dimanche 27 avril 2014

Ville: La maison U Zlatého prstenu

Et donc cette fois, il ne s'agit ni d'une église, ni d'un monastère, ni d'une cul-béniterie comparable. Cette fois, il ne s'agit pas non plus d'un château, ni d'un palais, ni d'une ruine similaire.
Et cette fois, il ne s'agit toujours pas non plus encore de festival, d'exposition, de musique ni de photo ni d'artisterie analogue (encore qu'il y en a, mais c'est pas le sujet central). Cette fois-ci, je vais vous parler d'une maison supra-historique qui fait aujourd'hui office de galerie d'exposition (parfois d'art), maison historique dont les origines remontent à de quand qu'on ne souvient même plus tellement c'est vachement loin, tellement loin que ça doit être vraiment tout proche des origines mêmes de la Vieille-Ville de Prague puisque cette maison se trouve en son nombril, juste derrière l'église "Notre-Dame du Týn", à 100 m de la place de la Vieille-Ville. Présentement donc, je m'en vais vous discourir de la maison "U Zlatého prstenu", soit "à la bague dorée" (ou "à la bague d'or") en Français.

Historique
Notre sujet se trouve au bout de la rue "Týnská" (non, l'autre bout, pas celui près de la place), à gauche de là que commence la cour "Ungelt".
C'est l'une des plus fabuleuse rue de la ville, et une des (sinon la) plus anciennes de la Vieille-Ville. En témoigne son étroitesse, qui par endroit, est réduite en deçà de 3 m. Complétement médiévale, elle conserve encore aujourd'hui ce charme de la magie du mystère: genre le templier sans tête ou le Golem (sans organe) pourraient apparaître à tout moment.

Vous entrez dans la rue à l'intersection de la maison "à la cloche de pierre" et de l'école "Týnská", vous longez l'église "Notre-Dame du Týn", et au bout de la rue, à gauche du portail d'entrée dans la cour "Ungelt", en peu en arrière-plan, se trouve la maison numéro 630/6, la maison "à la bague dorée", "Dům U Zlatého prstenu" en Tchèque.

Selon les derniers éléments de l'enquête, les premières pierres de nôtre édifice auraient été posées dans la seconde moitié du XIIIe siècle, le long du massif mur d'enceinte de la cour "Ungelt". Les traces de cette première construction sont encore visibles dans les caves et au rez-de-chaussée de l'aile sud-ouest de l'actuel édifice. Je vous indique d'où c'est que sur quoi que vous devez principalement jeter vos yeux: le portail extérieur d'entrée principale, et derrière icelui, le grand hall d'entrée (en Allemand "Maßhaus"). Y en a d'autres, des reliquats gothiques, mais si vous n'avez pas vos lunettes d'expert, vous ne verrez rien. Je ne m'attarde donc pas.

Les secondes pierres suivirent vers 1310 (1312 au plus tard), lorsque fut construite au rez-de-chaussée une chaplette (ou chapelette, i.e. petite chapelle) richement barbouillée de peinture ornementale comme figurative sur les murs et les voûtes.
La plus ancienne trace écrite de l'édifice remonte au XIVe siècle, où les pages jaunes de l'annulaire (la maison "à la bague", c'est pas pour rien) nous indiquent qu'on vendait céans de la bière et du vin ("bydlívali tu koštéři vína"). La ligne téléphonique était alors au nom de "Dětřich Rechcer" ("Dytlinus", inconnu), avant de passer dans les mains du Vogt (bailli) des vignobles royaux "Tomášek" ("magister montium vinearum", inconnu également). Intéressant est de noter l'année 1480, où il est fait référence à un certain "Václav od prstena, býv. purkmistr," ("qui Perchmeister dicitur"), soit Venceslas "d'à la bague", nom d'origine qui évoluera au milieu du XVIIe siècle en nom propre avec "Šimon Prsten", soit carrément "Simon Bague".

Dans la seconde moitié du XIVe siècle, l'édifice gothique susmentionné et son accolé furent unifiés en un seul ensemble afin de former un hôtel-palace urbain et bourgeois de style nord-français.
Compte tenu de la qualité et de la spécificité styliste, cette reconstruction est fort probablement l'oeuvre d'une corporation proche de la cour royale et représente aujourd'hui un spécimen unique et exceptionnel de ce type d'architecture (hôtel-palace urbain et bourgeois de style nord-français) à Prague.

