samedi 5 juin 2010

Ailleurs: Le vieux Plzeň et sa rotonde

Et c'est en préparant notre visite à la fête de la bière à "Plzeň" ("Pilsen" en Allemand et en International), fête qui a lieu chaque année dans cette fabuleuse brasserie de "Prazdroj" qui est à la bière, ce que La Mecque est à la tête de veau, que je me suis dit que se pochetrogner le groin c'est bien, mais être cultureux, c'est mieux. Aussi j'informais mes potes de voyage, qu'on irait faire un petit détour en début d'après-midi, avant d'entamer la bataille du levé de coude, après quoi la conduite automobile est officiellement interdite, du reste fortement déconseillée. Alors z'allez voir, c'est pas du grandiose, c'est pas du clinquant, c'est pas du qu'on s'extasie dessus à renfort de superlaxatif, mais ça mérite une publie quand-même. Aujourd'hui donc, la rotonde St Pierre et Paul et son bled de "Starý Plzenec".

Commençons tout d'abord par le bled. Alors "Starý Plzenec" signifie tout simplement le "vieux Pilsen", et pour cause, "Starý Plzenec" existait bien avant que n'existe "Plzeň". Et même mieux, avant que n'existe "La Plzeň" que tout amateur de bonne bière connaît, c'est "Starý Plzenec" qui s'appelait "Plzeň". Eh ouais. Tiens, rapidement, je vous pose quelques repères historiques. Après le big bang... terre... bacilles... mammouths... poils... bronze... fer... crucifix... Romains... puis VIII ème siècle.
Il y avait à "Bukovec", au Nord-est de "Plzeň" (l'actuelle), sur les bords de la rivière "Berounka", un peuplement de Slaves, avec fortin, vaches, femmes et cochons. Mais on n'en sait pas plus, parce que les fouilles archéologiques n'ont rien trouvé d'autre que des restes de ce que je ne vous ai pas mentionné (plus un peigne à girafe dont l'authenticité n'est cependant pas avérée). Et c'est justement parce qu'on n'a rien trouvé d'autre, que l'on sait que le site disparut vers la fin du IX ème siècle afin de donner naissance au site de "Starý Plzenec" (mais je n'ai pas de détail à vous donner, malheureusement). Au croisement des autoroutes commerciales en direction de la Bavière (Prague-Nuremberg, et Prague Ratisbonne), notre bled devint le chef-lieu de la région, sous la régence de la famille "Drslavici", copain-copain avec la famille régnant sur la Bohême, les "Přemyslovci". C'est sur cette petite colline appelée encore aujourd'hui "Hůrka" ("Colline", soit la colline Colline), surplombant la rivière "Úslava", que s'établirent donc les premiers Slaves dans un fortin, vers le VIII ème siècle, avec vaches, femmes et cochons.

Un peu d'étymologie maintenant. "Plzeň". Selon ce bougre de "Václav Hájek z Libočan" dont les élucubrations abracadabrantes ont fait le bonheur des naïfs pendant plusieurs siècles, "Plzeň" aurait été appelée ainsi de par le nombre de "plž" (gastéropodes) recensés par un certain "Radouš", fondateur de la ville (cf. "Václav Hájek z Libočan, Kronika česká. Léta 775. Nějaký Radauš, jenž byl syn Hrozislavuov ze vsi Radauše [...] bral se se vší svau rodinu k západu slunce, až přišli k jedné veliké skále. Na tu jest vstúpil Radauš s sedmi pacholky svými a oblíbiv jí sobě, kázal na ní hrad založiti a dal té skále jméno Radyně. A odtud nedaleko dal sobě v jednom podolí při potoku dvuor postaviti. Ale že tu času toho mnoho pilvausůi (neb plžuov) bylo, dáno jemu jméno Plzeň"). Plus probable est l'origine vieux-slave comme le suggère "Josef Dobrovský" (cf. "Institutiones linguae slavicae dialecti veteris") de "plza, plzný, polezný" (profit, abondant, fécond, utile, profitable...).

