lundi 9 février 2009

Visiter: Martinický palác, à voir éventuellement

La visite d'icelui palais me fut conseillée par ma sympathique amie Liza, avec qui je partage l'amour de Prague, de ses vieilles pierres, comme l'amour de la bonne bière tchèque. Il y a bien plus d'un an, elle me dit comme ça (en gros, dans l'idée, parce que depuis tout ce temps je ne me souviens pas de tous les mots à mot): "... et tu sais que ça vient de rouvrir tout neuf, le palais Martinický?"
Et moi j'en savais rien, parce qu'avec tout le plein que j'avais sur ma panche (contrepèterie, c'est fort non?), ben j'avais fait l'impasse sur ce palais d'apparence extérieure splendide. Pis elle rajouta: "J'y suis allée, c'est super, c'est vachement bien expliqué dedans tout l'historique, que tu devrais y mettre un oeil pour ton blog." Ah ouais? Et donc armé de ce précieux conseil, je me rendis un jour de mars 2008 au palais "Martinický". Parenthèse linguistique. En Tchèque on dit "Martinický palác" afin d'exprimer la possession du palais (génitif, second cas dans les déclinaisons de la langue tchèque).
Or le Français n'étant pas une langue flexionnelle à proprement parler (sinon par ses origines latines, elle n'utilise que rarement des déclinaisons afin de spécifier le genre, le nombre et le cas [hormis ail/aulx, cheval/chevaux...]) mais une langue analytique (i.e. isolante = utilisation de prépositions, d'articles, de pronoms...), l'on devrait donc dire le palais de Martinic (cf. le palais de Versailles), voire le palais Martinic (cf. le palais Garnier). Bref, alors passons y donc à l'histoire de ce palais.

Tout a commencé au début d'il y a longtemps, au XIV ème siècle, lorsque le bon roi Charles IV fit déménager son annaliste "Beneš Krabice z Weitmile" (i.e. "z Veitmile") aux abords du château de Prague, afin de lui éviter les sempiternels embouteillages dans les rues de Prague aux heures d'arrivée au, et de sortie du bureau.
Alors parenthèse encore (ben ouais). Contrairement à ce que l'on pourrait penser, un annaliste n'est pas un proctologue (encore moins un analyste). L'annaliste écrit dans les annales, tandis que le proctologue lit dans les anus. Cependant un annaliste peut être un gros... chroniqueur, si au lieu d'écrire dans des annales, il écrit dans des chroniques. Ensuite le nom "Beneš Krabice z Weitmile" se traduirait en Français par Benoît boîte de Weitmile. Ah ouais? Et pourquoi un nom pareillement ridicule me demanderez-vous?
Pour trouver la réponse, il faut ouvrir en page 340 l'ouvrage "Diadochus, O Stawu Panském" (1602) du diplomate, politicien, chroniqueur et généalogiste d'origine polonaise "Bartoloměj Paprocký z Glogol" ("Bartoloměj Paprocký z Glogol a Paprocké Vůle" en entier, i.e. "Glogol, Hlahol...") où ce dernier écrit: "Roku 1081... En l'an 1081, dedans le village dit Radošov en la contrée de Bílina, Prostislava, la femelle dudit Dobrohost qu'on appeloit Vajtminar, enfanta 9 fils. Les vieilles du bourg soupçonnèrent céans mauvaise diablerie des sorcières Janka et Vavruše, lesquelles cette mesme année furent brûlées vives. Subséquoimment, et parce qu'iceux enfants estoient malingres, ladite Prostislava les porta en boîte aux fins de les enfuir. Mais chemin faisant, elle rencontra Vajtminar luy-mesme, lequel demanda d'y contempler ladite boîte du dedans. Regardant quantes choses par apparence de pacifier ce différend, icelui ordonna de mestre en nourrice les progénitures. Trois enfançons trespassèrent, nonobstant six subsistèrent. Iceux Vajtminarové s'appeloient, quoisque d'aucuns Krabicové désignoient."
Vous aurez compris qu'au fil des siècles, "Vajtminar" devint "Veitmile", mais "boîte" resta. Eh bien malgré qu'ils estoient malingres les chiards, ils enfantèrent (enfin au moins un d'entres-eux) des fils, des petits-fils, des petits-petits-fils, jusqu'à notre fameux "Beneš Krabice z Weitmile", chanoine et directeur du chantier de la cathédrale tri-saintale, et artisan du transfert des dépouilles des ducs, princes, rois et évêques de Bohême en la susdite cathédrale.
Ensuite notre Benoît-boîte avait pour voisine une certaine "Ovka" ("Ofka"? i.e. "Eufémie"?), demoiselle d'honneur (dame de chambre comme un pot) de la reine Elizabeth de pot... Poméranie (4 ème et dernière épouse de notre bon roi Charles IV). Et selon certaines rumeurs, le spectre d'icelle hanterait toujours la rue du Nouveau Monde.
Pis il y avait encore 2 autres voisins (ou familles de voisins) mais l'histoire n'a pas retenu leurs identités d'anonymes quidams. Ce que l'histoire par contre a retenu, c'est que tous ces gens vivaient là, dans leurs 4 maisonnettes d'à l'emplacement de l'actuel palais, qu'ils furent succédés par leur descendance, et ce jusqu'en 1541, jusqu'au fameux incendie maintes fois mentionné qui mit à terre quelques 200 maisons, dont les 4 nôtres. Aujourd'hui il reste encore cependant des bribes des murs moyenâgeux d'origine dans les caves comme le long des murs extérieurs, et ce jusqu'au 1er étage du palais.

