samedi 17 février 2007

Visiter: Vila Amerika, ou le musée Dvořák

Ce samedi là, il faisait un beau temps printanier, malgré que le mois de février battait son plein. Mais depuis que les Chinois polluent comme des Indous, et que les Américains n'ont toujours pas signé le protocole de Kyoto au motif que leur président Deubeulyou ignore d'où ça se trouve, donc depuis tout ça, faut pas s'étonner que le climat fasse n'importe quoi et en particulier l'inverse de ce qu'il devrait faire.
Bref, on s'en était rendu visiter le musée du grand "Antonín Dvořák", avec la copine Lucia et un Indou qu'elle avait trouvé au bureau d'où qu'il se cachait depuis 5 mois en tant que contracteur (en un seul mot), et que les week-ends il s'ennuyait ferme parce qu'il ne savait pas quoi faire à Prague (c'est totalement incompréhensible pour moi, ne pas savoir quoi faire à Prague, mais lui si). Parenthèse. Oui, je sais que contracteur n'existe pas, c'est un effroyable anglicisme syntaxique issu du mot anglais "contractor" (qui est sous contrat pour réaliser, faire...),
mais l'utilisation de sous-traitant ne me plaît guère de par le sous, minoratif et dévalorisant, et le traitant, insultant, traite ≈ esclavage... Fin de parenthèse. A pied qu'elle voulait s'y rendre cette furieuse là, Lucia, au motif qu'elle n'allait pas acheter un ticket de tram pour 3 stations, qu'il faisait beau, et que la marche c'est bon pour la santé. C'qu'il faut pas entendre comme couillonneries, sans dec! Mais par la suite je n'ai pas regretté, car souffrant d'une infection urinaire, Lucia devait faire des pauses fréquentes,
ce qui me permit de découvrir de nombreuses buvettes dont j'ignorais l'existence en ce coin de Prague, et m'en jetai par la même occasion une mousse dans chacune d'entres-elles afin de ne pas me lyophiliser sous l'action du soleil.

Alors la vila Amerika, aussi appelée "Michnovský (voire Michnův) letohrádek" (pavillon d'été des Michna) se trouve dans Prague 2, rue "Ke Karlovu 20, čp. 462".
Les "Michnové z Vacínova" étaient une noble famille de Bohème restée fidele aux Habsbourg lors de la révolte des Etats. L'abject ancêtre "Pavel Michna z Vacínova" reçut en récompense moult propriétés des mains de cette repoussante canaille de Ferdinand II après la bataille de la montagne blanche, en particulier le fameux palais "Palác Michnů z Vacínova" également appelé "Tyršův dům", dont je vous ai déjà parlé dans le cadre des journées du patrimoine culturel.
Et comme si cela ne suffisait pas, "Pavel Michna z Vacínova" fit également partie de la malfaisante association de nuisibles, composée entres-autres du gredin "Albrecht z Valdštena" et du scélérat "Karel z Liechtenstejna", dont les honteuses magouilles dans la revente des biens confisqués par cet escroc de Ferdinand II, ainsi que dans les malversations liées à la frappe de la monnaie, conduisirent la Bohême dans une terrible crise inflationniste (en 1623) alors que ces crapules malhonnêtes s'en remplissaient incommensurablement les fouilles (fumiers). Je vous en parlerai sans doute un jour, c'est incroyable cette histoire.
Et donc le "Jan Václav Michna z Vacínova", descendant nanti d'une fortune bien male acquise donnera donc son nom au palais (d'été) qu'il fera construire.

Cet édifice fut terminé en 1720 selon les plans du génialissime "Kilián Ignác Dientzenhofer" dont c'est la toute première oeuvre à Prague après son retour de Vienne, où il étudia l'architecture.
On ne peut d'ailleurs ignorer dans cet ouvrage de jeunesse le souffle créatif de son maître viennois "Johann Lucas von Hildebrandt". "Kilián Ignác" sera cependant beaucoup moins monumental, moins imposant, que son professeur. Cette villa à 2 étages et au toit mansardé présente une façade composée d'un avant-corps central discret, délimité obliquement de pilastres blancs. Le fronton d'entrée principal (supraporta) est composé d'un cartouche, d'une tête de lion et d'un pignon saillant avec lucarne ovale.
Les fenêtres du rez-de-chaussée possèdent de massifs voussoirs (à claveaux) supportant directement les moulures de frontons (suprafenestra), tandis que les fenêtres d'étage présentent des frontons à moulures proéminentes renforcées de stucatures d'entrefenêtres à motifs de vases aux extrémités, de bustes au centre. Ainsi la minutie de l'ornement, la décoration extérieure, le maniérisme élégant de cette première villa praguoise de parfum "à la française" déjà en vogue à Vienne préfigurent le courant rococo duquel naîtront des chefs-d'oeuvre comme les palais "Golz-Kinský" ou "Sylva-Taroucca".
Dans la cour se trouvent également des statues de conception "Dientzenhofer" (selon certains, car selon d'autres elles seraient de conception inconnue), mais de réalisation "Matyáš Bernard Braun", un autre génie du baroque option sculpture. Vous pourrez-y voir 2 doubles-statues en pierre (chais pas comment qu'on dit en sculpture, lorsqu'il y a 2 statues en une, en tableau c'est un dyptique, mais en statue chais pas) représentant les 4 saisons (jardin arrière), Bacchus pour l'automne, Déméter pour l'été, Apollon pour l'hiver et Artémis pour le printemps, ainsi que 2 bronzes représentant des satyres (jardin avant) ou des faunes (je les confonds toujours ceux-là).
En 1826, l'on ouvrira un restaurant d'été (en extérieur) nommé "Amerika" orienté vers une clientèle germanique (saucisses-choucroute), et qui donnera ainsi son nom à la villa (Mérika). Les splendides fresques de la grande salle du premier étage sont l'oeuvre du peintre, ingénieur et architecte d'extérieur "Johann Ferdinand Schor" (1686-1767, l'autel principal en l'église Notre Dame de la Victoire, vous savez c'est là que se trouve l'il Santo Bambino Gesù di Praga, le grand parc du palais de "Hořovice"...).
Les scènes représentent (entres autres) Apollon monté sur Pégase (cartouche du centre), l'assassina d'Archimède en plein cours de cercles, Apelles de Cos tirant le portrait au grand Alexandre (le Grand), Orphée apportant par sa musique l'harmonie dans le monde en proie au chaos, et l'Empereur Vespasien admirant la construction des urinoirs du Colisée.

