vendredi 22 avril 2005

Légende: Rabbi Loew et son Golem de Joseph

Aujourd'hui c'est fête, j'ouvre une nouvelle rubrique, que je n'ai pas encore abordée, jamais, celle des légendes. Ben vouais, parce que Prague en est velue partout de légendes, plein, des rigolotes, des tristes, des qui foutent les boules à donf, enfin de toutes sortes grâce d'abord au talent des écrivains tchèques, mais également à la bonne humeur du peuple et à la qualité de la bière (ça aide pour raconter des conneries :-).
Alors comme je vous ai trouvé de jolies images de beaux bâtiments de Prague et que j'y connais rien en architecture, je me suis dit que j'allais vous parler d'autre chose, qui n'a certes rien à voir avec l'architecture que j'y connais rien, mais qui pourrait vous intéresser quand même. Ben voilà donc la première légende, celle de Rabbi Loew et de son bestiau de Golem, histoire que vous trouverez dans toutes les bonnes boutiques de la ville, en souvenir, en guide multi langue, en image, en statuette, en T-shirt, en casquette de baseball, en tasse à café, en tasse à thé, en tasse à soupe lyophilisée, en nom de bar...

Commençons par les protagonistes et certains éléments contextuels indispensables à la bonne compréhension de la légende.

Le Rabbi Loew. De son vrai nom "Yehudah (Juda) Levi ben Betzalel", le Maharal (acronyme de "Notre maître le Rabbi Loew"). Son nom se trouve sous différentes orthographes, "Loew" étant la plus répandue mais l'on trouve également "Loeb" ou encore "Löw". Sa date de naissance est plutôt douteuse, selon certaines sources, Rabbi Loew serait né en 1525, selon d'autres en 1511, 1512, 1513 voire encore en 1520... enfin ça n'a pas vraiment d'importance. Même son lieu de naissance n'est pas certain, Worm en Allemagne, Poznan en Pologne, vous trouverez de tout (sauf New York, il semblerait qu'il ne soit vraiment pas né à New York). Là par contre, où tout le monde est d'accord, c'est sur la date de sa mort, le 17 août 1609 à Prague, où il est toujours enterré, dans le vieux cimetière juif, sérieux, pouvez aller voir, sa tombe s'y trouve vraiment.

Le Golem. De son vrai nom "Joseph", "Joseph le Golem" ("Golem" signifiant selon les ouvrages de référence "embryon", "foetus" ou "imparfait", "mal fichu", mais le plus vraisemblable, en jargon yiddish "golem" signifie "tas de boue informe ayant pris vie afin de défendre la communauté juive des malfaisants"). Il est né un soir de mars 1580 à Prague, juste avant la Pâques juive, et est mort quelques mois plus tard de la même année dans la même ville (l'a pas beaucoup voyagé le pauvre bougre). Selon le "Naphy Gezirah bildzeitung" de l'époque, première évocation du Golem fut faite en ces termes: "créature de glaise accédant à la vie suite à incantations occultes connues seules des Rabbis".

Le père Taddeush. Haineux jésuite oeuvrant pour le compte de l'église catholique. Prétextant des crimes de sang perpétrés sur des enfants catholiques, le provocateur entraînait les pragois fanatisés dans le quartier juif afin de se livrer au lynchage et au pillage arbitraires.

Le "Seder" ("ordre" en hébreux) de "Pessa'h" (Pâque juive). C'est l'ensemble des rites, us et coutumes au cours desquelles les Juifs revivent l'événement de leur libération d'Egypte. En l'occasion, ils mangent le "Matzah", pain sans levain (mais avec le vin) qui, contrairement au "Matzah" qu'ils mangent toute l'année, ne contient que de la farine additionnée d'eau et rien d'autre, pas un grain de sel, pas une goutte d'huile, rien, même pas du beurre de cacahuète. Or la croyance ancienne qui perdura longtemps dans l'esprit des pauvres gens (non Juifs) voulait qu'on adjoigne à la préparation du "Matzah" de "Pessa'h" lors du "Seder", du sang d'enfant chrétien. Mais attention, pas n’importe lequel d'enfant chrétien, du vraiment bien croyant, bien baptisé par un bon curé, et dûment confessé quelques heures avant son utilisation.

La "Torah" ("loi" en hébreu). Egalement appelé Pentateuque (du grec "Pentateuchos", cinq volumes), désigne les cinq premiers livres (la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome) de la Bible des Juifs (aussi appelés livres de Moïse) et de la bible des Chrétiens.

La "Kabbale". Ensemble de deux recueils ésotériques essayant de comprendre le monde par toutes les voies possibles d'interprétation, littérale, symbolique ou numerique. Le premier "Sefer Yezira", est une série de monologues attribués au patriarche Abraham et sans doute écrit au III ème siècle. Le second, Zohar, publié au XIII ème siècle est un recueil de commentaires mystiques sur le Pentateuque attribués au rabbin "Shimon Bar Yochai au" (II ème siècle).

Et maintenant l'histoire...