Pendant presque 10 ans, l'emplacement des 4 habitations resta donc vide. Pis sa proximité avec le château de Prague finit par attirer les investisseurs étrangers (rien de neuf sous le ciel de Prague), et tout particulièrement un certain "Ondřej Teyfl z Kinsdorfu a Zeilberku", alors commandant de la place forte de "Győr" (en Hongrie, entre Bratislava et Budapest), qui en avait marre du pays Magyar. On a que peu d'éléments sur ce bougre, mais l'on subodore qu'il aurait acquis le terrain entre 1552 et 1563. Quoi qu'il en soit, il débuta la construction du palais de couleur renaissance.
Eh oui mais bon, sa copine hongroise était restée au pays, le goulasch à Prague n'était pas le même qu'à "Győr", pis surtout entre anonyme teneur d'échelle à Prague et commandant de la place forte de "Győr", y avait pas photo non plus. Aussi le 27 mai 1583, André ("Ondřej") vendit sont palais à l'intendant royal "Jiří Bořita z Martinic (a na Smečně)" (cf. Okoř) et rentra au pays hongrois (on croit, parce qu'on n'est pas sûr).
Lorsque Georges ("Jiří") prit possession du palais, il commença par aérer toutes les pièces, puis il fit tomber les tapisseries, il repeignit les murs mais rien n'y fit, l'abominable odeur de paprika persistait obstinément. Il se décida alors rapidement pour une conséquente restauration du dedans comme du dehors (il est en particulier l'initiateur des fabuleuses sgraffites que l'on peut apercevoir sur les murs du côté rue comme du côté cour, j'y reviendrai plus en détail plus loin). Mais Georges décéda en 1598 sans descendance, et tout l'héritage revint à son fameux neveu "Jaroslav Bořita z Martinic (a na Smečně)" (le fameux défenestré de Prague, cf. moult précédentes publies pour son portrait, ou encore le tableau du bougre dans l'entrée du palais, au-dessus de l'escalier, pour son portrait toujours).
Celui-ci poursuivit les travaux de restauration, mais surtout d'agrandissement: il fit rallonger l'aile Est, raccourcir l'aile Ouest, construire l'édifice au Nord, élargir l'aile Sud et retirer les dents de sagesses de sa femme. Tout ceci était fort onéreux, mais du pognon pour ses travaux, il n'en manquait pas. Tiens, rapide parenthèse politico-financière.

