mercredi 29 août 2007

Festival: Un beau matin de juillet...

... le réveil, a sonné dès le lever du soleil (et même avant, 3:45 pour être précis), et j'm'ai dit tout endormi, c'est aujourd'hui qu'ça s'pa-a-sse. Et donc après une telle introduction légèrement empruntée au Boris (comme tout le monde aura reconnu), d'aucuns me demanderont "ben ouais, mais alors et c'était quoi qui t'a donc fait te lever à 3:45 du matin, un lundi avant même d'aller au boulot?"
Ben une fête qui devait être énorme, une fête qui n'avait jusque là jamais été fêtée, une fête qui de plus ne tombe pas tous les mois comme la bonne grève en France, même pas tous les ans comme la démence de Noël (encore que ça pourrait, tomber tous les ans), même pas tous les 10 ans comme le rappel de la Polio (encore que ça pourrait aussi), même pas tous les 20 ans comme la mode des pattes d'éph en velours côtelé (encore que ça pourrait aussi encore), même pas tous les 25 ans comme l'année sainte chez les cathos (encore que ça pourrait encore également aussi, mais sans le pape s'il vous plaît), même pas tous les 50 ans comme un jubilé hébreux et breux et breux, il est des nô-ôtres...
(encore que ça pourrait aussi également encore pareil), bref... cette fête tout à fait exceptionnelle dont tous les medias des billions de galaxies se sont fait les échos jusqu'aux frontières inconnues de l'univers en expansion de 75 km par seconde et par mégaparsec avec une incertitude d'environ 10%, et bien cette fête fabuleuse, hallucinante de stupéfaction et prodigieusement miraculeuse d'inimaginable sensationnallité, c'était l'anniversaire des 650 ans de la pose de la première pierre du pont Charles d'à Prague. Et paf! Tiendez-vous bien à ce qu'il y a de plus proche, sinon z'allez choir, c'était énorme. Et ceux qui voudraient avoir des infos historiques sur le pont Charles, ben je les renvoie à ma publie sur le sujet.

On avait commencé longtemps à l'avance à anticiper l'évènement, plusieurs années même à l'avance. La mairie était en effervescence, le maire des maires "Pavel Bém" aussi, des idées délirantes se bousculaient au conseil municipal sous l'effet de l'excitation première, au point d'avancer un budget de 11 millions de CzK (390.000 €). Ah ben tiens, forcément, ça coûte cher une fête pareille, et surtout en Tchéquie où qu'il faut bien considérer les bouquets de violettes, les épingles pour ces dames, vous savez, les pots de vinasse qui vont bien, les indispensables enveloppes glissées en loucedé dans les poches graisseuses d'un cercle immonde de fumiers politico-mafieux sans lesquels le pays ne pourrait pas fonctionner. Bref...
Evidemment, quelques jours plus tard, une fois les membres du conseil dessoûlés, l'euphorie initiale passée, et surtout les gaillards calmés par les autorités de régulation des dépenses municipales, l'on revit le budget à la baisse, sensiblement, genre le quart de ce qui avait été prévu à l'origine, soit 3 millions de CzK (107.000 €). "Bon, ok les gars, c'est vous qui voyez, mais avec un budget pareil, ça sera spectacle de marionnettes et p'tits chanteurs à la croix de bois" avait précisé le maire des maires. Et l'on n'en fut réellement pas loin. D'abord au lieu de 4 jours l'on passa à 2, et même pas des jours entiers, genre vraiment une action... enfin tiens, je vous donne le programme traduit.

Dimanche 8 juillet, place de la vieille ville (même pas sur le pont Charles):
14.03 – 14.25 turnaj Korouhví k poctě mostu (un tournoi de bougres déguisés en chevaliers, en l'honneur du pont)
14.30 – 14.45 kapela Dubia Fortuna s tanečnicemi (groupe folklorique Dubia Fortuna avec danseuses, chais pas pourquoi ils précisent les danseuses)
14.45 – 15.00 ukázky sokolníka (montrages du fauconnier, de ce qu'il sait faire avec son faucon je présume, pas montrages du gars en personne, ça on s'en fout)
15.00 – 15.20 kejklíři, bubeníci, pištci (saltimbanques, tamboureux, et joueurs de flûtes)
15.20 – 15.40 sokolník, potulný muzikant, potyčka rytířů (fauconnier, musicien ambulant, escarmouche entre chevaliers)
15.40 – 16.00 kapela Dubia Fortuna s tanečnicemi (à nouveau le groupe folklorique à nouveau avec les danseuses, et à nouveau chais pas pourquoi ils précisent les danseuses)
16.03 – 16.25 turnaj rytířů o čest a srdce žen (encore un tournoi de preux chevaliers, cette fois pour l'honneur et le coeur des dames. Menteurs, chuis sûr que c'est pour un autre motif)
18.03 – 18.25 potyčka dvou pánů (échauffourée entre 2 sieurs, encore du combat de cirque)

Donc voir ça, j'y suis pas allé, parce qu'honnêtement, même si c'est bien fait, genre voir des couillons déguisés faire semblant de se battre, que ce soit en l'honneur du pont ou pour les faveurs d'une gonzesse (pour ses belles fesses), c'est pas vraiment mon truc. C'est comme les films de kung-fu ou les tournois de catch, l'érection ne vient pas. Ceci dit, et je le précise pour les amateurs, c'est généralement bien fait, les costumes comme les armures sont propres, enfin bien faits, et les gaillards s'impliquent dans leurs sketches. Ca plait beaucoup aux enfants.