L'histoire, donc, se passe en 1580, précisément en Mars, en cette bonne vieille ville de Prague. Un soir lugubre et sombre d'avant "Pessa'h", arrivèrent aux oreilles de Rabbi Loew les échos d'une rumeur que selon un ouï-dire public le malfaisant Taddeush manigancerait un nouveau pogrom contre le peuple Juif de Prague.
Encore une histoire d'enfant disparu, qui aurait sans doute servi d'assaisonnement du "Matzah", enfin peu importe le prétexte, qui de toute façon n'avait pas à être fondé, puisque l'ignorance et la bêtise des gens suffisaient à déclencher les déferlements de violence. Rabbi Loew, leader spirituel de la communauté juive, se prit la tête entre ses mains, et se mit à penser "mi c'y pas possib, nom di diou di nom di diou, mi porquoi c'y-t-il donc encore qui c'y pas possib?". Que pouvait-il bien faire pour empêcher son peuple de subir à nouveau la frénésie sanguinaire des pragois, attisée par l'église catholique et le roi Rudolf II? Tout d'un coup, hop, comme ça, l'idée de génie lui vint à l'esprit. Grand érudit cultivé, fervent lecteur de la "Torah" et mordu passionné des textes kabbalistiques, il se souvint avoir lu un passage ésotérique traitant du pouvoir de donner la vie. "Bi valà!", se dit Rabbi Loew, "ji va créer oune enorme Golim, y li primier qui viendra nous chirchi di noises, l'aura son pieds au ki". Alors là, les opinions divergent, car selon certains historiens, cette idée serait venue de Dieu lui-même (communiquée comme d'habitude par l'intermédiaire d'un rêve, en plein sommeil, sans témoin), selon d'autres, l'idée serait venue alors qu'il zappait entre "l'incroyable Hulk" et "Frankenstein" à la téloche.
Peu importe, c'est pas crucial pour l'histoire. Sur ce, Rabbi Loew retroussa ses manches sur ses bras, ajusta ses lunettes sur son nez et se mit à la tâche sur sa table. Selon le premier livre de la "kabbale" ("Sefer Yezira"), pour créer un bon gros Golem, il faut 100 kg de terre glaise vierge (vierge = non cultivée, pas comme pour la laine où qu'il faut que les moutons courent plus vite que les bergers) des bords de la rivière Vltava (ça tombe bien, elle coule à Prague), ensuite il faut connaître le vrai nom de Dieu (là c'est déjà plus tordu parce que personne n'en sait vraiment rien, c'est secret caché parce que plein de pouvoirs qu'un homme n'est pas en mesure de maîtriser), et finalement 3 bons litres de sang d'enfant chrétien... mais non, je plaisante, ça c'est pas nécessaire le sang d'enfant chrétien (enfin pas pour le Golem, pour faire du "Matzah de Pessa'h" oui, mais pas pour faire un Golem). Bon, le seul souci en fait c'est le vrai nom de Dieu qui, selon la légende, est judicieusement planqué dans la "Torah" (ben ouais, t'auras lu, t'auras su, mais aussi "Torah" lue, "Torah" sue, eh!). Rabbi Loew se mit donc à lire, et à lire, pis à relire jusqu'au moment où qu'il finit par trouver, vieux renard dégourdi: "Hourra, j'y li nom di Diou, nom di Diou!" s'écria-t-il. Et le soir même, à la tombée de la nuit, il se précipita sur les bords de la Vltava sans même goûter aux délicieuses "mchimlettes" que sa femme "Pearl" avait gentiment préparées.
Ainsi pendant plusieurs heures, à la lumière de la pleine lune, à la force de ses bras et à l'effluve de la sueur de son front, il modelât et sculptât de ses mains la monstrueuse statue de glaise en ce 20 ème jour du mois Adar de l'an hébreux 5340. De nouveau, à cet endroit là de la légende, les opinions divergent. Selon certains historiens, il (Rabbi Loew) aurait été accompagné par 2 assistants, son beau-frère "Isaac ben Simson" (Isaac et non pas Omer ben Simson) et par son apprentis Rabbi "Jacob ben Chayim Sasson" (le bien connu Rabbi Jacob), selon d'autres il aurait été accompagné uniquement de sa propre femme "Pearl" qui martelait inlassablement à ses côtés "Jida, nom d'ine pipe, ti vas mi prendre fra, ti pi pas fire ci conneries li jour quand il fit plis chaud?". Enfin c'est pas important non plus, parce que qu'il ait été seul ou non, ça ne change rien à l'affaire, c'est vraiment du détail et je suis singulièrement surpris que les gens s'arrêtent à ces broutilles insignifiantes.

Et voici donc notre Golem terminé fini, mais inerte comme une huître, couché sur le dos et la rive de la Vltava, le nez face à son créateur regardant le ciel bleu foncé de ses yeux bleus clairs (enfin pas encore, ils le deviendront après, quand il sera en vie).
S'approchant de sa créature, Rabbi Loew inscrivit alors sur son front (du Golem, pas le sien à Rabbi) le nom de Dieu qu'il avait tant cherché dans les divers ouvrages mystiques. Et soudain le prodigieux miracle s'accomplit: le Golem ouvrit un oeil, puis un deuxième, puis s'assit, puis se levât, marcha un peu, en avant, en arrière, à gauche, à droite, pis leva un bras, leva l'autre bras, s'accroupit, se releva, tendit les 2 bras en avant et commença une série de génuflexions sous le regard médusé de Rabbi Loew qui s'exclama "Et quand ti auras fini di fire l'andouille ti mi li diras, hein, on porra rentri parce qu'il fit pas chaud...". Bon, allez, je ne vais pas vous cacher que le passage de la naissance (enfin de l'arrivage à la vie) existe également sous moult versions. D'aucuns avancent que Rabbi Loew aurait tourné sept fois autour du Golem de droite à gauche les orteils des doigts de pieds croisés récitant des "zirufim" (ça devrait être des formules magiques, mais je n'ai pas trouvé de définition dans le dico, alors méfiance), puis de nouveau de gauche à droite, cette fois aussi sept fois aussi, mais en récitant d'autres "zirufim" et les orteils des doigts de pieds croisés dans l'autre sens, l'autre par dessus l'un. Certains encore prétendent que Rabbi Loew aurait écrit sur un bout de papier la formule suivante "ayat emat e Loew anek awyt mhurt takniftin nefkah tarwit y dahat mehmet" (en francais "Salut, je suis Rabbi Loew, lève toi faignasse et marche", formule qui a déjà fait ses preuves quelques siècles auparavant), ensuite il aurait glissé le parchemin sous la langue du Golem (comme les gouttes homéopathiques contre les troubles de la ménopause, 3 x par jour).
Ah oui, et il (le Golem) serait passé par plusieurs couleurs, du feu serait apparu dedans son torse, les ongles et les cheveux auraient poussé, et il aurait même roté grassement à plusieurs reprises sans mettre la main devant sa bouche. Puis il y a encore la version qui consiste non pas à écrire le nom de Dieu sur le front de Joseph mais le mot hébreux "emet" (qui signifie "vérité"), puis ensuite effacer le premier "e" afin d'obtenir "met" (qui signifie "mort") pour le débrancher. Sans dec, mais qui c'est qui a bien pu inventer ça, voyelle, consonne, voyelle... genre le Rabbi Loew, inventeur du scrabble, non mais sérieusement. Enfin ce qui est important ici, c'est que le Golem prit vie et qu'il fut vivant.

