samedi 11 novembre 2006

Insolite: Quel couillon chuis des fois

Alors celle-là de publie, j'ai quand même bougrement hésité à la mettre, parce que c'est vraiment un truc géant afin de passer pour l'empereur mondial des andouilles de compétition. Mais, bon, hein, après tout, j'ai plus rien à perdre, au point où j'en suis.
Donc l'autre jour, enfin l'autre... c'était quand même en été, encore, bref... ma chérie d'amour et moi n'en revenions d'une virée culturée, et tout en se dandinant le long d'une de ces petites rues étroites du côté de "Na Františku", et tout en conversant en Français afin qu'elle puisse pratiquer cette belle mais revêche langue, l'on jeta un oeil rapide et discret dans une cour comme il en existe des dizaines à Prague:
"Ouah dis-donc..." me dit elle, "t'as vu un peu, regarde?"
Moi: "Dingue, chuis scié, ces bougre de Vietnamiens vont jusqu'à nous encombrer la capitale de leur foutus marchés à couillonneries pour débiles souffreteux de l'encéphale, sans dec, chuis scié."

Alors j'ouvre une nécessaire parenthèse, afin d'éclairer le lecteur qui ne serait jamais venu en République Tchèque. La communauté vietnamienne est extrêmement implantée dans notre République pour des raisons historiques (grande coopération entre les 2 pays sous la tyrannie des con-munistes).
Et bien qu'elle ne soit pas la plus importante (13% des résidents étrangers, largement derrière les Ukrainiens 32% et un peu derrière les Slovaques 18%, statistiques du ministère de l'intérieur du 30 septembre 2006)... elle est de celles que l'on remarque visuellement le plus, et ce n'est pas le fait de l'apparence physique. Bon, ok, si, quand même un chouya, ils sont asiatiques, oui ça se voit, mais ce que l'on remarque le plus, ce sont leurs foutus marchés à couillonneries pour débiles souffreteux de l'encéphale. Et oui, parce que la communauté vietnamienne s'est spécialisée dans le marché, et dans 2 types de marchés très exactement.

Le premier type, concentré dans la capitale Prague (et autres grandes villes), est l'alimentation. Le Vietnamien du coin à Prague est l'équivalent de l'Arabe du coin à Paris, ouvert toute la journée de tôt à tard, chaque jour de la semaine, week-ends et jours fériés inclus. Vous y trouvez principalement des produits de première nécessité, genre bière (produit d'indispensable nécessité), dentifrice, rasoirs, piles, tampons périodiques, huiles, sel & poivre, nouilles, zeux et qu'on serve... mais aussi (ici à Prague) des légumes frais, et même exotiques (gingembre frais). Moi par exemple, j'y vais chaque week-end acheter des endives, des avocats, des asperges (en saison) mais aussi des oignons, des patates, des aulx
(aulx = pluriel d'ail, "Dans la rue de Tournon toute noire, un trou de lumière sous un auvent, où pendent des choux-fleurs et des paquets d'aulx." Jules et Edmond de Goncourt). Et ça c'est bien, c'est un peu plus cher qu'ailleurs, mais bon, ça reste dans les limites décentes du raisonnablement acceptable, et surtout ça dépanne fichtrement.

Le second type, nettement moins opportun et dont j'ai parlé en mal précédemment, est éparpillé sur la République Tchèque en dehors des villes, extrêmement présent aux abords des frontières du territoire, et propose aux débiles souffreteux de l'encéphale des couillonneries remarquablement inutiles voire dangereuses.
Dans les dangereux, il y a les briquets à flamme chalumeau hautement incandescente, ou les armes en plastique qui expulsent violemment des projectiles divers et variés. Dans les inutiles vous avez les coques de téléphones mobiles qui ne s'adaptent pas parce que non d'origine, les gadgets électroniques bruyants à 1€ médine-chaïena dont seulement 1/3 fonctionne, pendant presque 2 jours. Dans l'illégal vous avez les marques, les Adidas pas Didas, les Nike-panique, les crocodiles pas trop crodiles, les montres, les sacs à nain... main, jusqu'aux cigarettes de contrebande roulées par des petites Bulgares dans un clandé local entre 2 clients. Puis dans l'offre pour débiles...
enfin ça dépend des goûts aussi, bon, allez... donc dans les offres pour ceux qui ont un goût différent du mien, vous avez les serviettes de plage avec motifs de femmes nues (nue, sur la plage, le soleil sur ma peau...), spécifiquement pour nos amis Choucroutards, il y a les fameux nains de jardin en plâtre, peints à la main par des petits niakoués du fin fond de l'asie. Les plus recherchés sont à bonnet rouge, puis à bonnet vert, les autres couleurs ne se vendent pratiquement pas. En dehors des nains et toujours en plâtre, il existe aussi des Laurel et Hardy, des saxophonistes noirs, des faons, et caetera, et caetera, etc... Fin de parenthêse, et retour à notre grand étonnement devant le spectacle de devant Nozieux.

