samedi 16 mai 2009

Ailleurs: La cav'à macchabs de Mělnik

Alors avant de lire cette publie-ci, éloignez les gosses trop jeunes de la téloche, car à donf que cette publie-là fout la pétoche bleue. C'est macrab' et lugub' comme z'avez pas idée, z'allez voir. Donc on s'était dit avec ma chérie d'amour qu'on n'irait pas trop loin cette fois-ci, et qu'on pourrait aller se visiter un truc faisable dans l'aprèm, visitévoyage compris.
Et paf, la ville de "Mělník" nous tomba en tête sous le coude. Une ville aussi vieille que la Bohême, dont les origines remontent aux princes mi-tiques (avant le IX ème siècle) et dont je ne vous parlerai pas maintenant (de la ville) car il faudrait y consacrer une publication entière tellement c'est velu d'histoire. Pour info, l'on parle déjà du bled dans la légende de Christian ("Incipit vita et passio sancti Wenceslai et sancte Ludmile ave eius"), datée de la fin du X ème siècle: "Habuit eciam et uxorem nomine Liudmilam, filiam Slaviboris comitis ex provincia Sclavorum, que Psou antiquitus nuncupabatur, nunc a modernis ex civitate noviter constructa Mielnik vocitatur." Notez l'appellation originelle "Psou" ("Pšov" en Tchèque) que l'on retrouve ensuite dans la fameuse chronique de Dalimil récemment achetée à Paris: "Sta fuit uxor Borziuuoy - Et filia comitis de Pssouua - Cui tunc Pssouu dicebatur - Huic postea melnik dederunt - Nam ante melnik castrum erat [...]"
Et encore aujourd'hui, un quartier de la ville porte le nom de "Pšovka" en référence au peuplement d'il y a mille ans. Mais retour au sujet.

Ce jour-là on visita dru, et lorsqu'on se retrouva aux portes de l'ossuaire, il se faisait dans les presque 16h pas tout à fait. Eh ouais, et la cav'à cadav' fermait justement ses portes à 16h pétantes afin que les vieux os se reposent des moult touristes qui les zieutent. Ah ben flûte alors! On descendit quand même les escaliers, et l'on fit des yeux de basset albinos en proie au rhume des foins devant la dame de la caisse tirant le store et pliant son sac à main. "Et z'êtes à combien?" qu'elle nous dit. "Ben juste nous deux, elle et moi. Pis surtout comme on n'est pas vraiment du coin non plus, genre qu'on ne pourra pas revenir la semaine prochaine si simplement, alors on aimerait bien jeter un oeil sur vos macchabs, même petit et rapide, l'oeil." "Bon, allez..." qu'elle nous dit. Ouah, rudement trop gentil la dame qu'elle était, le méchant coup d'bol d'la bonne fortune, t'imagines? C'est rare en Tchéco la fabilité. Et même mieux, parce que c'était dessiné en grand qu'on ne pouvait pas photographier, alors j'y demandai quand même si... que j'y ferais 'achement gaffe à pas mettre des miettes.
Alors comme on était tout seul, et comme la dame était charitable, ben elle m'autorisa même à faire des photos comme je voulais. Ouah, t'imagines comme elle fut bonne avec nous la dame?

L'ossuaire de "Mělník" se trouve sous le presbytère de l'église St Pierrépaul, dont l'ancêtre roman remontre à la fin du X ème, début du XI ème siècle. Bien que la première mention écrite remonte à la seconde moitié du XI ème siècle, les légendes racontent qu'encore même avant cette période, le prince "Bořivoj" (grand-père de St Venceslas et premier prince de Bohême à se faire baptiser, l'andouille) aurait fait construire là pour son épouse Ste Ludmila (grand-mère de St Venceslas et native de "Mělník") une églisette. D'autres légendes racontent encore qu'à l'origine, serait un certain prévôt "Hroznata" (inconnu!?), d'autres encore mentionnent St Venceslas en personne. Enfin n'importe quoi, comme souvent en cette période, aussi considérez tout ceci avec des pincettes. Par la suite, l'église fut souvent remaniée en styles, mais je ne vais pas m'étendre, parce que ce n'est pas le sujet du jour. Par contre une date importante est 1520. C'est précisément en cette année, que l'on construisit, selon les experts, le presbytère, et par la-même la crypte qui se trouve en-dessous. Sauf que personne ne sait à quoi elle était destinée originellement cette crypte, mais certainement pas à servir d'ossuaire.
D'abord l'arcade Nord est trop large pour une crypte. Etait-ce plutôt destiné à y descendre des tonneaux? "Mělník" est très vinicole, depuis que le bon roi Charles IV y introduisit le bourgogne français. Ensuite il n'y pas de crépis aux murs, pas de plancher, et pas de décoration des piliers (et je ne parle pas des interrupteurs ni des rideaux). S'agit-il d'un caveau familial inachevé pour noblesse de la ville? Etait-ce envisagé comme résidence de courte durée en prévision de la guerre-froide? Quoi qu'il en soit, la crypte servit dès 1530 de cav'à macchabs et ce jusqu'en 1775, lorsque le cimetière près de l'église fut fermé par directive joséphienne (tous les cimetières intra-urbane furent fermés afin d'éviter la propagation de la grippe du grouik mexicain par exemple), et transféré près de l'église Ste Ludmila (extra-urbane). Mais revenons donc au début du XVI ème siècle, lorsqu'il existait encore un cimetière aux abords de notre église St Pierrépaul. Comme le débit Internet, le cimetière était dimensionné (et est sans doute toujours) pour l'usage ordinaire qu'on en faisait. Or lorsqu'advenaient des épidémies pandémiques qui refroidissaient nettement plus de viande qu'à l'accoutumée, ben il n'y suffisait plus et il fallait parer au plus pressé. Aussi les fossoyeurs sortaient les vieux os des fosses, les entassaient dans les ossuaires, et mettaient les fraîches carcasses à leur place. Et tout ceci dura quelques 250 ans (le processus, pas la peste), jusqu'en 1775 lorsqu'on déménagea le cimetière qui cessa de ce fait d'alimenter la crypte.
Mieux. Le 16 août 1787, un décret impérial ordonnait la fermeture des ossuaires intramuros, et la mise en terre des os restants dans le jardin de Marc Dutrou, histoire de bien rigoler quelques siècles plus tard. Mais les fossoyeurs de "Mělník" étaient pragmatiques, et plutôt que de se cogner un labeur supplémentaire, ils murèrent tout simplement les fenêtres comme les entrées de la crypte à l'aide de pierres tombales. Ils se gardèrent bien d'en parler à qui que ce soit, ainsi le tour fumant était bien joué sans frais ni sueur.

