mercredi 31 octobre 2007

Ailleurs: La Ste trinité sur la colonne d'Olomouc

Pis on va à nouveau sortir de Prague tout en restant dans la peste, pour aller dans une des plus belles et des plus culturellement riches villes de la République Tchèque (après Prague, bien entendu), "Olomouc". Et là, mine de rien, je viens le plus sérieusement du monde de me fiche dans la m... noire jusqu'aux oreilles rien qu'en écrivant la première ligne. Eh ouais, parce qu'"Olomouc" n'est pas en Bohême mais en Moravie. Et les Moraves ne supportent pas les Tchèques (de Bohême) et les praguois en particulier. On peut même aisément dire qu'ils haïssent les praguois d'une force incompréhensible de mon point de vue. Pourquoi? Ben parce que les praguois ont une ville (Prague) encore plus splendide que toutes les leurs (enfin toutes les leurs, une ou deux, pas plus non plus), et qu'en Bohême on brasse une bière incommensurablement supérieure qu'en Moravie, tout simplement. Jalousie, frustration, complexe, infériorité... enfin tout ce côté obscur de la force qui mène à la haine, à l'aversion, à l'intolérance et à la méchanceté gratuite. C'est bête comme comportement, parce que par exemple en Moravie, ils fabriquent du vin un peu meilleur qu'en Bohême. Et parfois même ils sont capables de faire du vin acceptable, pour autant que vous en restiez à la première gorgée, contrairement d'en Bohême où même la première lampée est inavalable. Tiens, ça me rappelle une anecdote véridique. Quand vous commandez du vin en République Tchèque dans un troquet et que vous demandez au loufiat "z'avez quoi comme vin?", alors en Bohême vous entendrez la réponse "du blanc et du rouge" (du coup prenez une bière), tandis qu'en Moravie, l'on vous répondra "du vin morave"
(alors prenez du hongrois s'il y en a, sinon une bière, mais demandez une bière de Bohême). Bon, et comme j'y connais vraiment rien en vin, qu'il soit d'ici ou de là, je vous laisse lire les commentaires du meilleur sommelier du monde (eh ouais, rien que ça). L'autre truc aussi qui me fiche dans la m... noire jusqu'aux oreilles rien qu'en écrivant la première ligne, c'est qu'en Moravie, il y a encore "Brno", et donc si un praguois (moi en l'occurrence) s'en va écrire qu'"Olomouc" c'est mieux ou pire que "Brno" qui est pire ou mieux qu'"Olomouc", et ce sur n'importe quel sujet, alors ça va lui rentrer dans le lard fichtrement gras et profond. Bon, alors faut vraiment que je fasse hyper gaffe à ce que je vous raconte. Ceci dit, je n'ai personnellement aucune animosité envers les Moraves, d'abord parce que c'est pas de leur faute, les pauvres, et surtout parce que j'ai toujours eu la chance de rencontrer des Moraves sympas (sans doute parce que je n'ai pas un accent praguois), contrairement à ma chérie d'amour qui pourrait vous en raconter velu sur leur bête méchanceté envers elle, la pauvre chérie, alors qu'elle n'est même pas de Prague mais de "Domažlice".

Bref, en Moravie, on y resté 2 jours, on a visité plein de trucs (kek publies à viendre), et je dois dire que vraiment, "Olomouc" m'a beaucoup plu(e?). J'y retournerai sûrement un jour, parce qu'il y a des tonnes de choses à voir, c'est énorme d'histoire, d'architecture et de sympathie.
Mais aujourd'hui je vais vous parler de la colonne de la Ste trinité ("Sloup Nejsvětější Trojice"), classée patrimoine mondial par l'UNESCO car (Dixit): "la colonne de la Sainte Trinité d’Olomouc est un des exemples les plus exceptionnels de l’apogée de l’expression artistique baroque d’Europe centrale" et "elle constitue une démonstration matérielle unique de la foi religieuse en Europe centrale pendant la période baroque, et l’exemple d’Olomouc en est sa plus exceptionnelle expression". Bon, autant je suis entièrement d'accord avec la première raison du classement UNESCO, que pour la seconde... enfin bon, je ne vais pas à nouveau pisser au bénitier de l'église comme dans mes précédentes publies.

Donc on doit la colonne de la Ste trinité à l'architecte local, mais cependant architecte impérial (enfin tailleur de pierre au départ), "Václav Render" (ou "Wenzel Render" dans la version allemande). Local, il l'est resté toute sa vie, car en dehors d'"Olomouc", le gaillard a si peu voyagé qu'on ne lui attribue aucune oeuvre en dehors de la Moravie, mais peu importe. Selon la légende, tout aurait commencé par une lettre au conseil municipal datée de 1715 dont la teneur était: "En l'honneur et à la gloire de dieu tout puissant, de la vierge Marie et de tout les saints, je construirai une colonne qui n'aura d'égal en hauteur, ni en beauté dans aucune autre ville." Eh ouais, ça fout les boules, parce que ce n'est pas en l'honneur de la fin de la peste en Moravie (1714 - 1716) qu'il construisit cette colonne (ou alors en partie), mais surtout pour glorifionorer l'église catholique, la foi et tous ses animateurs.
Et justement, c'est par l'intermédiaire de la Ste trinité que c'était le plus simple. La Ste trinité comme soleil lumineux, représentation baroque classique (c.f. "Angelus Silesius, Le Voyageur chérubinique"), dieu étant le soleil, son fils la lumière offerte, et le St esprit les rayons étincelants des 2 précédents. Et en plein soleil, quand il fait vraiment beau et que le vrai soleil fouette la cime dorée de la colonne de vrais rayons vraiment étincelants, ben les vrais croyants vous diront qu'ils les voient, les dieux, les fils et les St esprits dans le soleil reflété sur la Ste trinité de la colonne. Mais commençons par le début.

