samedi 13 octobre 2012

Ailleurs: L'église à pèlerins Ste Marie de Sepekov

Alors dans la même série des lieux de pèlerinage comme celui de mon avant-derrière publie, il est le complexe de la vierge Marie de "Sepekov". Mais cette fois-ci, c'est vachement moins douloureux qu'auparavant, dans le sens que ce complexe est "vierge Marie" tout court, et pas "vierge Marie de la victoire" (sur les hérétiques bohémiens).
C'est en visitant chais plus quoi dans les environs, que nous sommes tombés dessus par hasard, sur le bord de la route, parce que malgré qu'il présente un intérêt certain, ce complexe baroque pure style est pratiquement inconnu des autochtones tchèques (comme de moi d'ailleurs, avant de tomber dessus, par hasard). Et on est vraiment tombé dessus fortuitement, parce que pour ainsi dire, la foison de publicité absente n'attire clairement pas le touriste. Heureusement que je suis là pour vous en parler.

Tout d'abord, et avant d'entamer le vif du sujet, je souhaite ici exprimer un sincère remerciement à madame "Anna Kofroňová" qui eut l'amabilité de nous faire tout visiter, rien qu'à nous, à ma chérie d'amour au miel de pin et à votre serviteur à poil ras, comme ça, un dimanche au dernier moment sans même que l'on eût été annoncé. J'vous explique, pour vous donner une idée quand même du monde dans lequel on vit. Un dimanche vers 15:30, on se pointe devant le complexe virgino-marial. Sur la porte se trouve une mention avec un nom et un numéro de téléphone, genre que pour visiter, bla bla bla... On passe le coup de fil qui va bien (ben tiens), et pas plus tard que 7 minutes après, arrive de la maison d'au coin de la rue plus bas une brave dame.
Elle plante la grosse clé baroque dans la serrure, ouvre la lourde porte en fer forgé d'époque, et hop, le miracle s'accomplit: bienvenus, visite, explications, photos, accès à la tribune d'orgue, détails sur le cloître et les chapelles d'angle, splendide orage afin d'épicer les clichés d'un ciel cataclysmique de jugement dernier... Du bonheur en boîte taffetas braves gens. Mieux, après nous avoir consacré au moins 1h, la brave "Anna" ne voulut même pas un sous. Rien, pas une pièce pour le déplacement, pour le dérangement, pour les explications, rien de rien, même pas un Tic-Tac à 2 calories seulement. Nous forçâmes quand même quelques talbins dans la main de la brave dame, qu'elle les pousse dans le tronc d'église pour la maintenance des gouttières, si elle souhaite, puis nous partîmes tout en remerciant chaleureusement des quatre mains. Moi j'dis que ça raccommode d'avec l'humain, des braves gens comme ça. C'est pas comme les autres imbéciles de... et de... enfin bref, vous savez de qui et d'où je parle.

Laissez-moi maintenant vous situer le bled dans son contexte historique. "Sepekov" se trouve en Bohême du Sud, près de "Milevsko" (je vous reparlerai de ce bled sous peu), 20 km à l'Ouest de "Tábor" et 30 km au Nord-est de "Písek".
Bien que l'endroit fût déjà peuplé à l'âge du bronze, ce n'est qu'au XIII ème siècle que la noble famille des "Vítkovci" fit apparaître le bled comme possession familiale sur la déclaration d'impôt. Selon mes sources, la première mention du bled "Sepekov" serait faite en 1194, à la mort de "Vítek z Prčic" ("Witego de purschitz", "Regesta diplomatica nec non epistolaria Bohemiae et Moraviae" page 167), le fondateur de la lignée des "Vítkovci". Je n'ai pas trouvé cette source de 1194 dans mes annales. Comme 1243, mention d'un certain "Vitcho de Zepecow" selon mes sources. Pareil, rien de rien. Par contre oui, en 1251, mention de "Vitco de Zepecow" dans les "Regesta diplomatica nec non epistolaria Bohemiae et Moraviae" (page 593) comme témoin (avec d'autres) au bas d'une lettre de donation. Bref, "Sepekov" passa ensuite quelques temps aux mains du roi "Václav II" en compensation des misères que la famille lui fit (querelles de riches), mais à la mort de ce dernier, les "Vítkovci" récupérèrent leur bien en 1307 pour le compte d'une branche affiliée des plus célèbres, les "Rožmberk".
Notez également qu'entre 1279 et 1290, "Zepecow" appartint à l'évêque "Tobias" ("Tobias de Bechin, episcopus Pragensis"). Ce n'est pas une information capitale pour notre histoire, mais compte tenu de l'importance que cet évêque eut dans l'histoire du pays, il m'a semblé bon de vous le signaler, comme ça, pour info.

