samedi 26 mars 2011

Ville: Toskánská ulička, grand foin et p'tite ruelle

Alors afin que vous n'alliez pas penser qu'il n'y a que des églises, des rotondes, des chapelles, des monastères et autres couvents à Prague, je me suis dit que j'allais vous parler, cette fois-ci, de quelque chose de tout à fait différent. Allez, tiens, un sujet non-évènement, genre une publie pour vous en parler rapidement de.
D'ailleurs c'est tellement non-évènement comme sujet, que si je ne vous en parlais pas, vous ne sauriez même pas que je ne vous en ai pas parlé. Pour vous dire. Mais attention, c'est quand même une exclusivité à la Strogoff qui mérite une (p'tite) publie, parce que d'autant que je sache, les médias français n'en n'ont pas soufflé un mot.

Bon, et de quoi s'agite-t-il alors? Ben lundi 20 septembre 2010, notre ministre des affaires et trangères, Karel Schwarzenberg, ouvrit officiellement l'accès à la petite rue toscane, qui, auparavant, était fermée. Eh oué. Alors vous ne le savez probablement pas, mais la petite rue toscane, jusqu'à y a 6 mois, visiter l'on n'pouvait pas. Aujourd'hui, on peut. Entre 6h et 18h pour les lève-tôt. Enfin on peut, pas encore, parce que pendant la saison d'hiver (du 1er décembre au 31 mars) elle est fermée, comme avant son ouverture, mais dans quelques jours, hop, elle sera ouverte. "Hourra" hurle la foule en délire!

Bon, et ça sert à quoi me direz-vous? Ben ça sert à ce que cette petite rue est un recoin vachement romantique de Prague, selon les experts en romantisme praguois. En fait, elle passe entre le palais toscan (d'où son nom) et le palais "Martinický" depuis la rue de la Lorette ("Loretánská"), et rejoint la place du Château de Prague ("Hradčanské náměstí") en passant entre ces 2 palais. Alors attention, le palais toscan porte le nom de son dernier propriétaire (de Toscane), mais c'est la famille "Thun Hohenstein" qui en entreprit les débuts du commencement de départ, comme vous allez le voir. Et attention toujours, le palais "Martinický", ce n'est pas celui que je vous en avais fait une publie de, c'est l'autre, le deux, celui qui sert aujourd'hui de caserne à la garde du château de Prague, et qui est un unique exemple d'architecture romaine (pas Rome antique, mais de Rome, la ville) dans Prague (l'architecte était romain). Malheureusement, compte tenu de sa fonction militaire, je ne lui consacrerai sans doute jamais une publie (inaccessible et invisitable). Tout comme le palais toscan de Toscane, qui du reste est utilisé par le ministère des affaires étrangères (et donc inaccessible et invisitable).

Et pourquoi donc alors la rue toscane était-elle fermée? Selon mes sources, la principale cause était que les malpropres y allaient pisser derrière (sentez-vous comme une odeur de romantisme?), et qu'en été, les effluves, les mouches, qui c'est qui allait nettoyer tout ce chambard?
Il semblerait que c'est cette même cause qui fut la raison de la fermeture des escaliers bien pratiques qui reliaient la rue Thun et la rue Neruda, escaliers qui longent (comme par hasard) un autre palais qui eut appartenu à la famille "Thun Hohenstein". Maudits des p'tites rues les pauv' boug' "Thun" qu'ils sont. Alors dans la même série de poison odorant, j'me dis que si on devait fermer toutes les rues où les sales praguois vont faire déféquer leurs sales clébards, j'te dis pas la circulation dans la ville. C'est marrant quand même, quand les humains vont faire là où qu'ils ne devraient pas, on ferme la rue. Quand c'est les clébards, on construit à proximité un dispensateur de sacs-à-merde (gratuit, ou plutôt payé par nos impôts) que peu de promène-corniaud utilisent, tandis que les chiards pubères les vandalisent.

Bon, et sinon l'histoire du palais est liée à une petite histoire de derrière les fagots, qu'en dehors de ma publie, vous ne la trouverez même pas nulle part (tiens, encore un truc gratis qui va être utilisé cette saison par les hisse-pébroque francophones). Cette petite rue insignifiante, fut en une époque un sujet de discorde entre fumiers de voisins, d'autant plus ridicule le sujet de discorde, qu'il s'agissait d'une broutille, d'un bout de chandelle à l'odeur de pipi d'chat. Genre des nobles notables qui disposaient de milliers d'hectares de terres, se faisaient la guéguerre pour moins de 100 m carrés d'un bout de terrain futile. Oyez plutôt.