Au XVIe siècle, la demeure fut décorée de son emblème, la bague d'or, et de ce même siècle datent la plupart des plafonds en bois fantastiquement peints. Le plus ancien plafond se trouve au premier étage, dans l'aile transversale d'avec la cour. Malheureusement, les couleurs comme les motifs de style gothique tardif ne sont plus que devinables tellement qu'ils sont anciens. A ce même étage, à côté de l'escalier renaissance, se trouve un autre plafond nettement plus peint de motifs figuratifs de style renaissance. Et au premier étage toujours, sur le mur en dessous des voûtes en berceau, vous apercevrez des fragments de fresques datées de la fin du XVe siècle.
En particulier, sont facilement discernables un buste de femme, une tête de saint auréolée, une tête de boeuf cornée (encore qu'entre les 2 têtes, il n'est point assurément discernable qui est qui), et surtout, des plantes. Facilement discernables sont tout plein de plantes grimpantes, à feuilles rigolotes que j'suis même pas sûr qu'elles existent réellement tellement j'en n'ai pas encore vu des comme ça dans la nature, vu que j'y vais pas souvent dedans non plus, dans la nature.

Vers 1610, le bâtiment fut reconstruit en style renaissance (sauf les plafonds qui étaient déjà dans ce style), en témoignent encore aujourd'hui l'escalier en spirale, la lucarne elliptique, les voûtes en berceau renaissancisées, et la cour d'arcades avec ses colonnes toscanes.

Vers 1685, puis encore au XVIIIe siècle, l'édifice fut baroquisé afin que dans la moitié des années 90 du XXe siècle, tout soit remis dans l'apparence d'origine, c'est à dire gothique ou renaissance, selon les possibilités. En fait, la dernière reconstruction était principalement centrée sur l'adaptation de l'édifice aux besoins de la Galerie de la ville de Prague, fonction culturelle que la maison "à la bague dorée" continue de remplir actuellement sur quelques 1350 m². Et pour l'anecdote, la finalisation de la reconstruction de l'édifice entre 1995-97 fut menée tambour va-t'en par l'architecte "Vlado Milunić", qui n'est autre que le co-auteur de la "Maison Dansante".

Les gendes
Alors pourquoi c'est que la maison qu'elle s'appelle "à la bague dorée", me demanderez-vous que? Ah ben ça, vous répondrai-je, c'est à cause que d'une légende. Mais laquelle? Parce qu'il y en a plusieurs des légendes qui se rapportent à la bague d'or et à la maison qu'elle s'appelle d'à cause de. Tiens, oyez-voir chers lecteurs.

La première histoire raconte qu'il était une fois, un fantôme qui hantait les rues de la ville, et qu'il aurait bêtement perdu sa bague fétiche, et qu'un passant l'aurait trouvée, et qu'il l'aurait mise à sa porte comme porte-bonheur. Bon, c'est trop nul comme légende, parce que je ne vais pas vous donner tous les détails de la top-nullité, mais rien que si le fantôme il n'faisait rien d'aut' que de hanter tous les soirs au même endroit, il aurait bien fini par tomber sur sa bague une nuit ou l'aut' non? Bref, oubliez et passons à la suivante.

