samedi 27 juillet 2013

Ville: L'église St Jean Népomucène de Hradčany

Et sans pourtant être un édifice incontournable de nôtre capitale, l'église St Jean Népomucène mérite assurément quelques lignes. Tout d'abord parce que plusieurs génies se sont penchés sur son berceau. Ensuite parce qu'elle est en tout début de route vers le Nouveau Monde, coin splendide pour une balade dominicale avec taverne indispensable en fin de parcours. St Jean Népomucène, je ne vous en parle pas parce que vous pouvez lire tous les détails dans une publie à lui déjà consacrée.

L'histoire
Nouveau monde? Cette appellation se développa vers 1360, lorsque le quartier vint à se peupler de nouveaux résidants intra-muros après la construction par le bon roi Charles IV des nouveaux remparts de la ville. Le nom devint définitif sous Rudolf II au tournant des XVI et XVII ème siècles. Et justement, l'histoire préhistorique de notre église commença en cette époque, vers 1370, lorsque l'archevêque de Prague "Jan Očko z Vlašimi" fonda céans un bouge à loques moribondes sous la protection de St Toine et Ste Babette. Le devenir de l'hôpital devint ensuite confus. Certaines sources affirment qu'il disparut suite aux guerres hussites, alors que d'autres le mentionnent fin XV ème siècles, souvent comme "à l'abandon" (mais pas toujours). Par contre il fut affirmativement renouvelé en 1547 ou 1574, selon les sources (mort de rire comme une faute de frappe peut changer 27 ans), renouvelé en range-croûton pour les employés émérites du château en fin de parcours.
L'édifice fut ensuite endommagé par les Suédois (fumiers!) en 1648, et malgré des rafistolages de-ci de-là, le complexe se détériorait globalement.

Mais restons-en là pour le moment avec l'hôpital, et passons aux ursulines. Pareil, les sources divergent. Selon une source, les frangines seraient arrivées à Prague en 1655 sur l'invitation de la comtesse "Sibylle Lamboy" dont le nom familial m'est totalement inconnu. Selon une autre source, les ursulines seraient arrivées toujours en 1655, mais sur l'invitation de la comtesse "Kateřina Lamingerová (z Albenreuthu)", née "Lobkovic" et pouze de "Wolf Maximilian Laminger (von Albenreuth)", alias "Lomikar", négativement connu (Wolf) en pays Chod (patrie de ma chérie d'amour) pour avoir aboli les privilèges centenaires des indigènes et avoir fait pendre leur meneur "Kozina" à "Plzeň" le 28 novembre 1695 sur l'emplacement de l'actuelle brasserie "Pilsner Urquell" (ma Mecque à moi) où se trouve, derrière le phénoménal portail d'entrée, une plaque commémorative rappelant l'évènement.
Pour l'anecdote, avant d'être pendu, "Kozina" proféra une malédiction sur la tête de "Lomikar", comme quoi que dans un an et un jour, il le suivrait devant le tribunal d'à bondieu. Ben à la date dite, et juste au moment où "Lomikar" festoyait avec ses potes tout en se foutant de la prophétie, il succomba à un fractus c'est rébral (selon "Alois Jirásek", car en vérité vraie, "Wolf Maximilian Laminger [von Albenreuth]" décéda un peu avant la prophétie, le 2 novembre 1696). Aujourd'hui encore, si vous vous rendez en pays Chod, et tout particulièrement à "Trhanov" ("Chodenschloß" en Germain) où j'ai déjeuné il y a seulement quelques semaines, vous entendrez parler du méchant croque-mitaine "Lomikar". Et pas seulement de la bouche des anciens du village, que vous en entendrez parler, même les gosses en bas âge ont toujours la trouille que s'ils ne mangent pas toute leur assiette, que s'ils ramènent des mauvaises notes à l'école (à la maison), que s'ils n'obéissent pas et continuent à se fourrer les doigts dans le nez, ben l'ignoble "Lomikar" bouh bouh bouh viendra les poker sur fesse-bouc. Les boules trop matisantes. Bon, mais revenons aux ursulines.