Sinon la première mention écrite de "Plzeň" remonte loin loin loin, à 976 très exactement, dans les Chroniques de "Thietmar", l'évêque de Merseburg: L3 "Anno vero Dominicae Incarnationis 976 Heinricus, dux Bawariorum, honore et communione privatus, Boemiam fugit. Quem inperator ibidem valido petens exercitu cum duce Bolizlavo manentem, nil ibi prorsus in neutro horum profecit, sed magnam Bawariorum catervam, sibi ad auxilium huc venientem, et juxta Pilisini urbem castra metatam, dolo cujusdam militis Bolizlavi sic perdidit".
L'histoire, c'est qu'un jour, il était une fois l'empereur "Otto II", le duc de Bavière "Henri II", et le duc de Bohême "Boleslav II" (ils étaient tous seconds ex-aequo, les bougres). Un jour, "Henri" se fâcha grave avec l'empereur "Otto" pour une histoire de manteau en poil d'ours, que l'autre disait qu'il était en poil de blaireau, synthétique de surcroît. "Henri" trouva du soutien auprès de "Boleslav", qui ne faisait rien que de se marrer de toutes ces querelles insensées, parce qu'honnêtement, ours, blaireau, lorsque l'union européenne est en crise à cause du déficit de la Grèce... Bref, "Otto" alors calife du St empire le prit mal, très mal, et se mit en tête d'aller fout' une raclée à "Boleslav" pour lui apprendre à se mêler de ce qui ne le regarde pas. Sauf que pas de bol, c'est "Otto" qui prit une raclée, justement à "Plzeň", et c'est cette histoire qui est justement contée dans les chroniques de l'évêque de Merseburg. Bon, je vous passe les détails car c'est pas le sujet, mais vous trouverez tout dans les mémoires de l'abbesse Adelaïde ("Geschichte der Adelheid von Vilich"), qui perdit son "Gottfried" dans la bataille et qui fut tellement malheureuse que... c'est pas le sujet.
Notez cependant un élément important dans la description de l'ecclésiastique: "... Pilisini urbem... ", ce qui dénote l'importance de la ville, car le terme de "urbs" était utilisé spécifiquement pour des villes d'importance (cf. "Roma Urbs Mundi" versus "Lutetia civitas Parisiorum", genre).

La seconde mention est plus cocasse, et remonte à 992. Vous la trouverez dans les "Versus de passione Sancti Adalberti" (cf. "Gelasius Dobner, Monumenta Historica Bohemiae ", p.32, ou les "Fontes rerum Bohemicarum", L1, p.325) où l'on peut lire: C'est en revenant d'Italie, que St Adalbert s'en arriva aux frontières du pays ("Plzeň", "Post iter emensum Plizenem ad menia uentum, Istus terre manet hac nam terminus urbe."). Et soudain, que ne vit-il pas le saint homme? Un marché ("Hic hirrenda uirum percussit uisio sanctum: Nam mox ut uidit mercatum..."). Et ouais, mais c'était dimanche (ressuscitation de Jésus, pas de bol), et dimanche le bon chrétien (comme l'Allemand et l'Alsacien) est censé faignanter devant la téloche, en tout cas pas faire de commerce juteux et mercantile ("Num lux tam santa studiis est his celebranda, in qua surrexit Cristus, mortemque reviuxit?"). Di diou! J'te dis pas le savon qu'il leur mit à tous de sa crosse épiscopale sur leur râble de mécréant, des éclats ont été trouvés lors des fouilles ("Hec dicens omnes perturbat abinde forenses").

Pis il est encore une mention de "Plzeň" l'année suivante, 993, dans les actes pourris (cf. une précédente publie pour les détails des actes pourris) des moines de "Břevnov", où il est écrit: "Boleslaus II, dux Bohemorum, monasterio Brevnovensi [...] In Pl[izne]nsi vero provincia villam Oyppernich (Vejprenice)..." (cf. "Codex diplomaticus et epistolaris regni Bohemiae, L1, p.348"). Mais c'est pas vraiment intéressant puisque ces bougres d'entourloupeurs ne font que de mentionner du patrimoine qu'ils s'attribuent iniquement, alors passons à la suite.