Vous vous souvenez de la peste, la grande peste noire bubonique qui file des pustules purulentes dégueulasses et qui atteignit la Bohême vers 1713, puis la Moravie en 1714, que tout le monde croyait que c'était la punition divine qui s'abattait sur ses épaules d'impie mécréant et qui, une fois contaminé (mais des fois même avant, en prévention), sollicitait le pardon céleste plutôt que de bouffer de la pénicilline, de la céphalosporine, de la gentamycine, de la streptomycine et de la tétracyclines, l'immonde peste qui poussait chaque brebis à implorer la guérison du ciel par des prières, des processions, des dons de toute sa fortune aux pauvres (ou pire, à l'église), des promesses de pèlerinages à genoux jusqu'à Compostelle ou Jésus-ralem... vous vous souvenez? (sinon lisez "Daniel Defoe, Journal de l'année de la peste").
Ben elle fut si intense et carabinée à "Olomouc", qu'en période de pleine activité, en 1715, l'on dû faire encercler la ville par l'armée afin d'empêcher les milliers de pestiférés de quitter le nid pestilentiel et propager le mal dans tout le royaume. Evidemment, dans ces conditions, les dons en argents affluaient à une vitesse ahurissante afin que l'humain construise et que dieu pardonne. C'est ainsi qu'à "Olomouc" vous pourrez donc voir 2 monuments en hommage de la peste, la colonne mariale ("dolní náměstí") et notre colonne de la Ste trinité. Sauf que comme je vous le disais auparavant, une fois la peste passée, l'on changea l'objet du consacrement de "peste" en "église & religion". Sans dec, j'aurais été la peste en ce temps, je serais revenu dare-dare leur tomber grave sur le râble à cette bande d'ingrats. Bref, donc en plein boum de l'épidémie du mal, très exactement le 29 octobre 1715, le bourgeois (citoyen d'une ville appartenant à la classe moyenne et dirigeante, n'exerçant aucun métier manuel et jouissant d'une situation aisée, voire de certains privilèges, par opposition à l'ouvrier prolétaire gréviste ou au paysan laborieux misérable) "František Ignác Wieber" et l'architectimpérial "Václav Render" écrivirent au conseil municipal leur souhait de vouloir construire une colonne votive d'abord la plus haute, parce que c'est le plus facile, et ensuite la plus belle, s'il reste du temps et du pognon. Et c'est là que la légende s'est foutue dedans, parce que cette première lettre coécrite, d'octobre 1715, n'était aucunement liée à la colonne de la Ste trinité, ou si, mais pas complètement, parce qu'en l'honneur de la peste, ce même "Václav Render" construisit la colonne mariale
(dont je ne vous parlerai pas aujourd'hui) mais ne lui plaisant pas suffisamment, enfin le projet n'étant pas à la mesure de son ambition affichée (la plus haute et la plus belle des colonnes), il écrivit alors en janvier 1716 une autre lettre au conseil municipal afin qu'il intercède auprès de l'évêché en faveur de la construction d'une autre colonne consacrée à la Ste trinité et aux Sts patrons de la peste. Et c'est de celle-ci dont je vous parle aujourd'hui. C'est ainsi qu'en 1716, notre architectimpérial s'attela à 2 lièvres simultanément, à la vraie colonne de la peste, la colonne mariale, financée en plus grande partie par des pauvres ladres, et à la fausse colonne de la peste, la colonne de la Ste trinité, financée en plus grande partie par "Václav Render" lui-même. Et là arriva un évènement pour le moins tragicomique, parce que l'exceptionnelle oeuvre que l'architectimpérial s'apprêtait à bâtir ne pouvait évidemment pas se trouver ailleurs que sur la place centrale, à l'emplacement exact où se trouvait déjà la fontaine d'Hercule, oeuvre des artistes "Michael Mandík" et "Václav Schüler" (on leur doit encore d'autres fontaines à "Olomouc", Neptune, Jupiter et autres tritons...). Il s'y trouvait aussi là la cahute de la maréchaussée, dite "BewachungshausFürDieÜberwachungDerHauptplatzDerOlmützStadtWoDaßVáclavSeinenBrunnenBauenWollte", qui subit le même sort que la fontaine, mais elle n'est plus donc c'est pas important. Bref, et comme "Václav Render" voulait l'emplacement occupé, il n'hésita pas à écrire une lettre anonyme, oui monsieur, oui madame, anonyme la lettre, au conseil municipal lui demandant donc de bien vouloir déplacer ailleurs et aux frais de la mairie la cahute et la pompàflotte,
parce que l'emplacement bêtement occupé serait vachement plus opportun pour une splendide colonne comme celle que s'apprêterait à construire le fort talentueux architectimpérial d'incommensurable renommée "Václav Render". Evidemment, ça fit beaucoup rigoler toute la mairie qui n'eut même pas l'occasion de remercier le facétieux plaisant pour la bonne blague, la lettre étant anonyme. Mais sans réponse, l'anonyme bougre obstiné finit par se faire connaître, et dans une seconde lettre adressée au même conseil, il réitéra sa requête avec cette fois-ci quelques significatives améliorations. D'abord il prenait à sa charge les coûts des déménagements (cahutépompàflotte), et afin que la mairie ne se retrouve pas avec un fourbi onéreux sur les épaules en cas de décès du commanditairexécutant, il s'engageait à léguer tout son héritage à la veuve chantier s'il advenait à mourir de son vivant. Du coup, ben ça changeait totalement les règles du jeu car la mairie accepta, et en avril 1716 l'on put se mettre à l'oeuvre en déménageant la fontaine et la "Bewachungshaus". Mais voilà, notre gaillard avait vu grand, très grand et très cher, au point que sans doute trop cher et trop grand tellement les choses n'avançaient plus, de part son implication sur d'autres chantiers (rémunérés), et de part ses piteuses finances de poches trouées. Il décéda en 1733, et comme promis, légua ce qu'il lui restait d'infortune à la poursuite du chantier car de son vivant, l'oeuvre ne fut terminée qu'à hauteur du premier étage et de la chapelle du dedans. Selon sa volonté testamentaire, c'est son ami "František Thoneck" qui reçut la chance de poursuivre son oeuvre, mais il n'en fut rien... enfin pas grand chose. D'abord parce que le "František" avait ses chantiers à lui qui l'occupaient honnêtement, et ensuite parce qu'il décéda 5 ans plus tard, en 1738, avant même d'avoir pu faire le tour du problème.
Il fut suivi dans la maîtrise-d'oeuvre par "Jan Václav Rokický", qui déjà en 1737 s'occupait de la colonne de la Ste trinité de part l'indisponibilité de "František Thoneck". Eh bien croyez-le ou non, mais "Jan Václav" décéda dans la même année que son pote "František" (1738), et c'est son fils "Jan Ignác Rokický" ... qui hérita du boulet de la "Ste trinité". Tiens, pour l'anecdote, toujours en 1738 décéda encore le sculpteur "Filip Sattler", mais j'y reviendrai plus tard, quand je parlerai de la déco. En 1741 il y eut la guerre de succession de la maison d'Autriche, et les travaux sur la colonne furent remis sine die. En 1744 le chantier était toujours en chantier, et le conseil municipal commençait à se poser la question du "bon, et maintenant on fait quoi?" Difficile de dire si le retard... enfin le non avancement était lié à la guerre, au manque de financement, au "Jan Ignác Rokický" ou encore à autre chose, mais quoi qu'il en fut, en septembre 1745 la tâche de la colonne fut retirée à "Jan Ignác" pour être confiée à "Augustin Scholz". On trouva même un nouveau sculpteur pour la déco sculpturale en la personne d'"Ondřej Zahner", mais j'y reviendrai plus loin sur ce gaillard. Pis comme on en était aux appels d'offres (non JCDecaux, plus tard les abris-bus), alors le conseil municipal se mit également en quête du doreur pour la Ste trinité ainsi que pour la vierge Marie et son cortège. Comme d'habitude, on prit finalement le moins cher, en l'occurrence "Jan Šimon Forstner" qui créa ainsi l'oeuvre de sa vie, mais également de sa mort puisque qu'après ce travail où il fut en contact avec des métaux toxiques (plomb, mercure...), sa santé décrépit rapidement, il devint aveugle, et végéta comme un légume ses derniers 20 ans sur terre.
Bref, une fois les choses reprises en main par la municipalité, celles-ci (les choses) avancèrent bon train. Enfin pour un temps, parce qu'en 1751 décéda l'architecte "Augustin Scholz", et l'année suivante le sculpteur "Ondřej Zahner". "Maudits des glandes qu'on est" pouvait-on entendre à la mairie, "maudits des glandes, pourris de la chance et vérolés de la scoumoune" rajoutaient d'aucuns. Mais une fois qu'ils eurent dit ça, le problème restait entier. Alors pour faire simple, ils re-confièrent la tâche à quelqu'un qui connaissait déjà le sujet, celui qui avait perdu la confiance du conseil municipal et qui allait la récupérer grâce aux aléas de la fortune, "Jan Ignác Rokický" tandis que son disciple "František Scherhauf" se voyait confier la tranche "sculpture". En juin 1752 l'on posa le pilier de la colonne, 1 an plus tard l'on enduit les pierres de conservateurs (huiles chaudes, térébenthine, huile de lin, poudre de plomb...) et l'on descendit l'échafaudage. L'inauguration eut lieu le 9 septembre 1754, quelques 37 ans après la bonne idée du pauvre bougre "Václav Render", en présence de l'impératrice Marie-Thérèse et de son mari François 1er Etienne de Lorraine, comme le rappelle le chronogramme côté sud sous le relief de St Pierre. Parenthèse. En autrichien il s'appelle "Franz I. Stephan von Lothringen" (soit François 1er Etienne de Lorraine), or en français il existe sous les noms de François-Etienne de Lorraine, ou duc François III de Lorraine et de Bar, ou encore François 1er du St Empire Romain Germanique. Alors n'allez pas me le confondre avec un autre François 1er de Lorraine, second duc de Guise, dit le "balafré", à l'origine de la première guerre de religion en France vers 1562, ce ne sont pas les mêmes.
Fin de parenthèse. Le cardinal "Ferdinand Julius Troyer" fit péter du goupillon, l'armée du canon (3 salves de 12 pièces), une bafouille symbolique de l'impératrice dans le micro et hop, l'affaire fut bénie bien proprement. Mais ce n'est qu'en Janvier 1756 qu'eut lieu la première messe en la chapelle du dedans de la colonne, parce que faut dire qu'elle n'est pas bien pratique non plus la chapelle, parce que pas très grande et qu'on ne peut donc pas y mettre trop de monde.

Sinon, un chronogramme est une inscription où les lettres majuscules correspondent à des chiffres romains et qui, additionnés, donnent une date liée à l'évènement décrit. Ainsi dans notre cas nous avons: trIVnI VeroqVe Deo praesentIbVs aVgVstIs franCIsCo atqVe theresIa CoLossVs Iste a CardinaLe troIer ConseCratVs 9. sept. (Au triplunique et vrai dieu, en présence des altesses François et Thérèse, le présent colosse consacré par le cardinal Troyer, 9 septembre), et si vous additionnez les grandes lettres (majuscules), soit IVIVVD - IVVVI - CICVI - CLVI - CDILI - CCV vous obtenez 1 5 1 5 5 500 - 1 5 5 5 1 - 100 1 100 5 1 - 100 50 5 1 - 100 500 1 50 1 - 100 100 5 = 1754. Dingue non? Ou encore, gLorIa Deo patrI Deo fILIo Deo paraCLeto (Gloire à dieu le père, au fils de dieu, au paraclet divin, sachant que le paraclet est parfois considéré comme le St esprit, parfois comme le défenseur, consolateur, réconforteur... enfin bref, le paraclet quoi). Pareil, donc si vous additionnez LIDI - DILI - DCL soit 50 1 500 1 - 500 1 50 1 - 500 100 50 vous obtenez 1754. Au nord-est: saCrata sInt eI soLI CorDa oMnIa (Qu'à lui seul soient consacrés tous les coeurs), CI - ILI - CDMI = 100 1 - 1 50 1 - 100 500 1000 1 = 1754. Pis un p'tit dernier pour la route, au nord-ouest, In fIDe pLena spe fIrMa CharItate perfeCta
(Dans la foi complète, le ferme espoir, est la charité parfaite), IIDL - IM - CIC = 1 1 500 50 - 1 1000 - 100 1 100 = 1754. Inutile de vous dire que la colonne de la Ste trinité devint un symbole de fierté morave, et non seulement de par la beauté de la chose, mais aussi parce qu'uniquement érigée et décorée par des artistes locaux. Ah comme ils étaient fiers les Moraves de leur colonne, ah pour sûr que Prague n'avait pas d'équivalent. Pis arriva la guerre de 7 ans, avec elle les Prussiens, qui en 1758 mirent le siège à la ville à grands coups de bombardements soutenus comme à l'accoutumée. Bien évidemment les boulets s'abattaient de partout, et malheureusement sur la colonne de la Ste trinité itou. Mais ça, ce n'était pas acceptable, attends, eh t'es con ou quoi le Prussien? La colonne de la Ste trinité, la fierté morave bombardée? Du coup, les habitants de la ville improvisèrent rapidement une grande procession, et aux cris de pater noster au ministère, d'ave Maria au secrétariat, et de spiritus sancti aux spaghettis (ne cherchez pas, c'est Morave) s'en convergèrent au devant de la soldatesque ennemie. Là, les représentants de la ville furent reçus par le généralissime, le mercenaire gentleman écossais "Francis Edward James Keith", lequel souscrivit à leurs doléances et fit immédiatement rediriger les pièces d'artillerie sur d'autres cibles. Et en l'honneur de cet évènement, ben vous pouvez encore voir un facsimilé de boulet doré incrusté dans la colonne, entre la Ste trinité et la vierge Marie. Mais attends, c'est pas tout. "Olomouc" était tellement fier de sa colonne qu'il la fit graver sur des plaques de cuivres (eau-forte?) par l'artiste (local bien sûr) "Jan Antonín Freindt", et 2 exemplaires furent carrément envoyés à Rome dans le secret espoir qu'ils finissent sur le bureau du St Père
(et pas dans ses toilettes), des fois qu'il n'aurait rien d'autre à foutre que de se rendre en personne à "Olomouc" pour contempler (bénir?) le splendide St fourbi. Il n'en fut rien. Enfin pas en cette période, le pape ne vint à "Olomouc" qu'en 1995.

