.
Tiens, et aujourd'hui encore des affaires sont en attente auprès de la Cour Internationale de Justice. Tout ça pour dire que les citoyens tchèques qui visitent le Liechtenstein n'hésitent pas à parler Tchèque, à payer en couronnes tchèques, ni à aller boire une roteuse tchèque chez Hans-Adam (de et à Liechtenstein, von und zu...) parce qu'ils sont d'une certaine façon à la maison, genre chez-eux :-) Fin de la (longue) parenthèse.

Donc en 1623, "Roztoky" passèrent aux mains de l'ordure Charles de Liechtenstein. Cela n'empêcha pas les Suédois de mettre joyeusement le feu au palais en 1639, et dans le cadre des réparations, les Liechtenstein égalisèrent les divers édifices à un seul et unique étage donnant ainsi un aspect propre, nivelé et harmonieux à l'ensemble. La famille resta là jusqu'en 1803, lorsque le domaine fut acheté par le professeur en droit et éminent numismate "Josef Mader" (1754-1815), qui fut suivi des "Löhner", des "Leder"...
En ce XIX ème siècle, "Roztoky" devinrent un hameau de retraite bourgeoise, apprécié des praguois nantis-friqués qui y firent construire des résidences d'été, de week-end et de repos, en dehors de la capitale. Au castel en témoigne par exemple le salon en style Biedermeier (dit "art bourgeois") équipé en meubles première moitié du XIX ème (hum... j'aime pas trop, perso). Par contre, en opposition de cette salle bourgeoise, se trouve une autre salle de type renaissance où l'on marie dorénavant les pauv' bougres qui ignorent dans quoi ils s'engagent. Bien que totalement remodelée, il reste cependant des éléments d'époque de la reconstruction sous "David Boryně ze Lhoty": le plafond à entrevous posés sur des solives brutes est fantastiquement peint de motifs originaux tous différents. Notez tout d'abord les faux clous en trompe l'oeil et qui donnent l'illusion que les planches ont été clouées. Ensuite dans la seconde rangée d'entrevous (derrière vous) se trouve un personnage pittoresque en habit d'époque. La légende prétend qu'il s'agirait d'un portrait du reconstructeur: "David Boryně ze Lhoty" en personne. Pis sont encore visibles, un hibou, une pastèque, un bouc, une table avec jeu de cartes, un kiki, une gratounette, un chausse-pied... enfin le gars qui a peindu ça ne manquait visiblement pas d'imagination ni de talent. Sur la droite, une planche percée enclose dans la profondeur du mur épais rappelle les origines gothiques de cette salle.
A l'origine, il s'agissait d'une latrine dont la fonction initiale aurait évolué à la renaissance en strict dégurgitoir (et rien que dégurgitoir, la noblesse cultivée n'allait tout de même pas mettre son illustre tête dans le même trou que sur lequel elle posait son auguste croupe) lors des orgies bacchanales organisées en cette sale spécifiquement aménagée (selon le monsieur le guide) à cet effet. Bon, ok, mais ils allaient faire où alors, comme à Versailles? Le monsieur le guide ne le dit pas. Ah oui, et avant cette salle, se trouve une entre-salle, genre vestibule, dans laquelle se trouvent des portraits du XIX ème siècle, mais je ne sais pas qui c'est qu'ils représentent parce qu'à ce moment là je n'écoutais pas le monsieur le guide (pis on s'en fout aussi non?). Et donc en renaissance (comme en gothique) c'est tout ce qu'il reste (ah si, encore une fenêtre bien renaissance, et un puits, c.f. mes photos), parce qu'au XIX ème siècle on a tout fait péter, tous les éléments qui étaient alors considérés comme anciens, démodés et donc inutiles (on en profita aussi pour percer l'entrée Ouest qui n'existait pas alors).

