vendredi 9 novembre 2012

Ailleurs: L'église St Jacques de Jacques

Dans la série on ne dirait pas, mais si quand même, et à donf carrément, je vous présente l'église St Jacques de Jacques. Sans dec, imaginez un bled, que dis-je... un sous-patelin, puisque Jacques ("Jakub") est un bout de la commune d'un autre patelin, "Církvice"... donc un sous-bled, sur les terres duquel se trouve une église oubliée du monde comme des extra-terrestres et du barbu redoutable, église qui pourtant pouvait se targuer en son temps d'une importance significative d'un point de vue symbolique, et d'une importance actuelle encore plus significative et européenne d'un point de vue artistique. Enorme que c'est, z'allez voir.

Tout d'abord et afin de lever le moindre doute, le bout de hameau se nomme Jacques, et l'église est également consacrée à St Jacques (dit le majeur, fils de Zébédée et citoyen d'honneur de Compostelle). Ensuite mais juste à titre d'information, ce bout de hameau-bled était déjà habité à l'âge du néolithique, à l'âge du bronze, à l'âge du fer, à l'âge d'Astérix et Obélix. Et encore aujourd'hui, ce sous-bled est toujours habité (mais à peine) à l'âge du François Hollande. Bon, mais passons au vif du sujet.

La première mention du bled comme de son église remonte à 1146, et serait liée à une sombre affaire de guet-apens crapuleux commis sur l'évêque de "Olomouc" "Jindřich Zdík" (Henri), personnage original qui eut dans les annales de notre histoire des identités incertaines liées à des aventures rocambolesques (cf. une ancienne publie). Laissez-moi vous conter les faits, tels qu'ils sont écrits (dans les annales de notre histoire).

A la mort de "Sobeslav I" en 1140, son neveu "Vladislav II" fut élu khalife sur le trône de Bohême, et ce dans un contexte fort surprenant puisque nombreux prétendants au trône avaient priorité et même préférence. Mais bon, c'était comme ça, confirmé par les urnes, par l'empereur du St Empire, et par son épatance archimitrée de Rome. Alors tu penses bien que les évincés ne voulaient pas lâcher prise, tu m'étonnes. Aussi ils ne faisaient rien d'aut' que de fout' le foin dans le pays, au point que "Jindřich Zdík", resté fidèle au roi élu, finit par agiter la malédiction, l'excommunication et l'anathème au dessus des têtes des agitateurs. Tu parles, ça leur faisait une belle jambe. Non seulement les belliqueux continuaient leur foin, mais surtout notre évêque de "Olomouc" se les mit à dos grave. Et parmi les plus à dos grave qu'il se mit, se trouvait le logique successeur au trône détrôné, le prince "Konrád II Znojemský". Commence alors notre histoire comme écrite dans les annales de Vincent ("Annales Bohemorum Vincentii", i.e. "Vincentii canonici Pragensis annales, continuatio Cosmae"). Oyez brave gens. Ah oui, et quand je parle de roi "Vladislav II", j'anticipe un peu parce qu'il ne fut couronné qu'en 1158. Mais afin d'éviter la confusion entre le prince régnant et les princes évincés, je parlerai de roi même si roi il ne l'était encore pas. Oyez oyez brave gens donc.

En 1144, la plupart des fouteurs de foin finirent par se raccommoder avec le roi (pas encore roi) par l'intermédiaire de notre évêque "Jindřich Zdík" ("Anno dominicae incarnationis MCXLIIII princeps Otto cum fratre suo Wratizlao sese contra dominum suum ducem inique egisse recognoscentes, relicta temeritate Conradi fratris sui, per interventum domni Henrici, Moraviensis episcopi, gratiam ducis Wladizlai, colla sua eburnea gladio suo submittentes..."). Mais pas Conrad. Il lui fallut quelque temps afin de réfléchir à ses méfaits, et faire éventuellement acte de contrition.
Pis un jour, notre mitré Henri traversa les terres du prince (Conrad) afin de se rendre à Rome. Icelui (le prince Conrad) partit alors à sa rencontre afin, semblait-il, qu'Henri l'évêque intercède auprès du roi et réconcilie les deux bougres comme il avait oeuvré avec les autres. Lors de la rencontre, Conrad fit plein de promesses d'allégeance, d'obéissance et de rochers Ferrero, puis s'en retourna en sa résidence ("Anno dominicae incarnationis MCXLV domnus Henricus, Moraviensis episcopus, causa orationis una cum principe Ottone Romam iter arripuit, quem Conradus Moraviensis sub simulata pace et amicitia in exitu terrae illius convenit et, ut per eum gratiam domini ducis Wladizlai obtinere valeat, suppliciter orat, et sic ad telonium Vzobren ante ecclesiam eum dulcissima allocutione circumveniens, tanquam de omnibus, quae ad pacem sunt, secundum consilium ejus finem facturus, ad proprias sedes revertitur"). Tout semblait s'être bien déroulé comme il faut, et personne ne se doutait qu'il s'agissait en fait d'un piège infâme. Plutôt que de s'en rentrer chez eux, à la nuit tombée, le fourbe Conrad et ses hommes lourdement armés se retournèrent contre sa mirobolance, dans le but de la trucider ou de s'en saisir ("In primo autem noctis silentio ipse cum suis nefariis complicibus, tanquam contra hostes loricis et ceteris bellicis armatur instrumentis, et sic ad praedictum pastorem suum vel occidendum vel capiendum progreditur"). Heureusement le moine gris (cistercien) "Mukar" entendit le raffut et donna l'alerte afin qu'on aille réveiller l'évêque et qu'on l'aide à fuir par dessus le mur. Icelui s'en planqua dans les fourrés simplement vêtu de la couverture en poil d'ours sous laquelle il dormait en sandales, et recroquevillé dans la neige il se mit à prier ("Et cum jam ad ipsam villam, in qua episcopus tanquam de pace securus dormiebat, processissent, solo ibi rivulo satis difficili transitu eos impediente, quidam spiritum domini habens, quod praedictus episcopus posset evadere, signum dans, carmen bellicum incipit. Eo audito primo Mukar, Grisii ordinis monachus, eum silentium tenentem excitat, et ut cito mortem evadat, clamat et solummodo pelliculis, quibus tunc coopertus erat, vestitum et vilibus calceatum calceolis, quidam de suis viri timorati ultra sepem domus jaciunt, qui parum inde progrediens inter fruteta et algores nivium se in orationibus jacit."). Les malfaisants ne trouvèrent pas l'Henri. Ils occirent alors quelques moines, rapinèrent tout ce qu'ils purent, en particulier l'argent de poche que le pauv' boug' s'était mis de côté pour ses vacances à Rome, puis fouturent le feu aux édifices afin de rôtir l'évêque s'il se trouvait planqué quelque part de vers là.
Ensuite ils se murgèrent la trogne comme PLonais aux Pâques avant de repartir quand même chez-eux, tard, la tête enfarinée ("Illi autem gravi impetu thalamum eius ingrediuntur, eiusdem ordinis ibidem quosdam regulares canonicos inveniunt, ex quibus quendam Lucam nomine, ipsum putantes episcopum esse, gladiis caedunt, sed cum eum non esse comperiunt, ei colaphos et plurimas alapas superimponentes cum ceteris fratribus spoliatum semivivum relinquunt. Quidam autem curiam cum facibus, ne evadere posset, circumdederant, equis brachia eius calcantes et ardentes carbones super eum de facibus excutientes, eum angelo dei bono coelitus protegente in dumetis videre non potuere. Dux autem scelesti exercitus domos comburi praecipit, ut si qua absconditus lateat, comburatur. Sed postquam eum evasisse sciunt, pecuniam, cum qua Romam erat iturus, capellam, palefridos, militum dextrarios, pauperum jumenta, eorum possessores, prout quisque poterat, spoliantes diripiunt et tanquam fausta victoria potiti maximo foco in medio curiae posito ducem suum circumstantes diversis poculis, quae ibi invenerant, post tantos sese labores reficiunt et admodum, quod votum suum non expleverant, tristes inde recedunt").

