dimanche 23 novembre 2014

Légende: L'affaire Drahomíra, et autres bricoles

Alors cette publie s'inscrit à la fois dans la série légende, ville, édifice, histoire, racontage, que c'en est tout mélangé en un seul texte. Mais z'allez-voir, c'est touffu d'info trop intéressantes. En fait, j'avais commencé par le début (c'est mieux), et en développant mon sujet, je me suis emballé grave dans toute cette saga fabuleuse qu'Homère (Simpson) en perdrait son lapin. Et donc avant de poursuivre (le Latin) plus loin, je vais tout d'abord vous parler de "Drahomířa", parce que c'est d'elle que tout découle par la suite.

”Drahomíra ze Stodor"
"Drahomířa" était d'origine polabe (en Tchèque, mais en de nombreuses autres langues slaves itou, "po" le long de, sur, et "Labe/Laba" l'Elbe), Slave de l'Elbe ou Slave occidentale. Les polabiens ont peuplé les régions situées entre le Nord-Est de la Lemagne (au-dessus de Berlin, genre, le Mecklembourg occidental, Brandebourg, Saxe-Anhalt, Pomme-et-radis, Holstein... pour ceux qui connaissent) et le Nord-Ouest de la PLogne actuelles (Lemagne et PLogne) depuis le VIIe siècle (Hambourg par exemple était alors "civitas Sclavorum"). Et cette origine expliquerait qu'elle fut païenne jusqu'au bout des ongles, encore que cette théorie (du paganisme polabe) est aujourd'hui remise en cause par les experts. Bon, mais à l'époque de quand que mon histoire se passe, on disait que les Polabes étaient païens.

Et "Drahomířa" (païenne) épousa en 906 (après Jean-Claude) "Vratislav I", duc de Bohême et fils de Ste Ludmila. De ce mariage naquirent 7 gniards (en moyenne, parfois moins, parfois plus, ça dépend des sources historiques), dont 2 (et seulement 2 cette fois c'est sûr) accédèrent à la postérité: Saint Venceslas le saint patron de la Bohême, et son successeur au trône, son fratricide frangin "Boleslav I" dit "le cruel". L'histoire des 2 boug', vous la trouverez précisément narrée là, par mes soins. Je passe donc à la suite.

Sainte Ludmila
Ste Ludmila était donc la belle-mère de "Drahomířa", et contrairement à sa bru païenne, elle, elle n'était pas hyène mais catholique, et qu'à tôt lique jusqu'au bout des ongles, puisque fort probablement baptisée des mains de Méthode en même temps que son mari "Bořivoj I".

Le torchon brûle
Évidemment, entre la belle-mère douairière et la bru consort (de temps en temps), l'amour ne put naître. Bien au contraire, naquit une haine farouche entre les deux femmes, une haine dont le pauv' St Venceslas était (en partie) la cause. Cette haine avait de nombreuses origines:
- politiques (après le prince, qui des 2 femmes était la plus importante, la mère ou l'épouse),
- religieuses (catholique versus païenne),
- sentimentales (cf. les hormones maternelles versus les hormones conjugales),
- egocentriques (vous connaissez un peu les femmes non?), etc... etc...
Et donc un jour, "Drahomířa" en eut vraiment ras-le-bol, et fit tout simplement assassiner sa belle-mère.

L'histoire archi-détaillée de l'assassinat, vous pouvez la lire dans des centaines d'ouvrages:
- la légende de Christian (cf. "Incipit vita et passio sancti Wenceslai et sancte Ludmile ave eius", chapitre IV),
- la chronique de Dalimil (chapitre XXVI),
- "Přibík Pulkava z Radenína" ("Chronicon Bohemiae", chapitre XVI),
- Jean de Marignol ("Chronica Bohemorum", lib.II, par.XVII),
- Cosmas,
- "Palacký",
- "Gumpold" ("Mantuani episcopi"),
- "Gelasius Dobner"...
Jusqu'à Rika Zaraï qui en fit une chanson dans les années 60 du XIe siècle. Alors je ne vous la raconte pas, l'histoire archi-détaillée de l'assassinat, mais juste pour faire simple pour ceux qui ne la connaitraient pas encore, sachez que la bru fit étrangler sa belle-mère avec son châle par 2 tueurs à gage (d'origine russe, c'est vachement important à préciser dans le contexte politique d'aujourd'hui), et le châle est ainsi deviendu le symbole du martyr de Ste Ludmila (bonne catholique), et le symbole du crime affreux ourdi par "Drahomířa" (méchante païenne).