En 1891-1892 l'on entreprit la réparation de l'église et l'on redécouvrit l'ossuaire lorsque le curé fit déménager les pierres tombales dissimulatrices à l'intérieur de l'église au motif que "ça fait plus authentique, et ça pue moins fort que les géraniums". Cependant la découverte, bien qu'insolite, ne bouleversa point la vie des habitants, et il fallut alors attendre la réparation suivante (entre 1913-1916) afin que quelqu'un s'aperçoive du fantastique potentiel touristique et financier que la cav'à macchabs représentait. Et le découvreur de ce potentiel ne fut autre que l'anthropologue, le fondateur du département d'anthropologie et le professeur à l'Universita Carolina (Pragensis, bien entendu), le medicinae universae doctor, le rerum naturalium doctor honoris causa, "Jindřich Matiegka". Je vous en avais déjà parlé à propos de "Jan Žižka", car "Jindřich Matiegka" est au crâne de macchabé ce que Popeye est à l'épinard surgelé: un expert.

Selon les sources, il aurait étudié ces artefacts naturels entre 1912-1913, 1913-1916, entre 1915-1919, bref, considérons les dates officielles inscrites sur les plaques commémoratives: 1915-1919, bien que cela n'a strictement aucune réelle importance. Ce qui est par contre nettement plus remarquable, ce sont les résultats obtenus. Le premier d'entres-eux est d'ordre paléontologique, le second notoirement plus visible encore aujourd'hui est d'ordre cosmétique, puisque "Jindřich Matiegka" ordonna les os de façon artistique. Dans notre ossuaire se trouvent donc des restes de quelques 10 à 15 mille individus d'âge, de sexe, d'ethnie et de religion différents (bien que la religion ne puisse être déterminée par l'étude osseuse post-mortem mais cérébrale intra-vitam :-) Leur origine provient donc du cimetière attenant à notre église St Pierrépaul, mais également des environs de la cité (paroisse) ou encore des champs de batailles qui eurent lieu en ces contrées. En entrant dans la crypte, sur la gauche se trouvent des os présentant des anomalies ostéologiques: déformations de naissance, séquelles post-traumatiques, difformités pathologiques, infirmités articulaires voire blessures militaires. Vous pouvez lire sur cette paroi l'inscription "ecce mors" (tiens la mort, voilà la mort, cf. le fameux "ecce home" prononcé par Marie alors qu'elle ouvrit la porte à Jésus arcbouté sur la sonnette après un retour tardif et arrosé en discothèque) écrite à l'aide de crânes retournés (la face contre le mur, les pariétaux visibles). Notez cependant que contrairement à "mors", le mot "ecce" n'est plus très lisible. Une partie des ossements a dû se ramasser.
Plus intéressant: selon notre professeur, ces crânes retournés seraient d'origine germanique car ils présentent des stries sur la calotte (crânienne). C'est dingue non? J'veux dire que les Germains ont des crânes différents des Slaves par exemple? Sans dec, chuis scié. Encore plus à gauche, se trouve un mur sur lequel on peut apercevoir, écrit de la même façon à l'aide de crânes (germaniques? On écrit bien avec) retournés, une ancre (symbole de l'espoir), une croix (symbole de la foi) et un coeur (symbole de l'amour). Pour info, le dernier crâne en bas de la pointe du coeur est le plus gros des crânes de tout l'ossuaire. Son tour (de crâne) serait de 58 cm, ce qui aujourd'hui n'a rien d'exceptionnel puisque personnellement je fais ce même tour de tête. Maintenant il ne faut pas oublier que 500 ans plus tôt, les humains étaient autrement plus religieux, nettement plus bêtes, souvent illettr' et incultes donc forcément, leur boîte crânienne était plus petite :-) Bon, pis encore à gauche, et donc en face de l'entrée, se trouve la plus ancienne paroi d'os. D'après notre expert, les os de tout en bas du tas (d'os) remonteraient jusqu'au XIII ème siècle. Notez que certains crânes possèdent des balafres sécantes, ainsi que des trous probablement occasionnés respectivement par des armes blanches et par des armes à feu (ou des vers ossivores-ostéoclastes?) lors de la guerre de 30 ans.