A partir de ce moment, on n'a plus beaucoup d'éléments sur ce qui s'est réellement passé, ou plutôt les éléments sont extrêmement confus. On ne sait pas vraiment si le Golem était utilisé comme travailleur clandestin assigné en particulier à des tâches harassantes, on ne sait pas s'il a jamais servi comme protecteur du peuple Juif, on ne sait d'ailleurs même pas trop comment il fonctionnait, à la voix, au coup de pieds au cul, ce qu'il mangeait, combien de temps il dormait, qui était son actrice préférée... Il circule cependant quelques anecdotes non confirmées dans les rues de Prague. Première anecdote: bien que doté d'une force colossale, il était selon les témoins passablement sot, enfin sot, disons limité, mais c'est pas vraiment le terme, comment dire, il manquait singulièrement de bon sens et de réflexion.
Ainsi il aurait soit disant provoqué une inondation sans précèdent dans les rues de Prague parce qu'un jour Madame Loew l'aurait envoyé chercher de l'eau au puits, puis s'en serait allée chez le coiffeur en ville avant le retour de son mari. Personne n'étant à la maison pour arrêter Joseph, celui-ci pompait, versait, pompait, versait comme un Chadoc et finit par inonder la ville. Je ne vous raconte pas la dérouillée qu'il s'ait prise en rentrant. Seconde anecdote: l'une des filles de Rabbi Loew (Rachel) serait tombée follement amoureuse de Joseph (on se demande bien pourquoi?!), et comme Rabbi Loew pour le créer, mais cette fois pour le séduire, elle aurait tourné sept fois autour du Golem de droite à gauche les orteils des doigts de pieds croisés récitant des "zirufim" envoûtants ("hidha woua hidha m'ty stantan'houm fastag'houm lahatm'houm tawa laha mimouna" ce qui se traduirait comme "oh mon Khule homoncule, comment veux-tu qu'il manque Ulle, sans savoir s'il teste Ykule" ce qui ne veut strictement rien dire, mais il paraîtrait que ce serait envoûtant). Le fait qu'ils auraient pu avoir des rapports puis de la descendance n'est que pure affabulation, aucune preuve n'existe d'autant plus que tout laisse à penser que le Golem était asexué (et aussi muet, lymphatique, et daltonien car dans la précipitation, Rabbi Loew n'aurait pas eu le temps d'étudier minutieusement tous les détails du donnage de vie, qui s'en étonnerait?).

Pis un jour Rabbi Loew décidât de désactiver sa création, et là les preuves existent. La raison? Bon nombre d'hypothèses à nouveau fourmillent dans les livres de référence. A force de célébrité et de pouvoir physique, le Golem serait devenu dangereux pour la population pragoise y compris la communauté juive.
Seconde hypothèse, Rabbi Loew en aurait eu assez que sa fille (Rachel) fréquente Joseph, elle était belle, intelligente et en bon père, le Maharal désirait ardemment qu'elle se trouvât un vrai mari adéquatement conçu par Dieu. Mais selon ma femme de ménage, le Golem prenait trop de place dans leur petit appartement et ne s'essuyait pas les pieds avant d'entrer du dehors... Donc pour neutraliser l'homoncule, Rabbi Loew effaça le nom de Dieu de son front (du Golem, pas le sien à Rabbi), et la glaise redevint glaise, mole et inanimée comme une huitre. Pour ceux qui croient en le parchemin glissé dans la bouche, sous sa langue, Rabbi Loew enleva simplement le parchemin, sans se faire mordre les doigts, et pis voilà.

N'empêche que tout n'est pas terminé dans cette histoire, loin de là. Bien que redevenu de la glaise (molle et inanimée comme une huître), Joseph n'en restait pas moins entier, sans vie, mais sculpté, prêt à reprendre du service au cas où, qu'on ne sait jamais. Rabbi Loew enveloppât alors le Golem dans un drap humide, jetât la masse inerte sur son épaule droite et ouvrant la porte de la main gauche allât cacher la chose dans les combles de la synagogue vieille-nouvelle de style gothique primitif construite au XIII ème siecle. Pendant des siècles, l'accès aux combles était interdit, et par ailleurs impossible car ils avaient été volontairement scellés par Rabbi Loew lui-même. Des générations entières de Rabbis protégeaient et gardaient le secret prodigieux qui se trouvait dans la synagogue. Puis au XIX ème siècle, quand même, un journaliste mandaté par l'empereur en personne allât investiguer les combles. Mais il ne trouva rien, rien qui ne puisse prouver l'existence du Golem. Avait-il seulement bien cherché? Pouvait-il seulement espérer trouver bêtement étendu sur le sol un corps de glaise enveloppé dans un drap blanc jonché de fiente de pigeon? Enfin quoi, le Rabbi Loew était non seulement pourvu d'une grande intelligence, copieusement érudit, mais de surcroît maîtrisait diablement les arts kabbalistiques, ésotériques et les sciences occultes.
Aurait-il sérieusement posé son oeuvre là, par terre, à même le sol pour que la première balluche de journaliste venue la découvre? Alors moi je vous le dis, et bon nombre de pragois, dont ma femme de ménage, en sont également convaincus, Joseph, le Golem, dans la synagogue, en haut, dans les combles, ben il y est toujours. Et certains soirs, parmi les tours et les clochers fièrement dressés entre la vieille ville et le petit côté, surplombés par l'imposant Château protégeant la ville des incertitudes de l'histoire, l'on peut parfois apercevoir au détours d'un passage sombre ou d'un entrelacement de ruelles pavées, une silhouette inquiétante projetée sur une façade gothique, baroque, renaissance ou art nouveau. Cette ombre imposante et mystérieuse qui se dirige vers le vieux cimetière juif du quartier Josefov semble planer lentement, lourdement, sur les murs des édifices, comme si la forme qui la projette n'était pas humaine.

Ah vouis, et pour conclure, je vous joins des articles époustouflants (en anglais, mais c'est sûrement pas un problème pour vous) qui prouvent sans le moindre doute possible que le malheureux candidat aux dernières élections américaines "John Kerry" est un descendant direct du Rabbi Loew. Selon un autre article, sa famille se serait convertie au catholicisme au début du XX ème siecle, John serait contre l'état d'Israël, qu'il serait un pote à "Jimmy Carter" qui lui aussi serait antisémite... Enfin lisez voir, et faites-vous votre propre opinion. En ce qui me concerne je commence à croire sérieusement que le Golem a vraiment eu de la descendance, mais pas avec Rachel, avec un âne, et que leurs progénitures vivant aujourd'hui aux Etats-Unis écrivent des articles sur Internet.

lundi 18 avril 2005

Visiter: Ruez-vous au château Točník

A force de vous inciter à ne pas visiter les châteaux pourris de la région, vous allez finir par penser qu'il n'y a que ça.
Eh bien non! Chères lectrices, chers lecteurs, après avoir craché vomi sur de somptueux palaces hautement prétentieux, guindés, puant la vanité et la suffisance, je me devais d'inverser la tendance en vous dégotant un splendide édifice digne d'un blog élogieux et d'un commentaire zélateur. Et bien voilà, j'ai trouvé.
Ayant chaussé mes botes de pèlerins, je me suis vaillamment lancé à l'assaut de la région, et croyez-moi qu'en la saison à laquelle je m'y suis lancé (à l'assaut), ben l'en fallait une bonne croûte de courage et de volonté (froid, nuit, zanimaux sauvages, sorcières, vampires, et lycanthropes). Enfin le résultat est là, j'ai réussi à vous dénicher la bête rare insolite qui se cache sous le nom de "Hrad Točník" (en francais, "Château -fort- T O T C H N I Q U E").
C'est beau, c'est simple, c'est naturel, c'est authentique, ça respire l'histoire du pays, bref, c'est comme je l'aime. Et en plus c'est unique.
Vous ne trouverez plus nulle part (même pas hors Tchéquie) une telle architecture chateauforteresque car bien qu'en pleine vogue en ces temps, elle fut stoppée net par les guerres hussites qui suivirent, ainsi les autres édifices de ce style ont été soit entièrement détruits, soit reconstruits, mais "Točník" est le seul exemplaire encore vivant.

