dimanche 24 août 2014

Ville: L'église St Henri et Ste Cunégonde

Savez-vous seulement quand, la dernière fois, vous ai-je parlé d'une église à Prague? Eh oui, en août de l'année dernière. Pour vous dire comme ça remonte.
Bon, et icelle d'aujourd'hui, bien qu'elle ne figure pas parmi les plus connues ni les plus visitées (l'y en a même des, qui en ignorent l'existence), se range parmi les plus significatives de la capitale nôtre.

Les zorigines
Lorsque le 3 avril 1347, le bon roi Charles IV alors assis sur son trône (entendez "aisances") du castel de "Křivoklát" signa le décret d'édification de la Ville-Nouvelle, il se dit comme ça que bon, que si déjà la ville (nouvelle) allait s'articuler autour des 3 places principales qui serviraient de marché, respectivement la place des Bourrins ("Koňský trh", aujourd'hui place Venceslas), la place du Bétail ("Dobytčí trh", aujourd'hui place Charles), et la place du Foin ("Senný trh", aujourd'hui "Senovážné náměstí"), que si déjà elles étaient reliées par les principales artères que sont aujourd'hui la place Venceslas, la rue Henri ("Jindřišská") et la rue "Vodičkova", que donc si déjà tout ça, ben qu'il serait cool que la Ville-Nouvelle ait également ses églises paroissiales (c'est dingue les idées et les analogies qui vous traversent la tête lorsque vous êtes assis sur les gogues). Et c'est ainsi que pour la place du Foin, il fut décidé de construire l'église St Henri et Ste Cunégonde ("kostel svatého Jindřicha a svaté Kunhuty").

St Henry et Ste Cunégonde
Bon, le fait d'inventer une église lorsqu'on est roi de Bohême et du St Empire romain gerbatique alors qu'on est à la selle sur les refoulantes, ça n'a rien d'exceptionnel. Mais aller lui coller le nom de Henri et Cunégonde, faut vraiment avoir le péristaltisme avarié par l'apopathodiaphulatophobie. Parce que sinon, sans dec, je ne vois pas comment c'est possib' qu'on invente des gens pareils. J'vous explique. Les boug' dont on se cause datent de la fin du premier et du début du second millénaire, entre fin 900 et début 1000 quelque chose. Henri II le boiteux, je vous en avais déjà parlé , mais pas trop parce qu'il n'eut pas une grande portée directe sur notre pays (nettement plus sur la PLogne). Il est principalement connu pour son soutien au clergé séculier contre le régulier, pour son insistance sur le célibat sacerdotal, et pour son refus d'honorer sa femme qui refusait par ailleurs de s'offrir à lui (ça tombait bien). Cunégonde idem, carrément pas importante pour la Bohême, et pour ainsi dire insignifiante au vu de l'histoire (d'autant plus qu'elle était Luxembourgeoise). Ce dont on se souvient (outre sa chasteté pathologique), c'est qu'elle franchit avec succès son ordalie par le feu, ce qui fit rire toutes les cours d'Europe au prétexte "qu'elle marche pieds nus sur les braises, mais refuse de faire le sexe parce que ça fait mal".
Ouah ha ha, mortes de rire qu'elles étaient les cours d'Europe en cette époque.

Bon, et comment des pitres pareils de Germanie eurent-ils pu donner leur nom à l'église d'au marché du Foin à Prague? Ben parce que le bon roi Charles IV, qui était foncièrement bon, n'en était pas moins foncièrement croyant (jusqu'à la bêtise), et qu'il voyait en ce couple abstinent un exemple que lui ne put suivre ayant à charge d'octroyer succession à la Bohême. Grand amateur et chercheur invétéré de reliques (cf. mes nombreuses publies, ou encore "Vojtěch Birnbaum: Karel IV. jako sběratel a Praha"), Charles IV collectionnait les bouts de saints comme mon fumier de voisin les coups-de-pied au cul. Il vouait ainsi une admiration démesurée (et malsaine) aux deux imbéciles... époux Henri et Cunégonde, canonisés pour leur imbécilité... virginité perpétuelle, et ne put s'empêcher donc de leur consacrer une église à Prague, après avoir longuement réfléchi à son acte, assis cul nu sur son trône, un soir de son règne d'au XIVe siècle. Dingue non?