Et donc elles arrivèrent à Prague en 1655, et fin XVII ème siècle, elles reçurent en cadeau une maison, aujourd'hui sur la gauche de l'église St Jean. Mais une maison, hein, pour faire quoi? Aussi elles firent rapidement appel aux meilleurs architectes, en l'occurrence les "Dientzenhofer" père et fils, afin qu'ils transforment la demeure en couvent, et qu'ils y adjoignent une église (ça peut toujours servir). Alors pareil, pas mal de questions sur qui de quoi sans vraiment de réponse. L'on sait qu'en ces temps, "Kilián Ignác" travaillait aux côtés de "Kryštof" afin de parfaire son expérience. Mais lequel des 2 fut l'architecte du couvent? L'on sait également qu'après la mort du père en 1722, le fils termina l'église St Jean et qu'il en modifia en profondeur les plans d'origine, au point que l'on considère aujourd'hui l'édifice comme la première oeuvre religieuse de "Kilián Ignác".
Allez savoir... à nouveau les sources sont dans ce cas confuses, sinon contradictoires. Quoi qu'il en soit, la pose de la première pierre eut lieu le 20 octobre 1720. L'église fut terminée en 1728, le couvent en 1729, et à partir de 1722 (mort du père), le fils dirigea seul les constructions. Notez que Jean Népomucène fut canonisé en 1729, et que les travaux furent ainsi tout juste terminés pour la consécration de l'église en la même année (trop fort moi j'dis).

Ah oui dis-donc, et puisqu'on en parle du St Jean... Savez-vous pourquoi l'église lui fut-elle consacrée? Bon, ok, c'était le grand barouf en Bohême juste avant la canonisation, et l'AOC (Appellation d'Olibrius Catholique) "St Jean Népomucène" faisait vendre comme "François Hollande" au printemps 2012.
Mais il y eut encore une autre raison. Une des soeurs (apprentie étudiante en bonnes moeurs) de la marque Ste Ursule fut un jour malade grave. Mais si grave malade, qu'on pensait même qu'elle allait y passer (ou y rester, peut-être même les 2). Elle se mit alors à prier St Jean Népomucène très fort, mais si fort pria-t-elle qu'elle s'en trouva guérie. Elle en fut d'ailleurs guérie si tellement, que ce fut l'un des 4 miracles attribués à St Jean, lesquels lui permirent d'obtenir l'auréole (parce qu'il le vaut bien). Comme quoi, l'importance d'un pet de nonne dans une canonisation... sans dec, vaut mieux être croyant que d'entendre ça moi j'dis.

Entre temps, l'hôpital St Antoine et Ste Babette (à droite de l'église) se détériorait grave, aussi l'empereur Charles VI (en Bohême et dans l'empire, mais Charles II en Autriche, et Charles III en Hongrie et Spagne) émit en 1732 un décret de remise en état.
Les premiers plans sortirent de la tête de l'architecte peu connu "Tomáš Haffenecker", mais ils furent refusés par la commission de réfection, laquelle, aux vues du couvent d'à côté, déménagea le projet en les mains de "Kilián Ignác Dientzenhofer". Les travaux eurent lieu entre 1733 et 1738, et seulement 10 ans plus tard, l'hôpital fut (par manque de maladie?) confié à l'artillerie pour y loger ses canonniers. Le couvent des frangines de Ste Ursule connut le même sort en la même année, du coup notre église St Jean se retrouva toute seule entre 2 bidasseries, et ce jusqu'à la fin de la première guerre mondiale. Ensuite, les bâtiments furent utilisés par la corporation pour l'achèvement de la cathédrale St Guy afin d'y loger les ouvriers comme les architectes ("Kamil Hilbert" entres-autres). Je rappelle à toutes fins utiles que la partie Ouest de la cathédrale, en particulier la façade que tous les touristes photographient avidement, fut achevée en 1929 et que loin d'être gothique, elle n'est que néo-gothique.
Et finalement, après l'arrivée de la chienlit con-muniste au pouvoir, l'ancien hôpital comme l'ancien couvent furent transformés en administration pour les besoins du château (administration présidentielle), fonction que les édifices remplissent encore aujourd'hui.