Donc durant la grande période de "Plzeň", alias "Starý Plzenec", il est des évènements à citer qui eurent lieu là, enfin on le croit, parce que certains sont avérés, d'autres supposés. Il y avait donc déjà là, et même tôt, un hôtel de la monnaie à "Plzeň". Alors on le présume, parce qu'on a retrouvé lors des fouilles de la colline Colline, des deniers en argent datant du prince "Jaromír" (entre 1004 et 1034, régent par intermittence) frappés sur la face (les deniers, pas "Jaromír") d'une tête de St Venceslas et du nom "Iaromir" sur le pourtour (pour tromper les voleurs, parce que St Venceslas c'est pas "Jaromír"), et frappés sur la pile de la valeur 10 euros et de "PL[Z]IZEN CIVO" sur le pourtour (cf. mes photos).
Mais il est possible que l'hôtel de la monnaie existait déjà sous les "Boleslav" (1 et 2), et peut être même encore avant (cf. "Jarmila Hásková: K otázce plzeňské mincovny za knížete Jaromíra"), ou même qu'il n'existait pas du tout, parce que ni le guide Michelin ni le guide du Routard ne le mentionnent, l'hôtel.

En 1109, le prince "Vladislav I" fut appelé par l'empereur Henri V à Ratisbonne afin de régler une affaire de succession d'avec son frangin "Bořivoj II". Ben sur la route, il fit halte à "Plzeň" dans une taverne, afin de changer les mules et grailler un bout. C'est en regardant les infos à la téloche qu'il apprit qu'en son absence de Prague, cette fripouille de "Bořivoj II" avait pris le pouvoir. Il fit alors rapidement demi-tour, et fissa-fissa sur son mulet, se rendit en notre capitale afin de contrer le putsch (cf. "Antiquae Boemiae Usque Ad Exitum Saeculi XII: 1109. Wladislaus dux, qui regis Henrici vocatione debuit in octavis Domini interesse regali synodo Ratisbonae, propter jussum regis accelerans, in civitate Plizen cum ceteris comitibus festis diebus mansit duobus [...]" ou encore
"Cosmas Pragensis, Chronica Bohemorum: Sed quia interim regis Heinrici vocatione debuit in octavis Domini interesse regali synodo Ratispone, preceperat Wacek comiti, ut, quam studiosius posset, Ottoni, quem invitarat ad festum amministraret convivium. Ipse autem propter iussum regis accelerans in civitate Plizen cum ceteris comitibus festis diebus mansit duobus, tercia autem die, ut cognovit ea, que gerebantur in urbe Praga [...]"). Je vous passe les détails sans glands, mais tout revint dans l'ordre lorsqu'Henri convoqua les deux polissons, et leur mit une bonne fessée cul-nu devant la cour de son empire germanique.

En 1131 l'on mentionne l'archiprêtre de "Plzeň", Hérold, cumulateur de mandats puisqu'également vicaire et chapelain de l'évêque de Bamberg. C'est pas hyper excitant comme nouvelle, sinon que c'est la première mention indirecte d'une administration religieuse indépendante à l'Ouest de la Bohême, et tout particulièrement à "Plzeň" (cf. "Canonici Wissegradensis, Continuatio Cosmae: Anno dominicae incarnationis 1131 [...] qui vocabatur Heroldus, qui vicarius et capellanus Bambergensis epiacopi et archipresbyter Pilznensis [...]"). Bon on passe à la suite...

En 1134, le prince "Soběslav I" et son pote l'empereur "Lothar III" auraient passé un week-end à "Plzeň" afin de peaufiner leur stratégie quant à l'avenir de la PLogne qui perdit tout son gouvernement dans un crash d'avion stupide (mais je n'ai ni la source, ni le nom de l'auberge). Ensuite on mentionne nommément et pour la première fois la rotonde St Pierrépaul (qui n'était alors que Pierrépapaul) dans l'édit de 1266 du roi "Přemysl Otakar II" ("Bohemorum rex Otakarus nomine, qui et Prziemysl", "Codex diplomaticus Bohemiae, i.e. CDB V.1, p. 703–705: [...] ecclesiam sancti Petri in monte castri predicte civitatis [...]") qui met sous tutelle du monastère de "Chotěšov" ("Monasterio Chotiesoviensibus", publie à viendre) 8 églises du bourg nommément citées "CDB V.1, p. 703–705: […] ecclesiam sancti Laurencii apud Pilznam [...] ecclesiam sancte Marie in latere Pilznensis civitatis, ecclesiam sancti Iohannis Baptiste, ecclesiam sancti Wencezlai, ecclesiam sancti Martini in Pilznensi civitate, ecclesiam sancte Crucis, ecclesiam sancti Petri in monte castri predicte civitatis, ecclesiam sancti Blasii extra eandem civitatem […]" afin d'être traites et usufruitées par les moniales prémontrées. Notez que pour le bled que c'est aujourd'hui, 8 églises, c'est balaise quand même.
Actuellement il en reste seulement 3 debout (dont notre rotonde), 2 dont on a retrouvé les fondations non loin de la rotonde, apparemment dans (ou très près de) l'enceinte du fortin, quant aux autres, mystère. Elles sont sans doute éparpillées dans le village, et restent à être découvertes en dessous des constructions actuelles. Le roi mit également au pot (en 1266) des taxes en numéraire directement payées par les villes "Stříbro" et "Domažlice" à "Plzeň" ("CDB: […] beneficium in Pilzna, in Misa ac in Domaslich civitatum […]"), et afin que tout soit en règle, le pape y alla de sa bulle en 1273 afin de confirmer tout cela, et éviter que la populace des dites villes payantes ne se rebiffe ("CDB: […] annuum redditum denariorum, quem percipitis in civitate Pilznensi, in Misa et in Domaslich et in foro civitatis eiusdem […]").

