samedi 16 novembre 2013

Ailleurs: L'église St Jacques de Rovná-Stříbrná Skalice

Et donc cette église-ci s'inscrit dans la lignée de l'église St Bartholomé de "Kyje", qui, en dehors du style roman plutôt rare en cette période moderne, possède des fresques exceptionnelles lui permettant de se targuer d'être la plus mieux dans tous les domaines de l'art roman en République tchèque.
Sans rentrer dans la polémique de laquelle des églises romanes est la plus mieux, je peux vous assurer qu'icelle, dont je vais vous parler aujourd'hui, mérite assurément le détour, au même titre que la précédente dont, je vous avais parlé la dernière fois, ou encore les prochaines, que je vous garde au chaud sous le coude pour dans bien plus tard parce que les églises, ça commence à bien faire.

Avant-propos
L'église St Jacques le majeur se trouve dans le bled de "Stříbrná Skalice", sur l'ancien site (colonie) dit "Rovná", à 50 km au Sud-est de Prague, en la région de Bohême centrale, dans le district de Prague-Est. Et c'est pour cela que les références à nôtre église font parfois mention de "Stříbrná Skalice", parfois de "Rovná", au mieux des deux. "Rovná" remonte au moyen-âge, en l'époque où l'église se trouvait au centre d'un fortin, domaine d'un seigneur (ou vassal) vivant sur sa terre de sa terre (avant l'invention de la PAC). La première mention du bled remonte à 1194, lorsque le domaine est acheté par les frères de l'ordre de St Jean de Jésus-ralem (cf. "Regesta diplomatica nec non epistolaria Bohemiae et Moraviae, p.188, c.418: Henricus episcopus et dux Boemorum testimonium perhibet de emptione praedii Rowni per fratres hospitalis Hierosolymitani facta..."). Tout disparut, en dehors de l'église, mais à l'instar du nom, tout disparut vers 1470 (fin des guerres hussites) et "Rovná" devint "Stříbrná Skalice". Du reste en l'époque, il y avait encore bien d'autres bleds aux alentours, aux habitants desquels l'église St Jacques servait de maison du saigneur (halal): "Roviny", "Kožlí", "Bič"...
Les habitants cependant déménagèrent rapidement vers les villes afin d'y trouver refuge et sécurité. Les bleds disparurent au fil du temps, mais vous trouverez encore aujourd'hui dans les bois environnants, des restes de puits, de constructions ainsi que des appellations locales de lieux.

Alors ceux qui auraient eu la bonne idée de regarder sur une carte, ceux-ci auraient fort probablement remarqué que "Stříbrná Skalice" ne se trouve qu'à 7 km de "Sázava" (par la route à dos d'âne, mais seulement 4 km en avion et en ligne droite), et lorsqu'on sait qu'en cette ville se trouve l'un des plus importants monastères de Bohême, il est alors inutile de préciser que l'église St Jacques lui est (au monastère) intimement liée (z'allez-voir par la suite).

Le fil de l'histoire
L'édifice se trouve au sommet d'un monticule de quelques 100 x 100 m de surface, monticule qui surplombe de quelques 15 m la rivière "Sázava" (à 1 km au Sud) et 2 autres cours d'eau ("Jevanský potok" et "Oplanský potok"). Au Nord se trouvait fort probablement un domaine seigneurial, ainsi qu'un "palais" d'où l'on accédait directement dans la tribune de l'église par la porte aujourd'hui murée mais toujours visible à l'intérieur de la construction. Il n'existe malheureusement aucune trace écrite de ce domaine (en terme d'édifices, de constructions), cependant sa présence est plus que probable.
On ignore également qui serait à l'origine de l'érection de St Jacques (sa copine sous la douche?). Nombreuses spéculations d'experts circulent: seigneur, vassal, abbé du monastère de "Sázava", en particulier un certain abbé Sylvestre (décédé en 1161, cf. "Chronicon monachi Sazaviensis, Continuatio Cosmae") qui aurait terminé la construction du monastère et donc forcément de notre église aussi, ben tiens. Mais attention, aucune certitude assurément, car rien n'est écrit spécifiquement à ce propos dans les annales.

Nombreuses spéculations d'experts et d'historiens naquirent encore quant à la date de construction de l'église. Aujourd'hui est communément admise la mi-XII ème siècle, avec une première reconstruction/réfection vers 1180, et une seconde vers 1240. A son érection, l'église n'était pas peinte à l'intérieur ni fournie de décoration quelconque (par manque de pognon). Il se trouvait cependant déjà dedans une tribune en bois sur laquelle l'on accédait par la porte du mur Nord aujourd'hui murée (la porte). Le choeur était percé d'une fenêtre simple, et la nef de 2 fenêtres en demi-cercle au Nord et de 2 fenêtres identiques au Sud. Lors du premier aménagement de vers 1180, la tribune fut abaissée de 75 cm, et l'accès se faisait fort probablement depuis la tour. Un escalier en bois permettait également de descendre de la tribune dans la nef (et inversement, de monter de la nef dans la tribune, pour vous dire comme l'escalier en bois était déjà moderne) comme le prouve la draperie peinte en sa longueur (cf. plus loin les détails des fresques). Lors de la seconde reconstruction/réfection vers 1240, fut construite l'actuelle tribune de la tour, accessible par l'escalier en colimaçon à droite au rez-de-chaussée. Notez qu'en ce temps (vers 1240), la tribune était plus longue et reposait sur un pilier central. Ce dernier fut supprimé mi-XVII ème siècle (comme la tribune sans doute), mais les restes du socle sont toujours visibles au sol, au milieu de l'allée (louya).

La première mention de l'église de "Rovná" remonte à 1361, et concerne le remplacement du poêle à mazout par une chaudière à condensation. Cf. la facture: "Libri confirmationum ad beneficia ecclesiastica Pragensem per archidioecesim. Liber I, p.151: Rowny. 9. Maij. Swatoslaus de Ondrzieiow ad presentacionem prouidi viri Cztiborij in Skalicz, ad ecclesiam in Rowni per mortem Anthonij vacantem, fuit institutus. Executor sibi plebanus de Strzmelicz deputatus". Notez que l'église (comme la chaudière) appartient alors à un certain "Ctibor ze Skalice". Il y eut ensuite nombreux changements de proprios, mais la plupart sont insignifiants puisqu'ils ne sont même pas sur fesse-bouc, aussi je vous passe les détails. Puis après 1417, "Rovná" passa en les mains du monastères de "Sázava" et resta sa propriété jusqu'à la dissolution du monastère par Joseph II en 1785. Enfin selon les sources, parce que selon d'autres sources, le bourg "Rovná" (ou "Stříbrná Skalice"?) changea souvent de mains, jusqu'à finir entre celles de la famille Liechtenstein (fumiers, cf. la "Catala" ou le "Wipperzeit") après la triste bataille de la Montagne Blanche. Bref, c'est pas vraiment important.