Et c'est en cherchant ses boeufs en plein milieu de la nuit (activité courante en Bohême au XII ème siècle), qu'un paysan trouva l'Henri gisant, grelotant et reniflant la mouchure de son nez gouttant. Il le ramena chez lui, le vêtit de frusques miteuses et de chaussettes en paille puis le conduisit sous la neige assit sur une jument jusqu'à "Litomyšl" à grand renfort de peine par monts et par vaux ("Post has vero miserias, dum quidam rusticus boves suos media nocte quaerens ad locum, in quo praedictus episcopus latitabat, pervenisset, eum episcopus de familia sua esse cognoscens clanculo vocat et ut patrem suum Guozdlam nomine cum aliquo runcinulo aut jumento, si fieri possit, ei adducat, rogat. Qui cum hoc patri referret, domini sui miserti et super eo misericordia moti jumentum, quod habebant, secum adducunt et ipso rogante, quod citius eum extra terram educant, pro ocreis pedes tanti principis faeno circumdantes et vesticulis suis rusticalibus eum vestientes super jumentum eum imponentes per devia et pessimos algores nivium usque Lutomisl cum magno labore deducunt, et sic diversa pericula mortis vir bonus, eum dextera dei protegente, evadit").
Une fois informé de l'affaire, le roi "Vladislav II" envoya aux devants de l'évêque une escorte munie de frusques propres, de mouchoirs et de bonbons à l'eucalyptus afin de rapatrier sain et sauf le lascar jusqu'à Prague ("Hi autem rumores cum ad aures domini ducis Bohemiae Waladizlai perveniunt, de illatis tanto viro calumniis dolet et ad eum consolandum cum palefridis et aliis necessariis nuntios dirigit, ipse quoque ei cum militia pro tutela occurrens eum Pragam deduxit. Nec mirum! eum etenim tanquam virum bonum et patrem spiritualem diligebat").

Mais c'est pas fini, attends. Tu penses bien que le mitré n'allait pas en rester là. Il déposa plainte auprès du roi, du conseil des droits de l'homme et de l'évêque, et s'en alla personnellement jusqu'à Rome expliquer l'affaire à son patron. La vengeance ne fit pas long feu. Sa mirobolance Eugène fit péter l'excommunication envers Conrad et tous ses complices ("Anno dominicae incarnationis MCXLVI praedictus episcopus querelis de illatis sibi calumniis domno Waladizlao peractis Romam pro eadem causa movet et de eadem causa querimoniis domino papae Eugenio delatis, de excommunicatione Conradi ab ipso apostolico facta literas deportat et eum Pragae ex parte domini apostolici et sua cum suis complicibus excommunicat"). Bon alors j'en reste là pour l'histoire de la tentative de meurtre sur l'évêque de "Olomouc", parce que c'est là que commence l'histoire de notre église. Juste pour abreuver la soif de ceux qui se demanderaient comment l'affaire se termina, ben le roi organisa une expédition punitive sur Conrad. Celui-ci quitta le pays quelques temps, mais revint plus tard, et se réconcilia même avec "Vladislav II" (mais ils ne se marièrent pas et n'eurent pas d'enfant non plus).

Mais revenons à la bulle du 5 juin 1145 écrite sous le soleil de Viterbo un verre de spritz à la main, où le franc-razis excommunie Conrad et sa bande de voyous. Cette bande en fait fut clairement dénoncée par l'évêque délateur qui, malgré la peur et le froid dans les fourrés, prit une photo sur son iPhone de tous les coquins qui participèrent à l'attaque. "J'ai les noms de ceux qui font les cons" annonça-t-il joyeusement devant le pape. Et ce dernier n'oublia pas de les mentionner spécifiquement: "Unde nos, quorum precipue interest tantum sacrilegium et tam gravem excessum impunitum non pretermittere, eosdem sacrilegos, videlicet Conradum, Wratizlaum, Depaldum, Micul, Jurata, Domazlaum, Slauebor, Ugonem, Cuno, Roduik, Bogdan, in preterita sollemnitate pentecostes, astante populi multitudine, excommunicationis vinculo innodavimus et ab omnius fidelium consorcio sequestravimus" (cf. "Codex diplomaticus et epistolaris regni Bohemiae, 143, p.146").

