mercredi 31 octobre 2007

Ailleurs: La Ste trinité sur la colonne d'Olomouc

Pis on va à nouveau sortir de Prague tout en restant dans la peste, pour aller dans une des plus belles et des plus culturellement riches villes de la République Tchèque (après Prague, bien entendu), "Olomouc". Et là, mine de rien, je viens le plus sérieusement du monde de me fiche dans la m... noire jusqu'aux oreilles rien qu'en écrivant la première ligne. Eh ouais, parce qu'"Olomouc" n'est pas en Bohême mais en Moravie. Et les Moraves ne supportent pas les Tchèques (de Bohême) et les praguois en particulier. On peut même aisément dire qu'ils haïssent les praguois d'une force incompréhensible de mon point de vue. Pourquoi? Ben parce que les praguois ont une ville (Prague) encore plus splendide que toutes les leurs (enfin toutes les leurs, une ou deux, pas plus non plus), et qu'en Bohême on brasse une bière incommensurablement supérieure qu'en Moravie, tout simplement. Jalousie, frustration, complexe, infériorité... enfin tout ce côté obscur de la force qui mène à la haine, à l'aversion, à l'intolérance et à la méchanceté gratuite. C'est bête comme comportement, parce que par exemple en Moravie, ils fabriquent du vin un peu meilleur qu'en Bohême. Et parfois même ils sont capables de faire du vin acceptable, pour autant que vous en restiez à la première gorgée, contrairement d'en Bohême où même la première lampée est inavalable. Tiens, ça me rappelle une anecdote véridique. Quand vous commandez du vin en République Tchèque dans un troquet et que vous demandez au loufiat "z'avez quoi comme vin?", alors en Bohême vous entendrez la réponse "du blanc et du rouge" (du coup prenez une bière), tandis qu'en Moravie, l'on vous répondra "du vin morave"
(alors prenez du hongrois s'il y en a, sinon une bière, mais demandez une bière de Bohême). Bon, et comme j'y connais vraiment rien en vin, qu'il soit d'ici ou de là, je vous laisse lire les commentaires du meilleur sommelier du monde (eh ouais, rien que ça). L'autre truc aussi qui me fiche dans la m... noire jusqu'aux oreilles rien qu'en écrivant la première ligne, c'est qu'en Moravie, il y a encore "Brno", et donc si un praguois (moi en l'occurrence) s'en va écrire qu'"Olomouc" c'est mieux ou pire que "Brno" qui est pire ou mieux qu'"Olomouc", et ce sur n'importe quel sujet, alors ça va lui rentrer dans le lard fichtrement gras et profond. Bon, alors faut vraiment que je fasse hyper gaffe à ce que je vous raconte. Ceci dit, je n'ai personnellement aucune animosité envers les Moraves, d'abord parce que c'est pas de leur faute, les pauvres, et surtout parce que j'ai toujours eu la chance de rencontrer des Moraves sympas (sans doute parce que je n'ai pas un accent praguois), contrairement à ma chérie d'amour qui pourrait vous en raconter velu sur leur bête méchanceté envers elle, la pauvre chérie, alors qu'elle n'est même pas de Prague mais de "Domažlice".

Bref, en Moravie, on y resté 2 jours, on a visité plein de trucs (kek publies à viendre), et je dois dire que vraiment, "Olomouc" m'a beaucoup plu(e?). J'y retournerai sûrement un jour, parce qu'il y a des tonnes de choses à voir, c'est énorme d'histoire, d'architecture et de sympathie.
Mais aujourd'hui je vais vous parler de la colonne de la Ste trinité ("Sloup Nejsvětější Trojice"), classée patrimoine mondial par l'UNESCO car (Dixit): "la colonne de la Sainte Trinité d’Olomouc est un des exemples les plus exceptionnels de l’apogée de l’expression artistique baroque d’Europe centrale" et "elle constitue une démonstration matérielle unique de la foi religieuse en Europe centrale pendant la période baroque, et l’exemple d’Olomouc en est sa plus exceptionnelle expression". Bon, autant je suis entièrement d'accord avec la première raison du classement UNESCO, que pour la seconde... enfin bon, je ne vais pas à nouveau pisser au bénitier de l'église comme dans mes précédentes publies.

Donc on doit la colonne de la Ste trinité à l'architecte local, mais cependant architecte impérial (enfin tailleur de pierre au départ), "Václav Render" (ou "Wenzel Render" dans la version allemande). Local, il l'est resté toute sa vie, car en dehors d'"Olomouc", le gaillard a si peu voyagé qu'on ne lui attribue aucune oeuvre en dehors de la Moravie, mais peu importe. Selon la légende, tout aurait commencé par une lettre au conseil municipal datée de 1715 dont la teneur était: "En l'honneur et à la gloire de dieu tout puissant, de la vierge Marie et de tout les saints, je construirai une colonne qui n'aura d'égal en hauteur, ni en beauté dans aucune autre ville." Eh ouais, ça fout les boules, parce que ce n'est pas en l'honneur de la fin de la peste en Moravie (1714 - 1716) qu'il construisit cette colonne (ou alors en partie), mais surtout pour glorifionorer l'église catholique, la foi et tous ses animateurs.