Et l'église alors? Elle fut désacralisée en 1784 par l'empereur Joseph II, et jusqu'en 1861 elle servit d'entrepôt de sel. A partir de cette date, l'édifice acquit l'obédience évangéliste, et servit d'aumônerie pour les besoins de l'armée. En 1902, l'église reprit l'obédience catholique pour les cadets de l'école militaire, et fut enrichie du mobilier comme des tableaux de l'église St Adalbert ("Vojtěch") de la "cour royale" ("Králův dvůr"), domaine détruit en début du XX ème siècle pour faire place à la maison municipale. Après le coup d'état de la chienlit con-muniste (1948), l'aspect spirituel fut aboli dans l'armée, mais l'humour perdura chez les camarades généraux militaires. En effet, ces derniers émirent plusieurs bonnes idées d'adaptation de l'édifice à un usage profane, genre cinéma, gymnase, terrain de foot, piscine, etc...
Bonnes idées, certes, mais qui ne tenaient absolument pas compte de la taille réduite du bâtiment. Finalement, l'église St Jean fut rendue à l'archevêché de Prague, lequel en fit le même usage que pour 99% des autres églises: aucun. Et ce, jusqu'au retour de la démocratie en 1989. Depuis 2001, l'église St Jean Népomucène sert de nouveau aux besoins spirituels de l'armée (en a-t-elle, l'armée, des besoins spirituels?), mais sert également comme lieu de recueillement et de prière pour la paix dans le monde (dixit la propagande catholico-militaire officielle).

Description
Notez tout d'abord que l'église n'est pas orientée mais occidentée. Bon, c'est pas la seule, mais c'est suffisamment singulier pour être signalé. La façade, sur un terrain particulièrement pentu, comprend en son centre un portail surmonté d'une fenêtre en ogive confinée entre 2 pilastres géminés sur les flancs desquels se trouvent 2 niches fournies de statues. La façade est surmontée d'un tympan brisé, lui-même surmonté d'une tour rectangulaire à horloge et d'une troisième statue.
Les 3 statues proviennent de l'usine "Matěj Václav Jäckel", responsable de 3 statues sur le pont Charles, et d'une douzaine sur la façade de l'église St Barth. Les statues sur la façade de notre église représentent de la gauche, par le haut, vers la droite:
- Joseph, des fleurs de lys dans un bras, le p'tit Jésus dans l'autre. Le lys est symbole de pureté. Et Joseph le tient non pas pour chasser l'odeur de p'tit Jésus qui s'est fait dessus, mais parce que Zepp et Marie vécurent dans la chasteté de l'abstinence du stupre obscène, ce qui est totalement incompréhensible aujourd'hui, même pour un prince de l'église (à en croire les journaux). Tiens, parenthèse sordide de très mauvais goût (mais qui me fait rire. Ceux qui ne rigolent pas de tout, s'abstenir). C'est 2 cardinaux qui se retrouvent à Rome pour l'occasion des dernières élections papales, et l'un dit à l'autre: "dis-donc, t'aurais pas pris du poids depuis la dernière fois?"
Et l'autre répond à l'un: "Ah non non, je rentre toujours dans du 8 ans".
- La statue du haut, c'est St Jean Népomucène.
- Et la dernière statue à droite, c'est St Sigismond, un des patrons de la Bohême dont les reliques ont été apportées à Prague par le bon roi Charles IV, parce que s'il est bien une chose dont on manquait cruellement à Prague, c'est bien des reliques.