Et le lundi 9 juillet, donc l'apothéose des courtes festivités:
00.00 h zahájení „hodiny duchů“, v níž ožívají pražské legendy – příjezd kouzelníka Žita povozem taženým kohouty – laserová prohlídka Prahy s komentářem a hudbou – bezhlavý templář projíždí ulicemi Starého Města (début des festivités "l'heure des esprits/fantômes", ressuscitation des légendes de Prague, arrivée du magicien "Žito" en carriole tirée par des coqs, visite laser de Prague!?!? avec commentaires et musique, le templier sans tête [et sans gland, le fameux templier sanglant tant plié s'anglant...] circule dans les rues de la vieille ville, c.f. légende plus loin)
00.20 šerm, tanec, bezhlavý templář (escrime, danse, templier sans tête)
00.40 kejklíři a oheň (saltimbanques et feu!?!? cracheurs de, présume-je?)
01.00 rytířský dřevcový turnaj (chevaliers joutant contre des mannequins [en bois])
01.40 šerm, scéna se šíleným bradýřem (escrime, spectacle théâtral avec le barbier dément, c.f. légende plus loin)
02.00 tanec, scéna se železným rytířem z Platnéřské ulice (danse, spectacle théâtral avec l'homme de fer de la rue "Platnéřská", c.f. légende plus loin)
02.20 šerm (escrime)
02.40 kejklíři, scéna s lazebnicí Zuzanou (saltimbanquerie, spectacle théâtral avec la barbière Suzanne, c.f. légende plus loin)
03.00 rytířský dřevcový turnaj před kostelem sv. Salvatora (chevaliers joutant contre des mannequins [en bois] devant l'église St Salvator)
03.20 tanec, scéna s legendou kouzelníka Žita (danse, spectacle théâtral avec la légende du magicien "Žito", c.f. légende plus loin)
04.00 šerm, scéna kříže ze špitálu křižovníků (escrime, spectacle théâtral du crucifix de l'hôpital des croisés, c.f. légende plus loin)
04.20 tanec (danse)
04.40 šerm (escrime)
05.00 společná scéna postav (spectacle théâtral commun avec les personnages précédents)
05.25 příjezd průvodu gotického vozu z mostu – kardinál Miloslav Vlk – uvítání primátorem Pavlem Bémem – uvítání velmistrem křižovníků s červenou hvězdou Jiřím Kopejskem (arrivée du cortège de la calèche gothique [cardinal "Miloslav Vlk"], accueil par le maire des maires "Pavel Bém", accueil par le grand maître de l'ordre hospitalier des croisés à l'étoile rouge "Jiří Kopejsko")
05.31 požehnání základního kamene mostu kardinálem a primátorem (bénédiction de la première pierre du pont par le cardinal et le maire des maires)
06.00 ranní mše za Karlův most v kostele sv. Františka z Assisi (messe matinale en l'honneur du pont dans l'église St François d'Assise)
07.00 ukončení akce (fin des festivités)

Dans le programme, enfin au début, quand on avait parlé des quelques 11 millions de couronnes pour la méga-grande chouille, il était question de re-bénir la première pierre du pont (à 5:31 du matin) en présence de notre président eurosceptique "Václav Klaus 1er" en personne. Et jusqu'à la veille, des programmes officiels annonçaient sa venue. Il n'en fut rien. Fut-ce dû à la coupure budgétaire de la fête, à l'heure matinale, au temps incertain d'ailleurs pluvieux à 5:31, au manque de toilette appropriée?
Allez savoir. Du reste ni le cardinal "Miloslav Vlk" n'a jugé bon de faire acte de présence alors qu'il était prévu dans le programme, déguisé en Gnafron pour donner la réplique à Guignol. Tant pis pour eux, que voulez-vous, hein, c'est regrettable mais ils devaient sans doute avoir de bonnes raisons pour ne pas viendre.

Bref, en ce qui me concernait, j'y fus donc allé comme le bon roi Charles IV 650 ans auparavant, et à 4h du matin j'étais sur le pont, mon appareil en main. C'était cool, l'y avait pas trop de monde, mais on sentait bien qu'il se passait quelque chose d'inhabituel, que les gens étaient agités.
Je me dirigeais de "Kampa" vers la vieille ville, et rencontrais des personnages déguisés, des saltimbanques qui jouaient de la musique, des acteurs sous chaque statue qui représentaient les personnages sculptés et qui racontaient leur vie (de personnage), parfois celle du sculpteur. Là, c'était plutôt vite vu, parce qu'une fois que vous avez écouté la présentation de "Matyáš Bernard Braun", des "Brokoff" père et fils ("Jan" et "Ferdinand Maxmilián"), puis des frères "Max ze Sloupu" ("Josef " l'ainé et "Emanuel"), vous avez fait le tour des 5 sculpteurs ayant sculpté 85% des statues du pont. Mais j'écoutais quand même, c'était mignon. Les acteurs avaient l'air de jeunes étudiants en quête d'argent de poche, et surtout les petites se donnaient pleinement dans leurs rôles,
tout en mimant les postures sculptées, prenant la pose en prière ou en contemplation des Stes Marie, Barbara, "Ludmila" et autres Stes Anne. Mignon, on ne pouvait que les écouter et les supporter du regard, le sourire en coin. Pis soudain, des hommes d'armes ouvrirent le chemin à une troupe de cavaliers en armure et en direction de "Malá Strana". "Oups, pousse-toi vite!" me dis-je, "c'est con un cheval. De là à ce qu'il te mette un coup-de-pied..." Je repris ma déambulation sur le pont, tout en rigolant de voir St Gaétan mimer péniblement son personnage, parce qu'essayant d'éviter de mettre ses pieds dans le monticule merdeux encore fumant et tout juste laissé devant lui par un des stupides solipèdes. "Ráda bych Vám představila toto sousoší..." racontait Ste Elisabeth tandis que j'entendais à côté de moi des
"what does she say?", des "was sagt sie?" et autres "che cosa dice?" Ben ouais, dommage, les p'tits jeunes ne parlaient qu'en Tchèque.