Pis arriva 1295, le début du déclin de "Plzeň" (la vieille) avec la fondation de "Plzeň" (la neuve) par le roi "Václav II". En cette époque, la route vers la Bavière passait de plus en plus par ailleurs (afin d'éviter les taxes et les embouteillages), et lorsque le sagace "Václav II" mit un oeil sur la carte du pays, il se dit que finalement, ça serait vachement plus avisé de scotcher la ville principale du territoire Ouest au croisement des 4 rivières "Radbuza", "Úhlava", "Úslava" et "Mže" (et qui forment au Nord-est de la ville le fleuve "Berounka").
Dans le milieu du XIV ème siècle, le bon roi Charles IV mit en chantier le château fort de "Radyně" (originellement "Karlskrone", à 2,5 km au Sud-ouest de notre rotonde). Une fois terminé en 1361, et pour remercier les habitants de "Plzeň" (la vieille) pour l'aide apportée à la construction, il libéra ses gueux du servage (mais pas de l'impôt royal, faut pas déconner non plus). Super, les boug' en profitèrent pour se barrer en masse, et notre bourg commença à se dépeupler sérieux. De "urbs", "Plzeň" devint bled, administré par le burgrave du nouveau château fort "Radyně". En 1442, on parle officiellement pour la toute première fois de "Starý Plzenec" (la vieille..., cf. "Codex iuris Bohemici, i.e. CIM […] de Antiqua Pilzsna ... Nove Pilzne […]") et à partir de 1450, le village sans intérêt pour le roi passa sous la gérance de personnes privés (petite noblesse).

