mardi 20 avril 2010

Ville: St Thomas, l'abbaye cinq étoiles

Allez, on reste dans l'couvent, enfin dans le sujet du couvent, mais après les ruines, on change radicalement de cap à 360°C (ceux qui me lisent pour la première fois vont sans doute me prendre pour le dernier des couillons :-) donc changement de cap à l'opposé de l'autre bout, car après le couvent en ruine, le couvent transformé en hôtel de luxe 5,73 étoiles au Michelin.
Je voulais vous en parler depuis longtemps, parce que cet ensemble d'édifices (église, cloître, brasserie, taverne...) est indissociable de Prague, et depuis des siècles. Certes, peu de traîne-touristes vous en parleront, parce que notre abbaye est assez en retrait (par rapport aux autres édifices bien voyants), mais son église, sa brasserie (qui n'existe plus), enfin tout ce complexe dit de "St Thomas", tout ça, ça mérite amplement une publie. Ah oui, et couvent, abbaye, ou monastère, pour moi c'est le même ministère, donc ne soyez pas surpris si j'emploie l'un, l'autre ou le suivant des termes. Ensuite l'ordre des augustins, ou augustiniens (on peut dire les 2). Officiellement, on devrait dire les ermites de St Augustin ("Ordo Eremitarum Sancti Augustini" en Latin), mais augustin, c'est plus court. Donc les augustins sont des religieux qui suivent la règle de St Augustin (ah ouain? je vous ai trouvé un texte là, si ça vous intéresse). Mais attention, y a des variantes. Il n'est pas augustin comme un auguste un. Comme chez les carmes (ou carmélites), il existe des augustins chaussés, et des augustins déchaussés (parfois dit déchaux, contrairement aux chauds, qui eut sont gays).
On parle alors de "Ordo Augusteniensium Discalceatorum", contrairement à l'"Ordo Eremitarum Sancti Augustini" qui est "calceatorum" par défaut. Et ce sont eux, les augustins en savates ("Ordo Eremitarum Sancti Augustini cum savatum" :-) qui nous intéressent. Ils furent appelés à Prague par le roi "Václav II" (cf. l'édit du 1 juillet 1285), et installés en 1286 à "Malá Strana" ("in urbe Praga [...] quas minorem appellant") par son évêque "Tobiáš z Bechyně" (pour l'anecdote, l'évêque praguois "Tobiáš z Bechyně" fut intronisé le 5 janvier 1279 par l'évêque Bruno de "Olomouc" dont la pierre tombale se trouve à "Rosa Coeli"). En fait, faut remettre les choses dans le contexte pour bien comprendre, tiens-voir. "Václav II" est né en 1271, fils de son papa "Přemysl Otakar II". Or celui-ci décéda bêtement en 1278, à la bataille "sur le champ morave" ("na moravském poli"), ce qui fit de "Václav II" l'un des (sinon le) plus jeune roi de Bohême. Il prit la direction du pays en 1283, à l'âge de 12 ans, fut couronné roi de Bohême en 1297, à l'âge de 26 ans, et décéda en 1305, à l'âge de 34 ans, sans doute de la tuberculose (comme quoi c'est important de se faire vacciner, je le dis tout le temps à mon fils). Et donc lorsqu'à 12 ans, "Václav" perdit son papa "Otakar", il fut triste, très triste, vraiment très beaucoup.
Alors il passa une annonce dans le journal de l'emploi: "Urgent! Cherche prieur confirmé pour prier le salut éternel de l'âme de papa. Chargé de [...], vous devez avoir impérativement de bonnes connaissances dans [...], le sens du service, organisé, passionné, motivé, responsable, méticuleux, sérieux, travailleur [...] CDI 80h, non évolutif suivant vos compétences. Aucun avantage lié à la fonction." Evidemment, les réponses ne débordaient pas de la boîte à lettre, aussi 2 ans plus tard (en 1285), les augustins (qui ne lisaient pas le Tchèque) se firent embrigader dans ce plan tordu dont ils ignoraient tout par une agence spécialisée dans l'embauche à bas prix de main-d'oeuvre étrangère (cf. "Cronica Aule Regie, Petri Zittaviensis: Eodem anno [Anno igitur incarnacionis dominice MCCLXXXV] religiosi viri fratres Heremitarum ordinis sancti Augustini Pragam venerunt et de consensu domini Thobie, Pragensis episcopi, se in ecclesiam sancti Thome apostoli in suburbio receperunt, ubi usque hodie morantur et Christo iugiter famulantur"). Et comme il fallait bien les scotcher quelque part, les nouveaux, le roi demanda à son évêque "Tobiáš" se s'en charger, de leur trouver un asile parce qu'après tout, les affaires de l'église, c'était l'affaire de l'évêque. Ce dernier alla voir son pote Christian, l'abbé nédictin de "Břevnov", lequel (sous la pression?) finit par céder l'églisette de St Thomas, la chaplette Ste Dorothée et les terres environnantes dont les origines remonteraient jusqu'en 1228
(selon "Přibík Pulkava z Radenína", cf. sa chronique "Przibiconis de Radenin dicti Pulkavae Chronicon Bohemiae: 1228. Wenceslaus rex consecratus est cum uxore sua Cunegunde regina in ecclesia Pragensi a venerabili Ziffrido, Maguntino archiepiscopo, in dominica, qua cantatur: Esto mihi. XVI Kal. Julii consecrata est capella sancti Thomae"). Mais c'est vraiment sans enthousiasme, genre contr'un et trarié, qu'il céda en 1286 ce bout de domaine à la concurrence, le pauv' abbé (cf. "Regesta Bohemiae et Moraviae II", p.597, "8 aug. 1286 in Brewnow, Christannus abbas totusque conventus monasterii Brzewnowiensis e consensu Tobiae, Prag. episc. ecclesiam b. Thomae juxta muros civitas Novae sub castro Pragensi sitam, [...]").

En cette époque, l'églisette romane St Thomas se trouvait en dehors des murs d'enceinte du château de Prague, à quelques mètres de la porte Sud (depuis longtemps disparue), le long de la route qui menait vers "Na Písku" (sur le sable, aujourd'hui "Klárov"), où le ruisseau "Brusnice" déversait son limon sableux (bleu). L'églisette était accolée au mur d'enceinte de la ville de "Malá Strana" (Prague n'existe que depuis 1784), construite (l'enceinte) en 1257 par le papa de "Václav II", "Přemysl Otakar II", et les augustins s'installèrent là. Ils commencèrent de suite à reconstruire l'église St Thomas
(en y incluant la chaplette Ste Dorothée), et à construire parallèlement le monastère homonyme. En 1306, l'abbesse Cunégonde du couvent St Georges (au Château) fit cadeau aux moines d'une conséquente parcelle de terrain, ainsi que d'une vieille brasserie en bois (sur icelle je reviendrai plus en détail plus loin) ce qui augmenta fichtrement le terrain constructible. Pour info, cette parcelle s'appelait auparavant la ferme/métairie épiscopale ("Biskupský dvorec"), détruite en 1248, puis (au XV ème siècle ) "Pytlíkovská zahrada", du nom de "Jan Pytlík", le "vigneron-sommelier" du roi W ("Vladislav II Jagellonský"), ensuite (au XVI ème siècle ) "Flavínovská zahrada", du nom de "Vít Flavín z Rottenfeldu", humaniste, mécène et haut fonctionnaire d'Etat ("dvorský místosudí", "W. W. Tomek, Dějepis města Prahy: místosudí nařizowal, co mělo býti psáno do desk", genre ordonnateur de ce qui doit être inscrit dans les registres d'Etat), et aujourd'hui "Vojanovy sady", du nom de "Eduard Vojan" (1853-1920), acteur mondialement (re)connu (ah bon!?) et né dans le quartier. Malheureusement, il n'existe aucune photo d'époque pour vous montrer d'à quoi ça ressemblait avant, aussi passons de suite au XIV ème siècle.
Ah si, rapide mise au point technique. Le terme de "presbytère" en Français, du Latin "presbyterium", désigne aujourd'hui (presqu') exclusivement la maison du curé, son chez-soi d'à lui qu'il y a une bonne dedans (ou pas). En Tchèque, le terme de "presbytář" (du Latin "presbyterium") désigne parfois la maison du curé comme en Français, mais aussi et surtout le choeur d'une église parce que réservé aux prêtres. Or en Français c'était le cas aussi avant (cf. Fernand Mourret, Histoire Générale de L'Eglise, 1928: Rare, ARCHIT. Presbytère: Synon. de presbyterium (v. ce mot A); p.anal. de situation, partie du choeur d'une église située derrière le maître-autel), mais plus aujourd'hui. Aussi à l'attention des traducteurs, soyez extrêmement vigilants sur la traduction du terme de "presbytère" et de "presbytář", sinon vous risquez de vous fourvoyer le doigt dans l'oeil. Personnellement j'emploierai "presbytère" pour maison du curé, et "choeur" pour le chevet terminé par une abside en cul-de-four.