Il est curieux de noter qu'on ignore totalement en quelle période eut lieu le changement d'intention, je veux dire qu'au début, la colonne de la Ste trinité comme la colonne Mariale devaient être consacrées à la peste noire bubonique qui file des pustules, etc, etc... et sur les plans (enfin le modèle) construit par l'architecte originel "Václav Render", la déco tenait justement compte des St patrons de la maladie (St Roch, St Seb...). Or sur l'édifice final, ils ont été remplacés par des patrons de la ville d'"Olomouc" et des notoriétés de l'église locale (ben tiens). Fut-ce un choix de "Václav Render", de ses successeurs, ou du conseil municipal une fois que celui-ci reprit les rênes du chantier? Ceci-dit, il eut été couillon d'avoir à quelques 100 mètres de distances 2 colonnes consacrées à la même maladie, avec sensiblement les statues des mêmes saints. Tiens... et à propos... lorsque le chroniqueur (local) "Florián Josef Loucký" écrivit son livre en 1746 sur la ville d'"Olomouc" pompeusement intitulé "Popis královského hlavního města Olomouce", "description de la capitale royale Olomouc",
qui est bien sûr erroné parce qu'"Olomouc" n'a jamais été capitale, à moins qu'il ne faille considérer "hlavního města" dans le sens "métropole" au sens historique, romain, c'est à dire capitale administrative d'une province... auquel cas oui, pourquoi pas, enfin c'est juste pour ne pas induire le lecteur en erreur... bref, donc lorsque "Florián Josef Loucký" dépeignit la ville en 1746, il mentionna bien entendu la colonne de la Ste trinité malgré qu'elle n'était pas terminée. Or en zieutant de près sur les plans, il remarqua (parce qu'il était perspicace) que l'apôtre Thaddée (appelé aussi Jude, c'est le même) se trouverait en double (selon les plans) sur la colonne, une fois sur un bas relief, et une fois en statue bien réelle. Il fit donc sagacement part au conseil municipal de sa découverte, que ce serait fichtrement dommage de gaspiller un emplacement comme ça, et qu'on pourrait peut être y mettre un autre saint, genre... chais pas... tiens, ben St Florian, pourquoi pas? Eh bien croyez-le ou non, le St Florian s'y trouve aujourd'hui sur la colonne, contrairement à ce qui avait été prévu par "Václav Render".

Bien, donc la colonne de la Ste trinité mesure 35 m de haut, possède un diamètre moyen de 17 m au sol et se termine par une colonne pyramidale (pire amygdales :-) à 6 faces posée sur le socle à une hauteur de 20 m. Elle se présente sur le modèle d'une pièce montée (gâteau) de mariage à 3 étages consacrés (les étages) à Jésus et à sa famille, aux apôtres, témoins et saints, et à des membres de l'église morave de l'époque. C'est le symbole du triomphe catholique, l'apothéose de la recatholisation de la Moravie, symbole accentué par la présence de l'archange St Michel combattant l'hydre de l'hérésie.
Le bus de la religion à l'heure de pointe catholique. Se trouvent donc dessus 18 statues de hauteur 220 à 240 cm. Tout en haut St Joseph (époux de Marie), Ste Anne (maman de Marie), St Joachim (époux de Ste Anne et papa de Marie), St Jean-Baptiste (fils d'Elisabeth et de Zacharie, cousins de Marie), St Laurent ("Vavřinec", et alors le lien avec Marie m'est totalement inconnu) et St Jérôme (pareil, je n'ai aucune idée du lien avec Marie, en dehors du fait qu'il défendait sa virginité [de Marie] comme un chacal sa charogne). Au second étage, vous trouverez St Cyrille (il convertit et baptisa 99,75679% de la population de Grande-Moravie), son frère ainé St Méthode (archevêque de l'archidiocèse de Grande Moravie et traducteur en Slave [Glagolitique] de la bible en Latin), St Blaise (alors là, pourquoi celui-là, si quelqu'un possède la réponse...), St Adalbert ("Vojtěch", évêque de Prague, St patron de la Bohême, et évangélisateur des tribus baltiques), St Jean de Népomucène (je vous renvoie à ma publie sur "Kladruby" où j'y consacre un long paragraphe) et "St Jan Sarkander" (sur lequel je reviendrai en détail plus loin). Et au rez-de-chaussée enfin, nous avons St Maurice (chais pas pourquoi, si quelqu'un tient la réponse, qu'il me la lâche...), St Venceslas (c'est évident), St Florian (pourquoi? Sinon que comme St Maurice, il était légionnaire romain sous Maximien et Dioclétien et qu'il mourut en martyr pour sa foi), St Jean de Capistran (grand prêcheur de la foi chrétienne, il prononça 2 fois dans la ville d'"Olomouc" d'édifiants sermons à l'encontre des hussites [1451-1452 et 1454] mais on lui doit surtout la victoire contre les Turcs à Belgrade en 1456 où il imita Jeanne d'Arc au siège d'Orléans, haranguant les soldats afin qu'ils montent au combat), St Antoine de Padoue (en référence aux franciscains du couvent de l'immaculée conception et d'autres encore,
qui arrivèrent là par centaines après les prêches de Jean de Capistran lui-même franciscain), St Louis Gonzague (jésuite, patron des étudiants et de la peste dont il est mort à 23 ans, pas la moindre idée pourquoi qu'il est sur notre colonne ni quel est le rapport avec "Olomouc"). Et entre chacun des saints du rez-de-chaussée, vous noterez les petits anges armés de leurs petits soleils (lumière). On les appelle "světlonoš" en Tchèque, quelque chose comme "porte-lumière" en Français, ou encore Lucifer, du latin Lux (lumière) et Ferre (porter). Eh ouais, Lucifer était un ange avant d'être le dragon, le malin, le diable, Belzébuth, Satan, Méphistophélès (lisez l'apocalypse, chapitre 12, la bataille entre les anges fidèles menés par l'archange Michel et les anges rebelles menés par Lucifer: 12:7 Et factum est proelium in caelo...) La symbolique? Ben ces chérubins ne sont pas des anges mais des séraphins, la plus haute hiérarchie angélique en contact direct avec dieu le père. Ils sont porteurs du feu divin, de la lumière, et de la purification. Selon la légende, ils auraient le pouvoir de consumer les péchés mais surtout de dévoiler aux hommes leurs destins, en illuminant de leurs petites lampiottes le chemin qui les mène vers la raison de leur existence terrestre (en passant par dieu, bien entendu). Et pourquoi donc croyez-vous que "Václav Render" les a placés aux côtés des St Maurice, St Venceslas, St Florian, St Jean de Capistran, St Antoine de Padoue et St Louis Gonzague, simples mortels dont les actes héroïques ci-bas (selon l'église) les conduisirent à la canonisation? Et sinon vous verrez encore entre les statues et au-dessus des fenêtres (lucarnes) 12 bas-reliefs des 12 apôtres (aux étages 1 et 2) et des 3 vertus catholiques (au 3 ème étage, la foi, la mour et les spoirs). Et pour terminer, les trucs dorés, donc au milieu de la colonne: St Marie de l'assomption, au dessus vers la gauche: le boulet prussien de 1758, et tout en haut: la St trinité avec l'archange Michel.

Pis pour l'anecdote, lorsque le conseil municipal prit la suite de feu "Václav Render", il changea carrément plusieurs des statues, et ce sans même tenir compte des familles... groupes... catégorie... enfin le conseil municipal a tout mélangé. Sur l'original, celui de Venceslas ("Václav"), devaient se trouver tout en haut les époux Zacharie et Elisabeth (parents de St Jean-Baptiste et cousins de Marie) au lieu de St Laurent et St Jérôme. Ca donnait du sens puisqu'on avait que des membres de la famille de Marie (vierge). Au second étage, le ménage fut encore plus impressionnant. Là devaient se trouver originellement les papes St Grégoire 1er le grand, St Léon 1er le grand (aussi), et les évêques St Ambroise de Milan et St Augustin d'Hippone (docteurs de l'église romaine). Ils furent remplacés par St Blaise, St Adalbert, St Jean de Népomucène et "St Jan Sarkander" plus du cru que les originels. Seuls Cyril et Méthode sont restés, parce qu'ils sont bien en rapport avec la Bohême-Moravie. Et au rez-de-chaussée devaient se trouver St Louis (Louis IX le Capétien), St Étienne Ier de Hongrie ("Szent István") et St Léopold III d'Autriche (famille Babenberg, "Markgraf von Österreich, Leopold III. "der Fromme", Leopold III. "der Heilige"), mais ils furent remplacés par St Louis Gonzague, St Antoine de Padoue et St Jean de Capistran, pas vraiment plus du cru que les autres, mais plus catholiques, plus curés, plus orthodoxes que des rois et des princes "terrestres". Eh mais attends voir, et l'apôtre Thaddée (Jude) alors? Celui que "Florián Josef Loucký" avait dit qu'il serait en double? Il n'est mentionné nulle part? Bon, sans doute encore un changement de dernière minute.

Alors les statues sont les oeuvres de divers sculpteurs.
Le premier à avoir travaillé un bout fut le sculpteur "Filip Sattler", mais il ne laissa pas grand chose car il décéda la même année que "Václav Render" (1738), et à l'instar de ce dernier, comme aurait dit ma femme de ménage "on ne le sentait pas trop dessus". Il ne laissa donc que 6 reliefs d'apôtres (au premier étage de la pièce montée). Ensuite l'on mit en selle "Ondřej Zahner", et lui, ce fut une autre marque de café, un vrai bourrin de course parce qu'il sculpta pratiquement tout le reste, à savoir les 18 statues, les 12 angelots séraphins, les 6 derniers reliefs des 6 autres apôtres du second étage, les 3 reliefs des vertus, ainsi que les groupes dorés Ste trinité et vierge Marie sur la colonne. Pour l'anecdote, "Ondřej" acheta et emménagea dans la maison de "Václav Render" lorsqu'icelui déménagea sous terre pour cause de décès. "Ondřej Zahner", enfin "Andreas Zahner" parce qu'il était d'origine franconienne (de Franconie), prit en secondes noces Marie-Pauline Niedermayer, fille d'un horloger de la ville. Mais manque de bol, il décéda 15 semaines après le mariage à l'âge de 42 ans, et c'est Marie-Pauline qui s'assura que les chantiers en cours seraient terminés comme promis, en l'occurrence celui de la colonne St trinitale. Bien que notre gaillard oeuvra principalement en Moravie, il est un digne représentant de la période baroque en royaume Tchèque, et n'a pas à choper la honte face à des "Matyáš Bernard Braun" ou "Ferdinand Max Brokoff". Encore aujourd'hui, l'on peut voir une bonne centaine de ses oeuvres splendides sculptées dans divers matériaux (pierre, bois, stuc...) principalement pour l'église qui était son principal commanditaire (cathédrale Sv Venceslas d'"Olomouc", l'église Vierge Marie à "Pňov-Předhradí" près de "Kolín" en Bohême, "kroměříž", "Holešov"...).
Pis n'oublions pas encore les disciples d'André, "Wolfgang Träger" et "Jan Michael Scherhauf", qui achevèrent les oeuvres du maître sur la colonne de la Ste trinité sous la direction de sa veuve Marie-Pauline.