Alors pourquoi je vous raconte tout ça, et quel est le lien avec notre église St Jacques? En 1846 (parfois 1845), eut lieu une restauration de l'intérieur de l'église et l'on découvrit dans l'autel secondaire sur la tribune un petit coffre en fer, scellé d'un sceau épiscopal. Et dans ce coffre, outre une flopée de reliques sans intérêt, se trouvait un parchemin également scellé d'un sceau épiscopal. Alors l'on chercha encore, et l'on finit par trouver un second coffre dans l'autel principal, également plein de reliques sans intérêt (et surtout sans noms), mais enveloppées dans 13 petites poches en tissus de couleur bordeaux-violet (le violet est la couleur des évêques). L'on déchiffra alors le parchemin de la première découverte: en 1165 de l'année du seigneur... moi, Daniel 13 ème évêque de Prague... ai planqué de mes propres mimines dans l'autel ci-présent les reliques des saints suivants... ("Anno dominice incarnationis millesimo centesimo sexagesimo quinto, indictione decima tercia, epacta decima septima, concurrente quarta. Ego Daniel, licet indignus, dei tamen gratia Pragensium Episcopus decimustertius, anno ordinationis mee decimo quinto, mense undecimo, die mensis decimo nono, regnante Frederico gloriosissimo et serenissimo Romanorum Imperatore et semper augusto, temporibus quoque Wladizlai gloriosissimi Boemorum regis, has reliquias horum sanctorum in hoc altari decima tertia kalendas decembris propria manu recondidi").
S'en suit alors une liste de saints divers avariés, en passant par les onze mille vierges ("sanctarum XI milium virginum"), que c'est à se demander comment un si petit frigo eut pu contenir autant de viande. Et ça se termine par: iceux (mentionnés) et tous les autres saints, veuillez intercéder pour moi auprès du barbu redoutable. Moi "Vladislav", en ce moment roi de Bohême (mais demain qui sait?) prie pareillement (pour l'intercession). Moi Judith (de Thuringe, celle dont le pont prédécesseur du pont Charles portait le nom), en ce moment reine de Bohême (mais demain qui sait?) prie pareillement aussi. Moi Marie, édificatrice d'icelle église avec mes fils "Slavibor" et Paul, en ce moment prie pareillement ("Isti et omnes sancti dei intercedere dignentur pro me peccatore ad dominum deum Amen. Ego Wladizlaus rex Boemorum eiusdem temporis idem oro. Amen. Ego Judita regina Boemorum eiusdem temporis, idem oro. Amen. Ego Maria, constructrix huius ecclesie cum filiis meis Zlaueboro et Pavlo eiusdem temporis, idem oro. Amen. Amen. Amen"). Le tout étant copieusement saupoudré de Amen Amen et encore Amen (des fois qu'ils en auraient oublié).

Bien évidemment, la grande question que les historiens commencèrent alors à se poser c'est le pourquoi que le roi, la reine et l'évêque de Prague se rendirent dans un bled insignifiant afin de consacrer en grande pompe une église insignifiante érigée par une Marie inconnue? Attention, notez cependant que le texte ne parle aucunement de consécration de quoi que ce soit, mais simplement de la dissimulation de reliques dans l'autel (GéoCaching?). Du coup il n'est pas interdit de penser que l'église aurait put être construite et consacrée bien avant 1165, mais en l'absence d'éminentes célébrités, cet acte n'aurait pas été gravé sur parchemin (ou perdu).
Ceci-dit, il est aujourd'hui admis qu'un tel déplacement d'épatances n'aurait pas eu lieu pour rien (bien que le GéoCaching ne soit pas rien), et qu'il est fort probable (mais pas certain) que consécration il y eut.

Bref, les historiens se mirent en quête d'une réponse, laquelle finit par voir le jour sous forme d'une possibilité: en fait Marie aurait été l'épouse de feu "Slauebor" ("Slavibor", apparemment décédé vers 1146), l'un des excommuniés ayant pris part à l'embuscade envers l'évêque de "Olomouc" "Jindřich Zdík". L'excommunication, l'exécration et l'imprécation jetées sur le prince voyou "Slavibor" auraient fini par compliquer la vie de sa famille comme de ses sujets, ainsi afin de se réconcilier avec l'église et mettre un terme à ses tracas, veuve Marie auraient fait construire l'église St Jacques en contrition, pénitence et sincère repentir. Alors je n'ai pas trouvé de document étayant cette hypothèse, mais icelle étant communément acceptée par les historiens, hein, on va dire que c'est comme ça, et passer à la suite. Ah si, pour info, Marie et "Slavibor" (comme les fils "Slavibor" et Paul) seraient des ancêtres de la famille "Švábenští ze Švábenic", noblesse morave. Mais plus intéressant comme info, l'évêque Daniel était le 13 ème évêque de Prague et l'évêque "Jindřich Zdík" était le 13 ème (aussi) évêque de "Olomouc". Or l'évêché Praguois date de 973 alors que l'"Olomoucien" date de 1063. Curieux comme coïncidence non?