En 1609, et afin d'apaiser les tensions religieuses de son royaume (mais aussi parce qu'il n'avait pas le choix s'il voulait garder sa couronne tchèque sur la tête), Rudolf II promulgua son fameux "Majestät" (édit, patente...) garantissant la liberté de religion en Bohême (toute religion confondue, catho, proto, husso, judéo, musulmo, ou même rien du tout, comme tu voulais tu pouvais).
En 1611, c'est son frère Matthias qui prit le relais mais comme son frère Rudolf, il était faible, pas vraiment efficace voire nocif (il déménagea son siège de Prague à Vienne, j'te dis pas le cours de la bourse). La Bohême commença doucettement à ne plus trop l'aimer. En 1617, alors que Matthias tirait vers ses 60 ans sans descendance, les Etats de Bohême élurent un successeur en la personne de l'autre immonde fripouille de Ferdinand II (alors encore simple Ferdinand de Styrie).
Mais attention, à la stricte condition qu'il respecte le "Majestät" de Rudolf, car Ferdinand était fanatiquement catho (élevé par les jésuites, que voulez-vous), et d'aucuns membres des Etats se souvenaient parfaitement comment le Ferdinand-intégriste avait étranglé l'hérésie sur ses terres de Carinthie-Styrie. Et parmi ces membres, il y avait le comte "Jindřich Matyáš Thurn". Après la mort de son père protestant en 1586, Henri-Matthieu (Thurn) fut élevé par son oncle archi-catholique en Carniole (au nord de Ljubljana, Slovénie), où il aurait alors acquis une totale aversion du catholicisme.
Une fois érudit et duqué proprement, il s'en revint au pays, devint membre des Etats de Bohême, et carrément même (bon) pote du roi Matthias, lequel lui refourgua la fonction de burgrave de "Karlštejn" pour services rendus. Or lorsqu'en 1617 les Etats votèrent pour la succession de Matthias, Henri-Matthieu Thurn fut un des plus véhéments opposants à l'élection de Ferdinand de Styrie, au motif de son intolérance religieuse (car n'oublions pas que la Carniole, où fut élevé notre bougre Henri-Matthieu, faisait partie des terres des Habsbourg de Styrie administrées alors par Ferdinand, il savait de quoi qu'il parlait Henri-Matthieu).
Or cette immonde gouape habsbourgeoise avait la vengeance féroce (cf. l'exécution des 27 sieurs) et pour s'être opposé à son élection, dés qu'il fut élu, Ferdinand de Styrie "promut" Henri-Matthieu Thurn au poste de burgrave du château de Prague, tandis qu'il refourguait le burgraviat de "Karlštejn" à "Jaroslav Bořita z Martinic (a na Smečně)", qui avait voté pour (Ferdinand).
Ah ouais? Me direz-vous. Ben ouais! Vous dirais-je. Parce que la différence entre le burgraviat du château de Prague et le burgraviat du château de "Karlštejn" résidait dans le fait que les bénéfices du premier domaine revenaient au souverain (Ferdinand), tandis que les bénéfices du second revenaient au burgrave ("Jaroslav Bořita"). Du coup, vous comprenez d'où provenait le pognon qui servit à la reconstruction du palais "Martinic"?
Et tiens, parlons coïncidence. Savez-vous qui était burgrave de "Karlštejn" juste avant "Jindřich Matyáš Thurn"? "Vilém Slavata z Chlumu (a Košumberka)". Et vous souvenez-vous qui fut défenestré par la fenêtre du palais royal le 23 mai 1618 par les révoltés praguois, justement menés par Henri-Matthieu Thurn? "Jaroslav Bořita z Martinic (a na Smečně)" et "Vilém Slavata z Chlumu (a Košumberka)".
Coïncidence où sinistre vengeance? Aujourd'hui, et à force de regroupement de divers documents (cameras de surveillances, poils d'ADN, rouge à lèvres de mégots...), les historiens sont persuadés que la fameuse défenestration, alors considérée comme un acte impulsif survenu dans le feu de l'action, était en fait un meurtre savamment prémédité (mais raté, les défenestrés survécurent vivants à leur chute). Le fait que des dizaines d'insurgés furieux débarquèrent chaotiquement dans le palais royal, n'avait que pour but de donner l'image d'une cohue spontanée afin d'écarter toute preuve d'intention criminelle individuelle.
Du reste, quelques temps plus tard, lorsque les 2 pauv' bougres défenestrés témoignèrent devant la commission d'enquête à Vienne, ils furent non seulement dans l'impossibilité de designer nommément un (ou des) coupable(s), mais de surcroît attestèrent de la présence sur le lieu du méfait à Prague de personnes qui ne pouvaient absolument pas se trouver là le 23 mai 1618, puisqu'elles étaient justement à Vienne, à la cour de l'empereur. Mort de rire.
Bref, et quoi qu'il en soit, Henri-Matthieu avait bien raison sur les intentions religio-belliqueuses de l'autre fumier Ferdinand, car quelques jours à peine après la bataille de la montagne blanche, il abrogea le "Majestät" de Rudolf (selon la légende, il aurait coupé le document en 2 à l'aide de ciseaux tout en proférant des grossièretés), puis il mit en place une brutale politique de répression religieuse et de recatholisation à la jésuite.

