dimanche 16 juin 2013

Ailleurs: St Martin, St Erhard et Ste Ursule à Cheb

Eh ouais, alors forcément, les Allemands ne s'y intéressent pas parce que c'est en République tchèque, et les Tchèques ne s'y intéressent pas, parce que c'est d'origine allemande.
Et pourtant, la chapelle St Martin, St Erhard (variante germanique de Eberhard, sans doute Evrard en Français) et Ste Ursule est une splendeur unique d'envergure mondiale du style roman appelé "art staufien" (de "Hoenstaufen", famille impériale qui régna sur le St Empire Romain Germanique comme sur l'Italie entre la mi-XII ème et la mi-XIII ème siècle).

Cet exclusif joyau, par chance préservé jusqu'à aujourd'hui, se trouve en la ville libre d'empire, puis ville royale d'Egra ("Cheb" en Tchèque et "Eger" en Allemand), au tout au bout ouest de la République, à seulement 5 km de la frontière d'avec la Bavière. Evidemment, je me doute que peu d'entres-vous connaissent ce bled de 35.000 habitants, sinon que vous en auriez éventuellement entendu parler en 1634, puisque cette effroyable fripouille d'Albrecht Wenzel Eusebius von Wallenstein y fut assassiné. Et pourtant, Egra est une ville d'architecture fabuleuse, historiquement riche, et mérite assurément une visite de plusieurs jours.
Pour info, et pour ceux qui se rendraient à Karlovy Vary ("Karlsbad") en voiture, Egra n'est distant que de 40 km par autoroute, et historico-culturellement il y a nettement plus à voir qu'à Karlovy Vary (qui n'est pas à jeter non plus pour autant avec l'eau thermale du bain, attention, j'ai pas dit ça).

Les origines
La préhistoire du lieu remonte au IX ème siècle, lorsque les premiers Slaves habitèrent céans, vivant de la cueillette des patates crues et de l'élevage du mammouth à poil. Ce fait est avéré car sur l'emplacement de nôtre édifice catholique, se trouvait un cimetière païen plein d'os humains, de mammouths et de patates aussi, de cette époque, cimetière découvert récemment lors des fouilles archéologiques. Dans le courant du XII ème siècle, et compte tenu de la faible densité de population comme de l'éloignement de la capitale Prague, l'influence des Přemyslides (famille régnante sur la Bohême) s'affaiblit, au point de disparaître au profit de la marche Nord bavaroise. Au départ, simple petit fortin slave en bois, les Germains transformèrent au fur et à mesure la colonie en château-fort germain en pierre.
Ce dernier devint en 1179, et sous la diligence de l'empereur Frédéric Barberousse (grand-père de Frédéric II, cf. plus loin) palais impérial ("Kaiserpfalz", "pfalz" du latin "palatium"), avec son bergfried cylindrique, son palais (résidence de l'empereur), sa chapelle, ses dépendances, ses remparts, etcétéra, etcétéra... Aujourd'hui il ne reste guère à voir de ces édifices d'origine, sinon des ruines, et nôtre chapelle St Martin, St Erhard et Ste Ursule est ce qui reste le plus mieux conservé de cette période.

La toute première mention de la chapelle se trouve dans la bulle d'or d'Egra du 12 juillet 1213, qui règle (encore) des histoires de pognon (encore), de domaine (encore) et de privilège (encore) entre le haut clergé (évêques, archevêques et pape) et la haute noblesse (empereur, rois et vassaux): "Acta sunt haec anno domini nostri Jesu Christi 1213, indictione prima, regnante domino Frederico secundo Romanorum rege glorioso et rege Sicilie, anno regni ejus Romani primo, Siciliae vero 16. Datum apud Egram per manus Bertoldi de Niffen, regalis aulae prothonotarii, quarto Idus Julii. In nomine sancte et individue Trinitatis. Amen. [...] bla bla bla, bla bla bla [...] Actum in capella in castro Egre, anno dominice incarnationis MCCXIII. IV Idus julii, indictionis prime".
Alors bon, ok, la chapelle n'est pas mentionnée nominativement, mais dans le château, y en avait qu'une de chapelle (comme le gogue, en ces temps il n'y en avait qu'un par château, ce n'est que bien plus tard que l'on se mit à employer le pluriel pour "gogues"), donc ça ne pouvait pas en être une autre que la nôtre, de chapelle. Ceci-dit, et comme précédemment-dit aussi, malgré que la première mention date de 1213, la construction, elle, remonte plus loin, un peu, en fin du XII ème siècle.

L'un des Frédéric II
En fait, le pondeur de la bulle, l'empereur romain germanique (mais pas encore empereur en cette époque) Frédéric II (petit-fils de Frédéric Barberousse) avait un faible pour le castel d'Egra, où il passait le plus de temps possible (c'est pour vous expliquer pourquoi un texte aussi important fut rédigé dans un trou aussi insignifiant).
Sa présence au château est attestée en Juillet 1213 (cf. la bulle), en Juin 1214 (il revint au château après qu'il se fut rendu compte qu'il avait oublié d'éteindre la lumière en partant l'année précédente), en novembre-décembre 1215 (pour le marché de Noël) et en novembre 1219 (pour une partie de chasse organisée par l'amicale des sapeurs-pompiers volontaires). Alors vous me direz que 4 fois, c'est pas bésef, mais si vous imaginez combien un empereur c'est occupé, combien un empereur c'est amené à voyager, combien un empereur se fout des patelins, donc si vous imaginez tout ça, ben passer 4 fois (et peut être même plus) à Egra, moi j'dis que ça fait beaucoup quand même.