En 1315, les moines avaient terminé le choeur, qu'ils s'empressèrent de consacrer en présence des plus hautes autorités de l'époque: l'archevêque de Mayence Pierre d'Aspelt, l'archevêque de Trèves Baudouin, l'évêque de Prague Jean IV de "Dražice"
(attention, des Jean "z Dražic", il y en eut au moins 4, à croire que le patelin s'était spécialisé dans l'élevage d'évêques Jean, aussi il est important de spécifier le numéro), l'évêque de "Olomouc" (plus prévôt de "Vyšehrad" qu'évêque de "Olomouc" pour une histoire de salaire), Pierre II ("[Angeli] de Pontecorvo", dit "la verrue" [bradavice] sur son blaire, cf. "Granum cathalogi praesulum Moraviae: 1311, In cuius locum dominus Petrus dictus Bradawicze, nobilis de Konycz, in episcopum vicesimum ipsius ecclesie est institutus" reposant aujourd'hui en la cathédrale de Prague, avec sa verrue), sans oublier le serrurier Ferdinand que l'on dut appeler hâtivement à la rescousse parce que le diacre avait oublié les clefs du tabernacle. En 1323, le roi Jean de Luxembourg offrit au monastère encore quelques menus terrains, suivi de son fils, le bon roi Charles IV en 1351 (qui offrit, pas qui fut offert). Ce dernier dégagea le terrain de la juridiction municipale (privilège de 1353) afin que les moines aient les mains libres de construire ce que bon leur semble. Et les boug' en profitèrent, puisqu'en cette période fut entamé le cloître (lieu d'habitation des augustins), l'église à 3 vaisseaux, ainsi que les chapelles intérieures. L'une d'entres-elles (chaplettes) abrita carrément les reliques de St Tomas l'apôtre, cadeau du bon roi Charles IV (en 1355) qui, en bon collectionneur de reliques d'à travers le monde, les avaient échangées aux augustins italiens de Sienne contre un chausse-pied aux couleurs du Sparta de Prague.
Une date clef pour le monastère est 1358. En cette année, les moines acquirent encore une bonne parcelle située aujourd'hui sur la place Waldstein (i.e. Wallenstein) afin d'y construire une vraie bonne brasserie, l'ancienne en bois pourave n'étant plus aux normes de l'union européenne. Et c'est à partir de cette période, que commença réellement la tradition brassicole du monastère de St Thomas petit côté (mais j'y reviendré... reviendrai). En 1379, l'église gothique fut consacrée (à nouveau) en présence des plus hautes autorités de l'époque: le cardinal "Pileus de Prata", légat papal, l'archevêque de Mayence (à nouveau, mais un autre), Louis de Misnie ("Meißen" en Allemand), l'archevêque de Prague "Jan z Jenštejna", l'évêque de "Olomouc" (à nouveau, mais un autre aussi), "Jan ze Středy", mais sans le serrurier Ferdinand cette fois-ci, parce qu'on avait bien pris la peine de s'assurer que le diacre n'oublierait pas les clefs du tabernacle (du reste "Jan z Jenštejna" avait mis un double dans sa chasuble, pour le cas où). Sinon selon les sources, l'archevêque praguois présent lors de la cérémonie serait soit "Jan z Jenštejna" (l'archevêque de l'époque depuis le 19 mars 1379), soit "Jan Očko z Vlašimi" son prédécesseur en retraite (depuis le 30 novembre 1378). Allez savoir? Quoi qu'il en soit, l'édifice gothique était selon les experts de la même taille que ce que vous pouvez voir en baroque aujourd'hui, et compte tenu de sa taille (bien que non terminé), de sa splendeur, des invités illustres présents au vernissage, il représentait une des plus remarquables maisons du seigneur dans toute l'Europe centrale d'à l'époque.
Y a juste l'archevêque de Mayence qui mit les pieds dans le plat après 4 flûtes de champagne, en faisant remarquer qu'il manquait une flèche: dixit "foutu comme il est foutu le fronton d'la turne à bon dieu, il aurait dû se composer de 2 flèches et non d'une seule". Ce à quoi l'archevêque de Prague rétorqua que si l'archevêché de Mayence avait du pognon en trop, que l'archevêché de Prague se ferait un plaisir d'accepter une humble contribution destinée à parachever l'ecclesia Thomae Apostoli. Aujourd'hui, en 2010, l'église St Thomas n'a toujours qu'une seule et unique flèche. Pour info, en cette fin de XIV ème siècle, l'abbaye dépendait de la province religieuse (tchéco-) bavaroise (la province de Bohême ne fut crée qu'en 1604). Dans le monastère siégeait un prévôt (directeur du site chez les catholiques), un procureur (directeur exécutif chez les catholiques), et un provincial (directeur régional chez les catholiques) qui avait sous sa responsabilité les abbayes de "Ostrov" (disparue au XVI ème siècle), "Domažlice" (aujourd'hui transformée en école, près de l'église Ste Marie de l'assomption, en haut de la place centrale), "Pšovka u Mělníka" (brûlée par les hussites, reconstruite fin XV ème siècle, re-détruite début XVII ème siècle, et en cours de reconstruction depuis 2003) et "Pivoň" (encore en ruine la dernière fois que je l'avais vue [fin d'hiver 2009]). Ajoutons à cela des lecteurs (force de vente chez les catholiques) chargés de l'enseignement aux laïcs, qui accessoirement enseignaient à l'universitas Carolina Pragensis dès sa création en 1348 afin d'arrondir les épinards en fin de mois sans beurre.
La première mention écrite d'un "studium generale" (genre d'université dans les monastères, avant que les vraies universités n'existent) en St Thomas remonte à 1343, mais l'enseignement devait s'y faire depuis bien avant. Mentionnons quelques sommités:
- "Heinrich von Friemar" (maître en théologie diplômé de la Sorbonne, "regens studiorum" à l'université Charles entre 1342 et 1350, examinateur pour la Germanie, et plus tard provincial de Thuringe et de Saxe),
- "Mikuláš z Loun" ("Nicolaus de Luna"), premier provincial de Bavière-Bohême, un des premiers professeurs de l'universitas Carolina en 1348, devenu évêque de Ratisbonne ("Regensburg") en 1362, décédé en 1371,
- "Nicolaus lector senior Pragensis" (cité en date de 1389) et qui serait l'initiateur du fameux "Codex Thomaeus" ("Summarium et inventarium Conventus Pragensis S. Thomae Aposteoli Ord. FF. Erem. S. P. Augustini"), ouvrage de référence commencé vers 1391, contenant une copie de tous les édits, décrets, privilèges concernant St Thomas, faisant de notre monastère l'un des mieux documentés,
- "Nicolaus de Praga" ("lector S. Thomae 1385, Baccalarius 1389 et Magister artium 1397"),
et bien d'autres (cf. "Josef Tříška, Repertorium biographicum Universitatis Pragensis praehussiticae 1348-1409").

Mais retour à la chronologie de notre monastère. En 1398, les augustins terminèrent le réfectoire, et purent enfin apprécier une bonne soupe chaude car auparavant, c'était jambon-beurre-cornichon sur le pouce, généralement sans jambon, sans beurre et sans cornichon non plus, juste le pain et le pouce (à sucer). En 1405, fut terminée la tour (clocher) Nord. Haute de 60 m, elle est indissociable du panorama du petit côté. Aujourd'hui elle apparaît en tenue baroque, avec ses fenêtres rondes et arquées, et ses pilastres d'angles, mais d'origine elle est gothique (du reste sa longue flèche pointue a été néo-gothisée). En 1410, les moines construisirent un petit presbytère afin d'y ranger le fourbi monacal, et 2 ans plus tard, ils posèrent la première cloche sur l'unique clocher de l'église qui fut tout spécialement aménagé afin de recevoir les 3 tonnes de plomb bruyant. Et parce que les moines se plaignaient de ne pas s'entendre chanter lors du sonnage de cloche, l'on installa en 1414 le tout premier orgue en l'église St Thomas. Ceci-dit la cloche remplaça à nouveau l'orgue 2 semaines plus tard, lorsque le préchantre constata que l'augustin Mattheus (du monastère de "Sv. Dobrotivá") qui savait jouer de la guitare ne savait pas pour autant jouer de l'orgue, et que les choristes ne savaient pas chanter sur les mélodies du guitariste non organiste. En 1420 furent terminés les dortoirs, puis les caves (les moines augustins avaient en ce temps inauguré une approche "top-down".
Celle-ci fut rapidement abandonnée par la suite, compte tenu de sa totale inadéquation avec la construction d'édifice religieux. Le chef de projet fut excommunié). Ainsi en ce début du XV ème siècle, St Thomas était un monastère d'importance certaine, pourvu d'une église riche et imposante. Les sources mentionnent par exemple plusieurs autels en couleur, dont certains équipés de reliques à 16 soupapes, 13 statues en bois représentant de saintes religieuseries sculptées à la main, une statue en pierre de la vierge Marie trayant le boeuf et l'âne pour son nouveau né, et des tentures de tapissier (dans l'bénitier :-) aux motifs de St Augustin et de Jésus en finale du simple-messieurs à Roland Garros. Grandiose que c'était, mais pas pour longtemps. En effet, arriva alors la guerre civile et ses hordes hussites enragées. En avril 1420, les augustins furent chassés du monastère, ou plutôt selon mes sources (cf. "Vavřinec [Laurentius] z Březové, Chronicon [Hussitarum]"), ils fuirent au château où ils trouvèrent refuge. Le 9 mai, l'église St Thomas fut incendiée, mais pas suffisamment semblerait-il, car le 14 mai, les barbares s'acharnèrent à nouveau sur les cendres encore fumantes de tout le monastère. Ensuite, la ville de Prague (alors hussite) confisqua tous les biens fonciers, mobiliers et immobiliers non détruits. Les moines ne revinrent qu'à partir de 1437, et la vie monacale ne fut réintroduite que dans la seconde moitié du XV ème siècle. Aujourd'hui, il ne reste de l'époque pré-hussite que l'aile Sud du monastère, quelques fresques dans la sacristie gothique (au Nord) datées mi-XIV ème siècle, et c'est tout. Les boules. Passons donc à la période post-hussite.