Puis au début du XV ème siècle arrivent les guerres hussites. Les furieux primo-protestants dévastent les terres des catholiques ("Rožmberk"), et pire, édifient à seulement 20 km de "Sepekov", l'antre de l'hérésie hussite: la ville de "Tábor". Trop loin de leur capitale ("Český Krumlov"), trop près de leurs ennemis (les hussites), les "Rožmberk" n'utilisent plus notre patelin que comme caution, garantie et gage dans leurs transactions financières (douteuses?). Fin du XV ème siècle, "Sepekov" passe aux mains des "Šternberk", mi-XVI ème siècle, aux mains des "Švamberk", puis fin XVI ème siècle, aux mains des "Hodějovští z Hodějova".
Mais voilà, pour avoir pris part à la révolte anti-habsbourgeoise (1618-1620), leurs biens furent confisqués, et "Sepekov" passa en 1623 sous l'exploitation du monastère de "Strahov", et ce jusqu'à l'abolition de la sujétion en 1848.

Bon, mais si je vous raconte tout ça, c'est justement pour en venir à la période d'assujettissement au monastère de "Strahov". L'abbé de ce monastère ("Strahov"), "Marian Hermann", décida en 1730 de construire à "Sepekov" un complexe à pèlerins. Les motivations réelles ne sont pas restées dans les chroniques (outre la proximité d'avec sa maison de campagne, il est cependant une légende qui raconte que... cf. plus loin), pas plus que l'architecte (les?) responsable de l'érection des édifices.
Certaines sources mentionnent d'infimes traces de ressemblante similitude d'avec des oeuvres de "Kilian Ignace Dientzenhofer". D'autres encore attribuent l'oeuvre à "Tomáš Haffenecker", décédé en cette même année 1730. Mais tout ceci n'est que pure spéculation, et l'on ne saura sans doute jamais à qui attribuer l'édifice. Quoi qu'il en soit, la construction fut terminée 3 ans plus tard, et le 26 septembre 1733, eut lieu l'officielle cérémonie de la mise au clou du tableau de la vierge Marie de "Sepekov" (je reviendrai sur cette croûte plus loin). Plus tard, entre 1760 et 1767, sous l'impulsion du successeur de "Marian Hermann", l'abbé "Gabriel Václav Kaspar" (du monastère de "Strahov"), fut construit tout autour de l'église le cloître ("partie d’un monastère qui est faite en forme de galeries, avec un jardin ou un préau au milieu", i.e. mur d'enceinte, genre) et ses 4 chaplettes d'angle consacrées à St Norbert (l'inventeur des prémontrés, obédience à laquelle est affilié le monastère de "Strahov"), St Augustin (dont les prémontrés suivent la règle), St Jean Népomucène (un des saints patrons de la Bohême et vedette incontestable de l'ère baroque), et St Léonard de Noblac (duquel St Norbert retrouva le peigne dans un grenier, peigne qu'il utilisa jusqu'à l'âge de 34 ans avant que la calvitie ne recouvre entièrement sa calebasse).
Les chaplettes sont de forme rectangulaire et pourvues d'un mini-choeur en arc de cercle permettant d'y garer un autel/retable. Actuellement elles servent de range-fourbi (cf. mes photos) pour diverses statues en bois de plus ou moins bonne qualité artistique (malheureusement en mauvais état), pour des gonfanons religieux aux couleurs éclatantes, ou encore aux pierres de l'église St Nicolas, désacralisée (l'église) par Joseph II, puis utilisées (les pierres) à divers desseins ayant conduits à sa ruine (de l'église). Ces quelques pierres, en souvenir de feu l'église St Nicolas, furent retrouvées dans les alentours par le doyen de "Sepekov", rapatriées en 1933 en Ste Marie et entreposéxposées là depuis. Ah oui, et sous la chaplette St Léonard se trouve la première pierre du cloître, mais l'on ne peut pas la voir, vu qu'elle est dessous (et que la chaplette est dessus).