Au milieu du XVII ème siècle, se trouvaient sur l'emplacement de l'actuel palais toscan, 6 maisons, appartenant à la famille Lobko. En 1653, "Oldřich Felix z Lobkovic" regroupa 3 maisons en une seule, et en 1685, "Václav Ferdinand z Lobkovic" vendit le tout à "Michael Osvald Thun Hohenstein", avec promesse de faire place au nouveau propriétaire en avril de cette année (1685), après la Pâque et les fêtes qui vont bien. Ce dernier (nouveau propriétaire) s'employa à la tâche rénovatrice une fois sur place, papier-crayon en main, et le 9 octobre 1685, il adressa à son voisin "Jiří Adam Bořita z Martinic" les plans intentionnels de la future réfection-construction (genre qu'il y aurait du raffut dans la rue), avec copie au chapitre de la cathédrale de Prague, histoire qu'ils bénissent le projet au goupillon humide. Et ce fut le déclenchement du grand foin.

"Jiří Adam Bořita z Martinic" objecta vivement à ce dessein. Que de un, la parcelle ouest (aujourd'hui notre rue de Toscane) était sienne, et que la reconstruction allait de fait empiéter sur ses terres. Que de deux, le raffut, la poussière, les maçons cracra-boudin-pue-la-sueur, que non, qu'il n'en voulait pas.
Que de trois, les fenêtres de la cuisine "Thun" allaient donner directement sur les fenêtres de la salle de bain de Madame "z Martinic". Et que de quatre, il avait carrément la ferme intention de lui pourrir la vie, au "Thun Hohenstein", comme ça, par plaisir, parce qu'entre voisin, faut pas déconner non plus (vous savez c'que c'est, faut bien s'occuper quand on a rien d'autre à éplucher sinon que d'être noble). En 1687, alors que la reconstruction n'avait même pas commencé d'une brique grâce aux obstacles administratifs savamment fomentés par "z Martinic", "Thun Hohenstein" adressa une requête circonstanciée au gouverneur du royaume de Bohême, lequel, face à cette situation tendue entre 2 notables du royaume, remonta la doléance jusqu'à l'empereur "Leopold I". Qu'il décide de qui a tort à raison, puisqu'après tout, hein, c'est lui le moufti de l'empire de Bohême. Bon, mais tu penses bien que l'empereur de toutes les Autriche avait de plus gros chats à fouetter, et qu'aujourd'hui on se demande seulement s'il lut le dossier, sinon qu'il en ouvrit l'enveloppe. Aussi en l'absence de réponse, "Michael Osvald Thun Hohenstein" écrivit directement à Léopold en janvier 1688, comme quoi le "z Martinic" l'empêchait activement de construire depuis 3 ans sur la base de motifs fallacieux, que la parcelle qu'il invoque est bien sienne puisqu'il l'a achetée, et qu'il joint une copie de l'acte de vente incluant les plans et les numéros cadastraux, ainsi qu'une bonne bouteille de rouge que son altesse serrée ni cime pourra se pictancher de quand elle aura l'temps. Popold 1er prit acte, remisa la bouteille de par de vers lui (pas trop loin), mais pareil, le boulot d'abord. Et il n'en manquait pas, du boulot, Léo. Eh ouais, parce qu'en cette année 1688, en plus des Ottomans du côté Est, du côté Ouest, Louis XIV le franchouillard s'était mis en tête d'aller faire l'andouille sur la scène européenne.
Eclata alors la guerre de 9 ans, et Léopold trimait comme un galérien sur tous les fronts afin que la vermine étrangère ne vienne pas lui grignoter son plant de tomates habsbourgeois. Ce n'est que le 8 avril 1890, que le kaiser retrouva, dans la pile de courrier gisant sur son secrétaire, la lettre poussiéreuse du pauv' "Thun". Aussi afin de s'excuser de son retard, Popold lui fit immédiatement une réponse favorable, qu'au vu des documents présentés et de la qualité du bouillon de grappes, la parcelle était bien sienne, qu'il pouvait donc construire, et que si "z Martinic" continuait à lui faire obstruction, qu'il finirait au cirque dans la gueule les lions. Mais pas d'bol. Entre la mise en chantier, la chasse au maître d'oeuvre, l'importation illégale de maçons clandestins, "Michael Osvald Thun Hohenstein" décéda en janvier 1694, et c'est son frère "Romedius Konstantin Thun Hohenstein" qui prit la suite de la reconstruction à peine entamée.