Et encore quelques mots sur Fréd. II, alias "Stupor Mundi", qui fut sans conteste un personnage exceptionnel, sinon légendaire. Tout d'abord, faites gaffe à ne pas me le confondre avec d'autres Frédéric II, car il y en eut plusieurs dans le monde, en particulier le Prussien, qui barbota une grande partie de la Silésie à Marie-Thé et fit déverser plusieurs tonnes de boulet sur Prague en 1757 (l'andouille).
Le nôtre de Fréd. II fut élevé en Sicile par un père germanique et une mère normande. Nul doute que les nombreuses influences germano-italo-normando-arabo... lui ouvrirent l'esprit comme une huître lequel esprit absorba leurs "substantifiques moelles" (aux influences) comme une éponge. La "stupeur du monde" était curieux de tout, supra-lettré, multi-lingue, hyper-philosophe, archi-tecte, as-trop-logue, al-chimiste... ah l'cochon brillant... Mais il ne savait cependant pas utiliser Fesse-bouc, ce qui lui ferma les portes de la renommée au point qu'aujourd'hui, il est inconnu de la majorité de la population européenne. Et pourtant, regardez-voir tout ce qu'il laissa à la postérité en héritage. On lui doit par exemple le "Castel del Monte" (cf. mes photos), splendide édifice méga ésotérique dont le monde entier se demande aujourd'hui mais qu'est-ce que c'est que donc pourquoi que c'est? Il laissa à la Bohême la fameuse bulle d'or de Sicile, rendant le royaume "propriété héréditaire". Il inventa la fornication immodérément déchaînée, au point qu'il en fut excommunié de l'église catholique par 2 fois (1 fois seulement n'étant pas suffisant). Il faillit même devenir beau-papa d'Agnès de Bohême (qui faillit épouser son fils Henri II de Souabe), mais l'affaire échoua lorsqu'il découvrit que cette dernière ne se rasait pas les jambes (pire qu'une militante féministe).
Pour l'anecdote, le papa d'à Gnès de Bohême essaya alors de la marier à un Anglais, Henri III Plantapoireau... Plantagenêt, moins regardant, mais même lui n'en voulut point (il épousa un cycliste, les cyclistes se rasent les jambes, eux). Aussi elle finit par entrer au couvent, et plus spécifiquement chez les clarisses, parce que les poils aux cuisses, elles connaissent bien, les clarisses.

Frédéric II était grand pote avec Leonardo Fibonacci, et les 2 bougres s'admiraient mutuellement. Le mathématicien dédia plusieurs ouvrages de référence à l'empereur, et d'aucuns suspectent ce dernier d'y avoir puisé nombre d'inspirations pour les constructions qui lui sont attribuées. Rappelons par exemple que la suite de Fibonacci (suite d'entiers dans laquelle chaque terme (à partir du 3 ème) est la somme des deux précédents: 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13...) et le nombre d'or (i.e. phi, i.e. divine proportion) sont étroitement liés, puisque les quotients de deux termes consécutifs de la suite de Fibonacci sont la meilleure approximation de phi.
Genre lorsqu'on divise un nombre de la suite de Fibonacci par le nombre précédent, ben plus l'on prend un nombre élevé, et plus l'approximation est juste: 5 / 3 = 1.666..., 13 / 8 = 1.625..., 34 / 21 = 1.61904..., 75025 / 46368 = 1.618034..., 2178309 / 1346269 = 1.618033988749648 versus Phi = 1.618033988749894848204586... Le nombre d'or est indissociable de l'homme de Vitruve, du canon beuronien, des proportions de la beauté universelle, des temples grecs, de la Grande Pyramide, des cathédrales. C'est aussi la taille de votre carte bancaire, l'agencement des graines de tournesol, la vitesse de reproduction des lapins... C'est Pythagore, Euclide, Platon, Aristote, da Vinci, Kepler, Ménechme d'Alopeconnesus, Eudoxe de Cnide, Philolaos de Crotone, Archytas de Tarente, Hélicon de Cyzique, Eutocios d'Ascalon, Anthémius de Tralles, et d'autres, nettement moins connus. Mais c'est aussi le "Castel del Monte", ou encore notre chapelle d'Egra, édifices tellement frédéricstaufiens qu'ils s'en fusionnent d'avec Fibonacci et le nombre d'or.
Dingue. Alors les crédules me diront à juste titre que je ne donne aucun exemple de nombre d'or pour notre chapelle d'Egra. Oui, vrai, parce que j'ai oublié. J'ai lu dans un ouvrage poussiéreux, mais je ne me souviens plus (et j'ai pas pris de note, andouille que je suis). Ceci-dit, comme 90% des églises romanes sont construites sur le même modèle de la divine proportion, si dans le cas particulier de notre chapelle vous rapporter la longueur sur la largeur des murs, ou du sol, ou de chais pas quoi, z'allez à coup sûr tomber sur 1.6 quelque part. Je vous en parie des bières à volonté.