Alors que le complexe est de forme rectangulaire, l'église de la vierge Marie de "Sepekov" est de forme ovale, refermée par une voûte en berceau et coiffée d'un dôme percé d'une lucarne.
Contre la nef sont accolés le presbytère, la sacristie et la tour frontale (clocher) dont les niches sont garnies au centre de Marie en équilibre sur un globe entouré d'un serpent. Sur les côtés, les niches sont garnies de St Jacques et de St Laurent. Cette tour a été joliment travaillée jusqu'à hauteur de la nef afin de se confondre à la façade de l'église: 2 pilastres latéraux supportent un tympan triangulaire au dessus duquel le clocher continue sur 2 niveaux dont le dernier se termine en horloge. Bon, c'est classique pour du baroque, alors entrons dedans, l'église.

Les fresques plafonnales sont l'oeuvre du prémontré "Siard (František) Nosecký" (de son vrai nom "Kristián Ezechiel František Nosecký"), qui n'est pas un inconnu pour mes lecteurs assidus puisqu'il oeuvra dans la salle théologique de la bibliothèque de "Strahov", ou encore dans l'église de "Mariánská Týnice".
Mieux. Aux dires de "Karel Václav Rais, in Povídky o českých umělcích - Boj gigantův", "Siard" aurait même été le tout premier maître-peintre du génial "Václav Vavřinec Reiner" (cf. ma précédente publie à propos de ce bougre). Pour vous dire oh combien "Siard Nosecký" n'est pas un amateur, malgré que la postérité n'ait pas vraiment reconnu son talent (sinon tardivement). Fils de peintre, et apprenti de son père (peintre), "Kristián Ezechiel František" était destiné à cet art dès sa jeunesse. Mais l'humeur âcre de sa belle-mère le chassa de la maison vers 21 ans et il trouva refuge chez les prémontrés, où il prit le nom de scène "Siard". Là, il se consacra au barbu redoutable comme à toutes les foutaises qui l'entourent, mais il n'en oublia pas la peinture pour autant. Au contraire même, puisqu'il y paracheva son style. Bien qu'il eût conservé quelques concepts d'arrangement comme de composition appris de son père, le fils développa rapidement une expression plus libre, plus animée et sans exagération de forme ni de surcharge des contours. Ses fresques caractéristiques ne s'appuient pas uniquement sur l'aspect artistique, mais puisent également dans un large spectre intellectuel acquis au monastère.

Ainsi dans notre église, nous pouvons apprécier au plafond la thématique de l'intercession de la vierge (pas spécialement originale comme thème, mais bon, dans une église, on ne peut pas peindre la fête à noeud-noeud chez Sodome et Gomorrhe non plus). Marie, par la divine maternité, est devenue co-rédemptrice et reine de clémence. Immense sa puissance d’intercession est: mère de grâce, espoir des pécheurs, asile des naufragés, étoile de la mer, porte du ciel, salut des faibles et laxatif du constipé. Tout ceci la vierge Marie est (disait maître Yoda). L'idée principale, extraite du "petit office de l'immaculée conception" ("Officium De Immaculatae Conceptionis Beatae Virginis Mariae"), et plus spécifiquement des complies ("Ad Completorium"), est divisée en 4 parties distinctes commentées par une légende soutenue par des putti ailés (sauf pour la porte céleste, où c'est comme pour la porte salut, c'est écrit d'ssus). Ainsi dans l'ordre de la chansonnette l'on contemple:

La première scène intitulée "Dulcis spes reorum" (doux espoir des pécheurs) symbolise Marie, l'espérance des pécheurs désespérés ("desperantium atque reorum spes", "peccatorum spes"...).
La fresque représente des prisonniers (pécheurs coupables responsables misérables) déchaînés et lavés de leurs péchés après sincère rédemption trouvée dans la foi par l'intercession mariale. Notez sur la gauche, près de l'église, la potence sur laquelle se balance un gibier de (potence) incrédule en la puissance de la vierge (le côté obscur de la Force trouble tout, le redouter tu dois). Et notez également aux pieds des mécréants, les annotations laissées par les divers abbés après, apparemment, chaque restauration de l'église.