Alors pourquoi justement construire une église là, à 3 km de "Kutná Hora", en Bohême et non en Moravie? Et pourquoi dans un tel bled, plutôt que dans une ville? La réponse n'est clairement pas univoque et je ne puis que vous donner quelques éléments qui pourraient résoudre l'énigme.
Le premier élément pourrait être lié à la présence du monastère des Cisterciens de "Sedlec" (aujourd'hui commune de "Kutná Hora") fondé en 1142 par un insignifiant noblaillon suite à une recommandation de l'évêque "Jindřich Zdík". Le monastère de "Sedlec" fut garni de moines cisterciens provenant de "Waldsassen" (fondé en 1133 dans le Haut-Palatinat, Germanie). Ce dernier fut lui-même garni par des moines cisterciens provenant de Morimond (fondé en 1115 et en Champagne-Ardenne). Et icelui fut lui-même garni aussi par des moines cisterciens provenant de Cîteaux (fondé en 1098 et en Bourgogne). Z'allez-voir par la suite que cette suite de fondations d'origines diverses n'est pas insignifiante. Notez ensuite qu'il se trouvait céans (en le hameau de Jacques), bien que ce ne soit plus aujourd'hui évident, un fortin et un domaine seigneurial. Ainsi cette église à tribune, que les experts classent dans le type ottonien (cf. l'empereur Otton 1er), remplissait 3 fonctions en une:
- D'un côté une fonction privée, comme chapelle du seigneur local. Il accédait à la tribune par un pont en bois qui reliait la tour/clocher de l'église (cf. la porte dans la façade Ouest) avec le palais, aujourd'hui disparu.
- D'un autre côté une fonction publique, pour les besoin de la paroisse. La plèbe accédait au rez-de-chaussée par le portail Sud sans entrer en contact avec la noblesse (qui autrement aurait pu choper les maladies et les parasites que les pauvres généralement transmettent).
- Et d'un autre côté encore, l'église servait de refuge à la populace lors des querelles de village puisque localisée à l'intérieur du fortin.

Et donc rapide descriptif extérieur.
L'édifice de style roman se compose d'une nef unique, fermée à l'Est par une abside en demi-cercle, à l'Ouest par une tour. Le matériau de construction est le grès tricolore rouge, jaune et blanc. La pierre à l'origine brute a récemment été recouverte d'un crépis protecteur isolant, aussi la multicolorité ne pète pas aux yeux du spectateur, sauf si celui-ci pointe ses mirettes vers la fenêtre romane de la façade Sud, à droite de la statue de St Jacques: là les 3 types de grès sont bien visibles (encore que la distinction du grès jaune et blanc...). Le sommet de la tour comporte 2 étages de fenêtres à 3 arcades séparées par 2 colonnettes supportant la retombée des arcs (nettement plus rare que les fenêtres géminées, 2 arcades 1 colonnette centrale).

L'église subit diverses "purifications" qui lui donnèrent l'apparence que vous voyez aujourd'hui. Tout d'abord "Josef Kranner" (cf. la cathédrale praguoise) restaura la nef entre 1872 et 1874. Puis l'incontournable "Josef Mocker" restaura le clocher en 1883. Une toute récente restauration (exclusivement extérieure) mit un frein au délabrement entamé depuis plusieurs décennies, délabrement accéléré ces dernières années par les cons (détérioration gratuite, cambriolage organisé...) et par les vibrations (selon la guide Mme Anna, cf. plus loin) occasionnées par le vol des avions à réaction de la 21 ème base de l'aéronautique tactique distante de moins de 2 kilomètres à l'Est.

Rapide descriptif intérieur. Dans l'abside, le plafond en demi-dôme (conque) est d'origine. La peinture dessus, oeuvre de "Petr Maixner", est quant à elle récente (1873). Elle représente le Christ en gloire dans une mandorle entouré d'un côté par la vierge Marie (encore un peu de café mon chéri?) et de l'autre par St Jean-Baptiste (sucre blanc ou sucre roux?).
En dessous, une bande dessinée de la vie de St Jacques. Dans l'ordre de gauche à droite:
- Jacques et son frère Jean abandonnent la pêche familiale pour suivre Jésus. Tu m'étonnes, depuis l'instauration des quotas par l'Union Européenne, pêcheur ça paye plus. Tu fais 'achement plus de pognon en racontant des conneries à ceux qui veulent bien les entendre. Et si l'église ne veut pas de toi, tu peux toujours lire les cartes, prévoir l'horoscope, accessoirement annoncer la météo. Tout ça, c'est nettement plus utile et lucratif que pêcheur.
- St Jacques prêche la bonne parole en Ibérie. Alors pour commencer, Jésus l'envoya en Espagne afin qu'il se fasse la bouche (la main). "Tu verras, leur économie est à la ramasse, ils ne comprennent pas un mot d'Hébreux, mais on y bouffe bien et y a de la mer, du soleil et des nanas" aurait-il dit, avant de rajouter "mais velues, les nanas".
- Le roi Hérode Agrippa condamne St Jacques. Bien fait. Si j'étais roi, tous ces diseurs de bonnes aventures, de tireurs de cartes, de voyeurs dans les boules (de cristal), d'annonceurs de beau temps en week-end... pareil, tous suppliciés pour avoir vendu de la daube frelatée et avoir sciemment arnaqué le peuple.
- St Jacques pardonne à ses accusateurs. Totalement dérangé le St Jacques: "T'inquiète pas, ça va le faire, rien d'grave dans c'te affaire. Au pire j'en mourrai, mais on ne va pas en faire un monde non plus."

Bon, on aime ou on n'aime pas ces fresques récentes, c'est comme chacun qu'il veut. J'me demande seulement s'il n'y a pas autre chose de plus ancien dessous? Et toujours dans l'abside, vous pouvez apercevoir un petit tabernacle peint dans le fond d'une naïve monstrance. Même la grille du tabernacle n'est plus, pour vous dire à quel point les fumiers s'acharnèrent sur l'édifice. Le plafond de la nef quant à lui n'est pas d'origine. Le plat plafond en bois typiquement roman a fait place à une voûte d'arête renaissance ayant nécessité l'occlusion de certaines fenêtres afin d'y ancrer les aboutissants d'arête. Le centre de la voûte contient une étoile particulièrement stylisée de la famille "Šternberk" (apparemment).
Notez la remarquable tribune de la façade Ouest, soutenue par 3 arcs et 2 colonnes purement romans. L'une des colonnes est richement gravée de motifs géométriques représentant comme des clés entrelacées, tandis que l'autre (colonne) est totalement lisse (manque de temps, d'argent, d'inspiration?). Les chapiteaux des colonnes sont également gravés de motifs fleuris. Notez encore que les colonnes, les chapiteaux et l'intérieur des arcs sont en grès rouge alors que la tribune et les socles des colonnes sont en grès blanc. C'est marrant. Des potentielles fresques comme des peintures il ne reste rien. Derrière l'escaliéchelle reste un fragment de texte (sans doute un psaume, vu les notes de musique sur la portée) mais aujourd'hui illisible. Sinon plusieurs pierres tombales décorent les murs intérieurs de l'église. Elles sont globalement sans réel intérêt historique comme artistique, en dehors de la sculpture baroque sur le mur Nord, qui serait de la fin du XVII ème siècle. Anna la guide était en train d'en parler quand nous sommes arrivés, du coup j'ai loupé la première moitié des explications, et j'ai pas écouté la seconde (moitié des explications) parce que je découvrais l'église. Je ne peux donc rien vous dire sur l'unique pierre tombale qui mériterait d'en parler.