Le premier abbé post-hussite mentionné dans le fameux codex de St Thomas est l'abbé augustin Augustin (ben tiens) de "Domažlice" ("Augustinus de Tusta") en 1497. Sous son patronage commencèrent les travaux de réfection, et en 1499 l'on put ainsi re-inaugurer la chapelle ex-St Philippe et St Jacques qui fut pour l'occasion re-consacrée en Ste Barbara. Il fut suivit en début du XVI ème siècle par Martin de l'île ("Martinus de Insula", l'île étant le nom originel du monastère de "Sv. Dobrotivá" [le premier monastère augustin en Bohême, 1262], parce qu'il se trouvait sur un îlot formé par les ruisseaux environnants, puis renommé en "Sv. Dobrotivá" en 1327, lorsqu'on y stocka les restes de St Bénigne ["sancti Benigni martyris"], mais chais pas duquel qu'on se parle, parce qu'il y en eut plusieurs (cf. "Martyrologium Romanum" p. 596), qui plus est masculins, et non féminins ["ostatky svaté Dobrotivé, Sv. Dobrotivá" = féminin], mais je fouillerai une autre fois)... donc l'abbé Martin... réparations... Mais le monastère devait être maudit des glandes.
Il y eut un premier incendie en 1503 qui endommagea superficiellement les édifices. Il fut suivit d'un autre incendie en 1509, plus grave cette fois puisqu'il endommagea la structure de l'église au point que la tribune d'orgue s'écroula sous le poids des petits chanteurs. Et finalement, le vrai incendie de "Malá Strana" en 1541 paracheva l'oeuvre dévastatrice sur tout le complexe monacal comme sur tout le quartier, jusqu'au château. Mais revenons au début du XVI ème siècle. En cette chiche période de reconstruction où les caisses de l'abbaye broyaient du noir, la vocation d'ermite ne courait pas les rues, et l'on embauchait le tout venant qui frappait à la porte du cloître en ruine, pour peu qu'il parlait Latin un brin. Et justement, en 1524, se présenta un jeune moutardier du nom de "Václav Hájek z Libočan". Je vous en ai déjà parlé , et encore , aussi je ne vais pas revenir sur ce bougre, mais c'est au monastère de St Thomas qu'il écrivit sa litigieuse chronique ("Chronica Boemorum"). En 1540, il en commença l'impression (mise sous presse), mais en juin 1541, le terrible incendie brûla une partie de ses imprimés, ce qui en retarda la diffusion (malheureusement pas assez). Pour ce grand service rendu à la nation (l'écriture d'une chronique à moitié... aux 2/3 inventée), Ferdinand 1er le nomma prévôt du chapitre de St Cosmas et St Damian de "Mladá Boleslav".
Ainsi "Václav Hájek z Libočan" quitta St Thomas en 1544 pour mourir 11 ans plus tard (l'andouille). Et puisqu'on parle de cloche, signalons qu'en 1541 l'on posa sur le clocher de l'église une oeuvre du fameux maître saintier "Brikcí z Cimperka" ("Briccius Pragensis"), mais elle ne s'y trouve malheureusement plus, car fondue pour les besoins de la grande boucherie de 14-18.

Et donc en mi-XVI ème siècle, des suites des guerres hussites, des incendies, et du mauvais temps, ben y avait du boulot monstre pour tout reconstruire, aussi les augustins vendirent des bouts de terrains, mais reçurent aussi du pognon des puissants (quand ils en avaient, du pognon) ou même des dons en nature. Par exemple Ferdinand 1er offrit aux moines 5 palettes de briques neuves, 3 palettes de tuiles plates, un pot de colle à tapisserie et une échelle à coulisse pliable en 3 parties, aujourd'hui conservée au musée des arts et métiers de la ville de Prague. Le loufoque empereur Rudolf II quant à lui, prêta aux moines en 1584 son architecte personnel "Ulrich Aostalli" (i.e. "Oldřich Avostalis") afin qu'il expertise la situation de tout le complexe ainsi que l'ampleur des travaux à réaliser (Monseigneur est bon).
Lorsque les moines insistèrent un peu auprès de l'empereur, "Ulrich" finit même par leur proposer un projet (en échange d'une place dans le caveau de l'église), mais compte tenu du coût énorme par rapport à la précaire situation financière de l'ordre (des augustins), seules quelques menues suggestions furent mises en chantier. Dans la même période, un certain "Bernardo di Alberto" (totalement inconnu) aurait pris la suite de la maîtrise d'oeuvre (entre 1584 et 1592), suivi par "Jan Dominik de Barifis" (totalement inconnu aussi, mais mentionné en 1611), suivi encore par "Domenico de Bossi" (plus connu, mais fort doute sur sa participation à ce projet). Bref, ne prenez pas les noms de ces architectes comme des certitudes. Là où les choses sont nettement plus claires, c'est en termes de réalisations renaissances. L'église fut remodelée jusqu'en 1592, et encore aujourd'hui l'on peut y apprécier les arcades latérales des vaisseaux secondaires, le portail d'entrée dans la chapelle Ste Barbara, ou les portails extérieurs Sud, et tout particulièrement Ouest, splendide oeuvre en marbre de "Giovanni Battista Bussi de Campione", sculpteur-tailleur de pierre et accessoirement bourgmestre de "Malá Strana" (entre 1610 et 1615) auteur fort probable de la façade de l'ancien hôtel de ville récemment restauré. En 1596, l'on inaugura à nouveau l'église, mais comme pour les architectes, l'on n'est pas sûr des invités en dehors de "Karel Gott" et de "Helena Vondráčková".
Notez sur la trame d'entrée dans la chaplette Ste Barbara l'inscription "Haec est domus Dei et porta coeli" (Essuyez-vous les pieds avant d'entrer) et en dessous, un truc nettement plus mystérieux: "15 . FER?? CASTlus CIVis MEDIOsis . 96", avec les petites lettres en suscrit (écrit au dessus de la ligne, cf. mes photos). Le 15 et 96 c'est clair, c'est l'année de naissance de ma belle-mère, 1596. "CIVis MEDIOsis" c'est clair aussi, c'est "civitatis Mediolanensis" (ville de Milan, Italie). Par contre "FER?? CASTlus"? Pas la moindre idée. Si jamais vous savez, informez-moi z'en s'il vous plaît. Sinon en cette période, furent également restaurés le cloître, la bibliothèque (j'y reviendrai dessus plus en détail), les cellules (cages des moines) du premier étage, le réfectoire, et le clocher fut augmenté en hauteur (genre) en 1610 par un certain "maître Marco" (c'est peu comme info), qui oeuvrait déjà sur les nouveaux escaliers du dortoir ainsi que sur l'étanchéité du robinet de la cave. Signalons encore que sous ce bon bougre de Rudolf II, l'église St Thomas était la seule église catholique de la "Minoris civitatis Pragensis", toutes les autres ayant tourné protestantes (le pape en chopa les oreillons sur ses fesses). Juste avant la bataille de la montagne blanche (novembre 1620), les Etats (alors en majorité hussites) confisquèrent les terres de l'abbaye. Mais celles-ci furent rendues dès 1621, après la défaite (de la montagne blanche). En cette même année, l'immonde fripouille mégalo Wallenstein décida d'établir son monumental palais à "Malá Strana", et les moines durent lui vendre le fameux jardin de "Vojanovy sady"
("Pytlíkovo-Flavínovská zahrada") ainsi que 7 maisons sur ce terrain. En échange, l'Eusebius leur procura une obole pour repeindre le gazon en vert, mais le pognon de la vente, ils ne le virent que bien plus tard, après l'assassina de la fripouille (en 1634), lorsque Ferdinand III ordonna mi-XVII ème siècle (en 1652) à la "Česká královská komora" (organe central de gestion du flouze et du patrimoine royal en terres de Bohême, chargé entre-autre de la collecte des impôts) d'organiser le paiement des arrières. Tiens, anecdote, le 1 décembre 1604 eut lieu l'élection du premier provincial de Bohême-Moravie en la personne de "Jan Baptista Crystellius Svitavský z Bochova". Il eut en tout 3 mandats, et c'est au cours du dernier (1633-1638) qu'il passa commande (en 1637) auprès de PPR (Pierre Paul Rubens) de 2 tableaux pour l'autel principal de l'église des augustins: un martyr de St Thomas, et un portrait de St Augustin pour un montant de 945 pièces d'or. L'on raconte que Rubens accompagna personnellement le convoi tiré par des boeufs depuis la Hollande jusqu'à Prague, à travers champs, montagnes, marécages et guerre de 30 ans (aujourd'hui les originaux se trouvent au palais Sternberg que vous devez impérativement visiter).
Malheureusement, le provincial Jean-Baptiste décéda en juillet 1638, et ne vit jamais les splendeurs qu'il avait commandées. Vers cette fin des années 1640, les travaux renaissance prenaient fin petit à petit, avec la décoration des chapelles de l'église, la pose du papier peint dans le cloître... En 1645, le fabuleux Karel Škréta posa 2 tableaux en l'église: une Ste Trinité et une assomption de la vierge (Marie) de 1644. En cette même année (1645), ce même peintre Charles prit épouse en l'église St Thomas, et en 1671 il y accrocha encore 2 tableaux de plus, un St Thomas de Villeneuve, un St Nicolas de Tolentino (il est encore un "sacrifice de la vierge Marie" dans le réfectoire, mais l'on a des doutes sur ses origines, cf. "František Ruth, Kronika královské Prahy a obcí sousedních").