La seconde scène intitulée "Fulgens stella maris – Portus naufragorum" (l'étoile brillante de la mer - le port des naufragés) symbolise l’étoile que les vrais croyants, dans la traversée des flots de ce monde pourri, devraient regarder afin de diriger leur course dans la juste direction ("sicut per stellam maris navigantes diriguntur ad portum"). Et si jamais ils se foutent dedans quand même, genre s'ils oublient de regarder l'étoile qui va bien, si, troublés par l’énormité de leurs méfaits, honteux de la laideur de leur conscience, épouvantés par l'angoisse du jugement céleste, ils commencent à se laisser couler dans le gouffre de la tristesse et dans l’abîme du désespoir, alors qu'ils pensent à Marie ("In omni periculo potes salutem obtinere ab ipsa Virgine gloriosa", St Thomas), ou qu'ils apprennent à nager (St Calamar). La fresque représente des naufragés (pécheurs égarés) se dirigeant vers l'étoile brillante (le salut du pécheur) après que leur navire (leur vie) eut pris l'eau grave.
Notez que les couleurs arborées par le vaisseau sont celles de l'Autriche. No comment.

La troisième scène s'intitule "Patens coeli janua" (et s'ouvre la porte céleste). Alors ok, c'est vrai que généralement, la porte, c'est p'tit Jésus ("ego sum ostium"), et Ste essence c'est la poignée. Mais c'est aussi Marie, la porte, puisque c’est de son... enfin de... bref, en langage catholique on dit "de son sein bienheureux" que sortit (par la porte) p'tit Jésus pour apporter la lumière au monde: "salve porta ex qua mundo lux est orta". Ici, Marie c'est la porte pour entrer et non pour sortir, puisque la fresque représente une foule pleine de monde s'accumulant devant le seuil céleste symbolisé par un temple, comme s'il y avait concert à l'intérieur. Notez l'ange droit à l'entrée sur les escaliers qui poinçonne les tickets. Notez aussi le personnage en bas à droite marchant nonchalamment avec sa dame au bras. Lui n'est pas pressé, parce qu'il est sûr de rentrer: il a une loge VIP.

La quatrième scène intitulée "Salus infirmorum" (le salut des faibles/malades/infirmes) s'adresse aux concupiscents obstinés dont le salut est dangereusement compromis, mais aussi aux faibles en manque de volonté, et à tous ces infirmes de la tête (auxquels j'appartiens) qui n’ont pas le courage de suivre la route idéale des vrais chrétiens. Par moult objurgations pressantes et nombreuses instances réitérées, Marie obtient de ces âmes faignantes l'effort qui correspond à la grâce du barbu redoutable: "salus hominum, salvans ex corruptione et ad salutem reducens" (une femme vraiment active que cette Marie là). La fresque représente un prêtre, les outils du St sacrement à la main (boîte en sapin, clous, marteau), qui se hâte vers un malade. Notez sur la droite (du prêtre) l'église Ste Marie de "Sepekov".

Et c'est pas fini. La voûte en berceau du choeur est également décorée par le même maître. Marie (avec un coeur gros comme ça) assise sur un trône reçoit les représentants des divers états (le roi, le pape, l'évêque, le général...) représentés par des p'tits enfants joufflus et dodus (l'église aime bien les petits enfants, et pas forcément joufflus et dodus) qui lui (à la vierge) rendent hommage.
L'inscription (en Tchèque) dit "j'aime ceux qui m'aiment" ("Ego diligentes me diligo", Proverbia 8:17). Sympa la vierge, l'est pas difficile moi j'dis. Pis encore au dessus de l'orgue, Marie en protectrice de l'ordre (des prémontrés) avec l'inscription "Domina candidissimi ordinis" ("praemonstratensis"), la maîtresse (dans le sens "patronne") de l'ordre le plus blanc. Les prémontrés sont habillés en blanc (on les appelle parfois les moines blancs, par opposition aux moines bleus de l'Antarctique), et après avoir inventé la lessive qui lave plus blanc que blanc (comme dirait Coluche), ils se firent appeler "l'ordre le plus blanc". Cette fresque, on la voit vraiment très mal, parce que l'orgue encombrant prend toute la place. Mais on a eu du bol, la brave dame "Anna" nous a fait monter dans la tribune (d'orgue), donc de là ça se laissait voir un peu. Mais pas suffisamment non plus pour vous en faire une photo. Sorry. En compensation, je vous ai photographié les bouteilles de "Slivovice" que l'organiste a planquées sous son banc, et dont il s'abreuve copieusement vu les 2 bouteilles que l'on dénombre sur mon cliché.