Au XVI ème siècle, la tribune seigneuriale fut en partie remplacée par la tribune d'orgue, et en 1708 seulement, fut construit l'escalier en colimaçon permettant l'accès à cette tribune (alors soit mes sources ne sont pas claires, soit on utilisait une échelle pendant 200 ans). Contre le mur Nord fut ajoutée une sacristie, démolie lors des restaurations de 1950-53, cependant de l'extérieur, vous pouvez toujours voir son contour sur les briques.
L'église St Jacques, paroissiale depuis sa construction, sinon au plus tard depuis le XIV ème siècle, servit aux ouailles jusqu'en 2009 (avec quelques interruptions cependant).

L'aspect
La nef de l'église St Jacques de "Rovná" est mono-vaisseau, terminée par une abside et commencée par une tour. D'extérieur, l'abside est visiblement séparée de la nef. En forme de demi-rotonde, elle possède une splendide lésène typique des constructions romanes, alors que la nef en forme de rectangle n'en possède pas. Dehors toujours, sur le mur Nord en bas au milieu, vous pouvez apercevoir les restes de l'archivolte du portail d'entrée muré lors de la reconstruction de vers 1240. A l'étage du mur Nord toujours, sur la droite, vous pouvez apercevoir la porte aussi murée permettant l'accès à la tribune VIP depuis le palais qui n'est plus depuis longtemps. Toujours sur ce mur Nord, en forme de maison, subsistent les traces de la sacristie accolée en 1708. Et encore toujours sur ce mur Nord, en haut vers la gauche, se trouvent des restes de reliefs (copies de) sur lesquels je reviendrai en détail plus loin. Alors inutile de vous déplacer vers le mur Sud, parce que contrairement au mur Nord, sur icelui il n'y a rien à voir de remarquable (d'extérieur). La tour, percée de fenêtres baroques et chapeautée d'un oignon en son faîte, est crépie sur la moitié haute. Et pour terminer, signalons que l'église est entourée d'un cimetière encore vivant, ou plutôt en activité. Bien, alors rentrons dedans l'édifice.

A l'intérieur, le visiteur est accueilli dans une antichambre accolée à la tour, et qui date de chais plus quand, parce que pendant que le guide nous l'expliquait, je faisais des photos, et parce que ma chérie d'amour qui emmagasinait dans sa mémoire les détails, ben elle a oublié aussi. Ensuite on progresse sous la tour, dans un couloir en voûte en berceau dans lequel se trouvent les reliefs d'origine dont je vous parlerai plus loin.
En sortant du couloir, l'on se retrouve dans la nef. Icelle est plate de plafond et se termine par l'abside. Ces 2 parties sont séparées par un arc à double rétrécissement entrecoupé d'une corniche. Le mur Ouest contre la tour est percé de 2 arcades. Celle du rez-de-chaussée permettant d'accéder à la nef depuis l'entrée, et celle qui débouche dans le premier étage de la tour et qui sert aujourd'hui de tribune à orgue. Les 2 arcs sont décorés d'une corde sculptée, motif qui (selon mes sources) se trouve également en les églises romanes St Nicolas de "Potvorov" et de l'assomption mariale de "Čelákovice". Mais comme je n'ai pas encore visité ces dernières, je ne puis confirmer. En dehors de la tour, l'édifice est construit sur le principe de la pierre taillée en parallélépipède rectangle de grès rouge d'environs 8 x 8 x 24 cm provenant de la carrière de "Nučice", distante seulement de 8 km vers le Nord.

Les reliefs
Et maintenant, quelques mots sur les reliefs (je rappelle que les "du dehors" sont des copies, les originaux sont à l'intérieur de l'église) abîmés par le temps, en haut du mur nord, à gauche. En y regardant de plus près, l'on peut apercevoir 9 reliefs plutôt bas (bas-reliefs, pas spécialement prononcés dans la saillie), une grosse tâche de crépi et tout à gauche, une sorte de statue nettement plus proéminente que les bas-reliefs. Ben z'allez rire, mais personne ne sait vraiment ce que ça représente, et pourquoi c'est là. Tout le monde à des hypothèses, mais en terme de certitude, rien de rien. Pour ceux qui lisent mes publies (pas comme mon fils et mes potes, vilains bougres), ça ressemble à l'église St Jacques de Jacques, en termes d'incertitude. Alors les 9 bas-reliefs pourraient être des signes du zodiaque (les 3 manquants auraient été abîmés par la grosse tache de crépi), ou des bestiaux pagano-cathos pour faire fuir les mauvais esprits.
La sorte de statue serait soit un ours, soit un lion (ou ma belle-mere?), pareil pagano-cathos pour faire fuir les mauvais esprits aussi (faut dire qu'il y en velu, du mauvais esprit dans les environs). Ces décorations dateraient du XII èmes siècle, sans que l'on ne puisse dire si elles datent de la construction de l'église ou d'après, et d'aucuns experts les rapprochent d'avec les reliefs de l'église irlando-écossaise (construite par des emmerdeurs missionnaires irlando-écossais) St Jacques de Regensburg (Ratisbonne en Français, cf. mes photos), ce qui me semble peu convaincant, au vu des preuves apportées. Je m'explique.

Alors oui, il y a de splendides bas-reliefs sur le portail de l'église de Regensburg ("Schottenportal" de la "Schottenkirche"), mais la comparaison s'arrête là. Tout d'abord, il semble aujourd'hui acquis que sur le "Schottenportal", seul le tympan, l'archivolte et les colonnes sont originaux (du XII millièmes siècle), tandis que le reste serait de la récup ("Spolia" en terme architectural) assemblée là vers la renaissance. Mais attention, assemblée avec but et préméditation, car les reliefs ont un sens, ou plutôt ont plusieurs sens selon les interprétations: opposition gauche/droite (accessoirement haut/bas), paradis/enfer, vertus/vices, harmonie/chaos... (cf. "Lore Conrad: Die Bildsymbolsprache der romanischen Schottenkirche in Regensburg, 1993" ou en plus récent "Elgin von Gaisberg: Das Schottenportal in Regensburg. Bauforschung und Baugeschichte, 2005"). Hors l'on ne voit rien de semblable à "Rovná". La seule oeuvre éventuellement semblable, mais avec beaucoup d'imagination, ce serait la sculpture proéminente (de "Rovná") et les animaux en position de sphinx sur les chapiteaux des colonnes à Regensburg (lion, chat, ours?). Mais c'est tout, rien de plus. Et ce n'est pas la faute au temps, la faute au délabrement des reliefs qui ne seraient plus "lisibles". Non, c'est simplement que leur style comme l'histoire par iceux racontée ne sont pas les mêmes.
C'est tout. Et c'est pas mal, ça peut arriver à tout le monde. Faut juste arrêter de raconter du pipeau dans les sources d'information, parce que c'est pas fait pour faire avancer le schmilblick, ni pour éclairer le lecteur curieux.