La chapelle du dedans, je ne l'ai pas vue parce que c'était fermé, et apparemment on n'y accède pas tous les jours. On y verrait 6 reliefs sur le thème de l'offrande (ou du sacrifice?), Caïn faisant offrande à dieu de sa moisson pourrie (dieu refusa et ça se finit mal, Genesis 4:3), Abel faisant offrande à dieu des agneaux nouveau-nés (dieu accepta mais ça se finit mal aussi, Genesis 4:4), l'holocauste de Noé après le déluge (j'y reviendrai), dieu demandant à Abraham de lui sacrifier son fils Isaac (mais ça se finit bien, parce que dieu préfère le méchoui de mouton, Genesis 22:2), Abraham préparant le barbecue de bélier pour dieu (à la place de son fils Isaac, pas assez tendre, Genesis 22:13) et la mort du Christ sur la croix (offrande de qui, sacrifice à qui?). Rapide parenthèse sur Noé. Lorsque le déluge prit fin: aedificavit autem Noe altare Domino... Noé construisit un autel pour l'Eternel, il prit de tous le bétail pur et de tous les oiseaux purs, et les offrit en holocauste sur l'autel (Genesis 8:20). L'Éternel sentit une odeur agréable, et l'Éternel dit en son coeur: je ne maudirai plus la terre, à cause de l'homme, parce que les pensées du coeur de l'homme sont mauvaises dès sa jeunesse, et je ne frapperai plus tout ce qui est vivant, comme je l'ai fait (Genesis 8:21). Alors premier truc, c'est quoi un animal pur? Deuxièmement, c'était bien la peine de sauver les animaux du déluge pour les bruler sur l'autel ensuite. Troisièmement, comment un dieu qui sent en la mort (sacrifice) d'êtres vivants une "odeur agréable" peut être sympathique? Quatrièmement, l'Eternel infaillible reconnaitrait-il avoir fait une erreur (contrition)? Cinquièmement, si "les pensées du coeur de l'homme sont mauvaises dès sa jeunesse", alors faut le foutre au gnouf dès sa naissance et lui bourrer sa pernicieuse tête à coup de pieds au cul de saintes écritures, plutôt que de l'envoyer en élevage à l'école de la République.
Sans dec, faut vraiment ne pas avoir lu, ni appris et encore moins réfléchi pour espérer comprendre ça. Enfin bref...

Parlons maintenant un peu du "Jan Sarkander" (ou "Sarkandr", c'est pareil, 1576-1620), parce que ça ne s'invente pas non plus ça. Comme je vous le disais auparavant, les Moraves n'ont pas spécialement de bienveillance avec Prague, et c'est pour cette raison qu'à une époque (baroque) où Prague se mit à aduler St Jean de Népomucène, les Moraves s'inventèrent alors le leur de St Jean, bien morave et pas praguois, avec cependant exactement les mêmes caractéristiques (et le même prénom). Oyez plutôt. En 1616, "Jan Sarkander" devint curé de "Holešov", sur les terres du "hejtman" ultra catholique "Ladislav Popel z Lobkovic" (le jeune, 1566-1621, fils de "Ladislav II Popel z Lobkovic") dont il ("Jan Sarkander") devint le confesseur. De l'autre côté, du côté protestant se trouvait le sieur "Václav Bítovský z Bítova", homme de poigne et de franc-parler, qui n'avait rien d'autre à fiche de son temps que de chercher des noises dans la tête des autres catholiques, à des "Ladislav II Popel z Lobkovic", mais aussi à un certain "Albrecht Václav Eusebius z Valdštejna" alors quidam inconnu. En 1619, en pleine période de révolte des états à Prague, notre "Ladislav" catholique perdit de son pouvoir (comme tous les catholiques) et conseilla à ses potes (dont "Jan Sarkander") d'aller apprécier la verte couleur de l'herbe en des contrées plus calmes. Ben du coup, notre curé s'en alla faire un pèlerinage à "Częstochowa" (Pologne), histoire de se rappeler au bon souvenir de la madone noire. Il revint en Moravie en novembre 1619, au moment où les mercenaires du roi catholique polonais
"Zygmunt III Waza" s'en faisaient régulièrement des razzias en Moravie, profitant du chaos politique et sous prétexte de s'en prendre aux "infidèles" (protestants). En février 1620 donc, les cosaques polonais arrivèrent aux portes de "Holešov" pour s'en aller commettre le pillage habituel qui allait bien, mais ils furent accueillis par une procession menée par "Jan Sarkander", aux cris de pater noster vive le munster, d'ave Maria dans la pizzeria, et de spiritus sancti tutti-quanti (ne cherchez pas, c'est Morave). Le curé de "Holešov" convainquit les polaques que c'était mal, que le village était bien catholique, peuplé de citoyens catholiques administrés par un sieur bien catholique aussi, mais que s'ils voulaient vraiment piller quelque chose, histoire qu'ils ne soient pas venus de si loin pour rien non plus, ben qu'il y avait les terres du "Václav Bítovský z Bítova", hérétique protestant s'il en est, et fripouille sacrilège notoirement impénitente. Mais revenons un peu en arrière. Lorsqu'en mai 1619 (renversement de "Brno") les protestants prirent le contrôle de la Moravie "Václav Bítovský z Bítova" devint substitut du "hejtman" d'"Olomouc" ("Albrecht Sedlnický z Choltic" second, membre du directoire des états à Prague), en charge des affaires militaires et juridiques. Et c'est à ce dernier titre (juridique) qu'en mars 1620, "Václav Bítovský" s'en alla régler un léger différent avec le curé "Jan Sarkander", qui venait alors d'apporter le sus-mentionné conseil avisé aux pillards polonais. Les chefs d'accusation étaient nombreux: le voyage à "Częstochowa" était une mission commandée par "Ladislav Popel z Lobkovic" pour appeler les catholiques polonais et habsbourgeois à la rescousse (trahison?), les cosaques polaques avaient ravagé les terres "protestantes" à la demande du curé (incitation au pillage?), il était bon catholique alors que l'accusation était bien protestante (hérésie?), bref, le pauvre bougre avait tout faut, et surtout, surtout on voulait savoir le secret de la confession de
"Ladislav Popel z Lobkovic" pour l'écrouer avec preuves formelles de haute trahison, et lui planter des cure-dents électriques sous les ongles de ses mains coupées. "Jan Sarkander" ne parla pas. Il fut torturé proprement sur un chevalet, pendant longtemps, mais ne dévoila rien de ce qu'il ne savait pas (comme Jean de Népomucène). La légende raconte que dans le trou puant de sa sombre cellule, il tournait avec sa langue les pages du bréviaire, ne pouvant se servir de ses membres désarticulés par la torture. Mais curieusement la légende ne raconte pas comment il allumait la lumière. Bref, il mourut au gnouf des suites de l'incessant mauvais traitement. Après la bataille de la montagne blanche, "Václav Bítovský z Bítova" fut rattrapé par la justice, reconnu coupable de comportement inapproprié (voir excessif) et fut à son tour torturéxécuté. A ce propos, je vous renvoie vers un fantastique article (malheureusement en Tchèque pour les non-tchécophones) où vous apprendrez qu'une fois "Albrecht Václav Eusebius" devenu The Albert, et une fois "Václav Bítovský z Bítova" appréhendé par la justice, le sieur de Wallenstein, qui n'avait rien oublié des entourloupes déplaisantes du "Bítovský", rédigea une lettre circonstanciée à l'attention de son ordure d'altesse l'empereur Ferdinand II, dans laquelle il se fit un attentif plaisir à charger le râble du protestant afin qu'il s'en prenne bien gravement sur sa couenne impie de sale bougre. Extrait:
"Ce Bítovský sait de la rébellion (des états) et de ses dessous, des éléments nettement plus importants (!?), et c'est pourquoi, moi, Généralissime de Wallenstein, me permets de conseiller à votre majesté de le faire torturer, car quand bien ne voudrait-il point déposer sur la chose, en tant qu'un des meneurs de la révolte des états il mérite la torture assurément." C'est propre, genre comme lettre de motivation, ça donne envie de l'embaucher. Fin de parenthèse. Le culte du martyr "Jan Sarkander" commença donc à se propager comme la peste noire bubonique en Moravie, en Silésie, et en Pologne (moins en Bohême déjà contaminée par le virus St Jean de Népomucène). Il fut béatifié en 1859 et sanctifié en 1995 par Jean-Paul second. Alors évidemment, on peut se demander d'abord pourquoi a-t-on mis le gaillard sur la colonne de la Ste trinité puisqu'il n'était que simple individu, même pas béatifié, en l'époque de la construction du monument, et ensuite on peut se demande qu'est-ce qui a conduit le Jean-Paul II à sanctifier ce bougre là? Car je ne suis pas un expert en sanctification, mais si je me souviens bien, le candidat posthume doit avoir accompli 2 miracles dans sa vie. Déjà 1 c'est tordu balaise, genre parce qu'il faut encore qu'il soit reconnu par les instances compétentes, mais 2 miracles, c'est déjà un troisième en soi. Or dans le cas de notre gaillard, je me demande bien ce qu'on lui a trouvé, sinon qu'il tournait les pages du bréviaire avec sa langue (alors que d'aucuns cueillent les cerises avec la queue, sans être sanctifiés pour autant). J'ai bien recherché le procès en canonisation sur le riche site du Vatican, mais rien.
On parle bien de "Jan Sarkander" en plusieurs langues, mais rien sur son procès en sainteté. Alors j'ai quand même trouvé ça sur le Net, mais bon, c'est léger, donc si vous avez mieux, pensez à moi, merci. Et pour finir donc sur le sujet "Sarkander", j'ai visité la chapelle consacrée au saint à Olomouc (c'est début XX ème siècle). Oui, sympa, si vous passez dans le coin, mais vraiment pas de quoi vous en faire une publie entière (vont pas m'aimer les Moraves). Je vous ai également pris 2 photos des 2 Jean ("Sarkander" et Népomucène) qui se trouvent là, et donc en voyant ça et en sachant ceci, qu'on ne vienne pas me raconter que le clonage et la duplication génétique datent de la semaine dernière, parce que mon zoeil, les curés connaissent le secret depuis des centaines d'années, sauf que les leurs de brebis ne s'appellent pas Dolly mais "Jan". Et puisqu'on en est à finir sur les sujets, alors pour finir sur le sujet de la Ste trinité, oui, c'est à voir. C'est à voir parce que c'est splendide, parce que c'est architecturalement exceptionnel, et parce que pour une fois que la Moravie a quelque chose de mieux que la... c'est une fierté Morave et plus particulièrement Olomoucienne. Sûr, c'est pas à côté de Prague, c'est à 280 km, soit 2:45 en voiture, 3:45 à 5:00 en bus, et 2:15 à 3:15 en train s'il n'y a pas de retard (ce qui nous renvoie au chapitre "miracles"). Mais si vous avez un peu de temps, et un peu de voiture, allez donc passer un week-end en Moravie, ça vaut le coup sans le moindre doute.