Et pour vous dire à quel point le Fréderic II adorait sa gentilhommière à Egra, il y fit venir des sommités de tout l'empire, rien que pour leur montrer oh combien l'on vivait bien Bohême, et oh combien la chapelle St Martin, St Evrard et Ste Ursule était une splendeur unique d'envergure mondiale construite à l'essence de la divine proportion. Mentionnons pour info Léon Zitrone, Line Renaud, ou encore l'archevêque de Magdebourg, Albrecht II, qui, après avoir vu la chapelle romane, mit en chantier la première cathédrale gothique en Allemagne (Ste Catherine et St Maurice de Magdebourg).

Caracteristiques
L'édifice se compose de 2 chaplettes en étage conçues à l'origine comme totalement séparées: une chaplette basse, consacrée à St Martin et destinée à la messe pour la plèbe locale. Puis une chaplette haute, consacrée à St Evrard et Ste Ursule, destinée, elle, à la messe pour l'empereur (accessoirement sa suite). Originellement, chaque chaplette avait sa propre entrée: celle du haut était directement reliée au palais royal par une accourse en bois (le portail est toujours visible en hauteur sur le mur extérieur ouest). Celle du bas était accessible par une porte dans le mur sud, mais n'est plus visible, puisqu'elle se trouve aujourd'hui à 1,5 mètre sous le niveau du sol. Le rehaussement du niveau du sol était pratique courante au fil des siècles, ça évitait de passer la poussière et sortir les poubelles. Il suffisait une fois tous les N ans, au printemps, lors des grandes lessives, de jeter de la terre neuve sur tout le bordel, aplatir à la pelle, et hop, le ménage était fait.

D'extérieur, l'église ressemble à un bloc de pierre brute et contraste radicalement avec la finesse et la beauté intérieure. La chapelle du bas, typiquement romane et de forme carrée, est plafonnée d'une voûte en croisée d'ogives soutenue par 4 colonnes massives en granit.
Remarquez oh-combien les massives colonnes en granit de la chapelle du bas s'opposent visuellement aux fines colonnes en marbre de la chapelle du haut. Eh ouais, entre la plèbe et la noblesse, c'est bouillie de pois contre caviar beluga. Une paire d'escaliers mènent ensuite au choeur, séparé de la nef par un portail quadri-colonnes dont les chapiteaux (de colonne) sont décorés de 12 personnages barbus à gauche, rasés à droite, et qui, selon les experts, représenteraient les 12 apôtres (évidemment, dès qu'il y en a douze, c'est soit des apôtres soit des oeufs). Le choeur est décoré d'une fenêtre gothique centrale du XIV ème siècle, tandis que les culots d'ogives sont sculptés de têtes humaines (allez savoir s'ils représentent quelqu'un?). Le haut de la nef est percé d'une ouverture octogonale donnant dans la chapelle du haut. Cette dernière, également de forme carrée, est aussi plafonnée d'une voûte en croisée d'ogives soutenue pareillement par 4 colonnes mais nettement moins massives, et en marbre. Cette chapelle est percée de fenêtres romanes, découvertes sous une lourde couche de crépi au XVIII ème siècle, puis remises en fonction lors des restaurations de 1996-1998. Et comme la chapelle précédente, celle-ci est percée (mais au sol) d'une ouverture octogonale donnant dans la chapelle du bas. Un escalier reliant les 2 chapelles fut construit au XIX ème siècle, à la demande du curé fatigué de courir de chapelle en chapelle pour nourrir ses ouailles d'hosties insipides. Cet escalier existe toujours, au grand bonheur des touristes, qui peuvent ainsi circuler aisément dans l'édifice.
L'ouverture octogonale entre les chapelles haute et basse laisse pendre aujourd'hui un candélabre décoratif (ou un encensoir?), mais auparavant, il pendait là une corde permettant de sonner la cloche du sanctus (qui n'est plus depuis 1645). Sinon les plus perspicaces pourraient me demander "mais à quoi c'est-il donc que cette ouverture octogonale servait-elle dis-donc?" Selon mes sources, elle permettait à la haute de suivre d'en haut le baptême de la plèbe d'en bas. "Et pourquoi?" Ben parce que si le roi (empereur) obligeait ses esclaves importants (régisseur, intendant, prévôt, bistrotier...) à se faire baptiser, ben il pouvait surveiller que la cérémonie avait bien lieu, et que le bougre récalcitrant n'esquivait pas la flotte bénite de couler bien par d'sus son crâne impie. N'oubliez pas que le Bohémien moyen était païen, athée, voire hussite, mais clairement pas catholique (ou alors pas de sa propre volonté).

