samedi 13 juin 2015

Visiter: L'église St Benoît de Hradčany

Il était une fois, la p'tite chaplette Ste Barbara. Vous souvenez-vous z'en? En haut de la rue de la Lorette, que là-bas c'est top chouette? Que l'un des 2 vauriens empalés réussit à briser son pieu, et à se trainer jusqu'en l'église St Benoît afin que le prêtre lui administre l'extrême onction sans laquelle l'empalé ne pouvait mourir? Ben justement, aujourd'hui, je m'en vais vous parler de cette église St Benoît que personne ne sait qu'elle est là, parce qu'elle n'est vraiment pas visible de la rue (ni d'ailleurs du reste, sinon de Google Maps).

Hisse t'au rique
Elle se trouve au numéro 184/3 de la place de "Hradčany" ("Hradčanské náměstí 184/3"), à côté de la p'tite ruelle toscane. La première mention remonte à 1353 selon mes sources, mais impossible de retrouver la trace de cette mention :-( Ensuite l'église fut moult fois retapée, en particulier en 1494. Ensuite toujours, elle prit feu en 1541, et fut retapée, selon mes sources, par Benedikt Rejt alors décédé depuis au moins 5 ans (comme quoi faut faire gaffe avec les sources). Elle reprit feu en 1620, et comme ça commençait à bien faire, que le proprio se dit que quand même, elle devait être bien maudite cette maudite église, il la refourgua en 1626 (parfois 1627) aux barnabites de ch'val... de St Paul. En 1655, les moines construisirent tout autour de l'église un monastère, et c'est grâce à eux que depuis, l'on ne voit plus l'édifice depuis la rue. Ils retapèrent ensuite le monastère plusieurs fois, et mi XVIIIe siècle lui donnèrent l'apparence qu'il a aujourd'hui, c'est à dire baroque. Notez que ce monastère était le seul en royaume de bohême sous la marque "barnabite".

Bon, mais en 1786, et dans le cadre de ses réformes éclairées, Joseph II supprima les barnabites, et ferma leur monastère. Mais son frangin Léopold II, qui succéda à Joseph II, en fit don en 1792 aux carmélites déchaussées (des dents), et comme personne ne connaissait ces va-nu-pieds, les Praguois continuèrent à les appeler "barnabites", ce qui était bien entendu erroné, puisque contrairement aux hommes, les moniales n'en avaient pas, elles, des barnes à b...

En 1950, lorsque les frangines furent chassées par les con-munistes, ces derniers fumiers transformèrent le couvent en hôtel de luxe pour apparatchik d'état, et restaurèrent l'hôtel de fond en comble entre 1985 et 1991 afin de restituer aux moniales des locaux parfaitement retapés par les deniers publics. Evidemment, en 1985, les camarades fumiers ignoraient ce qui allait advenir en novembre 1989, aussi ils ne lésinèrent pas sur la dépense et garnirent le lupanar de luxueux mobilier sur mesure, de cuisines modernes et de tout le confort récent que les pays de l'Ouest pouvaient offrir.

Les carmélites va-nu-pieds
L'ordre des moniales déchaussées (mais porte culotte) arriva à Prague en l'an 1655 à la demande de Ferdinand III, et s'établit près de l'église St Joseph ("na Malé Strane"). Le bon empereur leur octroya également une maison attenante, pourvue d'un vaste jardin. Les frangines transformèrent l'édifice en couvent, et le jardin existe encore aujourd'hui sous l'appellation "Vojanovy sady". Mais comme les barnabites, les barnes sans b... furent désactivées en 1782 (par Joseph II), et elles quittèrent Prague pour "Německý Brod" (appellation jusqu'en 1945, aujourd'hui "Havlíčkův Brod"). Elles revinrent donc 10 ans plus tard (1792) en la nôtre capitale pour s'installer en le monastère St Benoît. Et elles y restèrent jusqu'en 1950, lorsqu'elles furent chassées par les con-munistes. Et parce qu'une moniale déchaussée a la peau dure comme un rhinoféroce, ces sales bêtes reprirent racine en St Benoît après la révolution de velours en 1992 où elles résident encore aujourd'hui.

Ah oui, et la première chose qu'elles firent ces grosses courges, fut de se débarrasser aux enchères de tout le luxe dont les foutres bolcheviques avaient truffé les locaux. Elles firent retaper iceux selon l'austère apparence que l'ordre mendiant requiert, et elles gardèrent le pognon ainsi gagné par la divine providence sur le dos des payeurs d'impôt parce que vivre selon la règle, hein, on ne va pas se la raconter non plus, mais c'est pas ça qui vous rehausse de beurre les zépinards en boules surgelées.