Alors n'allez surtout pas croire que les "z Martinic" en avaient fini. Tu parles, ils ne s'étaient pas lassés d'un pouce, et obstructionnaient tout ce qu'ils pouvaient de plus belle, au motif que les lions du cirque, ça n'existait plus au XVII ème siècle. Le 11 janvier 1695, le nouveau "Thun" fit alors venir une commission d'experts afin de remesurer les parcelles, expertiser les travaux en cours, et prouver de facto à son fumier de voisin qu'il avait tort (le voisin, fumier), alors que lui avait raison ("Thun"). Parmi les diverses conclusions plus ou moins partiales et plus ou moins pertinentes, la plus réaliste d'entres-elles indiquait que le palais était loin d'être terminé. Ah oué? (le consulting consiste à faire payer chèrement au management, des informations connues depuis longtemps par la base). "Romedius Konstantin Thun Hohenstein" décéda en 1700, et après de longues et fastidieuses disputes de succession entre le fils d'icelui et les filles de "Michael Osvald" à propos des propriétés allodiales (en franc-alleu), la chancellerie royale du royaume de Bohême finit par se prononcer en 1706 en faveur de "Eleonora Barbora Kateřina z Liechtenštejna" (originellement "Thun", devenue Liechtenstein par suite du mariage avec le plus haut intendant de Charles VI, "Antonín Florián z Liechtenštejna") sur la base du codicille annexé au testament de son papa.
Evidemment, tous ces contretemps faisaient l'affaire des "z Martinic" qui n'avaient même plus besoin de scier la brouette pour faire reculer le projet de reconstruction.

Au bout de quelques années, fatiguée du fastidieux boulet, Eléonore Barbara vendit son héritage en 1718 à "Anna Marie Františka Toskánská" (née "Sachsen-Lauenburg"), la malheureuse femme du dépravé Jean-Gaston de Médicis, grand duc de Toscane. Rapide rétrospective. Anne-Marie-Françoise eut une vie malheureuse, et après le fabuleux scandale de 1706, où Jean-Gaston trucida la mère de son fils bâtard, où Anne-Marie-Françoise fut soupçonnée du meurtre alors qu'elle se promenait tranquillement à cheval dans la forêt au moment du meurtre (le cheval confirma l'alibi par écrit), où Jean-Gaston quitta définitivement la Bohême, comme sa femme légitime, pour fonder une nouvelle lignée bâtarde en Italie avec son fils dont il avait assassiné la mère, ben après ce fabuleux scandale de 1706, Anne-Marie-Françoise sombra dans la religion et dans le workoolisme. Elle se mit soudainement à développer-cultiver-moderniser ses domaines-propriétés avec succès, au point qu'en 1718, elle mit aux "z Martinic" sur la gueule, et termina enfin le palais qui porte ainsi son nom: le palais de Toscane. Mais attention, il aurait pu s'appeler le palais de Bavière. Il n'en fut rien, grâce à Napoléon (du reste, hein, qu'est-ce que ça aurait changé?).

Maintenant, je vais faire vite, parce que ce n'est plus aussi croustillant. A la mort d'Anne-Marie-Françoise en 1741, c'est sa frangine Mari-Anne-Caroline-Louise-Françoise de Bavière qui hérite.
Mais pour avoir triché aux cartes en présence de l'impératrice, elle est bannie de Bohême par Marie-Thé (les biens restent cependant aux mains de la maison de Bavière). En 1803, lors des guerres napoléoniennes, les biens bavarois en Bohême passent aux mains de Ferdinand de Habsbourg, qui deviendra par la suite duc de Toscane, et fondateur de la branche toscane de la famille Habsbourg-Lorraine, ainsi fondée par Ferdinand III de Toscane, fils de Léopold II du Saint-Empire, successeur et frère cadet du fameux Joseph II, désacralisateur invétéré d'édifices religieux, et souvent mentionné dans mes publies, fils, comme son frangin, de l'archimégaduchesse Marie-Thé et de son lapin de mari François III de lorraine (ils pondirent 16 gosses à eux deux), devenu François Ier de Habsbourg après son mariage. Le palais resta aux mains des Habsbourg jusqu'en 1918, où il devint, ainsi que la petite rue toscane, propriété de la République Tchécoslovaque.

Eh voilà, alors dès le 1er avril 2011, précipitez-vous dans la petite rue toscane dès 6h du matin, petite rue si romantique, et si chargée d'histoire que peu de personnes ne connaissent. Pour y être passé, je peux vous assurer qu'elle ne pue pas la pisse (enfin pas encore). Faites cependant attention aux pigeons, à Prague comme ailleurs d'ailleurs, les pavés, à défaut de vos épaules, sont immaculés de fiente. C'est là, 50°5'20.542"N, 14°23'41.059"E.

vendredi 4 mars 2011

Ville: la chapelle Marie-Madeleine sur les quais

Et donc aujourd'hui, je publie cette publie pour ceux, qui se demanderaient "mais comment est-ce que cette chapelle-ci a bien pu atterrir là?". Parce qu'évidemment, ce n'est pas spécialement adapté comme emplacement pour une chapelle, là qu'elle se trouve, et surtout le spectateur perspicace pourrait même se demander comment un édifice baroque du XVII ème siècle, a pu atterrir sur un quai construit au milieu du XX ème?
Eh ben ceux qui se demanderaient tout ça, comme ceux qui ne se demanderaient rien du tout, tous trouveront les réponses en lisant la suite de mon écrit.