Et donc les plus fabuleuses splendeurs, ce sont les chapiteaux de colonnes dont certains sont rigolotement décorés. Dans la chapelle du bas, vous verrez principalement des ornements géométriques, avec des motifs végétaux de lianes lancéolées formant des frises (typique de l'art Rhénan). La colonne Nord-est est la plus remarquable, avec ses 4 têtes dans les coins, qui, selon les interprétations, représentent des anges, des évangélistes ou des présidents du mont Rushmore. Quant au chapiteau de la colonne Sud-ouest de la chapelle du haut, c'est la plus fabuleuse de toutes.
Elle représente des vices (ou des péchés), genre parjure, luxure, avarice, égoïsme, hypocrisie, intempérance, jalousie, oisiveté, orgueil, paresse, vanité, gourmandise, colère, calomnie, poils aux jambes, comptes off-shore, etc... Parmi les plus explicites, vous ne pouvez louper au Sud-ouest le bougre barbu sa biroute dans la main. Devinez ce qu'il représente? Il s'agit d'une allégorie particulièrement osée pour cette période du moyen-âge et unique en Europe centrale. Et la posture féminine? Selon les historiens, il pourrait s'agir d'une satire envers la première femme de Frédéric Barberousse, Adèle de Vohbourg représentée en prostituée lascive, qui, pour cause de stérilité, fut accusée de tous les maux en particulier d'adultère impénitent, chronique, opiniâtre et endurci d'avec le palefrenier, le jardinier, le chauffeur, le postier, le plombier plonais, et même le contrôleur des impôts (qui bon chien veut tuer, la raige li met seure). Notez la vilaine grimace diabolique de la bouche de laquelle s'échappent des serpents, s'entortillent autour des cornes et se terminent derrière les oreilles de 2 personnages nus comme des vers. Enfin regardez bien de partout, parce que vous trouverez encore sur les culots, les chapiteaux, les clés de voûtes... des animaux, des dragons, des faciès humains qui datent de la construction originelle de la chapelle. C'est énorme moi j'dis.

Inutile de préciser que l'architecture hétéroclite romane et gothique de la chapelle blanchit les cheveux de moult historiens.
Les fenêtres comme les colonnes sont de style roman tardif, tandis que les voûtes en croisée d'ogives sont typiquement gothiques. Hors il semblerait que ces éléments soient originels, et qu'aucun d'entre eux ne serait le fruit d'une ultérieure adjonction-(re)construction. Non, tout fut construit en une fois, selon un même projet. Et c'est justement ce qui caractérise ce style roman "staufien" que vous retrouvez en Campanie, dans les Pouilles ou encore en Sicile, un mélange de roman-gothique préfigurant l'avènement d'un style nouveau: le gothique pur style.

Ah oui, et la colonne cannelée en marbre dans le choeur n'est que pure décoration, sans doute rapportée par Fréderic II en souvenir de son pays rital natal. Ah oui, et encore la grille entourant le trou octogonal de la chapelle haute, grille qui évite au visiteur distrait d'aller se croûter 5 m plus bas, donc cette grille date de 1977 et est l'oeuvre d'un forgeron de "Teplice". Ah oui, et toujours, dans le choeur de la chapelle haute, à gauche, se trouve des escaliers en colimaçon, qui mènent à une petite chambrette pourvue d'une cheminée renaissance. Lors de ma visite, l'accès n'était pas possible (vu que je ne m'en suis même pas rendu compte qu'il y en avait un, d'accès), du coup j'ai pas de photo. Mais selon mes sources, vivait là entre 1458 et 1477, un certain "Zikmund Wann" (i.e. "Sigmund Wann"), alchimiste de son état, et qui aurait découvert l'élixir d'éternelle jeunesse (et moi qui croyait que c'était le Réal qui l'avait inventé, parce qu'il le vaut bien).
Alors notez que le Sigismond aurait réellement existé, et se serait particulièrement révélé dans la ville de "Wunsiedel" en Bavière, à 35 km d'Egra, comme fondateur de l'hôpital. Mais en aurait-il pour autant inventé l'élixir de jeunesse?

Evolution
Après les Germains, ce sont les Bohémiens qui eurent possession et jouissance des lieux. Et c'est ainsi qu'en 1322, Jean de Luxembourg (roi de Bohême), transforma le primitif "pfalz" germain en splendide château fort gothique bohémien. Au XV ème siècle, le palais royal fut augmenté d'un étage, le domaine complété de dépendances, et la protection étendue à 2 tours supplémentaires. En 1564, la ville d'Egra convertit en la religion luthérienne, et les messes prirent fin en la chapelle. Dans la seconde moitié du XVII ème siècle, le château fort devint citadelle baroque, avec ses hauts murs en briques et ses casemates. La chapelle devint Ste Barbe (entrepôt de poudre à canon), ce qui la sauva de la démolition. Les siècles suivants, la forteresse perdit en intérêt pour gagner en ruine. Une bourrasque du tonnerre de d'là arracha le toit de la chapelle en 1762, et ce n'est qu'en 1818 qu'eut lieu la restauration. Ensuite pratiquement plus rien, jusqu'en 1996-1998 puis 2000-2003 lorsqu'eurent lieu simultanément fouilles et restaurations d'envergure autant d'extérieur que d'intérieur.
Alors justement, en parlant de fouilles, lors de celles de 1997, l'on découvrit des fondations de l'ancienne églisette (d'avant la chapelle) datant du X ème siècle. L'on découvrit également une statuette en bronze représentant un p'tit animal, et qui, selon les experts, servait d'offrande à St Martin, le patron de la chapelle inferieure.