Mais revenons à notre "Jaroslav Bořita z Martinic (a na Smečně)".
Après tous ses déboires, le défenestré revint au pays dès la fin 1621 (la bataille de la montagne blanche eut lieu le 8 Novembre 1621, pour vous dire comme il fit vite le rapace, afin de remettre la main sur sa fortune) et comme tout le monde sait, l'aut' vil gouape de Ferdinand II lui rendit tout son fourbi d'avant la bataille, et même plus, puisqu'il le remit en selle à la tête du burgraviat de "Karlštejn" (la pompàpognon). Aussi "Jaroslav Bořita" reprit son chantier praguois de plus belle, mais en style baroque cette fois-ci. Il rajouta un étage au palais. Ensuite il termina l'aile Nord avec la grand' salle de réception à chouilles d'enfer.
Pis il peignit les charpentes du plafond, richement, très richement afin de bien montrer qu'il n'en manquait pas, du pognon (fallait juste lever les yeux pour s'en apercevoir).

Un jour de 1649, "Jaroslav Bořita z Martinic (a na Smečně)" décéda, et bien que le palais resta encore quelques temps entre les paluches à doigts crochus de la famille, aucun des successeurs n'apporta la moindre modification significative à l'édifice.
En 1757, les boulets prussiens firent apparemment de gros dégâts, et c'est sans doute pour cette raison que "Jiří Adam Ignác Bořita z Martinic" déménagea toute sa petite famille dans le tout nouveau palais à quelques 100m plus haut ("Loretánská 181", aujourd'hui caserne de la garde du château de Prague, c'est de là que part la relève de la garde chaque jours vers 11:53 afin d'être à 12:00 pétante sur le parvis), que la famille avait mis en construction vers le début du XVIII ème siècle. Le palais "Martinic" ne servait plus alors que de résidence aux employés et administrateurs des biens et domaines. Les "z Martinic" furent frappés d'extinction en fin du XVIII ème siècle
(cf. "Ottova encyklopedie: [Zemřel dne 29. list. 1789, jsa této vzácné rodiny poslední po meči.]", et en 1799, Marie-Anne, une des filles du dernier "z Martinic" (François-Charles) vendit le palais à bas-prix, compte-tenu de son état déplorable. La nouvelle propriétaire (dame "Weitenweber") remit un peu de neuf et surtout y aménagea son propre appartement bien luxueux, découpa 26 appartements à louer, et ouvrit un poste de police (véridique, sans doute était-elle pétocharde) en 1814. En 1840, le propriétaire fut encore plus ambitieux, et fit construire une serrurerie (atelier de serrurier), un four de boulangerie, un bâtiment arrière pour appartements de rapport, si bien qu'au milieu du XIX ème siècle, notre palais comportait 70 appartements individuels.
Alors attention, cette info est à prendre avec des pincettes, parce qu'une autre source d'information parle de 70 familles, ce qui n'est pas forcément 70 appartements. Considérez donc qu'il y en avait beaucoup, du bon appartement chaud... Bonaparte manchot :-) mais pas forcément 70.