Et la rotonde alors? Ben justement, j'y viens. Elle date donc (enfin la forme) de la fin du X ème siècle, et faisait partie intégrante du fortin en bois de la période des Prémyslides. Bien que la date d'érection soit inconnue, l'on présume qu'elle se situe sous "Boleslav II" (dit le pieux [en journée], le pieu [une fois au lit], cf. date d'érection :-) lequel mit en chantier pas moins de 20 églises
(cf. La chronique de Dalimil, c.33, "Pak Boleslav lity snide, jeho syn Boleslav na stolec vznide. Poluci se svaty ze zleho a milostivy z liteho. Kostelov dvadceti v Cechach ucini a mesto Mlady Boleslav ustavi. Almuzny velike ciniese a krestanstvo velmi plodiese."), parce qu'en cette époque, l'on ne jouait pas encore au foot. Ceci-dit, aucun nom d'église n'est mentionné (ni dans les "Chronica Bohemorum de Cosmas Pragensis" qui est une des sources de Dalimil "Erat autem iste princeps, secundus Bolezlaus, vir christianissimus, fide catholicus, pater orphanorum, defensor viduarum, gementium consolator, clericorum et peregrinorum pius susceptor ecclesiarum Dei precipuus fundator. Nam ut in privilegio ecclesie sancti Georgii legimus, XX ecclesia christiane religioni credulus erexit et eas omnibus utilitatibus, que pertinent ad ecclesiasticos usus, sufficienter ampliavit") aussi ce n'est que supposition, les églises, et peut-être bien qu'il aurait mis en chantier des stades de foot sous couvert d'églises, qui sait? Compte tenu de la taille réduite de la rotonde ainsi que du fait que la ville de "Plzeň" disposa rapidement de 7 autres églises par ailleurs bien plus grandes, on peut également présumer que l'importance de notre rotonde s'estompa rapidement. De la période hussite (guerre civile, 1420-1434) on ne sait pas grand chose.
On pense que vers le début du 16 ème siècle, la rotonde était totalement en ruine, au point que les murs s'effondrèrent. Ne subsistèrent alors que l'abside et quelques bouts du contour au niveau du sol. En 1561, la famille "Kokořovci z Kokořova" devint propriétaire du domaine (y compris du castel "Radyně", du patelin "Starý Plzenec" comme de notre rotonde en ruine), vendu alors par Ferdinand 1er, attendri par l'handicap patronymique de la famille (mort de rire, "Kokořovci z Kokořova"). Cette dernière remit la rotonde sur pied à l'aide des matériaux trouvés dans les parages, et qui ne furent pas forcément d'origine comme le prouve le portail d'entrée de style renaissance (début XVII ème), la consécration à St Pierrépaul, et la sonnette drelin-drelin de forme cubiste (2/3 des murs de la rotonde datent de la reconstruction). L'édifice fut alors remis en service (religieux), et servit modestement aux fins du Bon II... bon dieu, jusqu'à Joseph dieu... Joseph II. L'ère baroque apporta elle aussi son lot de transformations. Les 3 fenêtres de la "nef" furent agrandies, seule la fenêtre de l'abside conserve son aspect roman d'origine. En 1785, et suite aux réformes josephiniennes, la rotonde fut inscrite au répertoire des monuments à démolir, mais finalement elle fut vendue aux enchères en 1788, et utilisée comme dépôt de poudre à canon (entre 1790 et 1830) grâce à sa proximité avec la carrière exploitée pour la caillasse servant à la rénovation des routes locales. En 1878, il y eut une première restauration.
En 1920, la ville racheta la rotonde (à qui?) et il y eut une seconde restauration en 1924. Pis il y eut encore une restauration en 1975, où l'on posa enfin des vitres aux fenêtres à la demande du curé fragile des bronches. On posa également au sol du carrelage semi-originel représentant des griffons et des Néron, et le plafond fut enrichi de simili-caissons en bois plutôt pas terribles et totalement anachroniques (cf. mes photos). Parenthèse. Le motif de l'empereur Néron se retrouve souvent dans le carrelage d'église moyenâgeux. Néron était connu pour ses persécutions envers les chrétiens. Il serait responsable de la mort des apôtres St Pierre et Paul (cf. les "Annales" de Tacite), et au moyen âge l'on voyait carrément en lui l'antéchrist (cf. la Pocalypse selon St Jean les vangélistes et le sixième empereur romain, chiffre 6). Le représenter sur les carrelages, permettait alors à chaque chrétien de fouler du pied la Bête immonde (cf. le nombre 666 et l'hexakosioihexekontahexaphobie). Le griffon quant à lui représentait la force et la cruauté, il était également un des animaux de l'enfer dans l'apocalypse. La dernière restauration date de 2008, et c'est justement après la réouverture de la rotonde au public que je m'y suis rué afin de contempler l'ampleur du travail. C'est principalement le toit et la charpente qui furent renouvelés, ainsi que la croix formée de 4 haches. Mais on y reconstruisit également l'autel austère en style renaissance à l'aide des matériaux d'origine trouvés sur place. Architecturalement, comme vous pouvez voir sur mes photos, genre, c'est clairement pas du "Kaplický".
C'est tout rond, enfin en forme de 2 ronds formant un genre de 8, comme un gros rond complet de 6,5 m de diamètre et un petit rond de 3,25 m en forme de fer à cheval collé derrière. C'est construit en pierres taillées quartziques plus larges à la base (les pierres taillées) et moins larges en hauteur (histoire de statique), unies par un torchis calcaire. S'agissant d'une architecture typique de l'époque Otto(s) (X ème siècle, Otto 1, 2 et 3... et on dit Othon en Français, et pas Otto), notre rotonde ne fut fort probablement jamais crépite ni peinturlurée du dedans contrairement aux rotondes de l'époque Charlemagne (VIII et IX ème siècle, cf. la rotonde St Guy, au château de Prague, aujourd'hui disparue, pour vous donner une idée). Le toit était fort probablement en chaume (foin de paille) soutenu par des poutrelles en bois, alors que l'abside était couverte par une voûte de berceau.