Alors notez qu'au château de Nuremberg, vous trouverez l'équivalent de la chapelle d'Egra, en 2 fois plus grand: la Kaiserkapelle ou Oberkapelle. Elle date d'environ 1200, se compose de 2 chaplettes superposées, percées d'un trou en leur centre et 4 colonnes supportant le plafond. Pareil, style staufien mais nettement moins unique que la chapelle d'Egra. La chapelle d'Egra, mieux y a pas. Et puisqu'on parle de Nuremberg, je vous informe encore qu'Egra se trouve sur la route des châteaux, comme Nuremberg, et qu'icelle route est plutôt sympathique à faire (si vous êtes carrossés), mais avec discernement cependant, car certaines ruines ne méritent vraiment pas le détour.

Bon, eh bien vous savez tout maintenant sur cette double-chapelle ("doppelkapelle" en Allemand), qui survécut jusqu'à nos jours par le plus grand des miracles. Oh bien sûr, ce n'est pas l'unique chapelle en son genre, en son style ni en son âge, mais sa splendide décoration hyper-symbolique et ultra-osée en font une exception que vous devez visiter, juste là: 50.0814181N, 12.3664253E.

mardi 4 juin 2013

Inondations 2013: Mardi soir

Et donc pour faire complet, je suis sorti de ma tanière douillette et suis allé faire un tour dans la ville (centre, Prague 1) pour voir où c'est qu'on en est, genre de ces foutues inondations qui pourrissent la vie du monde à Prague. Alors pour l'instant, mardi soir, tout est sous contrôle. Ca veut dire qu'il n'y pas de flotte dans la ville, ni dans les rues, mais ça ne veut pas dire que tout fonctionne comme d'hab. Loin de là. Les transports en commun sont vraiment perturbés, les horaires moyennement fiables, et lorsqu'ils circulent sur des trajets de fortune, c'est à dire pas ceux sur lesquels ils devraient, les transports sont bondés de voyageurs pantois qui se demandent pourquoi qu'ils passent par là alors qu'ils ne devraient pas. Ceci-dit à nouveau pour les touristes, Prague centre-historique est tout p'tit, et tout peut se faire à pied (pour une personne moyennement normale comme moi, d'avec mon âge moyen de plus de 20 ans, ma conditions physique pitoyable de plus de 70 ans, et mon caractère juvénile d'andouille cynique de moins de 10 ans).

Sinon j'ai discuté avec plusieurs "experts", et en termes de retour à la normale, c'est entre 3 à 5 jours au mieux (cf. retour à la normale de l'hydrométrie), et à condition que rien ne vienne compliquer ce retour à la normale (pluie par exemple). C'est à dire que ça va prendre au moins 3 jours avant que les trucs fermés (pont Charles, Kampa, etc...) soient à nouveau ouverts, et au moins 5 jours avant que la vie ne reprenne à Prague comme avant. Attention, quand je dis à Prague, je parle de Prague-1 centre historique. Pour les autres pauv' gens des quartiers de Karlín, Zbraslav, Zoo... c'est plusieurs semaines, sinon plusieurs mois, parce que si vous n'avez pas la chance d'habiter dans la crème de la crème du riche et du cher, ben z'avez pas la chance de décrocher une inondation appropriée à vos moyens.

Ceci-dit la ville n'est pas morte: les magasins fonctionnent comme avant, les gens vont au travail comme avant (avec du retard cependant, cf. les transports en commun), les chiens font des crottes sur le trottoir comme avant (et même plus, vu que les parcs près des berges sont fermés), et les touristes prennent des photos de touriste comme avant (comme des hyènes, prêts à mordre pour arracher un bout de bidoche). Mais certaines séances du Théâtre National ont été annulées, certaines Galeries Nationales sont fermées, etc... etc... Donc si vous le pouvez, attendez lundi avant de venir, et si vous le pouvez vraiment encore plus, ne venez qu'à partir de dans un mois, genre.

Les bonnes nouvelles du soir:
- La décrue est amorcée sur tous les cours d'eau en aval de la Vltava, et les barrages ne devraient plus être aussi purgés qu'ils ne le furent hier.
- La taverne d'à côté de chez moi est restée ouverte malgré les risques d'inondation.

Les mauvaises nouvelles:
- Le "Bradáč" du pont Charles est complètement sous la flotte (cf. mes photos), et tant qu'il ne sortira pas la tête de l'eau, ça ne sera pas cool.
- Le pont des tireurs/archers ("Střelecký ostrov") est totalement lessivé par l'eau. On venait juste d'entamer son aménagement pour quelques 2,5 M d'EURO.
- L'abbaye de Weltenburg (excellente bière) est sous la flotte, fumier de Danube, aussi con que la Vltava, quand il veut celui-là!

Et sinon, je vous publie quelques photos de la ville, en date de mardi d'entre 15 et 18h. Elles sont brutes de fondue, donc pas arrangées en luminosité, contraste, zizi-pan-pan et tralala-pouêt-pouêt parce que pas le temps. Notez comme le pont Charles est vide, parce que fermé à la plèbe. Notez comme "Novotného lávka" et "Smetanovo nábřeží" sont tout juste à la limite du débordement. Notez comme les bouges à touriste de la "Novotného lávka" côté pont Charles sont inondés. Pis z'avez aussi des photos comparatives, dimanche après-midi versus mardi après-midi. Certains pointilleux me diront qu'on ne voit pas trop de différence. Vrai d'un point de vue visuel, par contre d'un point de vue proctologique, dimanche on serrait les fesses parce qu'on ne savait pas jusqu'où la flotte allait monter, alors que mardi soir, on relâchait la pression parce qu'on savait jusqu'où elle allait descendre. Vous voyez maintenant la différence?