Je vais donc me rattraper sur les autres (pierres tombales), qui elles ne méritent pas qu'on en parle. L'une des pierres appartient à "Kašpar Melichar ze Žerotína" (décédé en 1628), petit noblaillon local originaire de "Kolín" qui développa tout particulièrement le bled de "Nové Dvory" (fin du XVI ème siècle), bled qui devint un domaine d'importance régionale certaine et qui perdura jusqu'à la seconde guerre mondiale. Une autre pierre tombale appartient au petit "Jan Diviš ze Žerotína", né en 1605 et décédé 2 ans plus tard (à ne pas confondre avec "Jan Diviš ze Žerotína", mort en 1616, ardent défenseur du protestantisme et frère du fameux Charles "ze Žerotína", bien connu des Moraves pour avoir inventé le casse-noix à vapeur). Et repose encore ici "Bedřich Kašpar Eusebius z Riesenburka a Švihova", descendant des précédents "ze Žerotína" et décédé en 1654 à l'âge de 28 ans d'une inflammation des mains moites (avec les progrès actuels de la médecine, on ne s'imagine même plus qu'avant on pouvait mourir d'un rien).

Maintenant, le morceau de choix, le sot-l'y-laisse artistique, le fruste-n'y-fait-pas-gaffe historique qui fait que notre église St Jacques est si exceptionnelle... Je veux parler des fameux reliefs romans sur la façade Sud. Alors en vrai langage artistique, on utilise les termes de bas-relief (lorsque la profondeur de sculpture est faible, pratiquement 2D), de haut-relief (lorsque la sculpture est à peine attachée à un support, genre 2,75D) et de ronde-bosse (lorsque la sculpture est entièrement 3D). Ici on se situe entre le bas et le haut-relief, alors pour faire simple, je parlerai de relief tout court, même si moyen-relief serait plus approprié.

Il s'agirait du plus riche ensemble roman conservé comme un tout sur notre territoire, et serait daté de la mi-XII ème siècle. Il représenterait les Sts patrons de la Bohême, et serait leur plus ancienne représentation (hypothèse communément admise jusqu'à y a pas longtemps, mais malheureusement fausse. Cf. plus loin). Certes, certaines représentations sont en (très) mauvais état, les intempéries et les Suédois s'étant acharnés sur ces oeuvres, néanmoins avec un peu d'imagination, de contexte historique et de fantaisie religieuse, il est possible de reconstituer une part des aventures de ces reliefs. Notez que ce qui suit est un concentré de ce que nous raconta Mme Anna (la guide) lors de la visite, une mosaïque d'hypothèses glanées de ci et de là en des ouvrages d'experts écrits au cours des XIX-XX ème siècle et disponibles dans les diverses bibliothèques de notre capitale, et une synthèse du rapport de fouille de l'Institut National du Patrimoine, rapport extrêmement pertinent daté de 1997, confirmant ou infirmant les précédentes connaissances d'époque tout en apportant des éléments nouveaux basés sur les dernières techniques d'investigation archéologique.

Alors globalement il y a 4 ensembles. Le premier ensemble sur la façade Sud du clocher montre 2 personnages agenouillés, alors qu'au centre, le relief debout est totalement illisible. En fait, et compte tenu de son délabrement, ce premier ensemble est souvent ignoré par les experts.
Et pourtant. Parmi tous les reliefs sur l'église, il n'en est pas un seul qui représente la donatrice, Mme Marie. C'est pour le moins inhabituel. Aussi d'aucuns pensent que "les agenouillés" pourraient représenter les initiateurs de la construction (Mr "Slavibor" et Mme Marie) tandis que "la debout" pourrait être la Vierge Marie. A nouveau, pincettes de rigueur, car l'affirmation ne peut en aucun cas s'appliquer ici.

Le second ensemble au rez-de-chaussée de la façade Sud de la nef montre pareillement 2 reliefs particulièrement délabrés, mais le portail d'entré étant placé entre les deux, il pourrait s'agir des gardiens de la porte céleste, St Pierre (gardien des clefs) et St Paul (gardien de la sonnette). Une seconde éventualité évoque Ste Ludmilla et St Guy, saints patrons très en vogue en cette période. Mais en l'absence d'éléments tangibles envers l'une ou l'autre des 2 possibilités, aucune réponse catégorique ne peut être fournie dans ce cas non plus.

Le troisième ensemble, à l'étage de la façade Sud de la nef est le mieux conservé des imbéciles (puisqu'en hauteur). Il dévoile un évêque tenant une crosse (interprété comme St Adalbert). Ensuite un groupe de 3 personnages: au centre St Jacques (parfois Jésus mais peu probable), et sur les flancs 2 jeunes gens, interprétés comme les fils des donateurs, "Slavibor" et Paul. Puis un chevalier armé d'une épée et d'un bout plié... bouclier (interprété comme St Venceslas, le patron de la Bohême). Et enfin un abbé tenant aussi une crosse. Ici y a doute. Avant l'on pensait à St Procope (autre St patron de la Bohême), mais aillant été canonisé en 1204, soit après la sculpture des reliefs, et avant d'être devenu St patron du pays (la sculpture), il est vraisemblable que cette représentation représente tout simplement l'évêque de "Olomouc" "Jindřich Zdík", celui par qui tout arriva. Ah? Bon, mais de par le manque cruel d'attribut, il est particulièrement difficile d'identifier les personnages avec certitude. Je reviendrai sur les protagonistes plus loin.