Et maintenant je vous livre un scoop. Sur le pilier à droite de cette paroi vous pouvez lire le texte "Huic loco aderat Slaup de Žluticz, Anno Domini 1535", qui est en fait à l'origine du fameux "Kilroy was here" américain.
Des millions de personnes (jusqu'à Staline) se sont interrogées sur ce fameux "Kilroy", qui était-ce, pourquoi inscrivait-il cela, comment put-il se trouver à travers le monde entier? Et tous se posaient la question (cf. le discours du pape en terre-sainte début mai) alors que la réponse se trouve tout naturellement dans notre ossuaire de "Mělník". La preuve? Tout d'abord les seuls "ze Žlutic" un peu célèbres dont l'histoire a retenu le nom sont "Václav ze Žlutic", à l'origine de la tour poudrière (mais c'était en 1475). Il y eut encore le tout premier procureur royale, "Vilém ze Žlutic", mais c'était encore avant, sous Zikmund l'enflure, en 1437. Et finalement il y eut encore le chanoine de la cathédrale St Guy "Oldřich ze Žlutic", mais qui est entré dans l'histoire non pas de son vivant, mais de son mouru (en 1380), car sa pierre tombale (aujourd'hui au lapidarium du musée national) est la plus ancienne pierre issue des fameuses carrières de marbre rouge de "Slivenec" (cf. les châteaux, les palais et les églises du pays, y en a partout, en Charente-Poitou). Et pis c'est tout. Or pour un trou de quelques 2500 habitouts... tants, 2500 habitants, périphérie comprise (et même encore moins d'habitants il y a 500 ans de ça), ben 3 célébrités c'est déjà bien moi j'dis. Ainsi il est fort à parier que notre "Sloup ze Žlutic" n'ait jamais existé, et qu'à l'instar de "Kilroy", il s'agissait d'un pseudo.
N'étant pas noble, ne pouvant pas laisser ses armoiries sur les palais et sur les églises comme des "Clam-Gallas", des "Rožmberk", des "Liechtenstein", des "Šternberk", ou des "Kinský", voire des "Lobkovic" et j'en passe des "Schwarzenberk" et autres "Colloredo-Mansfeld", ben il compensa sa frustration par cette petite formule personnelle. Et afin de ne pas laisser sa tête dans l'affaire (ou dans l'ossuaire), il prit un pseudonyme farfelu garant de son anonymat. Puis durant les siècles qui suivirent, les descendants du farceur voyagèrent de par le monde, jusqu'aux Amériques, où ils perpétuèrent cette tradition familiale transmise oralement de bouche à oreille sur le lit de mort, mais en langue anglaise, car l'Anglais est aujourd'hui ce que le Latin était hier: l'Esperanto de demain. Ainsi "Kilroy" était né. Maintenant tiendez-vous bien, parce que notre bougre avait le sens de l'anticipation (et de l'humour) particulièrement développé. En effet, il finit bien par exister un "sloup" à "Žlutice". Communément appelé "sloup ze Žlutic" (ou "sloup ve Žluticích"), il est une des plus remarquables oeuvres baroques de ce type dans toute la République (du tout début du XVIII ème siècle, l'oeuvre). Ainsi quod erat demonstrandum, et j'en reste là pour aujourd'hui.
Dans, une prochaine publie je vous dévoilerai qui se cache réellement sous le pseudo de "Sloup ve Žluticích" alias "Kilroy" (attends, j'vais tout d'même pas tout vous dire d'un coup non plus. A Paris-Match ça leur ferait toute l'année, une exclusivité pareille).

Et pour terminer, si vous regardez encore plus à gauche, sur la paroi avec la croix en haut et le boyau en bas, alors vous constaterez qu'elle est composée uniquement d'os brachiaux et fémoraux (l'Osbra qui hale est fait moral se rapportent respectivement aux bras et aux cuisses). Enfin du dehors seulement on dirait, les brachiaux et fémoraux, mais dans la masse se trouvent aussi d'autres os, les pas beaux à montrer. Et pour que vous puissiez vous rendre compte par vous-même, du tas d'os que ça représente en profondeur, notre professeur a réalisé ce fameux boyau qui traverse toute la profondeur osseuse jusqu'au mur. C'est énorme! Ah oui, et de par la croix qui se trouve en son faîte, on appelle ce mur "le calvaire". Tout ce travail, toute cette macabre composition artistique que vous voyez aujourd'hui est l'oeuvre de notre professeur, aidé de ses acolytes. Lorsqu'il mit un oeil dans la cave vers 1914 (selon une source), l'état des tas était épouvantable. En dehors des os sous les fenêtres qui seraient ainsi disposés propre d'origine, les autres os (aujourd'hui réorganisés) gisaient anarchiquement sur le sol dans un bordel indescriptible.
Il commença alors par déménager tout le fourbi, s'assurer que le sol en terre damée n'était pas pourri, puis il s'alluma un clope tout en réfléchissant à la manière originale dont les fossoyeurs moyenâgeux avaient amoncelé ce foin. Au tout début de ce Lego osseux, les gaillards avaient empilés les os longs (fémurs, tibias, péronés, humérus, cubitus, radius, phallus... euh... non, pas phallus, ni utérus) entre les 8 piliers de la cave. Une fois cette paroi érigée, ils jetèrent les crânes et les autres os inutilisables dans l'espace ainsi édifié entre les murs et les parois. Une fois cette base terminée, et parce que ça continuait de mourir comme vache qui pisse, ils entassèrent d'autres os sur les tas d'origine, mais c'était forcément moins bien fait, parce que moins architecturé. Bref, une fois son clope terminé, il commença l'étude minutieuse dont je vous ai parlé auparavant. Pis une fois le clope comme l'étude minutieuse terminés, ben il fallut tout remettre en place, et c'est à ce moment-là qu'il se dit "ah oui, tiens, c'est con que chois tout seul à suer sur ce sale boulot". Aussi il embaucha dans l'affaire le sacristain de l'église "Antonín Kautský", son élève le plus préféré "Jiří Malý" (qui deviendra son collègue puis son successeur au département d'anthropologie de l'université Charles), et d'autres pauv' estudiantins qui durent mettre activement la main à la pâte. "Parce que j'vois pas trop comment j'vais pouvoir vous octroyer vos diplômes de fin d'année si je passe tout mon temps dans c'te foutue cave humide" qu'il aurait dit comme ça, le prof "Matiegka", avant de rajouter "et les p'tits mariols pernicieux qui verraient en ces propos comme une forme de chantage malveillant peuvent d'ores et déjà envoyer leur candidature au concours d'entrée à l'université du ramassage des ordures merdagères."
Pour l'anecdote, la croix au sommet du calvaire est l'oeuvre du sacristain. Au lieu de s'envoler vers les plages ensoleillées de Croatie, il la confectionna avec l'aide de dieu et de ses enfants pendant les 2 mois d'été des grandes vacances scolaires au motif que "le fidèle serviteur de dieu consacre scrupuleusement son temps, sa vie, son travail et ses vacances à la plus grande gloire de son maître céleste." Dans la même année sa femme demanda et obtint le divorce.

