vendredi 11 janvier 2013

L'Epopée Slave: 19 - L'affranchissement du servage en Rus

Bon, ben chuis complètement perdu avec la numérotation des croûtes. C'est quand même formidable que selon les sources, vous n'ayez pas une numérotation unique? Ben non, selon les sources, c'est soit l'une soit l'autre de numérotation.
Du coup, ben je vous laisse choisir le 19 ou le 3 pour cette toile-ci. Mais choisissez plutôt le 19, parce que le 3 je l'ai déjà utilisé pour l'introduction de la liturgie slave en Grand'-Moravie. Sinon cette publie va être succincte car elle ne concerne pas vraiment la République Tchèque. Je ne vous en aurais d'ailleurs pas dit rien du tout, si je n'avais découvert des éléments particulièrement étonnants concernant ce tableau, éléments que personne au monde jusqu'à présent n'avait remarqués (si si, z'avez bien lu, personne au monde, sauf moi, p'tit phénomène subtilement talentueux que je suis).

Alors cette oeuvre-ci d'Alfons Mucha de la série l'Epopée Slave s'intitule "l'affranchissement du servage en Rus" ("Zrušení nevolnictví na Rusi"). Parenthèse linguistique (est-il mot logique?). "Rusi" ici est le pluriel de "Rus", et désigne dans la langue tchèque un parasite domestique mais également un citoyen de la Russie dont le comportement invasif est parfois identique à celui de la précédente vermine (cf. un certain printemps 68). Du reste ne rigolez pas, parce que "Rus domácí" se traduit en Français par "blatte germanique", véridique.
Eh, à chacun son parasite (accessoirement sa croix). Bon, mais retour aux Rus. En Tchèque donc, autant le Russe citoyen que la Rus espace géographique s'écrivent de façon identique au nominatif: "Rus/Rusi" (singulier/pluriel). Cependant au locatif, cas qui nous intéresse dans "zrušení nevolnictví na Rusi", "Rusi" représente le locatif singulier, et désigne ici clairement la Rus en tant qu'espace géographique et non le citoyen (ou la vermine) lequel au locatif singulier s'écrit "Rusu / Rusovi" (heureusement que ma chérie d'amour est callée en langues slaves, parce que moi, en dehors de la bière...). Aussi toutes les traductions genre "L’affranchissement des paysans russes", "The Abolition of Serfdom in Russia", "Jobbágyfelszabadítás Oroszországban" et "ロシアの農奴制の廃止" sont fausses, car elles parlent de Russe/Russie en lieu et place de Ruthène/Rus (heureusement que ma copine hongroise est callée en Japonais, parce que moi, en dehors de la bière...).
Maintenant le terme Rus (accessoirement Rus' avec apostrophe) n'existe pas officiellement car l'on devrait parler de Ruthénie et non de Rus. Sauf que la Ruthénie peut designer plein de trucs, comme par exemple l'Ukraine-subcarpatique qui n'est en fait qu'un tout petit bout de la Rus. Je parlerai donc de la Rus afin de rester fidèle à L'fons (Mucha), malgré qu'on se parle bien de la suppression du servage sur le territoire Russe en 1861. Alors les perdus rassurez-vous, j'ai moi-même des problèmes à comprendre. Russe et Russie sont un tel sac de noeuds qu'on est content de ne pas les avoir en Europe :-)

Contexte
Après avoir pris une raclée pan-pan-cul-cul lors de la guerre de Crimée (1853-1856), le tsar Alex II pensait s'en prendre quelques vacances, histoire de souffler un chouïa (et refroidir du séant). Mais pas de bol, le mécontentement populaire vint le rappeler à ses devoirs. En fait en ces temps, et contrairement à la majorité des états européens, la Russie possédait encore des serfs (terme incolore et politiquement correct pour dire "esclave"). Et pas quelques centaines, ni quelques milliers, mais plusieurs millions de personnes dont le statut était "immobilier", et qui étaient vendus, achetés, chicanés selon le bon vouloir des propriétaires (je vous laisse découvrir par vous-même les détails, pour ceux que ça intéresse, Internet en est plein de).
Source de mécontentements et de révoltes paysannes, il était grand temps d'en finir avec le servage pensa le tsar afin de faire entrer la Russie dans l'ère moderne du charbon à vapeur. Certes, mais en contentant les esclaves, il allait se fiche à dos les maîtres. Aussi il pondit un édit ménageant la chèvre et le chou, où les serfs russes devenaient libres sous conditions, lesquelles conditions étaient impossibles à remplir.