Pis y a la chapelle consacrée à St "Jošt" (St Juste?). Alors s'il n'y avait qu'un seul truc qui vous ferait venir ici, c'est assurément la chapelle. N'en reste pas velu du bout d'la chapelle, mais ce qui n'en reste est absolument splendide.
Il s'agit d'une simple voûte quadripartite en croisée d'ogives des plus banales qui puissent être, mais la richesse architecturale (multiples fenêtres de diverses dimensions, alcôves) comme la minutieuse réalisation (arêtes polychromées, riches peintures... aujourd'hui délabrées) amenèrent les historiens à la classer parmi des réalisations royales comme "Jenštejn", "Krakovec" ou "Točník" dont il ne reste aujourd'hui que des ruines (les boules que ça fout, sans dec). Les experts datent les fresques de l'époque "Václav IV" (dernier quart XIV ème et premier quart XV ème siècle). Au plafond dans la voûte se trouvent les 4 évangélistes avec leurs attributs (c.f. le tétramorphe), en face, entre les fenêtres, il y avait la crucifixion (aujourd'hui malheureusement on voit keud'zobi), au dessus des fenêtres latérales il y avait des anges avec les instruments de la passion (c.f. les métiers du bois, charpenterie, menuiserie...). Près des fenêtres l'on découvrit une vierge Marie avec un St Jean-Baptiste flambant des crêpes de la Chandeleur au Grand-Marnier. Et parce que ces peintures sont (étaient?) plutôt semblables à celles du choeur en l'église St Clément à "Levý Hradec", les experts subodorent qu'il s'agirait de l'oeuvre d'une même corporation d'artisans praguois.
Ouah! La clé de voûte est un mystère. Dessus se trouve une armoirie sensée représenter 3 machins... alors chais pas comment on dit, genre vous voyez un moulin à vent... avant... enfin ancien, pas moderne le moulin, ben y avait une pierre (roue) qui tournait et broyait le grain, bon, et au milieu de la pierre, y avait un trou dans lequel on passait un essieu que la pierre elle tournait autour, vous voyez, ben ce trou pour l'axe, là, ben c'est ce qu'il y a sur l'armoirie, 3 fois, sur un fond rouge à l'origine, mais qui a mal tourné au noir au fil des siècles. Bon, et bien tenez vous bien, parce que ce blason (3 trous pour pierre à moulin sur fond rouge) est celui de la famille "z Mühlhausenu" (de Mulhouse, Mulhouse se dit "Mühlhausen" en Allemand, et en Tchèque également) selon mon encyclopédie héraldique. Or ceux-là n'ont rien à voir avec la chapelle de "Roztoky" que je sache? Quant au "z Remeše", je n'ai pas trouvé leur blason. J'ai la très nette impression que l'on a joyeusement mélangé "Reinhard z Remeše" avec "Reinhard z Mühlhausenu" (ou l'inverse) et que soit les "z Remeše" n'ont jamais habité à "Roztoky" mais les "z Mühlhausenu" si, ou alors mon encyclopédie héraldique est pourrie au royaume du Danemark. C'est dingue ça, confondre Reims avec Mulhouse! Bien entendu, si quelqu'un possède plus de détails, je suis vivement preneur.

Dans la même pièce que notre bout de chapelle se trouvent encore quelques restes de fresques murales renaissance (principalement des spirales de cirres d'acanthes sauvages, accessoirement feuillues voire fleuries, les acanthes), et quelques bonhommes rigolos dont on distingue la silhouette rondouillarde. Toujours dans cette pièce se trouvent (mais chais pas si c'est permanent) quelques croûtes intéressantes. La première, pas grande, ovale, s'intitule "Příjezd nočního hosta na zámek" ("arrivée d'un visiteur nocturne au château") et représente l'arrivée d'un visiteur nocturne au château (ben tiens!) de "Roztoky", par la porte nord. Il s'agit d'une oeuvre de 1858 par "Quido Mánes" (1828 - 1880), frère du fameux "Josef Mánes", appartenant à la Galerie Nationale de Prague (du coup chais pas si le tableau y sera encore longtemps, à "Roztoky"). La seconde croûte s'intitule "Pohled na Roztoky od Vltavy" ("vue sur "Roztoky" de la Vltava") et représente une vue sur "Roztoky" de la Vltava (ben voilà!). Il s'agit d'une oeuvre de 1840 par "Dominik Jan Kottula" (1794 - 1866) sur lequel je n'ai strictement aucun détail, mais son huile est plaisante. Bon, pis après il y a des pancartes sur l'historique du château, des photos, mais j'ai eu la faignantise de tout lire, alors je ne vous en dirai rien.