Moi: "Trop fort, en plein centre ville le marché aux couillonneries, j'le crois pas! Remarque-voir, ils ont l'air d'avoir pas mal de bouffetance goûteuse, si on allait jeter un oeil curieux des fois qu'ils auraient des crevettes séchées?"

Alors parenthèse (ben ouais, encore, faut bien que j'explique non?): ma chérie d'amour et moi-même sommes fous furieux des petites crevettes grises vietnamiennes séchées-salées décortiquées, que l'on déguste comme ça sans rien, crues et séchées-salées, comme des cacahuètes ou des olives, alors que normalement elles sont prévues pour être réhydratées puis rajoutées aux riz, soupes, et autres plats asiatiques dont elles sont un indispensable ingrédient.
Mais nous non, juste comme ça, et pas autrement. Le seul problème, c'est que ce délice est introuvable ici en République Tchèque. Un comble quand on sait combien il y a de magasins vietnamiens d'alimentation. Ben non, ils ont de tout, sauf des petites crevettes grises séchées-salées décortiquées. Alors on les ramène de France, à chaque fois que l'on y retourne, parce que je connais un tout petit magasin de spécialités asiatiques bien planqué derrière la cathédrale de Strasbourg, rue des Frères, où c'est que la prodigieusement sympathique brave dame elle en a des, crevettes grises séchées-salées décortiquées. Toutefois je vous préviens quand même, le goût en est très particulier, la texture coriace rappelle la semelle d'une vieille galoche de clopinard déguenillé (pour ceux qui auraient déjà goûté) et le fumet ses chaussettes.
C'est vraiment réservé aux amateurs gastronomes, friands de saveurs inhabituellement exotiques, je vous préviens quand même, genre. Fin de parenthèse.

Elle: "Des crevettes séchées? Ouais, très super, vraiment beaucoup archi trop top..." Elle est Tchèque ma chérie, et malgré qu'elle parle extrêmement bien notre langue, certaines subtilités liées à l'emploi des adjectifs superlatifs dans un contexte syntaxiquement adverbial et non complétif lui posent encore quelques difficultés liées à ses études de la grammaire traditionnelle du serbo-croate. Mais ça va viendre, comme elle dit...
Moi: "Bon, ben allons-y donc voir, ça serait surméga overcool qu'ils en aient. On pourrait s'en goretter gravement l'soir devant la téloche, d'la crevette." C'est là que je me rends compte que je ne l'aide pas beaucoup à progresser non plus.
Moi: "Tiens regarde, c'est dingue, les portails sont écrits en Français..."
Elle: "Ah ben oui, très Français dis-donc..."
Moi: "Et là, corderie de Montpellier, puis encore là, Voilerie, et encore là, restauration de pianos anciens, attends, c'est profondément loufdingue."
Et plus l'on se promenait, plus l'on découvrait, et plus l'on commençait à trouver que quelque chose ne collait franchement pas, mais du tout pas. D'abord autant d'inscriptions en Français en plein centre de Prague? J'en aurais entendu parler s'il y avait eu un ghetto francophone... pis le marché... mais d'ailleurs tiens, attends voir, il n'est même pas vietnamien, c'est écrit en sinogrammes chinois, et pas en "quốc ngữ"
(caractères latins à diacritique complexe adaptés pour la sauce vietnamienne aux crevettes séchées, ben oui, les Vietnamiens écrivent en latin) me fit fort justement remarquer ma chérie d'amour.
Moi: "Ben flûte alors, mais où c'est-il donc qu'on est bien tombé dis-donc, pis pareil, regarde-voir, il n'y a personne, mais vraiment personne, pas l'ombre d'un zèbre, pas une miette de zindividu!? Alors pour un marché, ça se posait gravement là quand même. J'veux dire avec toute la marchandise, les étales pleines de fruits et de légumes, l'accès ouvert et personne pour vendre, personne pour protéger de l'éventuel malveillant. Stupéfiant.
Elle: "Ouah trop pétoche, l'y a nobod' beaucoup parmi les zalentoirs, dans Twilight Zone and X-Files sommes-nous dedans" rajouta-t-elle.
Ah pour sûr qu'on y était dedans la quatrième dimension, le sentiment zarbi nous zenvahissait, nous nous sentions pénétrés par le côté obscure de la "trop pétoche"... Pis soudain un gars, petit, chinois, sortit du fourbi du marché, pis un autre, blanc, avec un short et une casquette (sur la tête) sortit aussi, pis un troisième, avec des câbles plein les mains... et soudain le déclic, le retour dans le vrai monde bien réel. Nous étions au milieu d'un décor de tournage, sur un plateau cinématographique à ciel ouvert... Ben forcément, tout s'expliquait soudainement, mais bien entendu....
Ah les andouilles qu'on faisait, ah les corniauds de la quatrième dimension, les empotés du discernement, c'te honte embarrassante qui chut brusquement sur nous. Et même qu'en y regardant de plus près, les viandes & poiscailles étaient en plastique, les fruits & légumes non, mais les viandes & poiscailles oui, et je ne l'avais pas vu du premier coup d'oeil, et Montpellier à Prague, et Chinatown au lieu de Vietnamtown, sans dec, le grand khan de la dynastie des couillons interplanétaires que je suis, des fois.