L'histoire
Avant que la nouvelle ville de Prague n'existe (donc avant 1348), entre "Na Poříčí" et "Rybníček", se trouvait le hameau de "Chudobice", sur les terres des croisés (chevaliers?) à l'étoile rouge. Je rappelle que l'Ordo militaris Crucigerorum cum rubea stella est un ordre religieux typiquement tchèque fondé par Ste Agnès de Bohême en 1233 et qui possède aujourd'hui un patrimoine foncier comme financier indécent. Et paf, eh ben c'est justement là, sur les terres des croisés à l'étoile rouge, que le bon roi Charles IV décida de construire son église. Au début, les boug' faisaient la gueule et l'obstruction, que c'était sur leur terrain, et qu'un jour, qu'il aurait de la valeur après la chute du con-munisme. Mais le bon roi (qui n'était pas un âne), envoya négocier son archimitré "Arnošt z Pardubic", et celui-ci conclut l'affaire en deux coups de cuillère à pot. Le deal sonnait ainsi: vous construisez l'église sur votre terrain avec votre pognon, et je vous refile en échange quelques bleds pour traire l'impôt et la taxe. Et c'est ainsi qu'en 1348, sous le maître croisé Ulrich, commença l'édification de l'église St Henri et Ste Cunégonde.

L'entreprise ne prit que 3 ans, et dès février 1351, l'archipointu Ernest vint jouer céans du goupillon à trois temps en ré mineur.
Bon, alors pour faire complet, je dois encore vous dire que dans le deal, il n'y avait pas que l'église nôtre, mais encore l'église St Tes Tiennes qui devait apporter la parole sainte aux paroisses nord de la Ville-Nouvelle. Et donc en échange, et en date du 16 mars 1351, l'archipointu pondit un décret spécifiant les privilèges accordés aux croisés (j'ai pas réussi à trouver une copie du document). Notez aussi que tout autour de l'église, naquit encore même avant l'édifice, un cimetière pour pestiférés mis en service dès 1347 (je reviendrai dessus plus loin).

Ah oui, et l'église était dès ses origines pourvue d'un clocher de 46m. Mais comme les croisés à l'étoile rouge n'étaient pas des génies civils, ils construisirent des murs tellement faibles que le pauv' clocher ne put jamais supporter le poids de ses cloches. L'on construisit alors dans les années 70 du XVe siècle un clocher à 50 m de là, la fameuse tour Henri ("Jindřišská věž"). Mais je ne vous en parlerai pas aujourd'hui, parce que je compte lui consacrer une publie entière, un jour (plus tard).

Lors des guerres hussites, l'église passa sous le giron des utraquistes, et en dehors d'informations des plus banales, rien de vraiment intéressant à signaler. Tiens, par exemple les annales mentionnent qu'au XVIe siècle, un prêtre officiant en l'église prit épouse, raison pour laquelle il aurait dut être emprisonné. Autre exemple: sous les utraquistes se trouvait au côté de l'église une école qui comptait une cinquantaine d'élèves en 1585. Lorsqu'en 1562, Maximilien II vint se faire couronner à Prague, il fut accueilli par un poème récité par un des bambins de l'école. Ça vous donne une idée du niveau de l'information (comme quoi les tabloïds britanniques n'ont rien inventé). Signalons encore qu'en l'école près de St Henri (et Ste Cunégonde) étudia puis enseigna "Pavel Kristián z Koldína", célèbre juriste mais dont le nom ne vous dira rien si vous n'êtes pas du métier. Le dernier prêtre utraquistes fut "Vít Fagellus" (en 1621), et après la bataille de la Montagne Blanche, l'église fut restituée aux croisés à l'étoile rouge. Le catholicisme reprit alors son rythme de croisière encore de plus belle.