Sinon dans la série "y a pas de sot métier", je viens de découvrir qu'on peut être "restaurateur de cloche" comme boulot. C'est dingue ça, enfin imaginez une cloche, une vraie, en bonne fonte de plusieurs kilos (tonnes?). Qu'est-ce que sacré fichtre de bon diable peut-on restaurer là-dessus? "Et tu travailles dans quoi comme métier?" "Chuis dans la restauration... de cloche". Après le tireur d'andouilles, le perruquier à girafes, et le chirurgien des mains moites, voilà le restaurateur de cloches. C'est énorme. Alors la cloche dont il est question et qui se trouve dans la cour du château date de 1596. Elle fut commandée par l'archidiocèse de Prague pour la commune de "Ořech" (Sud-ouest de la capitale) où se trouvait en l'époque l'un des plus importants décanats de Prague. Elle est consacrée à St Philippe et St Jacques (comme l'église de "Zlíchov", et c'est sans doute pas un hasard car cette église dépendait du même décanat de "Ořech") dont (St Philippe et St Jacques) vous pouvez voir les photos sur la cloche, justement, tellement elle est fantastiquement décorée de partout. Tiens, vu qu'on en parle. Le fondeur originel est l'un des plus fameux saintiers que la Bohême ait jamais eu: "Brikcí z Cymperka" (i.e. "Briccius de Stannimonte" ou encore "Brykeius von Zinnberg", voire “B. Z. Z. C.” pour "Brykcý Zwonarž Z Cymberku" comme il collait sur ses cloches).
Il oeuvrait en plein centre de Prague, "v Široké ulici" (aujourd'hui "Jungmannova") dans la maison numéro 747/28 appelée "U zvonařů" (au saintier) mais aussi "U tří zvonků" (aux 3 clochettes), mais ne la cherchez pas, cette maison a fait place à une construction fonctionnaliste (la galerie Te-Ta). Il fut le premier à utiliser la totalité de la surface de ses cloches pour y mettre de la pub, des dessins, des textes, des photos bibliques... Avant lui, on disait que ça pourrissait le son, alors on ne le faisait pas, mais lui non, il savait faire. Tiens, genre la cloche Clément (de 1572) en l'église St Antonin (Prague 7, "kostel Svatého Antonína, Strossmayerovo nám., Holešovice"), 14 lignes de texte où sont marqués les noms de tous les bondieusards qui donnèrent le sou pour la cloche. Ou encore le fantastique blabla sur la cloche Michel (1576, église St Michel, "Nechvalice"): "S dowolením wysoce vrozeneho Pána, pana Ladislawa starssýho z Lobkowic na Chlumcy a Jistebnicy, Jeho milosti Cýsarže Ržimského etc. etc. rady nejwyssyho Hofmistra Králowství Cžeskeho, vměním Brykcýho zwonarže z Cymberku w nowem miestie Pražském do Nechwalic k sw. Mikulassy, nákladem wssech osadníků k témuž kostelu náležegícých, tento zwon gest vdielan, aby lide vslyssíc hlas toho zwonu k chwálení Gména Božího, k poslauchání slowa Geho, a kmodlitbám swatým do kostela se scházeli." Appréciez au passage l'orthographe du Tchèque made in XVI ème siècle :-)
Ceci dit, la richesse des décorations (ah pour sûr, c'est une belle cloche :-) faisait que ces oeuvres étaient d'une grande valeur, et l'on dit même que les cloches signées "Brykcý Zwonarž Z Cymberku" étaient dispensées de réquisition en temps de guerre, c'est dingue non? Et attends, non seulement ce bon bougre avait du talent dans l'ingéniosité, la création et le marketing, mais il avait également compris l'importance de diversifier son "core business". Parce qu'au-delà des cloches dans la cave, vous trouviez également sur les cordes de son arc des fonts baptismaux (cloches à l'envers), des plaques d'égouts (invention avant-gardiste découverte par hasard lorsqu'une cloche est tombée du clocher et s'est aplatie comme une crêpe), des pierres tombales (en fonte bien sûr, découvertes lorsqu'une cloche est tombée du clocher sur un pauv' bougre en dessous), des cocottes minutes (une cloche à l'envers avec une cloche tombée du clocher posée sur le dessus), des bougeoirs (ça existait déjà, et les historiens s'arrachent toujours les cheveux à se demander comment un fondeur de cloche pouvait fabriquer des bougeoirs)... bref, et curieusement, au-delà de toutes ces créations atypiques, on ne lui connait pas une seule statue, ce qui pourtant aurait dû être une activité nettement plus voisine de la cloche que les précédentes excentricités.
Notre talentueux artisan, érudit et anobli mourut en 1599 de la peste, comme quoi, hein, on a beau fondre la cloche, on n'en est pas à l'abri du virus pour autant. Et donc cette splendide cloche fut restaurée entre 1989 et 1991 (selon la plaque commémorative) par le saintier "Petr Rudolf Manoušek z Zbraslavi" dont l'entreprise familiale toujours en activité a oeuvré sur les plus prestigieuses cloches du pays (Zikmund en la Cathédrale praguoise, le carillon de la Lorette...). Maintenant 2 ans pour restaurer plusieurs kilos de fonte, c'est à se demander si le gars n'est pas consultant chez Accentruc?