Quant au quatrième ensemble qui se compose d'un élément unique, il est représenté par le tympan au dessus de la porte d'entrée (pareil, détails plus loin).

Bien, je vous concède à nouveau que ces reliefs sont plutôt abimés pour certains, mais malgré cela, écoutez-voir tout ce que l'on peut conclure en les analysant de près. Tous les reliefs sont en grès et représentent un motif unique gravé sur une plaque apposée pendant la construction de l'église (de par l'incrustation des plaques dans les murs). Il est cependant fort probable que les plans d'origine ne comptaient pas avec ces plaques. En effet, remarquez la façon dont les personnages reposent sur un piédestal pentu ou sur un bloc de pierre de toute évidence tronqué à posteriori pour les besoins de la composition (en particulier les reliefs du rez-de-chaussée, dont les piédestaux nettement plus massifs qu'à l'étage furent taillés asymétriquement pour les besoins du portail roman). Mieux, il semblerait que les reliefs (personnages) et leurs piédestaux aient été taillés séparément puis assemblés par la suite. Une analyse détaillée des pierres aurait prouvé des origines différentes. Il est donc clair que les divers éléments composant ces reliefs ont été sculptés en tenant compte d'un besoin de transport, puis assemblés ici, sur l'église St Jacques, de façon impromptue, non planifiée genre. Selon les experts, il est plus que probable que cette série de reliefs était destinée à un édifice nettement plus large, afin de former un tout, en alignement face au spectateur. Une autre preuve que ces reliefs n'étaient originellement clairement pas destinés à St Jacques, sont les pieds coupés des 2 jeunes (les fils "Slavibor" et Paul) ainsi que l'épée du chevalier (St Venceslas) afin de les adapter aux arcades de la façade. Le fait que les reliefs du rez-de-chaussée présentent des piédestaux totalement différent que les reliefs de l'étage tendrait à supposer soit qu'ils étaient destinés à un autre édifice, ou tout du moins à un autre emplacement sur le même édifice. Quoi qu'il en soit, tous les reliefs sont aujourd'hui partie intégrante de l'église St Jacques, et leur incrustation dans le mur indique qu'ils furent assurément posés lors de la construction (XII ème siècle).

Quelques détails maintenant sur les personnages. Commençons par les abimés du rez-de-chaussée. De St Pierre, on ne voit plus que les esquisses des formes. L'emplacement de la tête, et au dessus de son épaule droite quelque chose qui aurait pu être soit le haut d'une crosse, soit une clé puisqu'il s'agit de St Pierre. Mais aucune certitude ici, sinon des hypothèses. St Paul est à peine dans un meilleur état. On distingue cependant parfaitement sa robe ainsi que son bras droit levé comme pour bénir.

L'évêque au premier étage est légèrement plus petit que les autres personnages, aussi il fut placé sur un bloc de pierre supplémentaire afin que sa tête se trouve à la même hauteur que celle des autres. Ses habits sont travaillés dans le plus fin détail. Notez (si vous avez un zoom convenable, genre Canon EF 70-200mm F2.8 L IS II USM par exemple) ses sandales tout spécifiquement sur son pied droit, où l'on distingue parfaitement chaque lanière de cuir. Une grande partie de sa mitre n'est plus, et son visage est malheureusement fort abimé.

St Jacques est tout autant détaillé. Notez tout particulièrement la précision de ses cheveux, de sa barbe et de sa moustache. Idem pour les phalanges des doigts de sa main gauche, ou sa ceinture. Ici le sculpteur a déployé un talent assuré afin de faire ressortir tous les détails du personnage principal de la scène. De sa main droite il tient un livre (Internet pour les nuls) et de sa main gauche il refuse un verre de Pastis. Cette scène s'intitule "St Jacques dit non à l'alcool mais oui à l'informatique". Vous retrouvez ce refus sur la frise au bas du tympan de la porte Miègeville de la basilique St serre-main de Toulouse, mais en nettement plus exemplaire. Là les 12 apôtres refusent le verre de Pastis. Bon, et pourquoi St Jacques alors ne serait pas Jésus? Ben parce que Jésus est représenté sur le tympan (cf. plus bas), et que la représentation du même saint ou du même Jésus dans un même ensemble est extrêmement rare.

Les damoiseaux latéraux sont nippés de jupettes arrivant aux genoux, et une attention toute particulière fut portée aux pantoufles dont une est encore bien visible sur le bougre de droite. Malgré que les tourtereaux aient été sculptés en des lieux et des temps différents, il est pratiquement certain que le gamin de droite eut servi de modèle au gamin de gauche (très abimé). En vous positionnant le plus à gauche possible afin de contempler le visage du damoiseau droit, vous noterez la coupe de cheveux genre mikado arrêtée nette en dessous des oreilles. Maintenant le fait qu'ils représenteraient les fils "Slavibor" et Paul de la donatrice Mme Marie est peu probable. Il semblerait qu'il s'agisse plutôt de 2 orphelins symbolisant la création d'orphelinats liés à St Jacques (ah bon? J'ignorais). Selon les experts, cette composition serait assez rare, mais tout à fait possible. D'un autre côté St Jacques est également l'inventeur du couteau à huître, et honnêtement, je n'ai pas vu beaucoup de représentations de "St Jacques l'écailler" (lait caillé?) non plus.

Concernant l'abbé, car c'est un abbé, en regardant de près (zoom ou jumelles) vous pouvez apercevoir la capuche remontant le long du cou jusqu'à mi-tête... Concernant l'abbé donc, l'élément frappant est la physionomie de la caboche (rondelette, pommettes saillante, yeux globuleux) qui n'est pas sans rappeler Marty Feldman.

Le chevalier, supposément St Venceslas pose plusieurs questions. Tout d'abord il est coiffé d'un casque franc ou lombard, alors que l'iconographie classique de St Venceslas utilise la coiffe princière en feutre rouge à 4 bosses (exception de la statue sur la place Venceslas, ben tiens). St Venceslas est généralement (jusqu'au XIV ème siècle) représenté avec une lance terminée par un pennon aux couleurs de Mr Bricolage, alors qu'ici il tient une épée. Et finalement son bouclier est toujours frappé d'un aigle noir, alors qu'ici il est plat, sans motif. Notez comment sa main gauche le tient (bouclier) par en haut (cf. ses doigts posés dessus).