Vous souvenez-vous de ma récente publie à propos de la rotonde de la Ste Croix mineure? Vous souvenez-vous que je vous avais rapidement mentionné l'église de la Ste Croix majeure, aujourd'hui disparue, appartenant au monastère hospitalier des croisés au coeur rouge et bretelles jaunes ("Ordo crucigerorum cum rubeo Corde", d'origine PLonaise) à la limite de la ville juive? Ben leur monastère se trouvait non loin des berges du fleuve, là où se trouve l'actuel hôtel Intercontinental, "Na Františku". Et juste en face, sur les coteaux de la bute de "Letná", les moines avaient leur vignoble. Entre 1631 et 1639, se trouvait à la tête de l'ordre le prévôt "Jan (Zlatoústý) Trembský" ("Zlatoústý", i.e. Chrysostome en Français, soit bouche d'or, non pas parce qu'il avait une dentition de gitan roumain, mais parce qu'il parlait bien le langage). Un jour, il se dit comme ça, le prévôt: "eh ouais, les vignerons vigneronnent, mais ils n'ont même pas une chapelle pour chapeller pendant leur travail. Et si on leur en construisait une?" Aussi il alla tout d'abord trouver les jésuites, pour leur demander la permission de construire sur leurs terres, parce que les coteaux étaient aux hospitaliers, mais ils n'allaient pas construire une chapelle en pente. Or le plat, sous les coteaux, c'était aux jésuites, et pas aux hospitaliers. Apparemment l'affaire fut conclue, puisqu'ensuite, le prévôt alla trouver l'architecte "Jan Dominik de Barifis", pour lui demander de prendre en charge le projet (et ne pas demander trop cher pour). Parenthèse. Alors "Jan Dominik de Barifis", vous le trouverez parfois sous "Giovanni Domenico", pourquoi pas?
Par contre "Giovanni Battista de Barifis", ou pire, "Giovanni Baptiste de Barrifisim" sont des inepties totales. Jean-Dominique n'est pas spécialement connu, on lui attribue contribution aux églises St Thomas, St Salvador, ou encore à la maison "U zlatého rohu" sur la petite place, au numéro 4. Hormis ça, plus grand chose.

Jean-Dominique s'attela donc à la tâche à bout de bras, et hop, en 1635, la chapelle en forme de rotonde ovale tenait debout sur ses pieds, et sur les berges actuellement dites de "Edvard Beneš", juste sous le métronome que tous les touristes curieux se demandent d'à quoi qu'il sert? (Moi j'le sais, mais vous n'croyez tout de même pas que j'vais vous l'dire, non?). C'est l'un des tout premiers édifices baroques construits à Prague, et sa forme comme sa taille attestent d'un style nouveau encore balbutiant (cf. plus loin). Ceci-dit, cela n'empêchait pas les vignerons de venir donc prier dans la chapelle afin que bon dieu incite mère nature à les gratifier d'une récolte abondante, comme d'une lucrative subvention de la PAC. Les vignerons bigots furent rapidement rejoints par les flotteurs de bois (bigots aussi), qui, au vu des résultats encourageants produits par les prières vigneronnes, réalisèrent que bon dieu était fort probablement en ligne dans cette maison, et vinrent ainsi le remercier après avoir franchi saints et saufs les courants de St Jean. Parenthèse. Les courants (ou le défilé) de St Jean ("Svatojánské proudy") est une portion de la "Vltava" à quelques 25 km en amont de Prague, au Sud, entre "Štěchovice" et "Slapy", et qui, en l'époque du flottage du bois, était particulièrement redoutée.
En effet, en cet endroit, le fleuve arrivait à pleine puissance dans des méandres étroits entres des falaises abruptes créant des rapides, et nombreux flotteurs y trouvèrent la mort en y perdant la vie. Le nom de "courants de St Jean" vient de la statue de St Jean Népomucène, édifiée là en 1722 afin de protéger les pauv' boug'. Eh oui, Ste Jean né Pomucène fut noyé dans la "Vltava" depuis le pont Charles, comme chaque bon touriste sait, aussi il est devenu par extension le saint patron des eaux, et donc des flotteurs de bois, des mariniers, des bateliers, des gondoliers, des inondés, des canoéistes, des rafteurs, et par déformation, il est également devenu le saint patron des laveurs de carreaux, des machines à laver, des éléphants bleus, des clystères, etc... Sinon aujourd'hui, les rapides le sont nettement moins (rapides), parce que depuis, on a construit des barrages afin d'apaiser la colère du fleuve, ce qui est par ailleurs bien inutile, puisque depuis un bon siècle on ne flotte plus le bois sur la "Vltava".