Alors demain je retourne au boulot, parce que c'est pas tous les jours dimanche les mercredis, aussi vous n'aurez plus de publie quotidienne sur les inondations. Mais comme dit, si vous regardez l'hydrométrie de la Vltava en aval de la ville, alors tant qu'on ne sera pas sous les 500 m3/s, alors tout ne sera pas rentré plus ou moins dans l'ordre (en temps normal, la Vltava est aux alentours des 250-300 m3/s). A nouveau, ça ne veut pas dire que la ville fonctionnera comme d'habitude, parce que ça, ça va dépendre de tellement de facteurs, que même la poste n'en n'a pas tous les noms. Aussi patience, et si vous suivez mon blog assidûment, alors je vous parlerai régulièrement de où c'est que c'est qu'on en est.

Encore une fois merci à tous ceux qui nous manifestèrent, et encore nous manifestent, leur soutien. Mais ayez maintenant une pensée pour tous les pauv' gens qui sont nettement moins bien lotis que nous (à Prague 1), qui sont (ou vont rapidement être) inondés (et pas pour la première fois) et dont le désespoir compréhensible n'est rien en comparaison du labeur qui les attend dans les prochains temps. Fumier de temps d'automne au printemps, et fumier de "pas d'chance" où tout s'accumule en une fois (le diable chie sur le même tas). Je vais maintenant me coucher, l'esprit enfin serein après plusieurs jours d'angoisse, et demain, il fera à nouveau jour, et peut-être même soleil. Hourra!

Inondations 2013: Mardi matin moins tôt

Alors je relâche doucettement la pression du séant, car il semblerait, mais vraiment au conditionnel incertain conjecturant d'une éventuelle possibilité, donc il semblerait que nous soyons au pic de la culmination du fleuve Vltava, et qu'à nouveau, avec toutes les circonspections prudentes qui s'imposent, il semblerait même qu'on entreverrait presque un p'tit bout d'infime décrue minime. Bon, je ne voudrais pas crier victoire sur le baudet trop vite, aussi je vous en dirai plus dans les prochaines heures, mais à nouveau, nous n'avons pas été évacués (à Kampa), et que de là que je vous parle, enfin de là que je contrôle que tout va bien (ou pas, là: 50.0820761N, 14.4078656E), ben l'eau est toujours et encore à seulement 10-15 cm au dessus de la berge ferme, et caresse seulement les protections anti-inondation qui semblent tenir bon ce léger débordement (cf. ma photo comparative du lundi versus mardi).

Les bonnes nouvelles:
- On a toujours de l'eau potable, du gaz et de l'électricité (coupés en certains endroits de Prague par mesure de sécurité).
- Le fleuve semble stabilisé sous les 3200 m3/s, contrairement aux possibles 3300-3400 m3/s annoncés.
- Les affluents de la Vltava sont tous soit stabilisés, soit en décrue, mais leur culmination est clairement terminée.
- Le soleil (cette andouille) a fait enfin son apparition, après 7 jours d'absence totale (faignant de l'activité!)
- La brasserie Staropramen de Smichov a arrêté sa production de bière (pisse d'âne bâté).

Les mauvaises nouvelles:
- L'eau est montée (légèrement) sur les protections (alors qu'hier elle était à quelques 30 cm en dessous).
- Prague est prête à recevoir jusqu'à 4000 m3/s. Ah ouais, Prague. Et les villes en aval?
- Ratisbonne (Regensburg), Dresde, mes villes d'amour sont en très mauvaise situation (qui reste à venir).
Alors à nouveau, pas de feu d'artifice ni de fanfare-champagne précipités, parce que je n'ai pas encore entendu les intentions officielles, à savoir s'ils vont encore purger (ou non) les barrages en amont de Prague, auquel cas la décrue ne vas pas s'amorcer si vite, mais à priori, ce qui devait être largué des barrages est en train de couler (ou à coulé) par Prague, et rien de plus (selon les infos d'hier, qui ne sont peut-être plus valables aujourd'hui) ne devrait venir accroître le volume actuel du fleuve.

Alors j'ai quand même une pensée émue perlée d'une larme de tristesse pour les habitants de Karlín, évacués dans la nuit comme il y a 11 ans, lors des effroyables inondations de 2002. Et pourtant, comme à nous, les autorités leur avaient assuré que tout, depuis 2002, absolument tout avait été mis en place afin que rien de tel n'arrive à nouveau. Ah les faux-culs...

Bon, et sinon je vous mets quelques photos prises ce matin, après le thé-caca-bigoudi, mais comme il n'y a pas grand chose de nouveau par rapport à hier soir, je fais chichavare afin d'économiser la place sur mon blog, et artistique un brin afin que ces foutues inondations ne soient pas seulement désespérantes (bien qu'elles le sont, les misérables salopes). A plus tard chers lecteurs...