Bon, pis avec des locataires dedans, vous imaginez genre, c'était le bordel.
Aussi le palais était mal entretenu, parfois dévasté, en tous cas en mauvais état pour sûr, et même en mauvais état avancé pour certaines sources. Tiens, l'une d'entres-elles précise que la chapelle était utilisée comme garde-manger. Et pourquoi pas après tout, s'il y fait frais? Une première partie de réfection eut lieu dans les années 50 du XX ème siècle, et en 1953 on restaura même une partie des sgraffites (à l'intérieur sur le mur Est). En 1967 l'on mit à la porte le dernier locataire, et entre 1967 et 1972, l'on mit en chantier une complète restauration.
Mais attention, pas pour le bon peuple qui s'en devait aller vivre dans le béton monstrueux de la ceinture périphérique. Non, la restauration complète fut faite pour les besoins du département de l'architecte principal de Prague, afin qu'icelui puisse tranquillement continuer à urbaniser des plans épouvantables de bâtis-béton et d'autoroutes plein centre-ville dans le cadre agréable d'une demeure baroque. Délire! En cette période donc, l'on restaura les sgraffites, pour faire beau du dehors. L'on restaura les plafonds à poutres apparentes, pour faire beau du dedans.
L'on en profita aussi et surtout pour redonner au palais l'apparence qu'il avait en période renaissance, ce qui fut rendu possible grâce à une complète documentation réalisée par "Felix Weitenweber", avant que sa maman (alors propriétaire) ne mette en chantier les 26 appartements de rapport. Et là, lors de la restauration, l'on découvrit des trucs curieux. Le premier truc, c'est que "Jaroslav Bořita z Martinic (a na Smečně)" (le défenestré) agença son palais (nombre, surface et emplacement des pièces) exactement comme le palais royal au château de Prague, mais à l'échelle 1/2.
Nostalgie, superstition, ou pur hasard? Dans l'aile Ouest, l'on découvrit un conduit de cheminée ayant servi, et dont le foyer (la cheminée) ne pouvait se trouver que dans le sous-sol (la cave). Or il n'existe aucune entrée dans le sous-sol Ouest, et même mieux, selon les fouilles de 1967-1968, l'aile Ouest n'aurait même pas de cave. Alors?

Maintenant, quelques mots sur les fabuleuses sgraffites. Il y en a donc dans la cour du palais, sur le mur Est, et elles représentent la vie de Samson et les exploits d'Héraclès
(certaines sources parlent d'Hercule, mais c'est presque pareil, et vu d'en bas, de la cour, c'est difficile de faire la différence). Maintenant pour ceux qui se demanderaient quel est le rapport de l'un avec l'autre (Samson et Raclès), ben déjà ils vainquirent un lion, ensuite les 2 étaient coiffés comme des d'sous-de-bras et perdirent leurs cheveux, les 2 savaient qu'une femme serait responsable de leur perte (ceci-dit tout homme sensé sait cela), et les 2 travaillèrent comme des esclaves chez Mc Do pour payer leurs études (il existe divers écrits à ce propos, dont "Othniel Margalith Ramat-Gan: The legends of Samson/Heracles, Vetus Testamentum 1987").
Quant au dehors, les sgraffites montrent des épisodes de la vie de Joseph (fils de Jacob, celui qui fut vendu comme esclave par ses demi-frères jaloux). Sur une fresque, on reconnaît facilement Joseph fuyant la femme nue de Putiphar (Putiphar: premier propriétaire de Joseph, dont la femme volage jeta son dévolu sur le jeune pré-israélite), sur la seconde (fresque), Joseph interprétant les rêves de Pharaon. Et y a encore d'autres, de scènes, dont je ne me souviens plus qu'est-ce qu'elles représentent. En tout cas, il y en sur quelques 800 m², datant de vers 1580. C'est énorme!