Alors commençons par le début, à savoir comment c'est qu'on y va et où que c'est. Ben c'est à 50 km de Prague, en direction de "Plzeň", sur l'autoroute,

pis vous sortez à "Žebrák". Ensuite, y a plus qu'à suivre les instructions sur les panneaux (suivre "Žebrák" ou "Točník"), pouvez pas vous perdre, sérieux, pour une fois c'est bien indiqué. Sinon y a aussi le bus, mais faut changer au moins une fois (des fois même 2 fois), alors c'est la galère (totale), donc j'vais pas vous le détailler ici, mais sachez que ça existe (mais c'est la galère).
Arrivé sur place, vous trouverez un parking (gratos, mais non gardé, donc attention Prudence! Enfin gratos, quand j'y étais, parce que sur le site officiel ils disent qu'il est payant?!), alors n'hésitez pas à y garer la voiture parce que de toutes façons vous ne pourrez pas aller plus près du château (en voiture).
Ah oui, et l'autre de château qui se trouve à gauche juste en arrivant, avec sa grande tours qu'on la voit de loin, c'est "Žebrák".
Celui-là, j'ai volontairement fait l'impasse dessus parce que les loups affamés les crocs plantés dans mes bas de pantalon commençaient à me peser, et je me suis dit que je n'allais pas me cogner les 238 marches de la dite tours avec les autres lupus en plus.
Alors je ne vais pas vous en parler aujourd'hui, mais vous pouvez le visiter aussi en redescendant du "Točník" (s'il vous reste du jour avant la tombée de la nuit, c'est pas éclairé et vous risquez de marcher sur un lutin).

La prochaine étape, c'est la montée au château, calvaire, chemin de croix et golghotage pénible, je vous le dis de suite.
Alors chais pas si vous aussi, vous vous êtes rendu compte d'un truc remarquablement couillon, mais alors moi oui. C'est cette inepte propension quasi maladive chez les châtelains médiévaux à faire constamment maçonner leur gourbi caillouteux à l'extrémité la plus inaccessible et inhospitalière possible de leur bout de terrain.
Stupéfiant, chais pas moi, c'est dingue ça, manque patent d'imagination, séquelles de la consanguinité, poliomyélite infantile, ou combinaison de ces divers éléments? Ca se voit qu'eux ne se cognaient pas les bouteilles de bière, les barriques de picrate, les sacs de charbon ni les pizzas-minute à dos de mulets...
Bref, une fois arrivés, z'avez plus qu'à prendre les billets et la documentation qui vont bien (en français aussi, si si!), et hop, le château est à vous. Eh ouais, et c'est pas des blagues, sérieux, une fois que vous avez vos ticsons, vous pouvez aller partout de par vous-même, tout seul, personne pour vous montrer ce qu'il faut regarder et combien de temps, pas de p'tit vieux aux aguets pour vous avoir constamment à l'oeil, libre de faire comme bon vous semble, même vous casser une jambe dans les ruines (voire les 2 pour les plus pervers).
Alors attention aux moutards, bon c'est sûr, ils vont adorer, cependant tenez-les à l'oeil car c'est des ruines, et donc ils risquent de se prendre les pieds dans des trucs qu'ils devraient pas, et des fois c'est même assez sombre dedans les salles. C'est pas que ce soit dangereux, non, mais faites gaffe quand même, vous savez comment c'est un mignard.

Quelques éléments historiques, mais vraiment rapidement, parce que sinon c'est pas la peine que vous y alliez si je vous raconte tout.
Pis la dame qui distribue les petits guides qui vont bien dans leur pochette plastique sera 'achement déçue. Donc le "château Točník" a été construit consécutivement à l'incendie de 1395 qui avait ravagé le "Château Žebrák" après que la femme de ménage ait oublié d'éteindre les bougies en partant.
En fait, cela faisait plutôt l'affaire du roi "Václav IV" (à ne pas confondre avec le roi "Charles IV", son père, ah et s'il vous plait, mais là j'insiste, prononcez V A T S L A V et non V A K L A V, de grâce) donc du roi "Václav IV" qui en avait assez d'habiter dans un château en plaine ("Žebrák") d'où il ne pouvait rien voir le soir chez les voisins, ni faire de la luge en hiver sur les pentes enneigées. Aussi, et pour remédier à ces contrariétés, il fit construire le nouveau château en hauteur, mais seulement à 500 mètres du précédent afin de ne pas être trop éloigné de la brasserie du village qu'il affectionnait particulièrement.
A sa mort, le château revint à son frère "Zikmund" ("Sigismond" en français, principal responsable du fameux bordel dans l'Europe centrale du début du XV ème siècle connu sous le nom de "guerres hussites"), puis par la suite passa de main en main (entre ducs, comtes, rois, et princes) car tombé en désuétude face à d'autres châteaux plus grands et plus prestigieux. Ben oui les ingrats revêches, ils avaient totalement oublié à quel point cette magnifique résidence était pratique, idéalement située sur l'autoroute Nuremberg – Prague à l'époque où la vitesse de déplacement était de 40 km par jour, ils avaient totalement oublié à quel point les tavernes locales étaient accueillantes et les sommelières ensorcelantes, ils avaient totalement oublié à quel point la salle royale était vaste et conviviale
(la plus grande du royaume en ce temps, 34x15 m contre seulement 22x8,5 m à "Karlštejn", 32x9 m pour la salle romane du "Château de Prague", et 28x8 pour le château "Křivoklát"), bref, ils avaient totalement oublié qu'en cet extraordinaire château il faisait bon vivre. Il fut racheté en 1923 par le "club des touristes tchécoslovaques" pour une bouchée de pain rassis. Ces ânes bâtés y apportèrent des "transformations" inconséquentes et irréparables sans la moindre supervision de personnes ni ministères compétents
(en particulier la pose d'une chape en béton dans diverses salles dont la salle royale détruisant à jamais les dalles en faïence de Quimper spécialement commandées par le roi "Václav IV" pour célébrer le succès de son opération de la prostate en 1404). Apres 1945 le château redevint, et est encore aujourd'hui, la propriété de l'état.