En arrivant vers la place "Křižovnickému náměstí", la foule devenait de plus en plus compacte. Ben tiens, dis-donc, un podium avec des saltimbanques qui crachent du feu et pètent de la fumée, l'un d'eux fait du monocycle (sûrement d'époque), des autres jouent de la musique moyenâgeuse mal accordée, un boulanger véritable qui faignante sans rien faire, un forgeron qui forge des zizi-pan-pan sans intérêt, des stands à couillonneries modernes et inutiles, ouah dis-donc, même une délicieuse petite recroquevillée dans le panier de mise à disposition d'à la vindicte populaire des commerçants malhonnêtes et des brasseurs frauduleux, la pauvre chérie.
Et sous la tour, le veilleur et diseur d'heure qu'il est, avec son chapeau rigolo en forme de coq. Parce qu'avant, fallait faire gaffe la nuit au feu, aux bêtes et aux méchants, et comme les gens n'avaient pas de montre, le veilleur disait l'heure une fois par heure parce que lui, il en avait une (de montre). Mais les gens s'en foutaient, parce que généralement ils dormaient, aux heureux que le diseur d'heure disait l'heure qu'il est. Et comme en journée c'est le veilleur qui dormait, ben personne ne savait l'heure qu'il est au moment où ils en avaient besoin. Vraiment le moyen-âge. Pis derrière dis-donc, la rue "Křižovnická" transformée en lice avec du sable sur les pavés, juste en face de l'église "Svatý Salvátor v Klementinu", là où chaque jour se croisent les trams, les voitures et les milliers de touristes allant du pont vers la place de la vieille ville et réciproquement.
Dingue, dommage que j'ai loupé ça. "Ca valait le coup?" demandais-je à un gaillard tapissé d'appareils photos, semblant visiblement appartenir à la classe privilégiée de la presse officielle, et qui aurait pu avoir l'idée bonnarde de couvrir l'exceptionnel événement depuis le début, dès minuit. "Rien du tout, on ne voyait rien du tout, ni du tournoi, ni de l'assaut des Suédois, ni de la défense Tchèque sous la tour (qui est une porte), on ne voyait rien. Vraiment mal organisé ce foin!" Cool, ben j'ai rien loupé... enfin cool, dommage pour ceux qui étaient là. Du coup je m'en retournais vers "Malá Strana", me disant que j'allais voir de l'autre côté ce qui se passe, et surtout choper le lever du soleil qui, comme le coucher, est quelque chose d'exceptionnel vu du pont Charles.
Et tandis que je marchais prudemment, les pavés devant moi regardant, pour ne pas finir comme St Gaétan, les 2 pieds dedans, il me semblait que la foule s'appauvrissait, sûrement. "Tiens, c'est marrant, on dirait même qu'il y a plus d'acteurs en costume que de spectateurs". Certaines statues ne racontaient plus rien par manque d'auditeur, celles qui avaient la chance d'être en duo (ou plus) papotaient entres-elles, tandis que les solos regardaient dans le vague. Les services de voiries ramassaient les poubelles débordant du bordel laissé par les milliers de touristes... "Dis-donc, ça fait fin de bal cette histoire, genre tiré de rideau. Qu'est-ce que c'est que cette embrouille, l'est seulement 4:30?"
Entre-temps le soleil commençait à se lever, et c'était beau, splendide. Le ciel était chargé de nuages menaçants, et le soleil colorait l'horizon d'un rouge pourpre intense, comme si "Na Františku" était en feu. Splendide, certes, mais cela n'augurait rien de bon en terme de prévision météo pour les heures à venir (je comprends que le "Klaus" ait fait l'impasse sur ce coup).

Je passais la rue "U lužického semináře", et j'arrivais doucettement vers les tours du côté de "Malá Strana". "Ah ben tiens, de nouveaux des gaillards déguisés en hommes de fer, guenillés d'armures lourdes.
Ah pis tiens, y en a même des sans armure, mais avec des hallebardes aussi. N'ont pas eu le temps de tricoter leur déguisement ou quoi? Ah pis tiens dis-donc, derrière ce cordon d'hommes en armes il y a la cavalerie, lourde aussi, avec des canassons drapés de rideaux bariolés, parfois souillés marron au niveau de la croupe. Pis même une carriole qu'il y a, trop fort, moi aussi je veux faire de la carriole sur le pont Charles."
Hop, quelques photos, et soudain le lourd cortège se mit en route, avec les gardes à pieds ouvrant la voie de leurs pertuisanes, suivis de la carriole, suivie des cavaliers. Pour sûr que ça avait de la gueule, genre Jeanne D'Arc de Luc Besson s'en allant au marché (mais sans la séduisante Milla Jovovich). J'accompagnais le cortège en direction de la vieille ville, me disant que s'ils y vont, il devrait bien se passer quelque chose là-bas.
L'on passa à nouveau devant les statues, le malchanceux Gaétan, et soudain le cortège s'arrêta au niveau du calvaire, qui soit-dit en passant, fut restauré du vandalisme quelques jours auparavant, sans doute pour l'occasion (des 650 ans). "Ah bon? Ca n'avance plus? Bon... ben on va bien voir..." Pis comme il ne se passait vraiment rien, mais rien de rien pendant de longues minutes, je me dis que j'allais aller mettre un oeil sur le spectacle des turlupins à "Křižovnickému náměstí". Fini, c'était vraiment fini. Bon, tant pis. Et tandis que je m'en retournais sur le pont, les lanciers ouvrirent la route à la carriole qui s'arrêta sous la tour (qui est une porte).
En sortirent 2 bougres dont l'un m'était familier, enfin connu: "Pavel Bém", le maire des maires de Prague. "Ouah dis-donc, faut que je m'approche, faut que je fasse des photos pour mon blog, super dis-donc..." Sûr, j'aurais préféré Chloé Vévrier ou "Veronika Zemanová" bien que ce ne soit pas le même registre culturel non plus... ceci dit, ils avaient bien invité l'empereur "Václav Klaus 1er", alors pourquoi pas Chloé ou "Veronika", ça se trouve qu'elles, au moins, seraient venues?
Je m'approchais du podium pour prendre des clichés, alors que les photographes murmuraient le nom du grand maître de l'Ordre hospitalier des croisés à l'étoile rouge "Jiří Kopejsko". "Ah bon, c'est lui le monsieur avec le chapeau rigolo sur la tête?" Et tandis que je m'avançais au plus près du podium parmi la foule de journalistes, un des couillons déguisés, sa hallebarde en travers du chemin, me demanda: "máte akreditaci?" (z'avez une accréditation?) "Quoi?" me dis-je, "mais c'est pas vrai, ça ne va tout de même pas recommencer ce cirque avec les interdictions de photographier, j'le crois pas, enfin quoi, c'est un sport national d'être con ici ou quoi? Pis pourquoi moi, les autres, il ne leur demande rien aux autres!"
Et sans me dégonfler, je lui répondis (mais surtout pas en Tchèque pour éviter le dialogue laborieux qui mène aux explications confuses puis au refus catégorique): "Yes, of course I have an accreditation... press card... French journalist..." et je fis semblant de chercher dans mes nombreuses fouilles un document que je n'avais évidemment pas. "Ok" fit l'artoupan d'un ton bilieux, levant sa hallebarde en position verticale et me laissant passer, se sentant sans doute plus pressé par la foule derrière moi, que convaincu par ma sincérité. Du coup j'ai pu entendre de près le discours de bénissement prononcé sous la pluie par le maire, alors qu'un habile teneur d'une paire de pébroques essayait de couvrir simultanément les têtes du maire des maires et du grand maître, tout en arrosant les épaules de l'un avec le ruissellement du pépin de l'autre.
J'ai pu entendre un quidam de la foule, sans doute agacé par le discours langue de bois, crier "n'oubliez pas l'heure" (il était plus de 5:31), j'ai pu voir de près les 2 zigues tapoter du marteau sur une pierre provenant du pont (la première pierre officielle est dans les fondations, alors forcément), j'ai pu aussi entendre les cloches de la vieille ville se mettre en branle comme des furieuses, couvertes cependant par le barouf intense de la fameuse cloche "Zikmund" en notre cathédrale, mais ça, tout le monde l'a entendu.