Et justement, c'est par l'intermédiaire de la Ste trinité que c'était le plus simple. La Ste trinité comme soleil lumineux, représentation baroque classique (c.f. "Angelus Silesius, Le Voyageur chérubinique"), dieu étant le soleil, son fils la lumière offerte, et le St esprit les rayons étincelants des 2 précédents. Et en plein soleil, quand il fait vraiment beau et que le vrai soleil fouette la cime dorée de la colonne de vrais rayons vraiment étincelants, ben les vrais croyants vous diront qu'ils les voient, les dieux, les fils et les St esprits dans le soleil reflété sur la Ste trinité de la colonne. Mais commençons par le début.

Vous vous souvenez de la peste, la grande peste noire bubonique qui file des pustules purulentes dégueulasses et qui atteignit la Bohême vers 1713, puis la Moravie en 1714, que tout le monde croyait que c'était la punition divine qui s'abattait sur ses épaules d'impie mécréant et qui, une fois contaminé (mais des fois même avant, en prévention), sollicitait le pardon céleste plutôt que de bouffer de la pénicilline, de la céphalosporine, de la gentamycine, de la streptomycine et de la tétracyclines, l'immonde peste qui poussait chaque brebis à implorer la guérison du ciel par des prières, des processions, des dons de toute sa fortune aux pauvres (ou pire, à l'église), des promesses de pèlerinages à genoux jusqu'à Compostelle ou Jésus-ralem... vous vous souvenez? (sinon lisez "Daniel Defoe, Journal de l'année de la peste").
Ben elle fut si intense et carabinée à "Olomouc", qu'en période de pleine activité, en 1715, l'on dû faire encercler la ville par l'armée afin d'empêcher les milliers de pestiférés de quitter le nid pestilentiel et propager le mal dans tout le royaume. Evidemment, dans ces conditions, les dons en argents affluaient à une vitesse ahurissante afin que l'humain construise et que dieu pardonne. C'est ainsi qu'à "Olomouc" vous pourrez donc voir 2 monuments en hommage de la peste, la colonne mariale ("dolní náměstí") et notre colonne de la Ste trinité. Sauf que comme je vous le disais auparavant, une fois la peste passée, l'on changea l'objet du consacrement de "peste" en "église & religion". Sans dec, j'aurais été la peste en ce temps, je serais revenu dare-dare leur tomber grave sur le râble à cette bande d'ingrats. Bref, donc en plein boum de l'épidémie du mal, très exactement le 29 octobre 1715, le bourgeois (citoyen d'une ville appartenant à la classe moyenne et dirigeante, n'exerçant aucun métier manuel et jouissant d'une situation aisée, voire de certains privilèges, par opposition à l'ouvrier prolétaire gréviste ou au paysan laborieux misérable) "František Ignác Wieber" et l'architectimpérial "Václav Render" écrivirent au conseil municipal leur souhait de vouloir construire une colonne votive d'abord la plus haute, parce que c'est le plus facile, et ensuite la plus belle, s'il reste du temps et du pognon. Et c'est là que la légende s'est foutue dedans, parce que cette première lettre coécrite, d'octobre 1715, n'était aucunement liée à la colonne de la Ste trinité, ou si, mais pas complètement, parce qu'en l'honneur de la peste, ce même "Václav Render" construisit la colonne mariale
(dont je ne vous parlerai pas aujourd'hui) mais ne lui plaisant pas suffisamment, enfin le projet n'étant pas à la mesure de son ambition affichée (la plus haute et la plus belle des colonnes), il écrivit alors en janvier 1716 une autre lettre au conseil municipal afin qu'il intercède auprès de l'évêché en faveur de la construction d'une autre colonne consacrée à la Ste trinité et aux Sts patrons de la peste. Et c'est de celle-ci dont je vous parle aujourd'hui. C'est ainsi qu'en 1716, notre architectimpérial s'attela à 2 lièvres simultanément, à la vraie colonne de la peste, la colonne mariale, financée en plus grande partie par des pauvres ladres, et à la fausse colonne de la peste, la colonne de la Ste trinité, financée en plus grande partie par "Václav Render" lui-même. Et là arriva un évènement pour le moins tragicomique, parce que l'exceptionnelle oeuvre que l'architectimpérial s'apprêtait à bâtir ne pouvait évidemment pas se trouver ailleurs que sur la place centrale, à l'emplacement exact où se trouvait déjà la fontaine d'Hercule, oeuvre des artistes "Michael Mandík" et "Václav Schüler" (on leur doit encore d'autres fontaines à "Olomouc", Neptune, Jupiter et autres tritons...). Il s'y trouvait aussi là la cahute de la maréchaussée, dite "BewachungshausFürDieÜberwachungDerHauptplatzDerOlmützStadtWoDaßVáclavSeinenBrunnenBauenWollte", qui subit le même sort que la fontaine, mais elle n'est plus donc c'est pas important. Bref, et comme "Václav Render" voulait l'emplacement occupé, il n'hésita pas à écrire une lettre anonyme, oui monsieur, oui madame, anonyme la lettre, au conseil municipal lui demandant donc de bien vouloir déplacer ailleurs et aux frais de la mairie la cahute et la pompàflotte,
parce que l'emplacement bêtement occupé serait vachement plus opportun pour une splendide colonne comme celle que s'apprêterait à construire le fort talentueux architectimpérial d'incommensurable renommée "Václav Render". Evidemment, ça fit beaucoup rigoler toute la mairie qui n'eut même pas l'occasion de remercier le facétieux plaisant pour la bonne blague, la lettre étant anonyme. Mais sans réponse, l'anonyme bougre obstiné finit par se faire connaître, et dans une seconde lettre adressée au même conseil, il réitéra sa requête avec cette fois-ci quelques significatives améliorations. D'abord il prenait à sa charge les coûts des déménagements (cahutépompàflotte), et afin que la mairie ne se retrouve pas avec un fourbi onéreux sur les épaules en cas de décès du commanditairexécutant, il s'engageait à léguer tout son héritage à la veuve chantier s'il advenait à mourir de son vivant. Du coup, ben ça changeait totalement les règles du jeu car la mairie accepta, et en avril 1716 l'on put se mettre à l'oeuvre en déménageant la fontaine et la "Bewachungshaus". Mais voilà, notre gaillard avait vu grand, très grand et très cher, au point que sans doute trop cher et trop grand tellement les choses n'avançaient plus, de part son implication sur d'autres chantiers (rémunérés), et de part ses piteuses finances de poches trouées. Il décéda en 1733, et comme promis, légua ce qu'il lui restait d'infortune à la poursuite du chantier car de son vivant, l'oeuvre ne fut terminée qu'à hauteur du premier étage et de la chapelle du dedans. Selon sa volonté testamentaire, c'est son ami "František Thoneck" qui reçut la chance de poursuivre son oeuvre, mais il n'en fut rien... enfin pas grand chose. D'abord parce que le "František" avait ses chantiers à lui qui l'occupaient honnêtement, et ensuite parce qu'il décéda 5 ans plus tard, en 1738, avant même d'avoir pu faire le tour du problème.