Détails sur les glizes
Tout d'abord, notez que certaines sources vous diront que l'édifice est orienté inhabituellement au sud. Hum, il suffit de mettre un oeil sur une carte pour se rendre compte que c'est une ineptie, et que l'église est orientée est-quart-nord-est. Elle se compose d'une nef principale rectangulaire terminée par un choeur pentagonal. La toiture est chapeautée par une tourelle-lucarne octogonale, mais tellement petite, que je vous la mentionne uniquement parce qu'elle représente une dominante majeur de la place, et que sans elle, l'édifice n'aurait même pas l'aspect d'une église.

L'intérieur sobre, pour ne pas dire austère, voire ennuyeux comme un temple calviniste est égaillé de mobilier majoritairement première moitié du XVIIIe siècle.

L'autel principal est composé d'un large tableau central et d'un plus petit tableau supérieur de 1861 et de "Josef Vojtěch Hellich". Sur la croûte centrale, l'on voit monsieur Jésus offrir à Ste Thérèse (celle des extases, vous vous souvenez?) un clou d'avec lequel il fut crucifié (c'est pas cher comme cadeau, et ça fait toujours plaisir) en lui disant "tiens mon petit, si jamais c'est trop gros comme cure-dent, tu pourras toujours te l'enfoncer dans..." (en référence à son extase la plus connue, "J'ai vu dans sa main [NDLR: d'un ange jeune, beau et chatoyant] une longue lance d'or, à la pointe de laquelle on aurait cru qu'il y avait un petit feu. Il m'a semblé qu'on la faisait entrer de temps en temps dans mon coeur et qu'elle me perçait jusqu'au fond des entrailles; quand il l'a retirée, il m'a semblé qu'elle les retirait aussi et me laissait toute en feu avec un grand amour de Dieu").

Sur la croûte supérieure, l'on voit madame vierge Marie, un scapulaire sur ces genoux, sans doute une offrande à Ste Thérèse afin qu'elle n'aille pas choper la crève, avec tous ces courants d'air dans les couvents, les jambes nues cuisses écartées en pensant à "l'ange jeune, beau et chatoyant".

Sur la gauche de l'autel, se trouve une statue du prophète Élie, lequel vivait dans une grotte sur le mont Carmel, tandis que son pote Élisée vivait sur les champs. Et sur la droite se trouve une statue de St Jean de la Croix, qui comme Élie, est une marque de fabrication pour les carmes.

En dessous desdites statues, se trouvent des armoires à reliques emballées dans des torchons pour sécher la viande. S'y trouvent St Antoine, mais chais pas lequel (de pas d'où?), et Ste Nina (Kristina), morte en Géorgie et ainsi deviendue Ste patronne du pays. Et pourquoi ces deux-là qui n'ont rien à voir avec le caramel... carmel? Ben chais pas, sans doute que ces reliques étaient à vendre (pour pas cher), et que comme toujours, qu'importe le larron, pourvu qu'on ait les restes. Du reste ces reliques, selon mes sources, sont d'une valeur inestimable. Hum... faut être connaisseur moi j'dis, parce que perso, j'les mettrais pas dans mon salon du tout, pour sûr.

A gauche, l'autel secondaire latéral est consacré à l'archevêque de Milan St Charles Borromée, qui est aussi efficace contre la peste que les gouttes de Calmette-Guérin contre le bacille de Koch.

Et enfin un autre tableau, intitulé "St Joseph", montre le papa de p'tit Jésus tenant celui-ci en ses bras, et montrant à la maman de p'tit Jésus, vierge Marie, une couche que le bambin a fait dedans caca-boudin. C'est pas spécialement clair comme scène, donc je ne m'attarde pas dessus.

La momie
Bon, mais passons au morceau de choix, un peu séché façon jerky le morceau, mais de choix quand même, la fameuse momie de mère Elektra... "Elekta". Laissez-moi vous conter cette histoire ancienne, issue de la propagande catholique, et dont je vous invite à ne pas croire la moindr' once (enfin un peu quand même, mais avec réserve).

"Marie Elekta" (de son vrai nom Catherine "Tramazzoli") naquit le 28 janvier 1605 en la ville de Terni, en Italie, comme 3e fille d'un couple issu de la petite noblesse. Très rapidement, son oncle Angelo (un "monsignore", recteur de l'église paroissiale locale) la prit sous sa coupe (pour ainsi dire) et eut sur la pauv' petite une énorme (et mauvaise) influence. Selon la légende, elle avait une peau si fine, si blafarde qu'on (son oncle) lui augurait déjà une vie monacale. Profondément débilisé... influencé par la réforme du carmel déclenchée par Ste Thérèse en Espagne, il fonda en 1618 un couvent en sa ville ritale.