Maintenant, quelques mots sur les fabuleux plafonds. Tout d'abord ces plafonds à poutres apparentes ont été, semble-t-il, merveilleusement conservés grâce à une patente de Joseph II (oui oui, le sécularisateur des nombreux édifices religieux) qui, afin d'éviter la propagation des incendies dans les palais, ordonna de "murer" les plafonds (combler les vides à l'aide de joncs, roseaux et crépir, enduire de chaux la surface). C'est ainsi que lors de la grande restauration du XX ème siècle, l'on découvrit entre 1200 et 1400 m² (selon les sources d'information) de peintures diverses. Et ces plafonds peints, y en a dans pratiquement chaque pièce. Et même mieux, pas un motif n'est identique. Genre ils se ressemblent, mais c'est pas fait au rouleau "made in China". Même si les thèmes sont parfois semblables, pas une peinture n'est identique.
Selon les sources, il y aurait entre les trames plusieurs milliers de cases, contenant entre 4000 et 6000 dessins, et plus de 500 cases contenant des proverbes et dictons. Vous y verrez des animaux (oiseaux, écureuils, ours, sangliers, carpes...), des personnages rigolos (de la commedia dell'Arte), des personnages de contes et légendes, et même des visages de sauvages d'Afrique (classique), d'Amérique (typique), et d'ailleurs (Europe?), des outils, des plantes, des figures géométriques, des armes... et chacun des motifs est unique. Enorme vous dis-je. Et s'il est bien une seule raison pour visiter ce palais, ce sont vraiment les splendides plafonds.

A l'intérieur du palais, il y a également des fresques. Enfin des restes, mais vous ne pourrez pas louper le jardin d'Eden, où l'on reconnaît Adam et Eve (pour ceux qui les ont connus, puisque avant de reconnaître il faut connaître) ainsi qu'une licorne.
Alors pour info, selon une de mes sources, l'Adam et l'Eve seraient peints selon les croquis d'Albrecht Dürer. Je vous ai d'ailleurs trouvé le modèle originel sur la toile, et malgré que les fresques du palais "Martinic" soient en mauvais état, on reconnaît l'air niais d'Eve comme son absence de mamelle. La licorne, elle, serait peinte selon des photos prises par Léon Zitrone en direct de Longchamp. Ca c'est dans une des sales qu'on fait des concerts dedans puisqu'il y a un piano. Et derrière ces fresques, se trouve une fabuleuse chapelle. Levez les yeux au plafond à voûte croisée, et notez les détails allégoriques dans chacune des 4 parties: dans la première partie on aperçoit un homme ("Jaroslav Bořita z Martinic (a na Smečně)"?) sur son lit de mort recevant les derniers sacrements, et derrière le prêtre aux pieds du lit, la mort (est enfant de Bohême) qui attend son client de pied ferme.
Dans la seconde partie, on voit la Ste trinité, la vierge Marie, et des anges tourbillonnants aidant des pauv' bougres à se hisser sur les nuages (représentation du paradis auquel aura droit notre mourant s'il se confesse proprement de ses fautes et se repend). Dans la troisième partie (le purgatoire), un autre ange aide les âmes lavées du péché à sortir des enfers, afin de se hisser vers le paradis céleste suggéré en haut du milieu. Et enfin dans la quatrième partie, les enfers et damnations avec des représentations sataniques rigolotes de diablotins torturant les pécheurs. Ensuite au dessus de l'entrée dans la chapelle, vous pourrez voir un St Georges Terra sans le drap con, par contre je n'ai pas la moindre idée du pourquoi qu'elle est là cette peinture (et pas une autre). Par contre ce qui est remarquable, c'est la technique utilisée: à tempera (dite également en détrempe). Car bien que vieux comme Hérode, ce procédé fut quasitotalintégralement abandonné au XVI ème siècle au profit de la peinture à l'huile (bien plus facile).