Et pour terminer en vrac et pêle-mêle, il y a un musée de la mise-bas, de l'habille-poupon, du pousse-gniard et du jouet (genre fin XIX ème début XX ème siècle), mais chuis pas expert en gniardiserie. Si ça vaut le coup? Demandez plutôt à ma chérie d'amour qui y a passé 45 minutes que je me demande bien pourquoi. Y a encore un musée du verre, intitulé "le verre comme emballage" avec des kilomètres de tubes, bouteilles, pots, vases, bocaux... (genre depuis le début du XX ème siècle). Oui, sympa, rapidement, ça se laisse voir.
Dans le parc (près des musées) il y a une sculpture d'Hermès (i.e. Mercure) et Dionysos (i.e. Bacchus), fils du libidineux Zeus (i.e. Jupiter) et de la pauvre Sémélé qui mourut (elle, Sémélé, simple mortelle) du coup de foudre à la vision du père (Zeus, dieu) qui auparavant l'honorait la nuit afin d'éviter d'avoir à porter l'enfant dans sa cuisse jusqu'à sa naissance (c'est comme ça que les dieux de l'Olympe sont enceintes, dans la cuisse de Jupiter) si sa mère (Sémélé) pouvait le porter dans son ventre (comme d'habitude). Mais chais pas de qui elle est, la statue. De Pompéi selon certaines sources (véridique), mais ça me semble curieux, même pour une copie, parce que qu'est-ce qu'elle ficherait là? Il y a aussi 2 canons, pareil, chais pas d'où ni comment voire pourquoi, mais ils y sont. Et par contre les chiffons... les tissus (c.f. mes photos), qui se disent en Tchèque "Kanafas" et dont la traduction serait "toile de Vichy" (selon certains dictionnaires), ce en quoi j'ai un gros doute, parce que "Vichy" c'est pour le régime, le bonbon, la carotte ou le motif (genre carreaux Vichy), pas pour la matière, alors que là on se parle de la grosse toile bien épaisse en lait cru... en écrue, dite "canevas" (de l'italien "canavaccio")... bref et donc les tissus, ben y avait justement une expo de "Eva Jandíková" qui, pour bien marquer le coup, en avait fiche de partout du canevas au château (c.f. mes photos), qu'on se croyait en Italie avec les couettes aux fenêtres et les gros freine-nichons (c.f. brusthalter) qui sèchent sur les fils au-dessus des rues entre 2 maisons.
Pis y a encore des restes d'inondations du millénaire sur les murs (c.f. ma simulation photographique). Y avait même une brasserie, mais elle n'y est plus depuis 1888.

Bon, ben je vous ai tout dit. Ce n'est clairement pas un édifice illustre, ni par son histoire, ni par son architecture, mais c'est près de Prague, ça mérite le coup d'oeil si vous avez une après-midi de lib', et c'est cool pour les gnafrons qui peuvent courir dans le joli parc. Donc si vous ne savez pas quoi faire un jour, genre, allez-y, combinez avec "Levý Hradec", et ça vous fera une belle après-midi dans la nature-culture hors de la capitale (poil aux amygdales).

2 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Super tes sites!! Rigolos, clairs, pas pris de tête, enfin, bon, bref, ça ne fait pas du tout français! (désolé). On voit bien, malgré tout tes origines tchèques et ton sens de l'humour bien enclávé en Europe centrale. À quand une bière? Ben vouis... il faudrait qu'on boive une bière ensemble à Prague. :) Ángel (tchécophile Espagnol; sachista@gmail.com).

11 juillet, 2008 19:40  
Blogger Strogoff said...

Ah ben flûte alors, et moi qui croyais que Français ça le faisait assez comme il faut!? Sans dec, chuis déçu... enfin bon, hein, l’essentiel (mon mari) c’est que ça plaise (Blaise). Bière? Oui, mais là... ça va être un peu compliqué avec les... disons que oui, mais pas avant Septembre, genre. Au plaisir donc!

13 juillet, 2008 13:02  

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