Sinon vous y trouverez même une vieille buvette médiévale, au fond, bien cachée, mais elle y est. En dessous du pont qui mène au château se trouvent des ours, des vrais, pis il y a aussi des cochons (Fru-fru et Mojito), des moutons et des biques, mais je ne les ai pas vus les bestiaux car j'y étais hors saison.
En été, il y a des tas d'attractions (vérifiez sur le site Internet les dates), genre combats de preux chevaliers (à pieds), simulation d'attaque du château par de féroces suédois, enlèvement et viol de la châtelaine (avec participation du public adulte, inscription et visite médicale préalables nécessaires), éventration à la hache du châtelain et dissémination de ses tripes sanguinolentes aux quatre vents sur les remparts du château (ateliers pour enfants, prévoir un tablier et des affaires de rechange), bref, tout pour vous amuser la journée entière. C'est super, c'est bien fiche, et ça va plaire à toute la famille, alors allez-y!

mercredi 13 avril 2005

Visiter: Trojský zámek, ça vaut pas la peine

Dans la série "les chateaux qu'on n'est absolument pas obligé de visiter" se trouve le "Trojský zámek" ("château de Troja"). Alors pourquoi vous en parle-je me direz-vous? Ben parce que moi je l'ai visité et que si je ne l'avais pas fait je ne pourrais pas vous dire que ça ne vaut pas le coup, pis aussi parce qu'en dehors du château lui-même (qu'on n'est absolument pas obligé de visiter),
il y a des choses dedans qui méritent quelques coups de yeux, mais en passant, genre par hasard, à proximité, vous déplacez pas exprès, pour ça.

Bon, comme d'hab, genre on va faire un peu de culture générale sur le château, histoire que z'alliez pas me raconter que je dis que ça vaut pas le déplacement alors que je ne sais même pas de quoi que je raconte. Ben si, justement, j'ai non seulement reçu à l'entrée la petit pochette en plastique transparent qui va bien, contenant les 2 feuilles tapées en 3 exemplaires sur une machine à écrire mécanique, séparés (les 3 exemplaires) par une feuilles de papier carbone, mais de plus j'ai lu les dites feuilles (tapées sur une machine à écrire mécanique en 3 exemplaires séparés par une feuilles de papier carbone). Tiens, je fais une parenthèse, on est dans la culture, alors ça ne s'égare pas du sujet. Est-ce que vous savez comment c'est qu'on appelle un collectionneur de machines à écrire? Un "mécascriptophile", ben ouais, c'est dingue, la "mécascriptophilie" c'est la collection des machines à écrire. Et la collection des machines à traire??? ... Bon retour au "château de Troja".
Donc il fut débuté de construire, ou plutôt on a commencé sa construction en 1679 sur commande du comte "Venceslas Adalbert Sternberk", mais il fut tapé, manié, et peint, puis retapé, remanié, et repeint jusqu'au début du XVIII ème siècle (jardins et toilettes y compris). Il se trouve à proximité du parc de "Stromovka" car l'ancien roi "Přemysl Otakar II" (seconde moitié du XIII ème) en avait fait (de "Stromovka") un terrain de chasse et donc "Venceslas Adalbert Sternberk" construisit le "Trojský zámek" juste à côté pour y inviter son empereur ("Léopold Ier") à venir y chasser (à "Stromovka") puis branlocher paisiblement après (à "Trojský zámek"). Décidemment la lèche-culterie n'a pas d'époque. Bon, c'est un peu comme le "château Kozel", historiquement c'est remarquablement insignifiant.

Sinon, ben si, tiens, un truc, ça été commencé (tapé et manié) par l'architecte italien "Domenico Orsi", puis terminé (retapé et remanié) par "Jean Baptiste Mathey" qui, comme la moutarde, venait de Dijon (en Bourgogne) et à qui qu'on doit aussi le "palais Buquoy" où se trouve l'ambassade de France à Prague aujourd'hui (et hier aussi d'ailleurs), vous savez, juste en face du mur de la paix, dédié à "John Lenon"... Alors les trucs intéressants dans le château y en a pas des tonnes, je vous le dis tout de suite.
Donc parmi les rares qui sont à voir, ben y a les escaliers à deux volées classiques contournant un puit (sec) dans lequel l'on peut apercevoir 2 statues représentant un combat entre un Dieu et un Géant (?!). Genre, c'est pas évident de prime abord pour ceux qui n'ont pas eu leur diplôme de l'école des bôzârts, option "sculpture dedans le trou des escaliers". Regardez voir sur la photo, mais moi, personnellement, j'ai d'abord cru qu'il s'agissait de 2 mignons qui se taquinaient. Enfin quoi, c'est plutôt suggestif non? Bref, tous s'accordent à dire que l'oeuvre serait due au sculpteur dresse doigts "Johann Georg Heermann" (dresse doigts = dresdois, de Dresde, en Saxe, Allemagne, mort de rire), mais d'autres ajoutent que son frangin "Paul" ("Heerman") aurait contribué à la création.
Le second truc qui est à voir (alors celui-là, il vaut vraiment la peine), ce sont les peintures de la grande salle du premier étage des frères "Abraham et Isaac Godyn", peintres envers soi (envers soi = anversois, d'Anvers, Belgique, mort de rire). Et là, c'est pas comme l'escadrin en caillasse des "Heerman", on en est sûr, ils y étaient tous les 2, sans "Paul et Mike" (sans "Paul et Mike" = sans polémique, vraiment trop fort, encore mort de rire). Non sans dec, cette salle est magnifique, les peintures sont grandioses, splendides, partout, sur les murs, les plafonds, tout autour, partout partout, en perspective, en trompe les yeux (ou trompe l'oeil, pour les borgnes des mirettes). Y a juste le sujet qui gâte, bon, chais pas, j'aurais pris autre chose, genre "les zoizos, les zarbes, les zêrbes zé les fleurs", un truc guilleret, campagnard quoi, ben non, les deux autres bougres de barbouilleurs belges sont allés me peinturlocher la galerie avec des scènes allégoriques à la gloire des "Habsbourg".
Non mais tu le crois ça, sérieux? Bon, d'un autre côté le thème de "la prise de la Smala d'Abd el Kader le 16 mai 1843 par les troupes du duc d'Aumale" était déjà pris par le fakir "Rabindranath Duval" (alias "Pierre Dac"), pis en plus l'objectif de Monsieur le comte était de bien peigner grassement la fiâsse monarchique de son altesse "Léo", donc après tout, et somme toute, les frangins z'ont fait en plein dans le sujet, pile poil. Bref, le mieux pour n'en rien perdre de la gouache, c'est de se trouver la chaise qui va bien, poser confortablement son pétard dessus, et s'émerveiller d'admiration sans oublier de lever la tête, puis tourner régulièrement sa chaise jusqu'à 360 degrés.