Bon, ben j'en ai fait le tour, de l'ossuaire comme de la publie. Il existe encore un ossuaire "mondialement" célèbre à "Kutná Hora", autrement plus… kitch? Enfin vous verrez, c'est encore plus "artistique" qu'ici, mais bien que j'ai toutes les photos du dedans, je n'ai pas encore écrit la publie. Donc à viendre. Sinon encore aujourd'hui l'on vient de loin "étudier" les squelettes de "Mělník" dans un but anthropologique, alors si vous passez dans le coin, profitez-en d'un point de vue touristique. D'ailleurs sachant que la crypte accueille en moyenne plus de 100 touristes par jour, c'est bien la preuve d'en engouement énorme non? Et memento homo, quod cinis es, et in cinerem reverteris. RIP: 50°21'1.723"N, 14°28'26.224"E

vendredi 1 mai 2009

Visiter: L'une des 2 églises St Nicolas

Eh bien malgré qu'elle fasse partie intégrante du paysage de la place de la vieille-ville, l'église St Nicolas (vieille-ville) n'est pas spécialement... enfin historiquement, y a vraiment pas de quoi marcher au plafond en sandales. Architecturalement, elle est splendide (enfin moi je trouve), mais rien (enfin presque rien) ne s'est vraiment passé-là. Et cependant je ne peux pas vous faire l'impasse dessus, puisqu'elle est à Prague visible comme le blaire au milieu du groin.
Donc aujourd'hui, l'église St Nicolas de la vieille-ville. Alors comme déjà moult fois précisé auparavant, il existe aussi une autre église St Nicolas du côté du petit-côté ("Malá Strana"), tout aussi fantastique, et pour cause, puisqu'elle fut commencée par le papa de notre architecte et terminée par l'architecte en personne (cf. plus loin), mais je vous en parlerai une autre fois, de celle du petit-côté.

Commençons par quelques légendes sur le St Nicolas. Tout d'abord celles liées à la mer, parce que St Nicolas est à la mer ce que l'eucalyptus est au suppositoire. L'on raconte qu'un jour de tempête en mer, une barque de pêcheurs fut projetée contre la falaise, qu'un trou se fit et que l'eau commença à remplir l'esquif. Alors apparut St Nicolas, qui chopa une carpe dans l'eau, boucha le trou avec et sauva les martins-pêcheurs de la noyade. Alors bien qu'on mange de la carpe dans les pays slaves aux environs de la St Nicolas jusqu'à la St Sylvestre, je n'ai encore jamais entendu personne prétendre avoir bouché quoi que ce soit avec, sinon les chiottes malencontreusement, lorsque le bestiau d'extirpa d'un coup de queue des mains maladroites de mon pote "Bohouš" tandis qu'il s'apprêtait à transporter l'animal de la baignoire vers la cuisine.
Le traditionnel repas de Noël tomba tête en avant dans la cuvette, disparut derrière le coude du siphon hydraulique où il resta bloqué empêchant l'évacuation des matières. J'vous raconte pas la suite, repas foutu, épouse colère, plombier introuvable entre les fêtes, utilisation temporaire des aisances du voisin, puis démontage du conduit, extraction de la bête morte... rien que du bonheur que "Bohouš" nous raconta un soir autour de bonnes bières alors qu'on mourrait de rire autour de la table. Bref... Rajoutons encore que la carpe est un poisson exclusivement d'eau douce, alors St Nicolas chopant une carpe en mer, hein, faut pas déconner non plus parce que même s'il est myrrhoblyte, l'est pas pour autant poissonnier. Une autre légende raconte sur le même principe, qu'alors que St Nicolas et ses potes essayaient de rejoindre illégalement Lampedusa (St Nicolas était Turc), une tempête en mer mit à mal la chaloupe de fortune qui commençait à sombrer. Alors St Nicolas se mit à prier, à prier fort, encore plus fort ("oh oui chéri, encore plus fort...") et dieu apparu. "Sortez du bateau, et marchez sur l'eau." Qu'il leur dit comme ça.
Puis devant leur légitime réticence, il rajouta "Allez quoi, n'ayez pas peur, j'ai déjà essayé ce truc avec mon fils, c'est éprouvé... enfin sur l'eau douce." Ainsi grâce aux prières de St Nicolas, l'équipage tout entier put immigrer illégalement sain et sauf en Europe. Bon, plus sérieusement, le prénom Nicolas vient du Grec "nikos", victoire, triomphe, et de "laus", glorification, apologie. Du coup tous les couillons un peu crédules (et y en avait plutôt gras au moyen-âge) voulaient acquérir des reliques de St Nicolas afin d'être comblés de triomphe et de gloire. C'est ainsi qu'un jour, le bon roi Charles IV se transforma en crapule... mais je vous ai déjà raconté cette légende dans une précédente publie. Et je ne vais pas non plus vous raconter l'histoire des pommes d'or, ni celle des cadeaux de Noël, car tout ça vous le trouverez facilement sur le Net.