Mais vous l'aurez compris, qu'au-delà de l'aspect simpliste purement religieux que la propagande catholique s'efforce d'imposer, le diffèrent entre les 2 femmes était nettement plus politique. Tout d'abord St Venceslas, et malgré l'affection que je lui porte en tant que patron de la Bohême, était un mou sans tripe. Nombreux écrits vous le confirmeront (cf. "Druhá staroslověnská legenda o svatém Václavu: Co učiníme v té věci, jelikož ten, který má být knížetem, je zkažen od kněží a od mé tchyně a je jako mnich?"). Et ensuite, ses aberrantes décisions mettaient gravement en danger le pays et sa population (toute ressemblance avec un certain président français actuel mou, hormis de sa biroute, ne serait que pure coïncidence). Aussi "Drahomířa" n'avait que 2 choix, soit supprimer directement le prince, mais c'était la viande de sa viande, soit se débarrasser du tireur de ficelles, en l'occurrence la belle-mère. Et tout naturellement, elle choisit la seconde solution. Ben tiens!

La légende
Une fois le poteau rose découvert, ce fut le baroufle au château chez les Přemyslides. St Venceslas répudia sa mère, laquelle prit le chemin de sa patrie, quelque part au Nord de Berlin. Chemin faisant... enfin chemin, disons 100 m après le dernier seuil du château, genre le fils venait tout juste de claquer la porte à la face de sa mère, au niveau de l'actuelle place de la Lorette, mais au niveau de l'église St Matthieu auparavant, donc chemin faisant, le convoi fit soudainement halte. "Ben alors?" s'enquit "Drahomířa". "C'est quoi qui se passe? On vient tout juste de se mettre en branle. Alors pourquoi fait-on halte?" "C'est le cocher ma brave dame, il est catholique et comme les cloches de St Matthieu s'en vinrent à sonner l'office, il est descendu du char pour se mettre à genoux et prier." "Drahomířa" passa par toutes les couleurs avant de prendre une teinte rouge-vif et fulminer vapeur par les oreilles comme une cocotte-minute oubliée sur le feu. La légende affirme que la princesse consort beugla alors d'un langage si vulgaire, si obscène et si blasphémateur qu'un coprolalique endurci s'en serait senti incommodé. C'est alors que la terre s'ouvrit sous ses pieds, et avala "Drahomířa" toute crue, d'un coup. Selon d'autres légendes, le diable en personne se serait mis à danser avec elle (Méphistophélès est un excellent danseur de Samba) avant de disparaitre dans la crevasse terrestre de laquelle s'échappaient feux, flammes, toxiques fumées et senteurs de soufre. Et tous les malheureux qui eurent assisté à la scène, tous, sans exception, furent frappés de malheur. La légende ne dit pas desquels malheurs qu'ils furent frappés, parce qu'ils étaient trop nombreux, les malheureux, mais afin d'éviter la propagation de la contagion, et une fois la crevasse refermée, l'on construisit sur l'emplacement une colonne en souvenir de l'évènement. Durant les siècles suivants, les Praguois prenaient bien garde d'éviter l'endroit afin de ne pas choper la poisse collante dont on ne se débarrasse pas. Mais selon des témoins dignes de confiance, lorsque l'orage gronde au-dessus de la ville, "Drahomířa" assise en cocher sur son chariot de feu remonte des profondeurs de la terre, et hurle à qui veut l'entendre que le malheur, le grand, le vrai grand malheur du monde est proche. Est-elle en contact avec Poutine, Hollande ou Abu Bakr al-Baghdadi? Qui sait! Mais ce n'est qu'une fois sa tournée de "Hradčany" (quartier du château) terminée qu'elle disparait dans les zabysses de la terre.