En 1648, les Suédois (fumiers) pillaient Prague rive gauche (Château et petit côté), et n'arrivaient pas à franchir le fleuve vaillamment défendu par les étudiants sur la rive droite (vieille et nouvelle ville) et sur le pont Charles (en ce temps, unique pont entre les 2 rives). La chapelle devint alors un bastion stratégique, dans lequel les Suédois installèrent leurs tireurs d'élite qui faisaient feu sur tout ce qui bougeait sur l'autre rive. Le général "Rudolf Colloredo-Wallsee", alors en charge de la défense de la ville (Prague), fit rapidement construire 3 bastions portatifs Ikea en face de la chapelle, pis y installa ses meilleurs tireurs aussi. Et la légende raconte que... (cf. "Staropražské pověsti a legendy, Julius Košnář"). Oyez plutôt. Donc ils se tiraient dessus, les snipers, alors le Tchèque mit son chapeau (casque?) sur un bâton, et l'agita devant la meurtrière.
Le Suédois fit feu. Le Tchèque fit alors semblant d'être touché, et tandis que le Suédois se découvrait pour vérifier son tir et brailler sa joie, il prit une balle tchèque en plein front, tirée par le simulateur. Bon, c'est une histoire pas forcément vraie, qui se raconte ici, à Prague. Ce qui est par contre avéré, c'est que le 6 octobre 1648, un soir sans lune, une cinquantaine d'étudiants tchèques prirent place dans des barques, traversèrent le fleuve à la rame, et assaillirent les Suédois qui se trouvaient dans la chapelle Marie de Magdala. Un fut tué, et deux, parfois trois, furent faits prisonniers, ficelés comme rosette de Lyon, et emmenés de l'autre côté de la "Vltava" pour être soumis à la question (et même plusieurs) les roupettes sur la gégène.

Une fois les Suédois coup-de-pieds-au-cultés hors de Prague, la chapelle fut restaurée, et reprit du service comme auparavant. Et c'est ainsi que le soir du 22 juillet 1757, alors qu'on entamait l'octave de Ste Marie-Madeleine en la chapelle à icelle consacrée, que l'on put entendre soudainement des explosions tonitruantes semblant provenir de la colline de "Letná". Ce chambard d'enfer attira tout particulièrement l'attention du Graf autrichien "Ferdinand Philipp von Harsch", qui venait tout juste d'en découdre violent avec les armées prussiennes de Friedrich II, et qui s'écria épouvanté: "himmel herrgott sakrament, die Preußen sind zurück!". N'oublions pas que nous étions seulement un mois après la bataille de "Kolín", et qu'entre mai et juin de cette même année, Prague dut subir le plus dévastateur bombardement de toute son histoire. Aussi d'une main, Ferdinand Philippe détacha une escouade sur la colline afin de rendre compte sur l'origine du barouf, tandis que de l'autre main, il signait nerveusement les ordres de mobilisation générale. En fait, bien loin d'une attaque prussienne, un pauv' boug' du nom de Günther eut l'idée bonarde de célébrer le début des fêtes de Ste Marie-Madeleine, en faisant pétarader à blanc une douzaine de mortiers abandonnés là par les Prussiens en déroute.
Le facétieux gaillard en prit grave sur son râble d'inconséquente andouille. Il fut illico et proprement enchaîné des pieds à la tête, puis jeté dans la plus profonde cave du plus immonde gnouf de la ville, afin qu'il y pourrisse tout noir jusqu'à l'avènement de son procès dont on avait volontairement jeté le dossier dans le fleuve. Ce n'est que grâce à l'intercession insistante du prévôt du monastère des croisés au coeur tendre, que le plaisantin put revoir la lumière du jour plusieurs semaines plus tard. Mais encore aujourd'hui, on se demande à juste titre si justement, ce bon prévôt n'était pas à l'origine de l'idée farfelue.

Sous Josef II, la chapelle fut tout naturellement désacralisée (en 1784), et comme nombreux autres édifices religieux, se mit à remplir des offices civiles. La chapelle devint entrepôt à bois, puis étable et pigeonnier, lorsque le directeur de la piscine civile (le bel édifice empiro-classique à 50 m à l'Ouest de la chapelle, aujourd'hui immonde casino) y installa ses chèvres et ses tourterelles. Finalement en 1908, la chapelle fut récupérée par la ville de Prague, laquelle ne sachant quoi n'en faire, en refourgua l'usage à l'église "vieille-catholique" de Prague (i.e. l'église d'Utrecht), à l'instar de la rotonde de la Ste Croix. A noter qu'en cette occasion, la chapelle fut re-bénite par l'intendant de l'évêché vieux-catholique de "Varnsdorf", qui n'était autre que "Miloš Čech", le frère de "Svatopluk Čech", écrivain qui décéda cette même année 1908, et dont le pont du tchèque ("Čechův most") à 30 m de la chapelle porte le nom.