Et maintenant chers gens, je vous livre les éléments historiques qui, comme vous allez le constater, ne sont pas toujours unanimes.
Tout d'abord imaginez la place de la vieille-ville, il y a quelques 1000 ans en arrière, sans toutes les terrasses à couillons dont les prix sont 3x supérieurs que 100 m plus loin (où ils ne sont que de 2,75x supérieurs). En l'an 1069, il y aurait eu là une église romane fréquentée par les commerçants germains. Je n'ai trouvé aucune confirmation d'une telle information, aussi considérez cette seconde moitié du XI ème siècle comme non certifiée, d'autant plus que la plupart de mes sources remontent la présence de notre édifice au début du XIII ème siècle. Quoi qu'il en soit, ce sont bien les commerçants germains déménagés du quartier de "Poříčí" qui s'installèrent céans, car comme tout le monde sait, en ces temps primitifs, les Slaves vivaient de la chasse au mammouth et de la cueillette des bananes tandis que les Germains, eux, construisaient déjà des églises et lisaient Kant, Hegel et Schopenhauer en version originale. Vers 1235, l'église alors déjà consacrée à St Nicolas accueillait les paroissiens, mais également le conseil municipal, et ce jusqu'en 1338, lorsqu'enfin l'on se décida à construire une mairie (les églises sont généralement très inconfortables, mal chauffées, sauf la notre, z'allez voir).
La première vraie mention écrite de St Nicolas remonte à 1273, lorsqu'une effroyable inondation de la Vltava foutut à terre le fameux pont de "Písek" (cf. une précédente publie) puis déferla dans Prague par le quartier juif jusqu'à "Na Františku" (cf. Josef Emler, in: Fontes rerum Bohemicarum, tom. II/1, Pragae 1874, pp. 282-303, "Anno domini 1273, XV Kal. Septembris inundatio aquarum facta est magna in flumine Wltaviae, ita ut capella lignea, quae sita erat ante pontem in Piesek totaliter cum fundamento defluxit, et alia ecclesia lapidea, quae erat sub ponte in insula, pars eius media collisa est, et omnia molendina, quae erant circa civitatem Pragensem, cum aqua confracta defluxerunt; homines plurimos suffocavit, aedificia plurima subvertit. In campis annona et foenum de pratis cum alluvione descenderunt; ortos olerum vitiavit, per civitatem Pragensem fluxit, extendens meatus suos usque ad ecclesiam sancti Aegidii et ecclesiam sancti Nicolai, fluens per totum vicum Judaeorum usque in ecclesiam sancti Francisci."

Dans le courant du XIII ème siècle, on retapa l’autre église de la place de la vieille-ville, Notre-Dame devant le "Týn" ("kostel Panny Marie před Týnem", i.e. "Kostel Matky Boží před Týnem", i.e. "Týnský chrám"), et St Nicolas perdit la fonction d’église paroissiale au profit de sa rivale. Au milieu du XIV ème siècle, l'on transforma l'édifice roman en style gothique à 3 vaisseaux, et l'on y ajouta 1 tour frontale selon une source, 2 tours latérales selon une autre. Les 2 textes mentionnent cependant que l'église gothique n'avait pas de choeur, ce qui somme toute est totalement égal puisque cet édifice n'existe plus, ni en photo. Ce que l'on sait par contre grâce aux textes, c'est que l'administration religieuse avait sous sa juridiction une école, un cimetière, et qu'à partir de 1344 il y avait un marché à la volaille sur le terrain du curé. Dans la seconde moitié du XIV ème siècle, prêchait en l'église St Nicolas le prédicateur loufoque "Jan Milíč z Kroměříže". Il fut une sorte de grotesque pré-hussite illuminé (d'aucun lui attribue une déficience mentale à partir de 1363, après sa rencontre avec un autre illuminé: "Konrád Waldhauser"), ascète invétéré, convertisseur de ribaudes en bonnes catholiques, et accusateur du bon roi Charles IV d'antéchrist (il fut mis au gnouf pour ça d'ailleurs).
Pour l'anecdote, il est enterré en Avignon où il se rendit en 1374 afin d'obtenir le support papal lorsque toutes ses excentricités finirent par lui mettre à dos la noblesse praguoise. Notre église St Nicolas accueillit ensuite le successeur pré-hussite de "Jan Milíč z Kroměříže", "Matěj z Janova", moins illuminé mais tout autant persuadé de la présence sur terre du "magnus Antichristus (fuit Lucifer cum suis complicibus)" (cf. son oeuvre fondamentale en 5 volumes "Regulae Veteris et Novi Testamenti"). C'est ainsi que l’église resta sous le giron de la réforme hussite pendant des années, jusqu'à la bataille de la montagne blanche, et globalement du côté anticonformiste même après (la bataille, cf. plus loin). Ensuite plus trop de trace ni d'info sur notre édifice, car Notre-Dame du "Týn" lui bouffait la vedette à la télé.