Dans le choeur de l'église se trouve le maître-autel de facture propre et dorée d'environ 1760, derrière lequel l'on accède à la sacristie (d'où qu'on est entré pour la visite). Et sur ce maître d'hôtel, il y a surtout le fameux tableau de la vierge Marie de "Sepekov", qui est en fait la partie centrale d'un retable triptyque. Fort curieusement, il serait daté du tournant (vers la droite) d'entre les XV et XVI ème siècles. Et je dis curieusement, parce que même sans être expert, le profane distingue comme une odeur de gothique tardif dans l'austérité de l'arrière plan et la disproportion des parties corporelles (du reste certaines sources parlent encore de tableau gothique). Ceci-dit la tête hydrocéphale de la pauvrette est un élément typique des vierges de Bohême de la renaissance. D'un autre côté, il n'est pas exclu non plus qu'icelui tableau renaissance serait inspiré (copie originale?) d'une oeuvre gothique nettement plus ancienne. Allez savoir. Maintenant ne me demandez pas pourquoi il est si fameux, ce tableau, parce que personnellement, je trouve la pauv' vierge particulièrement laide (tu m'étonnes qu'elle soit restée intacte). En tout cas s'il s'agit d'une croûte d'au tournant des XV et XVI ème siècles, l'artiste aurait bien fait de s'inspirer des Ritals, parce qu'en cette même période, un certain Raphaël termina en 1514 la Madone de St Sixte et cette vierge là est d'un tout autre calibre.
Je vous ai mis la photo de l'original, prise en Août 2012 à la "Gemäldegalerie Alte Meister" lors de l'exposition exceptionnelle organisée pour les 500 ans de la passation de commande. Vous pouvez comparer. Genre dis-moi qui c'est la plus belle? Mais revenons à la vierge Marie de "Sepekov" dont vous pouvez apprécier de nombreuses copies sur le haut des retables des chaplettes d'angle du cloître, sur un gonfanon, sur les murs (plusieurs tableaux)...

Il s'agit en fait d'une représentation classique (et fréquente autour des villes de "Tábor" et "Písek") de l'assomption de la baronne du cloué: "et signum magnum paruit in caelo mulier amicta sole et luna sub pedibus eius et in capite eius corona stellarum duodecim" (Apocalypse 12:1. Alors un signe grandiose apparut dans le ciel: c'était une femme. Elle avait pour vêtement le soleil, la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles sur sa tête). Et justement, ben sur notre croûte de 1,20 x 0,3 mètres, madame Marie se tient debout sur un quartier de lune à visage d'homme (Méphisto le diabolique?) afin de symboliser la victoire de la lumière pure et virginale sur les ténèbres du péché maléfique.
Le quartier de lune dans ce contexte peut également représenter la barque se déplaçant du passé vers l'avenir, d'une rive vers l'autre, symbolisant le passage de l'être matériel (maman Marie, sur terre) vers l'être divin (mère du fils de dieu, dans les cieux). Enfin elle a beau accéder à la divinité, sa posture courbe et incertaine rappelant l'oiseau houlà-houlà nous indique qu'elle n'a visiblement pas pratiqué le skateboard dans sa jeunesse. P'tit Jésus est assis sur son bras droit, nu comme un ver au jour de la création, auréolé d'une auréole, un chat pelé autour du cou. Ces 2 éléments furent rajoutés par la suite, car clairement pas de la même époque. Notez comme le gosse rigolard passe son bras gauche autour de la nuque d'à maman dont le regard évasif dénote d'une évidente lassitude (on va poser encore longtemps comme ça?). Marie est coiffée par 2 anges d'une mitre étoilée (12 étoiles Michelin) qui fut également remaniée ultérieurement (garnie de pierres semi-précieuses en particulier). Notez comment au bas, les habits rouge-marron des angelots forment comme des ailes dans le dos de la vierge ("et datae sunt mulieri duae alae aquilae magnae ut volaret in desertum..." Apocalypse 12:14). En fait et encore aujourd'hui, il n'est pas absolument clair si la vierge est montée au ciel par ses propres moyens (échelle, escalier, ascenseur...) ou si des anges bienveillants lui auraient donné un coup de pouce de leurs petites ailes.
Toujours sur le maître-autel et aux abords du fameux tableau se trouvent 2 statues: St Venceslas et Ste Ludmila. Et voilà.