En 1648, les Suédois (fumiers) occupèrent la rive gauche de Prague, et St Thomas leur servit d'hôpital de campagne. Bien entendu, cette vile fripouille de "Königsmark" (i.e. "Koenigsmark") pilla le monastère et sa bibliothèque de façon bien systématique (j'y reviendrai dessus, sur la bibliothèque), mais n'occasionna point trop de dégâts aux édifices. En 1668 l'on installa un nouvel orgue (entre-temps l'on avait enfin trouvé un augustin qui savait en jouer), oeuvre des maîtres "Matyáš Kehler" (pas trop connu, sans doute apprenti à l'époque) et "Jan Jindřich Mundt"
(hyper fameux, auteur des orgues de "Plasy, klášterní kostel", "kostel sv. Václava", "kostel sv. Mikuláše, Staré Město", "kostel sv. Prokopa, Sázava", ou encore Ste Marie devant le "Týn" place de la vieille ville). Il se composait de 1242 tuyaux méticuleusement comptés et mesurés par le cellérier en charge de payer les frais de matière (alliage d'étain et de plomb). Anecdote. En 1684, le sculpteur "Jeroným (Hieronymus) Kohl" (St Nicolas de Tolentino et St Augustin sur le pont Charles, statues d'ailleurs commandées par les augustins de St Thomas, ou la fontaine en plein milieu de la seconde cour du château de Prague) sculpta une petite statuette taille réelle pour l'édicule du fronton Ouest de l'église (édicule, du Latin "aedicula", sorte de petite niche, tabernacle, abritant une statue, parfois, pas forcément, mais assez souvent quand même).
Ben cette statue, selon certaines sources, représente St Augustin, selon d'autres St Thomas. Mort de rire, parce que c'est oui et non. En fait l'édicule principal, celui du portail Ouest contient St Augustin, et St Thomas existe aussi, mais se trouve dans l'édicule Sud, là où le tram passe à 3 cm des piliers de l'église (cf. plus loin). Du reste vous ne pouvez pas vous planter, St Augustin tient une crosse épiscopale car il était évêque (d’Hippone), alors que St Thomas la pôtre tiens une lance que Jésus lui avait demandé de ramener pour barbecuire l'agneau du dernier méchoui de la Cène (non, Jésus n'était pas végétarien. Il était même cannibale sur les bords, ou plutôt incitateur au cannibalisme. Cf. "Prenez, mangez, buvez-en tous, car ceci est..."). Du reste, si vous avez de bons yeux, vous pouvez lire sur la base des statues, respectivement "Magnus S. P. Augustinus Anno MDCLXXXIIII 15. Aprilis" et "Sanctus Thomas Apostolus" (celui-là n'a pas de date limite de consommation sur l'emballage).

Passons donc à la période baroque. Sous l'impulsion du provincial "Václav Pelikán" et du porte-serviette du prévôt général "Christian Mitis", les augustins installèrent donc sur le pont Charles les statues de St Augustin (le 27 août 1708), suivi du St Nicolas de Tolentino (le 8 septembre), toutes 2, oeuvres de "Jeroným (Hieronymus) Kohl".
St Augustin se trouve sur le 11 ème pilier, et de son pied droit écrase les livres hérétiques (cf. plus loin, Mani, Pélage, Strogoff...). Il tient dans sa main droite un coeur en feu (symbole de son amour en dieu), et le petit joufflu à ses pieds tenant un coquillage, c'est sa fameuse vision du divin. Selon la légende, St Augustin méditant sur le mystère de la Ste Trinité une bouteille de château La Tour dans la main, vit un enfant sur la plage puiser l'eau de la mer dans un coquillage, et la verser dans un trou. Il aurait alors inventé la phrase suivante: "il est plus difficile à ton intelligence d'appréhender le mystère du dit vin (divin) que de transvaser la mer entière dans un trou" ("Acta Sanctorum, August., 28"). Sans commentaire... Ah oui, et le chronogramme: "DoCtorVM prInCIpI... Magno Religionum Patriarchae Divo Patri Augustino pietas filialis erexit" qui nous donne bien 1708. En face de St Augustin se trouve St Nicolas de Tolentino, en train de distribuer du pain aux pauvres. Un jour que St Nicolas était malade comme un chien, fiévreux et délirant, il eut la vision de la vierge Marie (faut être malade comme un chien, fiévreux et délirant, pour les visions, forcément, à jeun, t'en vois pas beaucoup des délires. Y a juste que je me demande comment l'église peut encore accréditer ce genre de conneries, vues sous l'emprise de l'hystérie délirante. Si Benoît savait seulement le nombre de conneries que je vois et que je raconte après une dizaine de Prazdroj, il me sanctifierait de suite sur le champ)...
Bref, St Nicolas eut la vision de la vierge Marie, de St Augustin et de Ste Monique (maman de St Augustin, excellente cuisinière), qui lui refilèrent une recette de petits-pains à tremper dans de l'eau (et tartiner au Nutella?), grâce auxquels il put ensuite sauver des milliers de pauvres, d'infirmes, de malades et même de déjà morts. L'on retrouve sur le socle un chronogramme sous la forme: "fIDeLIVM ConsoLatorI" qui nous donne encore 1708. Mais retour au monastère. En 1713 eut lieu la dernière grande épidémie de peste, aussi les moines prévoyants déménagèrent leurs étudiants dans des monastères de campagne ("Pivoň" et "Dolní Ročov"). Quant aux augustins eux-mêmes, ils restèrent sur place afin de soigner les malades et surtout de ne pas louper ce dernier grand évènement. En 1723, la foudre frappa l'édifice, ce qui mit en rogne le cellérier qui avait depuis longtemps suggéré l'achat d'un paratonnerre, nettement plus indispensable que les statues du pont Charles. Mais les augustins avaient à nouveau du pognon (puisqu'ils pouvaient se payer des statues), aussi le prévôt "Serafin Melzer" se mit en tête de réparer les dégâts causés par la foudre, et en profiter pour remettre tout le couvent au goût du jour (d'avant), c'est à dire baroque. Et qui pouvait être plus qualifié pour cette tâche que "Kilián Ignác Dientzenhofer"? Sans dec, t'as même pas besoin de téléphoner à un pote ou demander l'avis du public, c'est clair, "Kilián Ignác", c'était l'homme de la situation.
Et comme référence, il avait terminé le cloître et la prélature de "Břevnov" (en 1717), la Vila Amerika en 1720, le fronton de la Lorette (vers 1723, encore que... l'on doute sur l'exécution de ce chantier par notre boug'), et je ne parle là que de Prague. De toute évidence, il était l'homme de la situation, et c'est mon dernier mot Jean-Pierre. Ce fabuleux architecte suggéra alors de conséquents travaux, partout, sur tout le domaine de St Thomas, mais à nouveau, compte tenu du budget, il fallut se limiter au plus pressant. Le contrat fut signé le 26 avril 1727 pour 8300 pièces d'or, spécifiant la nature des travaux: conserver les édifices tels quels, réparer les trous et le crépis dus à la foudre (avec spéciale insistance du cellérier sur ce point), et remodeler le fronton principal (Ouest) afin d'attirer le client (bondieusard). Le génie se mit au boulot, en particulier sur l'église. Mais du gros-oeuvre, il ne pouvait pas grand chose changer, aussi il concentra ses efforts sur les voûtes et sur la décoration des murs. Ces derniers furent segmentés par des pilastres soutenant des poutres richement décorées de moulures. Le choeur reçut une coupole, ses fenêtres furent murées, alors que d'autres furent percées dans les vaisseaux, mais l'on conserva les tribunes renaissance en l'état.
Compte-tenu de sa localisation dans une ruelle plutôt étroite, le fronton principal (Ouest) représentait la plus coton des tâches délicates, puisque le spectateur ne dispose pas de suffisamment de recul afin d'en apprécier la beauté dans son ensemble. Alors l'architecte posa d'imposantes colonnes latérales surmontées de belles moulures (chapiteaux) afin d'accroître la dynamique visuelle. Au dessus de la porte, il creusa le fameux édicule augustinien de "Jeroným (Hieronymus) Kohl" et le tour était joué. L'on changea encore la charpente et le carrelage, et le 8 décembre 1729, l'on put à nouveau inaugurer la restauration baroque de l'église renaissance, malgré que les travaux se poursuivirent jusqu'en 1731.