La pluie cessa avec les cloches et la bafouille du maire en chef, lequel se mit en tête de répondre aux questions des journaleux présents. Et comme j'étais à quelques centimètres de lui, à distance de trompe pour lui filer sa cacahuète, que j'étais parmi les rubricards d'actualité, totalement intégré à la masse journaleuse, je me mis à préparer quelques questions pertinentes dans ma caboche retorse de provocateur facétieux, des fois que mon tour viendrait pour les questions. "Mr le maire, pouvez-vous nous dire s'il y a une relation entre l'importante coupure budgétaire pratiquée dans l'organisation de cette fête, et votre récente ascension du mont Everest? Et si oui, combien?" Ah ouais, c'est fort ça. Bien provoque comme il faut. Bon, mais si jamais il n'aime pas celle-là?
Ah si tiens, encore une: "Mr le maire, n'avez-vous pas l'impression qu'en participant à ces célébrités vous apportez de l'eau au moulin, ou sous le pont, de Mr Jiří Paroubek (ancien premier ministre socialo, opposition) qui affirmait récemment que votre seule fonction consistait à couper des rubans et faire bonne figure? Et si oui, combien?" Ah ouais, alors ça aussi c'est bien. Sans dec, vraiment fort et proprement provoque, j'adore. Pis tiens, allez, une dernière pour que si jamais il n'aime pas mes 2 précédentes: "Mr le maire, vous affirmez que votre participation personnelle à l'ascension du mont Everest s'élève à 200.000 CzK (7.150 €, et ouais, seulement) tandis que vous estimez le coût total de l'expédition à quelques 1,7 millions (60.700 €, et ouais, quand même).
Pouvez-vous nous dire si la différence n'aurait pas été sponsorisée par la société qui obtint récemment le marché de la réparation du pont Charles, malgré que son devis fût nettement plus élevé que celui de 2 de ses concurrents? Et si oui, combien?"
Ouah, c'est excellent comme question ça. Sans dec, alors si avec une telle provoque je ne prends pas le coup de poing en or dans l'oeil, je ne sais plus. C'est fort ça Strogoff, sans dec, tu pourrais faire journaliste. Malheureusement mon tour ne vint pas. Ben non, parce que les autres imbéciles professionnels criaient plus fort que moi, parce qu'à l'évidence Mr le maire appréhendait mon air narquois et se tournait systématiquement vers les visages connus de la profession, vers ceux qui allaient lui poser des questions à la con et sans risque, du style "et vous êtes venus avec votre papa ou votre maman?"

L'heure de la messe en l'église St François d'Assise approchait, mais n'ayant pas spécialement d'affinité avec la priante, n'ayant pas été invité de surcroit, et devant encore me rendre au burlingue afin d'entamer ma journée de travail, je repris ma route sur ce fameux pont en direction de "Kampa", heureux d'avoir assisté en partie à l'évènement, mais frustré de na pas l'avoir vécu en entier. Le soleil rasant perçait les lourds nuages et peinturlurait les maisons d'une lumière intense et inhabituelle (c'est fantastique la lumière naturelle rasante, ça fait de ces effets, j'vous dis pas). J'en profitai pour faire quelques clichés, et m'en rentrai paisiblement à la maison. Le soir même je me précipitai sur la presse électronique afin de renifler l'impression des professionnels, mais également et surtout, en espérant narcissiquement trouver une photo de moi en arrière plan du maire des maires "Pavel Bém".
Keud, nada, macache et peau de zébie, pas une seule photo de ma hure dans les scribouilles en ligne. Déçu que j'étais, vachement. Mais lorsque quelques jours plus tard, un pote m'annonça exalté qu'il m'avait vu au journal télévisé du soir sur la première chaîne nationale, alors un regain de fierté m'envahit, et lui répondis triomphalement "et ouais, j'y étais!".

Légendes

Alors comme je vous le disais auparavant ci-dessus, il est plein de légendes liées au pont, ou tout simplement à Prague.
Alors pour pas que vous vous sentiez perdus lorsque vous en entendrez parler, je vous fais rapidement un brief sur les principales. La première concerne la date de la pose de la première pierre du pont. L'on prétend, que le moment de la pose de cette pierre n'aurait pas été le fruit du hasard. Selon la légende, le moment exact (à la seconde près) aurait été déterminé par les charlatans du roi (astrologues, numérologues, cartomanciens, chiromanciens, sorciers, devins, prophètes, mages, voyants, mediums, illuminés...), à savoir en 1357 (année), le 9/07 (jour-mois) à 5:31 (heure précise) pour former la suite (palindromique) de chiffres impairs 1-3-5-7-9-7-5-3-1. Cool, ça plaît aux enfants et aux crédules, mais c'est loin de la vérité. D'abord parce que l'on n'a aucun écrit détaillé à ce propos, juste un document d'archive d'époque relatant la pose de la première pierre d'un pont (en pierre) traversant la "Vltava" en date du 9 juillet.
Mais on ne connait même pas l'année exacte (non mentionnée), qui fut extrapolée selon la plus forte probabilité par des experts en dates, bien après la construction du pont. Sans compter qu'entre temps, le pape Grégoire XIII avait compliqué la sauce... bref... le 9 juillet c'est sûr, mais l'année?! Alors de là à vous dire l'heure exacte, le contenu du discours inaugural, et la couleur du chapeau de la reine d'Angleterre...