Il fut suivi dans la maîtrise-d'oeuvre par "Jan Václav Rokický", qui déjà en 1737 s'occupait de la colonne de la Ste trinité de part l'indisponibilité de "František Thoneck". Eh bien croyez-le ou non, mais "Jan Václav" décéda dans la même année que son pote "František" (1738), et c'est son fils "Jan Ignác Rokický" ... qui hérita du boulet de la "Ste trinité". Tiens, pour l'anecdote, toujours en 1738 décéda encore le sculpteur "Filip Sattler", mais j'y reviendrai plus tard, quand je parlerai de la déco. En 1741 il y eut la guerre de succession de la maison d'Autriche, et les travaux sur la colonne furent remis sine die. En 1744 le chantier était toujours en chantier, et le conseil municipal commençait à se poser la question du "bon, et maintenant on fait quoi?" Difficile de dire si le retard... enfin le non avancement était lié à la guerre, au manque de financement, au "Jan Ignác Rokický" ou encore à autre chose, mais quoi qu'il en fut, en septembre 1745 la tâche de la colonne fut retirée à "Jan Ignác" pour être confiée à "Augustin Scholz". On trouva même un nouveau sculpteur pour la déco sculpturale en la personne d'"Ondřej Zahner", mais j'y reviendrai plus loin sur ce gaillard. Pis comme on en était aux appels d'offres (non JCDecaux, plus tard les abris-bus), alors le conseil municipal se mit également en quête du doreur pour la Ste trinité ainsi que pour la vierge Marie et son cortège. Comme d'habitude, on prit finalement le moins cher, en l'occurrence "Jan Šimon Forstner" qui créa ainsi l'oeuvre de sa vie, mais également de sa mort puisque qu'après ce travail où il fut en contact avec des métaux toxiques (plomb, mercure...), sa santé décrépit rapidement, il devint aveugle, et végéta comme un légume ses derniers 20 ans sur terre.
Bref, une fois les choses reprises en main par la municipalité, celles-ci (les choses) avancèrent bon train. Enfin pour un temps, parce qu'en 1751 décéda l'architecte "Augustin Scholz", et l'année suivante le sculpteur "Ondřej Zahner". "Maudits des glandes qu'on est" pouvait-on entendre à la mairie, "maudits des glandes, pourris de la chance et vérolés de la scoumoune" rajoutaient d'aucuns. Mais une fois qu'ils eurent dit ça, le problème restait entier. Alors pour faire simple, ils re-confièrent la tâche à quelqu'un qui connaissait déjà le sujet, celui qui avait perdu la confiance du conseil municipal et qui allait la récupérer grâce aux aléas de la fortune, "Jan Ignác Rokický" tandis que son disciple "František Scherhauf" se voyait confier la tranche "sculpture". En juin 1752 l'on posa le pilier de la colonne, 1 an plus tard l'on enduit les pierres de conservateurs (huiles chaudes, térébenthine, huile de lin, poudre de plomb...) et l'on descendit l'échafaudage. L'inauguration eut lieu le 9 septembre 1754, quelques 37 ans après la bonne idée du pauvre bougre "Václav Render", en présence de l'impératrice Marie-Thérèse et de son mari François 1er Etienne de Lorraine, comme le rappelle le chronogramme côté sud sous le relief de St Pierre. Parenthèse. En autrichien il s'appelle "Franz I. Stephan von Lothringen" (soit François 1er Etienne de Lorraine), or en français il existe sous les noms de François-Etienne de Lorraine, ou duc François III de Lorraine et de Bar, ou encore François 1er du St Empire Romain Germanique. Alors n'allez pas me le confondre avec un autre François 1er de Lorraine, second duc de Guise, dit le "balafré", à l'origine de la première guerre de religion en France vers 1562, ce ne sont pas les mêmes.