samedi 13 octobre 2007

Ville: L'église St Roch, St Sébastien et Ste Rosalie aussi

"Ouais, super, elle est enfin ouverte, chérie d'amour faut qu'on y aille, ouais, super!" C'est par cette exclamation de joie que je l'informai, un samedi vers 15h, de ma furieuse envie de visiter cette insolite église de Prague 3, au bout de la rue qui descend du centre commercial Flora vers le cimetière de "Olšany" ("Olšanský hřbitov") et à propos duquel il faudrait (je faudrais) faire une publie entière, un jour, quand j'aurai le temps, et quand j'aurai terminé les autres publies, un jour donc... "Et faut y aller avant 17h ma chérie d'amour, parce qu'après c'est fermé" avais-je rajouté imperceptiblement, histoire de la hâter sans pression insistante (elle aime pas sinon, fâchée qu'elle est après). C'était les EHD (European Heritage Days), et comme chaque année, je m'étais préparé ma petite liste de raretés architecturales à visiter absolument, car en dehors de ces journées EHD, c'est totalement inaccessible (sinon ce n'est pas sur ma petite liste). Sauf que cette année, je ne vous ai pas fait une rubrique spéciale comme précédemment, parce qu'il y a tellement de sujets différents, d'importance différente, que je préfère vous les présenter de façon individuelle. "T'es prête ma colombe des îles du paradis? Non? Bon, ben on va attendre encore un peu alors... oui, pas seulement un peu, prends tout le temps dont tu as besoin... mais jusqu'à 17h, parce qu'après c'est fermé."
Je m'étais souvent demandé ce que c'était que cette église ronde, en forme de rotonde romane, mais bien trop grande pour cette époque (romane), et bien trop baroque pour du roman, juste à la croisée de routes importantes entre "Žižkov" et "Vinohrady". "Rien ma tendresse, tu n'as besoin de rien. On va juste visiter une église, donc tu n'as même pas besoin de te faire belle... enfin tu es belle tout le temps... non, je veux dire que tu n'as même pas besoin de te maquiller, souffler les cheveux, etc... juste mettre quelque chose sur toi, même pas forcément beau... enfin si, non... bien sûr qu'il te va bien ce jean. Ce que je voulais dire c'est que la tenue de soirée n'est pas indispensable, et que l'église ferme à 17h, genre." Et à chaque fois que je passais par là, que je voyais cette église, je me disais mais crénom di diou, faut vraiment que j'y aille un jour. Maintenant les dimanche matins je dors, pis quand y a la messe c'est mal venu de photographier, et le reste du temps c'est fermé, du coup ben ça complique nettement la démarche. "Ah ben on va essayer quand même, sûr que maintenant va falloir faire vite, mais on devrait y arriver, avant la fermeture, si je roule vite." J'avais vaguement entrevu, mais vraiment vaguement, qu'il n'y avait qu'un seul jour d'ouverture, contrairement aux autres édifices qui sont ouverts tout le week-end EHD du matin au soir, et je ne voulais vraiment pas louper ce monument, même si je n'allais y passer que quelques minutes. En arrivant devant l'édifice, je fus de suite surpris par le manque d'effervescence.
Bon, c'est vrai qu'elle n'est pas des plus visitées, comme église, mais quand même, pour personne, l'y avait vraiment personne... Finalement, après avoir garé la voiture et nous être approchés de plus près, la raison de cette absence d'intérêt s'expliqua d'elle-même: c'était fermé, et ce ne fut, semblerait-il, jamais ouvert ce jour là. "Vouis, je sais ma biche de velours, j'aurais dû regarder plus attentivement la notice, je sais, j'endosse la pleine responsabilité de ce déplacement inutile comme du vain stress infligé durant ta préparation, je suis coupable et responsable car par ma faute, par ma grande faute, par ma très grande faute nous sommes venus ici pour rien, et je m'en repens, et je m'en confesse à dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours vierge (enfin je crois, c'est ce qu'on dit), à St Michel l'archange des anges, à St Jean-Baptiste le prophète, aux apôtres St Pierre, St Paul, St Nectaire et St Cèrement comme aux 8 autres (dont j'ai oublié le nom), parce que j'ai commis beaucoup de péchés, énormément de péchés, rien d'autre que des péchés, en pensées, en paroles et en actions (mais crénom de d'là, c'que c'était bon). C'est pourquoi je prie la bienheureuse Marie toujours vierge (et ouais, toujours), St Michel [...] comme les 8 autres (dont j'ai oublié le nom)... miséricorde... clémence... intercéder (please)... repentir... pénitence..." Eh bien croyez-le ou non, mais mon acte de sincère contrition fut inutile car elle n'était absolument pas fâchée.
Du coup nous partîmes visiter quelque chose d'autre dont je vous en parlerai une autre fois à un autre moment. La fois suivante, je relus attentivement des 2 yeux la notice d'utilisation de l'église durant les EHD, et cette fois je m'en souvins, c'était le dimanche de la semaine suivante de 13 à 17 heures (je n'avais donc pas tout faux non plus). Le jour dit, nous partîmes tôt le matin visiter en Bohême quelque chose d'autre dont je vous en parlerai pareillement une autre fois et à un autre moment, mais vers 16:30 pilepoil pétante, nous étions devant la porte de l'église St Roch, St Sébastien et Ste Rosalie (oh si), porte devant laquelle flottait le pavillon des EHD d'un côté, et chais plus quoi de l'autre, mais c'était rassurant.

Mais avant de commencer par l'édifice, parlons des saints auxquels l'église est consacrée, ça mérite quelques lignes. St Roch de Montpellier naquit à Montpellier (dingue!) entre 1340 et 1350, pour devenir rapidement orphelin à la charge de son oncle. Dans sa jeunesse il aurait peut être étudié HEC (Hautes Etudes de Charcuterie) mais plus probablement fréquenté la médecine (option peste noire bubonique qui file des pustules purulentes dégueulasses) dont Montpellier est un haut lieu d'enseignement universitaire (de la médecine, pas de la peste) depuis le haut moyen-âge.
Quoi qu'il en soit, ses études le conduisirent à la démence puisqu'une fois diplômé, il distribua tous ses biens aux pauvres pour partir avec les bénéfices en pèlerinage pédestre à Rome. Mais comme le métier de pèlerin ça ne rapporte pas bézef en terme financier, il travailla studieusement en chemin comme soigneur bénévole des malades atteints de la peste noire bubonique qui file des pustules purulentes dégueulasses. Lorsqu'il arriva finalement à Rome, la maladie venue à cheval s'y trouvait déjà, aussi il y soigna pendant quelques 3 ans les pauvres qui n'avaient pas eu le bol de ne pas la choper (ils l'avaient, donc). Fort de cette belle expérience professionnelle à l'étranger qui, pour sûr, allait contaminer l'attention des lecteurs de CV, il repartit pour la France en passant par "Piacenza" (Plaisance en Français, ville connue pour son fameux porc, le porc de Plaisance) en proie à la peste noire bubonique qui file des pustules purulentes dégueulasses. Pis à force de travail assidu et d'apprentissage du métier, il finit lui aussi par enfin attraper la peste noire bubonique qui file des pustules purulentes dégueulasses. A ce stade de la contamination, il aurait pu être fier de lui, genre le gars qui a réussi, qui a fait son trou (purulent dégueulasse) dans le monde (purulent dégueulasse aussi?). Mais non, orgueilleux et hautin, il se retira loin dans la forêt profonde, près de "Piacenza", afin que les autres ne puissent pas attraper son enviable expérience.
Selon la légende, un chien lui apportaint chaque matin un pain, un vin et un Boursin qu'il dérobaint au magasin du coin, la sale bête. Pis un jour, le directeur de la superette, intrigué par le clébard, suivit le canidé chouraveur, trouva Roch malade et fiévreux de la peste noire bubonique qui file des pustules purulentes dégueulasses, et plutôt que de s'échapper en courant vite vite comme tout un chacun aurait fait, il ramena le bougre pestiféré dans sa demeure afin de le soigner au risque de contaminer sa propre famille. Roch guérit, et pour bien remercier son bienfaiteur il partagea sa peste avec toute la famille puis s'en retourna chez lui à Montpellier. Quand il passa près de Voghera (Italie, au sud de Milan) alors en guerre, il était défiguré par les pustules purulentes dégueulasses de la peste noire bubonique et personne ne le reconnu alors qu'ils le voyaient quand même pour la première fois. Il fut donc tout naturellement jeté aux oubliettes, officiellement pour espionnage mais officieusement pour délit de sacrément sale gueule. Et comme Roch ne manifestait strictement aucune objection, parce que les oubliettes, après tout, c'est bien cool quand même, ben il y resta au fond jusqu'à la fin de sa vie vers 1378 (comme le bon roi Charles IV, l'année de la mort). Or tandis que de son vivant, alors aux oubliettes, il n'avait strictement intéressé personne malgré sa notoriété, soudainement mort, tout le monde s'intéressa à lui, au point que son oncle alors opportunément gouverneur de la province de Lombardie et sa grand-mère qui vivait également à Voghera
(alors que Roch venait de Montpellier) vinrent inopinément reconnaître la dépouille pestilentielle d'un macchab inconnu sorti après 5 ans des oubliettes. Ils aperçurent alors le tampon du vétérinaire en forme de croix sur son côté droit, signe qu'il avait reçu de ses parents (et du véto) à sa naissance, et s'écrièrent alors en choeur "ben merde alors, c'est St Roch!" Donc voilà, après vous avoir dit tout ça, je vous invite à tout oublier. N'en croyez pas un seul bout de miette de ce que j'ai dit, ni des dates ni des faits, car à la lumière de la télé d'aujourd'hui, rien ne correspond à rien dans les évènements qui sont fortement mis en doute par les experts, au point que St Roch le pestiféré n'aurait sans doute jamais existé (c.f. le docteur Pierre Bolle, Comprendre les cultes populaires à la fin du Moyen Âge). Alors malgré ces doutes, St Roch est donc le saint patron des pestiférés, des malades contagieux, par extension des éclopés, le saint patron des fripiers-chiffonniers (ah bon? A cause de la vermine dans leurs frusques?), des cardeurs de laine (ah bon? Pareil, cause vermine?), le saint patron des rôtisseurs (ah bon? Alors là j'ai pas la moindre idée du pourquoi), des paveurs
(ah bon?), des mégissiers et par extension des tanneurs de peaux, le saint patron des pèlerins et par extension des voyageurs, des pauvres, des exclus, le saint patron des médecins et par extension des chirurgiens, des cliniciens, des cardiologues, des gynécologues, des radiologues, des andrologues, des phlébologues, des neurologues, des généralistes, des dentistes, des anesthésistes, des stomatologistes, des dermatologistes, des oculistes, des auristes, des oto-rhino-laryngologistes, des drogueurs, des guérisseurs, des accoucheurs, des pédiatres, des psychiatres, des médicastres, des thérapeutes, des morticoles, et des sages-femmes, le saint patron des vignerons, des boulangers, des bergers, des mariniers, des pêcheurs, le saint patron des chiens et par extension des maîtres-chiens, des éleveurs de chiens, des amis des chiens, des Chinois mangeurs de chiens, de la puce du chien, par extension des animaux en général, sains comme malades, même contagieux de l'ESB.