Anecdote: vous aurez sûrement remarqué qu'au niveau de la rue "Letenská", le tram passe à quelques 3 cm de l'église St Thomas. Ben c'est la faute (encore) aux Lobko (Lobkovic). L'édifice qui rejoint l'église par un "ponte dei sospiri", que les véhicules passent en dessous, se nomme le palais Oettingen ("Oettingenský palác", auparavant palais Lobko). Il devint la propriété de "Ladislav Lobko" en 1548, et pendant plusieurs dizaines d'années, la famille se rendait à l'église le plus naturellement du monde, en sortant du palais, en traversant la rue, soit quelques 27 m à parcourir à pied. Mais au XVII ème siècle, les Lobko devinrent tellement faignants, que même les 27 m leur semblaient de trop, et pour une si petite distance les taxis ne se déplaçaient même pas.
Ils eurent alors la bonne idée de construire le fameux pont entre leur palais et l'église St Thomas, réduisant ainsi significativement la distance à parcourir. En 1723, le palais prit feux, et il fallut le reconstruire. Entre temps, les moines repairaient leur couvent en face du palais, et dès 1724 il y eut un conflit de voisinage sur la largeur de la rue, comme quoi les uns empiétaient sur les autres qui ne pouvaient pas élargir suffisamment parce que la rue était trop étroite à cause des uns (ou des autres). Finalement les moines cédèrent du terrain, les Lobko construisirent dans la rue divisant ainsi la distance à parcourir par 3, soit seulement 9 m (du reste vous pouvez très bien voir sur le plan qui empiète dans la rue). En cette période, il n'y avait qu'un seul "trou" pour passer (le plus à gauche sur Google maps), celui d'en dessous du "ponte dei sospiri". En 1841, le palais fut acheté par la famille "Oettingen-Wallerstein" (qui avait fait fortune à l'époque avec un stand à saucisses du côté de "Zbraslav"), d'où son nom actuel (au palais).
En 1898, il (le palais) fut acheté par la commune de "Malá Strana", qui après y avoir installé une école, en fit un immeuble locatif. En 1927, les piétons commencèrent à se plaindre, que traverser dans le "trou" entre les trams et les voitures, que c'était pas cool du tout du tout. Alors la mairie perça un second trou (celui du milieu sur Google maps) directement dans le palais, en modifiant bien entendu son intérieur en conséquence. Le premier trou originel servait aux voitures et aux trams, le nouveau trou aux piétons. Mais avec l'augmentation de la circulation, les chauffeurs commencèrent à se plaindre, que rouler dans le "trou" entre les trams et les trams entre les voitures, que c'était pas cool du tout du tout. Alors la mairie perça un troisième trou (celui de droite sur Google maps) directement dans l'entrée du palais, en modifiant bien entendu son intérieur en conséquence. Aujourd'hui donc chacun dispose de son trou pour circuler, les trams, les voitures et les piétons, et on n'attend plus que les extra-terrestres pour percer un quatrième trou, parce que comme qui dirait, il reste encore de la place à droite pour (on le voit très bien sur Google maps).
Mais retour à St Thomas.

Lors de la guerre de 7 ans, en 1757, les Prussiens qui bombardaient Prague assiégée, laissèrent tomber plusieurs boulets incendiaires sur le monastère des augustins (42 selon le décompte du prévôt, scrupuleusement consigné pour les besoins de l'assurance). Mais la population et les moines veillaient au grain afin d'éteindre le moindre début d'incendie. Toutes traces de bombardement furent par la suite effacées, contrairement au monastère des capucins près de la Lorette, dont l'église de la vierge Marie immaculée est maculée de boulets en fonte encore visibles aujourd'hui. Ainsi l'apparence du complexe St Thomas prit sa forme définitive en cette seconde moitié du XVIII ème siècle, et n'a point changé depuis (encore que... z'allez-voir plus loin, le fameux hôtel archi-luxe). Fait remarquable, St Thomas est un des (très) rares monastères à avoir survécu les reformes sécularisatrices joséphiennes de la fin du XVIII ème en Bohême. Sinon courant XIX ème siècle, rien de particulier. Durant la première moitié du XX ème siècle, rien de particulier non plus aussi. Pis en 1948, la chienlit con-muniste prit le pouvoir, ferma le monastère en 1950 et chassa les moines pour y mettre des retraités. Evidemment, les lieux d'habitation furent plutôt adaptés à la situation, parce que même un con-muniste imagine (encore que...) qu'un moine n'a pas les mêmes besoins (im)mobiliers qu'un crabe à terre (grabataire :-)
Dans les années 70, l'église subit une restauration, suivie d'une autre conséquente en 1990, juste après la révolution de velours, lorsqu'on dut changer la charpente bouffée par la mérule (la vérole du bois sans protection). Et voilà pour le cycle de vie de notre monastère, plus de 800 ans depuis le début de son commencement. Qu'en reste-t-il aujourd'hui?

Aujourd'hui, vous pourrez encore y voir du gothique (peu), du renaissance (pas trop), et du baroque (beaucoup). Enfin il y a 3 ans de cela, vous pouviez y voir tout ça. Depuis, le monastère est devenu un hôtel archi-luxe (mais j'y reviendrai), et je n'y ai pas remis les pieds à cause de ma bourse (zyeuter les prix des turnes, délire...). Bref, donc en gothique, aujourd'hui, vous pouvez voir de l'extérieur l'abside polygonale soutenue par les culées. A l'intérieur, le corridor entre le choeur et la sacristie aux voûtes d'origine datant de la seconde moitié du XIV ème siècle. Ensuite le mur Nord du choeur, qui fut "emmuré" dans l'édifice religieux, et qui pourrait être le reste de l'édifice originel cédé par l'abbé nédictin Christian de "Břevnov" (XIII ème siècle). Et n'oublions pas la chaplette St Dorothée, d'époque bénédictine, d'avant l'arrivée des augustins, qui servait de piaule capitulaire (mi-XIII ème siècle). Ensuite il y a la petite chapelle sur laquelle débouche la sacristie, et dans laquelle se trouve des fresques mi-XIV ème siècle (notez la bouille de Ste Edwige, faut être expert pour la reconnaître) dont les spécialistes (experts aussi) attribuent l'instigation (voir le paiement) de leur peinture à l'évêque de "Olomouc", "Jan ze Středy" (allez savoir pourquoi celui-là?).
Parenthèse: des spéculations existent concernant la bouille de Ste Edwige. Hormis qu'elle soit patronne de la PLogne, de Berlin, etc... elle est aussi patronne de la Silésie. Or la troisième femme du bon roi Charles IV (épousée en 1353), la maman de l'ivrogne "Václav IV", "Anna Svídnická" (Anne de Schweidnitz en Français) était silésienne également. Aussi il serait possible (mais pas sûr) que la bouille de Ste Edwige serait celle d'Anne, épouse du bon roi. Bref, donc en gothique, n'oublions pas la longueur. La longueur de notre église est de 62 m gothiques, ce qui en faisait en l'époque une des plus grandes églises de toute la ville. En renaissance, il reste le cloître, et les éléments susdits plus haut, cf. 1592. Quant au baroque, ben c'est tout le reste, pouvez pas vous planter. Le plus typique est cependant la coupole, qui remplaça 2 des 5 pans de voûtes de la nef centrale.

Alors bien évidemment, de nombreux artistes ont laissé des traces dans le monastère. Commençons par les voûtes gothiques: Václav Vavřinec Reiner. Curieusement, vous ne trouverez pas grand chose sur ce talentueux bougre, qui, à mon avis, n'est pas reconnu à sa juste valeur en dehors de la République nostre. Il est donc l'auteur des fresques d'au plafond de la vie de St Thomas et de St Augustin, de la coupole, peintes entre 1728 et 1730, pour lesquelles il reçut 1500 pièces d'or (selon les notes du cellérier).
On peut donc voir du fond (entrée) vers le devant (choeur) St Augustin baptisé par St Ambroise (à Milan, en 387 [parfois 386], avant d'être catholique Augustin était manichéen), St Augustin "défend" la vérité et la foi (cf. Mani [Manichaeus] et le manichéisme, Donat [Donatus] et le [schisme] donatisme, Pélage et le pélagianisme, dont j'invite les catholiques à redécouvrir les pensées), St Augustin lave les pieds sales du Christ maquillé en pèlerin (4 siècles après sa mort, j'te dis pas le boulot), St Augustin pose avec ses disciples pour Paris-Match (notez la présence de Tatav, dans le fond), et finalement l'apothéose de St Augustin (qui saute dans son slip les pieds joints, après 25 ans d'entraînement). Ensuite y a la coupole. C'est l'apparition de Jésus aux apôtres et surtout à St Thomas, toujours scié (il s'étonne d'un rien celui-là) et qui met son doigt dedans (la plaie). Pis on a 3 pans, plutôt tassés en hauteur, où qu'on voit dans le premier St Thomas missionnaire en Inde (eh ouais, déjà, en 52 après Jean-Claude), le second représente St Thomas et les apôtres sciés devant la tombe vide de la vierge Marie (partie faire ses courses, malgré son arrêt longue-maladie), et le troisième pan c'est le martyr de St Thomas (lorsqu'il invita sa belle-mère à dîner). Ensuite il y a un tableau de St Roch, par François Palko, daté de 1767, et un St Alois par Ignác Raab.
Certaines statues, et la chaire, sont du sculpteur Jan Antonín Quittainer, fils de Ondřej Filip Quittainer qui sculpta également quelques statues pour notre église (St Nicolas de Tolentino et St Jean de Sahagún, i.e. Jean de Saint-Facond). Anecdote. En 1722, le père Ondřej suggéra une collection de 6 statues en bois grandeur nature (genre 160 à 180 cm) pour l'autel principal. Celles-ci furent ensuite coulées en argent pur, installées sur l'autel, et l'on prétend que leur valeur (pognon) était supérieure à celle de toute l'église. Sauf qu'avec les restaurations baroques de l'époque, le cash vint à manquer, et en 1729, les moines fondirent les statues puis vendirent l'argent (métal). Finalement c'est Ferdinand Maxmilián Brokoff qui mit 6 de ses statues sur l'autel principal. Ensuite sur l'un des autels dans le choeur, se trouve un St Sébastien. C'est l'oeuvre de Bartoloměj Spranger. Plus loin, dans la chapelle Ste Barbara, il y a un tableau de la Ste famille (l'âne et le boeuf n'en sont pas, de la famille): Josef Heintz, peintre mais également copieur et chasseur d'art pour ce bougre d'empereur Rudolf II. "František Ignác Weiss" sculpta sur l'autel de St Thomas de Villeneuve un St Norbert et St Thomas d'Aquin. Puis sont encore mentionnés d'autres noms dans certaines sources, comme les sculpteurs "Karel Josef Hiernle", "Ignác František Platzer", ou le peintre "Jan Jiří Heinsch", mais je n'ai pas de confirmation des oeuvres présentes, alors précaution de rigueur.