Fin de parenthèse. Le cardinal "Ferdinand Julius Troyer" fit péter du goupillon, l'armée du canon (3 salves de 12 pièces), une bafouille symbolique de l'impératrice dans le micro et hop, l'affaire fut bénie bien proprement. Mais ce n'est qu'en Janvier 1756 qu'eut lieu la première messe en la chapelle du dedans de la colonne, parce que faut dire qu'elle n'est pas bien pratique non plus la chapelle, parce que pas très grande et qu'on ne peut donc pas y mettre trop de monde.

Sinon, un chronogramme est une inscription où les lettres majuscules correspondent à des chiffres romains et qui, additionnés, donnent une date liée à l'évènement décrit. Ainsi dans notre cas nous avons: trIVnI VeroqVe Deo praesentIbVs aVgVstIs franCIsCo atqVe theresIa CoLossVs Iste a CardinaLe troIer ConseCratVs 9. sept. (Au triplunique et vrai dieu, en présence des altesses François et Thérèse, le présent colosse consacré par le cardinal Troyer, 9 septembre), et si vous additionnez les grandes lettres (majuscules), soit IVIVVD - IVVVI - CICVI - CLVI - CDILI - CCV vous obtenez 1 5 1 5 5 500 - 1 5 5 5 1 - 100 1 100 5 1 - 100 50 5 1 - 100 500 1 50 1 - 100 100 5 = 1754. Dingue non? Ou encore, gLorIa Deo patrI Deo fILIo Deo paraCLeto (Gloire à dieu le père, au fils de dieu, au paraclet divin, sachant que le paraclet est parfois considéré comme le St esprit, parfois comme le défenseur, consolateur, réconforteur... enfin bref, le paraclet quoi). Pareil, donc si vous additionnez LIDI - DILI - DCL soit 50 1 500 1 - 500 1 50 1 - 500 100 50 vous obtenez 1754. Au nord-est: saCrata sInt eI soLI CorDa oMnIa (Qu'à lui seul soient consacrés tous les coeurs), CI - ILI - CDMI = 100 1 - 1 50 1 - 100 500 1000 1 = 1754. Pis un p'tit dernier pour la route, au nord-ouest, In fIDe pLena spe fIrMa CharItate perfeCta
(Dans la foi complète, le ferme espoir, est la charité parfaite), IIDL - IM - CIC = 1 1 500 50 - 1 1000 - 100 1 100 = 1754. Inutile de vous dire que la colonne de la Ste trinité devint un symbole de fierté morave, et non seulement de par la beauté de la chose, mais aussi parce qu'uniquement érigée et décorée par des artistes locaux. Ah comme ils étaient fiers les Moraves de leur colonne, ah pour sûr que Prague n'avait pas d'équivalent. Pis arriva la guerre de 7 ans, avec elle les Prussiens, qui en 1758 mirent le siège à la ville à grands coups de bombardements soutenus comme à l'accoutumée. Bien évidemment les boulets s'abattaient de partout, et malheureusement sur la colonne de la Ste trinité itou. Mais ça, ce n'était pas acceptable, attends, eh t'es con ou quoi le Prussien? La colonne de la Ste trinité, la fierté morave bombardée? Du coup, les habitants de la ville improvisèrent rapidement une grande procession, et aux cris de pater noster au ministère, d'ave Maria au secrétariat, et de spiritus sancti aux spaghettis (ne cherchez pas, c'est Morave) s'en convergèrent au devant de la soldatesque ennemie. Là, les représentants de la ville furent reçus par le généralissime, le mercenaire gentleman écossais "Francis Edward James Keith", lequel souscrivit à leurs doléances et fit immédiatement rediriger les pièces d'artillerie sur d'autres cibles. Et en l'honneur de cet évènement, ben vous pouvez encore voir un facsimilé de boulet doré incrusté dans la colonne, entre la Ste trinité et la vierge Marie. Mais attends, c'est pas tout. "Olomouc" était tellement fier de sa colonne qu'il la fit graver sur des plaques de cuivres (eau-forte?) par l'artiste (local bien sûr) "Jan Antonín Freindt", et 2 exemplaires furent carrément envoyés à Rome dans le secret espoir qu'ils finissent sur le bureau du St Père
(et pas dans ses toilettes), des fois qu'il n'aurait rien d'autre à foutre que de se rendre en personne à "Olomouc" pour contempler (bénir?) le splendide St fourbi. Il n'en fut rien. Enfin pas en cette période, le pape ne vint à "Olomouc" qu'en 1995.