En 1635, dans le cadre de la recatholisation manu-militari de la Bohême à grand renfort de moines venus de pays ultra-cathos, Ferdinand III (fils de cette fripouille de Ferdinand II et roi de Bohême à partir de 1637) invita les bénédictins espagnols de Montserrat (l'abbé "Peňalosa" de Montserrat était le confesseur de la future reine Marie-Anne d'Espagne) au monastère d'Emmaüs, et l'on déménagea les bénédictins slaves qui vivaient là depuis lurette en St Nicolas vieille-ville.
La première chose dont les moines déménagés se rendirent compte, c'est qu'il y avait bien une église, mais il n'y avait pas le moindre monastère pour s'y loger (ni le câble, ni le Wifi du reste). Aussi ils commencèrent par acheter les parcelles et les maisons des alentours, et entre 1649 et 1670, ils construisirent l'édifice manquant près de notre église St Nicolas, laquelle d'ailleurs fut repeinte en style renaissance tardive (selon une source) ou bas-baroque (selon une autre). En 1686, et à force d'allumer des cierges de partout pour n'importe quoi, un terrible incendie ravagea sérieusement tout l'édifice. Du coup, et devant l'ampleur du devis des réparations estimées par le nouvel architecte (cf. plus loin), nos moines décidèrent de tout fout' à terre et de reconstruire du neuf par dessus les décombres. Commença alors une toute nouvelle histoire de l'église St Nicolas vieille-ville.

L'abbé "Anselm Vlach" avait une vision très concrète d'à quoi devait ressembler la nouvelle église St Nicolas afin de concurrencer Ste Marie devant le "Týn", aussi il mit la main à sa propre poche afin de financer les travaux. Il fit appel au plus talentueux des architectes de cette époque: "Kilián Ignác Dientzenhofer".
Pour l'anecdote, "Dientzenhofer" alors au service de l'abbé depuis 1727, devait également s'occuper de la restauration de la brasserie de "Popovice", également propriété de l'abbé selon les archives du monastère de St Nicolas, mais il n'en fut rien, car la brasserie tomba en ruine après 1744 (après l'invasion des Prussiens) et ne fut reconstruite qu'en 1874 (mais à un autre emplacement). Actuellement, vous pouvez déguster cette fameuse bière dans l'une de mes tavernes préférées, Au Boeuf Noir. Ainsi entre 1732 et 1737, ce talentueux génie dessina les plans, tandis que le constructeur "Johan Michal Fitz" (totalement inconnu!?) réalisa ce que vous pouvez encore admirer aujourd'hui, car l'apparence de l'église St Nicolas n'a pratiquement pas changé depuis 300 ans. Notez tout particulièrement la richesse de la décoration sur la façade Sud, par rapport aux autres côtés nettement plus pauvrement décorés (spécialement du côté de la place Franz Kafka).
En fait l'église était auparavant entourée d'édifices qui disparurent lors du grand assainissement du quartier juif (cf. "Desfourský dům", "Krennův dům"...). Je vous ai trouvé une photo de 1865 avant la démolition (notez la colonne mariale en bas à droite, mise à terre en 1918 par le peuple qui y voyait un symbole habsbourgeois), et une photo de 1929 après la démolition. Et je ne vous parle pas de la mairie de la vieille-ville brûlée par les nazis en 1945. St Nicolas s'inscrivait ainsi de façon tout à fait différente dans le schéma urbanistique de la grande place par ailleurs inachevée (depuis la mi-XIX ème siècle et encore aujourd'hui, de nombreux projets de restauration, reconstruction, réfection, aménagement... de la place ont été soumis mais sans la moindre concrétisation). Entre 1785 et 1787, les réformes de Josef II mirent un terme à l'activité spirituelle de l'église comme du monastère.
Une grande partie du mobilier intérieur fut alors vendue, et disparut à tout jamais. La municipalité récupéra (racheta?) l'édifice quelques années plus tard, et c'est sans doute grâce à ce fait qu'elle se trouve encore debout sur la place de la vieille-ville. Ceci-dit l'on ne peut pas dire qu'il fut fait grand cas du bâtiment: il servait de silo à grains, d'entrepôt de meubles, d'archive municipale, et en 1865 il fut transformé en salle de concert. Pour cette dernière fonction, l'on aménagea dans le sous-sol des poêles à bois afin que les mélomanes ne claquent pas des dents durant les représentations, et ces chauffages primitifs sont toujours visibles dans les caves sous St Nicolas (cf. mes photos). Vers 1870, le bâtiment fut loué à l'église orthodoxe russe alors qu'icelle promouvait l'idéal panslaviste sur les terres Austro-hongroises. En fait dans la période de renaissance nationale tchèque, bon nombre de réfractaires à l'empire habsbourgeois passait de l'église catho-romaine vers l'église orthodoxe afin d'hérisser François-Joseph. C'était interdit dans l'empire, la religion orthodoxe j'veux dire, au point que le doyen russe de l'église St Nicolas "Nikolaj Ryžkov" qui officiait alors à Prague fut condamné à mort pour trahison lors de la première guerre mondiale (et l'église fut fermée avant de redevenir catholique).
Bon, ce n'était pas seulement parce qu'il était orthodoxe, mais aussi parce qu'en bon panslaviste il désapprouvait de façon véhémente que des Slaves se battent entre eux (les Russes étaient du coté alliés, donc en guerre contre les Austro-hongrois, et donc contre les Tchèques, les Slovaques, les futurs Yougoslaves...). Finalement il fut échangé vivant en 1917 contre le métropolite autrichien de l'église uniate (église catholique de rite oriental conservant la paramentique, la liturgie, la langue et la musique mais ayant abandonné la théologie et l'ecclésiologie spécifiques, aujourd'hui on parle d'église grec-catholique), mais mourut 3 ans plus tard à l'âge de 51 ans des suites des mauvais traitements lors de sa captivité dans les geôles habsbourgeoises. Bref... En St Nicolas on organisait cependant et toujours de la musique, et l'on pouvait par exemple y apprécier les oeuvres de "Zdeněk Fibich" que bon nombre de gens ne connaissent même pas, alors qu'il fut l'un des plus talentueux compositeurs tchèques de la mi-XIX ème siècle, après les 2 monstres sacrés "Smetana" et "Dvořák" bien entendu. En 1898 et dans le cadre du grand assainissement praguois, l'on démolit le monastère St Nicolas pour y construire un immeuble néobaroque, et depuis il ne reste plus rien de la moindre trace de cet édifice.
Signalons pour l'anecdote, qu'en proximité de l'emplacement du monastère St Nicolas est né en 1883 l'un des plus célèbres Tchèques à travers le monde: Franz Kafka. Selon les sources, vous lirez qu'il est né dans l'abbaye, près de l'abbaye, dans la maison "U Radnice" (près de la mairie), dans la maison "U veže" (près de la tour)... Quoi qu'il en soit, l'emplacement s'appelle aujourd'hui "place Franz Kafka", et se trouve à l'Ouest de notre église. Dans les débuts de la grande guerre, l'église redevint romaine-catholique pour les besoins de la garnison militaire de Prague, et l'on en profita pour lui remettre un grand coup de neuf dans la déco intérieure. L'on en profita également pour lui réquisitionner sa cloche pour les besoins de la grande boucherie, et depuis cette date il ne reste plus que le battant d'un mètre et demi dans le clocher baroque. En Janvier 1920, "Karel Farský" (alors prêtre romain-catholique) y fonda l'église hussite tchécoslovaque qui (l'église hussite) continue depuis à prêcher là. Une grande rénovation intervint entre 1967 et 1977, et globalement c'est tout pour l'histoire de l'église St Nicolas vieille-ville. Aujourd'hui on y organise toujours des concerts à touristes (Händel, Mozart, Bach, Beethoven, parfois Dvořák, puis Händel, Mozart, Bach, Beethoven, et parfois Vivaldi, mais surtout Händel, Mozart, Bach, Beethoven, et quelquefois seulement Dvořák, voire Vivaldi) par contre l'on ne vous chauffe plus l'intérieur comme au XIX ème siècle.
Eh non, maintenant c'est nettement plus bio, car on peut joyeusement se geler les grelots quand il glace dru dehors afin d'épargner le réchauffement climatique de la planète (progrès certain).