L'intérieur de l'église est fourni de mobilier baroque (entièrement baroque selon certaines sources, ce qui me semble un tantinet exagéré, ne serait-ce que par la présence d'éclairage électrique), dont certains éléments proviennent de l'abbaye St Georges d'au château (de Prague) et de l'église St Benoît, appartenant au collège "Norbertinum" des prémontrés, liquidé peu après sa sécularisation par les réformes de Joseph II, et sur l'emplacement duquel s'élève depuis la mi-années-70 le centre commercial "Kotva", symbole con-muniste du bien-être économique et de l'abondance matérielle de la Tchécoslovaquie d'alors. Les cloches de Ste Marie furent ramenées aussi de l'église St Benoît, lorsqu'icelle détruite estoit. Par contre je ne sais pas si elles y sont toujours (fondues lors des guerres mondiales?), parce que nous ne sommes pas montés dans le clocher (malgré sa jeunesse, "Anna" n'avait plus l'âge de grimper au clocher). Quant aux statues lapidaires qui ornent l'ensemble, elles sont de l'école "Ignác František Platzer" et d'environ 1770. Ah si, encore.
Après la désacralisation (eh oui, encore) de l'abbaye St Georges d'au château (de Prague), l'abbé du monastère de "Strahov" "Václav Josef Mayer" acquit aux enchères certaines toiles. Elles furent ensuite offertes à "Sepekov", et sont encore aujourd'hui visibles (mais particulièrement mal mises en valeur). La chaire archi-baroque est joliment décorée d'angelots (putti) joufflus et de bas-reliefs en bois représentant sur les escaliers l'annonciation à la vierge et la présentation de p'tit Jésus au temple. Sur le corps de la chaire, une réplique du fameux tableau de la vierge (si vilaine).

Ensuite vous pouvez encore contempler dans la nef une série de statues en bois polychromé de période fin XIX ème début XX ème siècle, selon moi, mais je ne suis pas un expert. Je base mon opinion sur la position presque rigide des corps, l'expression inexistante des visages, le manque total de sentiments sur le modèle antique, contrairement aux oeuvres baroques caractérisées par le mouvement, la torsion des corps et l'expression faciale poussée à l'extrême (cf. Ste Thérèse de "Bernini" plus loin).
Et parmi ces statues, vous avez tout d'abord le classique Jésus. Bon, classique, donc je passe à la suite.

Ensuite l'archange St Michel psychostase (c'est pas contagieux, rassurez-vous). Muni d'une balance, il pèse les âmes des défunts décédés de mort durant leur vie: les âmes pures (bios) à droite, les impures (OGM) à gauche. Pour faire la paire (pure), vous retrouvez le pote à Michel, l'archange Raphaël muni d'un bâton (crosse?), d'une gourde et d'un poisson afin d'accompagner les croyants sur le chemin de la foi. Notez qu'en ces temps, les poissons avaient des vertus aujourd'hui inutilisées. Du foie et du coeur l'on faisait de l'huile, non pas pour satisfaire une carence en vitamines A et D, mais pour chasser les démons (efficacité aujourd'hui mise en doute par la science). Quant au fiel (de poisson), il servait à parfumer les pieds qui puent dans les sandales (hyperhidrose pédestre, efficacité également mise en doute par la science aujourd'hui). Pour plus de renseignements concernant ces recettes à la St Raphaël, lisez le livre de Tobie, ou "tout ça à cause de la crotte d'hirondelle dans les yeux". Bon, mais les archanges, c'est classiques aussi, donc je passe à la suite.

Ensuite est représenté St Antoine de Padoue avec un lys (symbole de pureté) et le p'tit Jésus dans ses bras (symbole des moeurs catholiques). Extrait des délires Antoniens: "[...] lorsqu'il vit apparaître un très bel et joyeux enfant. C'était l'Enfant Jésus." (rappel: l'église aime bien les petits zenfants).