Tiens, encore... D'autres sources rapprochent aussi nos reliefs à ceux du monastère de "Sázava", par l'intermédiaire de la corporation (cistercienne?) qui aurait construit ce dernier (monastère), et qui se serait inspirée de Regensburg. Ah ouais? Et ils sont où alors les reliefs de "Sázava", vu qu'y en a pas? Par l'intermédiaire des corporations et des constructeurs de cathédrales toujours, d'autres sources rapprochent encore nos reliefs de "Rovná" à la cathédrale cistercienne de "Sedlec", sur laquelle ces sources voient des similitudes avec Regensburg. Ah ouais? La construction romane originelle de 1142 prit feu au 3 ème quart du XII ème siècle. Elle fut reconstruite entre 1280 et 1320 en gothique. Incendiée en 1420 par les hussites, elle fut à nouveau reconstruite fin XVII ème siècle en baroque. Alors j'aimerais savoir avec quels reliefs de "Sedlec" les "experts" voient des similitudes? Y pas plus de similitudes avec Regensburg, "Sázava", "Sedlec", qu'avec Worms, Bamberg ou chais plus qu'elle ânerie j'ai bien pu lire. Mais chuis pas un expert, donc ne me croyez pas forcément.

Les fresques
Alors si vous avez besoin d'aller tirer les oreilles à Clovis, c'est le moment, parce qu'après, c'est à dire maintenant, ça va être long, je vous préviens de suite.
Tout d'abord, je dois vous dire que ces fresques sont énormes, et de partout. J'ai rarement vu une église romane aussi velue de gouache sur les 4 murs de haut en bas. Ici, l'on compte globalement 3 principales périodes durant lesquelles les images naquirent, et quelques verrues de-ci de-là, que l'on conserva pour montrer aux touristes. Les aventures des murs Est (abside), Sud et Nord datent (selon les experts) de la première restauration, de vers 1180. Lors de la seconde restauration de vers 1240, l'on peinturlura sur le mur Sud la draperie le long de l'escalier en bois qui montait-descendait vers la tribune, draperie qui continuait en partie sur les murs Ouest et Nord recouvrant les scènes antérieures. Et les plus récentes fresques se trouvent sur le mur Nord et sur la tribune lors de sa reconstruction au croisement du XVI et XVII ème siècle.

Jusqu'en 1944, l'on ne savait rien de ces splendeurs. Il fallut attendre une ixième restauration, en pleine guerre, pour que l'on décrépisse les murs intérieurs, et que l'on découvre ce que l'on voit aujourd'hui. Les analyses chimiques confirment l'utilisation de pigments régionaux (la crotte d'écureuil?), fort probablement liés aux mines d'argent, de plomb, et de cuivre creusées céans depuis le tout début du XIII ème siècle. Bon, sans rentrer dans les détails, les pigments relevés sont la limonite, l'hématite, l'argile ferreux, la glauconite, la celadonite, le carbone classique (charbon), le noir animal (ou charbon d'os) et même l'oxyde de zinc, nettement plus récent (genre XVIII ème siècle) utilisé sans doute plus tard à la place de la céruse (carbonate de plomb) pour les restaurations des fresques.

Les fresques dedans l'abside
Tout d'abord sur le cul-de-four, est peint une scène classique des culs-de four romans: le p'tit Jésus (pantocrator) dans une mandorle.
La fresque est particulièrement délabrée, et seuls les contours du visage et l'auréole sont encore relativement devinables. En regardant vraiment bien, vous pouvez apercevoir les ourlets des manches de la robe de chamb' d'à Jésus, ainsi qu'un fragment de la main droite tenant un iPhone 5S. La grande majorité du cul-de-four est plombée d'un amalgame de crépi qui déborde sur les anges latéraux. Alors chais pas si on dit "plombé" et "amalgame" en français dans ce cadre de la restauration murale artistique, mais comme en odontologie (ou dentisterie, pour les qui comme moi n'ont pas fait médicine en Latin) l'objectif est identique: lorsque la carie attaque le support de la fresque, il est indispensable de combler le trou pourri par un amalgame afin que la moisissure ne s'étende pas sur les parties saines de la dent. Avant, l'amalgame était repeint afin conserver à la fresque une cohérence artistique. Mais face aux dérapages malheureux (cf. l'église de Borja, en Espagne, qui a fait bidonner le monde entier de rire), et depuis les accords Line Renaud III relatifs à la préservation des antiquités historiques, l'amalgame est laissé brut de fonderie tel quel.

Les anges latéraux tenant la mandorle sont nettement mieux conservés. Celui de gauche, représenté de 3/4 profil, regarde le spectateur. Celui de droite, représenté de 3/4 profil également, regarde la mandorle. Notez l'oeil au-dessus des ailes des 2 anges, le symbole des anges apocalyptiques, "le voici venir avec les nuées; tout oeil le verra..." (Apo. 1, 7). Ensuite et tout autour de la mandorle, vous trouverez des fragments du tétramorphe:
- En haut à droite, l'aigle, symbole de St Jean,
- En haut à gauche, l'homme, symbole de St Matthieu,
- En bas à droite le boeuf (ou le taureau, selon que vous avez de bons yeux), symbole de St Luc,
- Et en bas à gauche, l'on ne peut que deviner le lion, symbole de St Marc.
Et toujours autour de la mandorle (décidément y a plus de monde autour de la mandorle que dans un bus aux heures de pointe), maman Marie et St Jean le baptiste que l'on ne peut que deviner (encore) compte tenu de l'amalgame en plein sur sa trogne d'à St Jean. Mais c'est forcément lui, puisque cette fresque correspond au schéma iconographique byzantin dit "déesis", présent en de nombreuses églises de cette époque, mais également sur des reliefs sculptés, sur des iconostases, etc...