Maintenant quelques mots sur la bibliothèque, parce qu'à tout bon monastère s'associe bonne bibliothèque. Du fait que les moines enseignaient le savoir, il devait y avoir au monastère une bibliothèque dès les premières heures. La chronique de St Thomas ("Codex Thomaeus") évoque déjà en 1289 l'existence d'un antiphonaire et d'un graduel, déplorant cependant qu'il n'y ait aucune armoire pour ranger les "libris voluminis" qui prenaient la poussière. La première mention écrite de la bibliothèque remonte à 1368, et une source légèrement plus récente (après 1368) rapporte la présence de 45 manuscrits (t'imagines la diversité?). L'on sait qu'au XIV ème siècle, de nombreuses légumes comme l'archevêque de Prague "Arnošt z Pardubic" firent ensuite cadeau aux augustins de manuscrits précieux, mais c'est peu dire que les étudiants sortaient guère de la routine religieuse. Jusqu'à l'évêque de "Olomouc", "Jan ze Středy", qui, avant de partir pour l'Italie en 1368 (pas sûr de revenir), dédia 32 volumes théologiques (ah ben l'était évêque) mais également de 2 tomes de Sénèque, 1 volume de Tite Live et un manuscrit de Dante Ali g'Hieri. Petit appétit, la bibliothèque grandissait, et s'étoffait d'ouvrages divers, et pas forcément théologiques (enfin). En 1409, l'armarius de St Thomas, le sacristain "Jan z Dobrovic" alors employé à mi-temps, dénombrait 125 manuscrits ("Anno 1409 inventarium conventus Pragensis S. Thomae apostoli..."), en 1418 il y en avait 281 (plus une cinquantaine de livres liturgiques dans la sacristie), et un mois plus tard, le moine fut embauché à plein-temps en CDI avec tickets-restau journaliers, à la condition qu'il ne mentionne pas dans son inventaire la collection de Playboy 1415-1417 trouvée sous la cathèdre de l'abbé.
Jean-plein-temps est le continuateur du "Codex Thomaeus", et tout particulièrement sur la partie "inventaires". Il semblerait que les ouvrages de la bibliothèque survécurent les guerres hussites, les moines les ayant planqués dans un lieu sûr avant les évènements. En 1603, quelques années avant la guerre de 30 ans, l'inventaire mentionne quelques 5.000 volumes. Cette fabuleuse collection qui avait survécu aux guerres hussites, aux incendies, ne survécut cependant pas aux Suédois (fumiers). Lorsque ce pillard de "Königsmark" (i.e. "Koenigsmark") et sa bande de soudards illettrés accédèrent à la bibliothèque, ils remplirent moult tonneaux, et nombreux manuscrits comme incunables précieux prirent la direction de Stockholm.

Après la guerre, la librairie reprit du poil de l'ablette, grâce aux dons de nombreux mécènes. Mentionnons par exemple "Benignus Sichrovský" (1675-1737, provincial de Bohême, puis directeur des augustins en Germanie, personnage clé dans la canonisation de St Jean Népomucène), qui offrit 15 volumes de Pif Gadget éditions d'entre 1700-1703. Le provincial "Michal Mareschl" (confirmateur du miracle de la croix, lorsqu'en 1746 près de "Chotěšov", un crucifix fit demi-tour devant les yeux des témoins, Michel vint personnellement voir de visu quelques jours plus tard, que la croix était bien retournée. Il peut le faire).
Lui, on ne sait pas ce qu'il laissa comme ouvrages, mais il en laissa. Fin XVIII ème siècle, "Cosmas Schmalfus", augustin et recteur de l'université Charles, fit également cadeau de livres à la bibliothèque, mais surtout il entreprit un premier recensement et classement systématique des ouvrages de la bibliothèque. Le fond comptait alors 10.000 oeuvres. En fin XIX ème siècle, l'on comptait 19.000 ouvrages d'hiver avariés, dont le fameux "Codex Thomaeus", que les Suédois considérèrent comme sans intérêt (ce qui est un peu vrai par ailleurs, car en dehors des faits relatifs au monastère et de la calligraphie, l'on ne peut pas dire que les images et les photos...). Lorsqu'en 1950, l'on remplaça les moines par les vieux, les volumes les plus précieux furent transférés au "trésor" du Clementinum, les manuscrits aux archives nationales, et les livres "classiques" à la bibliothèque nationale (du reste dans les locaux du Clementinum également). Aujourd'hui, au dernier recensement, on compte en gros 150 incunables en 115 volumes, 8.000 livres rares et 9.000 ouvrages divers du XIX ème siècle. Cependant la composition exacte du fond (liste des livres) n'est pas connue, car pour l'instant personne ne s'est donné la peine d'en faire un inventaire exhaustif.
Parmi les trésors:
- "Rationale divinorum officiorum" de "Gulielmo Durando Mimatensi" (Vicenza: Hermann Liechtenstein, imprimé en 1478), traité de liturgie médiévale et de droit, genre réflexion sur leur pratique dans le contexte du XIII ème siècle.
- "Lucidarius" (en Allemand, "Elucidarium" en Latin) de "Honorius Augustodunensis" (Augsburg: Anton Sorg, imprimé en 1479), ouvrage de vulgarisation des dogmes théologiques en langue vulgaire (Allemand), genre catéchisme pour la masse inculte moyenâgeuse.
- "Sermones de tempore et de sanctis" de "Albertus Magnus" (Ulm: Johann Zainer, imprimé en 1478/1480), recueil de sermons à l'usage des trépanés dans leur tête.

Parenthèse: un incunable (du Latin "in cunabulis", "dans le berceau", "Qui cum esset in cunabulis..." et qui donna "incunabulum") est un ouvrage imprimé à l'âge de la préhistoire de l'imprimerie (de son invention vers 1450, jusqu'en 1500) contrairement aux ouvrages actuels qui sont cunables.
La Bohême fut longtemps considérée comme le second pays à disposer de l'imprimerie (après la Germanie, mais avant la France, Strasbourg était allemande jusqu'en 1681), et surtout à imprimer en langue vulgaire (en Tchèque, et non en Latin). Cette théorie était fondée sur l'unique ouvrage "la chronique troyenne" (auteur "Guido delle Colonne") présumée datée de 1468 (mention manuscrite du typographe [inconnu] en fin du livre), et imprimée à "Plzeň" comme vous pouvez lire dans l'ouvrage de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin de 1958, l'Apparition du Livre. Pour comparaison, le premier livre imprimé en France (à la Sorbonne) date de 1470: "Gasparino Barzizza, Espitolarum liber" et il est en Latin. Les boules, mort de rire, c'te honte pour la France. Malheureusement, aujourd'hui il semblerait (en particulier par l'analyse des filigranes sur les papiers du livre) que la chronique tchèque date de 1476 au mieux (voire plus jeune), et ces 8 petites années de différence reclassent la Bohême (comme la ville de "Plzeň") loin loin loin dans le rang des premières imprimeries (les boules, etc...). Déjà en début du XIX ème siècle, "Dobrovský" faisait remarquer que la date de 1468 aurait été reportée du manuscrit (qui se trouve à la bibliothèque nationale) sur l'incunable par le typographe, et qu'elle ne prouvait en aucune façon la date d'impression.
Mais en cette époque de renaissance nationale tchèque... A ce propos, je vous signale une fabuleuse exposition au Clementinum que j'ai personnellement visitée, malheureusement en Tchèque uniquement. Sinon tiens, pour terminer, savez-vous que Johannes Gutenberg n'était autre que "Jan z Kutné Hory", Tchèque d'origine et aucunement Germain? Lisez la preuve ici...

Anecdote. Au dessus de l'entrée du premier étage dans la bibliothèque se trouve l'inscription latine "Codices certa hora singulis diebus petantur, extra horam qui petierit, non accipiatur. S.Aug: in Reg: Anno MDCIII" (que ceux qui veulent emprunter des livres se pointent à temps de l'heure fixe que c'est marqué, parce qu'en dehors, keud-nada leur délivré sera). Cet extrait fort à propos de la règle de St Augustin (C. 5:10) est là pour rappeler que l'ordre doit être respecté en toute circonstance, parce que comme le disait l'oberleutnant "Makovec": "disciplína, vy kluci pitomí, musí bejt, jinak byste lezli jako vopice po stromech, ale klášter z vás udělá lidi, vy blbouni pitomí"
(la discipline doit être, bougres d'abrutis, sinon vous sauteriez aux arbres comme des singes, mais le couvent fera de vous des hommes, tas d'andouilles stupides. Cf. le brave soldat Švejk).