Après la première guerre mondiale, et donc l'indépendance de la Tchécoslovaquie, la chapelle resta aux commandes des vieux-cathos. Mais l'heure n'était visiblement pas à la fête. L'église était petite, pas du tout chauffée, et compte tenu de son éloignement, la fréquentation ne dépassait pas celle d'une porcherie cachère un soir de shabbat. Le grisbi vint à manquer. On peut par exemple lire dans une lettre de 1925, adressée à sa hiérarchie, que le curé d'alors avait acheté de nouveaux bancs, et qu'il avait l'intention de vendre un clocheton avec lequel il ne sonnait plus (?!) afin de couvrir une partie de la dépense ("[...] mimo to pořídili jsme nové modřínové lavice, které nás stály 2170 Kč, ty ovšem jsme zůstali dlužni zcela. Prodáme zvonek, jímž se nezvoní a tím něco dluhu uplatíme"). Toujours parmi les lettres à sa hiérarchie... En 1931, Prague connut un des plus rigoureux hivers depuis longtemps. Du fait que la chapelle n'était pas chauffée du tout, et exposée à l'humidité du fleuve, le curé d'alors envoya une requête à son management, afin d'écourter la messe en froide saison, la distribution de vin (même chaud) étant strictement interdite depuis la bataille de la montagne blanche (cf. "sub utraque" avant, versus "sub sola specie panis tantum" après). Et pour conforter sa demande, il ajouta quelques statistiques sur la fréquentation de la maison d'à bon dieu:
- présent en la chapelle le 21/12/1931: 1 personne. L'enfant de choeur se mit à pleurer de froid. Présent pour le sermon: personne.
- présent en la chapelle le 25/12/1931: personne. Au bout de 10 min: 1 personne. Présent pour le sermon: personne.
- présent en la chapelle le 26/12/1931: personne. Présent pour le sermon: personne.
Le curé fut entendu, et à partir du 25 janvier 1932, il fut laissé à son libre arbitre l'alternative d'exempter les ouailles du prêche ("[...] při velkých mrazech, jimž kaple u řeky jest vystavena, kázání se vynechávají na přání samotných posluchačů. Proto dnes církevní rada se znovu usnáší, že ponechává panu faráři právo, by se v této věci řídil počtem a přáním posluchačů.").
Du reste, une bonne taverne chauffée aurait amplement fait l'affaire aussi non? Sans dec, c'est vachement conservateur un catho. Pour l'anecdote, dimanche dernier je me suis rendu dans la fabuleuse église Ste Marie de l'assomption et St Charlemagne ("Kostel Nanebevzetí Panny Marie a Karla Velikého v Praze na Karlově") afin d'assister à l'exposé historico-artistique, mais aussi afin de vous faire des photos. Pas de bol, non seulement l'on n'avait pas le droit de photographier (et le curé de séant n'oublia pas de me le rappeler fort autoritairement, l'insolent), non seulement l'on ne pouvait vraiment pas photographier, parce que dans la matinée l'archevêque de Prague avait servit la messe, et qu'un épais brouillard d'encens grisaillait le moindre cliché (c'est dingue qu'un archevêque puisse puer à ce point, qu'il faille noyer l'église dans un smog d'encens), ben non seulement tout ça, mais surtout il faisait un tel frimassard à couper les miches, que je dus quitter l'église en claquant des dents. Tiens, dehors il faisait seulement +5°C, mais par rapport au dedans de l'église, ça semblait être l'été. Juste pour vous dire, que pour me décourager de cette présentation pour laquelle je me réjouissais d'avance, fallait faire balaise. Ben il fit si balaise de froid, que j'abandonnai au bout de 45 minutes, congelé comme un poisson carré. Pour vous dire les églises, comme il peut peler dedans. Bref, la chapelle fut restaurée en octobre de cette même année (1932), mais la pose d'un poêle, d'un chauffage... rien, keud nada. Un sermon, ça doit se mériter.

Pis arriva le fameux an de grâce 1956 après Jean-Claude. En cette année, l'on souhaitait modifier les abords du pont du tchèque ("Čechův most"), jolie construction art-nouveau du début du XX ème siècle. Mais voilà, la chapelle Ste Marie-Madeleine était plantée là, juste où qu'on n'en avait pas besoin, mais alors du tout du tout.
D'aucuns pensent surtout que la chapelle faisait de l'ombre à Staline (fumier), car elle se trouvait en pleine ligne de mire depuis le pont (du tchèque): la chapelle comme une verrue, les escaliers monumentaux qui menaient au monument (et qui y sont toujours), puis la file d'attente à la boucherie en haut de la colline de "Letná", inaugurée un an auparavant. Aussi l'on pensa même un moment à fout' à terre l'édifice, purement et simplement. Mais il est classé, et certains se disaient que ce serait quand même dommage de bousiller ce patrimoine culturel quand bien même mineur. Et c'est l'ingénieux ingénieur "Stanislav Bechyně" (grand amateur de béton, et constructeur de ponts comme de squelettes métalliques pour le palais Lucerna, le palais des foires, le couvent Sainte-Agnès, etc...) qui trouva la solution: déplacer la chapelle de 31 mètres vers l'Ouest.