Et le cul-de-four se termine en haut par une banderole, au niveau de l'arc de triomphe qui sépare le choeur de la nef, banderole en 2 parties dont la gauche se lit le dos face à l'abside, le torse face à la nef et les yeux au plafond, tandis que la droite se lit inversement, le dos face à la nef, le torse face à l'abside et les yeux au plafond encore, pour ceux regarderait au sol. A nouveau, et compte tenu des nombreux amalgames anti-caries, le déchiffrement est 100% coton pas clair. La première banderole indiquerait "+ A, I, V, R, N, AN.SPECN IP.CIH. +" alors que la seconde dévoilerait ".HIR, AVIE.MISERICO S, HOMNES +". J'imagine que c'est le texte de la BD, genre la légende écrite de ce qui est dessiné, mais ça ne colle pas vraiment avec ma bible en Latin. Sinon pas vraiment d'autre idée de ce que cela pourrait signifier, et mes sources ne sont pas mieux loties que ma mémoire trouée. Alors avis aux cruciverbistes opiniâtres, aux mangeurs d'énigmes crues et aux amateurs de code Da Vinci: si vous me trouvez la signification des 2 casse-tête précédents, je vous offre une tournée de roteuse à Prague.

Sous le cul-de-four, l'abside est divisée en 3 bandes et séparée par un texte pas plus clair que les 2 précédents: "V, NNV, O.DECEP, IPSI.METVNIO., E N, VA.SEM NA, AOR MAN". Une première bande (en haut) représente les 12 apôtres chacun sous son arcade. La bande du milieu dépeint fort probablement des scènes de la vie de St Jacques. Quant à la dernière bande (en bas), elle représente une draperie décorative, parce que le peintre en avait marre de peindre des personnages de bandes dessinées qu'il n'avait même pas des photos de, comme modèle. Notez dans la bande du haut, que les 12 apôtres regardent tous le personnage central au-dessus de la fenêtre (fort probablement percée lors de la reconstruction de vers 1240), que les experts s'accordent à penser qu'il pourrait s'agir de la Ste trinité. Ce personnage porte une auréole, une barbe, et seule la moitié droite du visage est visible puisque la gauche est remplacée par un amalgame anti-carie. De par la taille de l'auréole, il est aussi probable qu'il n'y aurait pas un visage, mais 2, hypothèse renforcée par le saint-esprit-colombe tiendu de la main droite et le diptyque dans la main gauche (dualité du père et du fils qui ne sont qu'un). Alors je ne vais pas vous parler de l'évolution iconographique de la Ste trinité depuis le premier concile de Nicée, parce que sinon on n'est pas couché, mais il est des exemples, relativement rares cependant, d'une représentation de 3 visages en une tête unique (appelée en latin "Vultus Trifrons") comme le montre un vitrail en l'église St Martin de Courgenard. Eh oui, mais ici on a la colombe. Notre tête ne serait donc composée que de 2 visages? Je ne connais aucun exemple d'une représentation similaire de la Ste trinité. Enfin si c'était le cas, si la trinité était bien représentée par 2 têtes et une colombe, on serait en présence d'une exclusivité mondiale. Mais c'est malheureusement indémontrable, aussi le mystère de cette tête demeure complet, jusqu'à plus amples analyses, un jour, peut-être.

Les 12 apôtres sont divisés en 2 équipes: les à droite tiennent le règlement du foot de la main gauche et de la main droite montrent en direction de l'arbitre (le Christ en mandorle), les à gauche tiennent le règlement du foot de la main droite et de la main gauche montrent en direction du sponsor qui a truqué le match (absent des photos). L'identification des joueurs est plutôt ardue, parce qu'à défaut d'attribut, trouver le capitaine, vu qu'ils ont tous le règlement dans une main... Certains portent leur nom au-dessus de leur tête, sur les casiers à chaussures (Pierre, Paul...), mais pas tous, parce qu'à nouveau, le dentiste est allé amalgamer certaines caries (et je ne parle pas des fenêtres baroques murées). Et à propos de chaussure, notez que les 12 joueurs sont nu-pieds. Le sponsor a fait défaut.

La bande du milieu est censée représenter des scènes de la vie de St Jacques. Pareil, le film n'est pas complet à cause des fenêtres, mais également à cause du tabernacle. Sinon de la droite vers la gauche, on voit un roi couronné assis (Hérode?), et tourné vers la gauche, vers un fragment de personnage tenant une canne de pèlerin (St Jacques?). Derrière le roi se trouve un gorille armé d'un casque sur la tête et d'une épée dans une main (Chuck Norris?). Ensuite plus vers le centre et vers la droite, on a Jésus vêtu d'une robe blanche, d'un pardessus rouge et d'un gilet marron-bleu-vert (les couleurs sont délavées) signé Dolce Banana. Tourné vers la droite, mais le visage vers la gauche, il semble bénir quelqu'un dont le visage n'est plus, remplacé par un amalgame. Pis y a encore 2 autres personnages dans la scène, l'un debout et l'autre assis, mais pas la moindre idée de qui c'est (le metteur en scène et le réalisateur?). Et la dernière scène, c'est la décollation de St Jacques. On reconnaît le roi de la première scène (Hérode?) comme le héros St Jacques, pareillement vêtus et colorés. Notez que cette bande concernant St Jacques est particulièrement rare.
En effet, l'abside était généralement réservée aux directeurs de l'église (genre Jésus, Marie...), et le fait que St Jacques occupe une place VIP prouve de l'importance que le saint prit en terre de Bohême en cette fin de XII ème siècle. Une autre hypothèse prétend, que ce serait par manque de place sur les autres murs que le peintre aurait illustré la vie de St Jacques là. Mais ça sent la médisance à plein nez, moi j'dis.

Rapide parenthèses tiens, à propos du culte de St Jacques. Il fut importé en Bohême à partir du X ème siècle par les moines bénédictins, et se développa par l'intermédiaire du pèlerinage à St Jacques de Compostelle. Et comme pour la susmentionnée église St Jacques de Jacques, il n'est pas exclu que l'église St Jacques de "Stříbrná Skalice" aurait été un des arrêts sur le chemin vers l'Espagne. Bon, elle n'est certes pas en ligne droite sur le chemin habituel, mais à mi-chemin entre St Jacques de Jacques et Prague (2 étapes avérées), elle aurait très bien pu servir d'étape pour les curieux, qui, profitant de leur pèlerinage, auraient voulu découvrir le pays, et faire coucou à l'abbé de "Sázava". Sinon statistiquement parlant, vers l'an 1200 après Jean-Claude, pas moins de 11 églises consacrées à St Jacques furent construites en Bohême. Mais revenons aux peintures.