La légende du barbier dément remonte à l'époque de l'excentrique roi Rudolf II. En cette époque, l'alchimie faisait rêver, fantasmer, et délirer les gens, parfois jusqu'à la folie totale. Ainsi un jour, un gen, barbier de son état, se lança dans l'aventure alchimique avec la fougue et l'excitation d'un chercheur d'or les pieds dans le Klondike.
Mais sans expérience, sans connaissance du métier, et avec les coûts des matières premières les plus inconcevables, le pauvre gars courut rapidement à la ruine. Après avoir vendu son commerce, ses meubles, jusqu'à ses vêtements pour n'acheter que des dettes, notre bougre devint fou. On le vit ainsi courir dans la rue, les yeux exorbités et la bave aux lèvres, pour se ruer furieux sur les gens, son rasoir dans une main et son blaireau dans l'autre, afin de pratiquer sur les malheureux son métier premier. Mais dans son état d'insanité, le corps convulsé par la folie et la main tremblante comme un Jean Paul II à la fenêtre du Vatican, chaque potentiel rasé devint un défunt assurée, aussi l'on dû rapidement se résoudre à l'abattre. Mais encore aujourd'hui, on peut rencontrer son spectre rôdant dans les recoins des ruelles sombres aux alentours de la rue "Karlova". Il implore les personnes de se laisser raser,
car ce n'est qu'après avoir rasé proprement suffisamment de volontaires, que son âme damnée trouvera la paix. Toutefois, compte tenu de son approche épouvantable (c.f. certains serveurs de restaurants) et de son physique effrayant (c.f. certaines caissières de magasins), il serait loin du compte pour songer à la paix de son esprit.

L'homme de fer, parfois appelé le chevalier de fer. Il était une fois la rue "Platnéřská" (de "plát", tôle) où l'on fabriquait les armures en tôle qui donnèrent donc son nom à la rue. Elle existe toujours, la rue, au même emplacement qu'auparavant, mais plus la fameuse statue de l'homme de fer à laquelle se rapporte la légende, et qui en son temps faisait figure d'enseigne.
Enfin si, pardon, la statue existe toujours, mais plus là où qu'elle était, elle est aujourd'hui remisée au musée de la ville de Prague ("na Florenci"). Il était ensuite une fois le roi Jean de Luxembourg qui s'en revenait de guerre, et comme à chaque retour de guerre, arrivait en ville une flopée d'olibrius interlopes provenant d'horizons divers et variés: mercenaires, condottieres, nervis, reîtres, soudards, sicaires, spadassins, uhlans, sbires, brefs... des aventuriers stipendiés de fréquentation peu recommandable. Il était une fois encore, parmi ces énergumènes, un chevalier à l'armure noire fort impressionnante, qui se trimbalait tout le temps dans son armure noire fort impressionnante dans les rues de Prague, jusqu'au jour où les bretelles finirent par lâcher sous le poids de la tôle, l'acide de la transpiration et l'effet du soleil brûlant.
"Oh fuck alors, was ist den loss?" fragt sie ihn (aventurier multilingue). Aussitôt il se rendit chez un concessionnaire dans la rue "Platnéřská" pour faire réparer son bataclan. C'est alors qu'il tomba nez à nez avec la fille de l'armurier, haubergier, forgeron, ferronnier, tôlier... enfin le gars qui fabriquait les armures à l'époque du roi Jean. Elle était splendide (sa fille), l'amour fut soudain, et il devint fou (amoureux). Mais la belle refusa ses avances. Alors jaloux, offensé et vexé, il trucida la donzelle. Cependant avant de rendre son dernier souffle, la pauvrette eut le temps, la force et le courage de maudire l'infâme. Celui-ci trépassa peu de temps après son crime, de chagrin dit-on, mais de maudissement aussi sans doute. Il fut transformé en statue de pierre, juste devant la maison. Son âme fut condamnée à errer dans les rues de la ville jusqu'à ce qu'une jeune fille pure et vierge vienne le délivrer de la malédiction, avec une chance tous les 100 ans seulement.
Parenthèse. Z'avez remarqué que ce genre de tâche (débarras de sortilège) n'incombe jamais à une grosse poufiasse poilue du mollet jusqu'au nombril, suant du d'sous de bras et de l'entre-fesse flasque? Ou tout simplement à "quelqu'un"? Non, faut que ce soit une fille, belle, jeune, généralement vierge... et si possible trilingue de la langue, élevée au bac + 5 ou équivalent, avec option "blonde" et "nichue". Fin de parenthèse. Bon, et donc après plusieurs centaines d'années de pas d'bol, déménagèrent en la demeure une veuve et sa fille, belle, jeune, généralement vierge... Aussi la veille du jour qu'il fallait que ce soit, c'est à dire un nombre entier d'années entre l'année de la date du jour d'aujourd'hui qu'on se parle moins l'année de l'assassina, divisé par 100, le tout moins 1 jour, donc la veille du jour anniversaire, le chevalier (enfin son fantôme) apparut à la donzelle et lui dit: "Attends petite, n'ai pas peur, chuis un gentil, j'ai juste besoin d'un serre-vis... service. T'as fait quoi comme zétudes?"
Et la petite répondant enfin aux critères requis, l'on put passer à la suite de l'entretien. "Donc ok, hein, t'en parles à personne, ni à ta mère, et demain, rendez-vous ici, au même endroit. Et surtout tu n'déconnes pas, t'es là à l'heure pétante, sinon tu me fiches dans la merde pour les cents prochaines années, voire peut-être même plus." Ben ouais mais bon, hein, la pauvre chérie fut prise de panique (vierge, pas-nique, facile Strogoff :-) et malgré sa virginité, son trilinguisme et son élevage au bakeplussecinque, elle n'avait pas d'expérience de la confidentialité (ni des fantômes d'ailleurs). Aussi après quelques minutes, elle courut tremblante dans les bras de sa maman éventer la mèche du pauv' gars, la poucave. Evidemment, vous aurez vite compris qu'avec les récentes affaires du trou... Dutroux, la merluche refusa catégoriquement d'engager sa rosière dans une aventure aussi chaudarde. Mais surtout, la vieille carne lubrique avait une autre idée en tête. Ben tiens, depuis le décès de son bouille-marmite,
l'avait pas croisé le loup dans ses fourrés depuis déluge, aussi se dit-elle qu'elle irait à la place de sa mouflette, et pour peu que le bougre fantômesque soit séduisant, qu'après un tel service rendu, donnant-donnant échange gagnant... "Tiens ma chérie, voilà 10 sous. File au cinéma pour la soirée, sors au Rétro après, et ne rentre pas avant l'aube du matin... oui, sur la mobylette de Régis si tu veux" dit-elle en poussant la petite vers la porte. A l'heure dite, enfin à l'heure prévue par le maléfice maudit, le fantôme apparut, mais lorsqu'il aperçut l'antique poêlon velu du mollet jusqu'au nombril, suant du d'sous de bras et de l'entre-fesse flasque, il n'eut pas le temps de rien, et hop, fschuiii, s'évapora dans l'air comme un pet beurré sur un moule à tarte, pour reprendre sa place, pétrifié devant la maison. Pis il y eu l'assainissement du quartier juif (fin XIX ème siècle), la démolition de la maison dite "u oděnce", et le déménagement de la fameuse statue dans le susdit musée. A l'emplacement, se trouve aujourd'hui la nouvelle mairie
("Nová radnice, Mariánské nám.") et à l'angle de la place d'avec la rue "Platnéřská", se trouve la statue d'un autre homme de fer, en mémoire du précédent, oeuvre du grand "Ladislav Šaloun".