Et pour terminer sur St Roch, il courait dans Prague une histoire loufoque sur la représentation d'un saint qui se serait laissé boulotter les roupettes par son chien afin de ne pas succomber à la tentation libidinale du péché de luxure de la chair poilue d'entre les cuisses qu'il faut même pas y penser pour postuler au paradis. Le saint serait même sculpté quelque part dans la rue
"Karlova" selon une joviale amie suisse qui s'est empressée de m'en parler, me demander si j'en savais plus, puis qui s'est précipitée à sa recherche lors de son séjour praguois, confortée dans cette légende par des gens dignes de confiance. Ben non, moi je n'en savais rien, d'ailleurs je n'en avais même pas entendu parler de la légende, pour vous dire. Eh bien elle, elle le trouva notre saint, précisément sur la façade de la maison "U Zlaté studny" (c.f. ma photo). Bien entendu, il s'agit encore une fois d'une plaisante facétie praguoise à l'encontre des ensoutanés du pape, car le saint sans noix n'est autre que notre St Roch, sculpté par l'artiste "Jan Oldřich Mayer" (auteur entres-autres de quelques statues sur le pont Charles). Cette oeuvre fut commandée en remerciements par les propriétaires de l'édifice qui survécurent sains et saufs à la dernière épidémie de peste en Bohême (1713 à 1714, parfois 1716). D'ailleurs sur cette façade et parmi les 7 personnages stucaturés, se trouvent également les acolytes de St Roch: St Sébastien et Ste Rosalie aussi. Ceci-dit, en regardant l'oeuvre de "Jan Oldřich", on peut facilement voir les roubignoles dans la bouche du chien et St Roch relever sa jupe afin de montrer l'ampleur des dégâts. Alors comme on ne peut pas non plus que se foutre de la religion et de ses saints
(encore que, et pourquoi pas?) je vous ai trouvé une autre photo de St Roch dans la même veine, mais nettement moins équivoque en ce qui concerne les roupettes dans les joues du clébard. Et les fameuses coquilles (de St Jacques) sur sa cape, c'est tout simplement le symbole des pèlerins (qui se rendaient à St Jacques de Compostelle et ramenaient une coquille St Jacques pour preuve), mais aussi un mix de St-Jacques-&-Roch car ce dernier vint à remplacer le premier vers le XV ème siècle.

Sur St Sébastien on va faire vite, parce que comme St Roch, on est sûr de rien. Donc ce que l'on subodore, c'est qu'il date de la fin du III ème siècle, qu'il fut transpercé par des milliers de flèches sans mourir pour autant, parce que les archers vicieux ne visaient pas au coeur, qu'il fut soigné par une certaine Irène, et qu'une fois remis, il alla se plaindre auprès de l'empereur Dioclétien de la façon dont les romains se comportaient envers les chrétiens, lequel Dioclétien le fit tabasser à mort pour avoir la paix en plein match de foot (viva l'A.S. Roma).
Alors aujourd'hui, enfin le plus souvent, vous verrez le St Seb (et Seb, c'est bien) en bel éphèbe (d'aucuns prétendent même qu'il aurait été homosexuel d'avec l'empereur) attaché à un arbre et troué de flèches (c'était plus simple à représenter qu'un bataillon de légionnaires tabassant le bougre). Bon, ok, mais quel est le rapport avec la peste me demanderez-vous? Ben ouais, et justement, j'y arrive. Il y a en fait plusieurs options. La première, c'est que l'érection d'un autel en hommage au St Seb dans l’église de St Pierre aux Liens (Rome) aurait mis fin à l'épidémie de peste Justinienne au VII ème siècle. Deuxième option: Apollon le patron des archers avait répandu avec ses flèches la peste chez les Grecs parce que ce cochon d'Agamemnon (le roi barbu qui s'avance, bu qui s'avance, bu qui s'avance, c'est Agamemnon, Aga, Agamemnon... La belle et l'aine d'Offenbach) avait fait enlever Chryséis (fille d'un prêtre d'Apollon, pas d'bol) pour compléter sa collection de gonzesses nichues du harem qu'il avait (l'Iliade, chant 1). Troisième option: les pustules purulentes dégueulasses de la peste ressemblent aux blessures de flèches sur St Seb, et donc c'est pour ça. Bon, z'avez le choix de la raison du pourquoi que St Sébastien il est aussi le patron de la peste, comme des archers, des soldats, de la police, des marchands de ferraille, des athlètes et des lesbiennes, gays, [bi+trans]sexuels.

L'affaire Rosalie, c'est encore plus sordide. C'est même totalement stupéfiant de connerie brute, sans dec, à côté de l'affaire Rosalie, l'affaire des roubignolles de St Roch croquées par son chien, c'est de la rigolade en terme de lessivage cérébral, privation, sacrifice, immolation, souffrance, épreuve, supplice, torture, calvaire, douleur et mort après un absolu gaspillage de ce fantastique don de la nature appelé LA VIE. Imaginez un instant: alors que la petite Rosalie vivait pénarde à Palerme (vers le XII ème siècle), sans rien demander à personne, la Ste Vierge lui apparut à l'âge de 14 ans pour lui "conseiller" de se retirer du monde et aller vivre toute seule recluse en ermite (sans dec, heureusement qu'il y des lois aujourd'hui qui protègent les mineurs des pervers). Jeune, innocente, légèrement naïve mais colossalement bête, Rosalie prit un crucifix, et se laissa conduire par les anges dans la montagne Quisquina (abus de boisson, drogue, chimie, hallucinations?) Et elle vécut là, dans le froid et la pénombre, mangeant crues des baies et des racines, buvant de l'eau croupie, passant son temps dans la prière, l'invocation, l'oraison, la méditation, la pénitence et la mortification (mais qu'avait-elle bien pu faire de mal la pauvre chérie?) Evidemment, une fois disparue, son papa et sa maman la firent rechercher, et ils l'auraient bien retrouvée si des anges n'avaient pas averti Rosalie qu'il fallait qu'elle change rapidement de trou infâme.
Elle se fit donc mener par les vicieux chérubins sur le mont Pellegrino où les déviants asexués lui avaient réservé pour le restant de ses jours la plus immonde, la plus glacée, la plus suintante, et la plus obscure des grottes pourries qui existent. Selon la légende, elle y aurait vécu 18 ans avant de mourir prématurément de toutes les maladies liées à une présence excessive en milieu hostile, inhospitalier, et pas fait pour (y vivre). C'est dingue tout de même d'en arriver là, non? Bon, et la peste alors? Ben vers 1624, il y eut la peste en Sicile, et Ste Rosalie apparut à un jeune berger (z'ont quand même de déconcertantes prédispositions les ber[gers+gères] pour se faire emmerder par les saints esprits, c'est marrant ça, pourquoi les apparitions ne vont pas jaillir devant les yeux d'un calibreur d'oeil de verre, ou d'un polisseur d'anus artificiel?) ... apparut à un jeune berger pour lui dire "tu sais la peste, là, ben si tu récupères ma carcasse dans la grotte que je t'indiquerai et que tu la ramènes à Palerme pour la porter en procession, ben j'y mettrai un terme à la peste. Et sinon, ben tu peux te gratter velu mon gaillard, parce que de la peste à Palerme, t'en auras comme de l'artichaut en Bretagne. Et paf! Maintenant prends un papier, un crayon, écoute grand des oreilles et écrits attentivement (des doigts)..." Sans dec, c'est pas dément la religion? Sinon pour l'anecdote, selon les légendes, le berger est tantôt un chasseur, parfois un presseur d'olives et même un savonnier (on se rapproche de l'essayeur d'anus de verre), ce qui, somme toute, est insignifiant pour la légende.

Bien, z'avez fait connaissance des 3 phobies de la peste auxquelles l'église est consacrée, alors passons-y donc à l'édifice. Tout commença avec l'épidémie de peste qui sonna aux portes de Prague vers le début de l'année 1680. La mortalité croulait sous les commandes, et il fallait travailler vite et bien. Les villes (Prague n'était pas encore réunie en ce temps) décidèrent donc de creuser un cimetière, mais en dehors des fortifications, même assez loin, car malgré qu'on ignorait tout du bacille, l'on savait que c'était fichtrement contagieux pour les vivants. Ainsi naquirent à "Olšany" les 3 cimetières spécialement érigés pour... contre... à cause de la peste, le cimetière de la vieille ville, le cimetière de la ville nouvelle et le cimetière juif (sans doute qu'à "Hradčany" et Malá Strana" il n'y avait pas de risque :-) Bon, et comme on avait les cimetières, ben fallait encore une chapelle pour qu'on puisse célébrer des messes en l'honneur des défunts, et en 1682 notre édifice vit le jour. Alors une fois de plus, on n'est pas sûr du tout de l'architecte. C'est dingue ça tout de même qu'on perde des infos pareilles non? Enfin les experts subodorent qu'il s'agirait d'une oeuvre de ce fabuleux Jean-Baptiste Mathey, mais sans réelle certitude. Après la seconde épidémie de peste (entre 1713 et 1714, voire 1716) l'on construisit une autre église "Povýšení sv. Kříže" (élévation de la Ste Croix, et pas promotion comme j'ai pu lire...) parce qu'il y avait du boulot comme je disais.
Mais comme elle fut construite rapidement pour répondre au plus vite à la demande, elle fut pour ainsi dire bâclée, et vers 1840 l'on dut se résoudre à abandonner préventivement le bâtiment et déménager la cure comme les offices en l'église St Roch. Entre temps en 1786, Joseph II interdit les enterrements dans l'enceinte des villes (ce qui somme toute avait du sens), et le cimetière d'"Olšany" spécialement érigé pour... contre... à cause de la peste, devint un cimetière normal pour l'enterrement des macchabés, indépendamment de la mort qu'ils avaient contractée. Sinon avant, il y avait un mur d'enceinte pour empêcher les vivants d'entrer et les morts de sortir, tout autour de l'édifice, mais il a été détruit, comme le presbytère, lors de la construction des voies de communication "Olšanská" et "Jičínská", donc aujourd'hui, l'église St Roch est visible depuis la rue. Et justement, ce que vous voyez n'est pas une rotonde, parce que ce n'est pas vraiment rond, mais ovale (ovale masqué ohé ohé...)