Bon, et la dernière bande du bas, la draperie, je ne vais pas m'attarder dessus, parce que n'importe quelle grand-mère qui fait du tricot peut vous en parler mieux que moi.
Même chose pour la végé-déco sur l'arc de triomphe qui sépare la nef de l'abside, c'est du légume, de la plante, et de la draperie-mémé. Alors demandez à n'importe quel paysan maraîcher, et il vous dira tout de ce qui est peinturluré-là. Bon, mais si vous regardez au-dessus de l'arc, sur les coins, alors vous découvrirez 2 personnages facilement reconnaissables à leurs attributs: Abel et Caïn. Abel sur la gauche, cheveux courts pour plaire à dieu, tient en ses bras un agneau. Vous connaissez la suite, dieu va accepter l'agneau, s'en faire des merguez, et faire la gueule à Caïn qui lui offrit des salsifis. Caïn, jaloux, va tuer son frère Abel, puis faire des gosses à sa soeur Awan... Bref, sur la droite de cette scène, la main de dieu sort des cieux représentés par un arc-en-ciel curieusement bicolore bleu et blanc (afin qu'on n'aille pas croire que dieu est LGBT), et l'index accusateur pointe vers la droite, en direction de Caïn. On passe donc au-dessus de l'arc, encore, encore un peu, et qui c'est-il donc qu'on ne voit pas sur la droite? Eh ouais, Caïn (qu'a ah). Alors la scène n'est pas spécialement claire, enfin on ne sait pas vraiment quel épisode biblique est ici représenté (grève générale au champ de patates?), mais on voit clairement le pedzouille Caïn affalé sur un manche de fourche, montrant de la main droite qu'il est en pause, et que le doigt de dieu, il s'en occupera lorsqu'il aura terminé sa sieste.

Bon, eh bien c'est tout pour l'abside, en gros, de ce que l'on peut en dire. Si, encore. Dans l'église St Pierre et Paul de "Reichenau", près du lac de Constance, se trouve une abside à 85% similaire datant de la fin du XI ème siècle. Le cul-de-four est totalement identique, Jésus pantocrator en mandorle, les anges, le tétramorphe, Marie et St Jean le baptiste. Les 3 bandes scéniques sont cependant légèrement différentes, parce qu'il n'y a pas la BD de la vie de St Jacques, et que la bande inferieure de draperie-mémé a été remplacée par de la brique en trompe l'oeil.
La similitude (en dehors des couleurs) est cependant singulièrement frappante.

Les fresques du mur Sud
Ici l'on aperçoit tout d'abord un cycle christologique daté par les experts de vers 1180 sur la diagonale haute, puis, séparées (en diagonal) par la draperie, des fresques de vers 1240 comprenant donc la draperie et un baptême du Christ sur la diagonale basse. Le cycle jésutesque (christologique) originel se compose de 3 bandes séparées, les 2 premières hautes étant en partie bousillées par la fenêtre baroque aujourd'hui murée, et les 3 bandes en grande partie bousillées par la draperie en diagonale qui accompagnait l'escalier en bois montant-descendant vers la tribune en bois aussi, aujourd'hui disparue. La première scène en haut à gauche dépeint l'annonciation. On reconnaît aisément l'ange postal annonciateur Gabriel ("in mense autem sexto missus est angelus Gabrihel a Deo in civitatem Galilææ cui nomen Nazareth"), on reconnaît un peu moins bien Marie, parce que seule une partie du visage est restée (celle avec la barbe), mais il s'agit bien d'elle, parce que Joseph était encore au bureau à cette heure et la bonne avait congé ce jour-là (le 25 mars de l'an 0). La scène suivante est séparée par une fenêtre romane qui, contrairement à la baroque, s'intègre naturellement dans la bande dessinée. Notez la mosaïque colorée qui agrémente joliment l'intérieur de la fenêtre.

La scène suivante donc, entre les 2 fenêtres romanes, représente 2 évènements en 1. Tout d'abord la visitation (le 31 mai 0), lorsque la vierge Marie enceinte de Jésus jusqu'aux dents rend visite à sa cousine Bette (Elisabeth) enceinte jusqu'aux dents de Jean le baptiste, et s'écrie: "ah ben merde alors, tu quoque mea cognata?" Et plus à droite l'on assiste à la naissance de p'tit Jésus, à la maison.
Mais attention, quand je dis "naissance", en fait il est déjà né monsieur p'tit Jésus. Parce qu'on ne sait pas vraiment comment Marie accoucha. L'accouchement comme l'enfantement de Marie, c'est une affaire de St esprit, clairement pas d'obstétrique. Bref, et comme il fallut caser les 2 affaires dans un minimum d'espace (entre les 2 fenêtres) la visitation fut pour le moins bâclée et limitée à son stricte minimum. Ici l'on voit 2 personnages s'étreindre, Marie et Lizabeth, et se raconter comment "elles furent remplies du Saint Esprit", et ce pendant "environ" 3 mois (le racontage pas le remplissage), parce que vous savez comment c'est les gonzesses quand elles commencent à parler de leurs grossesses... Et le second évènement dans cette même scène, c'est la nativité. On entraperçoit un ange, une caverne, la vierge Marie semi-allongée sur une couchette, et c'est tout. Cette image est en mauvais état, et l'on n'aperçoit ni Joseph, ni les bestiaux ruminants, qui, aux dires du St esprit, seraient allés au cinoche à ce moment afin de ne pas encombrer la caverne alors que Marie braillait des "crénom de dieu" les jambes écartées comme un sumo lors du Dohyō-iri. Et la dernière scène, tout à droite de la seconde fenêtre romane, n'est pas mieux lotie que la nativité en termes de conservation. L'on reconnaît quelques bestiaux, quelques arbres, du coup il s'agit soit du "retour de cinoche" soit de "l'annonce faite aux bergers" (qu'il va y avoir des restrictions budgétaires l'année prochaine).