Maintenant si l'on admet l'hypothèse que la statue principale serait St Jacques, alors il n'est pas exclu que le chevalier serait Roland, Roland le preux, celui dont la légende prit forme sur les chemins du pèlerinage vers St Jacques de Compostelle. Si une telle hypothèse était avérée, alors l'église St Jacques de Jacques serait à mettre en parallèle avec ces chemins de pèlerinage, genre arrêt buvette-prière pour les pénitents se rendant en Espagne depuis les lointaines contrées Nord-Est de l'Europe (n'oublions pas que le chemin dit de la "Petite-PLogne" ["Polonia Minor"] descend de "Sandomierz", passe par Cracovie, "Olomouc" puis Prague et se divise à "Plzeň" en une route Nord vers Nuremberg, Strasbourg... et une route Sud vers Ratisbonne, Constance...). Et dernier point important concernant le pèlerinage: bien qu'aujourd'hui l'emplacement de l'église puisse sembler relativement plat, au moyen-âge, St Jacques reposait sur un monticule (cf. "Josef Emler in Libri confirmationum ad beneficia ecclesiastica Pragensem per archidioecesim. S. Jacobi prope montes Guthnos. 1357. 4. Octob. Henricus plebanus in Oschobuh ad presentacionem hon. et relg. fratris Johannis Abbatis Czedlicen. Cistercien. ordinis ad ecclesiam in monte S. Jacobi prope Montes Guthen. per commutacionem Crucis plebani ibidem vacantem, fuit confirmatus, plebano in Loth pro exec. sibi deputato.".

Eh oui, le pèlerin comme la taupe des champs ont une vision déficiente (f'raient mieux d'aller à Lourdes plutôt qu'à Compostelle), aussi l'on construisait les étapes du pèlerinage sur des sommets afin que les malvoyants ne puissent pas les manquer (les étapes). Et pour les vraiment aveugles, on rajoutait même des clochers (tours) afin qu'ils ne voient vraiment rien d'encore plus loin (cf. à nouveau la basilique St serre-main de Toulouse avec sa tour de 60 m de haut). Mais aujourd'hui, avec le réchauffement planétaire, la montée des eaux et la surpopulation, le "monte sancti Jacobi" est devenu plat.
Encore que... si vous regardez l'église d'un angle Ouest-Est, vous verrez (par beau temps) sa tour de plusieurs kilomètres.

Tiens, à propos de la tour... Les anciens du village racontent encore aujourd'hui que lors de la bataille de "Chotusice", l'impératrice Marie-Thé observait le cours des évènements du haut du clocher de St Jacques en buvant un chocolat chaud. Ouah l'aut', mort de rire. La bataille eut lieu le 17 mai 1742, or 4 jours auparavant, le 13 mai, Marie-Thé mettait bas la p'tite Marie-Christine à Vienne. Je doute fort que l'impératrice eut la force, l'envie et le temps de refroidir d'la moquette afin d'assister à la foire. Du reste c'est sans doute cette absence qui lui fit perdre la bataille, et du fait la Silésie, parce que comme dit, les absents ont toujours tort (cf. "Švejk: Napoleon se u Waterloo zpozdil o pět minut a byl v hajzlu s celou slávou.").

Le tympan exceptionnellement bien conservé représente une moitié de Jésus en majesté ("Majestas Domini"), i.e. en gloire, i.e. pantocrator... Notez que malgré qu'il y ait des différences (minimes) entre ces représentations christines (jésustesques), par exemple corps entier versus buste, mandorle versus trône, debout versus assis, inscription "Ego sum mundi" versus "Ego sum via, veritas et vita" versus "Ego sum primus et novissimus", etc... globalement la scène est identique: Monsieur Christ tient dans sa main gauche un livre ouvert et de la main droite il montre 2 doigts (cf. la description détaillée dans moult précédentes publies). Ici le fils de dieu sorti d'un nuage est entouré de 2 anges agitant d'une main l'encensoir et de l'autre le rameau de palme afin de chasser les mouches du paradis céleste ("Deinde angelus ponit incensum in thuribulum, more solito, et primum ter adolet ramos benedictos..."). Taillé dans un grès rouge, et daté également du XII ème siècle, ce relief est clairement distinct des autres mais proviendrait également de la même région.

Maintenant notez oh combien ce relief est différent des autres. Les "rigides" du rez-de-chaussée et du premier étage s'articulent autour d'un axe haut-bas, sans réel mouvement et leurs visages regardent devant, droit dans le vide. Sur notre tympan, les anges prennent des postures courbes, et leurs têtes sont tournées vers le spectateur, qui s'immisce alors dans la scène. L'observateur n'est plus simple témoin, mais acteur. Il s'agit là d'un effet particulièrement inhabituel pour cette époque, et la raideur du Christ comme le drapé ankylosé des toges angéliques laisseraient à penser qu'il s'agit d'un égarement de l'artiste, d'une excentricité involontaire. Ce mélange de classique rigidité allégorique romane avec un pseudo-réalisme semi-naturel tendrait à pencher en faveur d'une esthétique franco-italienne.