Pour l'anecdote, lors de l'invasion saxonne en 1631, le prêtre "Pavel Kruppius" tenta de réinstaurer la communion sous les 2 espèces en notre église, mais l'affaire fut de très courte durée, et reste aussi anecdotique que les virées nocturnes en scooter d'un certain Flanby. Les croisés perdirent par contre jouissance de l'église en 1647 lors de l'affaire des barnabites (de ch'val). En 1646, les croisés à l'étoile rouge ouïrent dire que Léopold-Guillaume de Habsbourg, évêque de Strasbourg, de Passau, de Brême, d'Halberstadt, de Magdebourg et surtout frère de l'empereur Ferdinand III, aurait comme l'intention de planter des barnabites viennois près de l'église St Michel à Vienne en terre bohémienne. Lèche-cul comme ils étaient, les croisés plièrent bagages et offrirent St Henri avec insistance, pronosti' qu'en échange, l'empereur se montrerait fort bon, et leur offrirait quelque chose de nettement plus avantageux. Walou, macache, et peau d'zob. Non seulement la bouture ne prit point, mais en récompense de la grande bonté des croisés, Ferdinand III offrit jouissance de l'église à la communauté catholique de la Ville-Nouvelle (et paf, dans la gueule des lèche-culs).

Et maintenant, pour égayer mon histoire, une bonne petite légende de derrière les fagots.
En 1648, alors que les Suédois (fumiers!) encerclaient la ville, la tour Henri (dont je ne vous parlerai pas ici) près de l'église servait d'observatoire, puisque relativement proche des fortifications (en ce coin, elles passaient globalement par où passe aujourd'hui l'autoroute, juste devant la gare centrale). Et bien entendu, l'ennemi canonnait tout ce qu'il pouvait afin d'abattre la tour. Un jour, le curé "Šimon Tichý" (en poste à St Henri -et Cunégonde- de 1647 à 1654) vit passer un boulet, et dans l'affolement ne trouva rien de mieux que de le baptiser Ste Barbara (Ste Barbara, pour un boulet, mieux y a pas). Icelui chut dans le cimetière, sans endommager ni l'église, ni la tour. Aussi en remerciement, Simon le curé s'engagea à construire, exactement en cet endroit, une chapelle consacrée à la sainte. Mais par la promesse, point tu n'offenses. Une fois le calme revenu, le bougre fut muté en province. Il revint cependant en 1662, mais mourut avant d'avoir pu mettre son voeu à exécution.

Ce n'est que le 6 août 1672, que le curé "Vojtech Makarius" se mit en l'idée de répondre à la promesse de son prédécesseur Simon, et fit construire la chapelle Ste Barbara. Une copie en bois du fameux boulet fut pendue en la chapelle, mais je ne me souviens plus si elle s'y trouvait toujours lors de ma visite. Et comme une chapelle n'y suffisait pas, l'on construisit encore 2 autres chapelles latérales au sud et au nord de l'édifice, respectivement en 1688 et 1696.
Mais elles n'eurent pas autant de succès que Ste Barbara. Oyez plutôt. En 1690, le curé "Ondřej Vojtěch Košina" fonda la confrérie Ste Barbara dont on sait que les membres singulièrement accoutrés se réunissaient souvent dans la crypte afin d'y organiser piétés (c'est suspect). Ils publièrent même quelques écrits qui eurent cependant peu de succès. Le curé suivant, "Josef Benedikt Schönpflug z Gamsenberka", obtint carrément de Rome l'expédition par DHL de quelques reliques véritables de la sainte (Barbara, pour ceux qui ne suivent plus), ce qui octroya à la confrérie une autorité impressionnante.