Mise en oeuvre
Le tableau de 810 x 610 cm peint en 1914-1915 (donc avant la révolution bolchévique) fut largement suggéré (imposé?) par le mécène et loufdingue "Charles Richard Crane".
Personnage interlope, slavophile, arabophile, hittlerophile et antisémite pour n'évoquer que les plus remarquables qualificatifs, ce bougre avait financé toute l'Epopée d'Alfons. Vous comprenez ainsi qu'il eut été embarrassant pour ce dernier de refuser la requête du précédent. Alfons partit cependant pour la Russie en 1913 tout plein d'entrain et d'optimisme dans ses poches, se disant que bon, ben ok, sujet imposé, mais pourquoi pas après tout? Nouvelle découverte, nouveau challenge, nouveau thème et nouveau tableau. Toutefois lorsque sur place il découvrit la misère sociale, l'oppression et la pauvreté culturelle du peuple, son dessein premier d'une peinture heureuse glorifiant joyeusement la liberté enfin acquise prit un tournant à 180°. Parenthèse.
A nouveau je ne voudrais ici ni polémiquer, ni xénophober, ni généraliser l'individuel sur toute une nation, mais pour côtoyer fréquemment le touriste popov ici à Prague, je dois dire qu'encore aujourd'hui, 100 ans plus tard et dans sa grande majorité, le quidam russe est primitif, inculte dans le savoir vivre, grossier dans la manière, et rustique dans l'art de se comporter en public. A croire qu'il va encore falloir plusieurs révolutions avant que cette plèbe agreste n'apprenne à tenir le couvert à 2 mains, mâcher la bouche fermée, boire la bouche vide et saluer le passant dans la rue avant de l'interpeler en Russe. Du reste Gérard Depardieu qui vient d'obtenir la nationalité... grossier... Enfin bref... Le retour de Russie fut pour Alfons un soulagement et clairement un tournant dans la composition de cette toile. L'aurait-il pour autant peinte à contre-coeur? Difficile à dire, mais l'apathie est patente. Ne sentez-vous pas comme une atmosphère pesante, des couleurs glauques et blafardes comme pour annoncer qu'il se passe quelque chose de "pourri dans le royaume du tsar-mark"?

La scène
La scène se passe en plein hiver, le 3 mars 1861 (selon le calendrier grégorien, mais le 19 février selon le calendrier julien, utilisé par les Popov jusqu'à la révolution et toujours en usage auprès de la cléricafarderie orthodoxe) sur la Place Rouge. Le ciel chargé de lourds nuages est visiblement constipé, les pauv' boug' sur la place aussi, et l'annonce de l'affranchissement ne semble pas les réjouir outre mesure. Sur la droite, l'on aperçoit le Kremlin et droit en face, sur presque 50% de la toile, la splendidement fabuleuse cathédrale de Basile le peinard. Notez qu'il s'agit de la seule et unique bâtisse réellement existante de toute l'Epopée peinte sur une toile. Tous les autres édifices représentés sur les 19 autres barbouilles ne sont que pure fiction.
Entre le Kremlin et la cathédrale, vous pouvez apercevoir la tribune circulaire depuis laquelle l'édit fut dit, et au sommet de la tribune, les ombres (qu'on dirait des silhouettes, mais z'allez-voir plus loin, la surprise) des officiels présents lors de l'annonce d'une telle importance. Sur la place, la plèbe vaque à ses occupations habituelles sans excès d'alléluia ni d'allah à k'bar. Finalement, un brin de soleil illumine le fond du tableau, comme pour souligner une bribe d'éclaircie dans la triste condition du peuple écrasé par la bourgeoisie et le capitalisme.