L'on commença par construire une plate-forme en béton armé qui dépassait du quai. Eh tiens, anecdote. Cette plate-forme descend en forme de cône jusqu'à sa base, dans le fleuve, et dans les murs de ce cône se trouvait (mais se trouve peut-être encore) l'énorme pompe qui devait alimenter en eau les fontaines auprès de la méga statue de Staline. Bref... De la plate-forme à la chapelle, l'on posa une rampe de béton de 30,75 m de long, sur laquelle allait rouler le convoi, et paf, y avait plus qu'à. L'on soutint tout d'abord la chapelle, et l'on renforça sa structure extérieure comme intérieure à l'aide de cerceaux d'acier et d'étais en bois. Pis l'on creusa sous son sol.
Dans le trou l'on inséra un plateau en béton de la même surface que la base de l'édifice. Et une fois la chapelle posée dessus, des pistons hydrauliques et des câbles d'acier déplacèrent sur 12 rails parallèles les 400 tonnes à la vitesse de 1 mètre par 8 minutes, pendant moins de 5 heures, entre le 3 et le 4 février 1956. Il s'agit du tout premier édifice ainsi déplacé en terre tchécoslovaque. Il sera suivi par exemple par l'église Ste Marie de l'assomption à "Most" (en 1975).

Une fois arrivée à sa nouvelle place, l'on put restaurer la chapelle. Le toit reçut une nouvelle toiture, et l'on découvrit une partie des fresques intérieures (cf. plus loin). Les 6 petites fenêtres furent pourvues de vitraux modernes sur le thème de la vie de la chapelle. On peut ainsi y voir les vendanges, le repos des flotteurs de bois, les Suédois dans Prague (fumiers), la construction du pont du tchèque, l'étayage avant le déplacement, et le déplacement après l'étayage. Notez que pour un édifice religieux, aucun des vitraux n'en porte trace, de la religion. Ben tiens, en plein règne con-muniste? L'auteur en est "Alena Novotná-Gutfreundová", sur laquelle je ne puis rien vous dire, parce que je ne sais rien d'elle, sinon qu'elle fit venir d'Israël des bancs en bois d'olivier. Mais je ne sais même pas si cet ameublement se trouve toujours sur place. Par contre ce qui s'y trouve toujours, c'est le crucifié en métal, oeuvre contemporaine (vers 1990) de "Jaroslav Válek" (j'aime bien ce qu'il fait). En 1985, la chapelle fut restaurée pour la dernière fois. Elle reçut un toit en cuivre et de la peinture en couleur.

Description de l'édifice. La chapelle est de forme ovale, 8,5 m pour le plus long diamètre, et 7 m pour le plus court.
D'extérieur, l'on peut apercevoir des pilastres... encore que... disons donc des montants imitation pierre, des fenêtres de forme rigolote, et au dessus de l'entrée une véronique (cf. "vera icona") en forme de trèfle à 4 feuilles. Au centre du trombinoscope donc le Christ, et autour, des (saints) patrons de la Bohême: St Cyrille et St Méthode, St Venceslas, et maître Jan Hus (pas saint). Le toit est en cuivre vert, chapeauté d'une croix dorée. Et c'est tout pour le dehors.

Du dedans, on a un "triforium" tout autour, lequel, ajouté à la forme ovale, n'est pas sans rappeler la chapelle italienne Ste Marie de l'Assomption ("Vlašská kaple"), derrière le "Klementinum". Parenthèse. Je ne vais pas m'étendre sur la chapelle italienne, car je prévois de vous en faire une publie, un jour, mais juste vous dire qu'à l'instar de notre chapelle Marie-Madeleine, les touristes en ignorent généralement l'existence, s'ils ne s'y rendent pas par hasard dans le cadre d'un concert vive Aldi, Mozart s'met Anna. Et pourtant, il s'agit d'une perle unique, mondialement visitée par les férus d'architecture, et passage imposé aux étudiants en art. Construite entre 1590 et 1597 par "Domenico (de) Bossi" en style renaissance tardive, elle représente le chaînon marquant le passage vers le nouveau style baroque, dont notre chapelle Marie-Madeleine est une éclosion. Sauf que le "triforium" en Marie-Madeleine est purement esthétique, puisqu'inaccessible. La coupole est joliment ornée de stucatures d'époque (de 1635, selon mes sources, mais je doute quand même) que d'aucuns considèrent comme "intéressantes" et "uniques". Hum... Ah bon? Bon. Moi j'trouve qu'elles sont banales, mais bon, chuis pas expert. Ce qui est par contre original, c'est l'agencement. Genre l'autel se trouve au milieu de l'espace, et les gens sont assis tout autour.
Bon, sûr que dans un espace ovale, y a pas vraiment moyen de faire mieux, mais c'est fichtrement plus intéressant et unique, selon moi, que les stucatures du plafond. Ah oui, et la coupole se termine par une lanterne (un fanal?) qui laisse entrer la lumière du jour.