En 1626, après avoir raté le concours d'entrée aux postes et télécommunications du bled, Marie accéda alors avec sa soeur Lucie aux ordres (sans concours) chez les carmes déchaux inventés par leur oncle. Toutes les sources (?!) mentionnent que la bougresse débordait de dévotion, de saint labeur, et de nombreuses autres vertus que le monde d'aujourd'hui ne peut pas comprendre, aussi je ne vous les mentionne pas. En 1629, elle est directement choisie par l'empereur Ferdinand II afin de peupler (sans enfanter, attention) le monastère de Vienne, elle déménage donc définitivement de Terni où elle ne retournera plus jamais. 13 ans plus tard, "Marie Elekta" déménage à nouveau à Graz. Et enfin le 1er septembre 1656, elle arrive à Prague à la tête d'un cheptel de nonnes Viennoises et Graz-oises, avec pour mandat la mise sur pied d'un nouveau couvent céans.

Ce qui se passa ensuite, personne ne le sait vraiment, parce que ces nonnes-là sont aussi mystérieuses qu'un château dans les Carpates, et comme elles vivaient cloitrées verrouillées à double tour, ben y avait personne pour raconter leur histoire. Ah si, il y eut l'affaire des nonnes PLonaises, qui, lorsque "Marie Elekta" prit les rennes du couvent, allèrent se plaindre à l'archipointu, que la ratichonne-sup faisait preuve d'une sévérité inopportune, que depuis son arrivée, les concombres en salade étaient râpés et les cierges coupés en 3, et sans dec, comment qu'tu veux croire en dieu si de temps en temps... dedans les trompes de Fallope... enfin écoutez Georges Brassens. L'affaire déborda jusqu'à Rome, mais fut étouffée l'on ne sait comment, parce que finalement il n'y eut aucune suite aux plaintes des PLonaises, et l'on ne sait même pas comment les concombres et les cierges finirent au couvent.

Ce que l'on sait sûr par contre, c'est que le 11 janvier 1663, "Marie Elekta" rendit son âme à bondieu (il recycle pour pas gâcher), et ne put voir son oeuvre (la complète fondation du couvent) complètement achevée. Selon les journaux d'époque, elle décéda de longue maladie, de fièvre, de défaillance du foie (plusieurs fois), de vomissement sanguin, d'oedème, de chancre nécrosé et de paralysie d'une jambe mais pas de l'autre. Apparemment, les mortifications, dont elle raffolait jusqu'à son âge avancé, l'auraient grandement poussé vers la sortie (sans parler du manque de vitamine présent dans le concombre et de la cécité acquise par privation de cierge à la cire d'abeille).

Bref, lorsqu'on voulut la mettre en bière, et malgré qu'elle ne dépassait pas les 1,58 m de son vivant, rien à faire, sa carcasse froide ne voulait pas rentrer dans la boîte en chêne qu'on lui avait prévue et mal calculée. L'on lui brisa donc les cervicales, et la tête un peu tassée, elle finit par prendre place entre les 4 planches. Elle fut inhumée sous la chapelle St Élie, dans les vergers du couvent, aujourd'hui "Vojanovy sady", derrière l'église St Joseph de "Malá Strana", là où que les frangines arrivèrent originellement en 1656 (cf. mes photos).

C'est alors que commencèrent à se produire des évènements zarbis, que sans dec, la raison en vacille d'ébranlement. Une des bougresses du couvent sentit soudain comme une odeur de violette dans la chapelle. Une autre y vit régulièrement une lumière céleste. Une troisième souffrant de migraines persistantes venait atténuer avec succès ses douleurs en posant sa tête sur la tombe de la raidie. Une quatrième, sans doute méchamment emboucanée au chichon marocain, prétendait que mère "Marie Elekta" lui apparaissait un accordéon en mains et lui chantait du Yvette Horner. Evidemment, aucun de ces délires, ni d'aucun tant d'autres, ne furent confirmés par la science ni même par la télé.

Cependant, lorsque trois ans plus tard menaçaient les inondations, les moniales va-nu-pieds se décidèrent à exhumer le corps afin de le déménager en lieu sûr. Et là, miracle des miracles, elles découvrirent que le corps était resté intact. Dégueulasse à regarder (sans parler de l'arôme), mais intact, pas pourri d'un poil que du reste elle ne se rasait pas. Stupéfaites et surexcitées (tu m'étonnes, les occasions de stupéfaction et de surexcitation ne débordaient pas bézef), les cloitrées déménagèrent le corps dans le couvent afin de le sécher comme un sifflard au frais, au sec et à l'aéré du grenier d'en haut. Mais avant, elles le lavèrent à l'eau vinaigrée, trempée de feuilles de rose, de romarin et de lavande afin d'en chasser l'odeur pestilentielle qui s'en dégageait. Et ouais, sauf que ce bain-là ternit la couleur de la peau en quelques jours, et aujourd'hui, la carcasse de "Marie Elekta" ressemble plus à celle du maréchal Mobutu (il mesurait 1,58 m aussi), voire à ma paire de rangeots lorsque je troufionnais au 4ème régiment de Hussards du 6ème Groupement des moyens régionaux de Metz.