Pis je vais aussi vous dire quelques mots sur le gaillard, puisque déjà on parle de son musée. "Antonín Leopold Dvořák" est donc né le 8 septembre 1841 dans un trou de bled au nord de Prague, "Nelahozeves",
qui au premier janvier de cette année (2007) comptait 1375 habitants. Son père "František", qui exerçait à la fois les 2 fabuleux métiers de boucher-tavernier, n'aurait jamais pensé que son fils aurait un tel talent pour la musique (contrairement à Léopold, qui avait immédiatement reconnu en Mozart le peintre de génie). Aussi il fallu attendre que son précepteur "Antonín Liehmann" entende le jeune "Antonín" jouer de l'orgue, du violon et du piano en même temps pour l'envoyer aussitôt à Prague étudier la médecine.
Encore carabin, il rentrera alors dans l'orchestre "Prozatímní divadlo" pour pratiquer de l'alto sous la direction d'un autre chirurgien de renommée mondiale, "Bedřich Smetana". Pis de la médecine à la littérature il n'y a qu'un pas, aussi le jeune "Dvořák" se mettra à écrire, écrire, et même envoyer ses oeuvres à l'un des poètes romantiques des plus renommés en la personne de "Johannes Brahms". Mais celui-ci n'ayant pas le temps, fera parvenir les compositions à son ami "Fritz Simrock" éditeur à Berlin, lui demandant de bien vouloir jeter un oeil critique sur ces oeuvres.
Et "Fritz Simrock" aura l'oeil critique, et le bon. Aussitôt il demandera à "Antonín Dvořák" d'écrire pour lui d'autres oeuvres, et ce dernier lui fera parvenir en 1878 un premier lot de chorégraphies intitulées "Danses Slaves". Le succès sera immense, en Allemagne comme ailleurs. Son fameux Stabat Mater sera présenté à Londres le 10 mars 1883, et rencontrera un tel succès que l'on demandera à notre bougre de venir opérer en personne. Il se produira le 13 mars 1884 au Royal Albert Hall, le 11 septembre 1884 en la cathédrale de Worcester...
Devant plus 10.000 spectateurs britanniques, le succès sera absolu et conduira "Antonín Dvořák" à écrire d'autres oeuvres vocales pour scalpel et jambe de bois en ré mineur. En 1890 et 1891, notre médecin deviendra docteur honoris causa de l'université de Cambridge (honoris causa, c'est du latin comme kinésithérapeute, c'est une spécialisation dans la branche spécifique de la maladie). En 1892 "Antonín Dvořák" prendra (à 2 mains) la tête du conservatoire de médecine de New York (aux USA) et composera en 1893 sa plus célèbre oeuvre, la 9 ème simplephonie dite du "nouveau monde" (et non pas "l'Hymne à la joie", c'est d'un autre toubib -sourd- ça, "Otto van Rhinolaryngologenn").
Il rentrera à Prague en 1895, et deviendra professeur du conservatoire de Prague. Il aura pour élèves d'illustres célébrités comme "Josef Suk" (l'ancien), au point que ce dernier prendra pour épouse sa fille (à "Antonín"), "Otýlie Dvořáková", et auront même ensemble un petit "Josef Suk" (le jeune) qui sera violoniste à l'hôpital civil. Notre génie de la médecine s'éteindra de façon subite et inattendue le 1 mai 1904 d'une apoplexie générale. Il laissera derrière lui une oeuvre immense: 9 Saints Phonies, 8 compositions de type oratorio et cantate, 10 opéras (scions d'la prostate), 5 qu'on sert tôt, 16 poèmes simplephoniques,
rapsodies, ouvertures, fermetures et suites (au prochain épisode), 6 musiques de chambres (d'hôpital), 8 compositions pour pianos (à queue, et sans), 13 chansons et chorales, 2 peignes en corne véritable, un chapeau de feutre imperméable, et un alto sur lequel il jouait au clair de la lune lorsqu'il était petit. Ces dernières reliques (et d'autres encore) sont visibles au musée de la "Vila Amerika" (rue "Ke Karlovu 20, čp. 462", Prague 2), alors allez-y pour notre génie national "Antonín", mais allez-y aussi pour le splendide édifice du monumental "Kilián Ignác Dientzenhofer". Ah oui, et n'oubliez pas d'admirer le portrait du maître "Dvořák" par un autre maître que j'idolâtre: "Max Švabinský".