Passons au dedans. Dedans, c'est des fois d'origine de la construction, pis des fois pas, parce que l'on a rajouté du fourbi dans la seconde moitié du XIX ème siècle. Le maître-autel par exemple est une oeuvre composite.
Elle fut suggérée par l'architecte "Antonín Baum" (restaurateur de la rotonde St Martin) en 1879 lors de la réfection de l'intérieur de l'édifice. Au centre de l'oeuvre se trouvent 2 tableaux, celui du dessus date de 1880 et représente Marie (la vierge) avec des anges, par "Jan Heřman" (co-auteur des peintures murales de la rotonde St Martin). Le tableau du dessous est l'oeuvre du jésuite "Ignác Raaba" (tableau du maître-autel de "Velehrad", 4 des tableaux en l'église de "Křtiny" près "Brno", le Christ rendant la vue aux aveugles, église de St Valentin à "Příbor", "Ďáblice", "Česká Lípa"...), d'environ 1760 et représente nos 3 saints (Roch, Seb et 'Salie). Quant à la structure en bois de l'autel, elle est l'oeuvre d'"Eduard Veselý" de 1879 (les statuettes en bois tournant sur l'horloge de la vieille ville jusqu'en 1945, détruites dans l'incendie stupidement provoqué par la race supérieure dans le désespoir des derniers jours de la guerre). Sur les murs, les tableaux du chemin de croix datent de 1854 et seraient l'oeuvre d'un certain "Weis" (connais pas non plus!?) inspirés des dessins de "Josef Führich", dessins qui inspirèrent également des artistes français.
Sous l'arcade à droite vous verrez une fresque de 1766 sur le thème de la litanie (Lituanie?) par "Joseph Stetter" (connais pas!?) Pis il y a encore un autel consacré à St Joseph à côté d'une statue de St Jean-Baptiste provenant de Suisse (mais j'en sais pas plus, malheureusement), et s'y trouve encore un font baptismal baroque de la fin du XVI ème siècle. Aujourd'hui, la plus ancienne église de "Žižkov" fonctionne pour les enterrements, les messes, les concerts, les pestes mais ces dernières tendent à se raréfier au point qu'on se demande si l'on n'en aurait pas un peu trop fait avec les 3 saints bougres.

Alors les photos du dedans, il n'y en pas bezef parce qu'en fait, lorsqu'on est arrivé avec ma chérie d'amour, le gentil monsieur des EHD expliquait ce que je vous ai raconté au dessus, et donc j'écoutais au début, me disant que je ferai les photos plus tard, si toutefois l'on aurait l'extrême affabilité de m'y autoriser. Pis un p'tit vieux s'y mit, clic, pis un autre, clac, pis même un troisième, cluc (il avait un vieil appareil) alors je m'y mis aussi, tchlac-tchlac-tchlac-tchlac-tchlac (reflex en rafale) et tout se passait bien, le gentil monsieur des EHD continuait ses explications, les gentils gens écoutaient, et les p'tits vieux comme moi-même prenions sereinement nos photos clic, clac, cluc, tchlac-tchlac-tchlac-tchlac-tchlac. Et tandis que j'autofocussai sur mon prochain sujet, j'entendis soudain une voix juste derrière moi "mais arrêtez, c'est interdit, z'avez pas le droit, faut pas." Quoi faut pas? Qu'est-ce qui est interdit?
Mais qu'est-ce que c'est de nouveau que cette histoire? Et me retournant, je vis une vieille, l'air fripé comme l'anus d'une figue sèche, me répétant d'arrêter, que c'était interdit, que je n'avais pas le droit et qu'il ne fallait pas. "Ah bon? Chavais pas, genre c'est pas marqué nulle part donc ben chavais pas quoi" mais le gentil monsieur des EHD savait lui, mais il s'en foutait, parce qu'il nous avait bien vus photographier dans l'église avec nos appareils ostensiblement collés à l'oeil, et il n'avait rien dit, lui, le gentil monsieur des EHD. Du coup, après l'engueulade que nous infligea la femme du curé, même le gentil monsieur des EHD nous demanda de cesser le photographiage, s'excusant auprès de la vieille carne qu'il n'avait pas fait attention (mon oeil). Bon, ben j'allais pas le fiche dans l'embarras non plus en insistant bêtement, parce que la vieille bique semblait têtue comme une palourde bretonne. Alors du coup, il me manque une bonne moitié des objets du dedans, mais bon, ben pas de bol, la vieille brancarde était revenue de son caca trop rapidement (chuis sûr qu'elle ne s'est même pas lavé les mains). Pareil, pour l'historique de l'église comme pour les oeuvres, l'y en a pas gras non plus dans mes sources, mais cet édifice n'est pas du tout couru par le touriste (malgré que je le trouve fantastique) et les historiens n'en font que rarement mention parce que ça ne rapporte pas, ni en pécule, ni en célébrité. Alors du coup, cette publie semble un peu... bâclée... incomplètexpédiée... enfin au moins, vous ne pourrez pas dire qu'il y en a 16 pages comme sur "Kladruby". J'f'rai mieux la prochaine fois.

lundi 8 octobre 2007

Ville: St Philippe et St Jacques de Zlíchov

Revenons à Prague, enfin presque, parce que le bout de Prague dont je vais vous parler aujourd'hui est, certes, dans Prague, mais loin loin des sentiers battus par les touristes, et même assez loin des sentiers battus par les praguois. Pour vous dire. Et même mieux, j'offre une tournée à toute personne qui trouvera son chemin jusqu'à l'église sans se planter, du premier coup qu'il le trouvera (son chemin). Donc aujourd'hui, la petite église "svatého Filipa a Jakuba" (soit St Philippe et St Jaques). Alors déjà, personnellement j'aurais traduit "Jakub" par Jacob, mais il semblerait que Jacob et Jacques soient exactement la même chose, car Jacob aurait donné Jacobus en latin, puis Jacques en Français.
Et même que Jacob c'est James en Anglais, Diego et Santiago en Espagnol, et Xanti en Basque. Sans dec, chuis scié! Pis sinon sachez encore que ces 2 là font la paire, que c'est pas le fruit du hasard qu'ils sont ensemble Philippe et Jacques, comme Pierre et Paul ou Dupont et Dupond. Bref, donc cette petite église est perchée sur le sommet d'un pic rocheux entre les autoroutes, les voies ferrées et le fleuve "Vltava".
C'est à se demander qu'elle est l'inconséquent qui est allé te me fiche une église à cet endroit. Et c'est exactement ce que je me suis longtemps demandé, chaque matin en allant au bureau, dans l'embouteillage qui mène des milliers de personnes en direction du sud ("České Budějovice"), de l'ouest ("Plzeň") ou de l'est ("Hradec Králové"). Car sous ce pic rocheux passe l'un des contournements de Prague des plus fréquentés et sans doute le plus encombré qui puisse être. Et c'est la faute aux Français. Ben ouais, avant, l'ancienne route qui descendait du nord au sud de Prague passait par "Smíchov", "Hlubočepy", la crête des studios "Barrandov", "Radotín" et "Zbraslav" parce que justement, le massif rocheux connu sous le nom de "Barrandovské skály" s'étendait jusqu'au lit du fleuve "Vltava"
(je ne sais toujours pas si on doit dire fleuve ou rivière en parlant de la "Vltava", mais fleuve ça fait mieux). On passait donc naturellement par le sommet du massif, avant. Mais en 1742, lors de la guerre de succession de la maison d'Autriche, les armées françaises établirent leur quartier général dans le couvent de "Zbraslav", et pour rejoindre Prague, les trouffions devaient donc se taper la route passant par les crêtes, les buttes et autres monticules à l'ouest du fleuve. Un jour, ils en eurent marre ces faignants, de monter descendre puis redescendre et remonter, alors ils se mirent en grève comme c'est l'habitude nationale. Et comme leurs revendications n'aboutissaient pas auprès de l'état-major, ils finirent par bloquer les dépôts d'essence, les barrières de péages sur les autoroutes lors des grands départs en vacances, se coucher sur les voies ferrées et envahir les pistes d'atterrissage aéronautiques.
Sous la pression, le commandement dut céder et décida la création d'une nouvelle route le long du fleuve, en faisant péter à la poudre à canon la roche qui se trouvait sur le passage. Ainsi naquit la nouvelle route dite "Strakonická", qui, au niveau du pont de Barrande, bouchonne tout ce qu'elle peut, dans tous les sens de n'importe quelle direction, afin de rappeler nostalgiquement aux Français (qui depuis longtemps ont quitté les environs) les joies du périphérique parisien. Bon, retour au sujet.