Ah vouis, et pourquoi qu'il n'y a pas de photos sur mon blog, me demanderez-vous? Ben parce que ces bougres de couillons à la couenne d'andouille interdisent de photographier à l'intérieur.
Et même déjà l'extérieur c'est un exploit, parce que les p'tits vieux qui distribuent les pantoufles à chaussures (sérieux, pour visiter vous allez mettre des grosses mules en cuirs par-dessus vos propres pompes pour ne pas rayer les sols, dingue) donc les p'tits vieux pantouflards (dispensateurs de pantoufles) me l'ont dit: "on vous a vu photographier l'extérieur avec un trépied, si si. C'est interdit! Z'avez eu de la chance que les gardiens ne vous ont pas vu, sans trépied oui, mais avec trépied non, c'est formellement interdit. Bon, nous ça nous est égal, on est responsables des pantoufles, mais les gardiens, eux, ils rigolent pas avec ça".
Ah ouais!? Chuis scié! Ben zut alors, v'là un truc que j'ignorais. Ouah la folie dis donc, et qu'est ce que ça change, que je me suis dit, avec ou sans trépied? Très con, ouais. Soit je peux photographier, soit je peux pas. Encore les milliers de flashs au Louvre qui esquintent à la longue le make-up de "Mona" ("la Joconde" en français), bon je comprends, mais le coup du trépied, alors ça, on ne me l'avait pas encore fait. J'ai pas osé demander aux p'tits vieux, parce qu'eux c'est "pantoufle" qu'ils ont fait comme zétudes, et pas "photo", alors ils en savent rien, pis j'étais déjà content qu'ils ne sont pas allés me dénoncer aux gardiens qui rigolent pas. T'imagines les problèmes graves qui me seraient tombés dessus à cause d'un trépied, ça se trouve c'est du fond du gnouf que j'écrirais ce blog aujourd'hui. Bref, donc les photos du dehors c'est qu'à moitié autorisé, quant aux photos du dedans, c'est totalement interdit et impossible. D'abord parce que quand on me dit que je n'ai pas le droit alors généralement je ne le fais pas, enfin ça dépend, genre de quoi que je n'ai pas le droit, mais là, quand même, je suis sensé représenter les bonnes manières françaises à l'étranger alors je me tiens comme il faut (que je me tienne), pis surtout c'est impossible parce qu'il y a des p'tits vieux qui surveillent de leur chaise quand ils ne dorment pas.
Et les p'tits vieux qui surveillent de leur chaise ont été sacrément bien placés (sans doute par un mec qui s'y connaît), parce qu'à tout moment, où que vous vous trouviez dans ce foutu château, ben y a un p'tit vieux qui surveille de sa chaise qui peut vous voir (s'il ne dort pas), y a pas un seul angle mort, dingue. Alors pour les photos, keud. De toute façon, en dehors de la grande salle dont j'ai déjà parlé, y a pas grand-chose de notoire. Une exposition permanente de peintres tchèques du XIX ème siècle (František Tkadlík, Josef Vojtěch Hellich, August Bedřich Piepenhagen, Josef Navrátil, Antonín Lhota, Josef Mánes, Bedřich Havránek, Jaroslav Čermák, Antonín Chittussi, Václav Brožík...) et de sculpteurs du XX ème siècle (Josef Mařatka, Ladislav Jan Šaloun, Karel Nepraš, Věra Janoušková, Josef Kaplický, Otto Gutfreund...). Bon, pareil, pour nous en Tchéquie ils sont plus ou moins célèbres (en Tchéquie), mais si vous n'avez pas votre diplôme de l'école des bôzârts, option "peintures et sculptures des mecs qu'on connaît pas", ça ne vous dira rien ces noms là. Sauf peut-etre "Josef Vojtěch Hellich", parce que celui-ci j'en parle dans mon blog (pour ceux qui les lisent) d'où que les carmélites commencent à bien faire.

Ben voilà, j'ai tout dit, qu'est ce que j'ai encore oublié? Ah si, bien sûr, évitez d'emmener les gnafrons si vous y allez, c'est pas leur rayon, mais alors du tout du tout. En dehors des pantoufles à chaussures qui vont les faire se bidonner quelques minutes, en dehors des glissades sur les parquets qui vont leur être promptement interdites à la première tentative, il n'y a rien qui va vraiment les combler, au contraire, ce château à tout pour leur déplaire grave. Alors par contre, juste en face de ce piètre édifice, se trouve le "zoo de Prague", et là, non seulement c'est en plein dans le domaine de l'attraction du galopin, mais en plus il y a plusieurs buvettes rudement sympas. Toutefois j'en parlerai un autre jour, car aujourd'hui, c'est pas le sujet. Donc "Trojský zámek", pensez-y quand vous avez belle maman à la maison et que vous ne savez pas quoi en faire, quand vous voulez épater un fat en l'étant (fat) plus que lui, mais sinon oubliez-le, y a plein d'autres trucs 'achement mieux à Prague.

jeudi 7 avril 2005

Ville: Les rues de Prague

Alors là, chais pas quoi vous dire.
En fait, j'ai soudainement été pris de remord d'écrire autant de longues couillonneries dans mes blogs, alors je me suis dit que j'allais (au moins pour une fois) inverser la tendance: plus de photos et moins de texte. J'ai donc récupéré des clichés qui me restaient sous le coude que je ne savais pas quoi en faire, pis surtout aussi ceux, que je ne savais pas avec quel thème les accommoder.
Alors j'ai tout mis dans un grand sac en toile à patates, secoué un grand coup, retouché avec mon retoucheur d'images (couleurs, filtres, cadres, contrastes...) pour que vous ne disiez pas qu'il n'y a pas de travail derrière (faignant que je suis), et hop, ben voilà le résultat.
Bon, je ne dis pas que c'est de l'extraordinaire, du qu'il faut se pâmer devant et faire la roue comme un faisan (autant), non, mais c'est gentil, plaisant, c'eut pu être bougrement pire. Et puis surtout maintenant au moins je sais à peu près vaguement comment qu'il marche mon retoucheur d'images.
Alors voilà, y a des rues de Prague, surtout des vieilles rues pleines d'histoire, d'anecdotes, de mythes et de légendes (et de pavés), photographiées le jour, la nuit, au lever du jour, à la tombée de la nuit, et en toute saison. Prague dans toute sa splendeur nostalgique!
Tiens, d'ailleurs parlons en des saisons. je vais quand même vous dire que je me suis bien pelé les doigts et gelé les glaouis en hiver pour vous les faire ces belles photos de nuit hivernale pragoise.
J'voudrais vous y voir sous -10 degrés (et ça c'est quand il fait chaud) encombré avec les moufles en peau de cachegora fourrées, le bonnet en angomire vierge qui gratte, à déballer le trépied métallique de l'appareil. Pis après enlever les moufles pour les réglages, pis ensuite prendre la photo, pis encore ensuite plier le trépied (un peu, pour le transport), pis aller plus loin, des fois même assez plus loin, pour la photo suivante... Ca semble pas comme ça, mais la photo arctique à Prague c'est pas de la tarte à l'ail. Enfin moi ça me plait, alors je vais pas me plaindre (enfin pas trop).