La colonne disparut en 1788, mais encore aujourd'hui, la maison en face (au numéro 108/2) s'appelle d'à la colonne de "Drahomířa" ("Dům U Drahomířina sloupu"). Sa construction renaissance (de la maison) remonte à 1573-1579 et est à mettre au compte de "Michal Khek z Švarcpachu" ("Schwarzbach" en Germain), important gratte-papier à l'office des constructions du château de Prague ("Michaelis Keck a Schvarcpach, aedificiorum in aula Caesarea Pragae praefecti") mais historiquement insignifiant. L'édifice eut ensuite appartenu à la famille "Černínové" (cf. l'immense palais à proximité), puis à "František Josef Šlik" (prolixe fournisseur de travaux à Jean-Baptiste Mathey), et fut finalement habité jusqu'à sa mort en 1974 à l'âge de 89 ans par la veuve du président "Beneš", Anna. Aujourd'hui, et aux dernières nouvelles, le milliardaire "Zdeněk Bakala" tente de transformer l'édifice en bibliothèque de "Václav Havel". Projet stupide s'il en est, compte de tenu de l'inadaptation de l'édifice historique aux exigences modernes du mégalomane.

L'église St Matthieu
Alors la seule chose qu'il n'en reste de l'église, c'est la représentation de sa surface au sol par les petits pavés sombres (cf. mes photos). Mais cette église était l'une des plus anciennes de la capitale. La dépouille mortelle de Ste Ludmila y fut dedans déposée pour une nuit (et pour refroidir), lorsqu'icelle fut rapatriée en 925 du lieu du meurtre ("Tetín") jusqu'en l'église St Georges d'au château où elle repose encore aujourd'hui. Au XVe siècle, l'édifice fut entièrement ruiné par les hussites et sur son emplacement se trouvaient jusqu'en 1726 des cahuttes de pauv' loqueteux qui faisaient tellement honte au monde, qu'on finit par les fout' à terre (sans les pauv' toutefois). Sur cet emplacement, le fabuleux "František Maxmilian Kaňka" construisit une p'tite chaplette baroque St Matthieu en 1732. L'intérieur fut splendidement décoré d'un calvaire à double bougres par "Matyáš Bernard Braun", fabuleux lui aussi. Et toute cette splendeur fut elle-même détruite moins de 60 ans plus tard, lors des réformes religieuses de Zeppy second (Joseph II), lorsqu'en 1791 l'édifice fut vendu comme source de matériel de construction. Rien ne fut plus reconstruit, et seule la surface du dernier édifice est matérialisée au sol donc aujourd'hui (cf. mes photos).

Pour l'anecdote, dans les années 70 se trouvait en la maison dite "à la large cour" ("U Širokého dvora, Loretánské náměstí 110/4"), à quelques 20 m de l'ancienne église, une restauration sur le pouce et une cordonnerie (sur le pouce aussi) nommée "au cordonnier Matthieu" ("U ševce Matouše"). Les locaux, mais les quidams itou, retiraient leurs chaussures, s'installaient à table pour se restaurer (ou seulement se désaltérer), et avant même d'en avoir fini avec les verres, couteaux et fourchettes, leurs talons, semelles, coutures étaient refaits à neuf. Aujourd'hui un restaurant homonyme ("au cordonnier Matthieu") se trouve toujours au même emplacement, cependant son orientation "pour touristes" (Pilsner Urquell 40 cl à 69 couronnes, soit 140% plus cher que dans mon troquet d'amour d'à moi) m'en a toujours détourné. Du coup, je ne puis vous en dire du mal.

Edvard Beneš
Alors puisqu'on est dans le coin, je ne peux pas vous faire l'impasse sur diverses bricoles qui se trouvent dans les alentours, et sur lesquelles vous n'allez pas manquer de me poser des questions. Tout d'abord, j'en entends des, qui vont me demander de qui c'est que c'est que le boug' en bronze derrière l'église St Matthieu? Il s'agit de "Edvard Beneš", second président de la République tchécoslovaque, aujourd'hui controversé car apparemment aussi sot en politique que ce pauv' St Venceslas. Outre ses aveuglements aux conséquences désastreuses pour notre pays comme pour le monde, il est en plus le signataire des fameux décrets. Et si l'on rajoute que cette statue naine est plutôt triste, sinon moche, on est alors en droit de se demander mais pourquoi que c'est donc qu'on est allé te nous la fout' là, le 16 mai 2005, alors qu'elle ne manquait à personne jusqu'à présent? Remontez vos questions à la "Société Edvard Beneš" qui est à l'origine de cette malheureuse initiative.