Ensuite, les frangines sans pompes se mirent en tête d'asseoir Marie sur une chaise (afin de l'exhiber à la populace?). Mais la carcasse était rigide comme la mort, et n'faisait rien d'aut' que de ne pas vouloir s'asseoir sur cette foutue chaise. Elles allèrent alors quérir la ratichonnesse-sup, laquelle ordonna à la rigide d'être aussi obéissante et docile que de son vivant. Soudainement, icelle plia les genoux et posa ses brioches sur le siège. Bon, mais jusque-là c'était trop facile. Vous vous souvenez que pour emballer "Elekta" dans les 4 planches, ils durent lui briser la nuque? Ben pareil, la tête n'faisait rien d'aut' que de ne pas vouloir tiendre droite, et ça f'sait couillon pour l'exhiber ainsi. Alors de nouveau, la ratichonnesse-sup ordonna à la rigide d'être aussi obéissante et docile que de son vivant et paf, elle remit sa tête droite comme au garde à vous.

Une fois l'attraction proprement composée, elle fut exposée dans une chapelle latérale de l'église St Joseph. Lorsque les réformes de Joseph II mirent un terme à l'activité des frangines, elles quittèrent le couvent avec la momie sous le coude. Et lorsqu'elles revinrent à Prague sous Léopold II, la viande sèche trouva son coin en l'église St Benoît, à droite comme il se doit.

Lorsque l'église prit la fonction d'hôtel pour camarades fumiers con-munistes, la momie resta à sa place, afin d'amuser la galerie. Enfin honnêtement j'en sais rien. D'aucun raconte que la "chambre" fut murée, afin que la momie ne puisse observer la surabondante débauche du luxueux lupanar que l'hôtel était devenu. Sans parler de l'effet dévastateur que la vue sur la vieille provoquait à la libido plutôt tiède des clients âgés. Ce qui est par contre avéré, c'est qu'en 1992, lorsque les cul-bénites revinrent en leur couvent, la momie les y attendait de pied ferme, pour le moins rigide.

D'un point de vue scientifique, la momie fut plusieurs fois "étudiée". Tout d'abord en 1677, par le professeur "Mikuláš Franchimont z Frankenfeldu" (i.e. "Franckensfeldu"), toubib personnel des empereurs Ferdinand III et Léopold Ier, avec pour conclusion que "l'inaltération du corps est univoquement miraculeuse, surpassant toutes les connaissances naturelles". Genre ok, c'était il y a plus de 3 siècles de ça. Mais attends, une autre étude de 2003 vient confirmer ce fait, et une publication récente (de 2013, cf. "Emanuel Vlček, Marie Elekta od Ježíše") réaffirme que "la commission considère la conservation de la momie par voies naturelles comme remarquable et particulièrement exceptionnelle. La commission constate encore que l'inaltération du corps perdure." Attends, moi j'dis que c'est une conclusion d'un niveau "prix Nobel". Est-ce pour ça que la momie semble se marrer?

Epile Ogue
Alors sinon, j'ai visité église St Benoît dans le cadre d'une de ces journées portes-ouvertes que je ne me souviens plus de laquelle. Ce, dont par contre je me souviens, c'est que dès que j'entrai dans l'édifice, les yeux du barbaudier se posèrent sur moi comme la misère sur le paysan, et ne me quittèrent plus. Or bien qu'il fut possible de photographier l'intérieur de l'église, la viande séchée d'"Elekta" non, c'était strictement interdit, des fois qu'un plaisantin aille lui créer un profil Fesse-Book avec sa tronche d'enterrée. J'eus bien essayé, mais l'effroyable imbécile me collait aux talons, et lorsque j'eus seulement soulevé l'appareil devant le sourire macabre de la pauv' vieille, paf, l'emmerdeur était là afin de me rappeler qu'il était interdit de la photographier. Aussi je vous renvoie vers le blog d'Hana qui, elle, a réussi à tromper la vigilance de l'aut' imbécile et dont le blog est fourni d'une photo de la momie. Du reste, dégouté par l'acharnement du con, je réduisis ma séance photo au strict minimum, du coup des photos dans cette publie, y en a pas velu.

Et pour visiter, profitez de la messe. Curieusement, et bien qu'il s'agisse d'une église régulière (appartenant à la règle, à un ordre monacal, contrairement à une église séculière, destinée à la plèbe), ben la plèbe (justement) peut assister à la messe (si elle se lève tôt, la plèbe). Donc pour voir la momie, c'est par ici: 50.0890631N, 14.3958147E.