Lors de la visite, le guide nous donna quelques détails sur l'agencement et le mobilier. Concernant l'agencement, c'est une histoire de sécurité et de confort. Les appartements des "z Martinic" se trouvaient dans une aile du palais, tandis que les autres ailes servaient aux employés de maisons, d'administration... Dans l'aile "z Martinic", les chambres à coucher donnaient dans la cour (sécurité) tandis que les chambres d'amis donnaient dans la rue (risque). Il semblerait (compte tenu de l'absence de poêle) que ces dernières (chambres d'amis) n'étaient de surcroît pas spécialement chauffées (confort). Le mobilier, quant à lui, n'est pas d'origine.
Il y en a pas mal, récupéré de ci et de là, d'époque sans doute (et encore, une grande partie est néo-renaissance, i.e. mi à fin XIX ème siècle) mais d'origine clairement pas. Par exemple dans la chambre du "Jaroslav Bořita z Martinic (a na Smečně)" se trouve un lit de son époque, mais il n'y a jamais couché dedans car le mobilier disparut entièrement lors des changements de propriétaires, et des nombreuses reconstructions. Pour l'anecdote, signalons que "Jaroslav" fut marié 4 fois. La première fois avec "Marie Eusebie ze Šternberka" pendant 33 ans et 10 gosses, la dernière fois avec "Alena Barbora Kostomlatská z Vřesovic" pendant 5 mois jour pour jour (mariage le 21 juin, décès [de "Jaroslav"] le 21 novembre 1649).
La première ("Marie Eusebie") rajouta la petite étoile à 8 branches des "ze Šternberka" dans le blason des "z Martinic (a na Smečně)" que (blason) vous pouvez apercevoir au dessus du portail d'entrée dans le palais.

L'intérieur du bâtiment (les écuries) abrite également un musée d'appareils mécaniques à musique: phonographes, gramophones, orchestrions, orchestrelles, pianos mécaniques, boîtes à musique, orgues de barbarie, carillons... et c'est fichtre complet. Chuis pas spécialement amateur je dois dire, mais les couleurs vives des phonographes sont splendides (cf. mes photos), et c'est même une visite agréable si l'on n'y passe pas plus de 30 minutes. Certains appareils sont encore utilisables, et pour peu que vous preniez part au circuit (qui est indépendant de celui du palais me semble-t-il), le guide se fera un plaisir de faire jouer quelques unes de ces fabuleuses boîtes à raffut. Trop fort que c'est.

Pis je ne peux m'empêcher de pointer narquoisement du doigt la page française du site internet du palais, et en particulier celle consacrée au tango (une des activités dedans le palais) où l'on peut lire que "le tango argentinien [...] a touché les sauteries [...]". C'est fabuleux non?
Ou encore la fantastique traduction du mot "prohlídky" (dans le sens visites guidées, tours) en "la perquisition" (littéralement correct, mais contextuellement erroné). D'la bombe tout ça j'vous dis. D'ailleurs la page entière de "la perquisition" mérite une ligne: "La perquisition: Actuellement on se passe la préparation du trasé de la revision au premier étage. La prévus ouverture pour le public est 1.9.2007". Avec ça, vous savez tout tellement c'est clair. Sans dec, ils m'auraient demandé, je leur aurais faite contre 3 bières leur traduction, et propre nickel, à la Strogoff qu'ils l'auraient eu la traduc. Alors comme d'aucuns considèrent ce palais comme l'un des plus beaux de la ville, qu'il est un des rares de style renaissance encore en vie (la plupart des pas laids ont été bas-rockisés), je ne saurais que trop vous en conseiller la visite. Personnellement je ne lui trouve qu'un attrait moyen en dehors des sgraffites et des plafonds (sorry Liza). D'un autre côté, je suis par trop exigeant au regard de ce que j'ai déjà vu, et pas qu'à Prague. Alors allez-y zi vous zavez le temps, vous ne zerez pas dézus. Emplazement: 50°5'24.208"N, 14°23'42.573"E

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