Inondations 2013: Mardi matin tôt

Bon, eh bien à l'heure où je vous écris (5h), mon sphincter n'en mène pas large du tout du tout. Après nous avoir annoncé que les barrages tiendraient le coup, et que tout irait bien, on nous a annoncé hier en fin de journée qu'il fallait purger, qu'il y avait trop de flotte, et que ça allait forcément faire grimper le niveau de la Vltava (mieux y a pas). Et moi qui avait confiance en les paroles rassurantes de nos "experts". Bon, alors on est à 3200 m3/s, et selon les prévisions, on devrait se stabiliser à 3300.

Les bonnes nouvelles:
- On n'a pas encore été évacués à "Kampa".
- Les "experts" nous assurent que les protections tiendront bon jusqu'à 4000 m3/s (menteurs).
- Selon les données actuelles, on est déjà à 3200 m3/s, et l'eau n'a monté que de 25 cm par rapport à hier 20h, à 3000 m3/s.
- les 3200 m3/s semblent s'être stabilisés, et n'augmentent plus depuis 3h du matin. - Le griffard de la voisine roupille toujours peinard comme un cénobite.

Les mauvaises nouvelles:
- Hier, avant d'aller me coucher, les derniers arbres de l'île des tireurs ("Střelecký ostrov") semblaient se déraciner par l'effet lessivage du fleuve sur l'île (entièrement sous l'eau), et si ces arbres en amont du pont Charles se bloquent dans les piliers, j'te dis pas les risques d'emporter notre monument historique (comme en 1890).
- L'affaire des inondations commence à prendre un aspect politique, et chacun essaye de tirer la couverture à soi, de qui c'est qui est le meilleur et qui c'est qui, qui n'a pas fait son boulot. Jusqu'à l'autre ivrogne de Miloš qui n'a pas pu s'empêcher d'asséner quelques remarques sarcastiques envers le premier ministre (du reste andouille d'exposition universelle) lors de son discours d'hier. Et ça, le chaos politique, ben ça aide pas vraiment en temps de crise.
- Et dernier point, c'est que même si Prague (et encore pas tout Prague, mais Prague centre) s'en sortira peut-être relativement bien (j'espère), les dégâts vont être énormes dans le reste du pays, et peut-être même supérieurs à 2002.

Alors je n'ai pas de photo pour maintenant, parce que je n'ai pas encore bu mon thé ni fait caca, et que je ne sors pas de chez moi en bigoudis (même en cas d'évacuation). Mais rassurez-vous, dans quelques minutes je file sur le terrain, et vous devriez avoir de quoi zieuter sous peu. A toute...

lundi 3 juin 2013

Inondations 2013: Lundi soir

Chers lecteurs, tout d'abord je voudrais vous remercier pour votre soutien sincère et vos preuves d'amour que vous nous manifestez sous toute forme, SMS, Emails, Fesse-bouc, Télégraphe (que je recevrai sans doute l'année prochaine, pour la prochaine inondation)... Merci, ça fait chaud au coeur (malgré que ça n'éponge pas l'eau).

Et donc à l'heure où j'écris (17:30), la situation n'est pas critique (encore), mais elle n'est clairement pas rose non plus.

Les points positifs:
- Il a cessé de pleuvoir sur Prague et sur le sud du pays.
- Les cours d'eau au sud (du pays) qui se déversent dans la Vltava (qui ensuite coule vers Prague) sont stabilisés, voire en décrue.
- La Vltava monte à peine, et tout en restant (pour l'instant) dans le raisonnable (cf. mes photos versus ce matin).

Les points négatifs:
- Les barrages en amont de Prague sont pleins comme un oeuf, et ne peuvent plus recevoir de flotte du tout. Autrement dit, ce qui tombera du ciel coulera vers la capitale avec les conséquences que n'ose imaginer.
- La rivière "Berounka" (en amont toujours) est en pleine crue, imprévisible, incontrôlable (l'hystérique), et son déversement devrait culminer à Prague demain matin vers 6h au plus tard.

Donc contrairement à ce que l'on pensait hier soir, le pire est venir demain, mardi, à partir de 5h, voire plus tôt, s'il se remet (continue?) à pleuvoir. Et c'est bien là tout le problème, c'est que malgré que les pluies devraient se calmer, elles n'en devraient pas cesser pour autant avant mercredi. Les boules.

L'état actuel à Prague? L'île de "Žofín" et son palais sont sous la flotte (cf. mes photos). L' île des tireurs ("Střelecký ostrov") et son restaurant sont entièrement sous la flotte aussi (cf. mes photos). Le quartier de "Karlin" est en cour d'évacuation, et les berges de "Smichov" ne devraient pas tarder. Un tiers du zoo est sous la flotte, mais les zanimaux sont en sécurité.

Comme dit, regardez et suivez en direct l'hydrométrie. A l'heure où j'écris, on est à 2900 m³/s. Les protections devraient tenir jusqu'à 3400, mais à nouveau personne ne les a testées, donc on ne sait rien, et surtout c'est qu'au-delà de 3100 à 3200, il est fort probable qu'on soit évacué de toute façon (près des berges, à Malá Strana), par mesure préventive, des fois que tout lâche d'un coup.