Il est curieux de noter qu'on ignore totalement en quelle période eut lieu le changement d'intention, je veux dire qu'au début, la colonne de la Ste trinité comme la colonne Mariale devaient être consacrées à la peste noire bubonique qui file des pustules, etc, etc... et sur les plans (enfin le modèle) construit par l'architecte originel "Václav Render", la déco tenait justement compte des St patrons de la maladie (St Roch, St Seb...). Or sur l'édifice final, ils ont été remplacés par des patrons de la ville d'"Olomouc" et des notoriétés de l'église locale (ben tiens). Fut-ce un choix de "Václav Render", de ses successeurs, ou du conseil municipal une fois que celui-ci reprit les rênes du chantier? Ceci-dit, il eut été couillon d'avoir à quelques 100 mètres de distances 2 colonnes consacrées à la même maladie, avec sensiblement les statues des mêmes saints. Tiens... et à propos... lorsque le chroniqueur (local) "Florián Josef Loucký" écrivit son livre en 1746 sur la ville d'"Olomouc" pompeusement intitulé "Popis královského hlavního města Olomouce", "description de la capitale royale Olomouc",
qui est bien sûr erroné parce qu'"Olomouc" n'a jamais été capitale, à moins qu'il ne faille considérer "hlavního města" dans le sens "métropole" au sens historique, romain, c'est à dire capitale administrative d'une province... auquel cas oui, pourquoi pas, enfin c'est juste pour ne pas induire le lecteur en erreur... bref, donc lorsque "Florián Josef Loucký" dépeignit la ville en 1746, il mentionna bien entendu la colonne de la Ste trinité malgré qu'elle n'était pas terminée. Or en zieutant de près sur les plans, il remarqua (parce qu'il était perspicace) que l'apôtre Thaddée (appelé aussi Jude, c'est le même) se trouverait en double (selon les plans) sur la colonne, une fois sur un bas relief, et une fois en statue bien réelle. Il fit donc sagacement part au conseil municipal de sa découverte, que ce serait fichtrement dommage de gaspiller un emplacement comme ça, et qu'on pourrait peut être y mettre un autre saint, genre... chais pas... tiens, ben St Florian, pourquoi pas? Eh bien croyez-le ou non, le St Florian s'y trouve aujourd'hui sur la colonne, contrairement à ce qui avait été prévu par "Václav Render".

Bien, donc la colonne de la Ste trinité mesure 35 m de haut, possède un diamètre moyen de 17 m au sol et se termine par une colonne pyramidale (pire amygdales :-) à 6 faces posée sur le socle à une hauteur de 20 m. Elle se présente sur le modèle d'une pièce montée (gâteau) de mariage à 3 étages consacrés (les étages) à Jésus et à sa famille, aux apôtres, témoins et saints, et à des membres de l'église morave de l'époque. C'est le symbole du triomphe catholique, l'apothéose de la recatholisation de la Moravie, symbole accentué par la présence de l'archange St Michel combattant l'hydre de l'hérésie.
Le bus de la religion à l'heure de pointe catholique. Se trouvent donc dessus 18 statues de hauteur 220 à 240 cm. Tout en haut St Joseph (époux de Marie), Ste Anne (maman de Marie), St Joachim (époux de Ste Anne et papa de Marie), St Jean-Baptiste (fils d'Elisabeth et de Zacharie, cousins de Marie), St Laurent ("Vavřinec", et alors le lien avec Marie m'est totalement inconnu) et St Jérôme (pareil, je n'ai aucune idée du lien avec Marie, en dehors du fait qu'il défendait sa virginité [de Marie] comme un chacal sa charogne). Au second étage, vous trouverez St Cyrille (il convertit et baptisa 99,75679% de la population de Grande-Moravie), son frère ainé St Méthode (archevêque de l'archidiocèse de Grande Moravie et traducteur en Slave [Glagolitique] de la bible en Latin), St Blaise (alors là, pourquoi celui-là, si quelqu'un possède la réponse...), St Adalbert ("Vojtěch", évêque de Prague, St patron de la Bohême, et évangélisateur des tribus baltiques), St Jean de Népomucène (je vous renvoie à ma publie sur "Kladruby" où j'y consacre un long paragraphe) et "St Jan Sarkander" (sur lequel je reviendrai en détail plus loin). Et au rez-de-chaussée enfin, nous avons St Maurice (chais pas pourquoi, si quelqu'un tient la réponse, qu'il me la lâche...), St Venceslas (c'est évident), St Florian (pourquoi? Sinon que comme St Maurice, il était légionnaire romain sous Maximien et Dioclétien et qu'il mourut en martyr pour sa foi), St Jean de Capistran (grand prêcheur de la foi chrétienne, il prononça 2 fois dans la ville d'"Olomouc" d'édifiants sermons à l'encontre des hussites [1451-1452 et 1454] mais on lui doit surtout la victoire contre les Turcs à Belgrade en 1456 où il imita Jeanne d'Arc au siège d'Orléans, haranguant les soldats afin qu'ils montent au combat), St Antoine de Padoue (en référence aux franciscains du couvent de l'immaculée conception et d'autres encore,
qui arrivèrent là par centaines après les prêches de Jean de Capistran lui-même franciscain), St Louis Gonzague (jésuite, patron des étudiants et de la peste dont il est mort à 23 ans, pas la moindre idée pourquoi qu'il est sur notre colonne ni quel est le rapport avec "Olomouc"). Et entre chacun des saints du rez-de-chaussée, vous noterez les petits anges armés de leurs petits soleils (lumière). On les appelle "světlonoš" en Tchèque, quelque chose comme "porte-lumière" en Français, ou encore Lucifer, du latin Lux (lumière) et Ferre (porter). Eh ouais, Lucifer était un ange avant d'être le dragon, le malin, le diable, Belzébuth, Satan, Méphistophélès (lisez l'apocalypse, chapitre 12, la bataille entre les anges fidèles menés par l'archange Michel et les anges rebelles menés par Lucifer: 12:7 Et factum est proelium in caelo...) La symbolique? Ben ces chérubins ne sont pas des anges mais des séraphins, la plus haute hiérarchie angélique en contact direct avec dieu le père. Ils sont porteurs du feu divin, de la lumière, et de la purification. Selon la légende, ils auraient le pouvoir de consumer les péchés mais surtout de dévoiler aux hommes leurs destins, en illuminant de leurs petites lampiottes le chemin qui les mène vers la raison de leur existence terrestre (en passant par dieu, bien entendu). Et pourquoi donc croyez-vous que "Václav Render" les a placés aux côtés des St Maurice, St Venceslas, St Florian, St Jean de Capistran, St Antoine de Padoue et St Louis Gonzague, simples mortels dont les actes héroïques ci-bas (selon l'église) les conduisirent à la canonisation? Et sinon vous verrez encore entre les statues et au-dessus des fenêtres (lucarnes) 12 bas-reliefs des 12 apôtres (aux étages 1 et 2) et des 3 vertus catholiques (au 3 ème étage, la foi, la mour et les spoirs). Et pour terminer, les trucs dorés, donc au milieu de la colonne: St Marie de l'assomption, au dessus vers la gauche: le boulet prussien de 1758, et tout en haut: la St trinité avec l'archange Michel.