mercredi 6 avril 2005

Ville: Promenade bucolique à Petřín

Comme toute grande capitale qui se respecte, "Prague" possède aussi son parc, son indispensable espace vert pour aérer en week-end le citadin livide en manque d'oxygène.
Certes c'est pas aussi connu ni aussi vaste que le "bois de Boulogne à Paris", le "Hyde Parc à Londres" ou encore le "Central Parc à Manhattan", c'est modeste, attention, mais c'est plaisant. En fait ce petit parc qui se trouve sur la colline de "Petřín" s'appelle chais pas comment. D'ailleurs chuis même pas sûr qu'il s'appelle. On dit "aller à Petřín" comme on dirait "aller à la Battoire".
Bref c'est pas important, ce qui est important en fait, c'est quoi que c'est qui s'y trouve dessus cette colline. Et bien évidemment qui dit "parc", dit "loupiot", car je ne connais pas un seul honnête homme qui irait se promener seul dans un parc alors qu'il y a tant de buvettes à prospecter dans cette admirable ville. Je vais donc orienter ce blog sur la nature opulente, les tchèquoiseries cocasses, et les bidonnades pour mignards espiègles. Mais papas rassurez-vous, je ne vais évidemment pas oublier de penser à vous et vous ferai part des quelques gargotes et troquets qui se trouvent à proximité.

Bien, alors déjà comment s'y rendre? Evidemment, et comme toujours il y a plusieurs options. Celle que je conseille parce ce que c'est la meilleure à tout point de vue (et je dis ça en toute objectivité), c'est de prendre le funiculaire à partir de la rue "Ujezd". Alors à coup sûr, j'entends déjà la suspicieuse belle-maman qui s'est invitée à l'improviste dans la famille pour le week-end objecter: "Ah ouais! et pourquoi que c'est la meilleure des solutions, ça?". Et là, si vous n'avez inconséquemment pas prévu la réplique immédiate z'êtes cuit, fait comme un rat dans une taupinière. Mon pauvre Monsieur, si vous vous tapez le chemin en sens inverse de ce que je vais vous expliquer, alors finie la journée, non seulement vous allez souffler comme une vieille carne tuberculeuse, mais vous pouvez aussi faire une croix sur "Stade 2".
Alors la réplique immédiate: "Vouis belle-maman, bien sûr, vous avez raison à tout point de vue, mais LES (insistez sur le nombre...) raisons pour lesquelles cette solution est la meilleure sont que vous fatiguerez moins vos varices (adaptez diplomatiquement votre discours, belle-mère = susceptible), vos petits enfants adorent le funiculaire, c'est bien plus rapide et donc on passera plus de temps dans le parc". Essayez également de mettre les mouflets dans le coup de façon à ce qu'au moment opportun ils s'accrochent à vos frusquent en brayant "oh vouis papa, le funiculaire, le funiculaire...".

Bon, et en haut alors qu'est ce qu'il y a? Alors en haut il y a plein de trucs sympas, certains vétustes (c'est comme le NTM, c'est-à-dire ni Mickey la souris, ni Flipper le dauphin), mais vraiment sympas. Et je vais donc vous parler des principaux trucs sympas. Les autres (statues, églises, filles en short...) vous les verrez bien par vous-même si vous y allez.

Le funiculaire, le problème avec celui-là c'est qu'il est souvent hors service, pannes inopinées, remises en états périodiques, va savoir quoi d'autre... 3 fois déjà depuis l'été dernier. Par contre quand il fonctionne c'est top.
Il est rigolo tout plein avec sa ligne unique qui se divise au milieu pour le croisement des cabines. Il y a une station intermédiaire qui mène au restaurant "Nebozízek" mais vous pouvez l'oublier... Le resto est globalement cher, la bière est moyenne ("Krušovice"), et il y a souvent du vent en terrasse. Enfin si vous voulez impressionner belle-maman, ouais, bôf, essayez, mais c'est très snob, infatué. Les hûppês prâgois pârvenus s'y arrêtent âprês âvoir laissé toutou Kiki faire câcâ dans les hêrbettes.

Le planétarium "Štefánikova hvězdárna". Ben là je ne vais rien vous dire sinon qu'il existe, parce que pour l'instant j'y suis pas encore allé. Ah si, tout de même, un truc important. Faites gaffe en cherchant des infos, parce que le vrai planétarium, l'officiel, il se trouve à Prague 7, et c'est pas du tout celui dont c'est que je vous en parle en ce moment, qui lui aussi est officiel mais en plus petit, c'est une succursale. Donc précisez bien à la vendeuse "Štefánikova hvězdárna, Petřín". Et tiens, tant que vous y êtes, si jamais vous y allez, écrivez-moi voir comment c'est.

Le mur de la faim. Eh ben voilà encore un bel exemple de pantalonnaderie bien tchèque. Selon les guides touristiques pour éclopés mentaux profonds, il s'appellerait comme ça (le mur de la faim) car au XIVème siècle, le bon roi "Charles IV" (et oui, encore lui) en aurait sollicité la construction sur ses propres deniers afin d'offrir du travail (et donc des revenus) à son bon peuple en proie à la bonne famine. D'aucuns argumentent de plus que notre bon roi philanthrope serait allé lui-même mettre la main à la tâche plusieurs heures par jour, fagoté de guenilles afin de se confondre au bon prolétariat.
De cette incroyable aventure auraient notamment surgi (entres autres inspirations) les soupes populaires, les "congés intempéries" dans le bâtiment, et la brouette à moteur hydraulique. La bibliothèque nationale en conserverait témoignages sur un vieux daguerréotype qui fut traduit en latin et illustré en couleur à cette même époque (XIVème siècle) par un certain Dalimil, manuscrit récemment acquis aux enchères à Drouot par le conservateur de la bibliothèque de Prague et exposé au public pour une durée de deux semaines avant rénovation (du manuscrit).
Enfin croyez-le ou non, c'est écrit dans certains guides touristiques (pour éclopés mentaux profonds). Personnellement ça me semble totalement loufoque, d'abord parce que la famine à débutée le 17 novembre 1361 à 19:47 et le mur de la faim était alors déjà en construction depuis plus d'un an (13 mai 1360 au 25 décembre 1362, remise des clés, devinez à qui?), et que deuxièmement, tant qu'à faire trimer les crève-la-faim, notre bon roi qui n'était pas une andouille les aurait fait besogner sur un édifice autrement plus indispensable qu'un bête mur, genre un stade de foot de St Denis, un drive-in Mc Donald... Enfin chais, pas un truc utile, genre. Bref allez-le voir, et faites vous votre propre opinion.