La seconde histoire raconte qu'il était une fois, arrivé dans la cour de "Ungelt", un jeune et beau marchand turc... Ah oui, attends, si vous ne le savez pas, la cour de "Ungelt" était un caravansérail européen sous protection royale, où les marchands, leurs riches marchandises et leurs chameaux assoiffés trouvaient refuge (contre paiement) derrières de hauts murs qui les protégeaient des pauvres, des voleurs, des brigands et autres misérables miséreux aux intentions scélérates. Bon, et le jeune Turc donc était follement tombé amoureux (ou tombé follement amoureux?) d'une splendide jeune serveuse blonde (après X bières?). Et afin de se l'approprier, il lui aurait vendu... offert une splendide bague en or (comprenez une bague 14 carats toute pourrie trop nulle comme ils en vendent à Bodrum), en signe de son fol amour. Mais une fois rentrée à la maison, j'te dis pas la raclée paternelle: "quoi? Un Turc? Un fourgue ambulant? Un puceux de souk? Crénom di diou..." Lorsque la pauv' chérie informa son Turc du refus d'à papa, 3 semaines plus tard après avoir soigné son nez cassé, ses lèvres explosées et ses yeux au beurre noir, celui-ci la trucida au motif que "si je ne t'ai pas moi, alors personne ne t'aura".
Il fut ensuite jugé, pendu puis maudit, et son spectre hante encore aujourd'hui la rue "Týnská". Quant à la bague, papa la mit comme emblème sur la façade de sa maison, afin de rappeler à tous la triste histoire et les dangers d'un potentiel gendre turc. Décharge de responsabilité: c'est pas moi qui l'ai inventée cette histoire. C'est pas ma faute qu'elle parle d'un Turc et qu'on frappe puis trucide une femme dedans l'histoire. C'est pas raciste ni xénophobe ni macho-sexiste, c'est comme ça qu'elle est l'histoire, depuis longtemps, et c'est tout. Et si ça n'plait pas au MRAP, à la LICRA, aux féministes ou à "Recep Erdoğan", qu'il s'agisse d'un Turc et d'une femme, qu'ils y mettent à la place un Grec et un pédé... homosexuel, ou un Chinois et un transsexuel. Non, mieux, un Russe et un extra-terrest'. Oui c'est bien vicieux et pervers un Russe en ce moment (l'extra-terrest' chais pas, j'en n'ai pas encore rencontré, mais les experts scientifiques à la télé racontent qu'à priori c'est vicieux et pervers aussi un extra-terrest', comme un Russe, au moins... sinon plus encore, selon les experts).

La troisième histoire raconte qu'il était une fois un maître templier, et qu'après le concile de Vienne (en France, pas en Autriche) de 1311 mettant un terme à l'ordre du temple, il fut décapité (contrairement à ses complices qui furent brûlés). Mais son âme en peine ne put trouver le repos, et son corps zombiesque déambulait dans les rues de la Vieille-Ville sa tête décollée sous le bras. Lorsqu'il entendit le raffut provenant de la maison pas encore "à la bague d'or", il fut pris de soif, et entra afin de se désaltérer (on vendait de la bière et du vin à l'époque dans notre établissement, vous souvenez-vous?). Il commanda alors une bière, et à grandes goulées, il avala le contenu de la chope en une bouchée. Mais voilà, sa tête sous le bras, le liquide coulait librement sur le sol. Il commanda une seconde chope, puis une troisième, tout en s'étonnant qu'il n'arrivait pas à éponger sa soif, l'andouille (à propos d'éponger, notez qu'en ces temps, le sol -et pas que des tavernes- était jonché d'un tas d'écoeurants n'importe quoi, parfois nauséabonds voire poilus, alors un peu de bière, personne n'y prêta attention).
Au bout de la septième bière quand même, la splendide jeune serveuse blonde (pas celle du Turc... Russe, une autre, les troquets tchèques sont pleins de splendides jeunes serveuses blondes, eh, pourquoi croyez-vous que j'y passe autant de temps?)... donc la splendide jeune serveuse blonde dit au maître templier: "dis-donc vieux boug', si tu t'en foutais ta hure sur tes épaules, ça irait 'achement mieux aussi." Et véritablement, l'assoiffé finit par se désaltérer. En remerciement, il retira d'un de ses doigts une splendide bague en or montée d'un énorme rubis dont il avait dépouillé le cadavre putride d'un mécréant sarrasin lors d'une honorable croisade en terre sainte, et l'offrit au tendron. Ainsi le taulier et sa fille devinrent immensément riches, et firent apposer ostensiblement une réplique de la bague sur la façade de la maison afin de narguer provoque leurs fumiers de voisins pauvres. C'est du savoir-vivre moi j'dis. Ah les braves gens.

Aujourd'hui
Aujourd'hui donc, la maison "à la bague dorée" sert de Galerie de la ville de Prague, mais vous y trouverez également un café littéraire au second étage, orienté sur les arts plastiques et accessible gratuitement aux horaires d'ouverture. Lorsque j'y étais, moi, "à la bague dorée", y avait une exposition de ce boug' de "David Černý". Je vous laisse admirer ses oeuvres sur mes photos, et m'abstiens de tout commentaire. Le sujet d'aujourd'hui se trouve ici: 50.0880189N, 14.4230731E.