Ça va? Vous suivez toujours, z'en avez pas encore marre? Bon, c'est sûr que raconté comme ça, c'est chiant comme un dimanche en Lorraine, mais si jamais vous prenez mon guide d'à moi dans les mains, et que vous visitez l'église St Jacques de "Rovná", alors vous verrez que la visite prendra une tout autre dimension bien éducative. Allez, on passe à la seconde bande, qui représente "l'adoration des rois mages". Bon, vous connaissez la scène pour peu que le père Noël passe chez vous en décembre, alors je vous passe les détails. Notez cependant le roi du milieu, avec sa capuche hip-hop sur la tête.
Puis notez le roi de droite, qui offre un récipient à Marie: "c'est du téflon mère Marie, pour faire cuire les nouilles du p'tit sans qu'elles n'attachent". Marie est tournée vers les rois, et la main droite levée, elle leur fait: "oui oui, je sais de qu'est-ce que c'est, le téflon. Tu crois que j'habite dans une caverne ou quoi?". Alors dommage que la bouille du p'tit Jésus ne s'est pas conservée, pas plus d'ailleurs que le personnage derrière Marie, dont on ne voit plus que les jambes et qui serait fort probablement Joseph, venu expliquer aux rois mages qu'en Galilée, le téflon, on l'utilisait depuis l'âge du mammouth, que des casseroles en téflon, déjà ils en ont, mais que merci quand même pour le cadeau, que ça va au moins servir à poser les loukoums dessus sans qu'ils ne se collent à la nappe. A nouveau, les cruciverbistes opiniâtres, les mangeurs d'énigmes crues et les amateurs de code Da Vinci peuvent aiguiser leurs neurones, car au-dessus de la scène est inscrit "VIR. VS. O, T A T", et à nouveau, ni mes sources ni moi n'avons la moindre idée de qu'est-ce que c'est (la formule chimique du téflon?).

La scène suivante, qui, selon la logique de l'histoire de p'tit Jésus devrait être soit "le sacrifice au temple" ou "le rêve de Joseph", a laissé place à la fenêtre baroque. La scène encore suivante, qui aurait pu être "la fuite en Egypte", a laissé place à la draperie accompagnant l'escalier pour la moitié basse, et à un amalgame de crépi pour la moitié haute. Un reste d'inscription subsiste cependant: "NE.B, IZA, NTEM.", alors les cruciverbistes... mangeurs... amateurs... enfin bref, vous savez ce qu'il vous reste à faire, hein?

On passe à la troisième bande, eh oui, déjà. Ce que ça passe vite. La première scène de cette troisième bande c'est le "massacre des innocents", avec au-dessus de l'image l'inscription "+. POST.P,TBIS.HIC.FATU.REX.CCEP ".
Alors je ne vous dépeins pas la scène, il suffit d'ouvrir la télé sur le Prochorient ou la Frique et vous avez une idée. Et pour ceux qui seraient à court (d'idée), l'on voit des soldats couper les têtes des gosses et les déposer sur un tapis rouge tout en chantant "pomme de reinette et pomme d'api, tapis tapis rouge...". Sur son trône, le roi Hérode assiste au spectacle et de sa main droite il bat la cadence en chantant itou "pomme de reinette et pomme d'api...". Comme dit, le Prochorient ou la Frique, pareil (mais pas que, qu'on n'aille pas dire que j'ai un parti pris).

Le début de la quatrième bande est en partie peint de la draperie d'escalier, en partie plombé d'amalgame, mais selon les experts qui voient nettement mieux que nous, il s'agirait du "baptême du Christ" (vers l'âge de 30 ans, je rappelle, pour ceux qui se diraient qu'il faut baptiser les gosses au plus vite). Notez que la draperie indique la disposition des escaliers (draperie en diagonale), et celle de la tribune en bois (draperie horizontale). Chais pas à quoi ça peut servir, cette info, mais on ne sait jamais. Ensuite sur la gauche, après la draperie, l'avant dernière scène de la 4 ème bande, ce sont "les trois Marie au tombeau" (cf. St Marc 16,1: "Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus"). Pour les tatillons, je signale que Salomé s'appelle en réalité Marie Salomé, et qu'elle est la femme de Zébédée (dans l'ascenseur) donc la mère de Jacques (et de Jean). Et la deuxième Marie, mère de Jacques, me diront encore les tatillons? Ben Marie Salomé est mère de Jacques de Zébédée, dit Jacques le majeur, alors que Marie, mère de Jacques, est mère de Jacques le mineur (parfois appelé le juste, ou le petit, mais pas toujours, parfois c'est un autre). C'est pas bien clair, aussi j'invite les curieux qui en veulent plus à lire le paragraphe les Jacques de Wikipédia (comme ça, ça sera encore moins clair).
La scène représente donc les 3 Maries, et surtout l'ange, les ailes déployées, qui montre du doigt la tombe vide, genre "trop tard pour les huiles, le parfum et le dentifrice, il est monté au ciel avec le train de 4:35, alors il prendra sa douche une fois arrivé". Notez que les Marie vont en décroissant, de la plus grande (à gauche) vers la plus petite (à droite), ce qui semble logique pour les mères du majeur et du mineur. Y a juste qu'on ne sait pas trop qui est qui, ni où situer Marie Madeleine. Et notez aussi que s'il y avait eu la vierge, la scène aurait pu s'intituler "les quatre Marie au tombeau", mais la vierge Marie ne pouvait logiquement pas être présente à ce moment-là, parce qu'elle attendait le plombier qui devait passer à la maison pour déboucher l'évier.

Quant à la dernière scène de cette bande, on n'est pas sûr du tout. On y voit au centre un grand personnage en habit blanc et en pardessus rouge (fringues de la plupart des personnages). Ensuite et devant ce personnage, l'on voit 4 jambes, 2 mains, sans qu'on ne sache qu'est-ce qui appartient à qui (Vishnou?). Et à gauche (sur la droite du personnage), un autre individu pieds nus, puis un tout dernier, plutôt petit, tête ronde, genre gnome tolkiennien. Et donc la représentation, pas sûr du tout du tout, au point que même les experts ne se prononcent pas.

Les fresques du mur Nord
Le mur Nord est le plus endommagé. C'est bien évidemment lié à l'humidité, à la froideur, mais également à la tribune en bois, à la fenêtre baroque percée puis murée, et aux peintures rajoutées par la suite. Comme sur le mur Sud, l'on peut deviner une bande dessinée, mais dans un état notablement plus déplorable. La première scène en haut à gauche est bousillée (depuis longtemps) par le portail qui menait du palace en l'église. L'on peut encore apercevoir sur le haut du dit portail la trame en bois calcinée.
Mais concernant la scène, l'on (ni les experts) ne peut rien dire. Dans les autres scènes de la première bande, tout en haut, l'on peut distinguer quelques détails (un peigne à hérisson, une épingle à bout lisse...), mais rien de vraiment concret, alors on passe à la bande en dessous.