Pis pour l'anecdote, lorsque le conseil municipal prit la suite de feu "Václav Render", il changea carrément plusieurs des statues, et ce sans même tenir compte des familles... groupes... catégorie... enfin le conseil municipal a tout mélangé. Sur l'original, celui de Venceslas ("Václav"), devaient se trouver tout en haut les époux Zacharie et Elisabeth (parents de St Jean-Baptiste et cousins de Marie) au lieu de St Laurent et St Jérôme. Ca donnait du sens puisqu'on avait que des membres de la famille de Marie (vierge). Au second étage, le ménage fut encore plus impressionnant. Là devaient se trouver originellement les papes St Grégoire 1er le grand, St Léon 1er le grand (aussi), et les évêques St Ambroise de Milan et St Augustin d'Hippone (docteurs de l'église romaine). Ils furent remplacés par St Blaise, St Adalbert, St Jean de Népomucène et "St Jan Sarkander" plus du cru que les originels. Seuls Cyril et Méthode sont restés, parce qu'ils sont bien en rapport avec la Bohême-Moravie. Et au rez-de-chaussée devaient se trouver St Louis (Louis IX le Capétien), St Étienne Ier de Hongrie ("Szent István") et St Léopold III d'Autriche (famille Babenberg, "Markgraf von Österreich, Leopold III. "der Fromme", Leopold III. "der Heilige"), mais ils furent remplacés par St Louis Gonzague, St Antoine de Padoue et St Jean de Capistran, pas vraiment plus du cru que les autres, mais plus catholiques, plus curés, plus orthodoxes que des rois et des princes "terrestres". Eh mais attends voir, et l'apôtre Thaddée (Jude) alors? Celui que "Florián Josef Loucký" avait dit qu'il serait en double? Il n'est mentionné nulle part? Bon, sans doute encore un changement de dernière minute.

Alors les statues sont les oeuvres de divers sculpteurs.
Le premier à avoir travaillé un bout fut le sculpteur "Filip Sattler", mais il ne laissa pas grand chose car il décéda la même année que "Václav Render" (1738), et à l'instar de ce dernier, comme aurait dit ma femme de ménage "on ne le sentait pas trop dessus". Il ne laissa donc que 6 reliefs d'apôtres (au premier étage de la pièce montée). Ensuite l'on mit en selle "Ondřej Zahner", et lui, ce fut une autre marque de café, un vrai bourrin de course parce qu'il sculpta pratiquement tout le reste, à savoir les 18 statues, les 12 angelots séraphins, les 6 derniers reliefs des 6 autres apôtres du second étage, les 3 reliefs des vertus, ainsi que les groupes dorés Ste trinité et vierge Marie sur la colonne. Pour l'anecdote, "Ondřej" acheta et emménagea dans la maison de "Václav Render" lorsqu'icelui déménagea sous terre pour cause de décès. "Ondřej Zahner", enfin "Andreas Zahner" parce qu'il était d'origine franconienne (de Franconie), prit en secondes noces Marie-Pauline Niedermayer, fille d'un horloger de la ville. Mais manque de bol, il décéda 15 semaines après le mariage à l'âge de 42 ans, et c'est Marie-Pauline qui s'assura que les chantiers en cours seraient terminés comme promis, en l'occurrence celui de la colonne St trinitale. Bien que notre gaillard oeuvra principalement en Moravie, il est un digne représentant de la période baroque en royaume Tchèque, et n'a pas à choper la honte face à des "Matyáš Bernard Braun" ou "Ferdinand Max Brokoff". Encore aujourd'hui, l'on peut voir une bonne centaine de ses oeuvres splendides sculptées dans divers matériaux (pierre, bois, stuc...) principalement pour l'église qui était son principal commanditaire (cathédrale Sv Venceslas d'"Olomouc", l'église Vierge Marie à "Pňov-Předhradí" près de "Kolín" en Bohême, "kroměříž", "Holešov"...).
Pis n'oublions pas encore les disciples d'André, "Wolfgang Träger" et "Jan Michael Scherhauf", qui achevèrent les oeuvres du maître sur la colonne de la Ste trinité sous la direction de sa veuve Marie-Pauline.