"La mini tour Eiffel". Ben comme le planétarium, j'y suis jamais allé. Oh ce n'est pas par manque d'occasion mais par peur du vertige. Les tours, promontoires et falaises ne me font pas du bien, et tant qu'à être en proie au vertige je préfère celui de l'ivresse à celui de la hauteur. Passons. Je suis persuadé que la similitude avec la tour Eiffel de Paris n'aura pas échappée à votre sagacité perspicace. Non seulement l'architecture, le matériau et l'époque de construction sont identiques, mais sachez également que les 2 cimes se trouvent exactement à la même hauteur par rapport au niveau de la mer, bien que la mini soit 5 fois plus petite que la maxi.
"La mini tour Eiffel" de Prague fut construite sur l'initiative du "club des touristes tchèques" en 1891 (2 ans après la tour Eiffel de Paris) afin de prouver à Gustave "qu'une petite bien montée" vaut bien "une grande mal placée". En effet, alors qu'Eiffel, qui résidait en haut de sa tour pour se livrer à des expériences d'aérodynamique appliquée sur les chats persans à poil ras (Cattus Persanae Nonpoiluxalanus), ne parvenait pas à voir au-delà de 80 kilomètres de distance par beau temps, notre "club des touristes tchèques", quant à lui, pouvait admirer avec l'aide d'une simple paire de jumelles et en tout temps les ébats amoureux des tortues géantes (Geochelone Elephantopus) sur les îles Galápagos (activité qui, soit dit en passant, requiert une solide dose de patience compte tenu de leur cycle reproducteur de 14 ans, mais bon, c'était pour la bonne cause, pour en boucher un coin à Gustave).
Démonstration fut faite, et ce n'est que longtemps après, dans les années 1990 que l'on découvrit la raison de ce phénomène qui fait appel aux lois les plus avancées de la physique quantique de l'optique réfractaire sur la propagation photonique à charge instable en milieu anisotrope (je vous fais grâce des détails, chuis pas spécialiste en la matière). Tout ça pour vous dire de ne pas oubliez vos jumelles lors de votre promenade à "Petřín", peut-être que vous aurez de la chance avec les tortues à poil ras.

Puis y a le labyrinthe. Alors là, attention, c'est top, vraiment génial, le clou de la balade et je m'en vais vous expliquer pourquoi dans quelques lignes.
Mais tout d'abord un peu de culture. Le bâtiment fut construit en 1891, mais ce n'est qu'en 1893 qu'il devint le labyrinthe dont on peut profiter aujourd'hui. Il contient, outre le labyrinthe en soi (en verre, en fait), des glaces déformantes, et à la sortie, un superbe diorama de plus de 10 m de long représentant les pitoyables armées suédoises sur le pont Charles (oui je sais, encore lui... ben oui...) battant retraite lors de la guerre de 30 ans après avoir subi une mémorable déculottée de la part des vaillantes troupes tchèques affaiblies par une dysenterie inopportune provoquée par ces mêmes troupes suédoises qui déféquaient pendant le siège de la ville dans les puits d'eau potable environnants, ignorant de leur réelle utilité (les primitifs). Bien, et maintenant pourquoi le labyrinthe est un élément crucial dans votre flânerie dominicale? Et ben tout simplement parce que vous allez astucieusement proposer à belle-maman d'entrer la première dans le dédale, prétextant que vous payez les billets: "allez-y belle-maman, tout droit, au fond à droite, comme les toilettes. J'arrive de suite...".
Si tant est que votre belle-mère est constituée de la même matière que la plupart d'entres-elles, à savoir un grain de bon sens, une pointe d'intelligence, et une provision insoupçonnée de cassecouillerie inépuisable, alors vous aurez la paix pour environs 3/4 d'heure ce qui s'avèrera être largement suffisant pour vous offrir une mousse-saucisse à la guinguette la plus proche. Si de surcroît, et avec la complicité des polissons qui vont distraire son attention, vous réussissez à lui barboter ses lunettes de vue avant qu'elle n'entre dans le labyrinthe, je vous promets une bonne demi-heure supplémentaire de répit. Et maintenant, dites-moi voir si c'est pas génial ça, comme idée bonarde? Dernier conseil, éteignez votre téléphone mobile si belle-maman en est malheureusement pourvue, mais pas plus de deux heures car si d'ici à la fermeture de l'attraction elle n'a pas refait surface vous êtes bon pour appeler les secours et organiser une battue à la belle-doche.

Et pendant que la vieille chouette se cogne méthodiquement le groin contre toutes les glaces habillement disposées à cet effet, vous pouvez pleinement profiter des buvettes environnantes. Alors je vous conseille celle qui se trouve sur la petite place jouxtant la mini tour Eiffel, généralement moins bondée que celle située sous (la mini tour Eiffel). Certes, le taulier pratique des prix sans aucun rapport avec les gobelets en plastique et les portes saucisses en carton qui vous seront distribués, mais bon, c'est pas tous les jours dimanche, et profiter des quelques minutes de tranquillité sans belle-doche ça vaut bien quelques sacrifices. Les saucisses sont généralement bonnes et bien grillées (si tant est que vous aimez les saucisses bien grillées), et la bière est bien fraîche (si tant est que vous aimez la bière bien fraîche).
N'hésitez pas à vous installer sur l'un des bancs à disposition, même partiellement occupé, afin de disposer des 2 mains pour disperser les nombreuses guêpes qui vont inéluctablement s'abattre sur vos saucisses bien grillées et votre bière bien fraîche. Attention, n'oubliez pas auparavant de demander aux convives la permission d'envahir les bouts de banc et de table libres. Les Tchèques sont spécialement tatillons sur ce fondement de la bienséance, mais on ne le serait pas moins si en 100 ans d'existence on eut été occupé par l'envahisseur les 2/3 de ce temps.

Après avoir récupéré belle-maman la bave aux lèvres furibonde de colère, et après l'avoir convaincue que vous vous êtes perdus aussi mais que les chérubins débrouillards ont trouvé la sortie en 10 minutes, vous pourrez enfin terminer cette partie de campagne en redescendant de l'autre côté d'où que vous êtes venus, par "Strahov".
Cette option n'est toutefois envisageable qu'au cas où vous ne seriez pas pressés par le temps, car le chemin, plus long, est agrémenté de nombreuses curiosités retardatrices (sans parler des guinguettes). Aussi en cas de hâte, retournez sur vos pas, et si besoin est prenez à nouveau le funiculaire. Concernant la durée de la promenade, c'est à vous de voir. Tout dépend de ce que vous souhaitez visiter, de l'empêtrement de belle-maman dans le labyrinthe... Bref, comptez tout de même 3 heures car en deçà c'est trop court, au-delà c'est trop long.