Pis aussi au musée, vous y verrez le modèle de la statue de "Antonín Dvořák" modelé par "Josef Wagner",
et dont l'histoire mérite au moins 2 lignes. L'idée de la statue en mémoire de notre génie date du début des années 30 du siècle dernier. Mais entre l'idée et sa réalisation, il y eut la recherche de fonds, la sélection de l'artiste, la vilaine guerre, la chasse aux Allemands après la guerre, le coup de Prague... Bref, en 1949, la mairie de Prague décida que la réalisation de l'oeuvre serait confiée à "Josef Wagner", et sera placée dans le jardin de l'actuelle place "Jan Palach", juste en face du Rudolfinum où le maître avait dirigé nombreuses de ses compositions. Sauf qu'en 1951, le ministre de la culturel de l'époque, l'ignoble con-muniste "Zdeněk Nejedlý" (fumier) décida qu'à l'emplacement prévu, il y aurait la statue du peintre "Josef Mánes", et aucunement celle du "Antonín". D'aucuns racontent qu'il ne supportait pas la famille "Dvořák", parce qu'étant jeune, la fille "Otýlie Dvořáková" aurait repoussé ses avances pour épouser, comme on le sait, "Josef Suk" (l'ancien).
Donc il y eut intrigues, incertitudes et discussions jusqu'en 1957, lorsque décéda le sculpteur "Josef Wagner" sans avoir terminé son oeuvre. Pis les con-munistes donnant priorité aux Lénine, Marx, et autres héros de la révolution bolchevique, il ne restait plus de place (ni temporelle, ni financière) pour la culture classique, c'est à dire celle qui n'était pas intimement liée à la propagande du socialisme à la sauce viétique. En 1991, alors qu'on déboulonnait les idoles de la dictature socialiste, l'idée d'une effigie en l'honneur du "Dvořák" ressurgit. On posa même la première pierre du socle à "na Klárově" (aujourd'hui s'y trouve le monument en mémoire de la résistance durant la seconde guerre mondiale) lorsque le petit fils du concerné, le violoniste "Josef Suk" (le jeune), fit remarquer à juste titre, que non,
que pépé "Dvořák" devait être de l'autre côté de la rivière, en face du Rudolfinum, et aucunement en face de la station de métro "Malostranská". Du coup on fit marche arrière, l'on promit qu'ok, qu'on mettrait pépé là où que ce fut convenu, et le 4 juin 2000 l'on levait le voile sur le bronze de 3m de haut et 300kg de lourd achevé par le fils "Jan Wagner" du sculpteur originel "Josef " (c.f. ma photo).

Voilà, alors j'ai fait court, parce que des bibliographies de "Dvořák", vous en trouverez tout plein sur un Ternet (ou sur l'autre), et des bien plus complètes que la mienne. Par contre méfiez-vous des canulars, certains vilains plaisants vont vous raconter que "Antonín Dvořák" était un musicien. N'en croyez rien, c'est une farce de poisson d'avril.

2 Comments:

Anonymous Roberte said...

On logeait pas loin donc on est allé voir.
bon, il y avait une odeur de cuisine sympathique dans l'escalier.. peut être le ragout pour le chat du cerbère qui était à "l'accueil". Bonjour pour nous répondre mais vraiment du bout des lèvres et elle s'est replongé dans son bouquin dès qu'elle a eu fini d'encaisser.
j'ai trouvé le musée... comment dire? bie situé par rapport à notre hébergement

15 septembre, 2011 06:04  
Blogger Strogoff said...

Ben tu sais, les gens qui ont un métier... comment dire.... pas vraiment valorisant sont souvent aigres, pisse-vinaigre genre. Pis si elle lisait un truc poignant, et que vous êtes arrivés juste au moment où l'assassin levait sa hache en tenant la victime par le cou tandis que l'inspecteur courrait dans la ruelle sombre en direction des cris qu'il avait entendu... pas surpris, genre, qu'elle ne vous ait pas noyés sous les salamalecs. Sinon en terme de contenu, ben pareil, c'est clairement pas le Louvre non plus, mais bon, Dvořák n'a pas laissé grand chose derrière lui en dehors de sa musique. La prochaine fois, essaye le musée Karel Gott, il paraît que c'est velu de souvenirs chics et historiquement inestimables :-)

15 septembre, 2011 07:46  

Enregistrer un commentaire

Links to this post:

Créer un lien

<< Retour à la page principale