Et pour laisser un peu reposer Ste Barbara, quelques anecdotes historiques. En 1740, le curé "Jan Šuknecht" publia quelques blablablas au sujet de St Jean Népomucène. Lorsque les Prussiens (fumiers!) envahirent Prague, ils réclamèrent une rançon de 10.000 pièces d'or sous peine de brûler l'église St Henri, au prétexte que la publication fallacieuse n'est que mensonge et propagande catho-hérétique.

Le 5 juillet 1745 éclata un orage du tonnerre di diou qui fichu le feu à la charpente. Icelle s'effondra tuant un soldat et blessant 4 autres personnes qui sortaient hâtivement de l'église les objets précieux.
Lorsque le bulbe de la petite tour centrale tomba au sol, il se brisa, et de son intérieur roula un cylindre de papiers enroulés. Il s'agissait d'une chanson écrite en l'honneur des hussites, et de 2 autres documents "non-catholiques" datés de 1426. Mes sources ne mentionnent pas ce qu'il advint de ces documents, mais il est fort à parier qu'ils finirent au feu.

Tiens encore une anecdote, en 1785, la confrérie Ste Barbare fut dissoute. On ne sait ni pourquoi (Joseph II?), ni pourquoi pas, mais elle ne fut jamais recomposée.

Quelques dates maintenant. Le plus ancien registre des baptêmes date de 1584. Celui des mariages 1592. Et le plus ancien registre des décès date de 1607. Notez qu'en 2014, l'on ne recense encore aucun mariage gay. Iceux, comme la pédophilie sur les petits enfants, bien que répandus, ne sont cependant pas légalement tolérés.

En 1879, l'église comme la tour homonyme furent regothisés par le champion "Joseph Mocker" (il existe moult polémiques d'experts sur les regothisations de Joseph, comme quoi, il aurait mieux fait de laisser comme c'était, même si c'était baroque pas beau), et le cimetière attenant fut transformé en parc à clodos, fonction qu'il occupe encore aujourd'hui.

Sinon le mobilier est baroque, et malheureusement rien du mobilier gothique d'origine ne subsiste. Vous trouverez en l'intérieur quelques tableaux inestimables de maîtres comme "Václav Vavřinec Reiner", "Karel Škréta", "Jan Jiří Heinsch" ou "Siard Nosecký", peintre méconnu dont je vous avais parlé avec amour . Vous trouverez aussi en l'intérieur, quelques sculptures inestimables de maîtres comme "Richard Jiří Prachner" ou "Jan Jiří Bendl".
Et vous trouverez toujours en l'intérieur, des vitraux proposés par "František Sequens", dernier peintre tchèque nazaréen et professeur de "František Kupka" à l'académie des BoZarts de Prague.

La rchitecture
Notre édifice, relativement spacieux (pour l'époque), se compose de 3 vaisseaux de hauteur égale, soutenus de l'extérieur par 2 piliers. Pourvu originellement de 17 fenêtres gothiques, il en perdit 4 lors des adjonctions diverses de chapelles baroques, dont une (des fenêtres gothiques) derrière l'autel principal fut murée puisqu'inexploitée. Sur la façade nord et sous la fenêtre se trouve un mini portail gothique inutilisé. Le vrai portail, celui à l'ouest, s'ouvre sur un vestibule (hall d'entrée) à voûtes en croisée d'olives... d'ogives, vestibule à partir duquel l'on accède à la tribune d'orgue. D'extérieur, et posée dessus ce vestibule, le visiteur averti pourra apercevoir une petite construction percée d'une petite fenêtre: dedans, les lettrés rangeaient leurs ouvrages. Ce même visiteur averti, s'il regarde sur le pilier extérieur, apercevra une plaque métallique frappée de l'an 1529.
Elle indique la date de construction de la petite construction comme des escaliers menant à la tribune (d'orgue).

A l'intérieur, les voûtes (en croisée d'ogives itou) sont soutenues par 6 colonnes gothiques qui, en 1738, prirent l'apparence baroque par la forme (de circulaire, elles devinrent carrées) et par l'adjonction de chapiteaux corinthiens le tout en marbre artificiel.