La chapelle du dedans, je ne l'ai pas vue parce que c'était fermé, et apparemment on n'y accède pas tous les jours. On y verrait 6 reliefs sur le thème de l'offrande (ou du sacrifice?), Caïn faisant offrande à dieu de sa moisson pourrie (dieu refusa et ça se finit mal, Genesis 4:3), Abel faisant offrande à dieu des agneaux nouveau-nés (dieu accepta mais ça se finit mal aussi, Genesis 4:4), l'holocauste de Noé après le déluge (j'y reviendrai), dieu demandant à Abraham de lui sacrifier son fils Isaac (mais ça se finit bien, parce que dieu préfère le méchoui de mouton, Genesis 22:2), Abraham préparant le barbecue de bélier pour dieu (à la place de son fils Isaac, pas assez tendre, Genesis 22:13) et la mort du Christ sur la croix (offrande de qui, sacrifice à qui?). Rapide parenthèse sur Noé. Lorsque le déluge prit fin: aedificavit autem Noe altare Domino... Noé construisit un autel pour l'Eternel, il prit de tous le bétail pur et de tous les oiseaux purs, et les offrit en holocauste sur l'autel (Genesis 8:20). L'Éternel sentit une odeur agréable, et l'Éternel dit en son coeur: je ne maudirai plus la terre, à cause de l'homme, parce que les pensées du coeur de l'homme sont mauvaises dès sa jeunesse, et je ne frapperai plus tout ce qui est vivant, comme je l'ai fait (Genesis 8:21). Alors premier truc, c'est quoi un animal pur? Deuxièmement, c'était bien la peine de sauver les animaux du déluge pour les bruler sur l'autel ensuite. Troisièmement, comment un dieu qui sent en la mort (sacrifice) d'êtres vivants une "odeur agréable" peut être sympathique? Quatrièmement, l'Eternel infaillible reconnaitrait-il avoir fait une erreur (contrition)? Cinquièmement, si "les pensées du coeur de l'homme sont mauvaises dès sa jeunesse", alors faut le foutre au gnouf dès sa naissance et lui bourrer sa pernicieuse tête à coup de pieds au cul de saintes écritures, plutôt que de l'envoyer en élevage à l'école de la République.
Sans dec, faut vraiment ne pas avoir lu, ni appris et encore moins réfléchi pour espérer comprendre ça. Enfin bref...

Parlons maintenant un peu du "Jan Sarkander" (ou "Sarkandr", c'est pareil, 1576-1620), parce que ça ne s'invente pas non plus ça. Comme je vous le disais auparavant, les Moraves n'ont pas spécialement de bienveillance avec Prague, et c'est pour cette raison qu'à une époque (baroque) où Prague se mit à aduler St Jean de Népomucène, les Moraves s'inventèrent alors le leur de St Jean, bien morave et pas praguois, avec cependant exactement les mêmes caractéristiques (et le même prénom). Oyez plutôt. En 1616, "Jan Sarkander" devint curé de "Holešov", sur les terres du "hejtman" ultra catholique "Ladislav Popel z Lobkovic" (le jeune, 1566-1621, fils de "Ladislav II Popel z Lobkovic") dont il ("Jan Sarkander") devint le confesseur. De l'autre côté, du côté protestant se trouvait le sieur "Václav Bítovský z Bítova", homme de poigne et de franc-parler, qui n'avait rien d'autre à fiche de son temps que de chercher des noises dans la tête des autres catholiques, à des "Ladislav II Popel z Lobkovic", mais aussi à un certain "Albrecht Václav Eusebius z Valdštejna" alors quidam inconnu. En 1619, en pleine période de révolte des états à Prague, notre "Ladislav" catholique perdit de son pouvoir (comme tous les catholiques) et conseilla à ses potes (dont "Jan Sarkander") d'aller apprécier la verte couleur de l'herbe en des contrées plus calmes. Ben du coup, notre curé s'en alla faire un pèlerinage à "Częstochowa" (Pologne), histoire de se rappeler au bon souvenir de la madone noire. Il revint en Moravie en novembre 1619, au moment où les mercenaires du roi catholique polonais
"Zygmunt III Waza" s'en faisaient régulièrement des razzias en Moravie, profitant du chaos politique et sous prétexte de s'en prendre aux "infidèles" (protestants). En février 1620 donc, les cosaques polonais arrivèrent aux portes de "Holešov" pour s'en aller commettre le pillage habituel qui allait bien, mais ils furent accueillis par une procession menée par "Jan Sarkander", aux cris de pater noster vive le munster, d'ave Maria dans la pizzeria, et de spiritus sancti tutti-quanti (ne cherchez pas, c'est Morave). Le curé de "Holešov" convainquit les polaques que c'était mal, que le village était bien catholique, peuplé de citoyens catholiques administrés par un sieur bien catholique aussi, mais que s'ils voulaient vraiment piller quelque chose, histoire qu'ils ne soient pas venus de si loin pour rien non plus, ben qu'il y avait les terres du "Václav Bítovský z Bítova", hérétique protestant s'il en est, et fripouille sacrilège notoirement impénitente. Mais revenons un peu en arrière. Lorsqu'en mai 1619 (renversement de "Brno") les protestants prirent le contrôle de la Moravie "Václav Bítovský z Bítova" devint substitut du "hejtman" d'"Olomouc" ("Albrecht Sedlnický z Choltic" second, membre du directoire des états à Prague), en charge des affaires militaires et juridiques. Et c'est à ce dernier titre (juridique) qu'en mars 1620, "Václav Bítovský" s'en alla régler un léger différent avec le curé "Jan Sarkander", qui venait alors d'apporter le sus-mentionné conseil avisé aux pillards polonais. Les chefs d'accusation étaient nombreux: le voyage à "Częstochowa" était une mission commandée par "Ladislav Popel z Lobkovic" pour appeler les catholiques polonais et habsbourgeois à la rescousse (trahison?), les cosaques polaques avaient ravagé les terres "protestantes" à la demande du curé (incitation au pillage?), il était bon catholique alors que l'accusation était bien protestante (hérésie?), bref, le pauvre bougre avait tout faut, et surtout, surtout on voulait savoir le secret de la confession de