La nef intérieure est unique, octogonale, plafonnée d'une voûte peinte de fresques "Václav Vavřinec Reiner" à propos duquel je vous avais longuement parlé dans ma publie sur l'église St Barth, et que je vous avais encore mentionné (par pure coïncidence) dans plusieurs publies suivantes. La fresque plafonnale de 1727 en l'église St Jean Népomucène représente l'apothéose de lui, de St Jean, ses miracles, ainsi que des épisodes rigolos de sa vie. Pour en savoir plus sur St Jean, je vous invite à lire ma publie susmentionnée, qui vous éclaircira les fresques de notre église St Jean.

En fait, la fresque principale est à plusieurs niveaux. Tout en haut et au centre, 5 petits anges tourbillonnent comme des mouches avec dans leurs mimines les attributs du saint: la palme, symbole du martyr, le pont Charles, l'outil du martyr, la langue, raison du martyr, et d'autres, qu'on voit mal, parce que sans dec, "Václav Vavřinec Reiner" est allé peindre ce foutu truc tout en haut, d'où qu'on voit tellement mal qu'on y voit rien tellement y a pas de lumière comme il faut. Sous le niveau "p'tits anges", vous avez la plèbe qui admire et honore le saint (notez les splendides trompes-les-yeux, comme le bougre accoudé au balcon...). Et sous la plèbe, vous avez le dernier niveau représenté par des cartouches évoquant certains passages de la vie de St Jean, comme la guérison miraculeuse de l'alopécie anale de la nonne de Ste Ursule, St Jean mis à la porte du concert des Rolling Stones pour enregistrement illégal sur son iPhone...

En dehors de la monumentale fresque, vous avez 3 autres fresques plus petites. Au-dessus de la tribune d'orgue, d'un côté, vous pouvez voir St Jean, ligoté comme une rosette de Lyon et martyrisé.
De l'autre côté est représenté son jetage dans le fleuve Vltava depuis le pont Charles. Au-dessus du hall d'entrée, entre la tribune d'orgue et la coupole principale, est représenté le retrouvage de St Jean sur les bords du fleuve, tout gonflé comme une grosse jubarte, les mouettes dessus attablées. Puis il est encore une fresque au-dessus du retable de l'autel, représentant 2 petits anges montant vers les cieux avec la langue de porc... de St Jean, attribut exclusif et à lui spécifique.

Le retable principal représente l'arrestation de St Jean Népomucène (pour excès de vitesse à vélo sur le pont Charles), et serait, selon une source, une oeuvre de "Michael Willmann" de 1705, selon une autre source, une oeuvre de "Jan Kryštof Liška", le beau-fils de "Michael". Comme pour les 2 autres tableaux représentant St Adalbert ("Vojtěch") et St Jean les vents j'ai liste (parfois assimilé au "disciple bien aimé", grand débat toujours ouvert), on ignore s'ils sont de "Michael Willmann" ou de "Jan Kryštof Liška".
Par contre ils datent de 1701, et proviennent de l'église détruite St Adalbert de la détruite "cour royale".

Voilà, rien de plus sur l'église St Jean Népomucène. Il ne vous reste plus qu'à y jeter un oeil lors de votre prochaine balade au Nouveau Monde. Et si vous faites une halte au Boeuf Noir, mettez un pied au cul et un poing dans la gueule du serveur, il n'en recevra jamais assez. Attention, pas le grand barbu tout fade, l'autre, le tout primitif, cambré comme un singe, dont le détestable et permanent comportement de pisse-vinaigre antipathique justifierait à lui seul le rétablissement du duel après jetage de gant sur le groin. Sa simple présence en ce bas-monde est une insulte à l'évolution de la vie sur notre planète. Quand vous le rencontrerez, vous saurez exactement de quoi je parle. L'église se trouve là: 50.0903092N, 14.3933386E.

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