Et justement, quid de leur provenance, de ces oeuvres? Une analyse pétrographique a montré que la plupart des reliefs (hors tympan) seraient d'un même type de grès A (répandu dans toute l'Europe), tandis que seul le jeune homme de gauche serait d'un grès de type B, utilisé dans les environs de Jacques (bled) et même sur certains artefacts de l'église (St Jacques). Plus sensible à l'érosion, le grès de type B se délabre plus rapidement, ce qui est visible sur le jeune homme de gauche versus celui de droite. Il est ainsi fort probable qu'en dehors de notre exception, tous les autres reliefs furent sculptés en même temps au même endroit, tandis que la singularité de gauche aurait été sculptée sur place, dans les environs de Jacques. Maintenant si l'on suppose, comme écrit ci-dessus, que les plaques (reliefs) devaient se trouver ensemble sur une surface plane non séparée (par des arcades comme sur St Jacques par exemple), alors elles auraient été destinées à des édifices du Nord de l'Italie ou de l'Ouest de la France (Charente-Poitou) où ces édifices étaient légions au XII ème siècle (cf. la cathédrale de Modène ou l'église Saint-Hérie de Matha). Maintenant qu'il s'agisse d'une large surface plane ou simplement d'une surface suffisamment grande afin d'accueillir ces reliefs, peu importe. L'important est la taille du monument et la technique d'incrustation des plaques-reliefs dans leur emplacement. Un exemple particulièrement représentatif est la cathédrale St Pierre d'Angoulême (consacrée en 1128), tandis que la région Poitou-Charentes regorge également d'exemples de plaques-reliefs incrustées.
Ceci-dit les oeuvres françaises sont nettement plus aérées, moins statiques et les mouvements des personnages (courbures des torses) sont distinctement plus prononcés que sur l'église St Jacques où, en dehors des agenouillés, les reliefs donnent globalement une impression de raideur, de posture rigide, symétrique et non naturelle.

La provenance italienne n'est pas à exclure non plus, surtout lorsqu'on sait que "Vladislav II" tout comme l'évêque Daniel (et le chanoine du chapitre de Prague Vincent, "Vincentus", auteur des fameuses annales) se rendirent plusieurs fois en Italie, jusque dans les Pouilles (comme moi cet été :-) et furent gratifiés de nombreux cadeaux (mais pas moi): cf. "Annales Bohemorum Vincentii", "Nos autem, qui in seruitio domni nostri episcopi totam Italiam ultra Romam usque in Apuliam peragrauimus, beneficiis et diuersis muneribus exhilarati deo et martyribus nostris, qui nos de tantis miseriis ad nostra reduxerunt, gratias agentes feliciter dies nostros exegimus". Nos statues auraient-elles été offertes en ces circonstances? Pas impossible, mais peu probable compte tenu de la limite de poids des bagages en soutes, et de la limite de taille des bagages en cabine.

Maintenant et plus récemment (mi-XX ème siècle), d'aucuns experts firent remarquer que les reliefs Nord-italiens comportent des frappantes similitudes avec des reliefs saxons: couleurs des bretelles, formes des boucles de ceinture, nombre de trous à lacets dans les chaussures ou courbure des poils de moustache... Il n'en fallu pas plus pour trouver d'encore plus frappantes similitudes entre les reliefs saxons et ceux de St Jacques. Et tout particulièrement, nos reliefs auraient moult similitudes:
- avec les pierres tombales des 3 abbesses en l'abbaye de Quedlinburg,
- avec la pierre tombale (en bronze) de l'archevêque "Friedrich von Wettin" en la cathédrale de Magdebourg,
- ou encore avec les portes (en bronze) de la cathédrale Ste Sophie de Novgorod (portes appelées "Sigtuna-Suède" d'origine erronée, ou "Płock-PLogne" d'origine fort probable) coulée à Magdebourg entre 1152 et 1154 puis retrouvées en Russie,
- et surtout avec le fameux "Wolframleuchter" (chandelier en bronze coulé à Magdebourg en 1160) de la cathédrale d'Erfurt.
Mieux, même les dates de sculptage correspondent: entre 1152 et 1165. Et quand on sait que l'Elbe (qui traverse Magdebourg) ne se situe qu'à 10 km du bled St Jacques, alors même le moyen de transport est tout trouvé.

Du coup quid de la provenance saxonne, italienne, ou française des sculptures? Aucune piste n'est pour l'instant à exclure, mais dans l'état actuel des choses, seules les hypothèses permettent de privilégier tout d'abord la Germanie (Saxe), ensuite l'Italie (du Nord, Modena, Piacenza, Parma) et moins probablement la France (Poitou-Charentes). De même, l'on pourrait encore supposer que les reliefs auraient été sculptés en Bohême par un sculpteur étranger, ou en Bohême par un sculpteur tchèque initié aux arts germano-italo-francs (arts techniques comme artistiques). La seule vraie certitude, c'est que de part son fondement/origine extra-bohémienne, l'iconographie ne concernerait aucunement les Sts patrons de notre pays, mais des personnes tout autres (en dehors de St Jacques qui est bien St Jacques, sans doute).

Une autre chose est également avérée, c'est que l'architecte de l'église (inconnus, mais certainement proches de l'ordre cistercien) était aguerri aux techniques de composition et de construction de l'Ouest de la France (Poitou-Charentes), de l'Italie du Nord et de la Saxe, et que notre église serait à mettre en parallèle avec les routes moyenâgeuses de pèlerinage vers St Jacques de Compostelle. Quoi qu'il en soit, quelle que soit la provenance des architectes et des sculpteurs, selon les connaisseurs avertis, ces reliefs du hameau Jacques sont d'une exceptionnelle qualité artistique (de l'époque) et n'ont aucunement à rougir devant des oeuvres dites "plus remarquables". Conséquemment si vous allez à "Kutná Hora", ne faites pas l'impasse sur ce joyau moyenâgeux. Peu de gens connaissent l'existence de l'église St Jacques et de ses sculptures, et encore moins de gens parmi les touristes étrangers.
Voilà donc une excellente occasion de briller dignement lors d'un repas entre voisins, lorsqu'iceux vous vanteront les beautés rebattues de "Kutná Hora".

Pour la visite, contactez Mme "Anna Hrušková" aux numéros de téléphone suivants: +420 737 338 158 (mobil) ou +420 327 571 389 (ligne fixe). En saison (Juin-Septembre?) Anna sera fort probablement sur place, devant ou dans l'église, comme ce fut le cas pour nous. N'hésitez pas à vous joindre aux visiteurs. Et si Anna n'est pas sur place, n'hésitez pas à la contacter. Elle est fort sympathique, affable, et comme Anna de l'église St Marie de "Sepekov", Anna de l'église St Jacques vous dira tout ce qu'elle sait au sujet de cet édifice avec enthousiasme et passion. C'est beau moi j'dis, et je lui voue toute ma considération. C'est là: N 49° 57.13945', E 15° 20.24830'.