Alors on ne peut pas parler du monastère de St Thomas, sans parler de sa fameuse brasserie (et quand je dis fameuse, je suis en dessous de la vérité). La brasserie de St Thomas, est (enfin était) encore plus fameuse que la brasserie "U Fleků", et surtout plus ancienne. En fait, le brassage de la bière à Prague remonte jusqu'aux années 80 du XI ème siècle (lecture: "Milan Polák, Pražské pivovárky a pivovary"), et sur les îles de la "Vltava" on cultivait même du houblon (aujourd'hui des crottes de chiens, comme dans le moindre espace vert de la capitale, fumiers). Selon la légende, le bon roi Charles IV octroya aux augustins le privilège de brasser et faire commerce de bière sur toute la partie gauche du fleuve en 1352. Cependant la première trace écrite date de 1400 ("Codex Thomaeus: sub sigillo Minoris civitatis supra aream prope maiorem portam, in qua est constructum braxatorium tempore fratris Petri de Alba pro pecunia fratris Johannis dicti Walter sub anno Domini MCCCC"), et situe la brasserie du côté de la place Wallenstein
(domaine alors appartenant au monastère), là où se trouve actuellement le sénat (du reste palais Wallenstein). Comme dit, la première brasserie devait être en bois (supposition), mais cela n'empêchait pas les moines de fabriquer de la bière de qualité. Certaines sources légèrement chauvines affirment que la bière tchèque était déjà reconnue en Europe comme l'une des meilleures, dès le XIV ème siècle, et afin de conserver le secret de cette qualité, le bon roi Charles IV aurait strictement interdit tout export de houblon hors frontières du royaume. Ce qui est sûr, c'est qu'en cette époque les brasseries tchèques n'appartenaient pas à des industriels mondiaux (fumiers) qui fabriquent aujourd'hui la bière comme de la lessive, à coup de chimie (tetrahop). Mais revenons aux moines. Dès les origines, la bière de St Thomas devait avoir du succès (ou pas de concurrence) car en 1358, les augustins mirent en chantier une brasserie en dur, en vraie bonne pierre gothique tardive, afin d'augmenter les capacités de production. L'on raconte que la bière brassée était si bonne, que l'archevêque de Prague en personne aurait invité les moines à confier le brassage aux laïcs, afin de maintenir la paix et la tranquillité dans le monastère. Mais il n'eut pas besoin d'insister. En 1420, les hussites dévastèrent le domaine de St Thomas, la brasserie itou, ce qui réaffirme à nouveau (si besoin était) leur absolue débilité ainsi que leur manque de bon sens. Ensuite plus rien de fiable d'un point de vue "source historique".
L'on présume que la brasserie souffrit de l'énorme incendie de 1541 qui détruisit tout le petit côté, et ce n'est qu'en 1601 qu'on retrouve des traces écrites indirectes de la brasserie, dans les livres de compte des augustins mentionnant des bénéfices de la vente de bière. La légende populaire veut que ce soit le loufoque empereur Rudolf II qui remit le nectar de St Thomas au goût du jour, en faisant du monastère l'approvisionneur officiel de la cour. La citation officielle est "čeští králové, pokud na hradě byli, jen svatotomášské pivo pili" (les roys de Bohême, pour peu qu'au castel estoient, de St Thomas la bière seule buvoient). Enfin, doute quand même, d'autant plus que depuis 1583, Rudolf II possédait sa propre brasserie de "Krušovice", distante cependant de quelques 50 km de la capitale. Quoi qu'il en soit, Rudolf II confirma aux augustins le droit de brassage, ce qui mit en rogne la municipalité constamment harcelée par les maîtres brasseurs laïcs qui considéraient la concurrence du monastère comme biaisée (à cause du slogan: "La bière de St Thomas, même le p'tit Jésus la boit!"). Après la défaite de la montagne blanche, ce vilain bougre de Wallenstein "acheta" du terrain aux moines qui n'avaient pas trop le choix, et la brasserie disparut dans la vente puis dans la construction de l'orgueilleux palais. Les augustins reconstruisirent une brasserie en 1656 dans le jardin du monastère, mais sa forme définitive (telle que, il y a encore quelques années, avant la transformation en hôtel) date de 100 plus tard, de 1763.
A signaler que l'hostilité des maîtres brasseurs de la ville était croissante envers les moines. En 1656, la municipalité du petit côté coupa carrément l'arrivée d'eau à la brasserie. L'eau revint au monastère lorsque les moines s'acquittèrent d'une compensation financière supplémentaire. En 1733, les brasseurs de "Malá Strana" allèrent jusqu'à confisquer tout un chargement de bière (il fut cependant rendu fissa-fissa lorsque les moines brandirent la menace de l'anathème sur les pauv' boug' "anathema pronuntiat in eos, qui in clericos manus violentas iniiciunt").

Il fallut attendre 1780 pour que les choses se calment. En cette année, le prévôt "Josef Barolar" signa un accord avec les brasseurs, leur permettant de distribuer leur bière sur le territoire des augustins (rive gauche). La bière des moines était cependant toujours goûteuse, au point que le sculpteur Jan Antonín Quittainer se fit payer en nature (tout ou partie?) les statues des p'tits anges qui décorent un des autels. En 1801-1802, la brasserie fut rénovée, et les moines durent céder le brassage aux professionnels laïcs, bien qu'ils restaient propriétaires des lieux. En 1870 fut brassée la première cuvée du fameux "tmavý Tomášský kozel" (bière brune), qui attira soudainement de nombreux fanatiques.
Signalons quelques génies habitués du lieu: le plus pur produit de "Malá Strana", l'écrivain "Jan Neruda", le poète cucul romantique "Karel Hynek Mácha", le fabuleux peintre et graphiste "Mikoláš Aleš", l'homme de lettres "Jakub Arbes" et meneur de la bande, ou l'excentrique et fabuleusement prolixe "Jaroslav Vrchlicky". Et bien d'autres. Bien d'autres grands noms, comme anonymes, fréquentaient cette fabuleuse taverne de St Thomas entre 1870 et 1890 (environ). Le cercle de génies "Mahâbhârata" avait son quartier général là. Au début, composé d'écrivains avant-gardistes (cf. ci-dessus), le cercle s'agrandit rapidement aux peintres, acteurs et autres gens des arts. Le nom de cette assemblée de lurons naquit lorsqu'un jour, alors que la brasserie était pleine à craquer de consommateurs, le groupe de pitres s'installa dans une pièce inutilisée, sinon pour y ranger du fourbi divers (salle devenue plus tard la salle des chevaliers, une plaque commémorative s'y trouvait encore avant la reconstruction). Lorsque "Jaroslav Vrchlicky" rejoignit le groupe, il fit cette remarque: "on se croirait dans le Mahâbhârata" (genre quel foin, quel bordel).
Les bougres buvaient jusqu'à plus soif, discutaient du beau temps et de la vilaine politique, certains récitaient des poèmes, d'autres croquaient des caricatures, bref, ils vivaient, et rigolaient comme il se doit. Quelques citations: "Jan Neruda" aurait affirmé: "Po třetí sklenici z augustiniánského pivovaru U Tomáše prodáš svou duši i čertu!" (après le 3 ème verre de bière de la brasserie augustine de St Thomas, tu vendrais même ton âme au diable). D'un auteur inconnu: "Ta Praha bude vždycky naše, dokud se bude u Tomáše chodívat do sklepů pít černé pivo od čepu" (cette Prague toujours notre restera tant qu'on ira chez St Thomas, dans la cave du caboulot boire la bière brune au goulot). Malheureusement l'écriture ne payait pas bésef (j'en sais quelque chose :-) et "Jakub Arbes" buvait à crédit. Certes, il finissait toujours par régler tôt ou tard, mais comme le tard l'emportait souvent sur le tôt, le gargotier finit par en avoir assez, et ferma la vanne. "Arbes" le prit mal, changea de taverne, et le groupe disparut comme il s'était formé, du jour au lendemain. Vers la fin de sa vie, il fréquenta l'auberge "U Zlatého litru" ("Au litron doré", devenu aujourd'hui un Ternet-café) également fréquentée par un autre génie littéraire: "Jaroslav Hašek".
Mais revenons à la brasserie de St Thomas.

Outre les, déjà cités précédemment, se retrouvaient autour du "roi" (président du cercle, "Jakub Arbes") le peintre "Viktor Oliva", peu connu en France et pourtant élevé au lait de Montmartre. Anecdote. Lorsque Victor était encore tout jeune (mais déjà prometteur), un mécène ("Josef Hlávka", qui d'autre) le prit sous aile protectrice, et lui offrit une bourse pour aller étudier à Paris. Mais le sale gosse tirait en longueur, glandait ses guêtres, traînait chez St Thomas, aussi un jour, Josef agacé lui envoya un télégramme avec le texte suivant: "Paříž? Hlávka." (Paris? Hlávka. Genre t'en es où avec Paris, France?). Et Victor de lui renvoyer la réponse "Pařím! Oliva." (je festoie, je fais la teuf. Oliva. "Paříž" se prononce presque identiquement que "paříš", forme interrogative de l'indicatif présent à la seconde personne du singulier du verbe "pařit", faire la teuf [la foire]. Viktor avait le sens de l'humour, genre). En 1930, la brasserie fut entièrement modernisée afin de répondre aux méthodes de brassage modernes. Après le putsch de la chienlit con-muniste en 1948, la brasserie fut étatisée, et en 1951 l'on y brassa pour la dernière fois.
Bien que conservé, le restaurant était alors approvisionné en bière (brune) par le "Nuselský pivovar" jusqu'en 1960 (production depuis 1694, arrêtée en 1960, aujourd'hui bâtiments totalement en ruine), puis par "Braník" (brasserie toujours en activité, bière moyenne-plus, en tout cas nettement plus+plus que le pissa frelaté de sa maison mère "Staropramen". Le meilleur endroit de Prague que je connaisse pour déguster une bonne "Braník" est "U Purkmistra". D'aucuns considèrent l'endroit comme un bouge infâme, personnellement j'adore l'ambiance enfumée-habitués-populo et j'y vais sporadiquement avec grand plaisir). Le restaurant St Thomas fut rénové entre 1965 et 1970 dans le respect du patrimoine historique (5 ans, tu parles, sous les con-munistes ça prenait 1 an rien que pour planter un clou, alors un clou historique...). Après la révolution de velours, St Thomas est devenu un restaurant de luxe à touristes (à la "U Fleků"), et autant que je sache l'on ne s'y bousculait pas. Selon mes sources, le propriétaire qui acquit le restaurant fit faillite et l'endroit fut longtemps fermé, jusqu'à sa récente reconstruction en hôtel (cf. plus loin).
N'oublions pas de mentionner quelques maîtres-brasseurs d'importance. "František Staněk", qui commença en 1870 à brasser la célèbre bière brune qui fera la gloire du lieu. "Josef Hloucha" (de 1895 à 1906), père de "Joe (Josef) Hloucha" qui laissa tomber la profession familiale (brasseur) pour aller parcourir le Japon. Il devint Japon-trotter, japanologue, écrivain et collectionneur de tout fourbi lié au Japon qui aujourd'hui encombre plusieurs couloirs du "Náprstkovo muzeum".