Ensuite il y a les peintures apparemment d'origine (de 1635), qui représentent des plantes mentionnées dans la vulgate (cf. Siracide, C.XXIV, P.17-23, page 25 du document PDF): "17 Quasi cedrus exaltata sum in Libano, et quasi cypressus in monte Sion. 18 quasi palma exaltata sum in Cades, et quasi plantatio rosæ in Jericho. 19 quasi oliva speciosa in campis, et quasi platanus exaltata sum juxta aquam in plateis. 20 Sicut cinnamomum et balsamum aromatizans odorem dedi; quasi myrrha electa dedi suavitatem odoris. 21 et quasi storax, et galbanus, et ungula, et gutta, et quasi Libanus non incisus vaporavi habitationem meam, et quasi balsamum non mistum odor meus. 22 Ego quasi terebinthus extendi ramos meos, et rami mei honoris et gratiae. 23 Ego quasi vitis fructificavi suavitatem odoris et flores mei fructus honoris et honestatis.". Alors on peut se poser la question, du pourquoi que le texte est ainsi découpé, parfois à l'intérieur d'une phrase, sans donner beaucoup de sens? Ben j'en sais rien du tout, je n'ai pas trouvé d'expert ni de source pour répondre à ça. Notez cependant la ressemblance graphique entre ces peintures, et la page 26 de la bible Fillion, censée représenter ces mêmes plantes, mais sur des monuments assyriens. Là par contre j'ai une réponse. Avant qu'on invente l'information telle qu'on la connaît aujourd'hui, ben y avait pas moyen de googler sur Internet, ouvrir une encyclopédie, ou voyager sur place pour voir à quoi pouvait bien ressembler un cèdre du Liban, un cyprès de Sion, ou un palmier de Cadès.
Alors on utilisait des sources déjà existantes. Ainsi le premier qui eut dessiné un cèdre du Liban devint référence et fut imité, parce que les successeurs présumaient que lui, le premier, il l'avait rencontré en vrai, et qu'il l'avait peint comme il est. Pis y avait l'iconographie officielle, genre c'est le pape qui l'a dit que c'est comme ça, et y a pas à discuter si on ne veut pas être considéré comme apocryphe. Tiens, Jésus, l'avez-vous vu sans barbe (en occident)? Adam, l'avez-vous sans feuille de vigne? La vierge, l'avez-vous sans Marie? La Joconde, Mickey, Superman, Casimir, le virus achivé... tous, et surtout les imaginaires, sont incrustés dans le subconscient collectif sous une certaine forme iconographique, une certaine image, et s'en écarter, c'est représenter quelqu'un d'autre. Apparemment, les Assyriens furent les premiers à dessiner les plantes assyriennes, comme Picasso fut le premier à dessiner des femmes carrées (ce qui serait, selon Sigmund, une des causes de l'accroissement de l'homosexualité masculine, la femme carrée, comme la femme trop ronde d'ailleurs).

Et puisqu'on parle de peinture, je vous ai trouvé une représentation de la chapelle quasi d'époque, puisqu'il s'agit d'une croûte de 1641, soit seulement 5 ans après la construction de notre édifice, et que l'on doit au fabuleux peintre tchèque "Karel Škréta". Il s'agit du dixième tableau d'un cycle originellement de 32 peintures (malheureusement, les 2/3 de ce splendide cycle ne sont plus, disparus, volés, détruits...) en forme de lunette sur le thème du culte de St Venceslas, réalisé (le cycle) pour les augustins du monastère de St Venceslas "na Zderaze".
On peut y voir 3 scènes caractéristiques pour un prince de Bohême, et futur saint patron de pays:
- St Venceslas presse le raisin.
- St Venceslas fabrique des hosties (ou des crêpes, c'est pas très clair).
- St Venceslas bine la vigne.

Alors comme-dit, cette chapelle n'est pas vraiment courue par les touristes, et quand bien même les bus en déversent plusieurs tonnes bien grasses aux abords immédiats (les quais servent de parking aux bussatouristes), je doute qu'il en est des, qui sauraient seulement un bout de tout ce que je viens de vous raconter. Pour sûr, la chaplette semble insignifiante par rapport à d'autres glorieux édifices de notre capitale, mais bon, hein, le monde n'est pas fait que de palais de Versailles, de basilique St Pierre, et de statue de la liberté. Hé! C'est là: 50°5'36.66"N, 14°24'57.359"E