Maintenant selon les dernières prévisions, même demain matin, on devrait être à 3000, 3100 m³/s maximum. Mais bon, hein, s'il s'arrête de pleuvoir, selon la vitesse de décrue des cours d'eau en amont, selon la "Berounka", selon que si... Du coup, on est dans l'ambiguïté de l'incertitude... c'est à dire qu'on ne peut plus qu'attendre l'expectative de l'espoir.

Une chose est pourtant sûre, c'est que Salzbourg, Passau et d'autres villes qui me sont chères dans mon p'tit coeur sont en nettement moins bonne situation, et je ne parle même pas des, qui sont en aval de Prague ("Ústí nad Labem", "Děčín"...). Là, ça va arriver demain en fin de journée, et ça va faire mal, selon les prévisions les plus optimistes, malheureusement. Tiens, encore, "Terezín" est en cour d'évacuation, toute la ville en ce moment même. Les boules moi j'dis, les boules. Qu'est-ce qu'on a fait à mère nature pour mériter ça? Enfin j'aurais bien un élément de réponse, mais en ce moment, j'essaye de rester positif (et je ménage mon ulcère nerveux), alors je vous en parlerai une autre fois.

Sinon je vous ai mis aussi des photos comparatives, genre quand c'est pas les inondations, et quand c'est qu'il y a quelques heures de ça seulement (vers 16h), genre que vous puissiez vous faire une idée dans la situation du caca-boudin qu'on est dedans tout plein. Mais comme dit, certains sont dedans encore pire à donf, alors pensez plutôt à eux si vous avez 5 minutes plutôt qu'à moi, parce que malgré que je le mérite amplement (que vous pensiez à moi, et que vous me donniez des sous aussi), ma situation n'est pas encore aussi désespérée qu'elle ne pourrait pas l'être encore d'avantage (vous sentez l'optimisme trapu à toute épreuve?).

Bonne nuit braves gens, et la suite demain matin, si j'ai le bonheur d'être encore chez moi devant ma bécane. Baisers, Strogoff.

Inondations 2013: Lundi matin

Alors c'est le moment de vérité. A 7h du matin, la Vltava devait être à son pic de culmination, et l'eau ne devrait plus monter au-delà de 2800 m3s-1. A priori, les protections anti-flotte devraient tenir jusqu'à 4000 m3s-1, mais bon, hein, en théorie, on ne sait même pas si elles vont tenir les 2800, vu qu'on ne les a jamais essayées auparavant.

Mais j'ai le blaire collé sur la situation comme un cochon sur une truffe, et je renifle à plein nez et en direct les infos TV comme Internet. Pour l'instant les 2800 m3s-1 ont été atteints, et ce depuis 4h du matin, mais le volume n'augmente plus. Hourra! Je suis allé moi-même vérifier ce matin vers 7:30, et de par vers chez-moi, l'eau n'a même pas encore atteint les barrières de protection. Trop cool.

Bon, mais c'est pas gagné non plus, car le barrage de "Slapy" doit lâcher du leste (il n'en peux plus le pauvre, la vessie pleine comme un prostatique), alors pas d'enthousiasme anticipé avant plusieurs heures. D'autant plus que "Smichov" (en amont) est en partie inondé, et que c'est au maillon le plus faible qu'on jugera de l'efficacité des protections anti-inondation. Ci-joint les relevés hydrométriques en direct, et tant qu'on restera en dessous des 3000 m3s-1, alors hourra allez Louilla.

Sinon il continue à pleuvoir (ce fumier!), mais moins en trombe que les jours précédents. Ceci-dit, c'est pas tant la pluie à Prague qui fout le foin dans la "Vltava", que les rivières qui se jettent dedans, en particulier "Berounka", "Sázava", et même des petits ruisseaux insignifiants comme "Botič" qui ont pris des volumes insoupçonnés à cause des pluies torrentielles et ininterrompues de ces 5 à 7 derniers jours.

Alors Je ne vous cacherais pas que j'ai passé une nuit courte, et qu'en ce moment je serre l'anus comme un dromadaire dans une tempête de sable. Mais je reste tout plein d'espoir, parce que c'est bien la seule chose qui reste lorsque la nature se manifeste plus fort que d'accoutumé (l'andouille). Bon, mais rassurez-vous chers lecteurs, en cas de souci je suis prêt à quitter mon palace en quelques minutes, avec sur mes épaules ma chérie d'amour à califourchon. Les indispensables transportables sont dans une valoche, les indispensables non transportables sont au grenier, et ce qui reste dans l'appart, c'est le remplaçable, si vraiment ça tourne au pire. Mais à nouveau ça n'ira pas mal, parce que je suis optimiste, et j'ai confiance en les paroles rassurantes des autorités qui affirment que tout est sous contrôle (chuis con à bouffer du foin parfois, sans dec).

Du reste s'il y en a un qui est peinard comme un cénobite, c'est mon pote le griffard de la voisine: il pionce l'animal, et il s'en fout des inondations. Ah la sale bête, comme je l'envie. Allez, c'est l'heure à l'optimisme non di diou, haut les coeurs (et les barrières de protection)...