L'adécoration
Une dizaine d'autels décore le dedans. L'autel principal, au centre, se compose d'une table en marbre sur laquelle repose un tabernacle (et une nappe), et d'une large structure en bois pourvue d'un tableau central. Sur les côtés, l'on trouve les blanches statues de St Venceslas et de St Adalbert. Le tableau central est l'oeuvre de "Jan Jiří Heinsch", et représente de façon quelque peu confuse 2 scènes disparates. Dans la première, le visiteur averti peut apercevoir St Henri comme le protecteur de la ville contre les Suédois (fumiers!). Icelui, légèrement agenouillé, lève ses yeux supplicateurs au ciel, montrant la ville en feu de sa main droite (et gauche aussi un peu).
Sur sa droite, légèrement en dessous de son mari, Ste Cunégonde les yeux au ciel pareillement levés, se prépare à marcher pieds nus sur 12 socs de charrue chauffés à blanc tout rouge. Derrière la pauvresse, quelques personnages regardent la scène les yeux hagards. Comme souvent dans ces tableaux symboliques, les personnages portent les visages de contemporains renommés et suffisamment nantis afin de financer la croûte. L'histoire n'en aura pourtant pas retenu leurs noms.

Parmi les autres autels, mentionnons:
- L'autel de l'ange gardien,
- L'autel de la Ste trinité entouré des statues de St Laurent et Ste Apolline,
- L'autel de St Luc entouré de 6 tableaux représentant la sainte famille, St Joseph, St Aloïs, vierge Marie et p'tit Jésus, la descente de croix et le couronnement de la vierge,
- L'autel de Ste Barbara dans la chaplette homonyme, entouré des statues de St Sébastien et St Roch qui sont à la peste ce que l'Imodium est à la Turista,
- L'autel de l'annonciation sur lequel se trouve un précieux tableau de "Francesco Trevisani" représentant la Ste Famille et dont une esquisse se trouve dans la "Gemäldegalerie Alte Meister" de Dresde.

Notez tout particulièrement l'autel des 14 saints auxiliaires: le tableau de la vierge Marie entourée des 14 saints comme Cendrillon entourée des 7 nains est l'oeuvre de "Siard Nosecký", mon chouchou.

D'autres tableaux dans l'église représentent des évènements significatifs de la vie de St Henri: il et elle agenouillés font voeu de chasteté éternelle (les ânes), St Henri prie au-dessus de la dépouille de St Wolfgang, le couronnement de St Henri roi, le couronnement de St Henri empereur (le pape lui offre l'orbe impérial), St Henri se meurt et Ste Cunégonde pleure... Sur la corniche en hauteur se trouvent des angelots et les bustes de St Joseph, St Cosme, St Adalbert, St Jean Népomucène, St Jean-Baptiste, St Damien, St Procope, et St Ivan.

Remarquez le font baptismal en étain, daté de 1487 et portant mention en tchèque qu'il fut fondu en la période du prêtre "Tobiáš z Králové Hradce" par le saintier "Janotka". Parenthèse. Ici j'ai un gros doute sur le nom du métier. Le saintier coule les cloches, et compte tenu de la forme et de la taille du font, j'imagine qu'il eut été coulé et non martelé-écroui par un potier d'étain ou un dinandier?
Enfin s'il est quelqu'un du métier parmi vous, chers lecteurs, faites-moi savoir de qu'est-ce qu'il en ressort de, parce que ça m'intéresse franchement.

Dans l'église, sous le plancher, se trouvent 9 "caves" servant de frigo à macchab. Elles furent creusées tout au long du XVIIe siècle, et contiennent les os de notables comme les "Groneberger z Gronebergu", "Miller z Mildenberka", "Morák z Marenfelsu" et d'autres dont je ne vais pas vous encombrer la mémoire avec non plus. De même, certaines pierres tombales furent emménagées dans l'église pour décorer, mais les os ne sont plus avec. Pareil, je ne vais pas vous encombrer la mémoire avec les noms non plus, mais notez cependant devant la chapelle St Luc, la plaque en laiton de "Nikodém Kostelníček" (décédé en 1583). Il s'agit d'une oeuvre de 1584 du fameux saintier "Brikcí z Cimperka" dont je vous avais déjà parlé dans une très ancienne publie.