Il s'agit d'une oeuvre de 1947-1948 du sculpteur "Karel Dvořák" (auteur des Cyril et Méthode sur le pont Charles, 1929-1935), oeuvre qui décorait (avec moult autres) le panthéon du Musée National (toujours fermé pour cause de restauration) jusqu'en 1951, lorsque la chienlit con-muniste estima qu'Edouard n'était pas suffisamment rouge-camarade pour être exposé-là, malgré qu'il offrit sur une assiette d'argent le pays aux bolcheviques par bêtise et naïveté en 1948. Notez que la statue repose sur un pied d'Estelle en acier, car les finances n'y suffisaient plus pour payer un socle en marbre comme prévu à l'origine. Ah oui, et toujours pour info, le sculpteur "Karel Dvořák" est également l'auteur du mémorial aux Légions Tchécoslovaques (1934) du Père-Lachaise (photo ici, dernière page).

”U Černého vola"
Alors, vu qu'on est dans le coin, je ne puis vous passer sous silence l'affaire d'un de mes troquets préférés que je ne fréquente plus, justement pour cause de cette affaire. Le "Boeuf Noir" ("Černý Vůl") reste une taverne splendide, avec une ambiance superbe et une bière de qualité. Malheureusement, il officie en ce lieu un con d'envergure supra galactique, un con dont le seul souvenir éveille en moi des pulsions criminelles que jamais je n'aurais cru possibles. Ce pauv' foutre est l'incarnation du fruste primitif, affamé dans le trou d'une caverne et martyrisé au bâton pointu afin d'en élever un Godzilla asocial. "Putain fait chier la vie" est sa devise, 24 h sur 24, 7 jours sur 7. Mais pends-toi dans la rivière pauv' type! Jette-toi sous le train, bouffe des clous ou des champignons vénéneux, va serrez la main des porteurs d'Ebola. Mais débarrasse au plus vite la planète de ta misérable carcasse de sempiternel teigneux acariâtre. Même le cancer généralisé ne te regrettera pas.

C'est bien simple, j'ai cessé de fréquenter l'établissement à cause de ce con (et c'est bien dommage). Maintenant si vous souhaitez découvrir cet exemple unique sur terre, cette cervelle néandertalienne dans un corps de Cro-Magnon qui résiste aux lois darwiniennes (cette race devrait être éteinte depuis des lustres car chaque individu normalement constitué ne peut s'empêcher de lui planter une fourchette dans l'oeil), alors rendez-vous au Boeuf Noir, vous aurez de fortes chances de le rencontrer. Et ne vous inquiétez pas, vous ne pourrez pas le manquer, il est discernable parmi le reste du personnel comme un dromadaire sous une burqa.

Bon, mais je vais quand même vous dire un mot sur l'édifice dans lequel se trouve ce superbe troquet. Mentionné pour la première fois en 1574, il (l'édifice, pas encore troquet) aurait été construit en style renaissance dans les années 1560. Une première reconstruction eut lieu en 1629, laquelle lui donna l'apparence qu'il présente aujourd'hui. En 1726 lui fut procurée la façade actuelle de style baroque tardif, et en cette même année fut pour la première fois mentionnée une taverne céans. Le spectateur averti apercevra 4 fenêtres murées en trompe l'oeil. Le spectateur moins averti apercevra au moins l'enseigne de la maison, un bas-relief polychromé représentant St Luc peignant la vierge (sous la douche). Quant au spectateur aveugle, il n'apercevra rien du tout, mais pourra toujours aller boire quelques bières en compensation. Alors compte tenu de ce bas-relief, la maison s'appelait auparavant "Chez St Luc". Puis elle aurait pris le nom de "A l'Aigle Noir" ("U černého orla"), pour enfin devenir "Au Boeuf Noir" ("U černého vola") par coquille (manuscrite ou typographique) fort probablement. La taverne actuelle aurait été ouverte en 1965 (excellente année s'il en est), et n'aurait pratiquement pas changé d'aspect depuis.

Fin
Et je vais en rester là pour aujourd'hui, parce que sinon cette publie ne sera jamais terminée. Il est encore tout plein de maisons historiques, d'anecdotes, de légendes qui se rapportent à la place de la lorette comme à la place "Pohořelec" adjacente, et je ne mentionne même pas le monastère des prémontrés de "Strahov", parce que sinon sans dec... Vous pouvez lire à propos de la bibliothèque là, à propos de la galerie là, et j'en reste là vraiment pour aujourd'hui. Bonne nuit. Ah oui, en gros c'est en ce coin-là que se passe ma publie: 50.0881939°N, 14.3912894°E.