Et tiens, pour l'anecdote, un certain "František Ringhoffer" (1er), chaudronnier on croit... hongrois de son état, arriva à Prague en 1769. En 1771, il installa au numéro 102 de cette même rue "Platnéřská", une insignifiante fabrique d'armurerie, ferblanterie, tôlerie en tout genre. Son fils, "Josef Ringhoffer" continua le métier dans cet atelier, et se spécialisa dans la fabrication d'ustensiles pour distilleries et sucreries. Puis lors de la révolution industrielle, "František Ringhoffer" (second) se spécialisa dans le rail, et en 1852 déménagea la fabrique familiale à
"Smíchov" par manque de place pour construire ses wagons. Sous "František Ringhoffer" (troisième), l'usine prit de plus en plus d'importance, et fabriquait en plus des wagons, du matériel pour les brasseries, distilleries, sucreries, glacières mais aussi des tramways, pour devenir l'une des plus grosses industries de l'empire Austro-hongrois. En 1911 furent émises des actions (sous "František Ringhoffer" quatrième), la société crût, et absorba bon nombre de concurrents pour devenir à l'aube de la seconde guerre mondiale "Ringhoffer-Tatra" (plus mieux t'as pas). Mais la famille filera le mauvais coton en militant dans le NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei) durant le conflit. En 1945 la société fut nationalisée et devint tout simplement "Tatra" (tatra pas, zatizecouestion). En 1963 l'usine de "Smíchov" ne fabriqua plus que des trams sous le sigle "ČKD" pour la totalité du bloc de l'Est, trams que vous pouvez encore voir à Prague,
mais aussi dans la plupart des villes (qui ont un tram) de l'ex bloc de l'Est. La société fut rachetée en 2002 par le géant Siemens, et l'usine "Smíchov" fut démolie fin des années 1990 pour y construire une immonde galerie marchande ("Nový Smíchov"). Le fronton de l'usine a été conservé, et est toujours visible dans la galerie où qu'on ne peut pas faire de photos dedans (tas d'glands).

Dis-donc, j'ai fait long sur ce coup, bon, alors je vais raccourcir la légende suivante qui de toute façon est totalement sans intérêt. Lorsque le roi "Václav IV" s'en querellait ardu avec la noblesse bohémienne pour diverses raisons (lisez ses mémoires), lorsqu'il fut plusieurs fois emprisonné dans divers castels du pays (et même à Vienne, Autriche) par ces mêmes révoltés séditieux qui s'allièrent avec son fumier de frère "Zikmund", roi de Hongrie, lorsqu'il fut plusieurs fois libéré par ses fidèles mais rattrapé et emprisonné dans la prison de la tour de la mairie de la vieille ville de Prague, ben un jour de 1394,
il alla se baigner dans la rivière sur le bord de laquelle il aperçu près d'une barque la barbière Suzanne ("lazebnice Zuzana") à qui il demanda de le conduire sur l'autre rive du fleuve pour s'enfuir (à nouveau) ce qu'elle fit, et il s'enfuit. Donc c'est totalement inepte et sans intérêt comme légende, d'abord parce que comment aurait-il fait, le roi, pour aller se baigner alors qu'il était emprisonné dans la tour, ensuite la seule barbière connue en ce temps se nommait "Eliška" et pas "Zuzana", elle n'était d'ailleurs même pas barbière mais administratrice des termes "v Podskalí", et pour finir "Václav IV" était une tata fiotte chevalière de la jaquette molle famille tuyau de poêle et coquine en sucre... un homosexuel, et n'aurait donc jamais demandé un service à une donzelle.