Alors évidemment, les crevettes grises vietnamiennes séchées-salées décortiquées, que l'on déguste comme ça sans rien, crues et séchées-salées, ben ils n'en avaient pas, et du coup on cherche toujours à Prague où n'en trouver.
Si vous avez des tuyaux, heureux citadins praguois, contactez-nous, syouplait. On est donc reparti comme on était viendu, les mains vides, quelques photos pour le fun, et surtout (enfin moi sûr) emprunt d'un sentiment de niaiserie, de sottise, de s'être fait piéger pendant plusieurs minutes par un bête décor de tournage. Du coup on ne sait même pas ce qu'ils tournaient, ni pour qui. A priori ça semble francophone, donc si jamais vous voyez passer quelque chose à la téloche qui ressemblerait aux photos que je vous ai prises, faites-nous savoir, hein, promis? Sur le chemin du retour ma chérie d'amour me remonta sensiblement le moral par ces paroles: "Pas grave, il reste une sachet des crevettes à la maison, tellement beaucoup super non? Allons boire très bonne bière et rigolons très beaucoup. Et on finit vraiment par en rire...

4 Comments:

Anonymous Jr Prod said...

Hahaha, excellent. Je te vois déjà faire le connaisseur en lui décrivant les espèces de poissons sur les étalages alors que tout était en plastoque... Hahaha
;)

Sacré Strog, merci pour tes récits, ça fait chaud au coeur de voir qu'il y a d'autres "nouilles" que moi :D

15 novembre, 2006 01:28  
Blogger Strogoff said...

Ben ouais, pas fait exprès, ça arrive, genre, des fois. Sans dec, les premières minutes, on n'savait pas encore, et on était, mais alors comme des marsiens tombés de Jupiter. Mais on a bien "riz" après quand même :-)

15 novembre, 2006 07:25  
Anonymous Thibault said...

Merci Strogoff pour cet excellent blog et tous les trucs marrants et interressants que tu racontes dedans, je serais en séjour à Prague dans deux jours et cela doit faire près d'un mois que je lis tout ton fourbi avec plaisir. Si le coeur t'en dis c'est avec grand plaisir que je t'offrirais une chopine en guise de remerciement pour toutes ces choses découvertes grace à toi. est ce que tu penses que ces décors son toujours sur place et où ? J'irais y faire un tour par curiosité si jamais :)

Merci encore !

06 septembre, 2011 01:20  
Blogger Strogoff said...

Ah ben bien volontiers, la chopine. Y a juste qu'il va falloir faire fissa pour s'met' d'accord. Ce soir chuis au troquet avec mes potes, demain j'ai une paire d'Anglaises en visite privée d'avec moi, jeudi j'apprends au chat de la voisine à peigner la girafe du zoo et vendredi aprèm, chuis en congés pour partir loin loin loin jusqu'à dimanche tard le soir. Alors ok, je peux décommander le chat et la girafe jeudi, mais faudrait se le dire tôt, genre. Sinon les décors, non, ils n'y sont plus depuis longtemps, c'était du temporaire et je ne suis même pas sûr que la cour sera accessible (c'est privé). En tout cas c'est là, 50.09170N, 14.42291E, si tu veux y mettre un oeil.

06 septembre, 2011 07:35  

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