Anecdotes et découvertes mondiales
Alors notez que pour la composition de sa peinture, Alfons Mucha utilisa des photos prises sur place, en Russie en 1913 (tout juste 100 ans plus tôt qu'aujourd'hui, eh oui), et que nombreux personnages peints sont de fidèles répliques des personnages sur les clichés.
Je vous ai mis quelques images comparatives afin que vous puissiez apprécier la ressemblance. J'ignore si ces photos furent prises par Alfons en personne, mais ce qui est sûr, c'est qu'elles servirent assurément à la composition. Et c'est en recherchant justement ces personnages réels sur la toile, que je découvris d'autres personnages que personne ne s'attendait à voir ici. Attention, c'est une exclusivité "du blog à Strog". Tiens, dans l'esprit de "Où est Charlie?", Alfons a peint des con-munistes notoires que vous ne pouvez louper, si vous avez cependant l'oeil perçant, l'esprit sagace et l'appareil photo qui va bien.

Regardez dans la foule, à droite, au niveau des têtes derrière le gros barbu pris en photo. Alors? Vous ne voyez rien? Karl Marx et son épouse Jenny.
Et maintenant, si vous regardez sur la gauche, toujours au niveau des têtes de la foule, avec sa casquette et son écharpe? Eh ouais, ce vil tyran de Joseph Staline. Et c'est pas fini, regardez sur la tribune d'entre la cathédrale et le Kremlin, sur la gauche, la silhouette sombre. En agrandissant proprement, on découvre le syphilitique Vladimir Lénine. N'est-ce pas énorme? Alors ok, c'est anachronique, guère historique, mais complètement loufoque non? Et ça se trouve, y en a encore d'autres, des bougres con-munistes cachés dans la toile. De fait, la prochaine fois que vous irez visiter la Galerie Nationale, collez bien proprement vot' reniflard sur la toile en question, et fouinez en détail à la recherche de Charlie.

Bon, ben après une telle découverte, je n'attends rien de moins qu'un prix Nobel de la trouvaille du siècle. Eh! Trop fort le Strogoff.

NB & Disclaimer: je signale à toutes fins utiles, et parce qu'on ne sait jamais avec les gens d'aujourd'hui, que les 3 con-munistes sont un montage truqué à la Strogoff par moi-même. Alfons Mucha n'a jamais peint ces 3 foutres sur sa toile, jamais jamais. C'est un canular pour rigoler, genre c'est pour du beurre, et donc n'allez pas remettre ça dans une thèse ou le soutenir en publique. Vous passeriez pour une andouille d'exposition internationale, et je réfute à l'avance toute responsabilité envers les néfastes conséquences (suicide?) qui pourraient advenir suite à la prise au sérieux de cette cocasse facétie mystificatrice. Paix soviétique, avenir socialiste et honneur au travail camarade lecteur.

2 Comments:

Anonymous HanaF said...

Jako vždy jsem se opět pobavila, kam na ty nápady chodíš? Ti komouši jsou dokonalí, zvlášť ten Lenin. Kdysi (v socprehistorii, samozřejmě) jsme měli v závodní jídelně jeho sochu, která nám přesně v této pozici koukala do talíře.
A já jsem na té výstavě pořád ještě nebyla :-(

17 janvier, 2013 01:52  
Blogger Strogoff said...

Dekuji Hanko, dekuji za chvalici komentar. Napady, kam na ne chodim? No, jednak do galerii, a pak do hospod :-))) Na Muchu jsi jeste nebyla? Vsak on te neutece. Mam dojem ze tam bude jeste dlouho, dokud ho neodstehujou na jine misto. Nicmene v Praglu uz asi zustane.

18 janvier, 2013 08:50  

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