Bien, et maintenant quelques éléments sur la déco du dedans. Tout d'abord notez le pas trop habituel agencement de l'espace intérieur sur un plan en forme de croix grecque (mais on a déjà vu ça ailleurs, cf. "Mariánská Týnice", "Rokycany"...). Notez que les branches de la croix sont reliées par des galeries voûtées au niveau du sol et par des balcons en hauteur.
Dans les 2 galeries voûtées (niches) Nord-Est et Sud-Est, on peut voir les statues grandeur nature de St Georges et de St Michel. Au milieu de l'édifice se dresse une énorme coupole décorée des statuettes de saints bénédictins attribuées à "Antonín Braun", neveu et continuateur de l'oeuvre du génie "Matyáš Bernard Braun". On devrait y voir St Benoît, St Bernard de Clairvaux, Ste Hélène, Ste Thérèse, Ste Margareth et d'autres que je ne me souviens plus, mais qu'on voit très mal par ailleurs compte tenu de la hauteur à laquelle ils les ont mis. L'ensemble est intimement éclairé par des effets de lumière colorée lorsque le soleil perce par le vitrail Sud (si comme moi vous avez la chance d'y être au bon moment). Les stucatures furent exécutées par "Bernard Spinetti", comme à "Broumov", quant aux splendides peintures dans le choeur et la coupole, elles sont l'oeuvre du peu connu mais talentueux bavarois "Kosmas Damián Assam", qui à l'instar de son non moins talentueux collègue autrichien "Jan Hiebel", peignait principalement "al fresco" des oeuvres liturgiques en trompe l'oeil.
Ainsi entre 1735 et 1736, "Kosmas Damián" peignit en l'église St Nicolas plusieurs fresques sur le thème de St Nicolas (ah bon?): l'apothéose de St Nicolas pilier de l'église chrétienne (et pas seulement de l'église St Nicolas), les peuples du monde entier se prosternent devant St Nicolas, la vierge Marie accueille St Nicolas au ciel, et le miracle de St Nicolas en vacance à la mer (cf. les légendes). Mais notre Bavarois ne peignit pas que du St Nicolas, il mit également un peu de St Benoît (dans le fond de la coupole tout en haut) puisque ses employeurs étaient bénédictins, et il mit également un peu de saintes écritures puisque c'est tout de même un peu le thème central non plus. Vous verrez donc Moïse achetant de la cheese-manne pour son peuple chez Mac Dieu, Joseph faisant du vélo avec Putiphar, et David jouant de l'accordéon anti-diable à Saül. Au-dessus des balcons vous remarquerez les 4 évangélistes et leurs zattributs (symboles). Ils sont représentés donnant à Jésus leurs CV afin d'être embauchés dans la même compagnie (de Jésus). Ces fresques ont été repeintes en 1914, restaurées en 1967-69, si bien qu'on n'est pas vraiment sûr si elles sont originelles, de facture "Kosmas Damián Assam".
Signalons aussi que la chaire n'est pas spécialement riche (cf. plus loin). Elle date de la première moitié du XVIII ème siècle (cf. la plaque d'immatriculation à l'arrière), comprend des reliefs des 4 évangélistes chichement dorés à 9 carats seulement, une grappe de raisin en place de St Christophe et un interrupteur en bakélite pour changer les vitesses. Quant à l'usuel petit toit chapotant la chaire, il est surmonté de 3 petites statuettes en bois représentant des saints le regard tourné vers le plafond qui fuit. Ils furent gracieusement offerts par la classe élémentaire de première année d'art plastique du "Collegium Marianum" tout proche, lors de la kermesse de St Gulier des Tonnants. Les bancs en bois datent également de la première moitié du XVIII ème siècle (vers 1730), et méritent un coup d'oeil averti: splendide travail de menuiserie. Personnellement j'eus l'occasion de les observer en détail alors que je jouais à chope-moi-voir avec le p'tit vieux faisant office de bouvier à couillons (cf. plus loin). Le retable datait également toujours de la première moitié du XVIII ème siècle (1737), cependant il n'est plus en St Nicolas mais en St Venceslas à "Velká Černoc", car il y fut déménagé lors de la sécularisation de l'église par Joseph II (la sécularisation, pas le déménagement, le Joseph II).
Furent également déménagés là de St Nicolas des statues de St Pierre, de St Paul, de St dieu et... et la chaire d'origine qui fut remplacée par la suite par notre chaire primaire sans plus. En St Nicolas on a aujourd'hui un retable de style orthodoxe de Jésus pantocrator, l'index et l'majeur de la main gauche levés, la main droite serrant sous l'coude le Guiness book of records. Sur l'autel, il devrait encore y avoir un portrait de St Nicolas de 1917 selon une source, et un portrait de la vierge Marie de 1914 selon une autre source (faut avouer qu'avec la mitre et la barbe, on a facilement tendance à les confondre). Ceci-dit les 2 textes s'accordent quand-même sur l'auteur, "Karel Špillar" (la fabuleuse mosaïque sur le fronton de la maison municipale) mais je ne puis vous en dire plus, parce que l'autel central était inaccessible de près, et parce que le p'tit vieux chasse-couillon-casse-couille me collait au train (cf. plus loin). Pis y a encore l'orgue, qui date du dernier tiers du XVIII ème siècle, enfin l'armoire, parce que le moteur est de 1949. La boîte à orgue date de la mi-XVIII ème siècle donc, et se trouvait originellement à "Bohosudov". Lorsque le curé de la paroisse se mit à jouer de l'hélicon, il vendit l'orgue aux bénédictins de St Nicolas qui sautèrent sur l'occasion se disant que ce serait 'achement pratique lorsqu'on commencerait à jouer du concert de Händel, Mozart, Bach, Beethoven, et parfois Dvořák pour les touristes.
Le meuble peint en noir se compose de 3 parties décorées de fleurs pendues, de coquillages, de dais, et de petits angelots tenant des trompettes (comme le curé de "Bohosudov", ils en eurent marre de jouer de l'orgue). Et pour terminer, n'oublions pas le fantastique lustre Frankenstein de 1400 Kg, dont la structure éclectique mélange curieusement la fragilité du cristal avec la rudesse du métal. Sans doute parce qu'il le trouvait monstrueux, le tsar Nicolas II l'offrit à l'église orthodoxe (à l'époque) de Prague. Il provient des verreries de "Harrachov" (vers 1880) et se compose d'une structure en acier brut riveté d'un diamètre de 4 mètres rappelant les constructions gustaveiffeliennes. Sur cette base massive sont posés pendus des petits tralalas en cristal taillé que ça serait d'la verroterie on n'y verrait rien. Et au milieu de ce bloc imposant, qui tient de la beauté comme une enclume en jarretelle, pendouille une croix en cristal taillé aussi.