Alors de nouveau, il ne reste pas tout de la fresque à cause du plombage et du portail d'entrée maintenant muré, mais si vous regardez à gauche, vous distinguerez un personnage en train d'écrire dans un livre à l'aide d'une plume. Des, que l'on représentait ainsi, y en a velu. Mais parmi les célèbres, des qui écrivent encore à la plume dans un livre, ben y a surtout St Marc. Y a aussi St Matthieu, puis aussi St Jean, mais moins souvent. Sauf que St Matthieu écrit généralement sur un phylactère et non sur un livre, et St Jean grave généralement au stylet sur une tablette (iMac). Puis y a aussi Thérèse d'Avila, Jean-Baptiste de La Salles, maître Capello... qui écrivent dans un livre. Et comme on ne voit pas le reste de la scène, ben on ne peut pas dire qui c'est avec certitude.

La scène suivante est bousillée par la fenêtre baroque (aujourd'hui murée), aussi on passe à la dernière scène, tout à droite. Ici l'on devine les fragments de 4 personnages, mais peut-être moins, voire plus, dont les fringues sont de couleurs alternées (dessous blanc et pardessus rouge, puis dessous rouge et pardessus blanc, puis inversement, etc, etc). Bon, et une fois qu'on a dit ça, on passe à la bande du dessous, soit à la 3 ème bande en partant du haut. Alors là, les fresques romanes ne sont plus trop non plus. Tout d'abord, les premières scènes de la vie jésutesque, à gauche, ont été repeintes vers 1708 de fresques baroques sans grand intérêt, dont on a conservé le St Norbert (fondateur des prémontrés) afin de témoigner du carnage.
Ensuite on a le bas de la fenêtre baroque, et une niche du portail d'origine (muré aussi aujourd'hui), de nombreux plombages, et donc on passe aux 2 dernières scènes à droite de la 3 ème bande.

L'avant dernière scène, c'est la Cène, archiconnue depuis que Leonardo en fit une peinture un millénaire et demi après l'évènement, et que Dan Brown en monta autour toute une mayonnaise américaine il y a seulement 10 ans de cela. Je ne vous en dis pas grand-chose donc, puisque tout le monde connaît l'histoire. Ici, les personnages sont difficilement identifiables (merci les plombages), malgré qu'on sache précisément qui fut invité aux agapes. Sur la table se trouvent 1 miche de pain, et 3 écuelles peintes en rouge du dehors, et en blanc du dedans. La scène à droite de la Cène, soit la scène la plus à droite, représente le "baiser de Judas" dans le jardin de Gethsémani (et c'est pas homosexuel mais religieux). Malgré quelques plombages, l'on reconnaît ici les visages de Jésus comme de Judas, ainsi que les vilains soldats venus arrêter le fils d'à bondieu (et pas pour homosexualité mais pour blasphème).

Et il nous reste la 4 ème bande dont il ne reste pas vraiment plus que des 3 bandes précédentes. Les 2 premières scènes ont été bousillées par le portail d'entrée dans l'église, plus tard accès à la sacristie. On peut cependant apercevoir une paire de personnages, mais bien fufute celui qui pourrait dire qui qu'il s'agit. Tout à gauche l'on a quelques motifs de vers 1240, un médaillon, une draperie, mais globalement, c'est plutôt bousillé par l'humidité. Les plus téméraires (et se basant sur la logique de l'histoire christesque) avancent des scènes de la passion, comme "la pose de la couronne d'épines", "la flagellation", "le chemin de croix", "la crucifixion", "la mise au tombeau", "les courses à Carrefour"...

Les fresques du mur Ouest
Alors je rappelle que ce mur remonte à la reconstruction de vers 1240, où la tribune fut descendue, le portail Nord muré, et l'accès à la tribune percé par la tour. Ici l'on découvre 3, et non 4 bandes scéniques (du coup ça sera plus rapide à commenter), et une frise décorative comme on en faisait sur les cahiers de la petite école pour séparer les différents jours de classe. Donc en haut, sur la première bande à gauche, l'on aperçoit des personnages, et la première scène est liée par une porte ouverte à la seconde, où se trouvent 2 autres personnages, l'un tenant un drap-serviette tendu, l'autre étant séparé du premier par un font baptismal. Que représentent ces 2 scènes? Les experts n'en savent rien, ou tout au moins n'ont rien écrit à ce propos. Personnellement je pencherais pour "Jacques Chirac crée l'émeute au Salon de l'Agriculture en 2011", mais compte tenus des scènes suivantes, il s'agit plus probablement des "photos intimes de Laure Manaudou dans son bain volées sur son téléphone portable". Dans la troisième scène, l'on peut voir 2 personnages sous une arcade, chacun regardant d'un autre côté, "Laure Manaudou rompt ses fiançailles avec son expetitamis". La 4 ème scène montre trois personnages. A gauche, le haut personnage à auréole se tourne vers la droite et lève sa main gauche. Devant lui, un personnage plus menu, également avec une auréole, agite furieusement sa canne. Le dernier personnage regarde vers la gauche, il porte une mitre et une crosse épiscopale. La scène est évidente: "Jacques Rogge, président du Comité international olympique, Philippe Lucas, ex-entraîneur de Laure Manaudou et André Armand XXIII, archevêque de Paris, sermonnent la nageuse pour ses résultats trop pourris aux JO de Londres en 2012 et l'invitent à faire du cinéma (X?), pour lequel elle semble avoir nettement plus de talent". Ensuite on voit une colonne, derrière laquelle est agenouillé un personnage, derrière lequel se trouve un second personnage, et le reste n'est pas visible à cause des plombages. Mais pareil, le début de la scène est suffisamment explicite: "Laure Manaudou fellationne Casimir pendant que Dorothée soigne ses oreillons".

Et sinon je n'ai rien de particulier contre Laure Manaudou. Je ne la connais d'ailleurs même pas, et si pendant des années on ne nous avait pas cassé les roupettes menu menu avec ses frasques personnelles dont tout le monde se fout, je n'aurais même pas son nom en bouche (comme François Hollande, dont j'ai entendu parler hier pour la toute première fois ☺). Bon, mais c'est aussi vachement plus facile de se moquer de Laure Manaudou, que des musulmans, des Juifs, des noirs... des Africains, des jaunes... des Niakoué... des Asiatiques, des handicapés, de Léonarda, des Rom roumains, des refugiés syriens, des échoués de Lampedusa, des moches de gueule, des cancéreux de l'anus (horribilis)... Attends, je suis sûr que la DCRI lit mon blog, comme la NSA écoute le mobile d'Angela Merkel, alors je ne veux pas d'ennuis. Depuis quelques années, la liberté d'expression n'est plus qu'une notion archaïque du siècle précédent (ah mes Hara-Kiri, ah mes Charlie Hebdo, ah mes Canard Enchaîné, où êtes-vous mes journaux bêtes et méchants d'à l'époque?), et le simple fait de prononcer un mot comme "terrorisme" dans un aéroport est susceptible de vous fout' en taule pour des années. Alors je préfère me moquer de Laure Manaudou sans avoir de problème, que de faire une allusion déplacée sur un sujet "grâââve" et fout' le feu à la banlieue française. Mais retour à nos fresques.