Le bougre suivant, c'est un peu plus coton. Il tient un crâne et un crucifix, représentant soit la passion du Christ (crucifix = calvaire, "calvaria" en latin, crâne en français, apparemment d'Adam et qui symboliserait la résurrection), soit représentant la pénitence et la méditation chez les zermites. Du coup vous avez le choix entre St Jérôme et St François d'assise. Personnellement, je pencherais pour ce dernier (François), car habillé en robe de bure, alors que St Jérôme est nettement plus vieux, généralement torse nu, et enveloppé d'un drap pourpre (une cape de cardinal).

Maintenant passons aux dames. La première est assez inconnue en France. Il s'agit de Ste Zézette de Hongrie (i.e. Elisabeth de Thuringe, parce qu'en cette époque l'on connaissait très mal la géographie [Hongrie - Thuringe]) dont je vous avais raconté le miracle dans une vieille vieille publie.
Habillée en princesse et coiffée d'une couronne (fille du roi de Hongrie), elle tient dans une main un vieux crouton de pain pour les miséreux (ou les canards), et dans l'autre (main) elle tient un splendide bouquet de roses pour son mari.

Et enfin la dernière statue représente Ste Thérèse, munie d'une plume et d'un calepin afin d'y apposer ses extases (transverbérations on dit en bon langage religieux). Notez que cette statue de la sainte est nettement plus pudique, plus fade et sans saveur par rapport à la splendeur romaine de "Bernini" en l'église Ste Marie de la victoire (déjà mentionnée dans ma précédente publie, mais pour un autre motif). Ste Thérèse écrit: "J'ai vu dans sa main une longue lance d'or, à la pointe de laquelle on aurait cru qu'il y avait un petit feu.
Il m'a semblé qu'on la faisait entrer de temps en temps dans mon coeur et qu'elle me perçait jusqu'au fond des entrailles; quand il l'a retirée, il m'a semblé qu'elle les retirait aussi et me laissait toute en feu avec un grand amour de Dieu. La douleur était si grande qu'elle me faisait gémir; et pourtant la douceur de cette douleur excessive était telle, qu'il m'était impossible de vouloir en être débarrassée. L'âme n'est satisfaite en un tel moment que par Dieu et lui seul. La douleur n'est pas physique, mais spirituelle, même si le corps y a sa part. C'est une si douce caresse d'amour qui se fait alors entre l'âme et Dieu, que je prie Dieu dans Sa bonté de la faire éprouver à celui qui peut croire que je mens"
. Faudrait vraiment être niais pour ne pas comprendre de quoi qu'on se parle. Ste Thérèse décrit de toute évidence sa première rencontre avec le loup dans les bois. Et "Bernini" a sculpté cette rencontre de la plus fabuleuse façon qui soit (cf. Jacques Lacan, dans Encore, page 168): "[...] pour Sainte Thérèse, enfin disons quand même le mot… et puis en plus vous avez qu'à aller regarder dans une certaine église à Rome la statue du BERNIN pour comprendre tout de suite… enfin quoi: qu'elle jouit, ça fait pas de doute!" (cf. ma photo). Bon, mais laissons Rome à César et revenons à "Sepekov".