Le magicien "Žito" est une espèce de farce moyenâgeuse, genre le gars qui savait faire des trucs totalement déments, entre magie, sorcellerie, diablerie, et généralement aux dépends de vilains, du peuple malaimés. Il était connu pour se promener en carriole tirée par un trio de coqs noirs, et ça faisait marrer la population. En fait il avait un rôle de bouffon royal, accessoirement de confident du roi "Václav IV", et ces 2 oiseaux là avaient coutume d'aller boire de bons coups de vinasse "U Modré štiky", à l'angle des rues "Liliová" et "Karlova" (numéro 180). Je vous passe les détails des entourloupes où, par exemple, il transforma des bottes de foin en gras pourceaux qu'il revendit à prix d'or à l'avare boulanger Michel, et qui se retransformèrent en bottes de foin une fois l'argent perçu. Ou encore la fois où il ouvrit un large bec, et avala un saltimbanque bavarois avant de le recracher dans une bassine pleine d'eau.
Du bon burlesque moyenâgeux et surréaliste à la Jérôme Bosh. Ceci dit, le magicien "Žito" n'avait pas vraiment pas de mérite, car il avait vendu son âme au diable en échange de ses pouvoirs, alors dans ces conditions, n'importe qui peut faire des tours pareils. Facile, ouah l'aut' (lecture: "Žito kouzelník, Staré pověsti české, Alois Jirásek")

La légende de la croix dans le couvent des croisés à l'étoile rouge est assez effrayante, et semble avoir été reprise par nombre d'écrivains de polards, réalisateurs de film d'horreur et autres fouteurs de frousse dans le dos la nuit.
En fait près du pont, juste à côté de l'église St François d'Assise, se trouve le couvent des croisés à l'étoile rouge d'en dessous de la croix de Malte brodées sur la gauche d'une pèlerine noire en fibre naturelle de plant d'anus et fleur de diarrhée (une bien belle étoffe). Et dans le couloir de ce couvent, il y un grand crucifix, grandeur nature, avec un Jésus crucifié. Son visage arbore une telle douleur, une telle souffrance, d'une telle authenticité, que le spectateur est immédiatement saisi d'effroi, de terreur chairedepoulesque et de sueur froide dans le dos. A côté de ça, la passion du Christ par Mel Gibson, c'est de la confiture d'abricot sur galette au beurre pour innocent p'tit chaperon rouge. La légende raconte qu'il était une fois à Prague, un pauvre sculpteur sur bois, doté d'un talent sans équivalent, mais pourvu d'un caractère de cochon basque, intransigeant, et totalement hermétique à toute remarque ou suggestion.
Evidemment, dans ces conditions, les clients ne se précipitaient pas pour passer commande, et le talentueux fat vivait dans la précarité de la misère. Un jour frappa à sa porte un membre des croisés à l'étoile rouge qui lui tint à peu près ce langage: "eh bonjours gars, nous eûmes ouï de ton talent, et avons grand besoin d'un sculpteur talentueux. Il est en notre couvent travail velu comme sur clocher d'église, et sommes à même de t'employer longuement si tu confirmes ton talent. Aujourd'hui je viens te passer commande d'un crucifix, normal, en croix, avec un Jésus collé... cloué dessus. C'est pour voir, genre pour mettre ton talent à l'épreuve, et si tu réussis talentueusement cette première mission, alors ton avenir sera assuré." L'occasion de sa vie venait de se présenter, et fallait faire vachement gaffe à ne surtout pas merdoyer cette commande parce que sinon, c'en était vraiment fini de lui, de sa notoriété de talentueux. Le gars se mit immédiatement au boulot, mais avant tout, il lui fallait un modèle.
Un vrai modèle de bon Jésus à l'image duquel il réaliserait son oeuvre. Il se mit alors à chercher un pauvre diable, barbu, maigre, une serviette autour de la taille, une couronne d'épines sur la tête, et si possible les mains et les pieds sanguinolents. Mais il n'en trouva pas, eh non, et pourtant il chercha, consciencieusement. Pis un jour, au détour du derrière d'une poubelle de chez lui, il aperçu un mendigot maigrelet, crasseux, chétif, et souffreteux. Les nombreuses années de sa misérable déchéance avaient immuablement buriné en profondeur les traits de son pâle visage, attestant manifestement de sa pitoyable détresse. Et pourtant, derrière ce faciès ridé rebutant, dans le fond de ses petits yeux tristes de basset artésien seul au monde sans maman et sans doudou, l'on pouvait lire comme une larme de grandeur d'âme, une once de bonté humaine, un brin de douceur et d'innocence mêlées à une naïveté virginale. "Alléluia" s'écria notre sculpteur.
Il s'accorda avec le pauvre bougre, et se mit aussitôt au travail. Pendant plusieurs heures, l'artiste attachait son modèle à une croix, lui octroyant les pauses syndicales qui vont bien, puis il burinait, ciselait, façonnait et taillait son oeuvre, des jours durant, exacerbant les anomalies du corps tourmenté par le dénuement, les saisons, la maladie et la malnutrition. Mais lorsqu'il passa au visage, quelque chose ne collait plus, quelque chose chiffonnait notre artiste qui ne voyait plus dans le mendigot le génial modèle du début. Et pour cause, le bon manchard était heureux. Eh oui, il n'avait plus froid, il n'avait plus faim, son temps était occupé à faire le bon Jésus, tout allait bien et sa bonne bouille trahissait ce bonheur nouveau. Notre sculpteur voyait déjà son chef-d'oeuvre inachevé, mal fichu, enfin pas du tout comme il se l'était représenté à l'origine. Alors il demanda à la cloche de faire le malheureux, puis il le sollicita, le pria à genoux, le supplia les mains jointes, l'adjura sur la tête de son fumier de voisin, mais rien n'y fit, le faux bon Jésus était incapable de simuler son pitoyable mufle d'avant.
Alors le sculpteur s'échauffa, ses yeux s'injectèrent de sang et sortirent de leurs orbites, ses dents poussèrent subitement, et sa langue devint fourchue (on aurait presque dit ma belle-mère). Il resserra les liens du bienheureux, fermement, le menaçant de le laisser ainsi jusqu'à ce qu'il fasse le malheureux comme il faut. Mais rien n'y fit. Au bout de quelques heures, la douleur commença à faire souffrir le miséreux. Il se mit à geindre, à se plaindre, et le sculpteur jubilait devant ce visage peu à peu authentique. Puis le ficelé cria, appela à l'aide, hurla. Alors le sculpteur attrapa un tranchelard et lui sectionna la langue. Et soudain, l'expression tant recherchée se dessina sur le visage atterré du pauvre, mais ce n'était pas suffisant. Alors le furieux lui arracha un doigt avec ses dents. L'expression du visage devin hallucinée, paniquée par la douleur et épouvantée par l'impuissance. Le sculpteur hystérique exultait, il travaillait sa matière et son modèle avec les mêmes outils, un coup de ci, un coup de là. Il burinait la chair comme le bois, il coupait les os comme les noeuds, il taillait le muscle comme l'écorce,
il amputait, il biseautait, il décharnait, il incisait, il mutilait, râpait, sectionnait, ébarbait... une horreur Thérèse. A la douleur épouvantable de l'un se mêlait la jouissance créatrice de l'autre. Le plancher était jonché d'une macédoine de viande et de copeaux liée par une épaisse sauce pourpre au sang et à la sueur. La frénésie surréelle prit fin après plusieurs heures, et les deux carcasses s'affalèrent au sol. L'une sous le poids de l'exténuation, l'autre sous celui du trépas. L'artiste psychopathe revint à lui 2 jours plus tard au milieu d'un foutoir indescriptible, réveillé par les exhalaisons du miasme putride et du remugle de la mort. Conscient et lucide, il enterra alors le cadavre dans la cave sans autre forme de procès, et couru dévoiler son oeuvre aux commanditaires. Le père supérieur ainsi que les autres témoins du couvent des croisés à l'étoile rouge furent pétrifiés glacés par la sculpture, par le visage du Christ affichant une souffrance si réaliste, presque palpable du bout des doigts. Ils payèrent grassement le talentueux homicide, et lui passèrent immédiatement d'autres commandes.
Mais le comportement de notre bougre changea soudain. L'appétit l'avait quitté, il ne dormait plus, n'allait plus. Les voisins le voyaient souvent assis dans la rue sur le pas de sa porte, des heures durant sans rien dire, puis soudainement il se mettait à galoper dans la rue. D'aucuns prétendaient que la raison l'avait quitté, tandis que d'autres affirmaient que l'aliénation l'avait gagné. Au bout de quelques jours, l'on ne sait poussé par quelle force mystérieuse, sinon celle du repentir, il alla se livrer à la maréchaussée et avouer son crime infâme. Il fut jugé, exécuté et rapidement oublié par le commun, mais aucunement par les moniaux du couvent des croisés à l'étoile rouge qui, encore aujourd'hui, peuvent contempler la sculpture monstrueuse.