Moult fouilles eurent lieu tout autour de notre édifice (comme dans), compte tenu de son emplacement dans l'enceinte de l'ancien fortin slave. La première fouille eut lieu en 1860, suivie d'une seconde en 1906-1909. De qu'est-ce qui fut trouvé lors de ces fouilles l'on ne sait rien, parce qu'on n'a plus aucun document d'archive (perdu, noyé, volé?). Pis d'autres fouilles eurent lieu lors des restaurations, à savoir entre 1920 et 1926, puis entre 1972 et 1975, afin qu'en 1993 l'on puisse installer dans la rotonde une micro-expo des copies des artefacts découverts (cf. mes photos).
Alors le résultat des fouilles est le suivant. Le fortin s'étendait sur environ 3 ha. Il était composé d'une avant scène pour la populace dans laquelle se trouvait notre rotonde, et d'une scène principale dans laquelle vivait la crème de l'élite (1 ha et 37 ares). Dans la scène principale se trouvait un palais en bois avec une tour, ainsi que divers autres bâtiments (c'est dingue ce qu'on peut déduire à partir de quelques trous dans le sol). Le fortin, comme les 2 scènes, étaient entourés de remparts en bois, surélevés avec de la terre tassée, et encore aujourd'hui il est possible dans certains cas d'en voir les contours à l'oeil nu. Malheureusement concernant "Starý Plzenec", tout a été aplani (par qui?), et il ne reste plus qu'un tas de 10 m de haut au sud de notre rotonde. Autour, ont ensuite été découverts 10 squelettes, mais en dehors du fait qu'ils sont morts, on ne sait pas en dire plus les concernant. Dans la rotonde, et sous l'autel, fut également découverte une tombe (avec son squelette), mais pareil, pas la moindre idée sur le nom du propriétaire. L'on soupçonne qu'il s'agirait d'un ecclésiastique, genre le curé de la rotonde ou son jardinier. Sinon dans les alentours, vous pouvez encore apercevoir les fondations de 2 autres églises nettement plus imposantes datant de la seconde moitié du XI ème siècle: St Laurent ("Sv. Vavřinec") et Ste Croix ("Starý Kříž").
Les 2 édifices disparurent au début du XIX ème siècle.

St Laurent se trouvait en plein dans l'enceinte principale, et servait donc à la noblesse et à son proche entourage. Son importance comme église majeure des églises du site est attestée par son appellation: "CDB V.1, p. 703–705: […] aule nostre regie ecclesiam s. Laurentii apud Pilznam […]". Elle fut désacralisée par les reformes de Joseph (fin XVIII ème siècle), se dégrada lentement et surement, et s'effondra en 1818 (parfois 1815) lorsqu'une bonne bourrasque s'appuya un peu trop fort sur ses murs trop faibles. Une autre version raconte que seul le toit s'effondra, et que les murs, c'est le travail des indigènes qui auraient pillé les pierres pour leurs propres cahutes. Peu importe, aujourd'hui il n'en reste que les fondations (cf. mes photos). L'église de la Ste Croix, c'est plus compliqué. C'est la plus grande des églises, mais elle se trouvait en dehors du fortin. Les experts situent sa construction entre la fin du XI et le début du XII ème siècle. Et vous savez pourquoi? Parce qu'ils ont trouvé devant l'entrée un denier de "Jaromír". Mort de rire comme conclusion. Attends, ça se trouve, l'église date de Mathusalem mais les bougres à l'époque faisaient gaffe à leur pognon et ne le laissaient pas tomber n'importe où. Mieux. Peut être même qu'elle date du mammouth poilu, l'église, parce qu'à l'époque, les mammouths n'avaient pas de pognon. Bref, la dernière mention de la Ste Croix remonte à 1624, pis après plus rien, keud.
Du coup d'aucuns pensent qu'elle aurait été détruite (saumonées :-) lors de la guerre de 30 ans. Mais attends, le plus dingue c'est que tiens, regarde-voir. Lors des fouilles, l'on a trouvé sous l'autel 2 squelettes d'adultes, et un squelette d'enfant. Bon, jusque là rien d'énorme, mais attends, dans le mur de l'oratoire, l'on a trouvé emmuré un squelette d'enfant, et là c'est énorme, parce que les experts présument qu'il s'agirait d'un rite païen, genre une offrande faite à l'édifice. Les boules, c'est dingue non? Un sacrifice païen pour une église chrétienne! Alors les gars fouillèrent encore, là où se trouvait la maison en bois du burgrave, et ils y découvrirent une autre tombe, d'un homme particulièrement grand pour l'époque (comme pour maintenant d'ailleurs), 192 cm, dont la main gauche et le pied droit furent tranchés. Pareil, païen? Sans dec, qu'est-ce que c'est quoi comme truc barbare? T'es sûr que c'est des Slaves qui habitaient là, et pas des Germains?