Ensuite du dehors, pareil, certaines pierres tombales furent emménagées contre les murs de l'église pour décorer, mais les os ne sont plus avec non plus.
Et comme auparavant, je ne vais pas vous encombrer la mémoire avec les noms, sinon vous informer que just'à côté du portail nord, sur la droite, se trouve une croix, vestige de la tombe du peintre "Felix Anton Scheffler", élève des frères Asam, et peintre (entr'autre) de la fabuleuse "abbaye de Broumov".

Le cimetière
Et donc avant, le parc autour de l'église était un cimetière dédié principalement à la peste. Entre 1347 et 1361, les annales mentionnent qu'un grand nombre de macchabs étaient inhumés là, sans en préciser le nombre. En 1420, l'on ne mentionne que les prières en l'église, prières nombreuses contre la peste. En 1507, l'on enterrait de 17 à 20 personnes par jour, en 1520 de 20 à 30 et en 1582 jusqu'à 40 personnes à la douzaine.

Lors de l'invasion suédoise de 1648, les brasseurs de la ville inhumaient ici leurs compagnons décédés sur les murs de défense. Les anales ne précisent cependant pas où l'on enterrait les autres corporations. Pis l'on cessa d'enterrer ici en 1787, suite aux décrets de Joseph II concernant l'inhumation intra-muros dans les villes, comme quoi c'était source de maladies et de puanteur, et qu'il valait mieux enterrer à la campagne, parce que les paysans, ça les dérangeait moins, la puanteur, entre les cochons, les lisiers, etc... C'était en son temps un des plus grands cimetières de la ville, et en son extrémité sud-est, se trouvait un ossuaire avec une petite chapelle funéraire communément appelée "chaplette de Jérusalem". En souvenir, la rue porte aujourd'hui ce nom: "Jeruzalémská". Quant au mur qui délimitait le cimetière, il fut démoli en 1827 et les statues de St Jean Népomucène et de St Jude Thaddée qui en ornaient l'entrée (du cimetière) furent déplacées devant l'entrée de l'église, où elles se trouvent encore aujourd'hui. Bien que les 2 soient datées de 1709, St Jean Népomucène est crédité à "Michal Jan Brokoff" (frère de l'archiconnu "Ferdinand Max Brokoff", et auteur de nombreuses statues encore visibles en moult quartiers de la ville et sur le pont Charles), tandis que St Jude n'est crédité à personne.

Epile Ogue
Comme la plupart des églises de la République, elle n'est pas souvent ouverte faut dire. De fait, c'est pas simple d'y aller pour visiter. Vous pouvez cependant vous y introduire lors des messes qui ont lieu plusieurs fois par semaine, en Tchèque comme en Slovaque. Y a juste qu'il faut alors se taper les débilités proférées par le curé, et pour avoir assisté par la force des choses à quelques minutes de sermon dans diverses paroisses cet été, je peux vous assurer que l'ampleur du délire dépasse l'entendement de la commune mesure. Attends, ma grand-mère était con-muniste, mon père alcoolique, et moi-même ai servi la patrie pendant un an dans un bataillon de hussards en Lorraine; pour vous dire que j'en ai entendu des conneries dans ma vie. Mais là, ce qu'un curé catholique (et même un cardinal, au mois de mai) est capable de débagouler lors d'une messe, c'est bien au-dessus de l'au-delà de ce que le bon sens d'un esprit sain est en mesure d'accepter. Mais l'édifice mérite assurément une visite. Saint t'en ris et sainte qu'une est gonde se trouvent là: 50.0848583N, 14.4304972E