Après les artistes et les brasseurs, passons aux macchabs. Nombreux gens illustres de la noblesse, de la bourgeoisie, et des arts reposent en St Thomas, z'allez-voir, c'est impressionnant. En fait sous Rudolf II, la maison du seigneur devint "église officielle de la cour", genre si vous connaissez les Royal Warrants en Grande Bretagne, les produits portant label "By appointment to Her Majesty Queen Elizabeth II", suppositoire mous à la graisse de phoque, papier hygiénique en soie de Chine parfumée, savon intime hypra-hypoallergénique... spécialement sélectionnés pour l'anus horribilis de sa majesté. Ben l'église St Thomas pareil.
Elle devint spécialement appointée pour les besoins de la cour à Rudolf. Et puisqu'on parle de Brits, "Elizabeth Jane Weston" ("Alžběta Johana Vestonia" en Tchèque), ça vous dit quelque chose? Pas grave, à moi non plus, parce qu'elle était poétesse, et moi la poétrie... Si, élément intéressant, lorsqu'elle arriva en Bohême avec sa maman, cette dernière (maman) fit tellement la connaissance de son compatriote Brit "Edward Kelley", qu'elle en devint son épouse (cf. mon article sur le château de Křivoklát pour plus de détails sur l'Edouard). Elisabeth Jane, alors "persona multo grata" à la cour, décéda à l'âge de 30 ans, et repose en St Thomas. Le toubib personnel de Rudolf II, "Godefridus Steeghius" (i.e. "Gottfriedt von der Staige", il était flamand) repose avec sa femme dans une des chaplettes Nord. "Aegidius Sadeler", le fameux graveur à l'eau-forte, devant l'autel de la nativité (St Thomas) que sont ses restes. Le prodigieux "Adrian de Vries", sculpteur de Ruldolf II, puis de la fourbe fripouille de Wallenstein, lui il repose dans la chapelle Ste Barbara.
L'architecte "Ulrich Aostalli" (i.e. "Oldřich Avostalis") prêté par l'empereur aux moines, le joaillier "Jobst z Bryslu" (i.e. Joost de Bruxelles) prêté à personne, le chancelier de Rudolf "Jakub Kurz ze Senftenavy", pote de "Tycho Brahe " qui le fit venir du Danemark à la cour de Bohême, Jacques-Kurz repose devant la sacristie, la famille Lobko ("Lobkovic") plantée devant l'autel principal, la famille "Morzin" (cf. leur fabuleux palais rue "Nerudova", aujourd'hui ambassade de Roumanie, construit par le fabuleux Jean-Blaise Santini et dont le fabuleux balcon est soutenu par une fabuleuse paire de Maures sculptés par le fabuleux "Ferdinand Maxmilián Brokoff") entassée dans le mur nord, la famille "Michna z Vacínova" dans la chapelle Ste Dorothée. Tous reposent là, en St Thomas. Jusqu'à l'embajador d'Espagne à la cour de Rudolf, "Guillermo de San Clemente", qui fit carrément creuser un caveau pour la communauté espagnole, en entrant dans la nef principale: "Salve calcator huius marmoris don Guillielmus de Sto Clemente Regis Catholici in Germania Legatus Eisudem Regis subditis In spulturam perpetuam Hoc conditorium exstruxit Anno Christi MDXCVII. Ave Maria." En échange, il aurait payé aux moines un tableau du crucifié, qui, selon une source, se trouve aujourd'hui dans la sacristie, dans les toilettes selon une autre.
Pour info, sous Rudolf II, la communauté espagnole était plutôt dense à Prague, de par les liens familiaux (Habsbourg) comme sentimentaux (Rudolf reçu l'élevage chez son oncle Philippe, en Espagne, cf. ma publie). Ceci explique le plein d'espagnoleries dans notre monastère (St Thomas de Villeneuve par exemple). Ah oui, et n'oublions pas les squelettes entiers de la rubrique "reliques et incertitudes". Dans de splendides armoires en verre transparent, se trouvent les reliques complètes d'un bienheureux Boniface ("Beate Boniface, Martyr, subscribe votisque tibi servi fundunt") et d'un saint Juste ("Sancte Juste Martyr, exaudi Vota Precesque nostras", notez les chronogrammes, je vous laisse compter...). Le problème, c'est que des Boniface, il y en a comme des merles sur un cerisier, et déjà en 1597, le "Martyrologium Romanum" (le Who's Who des martyrs cathos) en dénombrait 10 (cf. page 597). Quant au St Juste, vous m'en mettrez une douzaine complète ma bonne dame (cf. page 617). La version updatée en 2001 compte quelques 7000 saints et bienheureux, et la liste ne serait pas exhaustive.
Avec tellement d'options et si peu d'information, allez donc savoir desquels qu'on se parle dans notre église St Thomas, moi chais pas.

Bon, il ne me reste plus qu'à vous parler du fameux hôtel archi-luxe que le monastère (et la brasserie) est devenu. Donc en 2006, devant l'ampleur du déficit que les propriétaires précédents avaient accumulé, et devant l'ampleur du désintéressement de la ville comme de l'Etat, les moines actuels (si si, il en resterait dans le monastère, et il leur appartiendrait), se posèrent la question légitime du "qu'est-ce qu'on en fait"? Et malheureusement, moi-même je ne puis que constater qu'il n'y a pas des milliers de solutions. Soit on n'en fait rien, et on conserve en l'état, mais dans quelques semaines on peut tout jeter à la poubelle. Soit on en retire du pognon (pour conserver l'édifice), mais pour cela faut d'abord en investir et surtout faut avoir un projet. Je sais, je suis le premier à critiquer la "commercialisation" des édifices culturels, cependant il faut se rendre à l'évidence: sans pognon, c'est la ruine assurée (lapalissade s'il en est). Et j'en ai vu de la ruine, honteuse, parce que pas de pognon, pas de potentiel, loin de tout, et donc totalement inutilisable à quoi que ce soit (dernier exemple en date, le monastère de "Znojmo", dit "Loucký", 6 fois plus grand que "Strahov" et dont le prix de vente est de quelques 2 M € seulement, mais les réparations estimées à 77 M €). Aussi les augustins de Prague se résignèrent à refourguer leur monastère à une chaîne hôtelière de luxe qui en assure aujourd'hui l'exploitation. Mais pour combien de temps? Certaines sources parlent d'une reconstruction pour 65 M €, t'imagines l'investissement, et attends la meilleure: l'hôtel compte une centaine de chambres classiques, 16 appartements, une suite présidentielle et un appart hyper top luxe dans la tour.
Et maintenant les prix: les chambres classiques sont autour de 300 € la nuit (c'est donné), les suites autour de 900 € la nuit (j'te dis pas le prix du sommeil), la suite présidentielle je ne vous en parle pas, z'êtes pas concernés (moi non plus d'ailleurs), quant à l'appart hyper top luxe dans la tour, il est autour des +3000 € la nuit (eh oui! Mais attention, petit-déjeuner inclus). Alors en période de crise, avec une suroffre d'hôtels à Prague, du 4 à 5 étoiles pour le prix d'un 3 étoiles (et même 2 par rapport à Rome), ben je me demande dans combien de temps notre hôtel va tirer le rideau (et ouvrir les dettes, et c'est vraiment pas ce que je lui souhaite)? Concernant la polémique sur le bousillage des éléments historiques (et il y en a eut, du bousillage), vous pouvez lire les détails du Club Pour La (sauvegarde de la) Vieille Prague (en Tchèque uniquement). Personnellement, quand je vois ce que l'on fait du pont Charles, je jette les ponges dans la "Vltava", car toute lamentation est dorénavant inutile: la mondia-connerisation est en marche, et j'ai bien peur qu'elle ne va pas s'arrêter de si vite.

Sinon je vous ai également publié quelques clichés du modèle digitalisé de "Langweil" des années 1830, et comme vous pouvez le constater, le domaine abbatial n'a pas spécialement changé depuis, vu de haut. Du dedans, malheureusement... Mais comme c'est un hôtel, l'accès est plutôt libre jusqu'à la réception, donc il ne vous reste plus qu'à vous y rendre, et accessoirement boire un coup (voire manger) dans le restaurant ou la brasserie. C'est là: 50°5'19.54"N, 14°24'22.188"E.