Maintenant chers lecteurs, permettez-moi de vous narrer la légende relative à l'érection de notre édifice, parce que d'aucuns ne se contenteront pas de la proximité d'avec la maison de campagne de l'abbé "Marian Hermann" du monastère de "Strahov" comme seul motif. Ils ont tort, c'est pourtant la raison la plus rationnelle. Lisez plutôt. Bon, faut remonter jusqu'au XI ème siècle, à l'abbé "Božetěch" du monastère de "Sázava" ("Bozetech abbas Zazowensis") pour trouver la source de la légende. Lors d'un hiver rigoureux où les roupettes des moines prenaient la couleur et la taille des M&M's bleus aux cacahuètes, l'abbé "Božetěch" se mit en tête de réaliser une statuette de la vierge Marie plutôt que d'aller couper du bois dans la forêt (faignant!). Pis un jour, sans qu'on ne sache vraiment comment, la statuette atterrit entre les mains de l'abbé du monastère de "Milevsko" (publie sous le coude) "Jarloch" ("Gerlacus abbatis Milovicensis", 1165–1228), continuateur du fameux "Cosmas Pragensis" et auteur des "Annales Gerlaci Milovicensis".
Il aurait alors fait construire une chaplette à "Sepekov" afin d'y remiser la figurine. Immédiatement, les pèlerins se ruèrent céans afin d'honorer la Ste vierge, mais surtout afin de lui réclamer ce que les pèlerins généralement réclament: du pognon, de la santé, des récoltes abondantes, et une biroute fertile à faire des garçons (entres-autres, parce que le pèlerin possède un esprit fécond [fait c...] aussi ses désirs peuvent prendre des apparences des plus excentriques). Alors selon certaines sources, c'est entre ce moment là (XIII ème siècle) et les guerres hussites (XV ème siècle) que le fameux tableau de la vierge Marie de "Sepekov" aurait fait son apparition dans la chaplette, sans qu'on ne sache vraiment comment ni par qui ou pourquoi. Bien entendu, cette hypothèse va à l'encontre de l'origine renaissance d'entre les XV et XVI ème siècles comme mentionné plus haut. Bref il y eut donc les guerres hussites, et la fameuse statuette de l'abbé "Božetěch" aurait été détruite. Mais le fameux tableau de la vierge aurait été proprement planqué, et aurait survécu. Selon une source, la chaplette aurait ensuite été restaurée et agrandie dès le XVI ème siècle. Selon une autre source, la chaplette n'aurait été restaurée et agrandie qu'en milieu du XVII ème siècle par initiative des prémontrés.
Quoi qu'il en soit, en cette mi-XVII ème siècle, la chaplette de la vierge Marie abritant le fameux tableau de la vierge Marie de "Sepekov" (qu'il soit gothique ou renaissance, on s'en fout finalement) était là, et nombreux miracles lui étaient déjà attribués.

Ainsi l'on parle d'un jeune Hongrois (ou on groit pas, c'est comme on veut) aveugle (mais peut être aussi sourd, muet et anosmique) dont les parents n'avaient apparemment pas d'autres soucis que de parcourir les lieux de pèlerinage avec l'handicapé et prier la Ste vierge pour sa guérison (quelle dévotion). Pour des prunes, et en vain pendant longtemps. Mais un jour, ils virent dans leur rêve (éthylique?) un tableau de la vierge Marie. Et comme il n'y avait pas Google en cette époque en Hongrie, ils coururent à l'aube chez le curé local, lequel, grâce aux images saintes de St Rorschach, détermina l'emplacement du tableau rêvé. Avant même les 12 coups de midi, papa, maman et p'tit nenfant plièrent leurs frusques et prirent la route en direction de "Sepekov".
Après plusieurs jours de marche parmi les loups, les ours et les Moraves, ils arrivèrent enfin aux abords de notre bled. Et c'est à ce moment précis que l'aveugle (mais peut être aussi sourd, muet et anosmique) s'écria "je vois la chapelle, je vois la chaplette de la vierge Marie de Sepekov". Il était enfin guéri, alléluia braves gens, alléluia! Bon, vous aurez compris que nombre d'incompatibilités et d'anachronismes entourent notre légende, mais ce n'est pas important pour un croyant puisque sa conviction est basée sur la foi, aucunement sur la raison. Du coup la chaplette devint un lieu de pèlerinage de plus en plus couru (par les culs-de-jattes), comme Lourdes, et en 1730, il serait ainsi devenu indispensable pour l'abbé "Marian Hermann" du monastère de "Strahov" d'agrandir et moderniser l'attraction.

Aujourd'hui, à peine 1 personne sur 437 a entendu parler du complexe de "Sepekov", et seule 1 personne sur 47926 s'y est rendue (statistiques personnelles réalisées sur un échantillon représentatif de 4 individus présents au salon international de l'érotisme de Hambourg en 2010, salon où je me suis rendu accidentellement après avoir bêtement confondu la date, le lieu et le thème d'avec le salon interprofessionnel des cérémonies religieuses et objets du culte.
Ben quoi? Ca peut arriver non?). Il est particulièrement regrettable que si peu de touristes ne visitent ce site, car les fresques (restaurées) sont splendides, et l'architecture n'est clairement pas à ignorer non plus. Du coup je ne puis que vous inviter à vous y rendre, à "Sepekov", si toutefois vous parlez Tchèque (peut-être Allemand?). C'est là: 49°25'36.964"N, 14°25'4.108"E.

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