Et paf tiens, encore, des dizaines de lignes sur une légende même pas des plus connues. Ben ouais, mais fallait bien que je vous en parle comme il faut, sinon c'est pas la peine, genre. Ben du coup, je vais vous faire l'impasse sur le templier sans tête, parce que sinon on est reparti pour plusieurs dizaines de lignes, parce que le templier sans tête c'est long, parce que c'est archi-connu, et parce qu'il lui est arrivé trop plein d'aventures à ce bougre là. Je vous en parlerai une autre fois (lecture: "Pražské legendy, František Langer"). Ah si, encore, j'ai lu dans diverses sources que le templier sans tête irait boire des coups "U Supa", rue "Celetná". C'est faux, et totalement impossible pour ceux qui connaissent la légende, parce que le templier sans tête allait dans la vieille taverne "U Zlatého prstenu" rue "Týnská", où une délicieuse petite lui avait appris à boire la bière dans sa tête coupée sans aller s'en fiche de partout, et ensuite parce qu'il avait horreur des touristes,
et malheureusement "U Supa", à l'instar d'"U Fleků", est devenu un immonde piège à touristes qui ne mérite même pas qu'on le mentionne.

ben voilà

Selon les statistiques officielles, quelques 5000 personnes auraient (en tout) participé à cet évènement, et seulement quelques petites centaines auraient tenu le coup jusqu'au bout (toute la nuit).
Une vingtaine de personnes se seraient fait faire les fouilles par les incontournables pickpockets qui profitaient de l'inattention des spectateurs distraits par quelques 200 figurants (au total). Sur la réussite de cette fête, les avis dans la presse sont partagés. Rien d'extrême, ni dans un sens ni dans l'autre, mais plutôt un bôf général, un bôf-ouais comme un bôf-non. Les principales critiques formulées par la presse et les participants concernaient le son (certains acteurs n'avaient pas de micro, et du coup l'on entendait rien de leurs sketches), la langue (tout était en Tchèque, et pas un mot en Anglais), la visibilité (le tournois en face du Klementinum ou l'assaut des Suédois n'étaient visibles que par les tous premiers rangs), et la médiocre qualité des spectacles (beaucoup ont comparé cela à de la télé-variété à petit budget, par exemple le lion du chevalier "Bruncvík" n'était qu'un chien déguisé en crinière synthétique, alors que des lions 100% véritables, il y en a plein le zoo, et des bons, qui parlent anglais).
Enfin moi j'y fus, j'ai trouvé ça sympa, pas transcendant forcément, mais sympa quand même puisque je vous ai déjà avoué avoir regretté de ne pas avoir assisté à tout, dès le début. Pis aussi c'était une dernière occasion de profiter du pont sans travaux. Et ouais, parce que selon les paroles du maire des maires "Pavel Bém", paroles prononcées à moins d'1/2m des mes esgourdes de lynx, et de ce fait parfaitement ouïes (les paroles), des travaux importants, les plus importants depuis les inondations de 1890 où l'on dut reconstruire plusieurs piliers emportés par les crues, donc des travaux très importants vont commencer vers la fin août et se poursuivre pendant plus de 2 ans. Plus de 2 ans durant lesquels le chantier parcellaire (et principal) se déplacera sur la totalité du pont afin d'en réparer la surface (isolation aux eaux de pluies qui pénètrent dans la pierre et la pourrissent), la balustrade, les statues, etc...
Le pont ne sera pas complètement fermé à la circulation, mais les palissades, bâches, échafaudages... vont sacrement gâcher les photos. Du coup j'vous dis pas la valeur phénoménale que vont prendre mes clichés du pont Charles à l'état naturel :-) Et surtout je parle bien des travaux principaux, sur 2 ans et quelques, parce que la reconstruction totale du pont est prévue, selon certaines sources, pour quelques 13 ans avec un budget de 220 millions de CzK (7,8 millions d'€). Et donc ben voilà. Alors chais pas si une telle fête tout à fait exceptionnelle, dont tous les medias des billions de galaxies se sont faits les échos jusqu'aux frontières inconnues de l'univers en expansion de 75 km par seconde et par mégaparsec avec une incertitude d'environ 10%, se répètera dans les années à venir, mais ce qui est sûr, c'est que ce ne sera pas demain. Tiens, et vous faites quoi dans 50 ans?

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