La seconde bande représente une foule nombreuse (6 personnes) sur un bateau, bénite par l'auréolé à droite de la scène: "les réfugiés nord-africains en partance pour Lampedusa sont bénits par un imam libyen". La partie de la scène est interrompue par l'ancien portail d'accès à la tribune. Notez l'agneau peint sur le tympan du portail, et qui symbolise la fête de l'Aïd-el-Kébir. La scène suivante est toute bousillée, mais si vous regardez bien, juste en haut de l'arc, vous apercevrez 3 têtes rigolardes, qui se préparent au méchoui. La scène suivante, comme celle de presque au-dessus, se situe sous une arcade de couleur rouge-brune. Notez que la surface du mur est, à cet endroit, bousillée par les coups de burins destinés à trouer le plâtre du mur originel afin que le nouveau crépi tienne mieux par-dessus.
L'on aperçoit un personnage auréolé penché vers la gauche (sa droite), où se trouvent 3 autres personnages. Et pour terminer, parce que ça commence à devenir vraiment long, on a encore un personnage avec une longue barbe blanche (Gandalf?), une canne dans la main gauche, la main droite levée en direction des 3 personnages sur la droite dont l'un lève sa main droite également (rencontre du 3 ème type). Bon, et la dernière bande c'est un rideau, en forme de draperie, qui agrémentait la tribune en bois qui n'est plus.

Pour terminer
Alors évidemment, la grande question que tous les lecteurs se posent, c'est "mais qui donc c'est qui a peint ces fresques?" Ben on n'en sait rien. Selon les experts, il y aurait eu au moins 2 peintres. Le maître aurait peint l'abside, l'apprenti les scènes christologiques. Selon monsieur le guide, l'on peut voir des différences significatives dans les mouvements des personnages, comme dans la composition des scènes. En fouillant un peu plus, j'ai découvert que certains experts mettent en rapport nos peintures de l'église St Jacques (celles de la première période, vers 1180) avec les enluminures salzbourgeoises du XII ème siècle, en particulier avec la bible d'"Admont" ("Admonter Riesenbibel"), ou avec les fresques de la chapelle St Jean de Pürgg. Ah bon? Alors faudra que je revérifie, parce que par le plus grand des hasards, je vais régulièrement skier dans le coin (à "Bad Mitterndorf") et l'année dernière j'ai visité l'abbaye d'"Admont", mais la bibliothèque était fermée pour cause de réfection. Quant à la chapelle St Jean, honnêtement, les fresques me semblaient bien différentes. Mais je revérifierai en mars 2014. Du reste, ces mêmes experts mentionnent encore les manuscrits du scriptorium de "Zwiefalten" comme source d'inspiration (mais on est bien loin de Salzburg), et notent que les artistes de notre église de St Jacques auraient pu être simplement inspirés par, sans même les recopier. Ah ouais? Et "Astérix chez les Pictes"? N'aurait-ce pas été une source d'inspiration aussi?

La seconde question, mais nettement moins grande que la précédente, c'est "mais pourquoi donc c'est qu'on a peint ces fresques?" Eh oui, et pourquoi qu'on n'a pas posé du papier peint comme on fait maintenant, mais qu'on a peint des fresques aussi complexes? Ben c'est parce que le quidam était illettré (voire anal-fait-bête). Eh ouais, le pauv' boug' qui allait à l'église au moyen-âge ne savait pas lire (contrairement à aujourd'hui), et ne comprenait pas toujours (comme aujourd'hui) ce que le curé lui racontait sur la vie de Jésus, de Marie, de Joseph et du St esprit. Alors mis en images, c'était 'achement plus simple à expliquer (encore que?). Et pour éviter que le curé n'ait à redessiner à la craie les mêmes dessins à chaque fois sur le tableau, ben on avait peinturluré les murs des églises avec l'histoire. Comme ça, le curé, l'avait plus qu'à montrer avec son pointeur laser, et même le crétin du village comprenait immédiatement tout.

Sinon mes sources pour cette publie proviennent en partie des dires de monsieur le guide dont je ne me souviens plus du nom, et qui fut extrêmement affable malgré qu'il ne faisait rien d'autre que de se mettre en plein milieu de ce que je voulais justement photographier. Une autre partie importante de mes sources provient d'un diplôme de license écrit par madame (le terme de "mademoiselle" étant devenu une insulte) "Marie Jiráková". Et d'autres sources classiques ("classiques" dans le sens "comme d'habitude, comme toujours") servirent encore à cette publie: Biblia Sacra pour la vie jésutesque et christologique, Codex diplomaticus Bohemiae et Fontes rerum Bohemicarum pour les références historiques, Libri Asterigis collectionem pour les références au texte, Catalogus Redoutae pour les références aux fresques, et Homo Voluptarius (PlayBoy quae nunc vulgus dicit) pour m'endormir après les heures d'écriture.

L'église St Jacques de "Stříbrná Skalice" (ou "Rovná") est une splendeur unique, je le rappelle à nouveau. Imaginez que ces fresques, certes moyennement conservées, datent de vers 1180, soit de plus de 830 ans, et qu'elles se classent parmi les plus anciennes peintures romanes de notre pays. Pour comparaison, les peintures de la rotonde Ste Catherine de "Znojmo" (publie sous le coude depuis plusieurs années), qui me semblent être les plus anciennes, datent de 1134 (un texte latin est daté et gravé dans le mur). Celles de notre église ne sont que de quelques 40 ans plus anciennes. Enorme moi j'dis, énorme et fabuleux. Pour réserver une visite, contactez Mme Marie Studničková, mobil +420 602 861 382, ou Email: marickova@centrum.cz. GPS: 49.8958469N, 14.8599797E.

0 Comments:

Enregistrer un commentaire

Links to this post:

Créer un lien

<< Retour à la page principale