"Ladislav Popel z Lobkovic" pour l'écrouer avec preuves formelles de haute trahison, et lui planter des cure-dents électriques sous les ongles de ses mains coupées. "Jan Sarkander" ne parla pas. Il fut torturé proprement sur un chevalet, pendant longtemps, mais ne dévoila rien de ce qu'il ne savait pas (comme Jean de Népomucène). La légende raconte que dans le trou puant de sa sombre cellule, il tournait avec sa langue les pages du bréviaire, ne pouvant se servir de ses membres désarticulés par la torture. Mais curieusement la légende ne raconte pas comment il allumait la lumière. Bref, il mourut au gnouf des suites de l'incessant mauvais traitement. Après la bataille de la montagne blanche, "Václav Bítovský z Bítova" fut rattrapé par la justice, reconnu coupable de comportement inapproprié (voir excessif) et fut à son tour torturéxécuté. A ce propos, je vous renvoie vers un fantastique article (malheureusement en Tchèque pour les non-tchécophones) où vous apprendrez qu'une fois "Albrecht Václav Eusebius" devenu The Albert, et une fois "Václav Bítovský z Bítova" appréhendé par la justice, le sieur de Wallenstein, qui n'avait rien oublié des entourloupes déplaisantes du "Bítovský", rédigea une lettre circonstanciée à l'attention de son ordure d'altesse l'empereur Ferdinand II, dans laquelle il se fit un attentif plaisir à charger le râble du protestant afin qu'il s'en prenne bien gravement sur sa couenne impie de sale bougre. Extrait:
"Ce Bítovský sait de la rébellion (des états) et de ses dessous, des éléments nettement plus importants (!?), et c'est pourquoi, moi, Généralissime de Wallenstein, me permets de conseiller à votre majesté de le faire torturer, car quand bien ne voudrait-il point déposer sur la chose, en tant qu'un des meneurs de la révolte des états il mérite la torture assurément." C'est propre, genre comme lettre de motivation, ça donne envie de l'embaucher. Fin de parenthèse. Le culte du martyr "Jan Sarkander" commença donc à se propager comme la peste noire bubonique en Moravie, en Silésie, et en Pologne (moins en Bohême déjà contaminée par le virus St Jean de Népomucène). Il fut béatifié en 1859 et sanctifié en 1995 par Jean-Paul second. Alors évidemment, on peut se demander d'abord pourquoi a-t-on mis le gaillard sur la colonne de la Ste trinité puisqu'il n'était que simple individu, même pas béatifié, en l'époque de la construction du monument, et ensuite on peut se demande qu'est-ce qui a conduit le Jean-Paul II à sanctifier ce bougre là? Car je ne suis pas un expert en sanctification, mais si je me souviens bien, le candidat posthume doit avoir accompli 2 miracles dans sa vie. Déjà 1 c'est tordu balaise, genre parce qu'il faut encore qu'il soit reconnu par les instances compétentes, mais 2 miracles, c'est déjà un troisième en soi. Or dans le cas de notre gaillard, je me demande bien ce qu'on lui a trouvé, sinon qu'il tournait les pages du bréviaire avec sa langue (alors que d'aucuns cueillent les cerises avec la queue, sans être sanctifiés pour autant). J'ai bien recherché le procès en canonisation sur le riche site du Vatican, mais rien.
On parle bien de "Jan Sarkander" en plusieurs langues, mais rien sur son procès en sainteté. Alors j'ai quand même trouvé ça sur le Net, mais bon, c'est léger, donc si vous avez mieux, pensez à moi, merci. Et pour finir donc sur le sujet "Sarkander", j'ai visité la chapelle consacrée au saint à Olomouc (c'est début XX ème siècle). Oui, sympa, si vous passez dans le coin, mais vraiment pas de quoi vous en faire une publie entière (vont pas m'aimer les Moraves). Je vous ai également pris 2 photos des 2 Jean ("Sarkander" et Népomucène) qui se trouvent là, et donc en voyant ça et en sachant ceci, qu'on ne vienne pas me raconter que le clonage et la duplication génétique datent de la semaine dernière, parce que mon zoeil, les curés connaissent le secret depuis des centaines d'années, sauf que les leurs de brebis ne s'appellent pas Dolly mais "Jan". Et puisqu'on en est à finir sur les sujets, alors pour finir sur le sujet de la Ste trinité, oui, c'est à voir. C'est à voir parce que c'est splendide, parce que c'est architecturalement exceptionnel, et parce que pour une fois que la Moravie a quelque chose de mieux que la... c'est une fierté Morave et plus particulièrement Olomoucienne. Sûr, c'est pas à côté de Prague, c'est à 280 km, soit 2:45 en voiture, 3:45 à 5:00 en bus, et 2:15 à 3:15 en train s'il n'y a pas de retard (ce qui nous renvoie au chapitre "miracles"). Mais si vous avez un peu de temps, et un peu de voiture, allez donc passer un week-end en Moravie, ça vaut le coup sans le moindre doute.

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