Sinon "Starý Plzenec" était donc une ville au moyen-âge. Dans le courant du XVIII ème siècle la ville devint village. En 1845 elle reçut le statut de bourgade (petite ville, ou grand bourg) et en 1902, "Starý Plzenec" devint à nouveau ville. Aujourd'hui rattaché à la ville de "Plzeň-město" (ville nouvelle), "Starý Plzenec" compte 4.800 habitants. Mais, attends (encore), parce que pour un trou...
En 1578, les "Kokořovci z Kokořova" construisent un martinet (petit marteau-pilon rudimentaire) à "Sedlec" (faubourg de "Starý Plzenec"), puis un haut-fourneau en 1596. En 1850, le domaine passe aux mains des Wallenstein, lesquels investissent grave dans l'usine. Naissent alors les usines de taule de "Šťáhlavy" ("Die Exzellenz Gräflich Waldsteinschen Eisenwerke Stiahlau
zu Sedletz bei Pilsen"
parce que le noblaillon avait sa résidence là, au castel de "Šťáhlavy") qui approvisionnent non seulement l'empire austro-hongrois, mais également les Balkans, l'empire Ottoman, l'empire Russe et le Moyen-Orient en produits manufacturés. En 1859 naît une succursale à "Plzeň", qui sera vendue en 1869 à "Emil Škoda", fondateur des usines du même nom ("Škoda Holding") qui construisirent entre autre les fameux 305 mm (tourelle à triple canon de 12 pouces) pour les cuirassés de la classe "Tegetthoff" (équivalent de la classe Courbet française), et qui encore aujourd'hui se classent (les usines) parmi les fabricants mondiaux de machines d'usinage-formage. Les usines de "Škoda Plzeň" ne vous diront peut-être rien, mais pendant plus de 100 ans et 2 guerres mondiales, elles étaient le fleuron de l'industrie, la pointe de la technologie, et la crème de la métallurgie européenne.

En 1871, et afin de ne pas rester en reste de la grande soeur "Plzeň" et de son étalon mondial brassicole, "Starý Plzenec" construisit une brasserie "Alt Pilsenetz Bräuhaus", terminée en 1873. Pas de bol, la même année arriva la grande dépression dans l'empire (principalement, mais dans le monde entier itou), et la brasserie fit faillite en 1874, comme ses actionnaires dont le maire (d'alors). L'année suivante le nouvel acquéreur n'eut pas plus de succès, et 5 ans plus tard il fermait la brasserie pareil. Finalement entre 1897 et 1929, la brasserie fut reprise par une brasserie bavaroise ("Kulmbacher Rizzibräu"), et fabriqua une bière apparemment correcte jusqu'en 1928, lorsque la brasserie mit fin à ses activités pour je ne sais quelle raison. En 1942, les caves bien fraîches de la brasserie furent reprises par une coopérative de fabricants de vins blancs, afin de faire du mousseux à la champenoise. Pis arriva le sommet en 1948, avec le franchouillard Louis Girardot natif d'Epernay, qui introduisit la vraie champagnisation à "Starý Plzenec" avec de vraies levures de Champagne, et donna finalement son goût exceptionnel au "Bohemia Sekt" que les Ruskofs s'arrachent aujourd'hui dans les pinces-culs de la République.
Ah oui, c'est donc un mousseux (on ne peut plus dire champagne), parfumé (trop), sucré (trop), et qui me file un mal de crâne pas possible (trop). Mais les Russes adorent, forcément, c'est tellement kitch...

Ben voilà, vous savez tout. Malgré que notre rotonde fut reconstruite, malgré que peu d'éléments soient d'origine, et malgré qu'il n'y ait pas trop de choses à voir sans un oeil averti (en vaut deux), la rotonde St Pierrépaul de "Starý Plzenec" reste l'un des plus anciens édifices religieux encore debout sur notre territoire. Vous la trouverez ici: 49°42'12.37"N, 13°28'29.849"E

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