Bien que le quartier dans lequel se trouve notre église se nomme "Zlíchov", elle (l'église) appartient administrativement à la localité de "Hlubočepy", quelques 2 km au sud du château de "Vyšehrad". Et ce n'est pas anodin la proximité d'avec "Vyšehrad", car selon la légende de "Horymír a Šemík" par "August Sedláček", c'est à cet endroit exact que la mythique bourrique "Šemík" planta ses sabots après avoir sauté le fleuve ("Vltava") depuis les remparts de la forteresse ("Vyšehrad"): "[...] a již udělal skok s hradeb přes celou Vltavu až na skálu, kde stojí kostel zlíchovský [...]".
Au tout début, avant même que ne s'y trouve notre église, il y avait une chapelle romane consacrée à St Etienne (le patron des verts), et le monticule rocheux portait ce même nom, la butte de St Etienne (et pas le but de St Etienne). Première mention de la chapelle fut faite en février 1257, lorsque "Přemysl Otakar II" en fit cadeau à Bartholomé, chanoine du chapitre de "Vyšehrad" qui en avait, auparavant et de nombreuses années durant, la gérance en qualité de curé. "Ah ouais, alors là super, merci monseigneur. T'es bon comme le pain du matin, tiens, touche-voir ma bosse... pendant des années je me suis esquinté les varices à grimper sur ce foutu rocher où même les chèvres ne vont plus, et maintenant que je suis peinard comme Baptiste au chapitre de Vyšehrad, tu m'offres en cadeau cette foutue chapelle qui me sort par tous les orifices. Tu le fais exprès ou quoi?"
Et Bartholomé d'ourdir un sacré bon plan machiavélique afin d'échapper au cadeau empoisonné: il suffisait de transporter les reliques de St Etienne quelque part ailleurs, et démolir l'église sous un prétexte quelconque. Cool, en 1258 les papiers du saint déménagement étaient signés par l'évêque de Prague "Jan III z Dražic", il ne restait plus qu'à appeler les démolisseurs, et hop, le tour était joué. Mais c'était sans compter avec le curé du village voisin, (minori Cuhlea, "Malá Chuchle"), qui officiait en la chapelle et recevait paiement pour ses messes. "Mais tu veux m'ôter l'hostie de la bouche ou quoi, c'est mon gagne croûte c'te chapelle, rien du tout de la démolir, t'as choppé la polio ou quoi?" On ne connait pas le détail du quoi que donc alors, mais l'on sait que la chapelle ne fut pas démolie ("laissons ça aux Suédois" aurait rajouté le curé).
En 1319, elle était sous l'administration du décanat de "Ořech", l'un des plus importants des 9 décanats de Prague puisqu'il s'étendait de "Slapy" au sud, à "Roztoky" au nord, en passant par "Buštěhrad" à l'est. Fin du XIV ème siècle, "Zlíchov" passa sous le contrôle du couvent des chartreux de "Smíchov" ("klášter kartuziánů na Smíchově" parfois "Na Újezdě"), qui transformèrent (les chartreux) l'édifice à l'aube du XV ème siècle en église de style gothique. En 1419, les primitifs hussites foutirent (ou fouturent?) le feu de partout, le couvent des chartreux fut à terre pour toujours, "Zlíchov" passa de mauvais moments, mais notre église survécut tant bien que mal (d'ailleurs plutôt mal).
Evidemment, après les guerres hussites, ce sont les moines calixtins qui eurent la jouissance du bâtiment, et ce jusqu'en 1624 (après la bataille de la montagne blanche), lorsque l'ordre fut dissous. L'église était alors dans un état pitoyable. Vers 1660 on essaya bien de la rafistoler histoire qu'elle serve encore un peu, et les ouailles apportèrent bien leurs vieux bouts d'scotch, mais en 1713 on laissa tomber définitivement. Démolition complète de haut en bas, hop, et donc ce que vous voyez aujourd'hui n'a plus rien à voir avec ce que vous ne voyez plus, enfin il n'en reste plus rien de la chapelle romane ni de l'église gothique d'avant 1713.

Les jésuites décidèrent donc de construire en cet endroit presque désert une nouvelle église de style baroque. La construction eut lieu entre 1713 et 1714, et tellement rapidement qu'on en oublia le nom de l'architecte. Eh ouais, c'est dingue, mais je suis incapable de vous dire qui est à l'origine de cette construction. Dingue non? D'autant plus dommage de ne pas savoir qui c'est, parce que comme je vous le disais dans une de mes précédentes publies sur la cathédrale de Prague,
la grande majorité des églises est orientée d'est en ouest: Olivier Beigbeder "L’orientation des églises vers l’Est est un fait régulier au moins à partir du Ve siècle… Il est assez frappant de noter comment le respect de l’orientation a parfois été aux antipodes de la beauté: il n’est que de contempler, à Lyon, des rives de la Saône, la cathédrale Saint-Jean et l’église de Fourvière, pour constater que l’esthétique ne trouve pas son compte à ce que les églises tournent ainsi le dos à la rivière" (article orientation, Lexique des symboles, 1969). Et ben paf, tiens, la notre dont on se cause là d'église, est orientée nord-sud, paf, tiens, voilà une église réfractaire, séditieuse, et on ne sait même pas qui l'a construite. Ensuite l'architecture du dedans comme du dehors est pour ainsi dire cubiste. La nef unique est rectangulaire, et son plafond comme celui du choeur sont totalement plats, plats comme une crêpe bretonne sans rien, sans la moindre voûte, sans la moindre arche, quelques courbures dans les angles pour éviter de faire vraiment trop cubiste (et donc avant-gardiste), mais en terme de galbe, d'arceau, rien, rien du tout du tout. Au dessus du choeur se trouve une tour (carrée) et dans la tour se trouvent 3 cloches. La plus ancienne est consacrée à St François et date de 1697, les 2 autres sont de 1838 et sont consacrées à St Philippe et St Jacques pour l'une, à St Jean-Baptiste pour l'autre. Anecdote, les 2 cloches "récentes" furent posées là en remplacement des 2 autres qui furent volées dans la nuit du 15 mai 1793.
C'est stupéfiant, des voleurs de cloches, déjà en 1793. Décidément, la connerie n'a pas d'époque.

L'intérieur de l'église, tel que vous le voyez là, fut aménagé en 1875 (restauré en 1901, 1935 et dernièrement en 1991). En entrant, vous voyez sur la droite un St Antoine de Padoue de 1927, tenant dans une main l'enfant Jésus (petit) et dans l'autre... ben chais pas, on dirait... une miche de pain? Enfin ce n'est pas comme d'habitude, avec une mule, un livre, un poisson, un lys ou un coeur enflammé. En face de lui, il y a un Jésus, mais je ne sais rien sur lui... enfin sur la statue je ne sais rien, parce que sur le Jésus je sais comme tout le monde, ce que la rumeur populaire propage et ce que les évangélistes ont écrit. Dans la nef vous avez en opposition 2 autels secondaires consacrés à Ste "Ludmila" (pour l'un) et St Venceslas (pour l'autre). Pour ceux qui ne verraient pas la différence, car les 2 portent sur la tête la barrette des Prémyslides, alors St Venceslas est barbu avec un étendard dans la main, Ste "Ludmila" aussi, mais elle tient un rameau de palme, pas un étendard. Et pour l'anecdote, "Ludmila" s'écrit en bon Français avec 2 L, Ludmilla, ce qui donne phonétiquement Ludmiya, et donc c'est mal, faux, parce qu'on prononce m-i-l-a et pas m-i-y-a.
Les peintures de ces 2 autels, comme les autres tableaux fixés au mur, sont les oeuvres de l'artiste "Vilém Kandler" (église "Povýšení sv. Kříže" à "Františkových Lázních", la chapelle "Sv. Kříže" au château de Prague). Juste avant le choeur à droite, vous pouvez voir une statue baroque en bois de la Vierge-Marie, son Jésus assis sur un bras, une cannapêche tenue dans l'autre main. L'on ignore sont origine, comme la raison de la cannapêche, mais elle fut polychromée dans les années 30 du XX ème siècle (selon la facture). Juste à côté de Marie, il y un font baptismal de 1874. Sur le haut de l'arcade, devant l'entrée du choeur se trouve un cartouche représentant le tétramorphe, avec en son milieu le christogramme I.H.S. (Iesus Hominum Salvator). L'homme (en haut du cartouche, représentant St Matthieu) est plutôt loupé, mais il ne restait plus beaucoup de place jusqu'au plafond, alors l'artiste a tassé au mieux, du coup 1/4 du tétramorphe est amorphe. Au fond du choeur il y a le maître-autel comportant un mix de fourbi renaissance comme baroque. En plein centre, le tableau principal d'encore "Vilém Kandler" montre St Philippe et St Jacques commentant passionnément le discours de l'empereur de toutes les Tchéquie "Václav Klaus" à la dernière conférence de l'ONU
(le 24 sept. 2007) sur le thème du réchauffement climatique, sujet éminemment sensible sur lequel, en tant que président d'un pays et économiste de formation, il maîtrise parfaitement tous les détails lui permettant d'affirmer, comme dans son livre, que le réchauffement climatique n'est ni prouvé, ni une conséquence de l'activité humaine. Sur les cotés, autour du tableau central, sont peints les 4 évangélistes, alors qu'au dessus se trouve un relief en bois représentant le jugement dernier. En haut de la tribune, il y a un orgue de 1883, oeuvre du facteur praguois "Karl Schiffner" (1836-1894), disciple du grand maître "Josef Gartner" troisième. Curiosité: sous la tribune et jusqu'à la fin du XIX ème siècle s'y trouvait un relief en bois du début du XVI ème siècle, dit le relief de "Zlíchov" ("Zlíchovský relief"), ou le Christ et le chevalier ("Kristus a rytíř") de par la scène sculptée. Il aurait été déménagé vers le début du XVIII ème siècle en notre église, probablement de quelque part de Prague (sans certitude), mais on ignore d'où, comme du pourquoi.
Aussi ce relief porte le nom de "Zlíchovský relief", mais ce n'est en aucun cas son nom d'origine. Cette oeuvre est le travail du monogrammiste I.P. (Internetae Protocolis :-) de nom inconnu, bien que l'on présume qu'il s'agirait d'un sculpteur des environs de Linz, Salzburg et Passau qui aurait sévi en Bohême dans les années 1521 à 1525. On lui doit plusieurs oeuvres d'importance (musées de Prague, Vienne et Berlin) faisant la transition entre le haut gothique et la renaissance, en particulier l'autel de St Jean-Baptiste en l'église "Panny Marie před Týnem" (place de la vieille-ville). Son relief de "Zlíchov" se trouve aujourd'hui à la Galerie Nationale, et représente un sieur (sans doute le commanditaire de l'oeuvre) épaulé par St André (on reconnaît sa croix) et tenu (le sieur) par la main par la mort, priant (le sieur toujours) à genoux la Vierge-Marie afin qu'elle plaide sa cause auprès du Jésus se tenant en arrière-plan et essayant de faire lâcher prise à la mort qui ne veut pas
(lâcher prise), car comme dirait feu Raymond Barre, "quand le moment est venu, l’heure est arrivée", et pour bien accentuer ce point, le squelette (la mort) lève en l'air devant l'assemblée le sablier justificatif (ce pauv' bougre de chevalier a frappé à la mauvaise porte, il aurait mieux fait de voir ça avec St Pierre).

En face du derrière de l'église, sur le piton rocheux, se trouve une statue de St Jean de Népomucène de la fin du XVII ème siècle. Elle fut mise là dans la seconde moitié du XVIII ème siècle et comme pour l'église, on en ignore l'auteur (comme la raison de son transfert d'on ne sait d'où). Sur le chemin qui monte de la route vers l'église, vous verrez une colonne mariale en grès du début du XVII ème siècle vouée à la Vierge-Marie de la Montagne Sainte (près de "Příbram"), sans doute mieux que la Vierge-Marie tout court.
Autour de l'église repose en paix un cimetière qui n'est certes plus en fonction depuis 1897, mais sont encore plantées là de nombreuses pierres tombales. Bon, rien d'exceptionnel car la plus ancienne tombe date de 1834, donc n'espérez pas trouver là des prodiges d'architecture mortuaire. Pis voilà ce qu'on peut dire sur cette petite église. Oh pour sûr, elle n'est pas d'un intérêt capital et vous pouvez aisément faire l'impasse sur sa visite pour peu que vous soyez en retard, mais bon, moi j'y suis allé par curiosité, et j'ai pas regretté, alors je vous en parle comme ça, des fois que vous n'ayez rien d'autre de mieux important à faire.