Les statues (grandes et moyennes) sur la façade Sud sont également attribuées à "Antonín Braun". Vous pouvez reconnaître des saints patrons de la Bohême et des saints tout court (St Prokop, enfin, et St Nicolas, encore), des allégories de la clémence, de la foi, de la mour et de l'espérance (cf. les pourtours des 2 tours).
Attention, dans la niche du mur qu'on cave, côté "rue de Paris", se trouve un énorme St Nicolas, mais c'est un fake pseudo baroque du XX ème siècle destiné à tromper les touristes et les guides non officiels qui les accompagnent. Cette statue-là n'est clairement pas d'"Antonín Braun", mais de "Bedřich Šimonovský" (cf. la façade de la maison municipale, ou la "Fantova kavárna" de la gare centrale). L'origine? Lorsqu'en 1906 on se rendit compte de la nudité du mur alors caché par les édifices d'avant l'assainissement, l'on organisa un appel d'offre au St Nicolas. "Bedřich" remporta le premier prix devant "Ladislav Jan Kofránek" (trop cubiste, cf. la bibliothèque municipale place de la Marie "Mariánské náměstí") et "Ladislav Šaloun" (déjà gagnant 3 ans auparavant du concours "sculpte-moi Jan Hus dans l'bronze" sur cette même place de la vieille-ville).

Alors cette visite fut une fois de plus organisée par le PIS, grâce auquel l'on arrive à visiter des monuments souvent inaccessibles au public. D'aucuns vous diront que ça fait "rencontre du 3 ème âge", les visites du PIS.
Bon, oui, c'est un peu vrai pas complètement, mais après tout, hein, on est là pour la culture et pas pour la jeunesse, alors hein... Lorsqu'on est entré dans l'église avec la brave dame (du PIS), le p'tit vieux qui faisait le gardien nous fit rapidement passer derrière la ficelle rouge délimitant l'espace des happy-few (nous) de l'espace (très limité) pour la plèbe touristique. Nous, on avait payé pour la visite, et surtout on était Tchèque. "Dépêchez-vous" qu'il disait sans cesse, "sinon les zétrangers vont s'infiltrer avec votre groupe et ça sera ingérable" grommelait-il. A vue de nez, l'ancêtre tirait sur ses 75 piges, et ses premières paroles laissaient entrevoir que les 40 ans de con-munisme lui avait indélébilement étiqueté la cervelle de l'analogie étranger = danger. Il était courbé par l'âge, marchait les jambes arquées comme né sur un tonneau, et son blue-jean droit lui donnait des allures de cow-boy gardien de troupeau. Mais malgré son âge et son allure, il était agile le bougre. Et justement il usait de cette agilité pour nous (et surtout moi) rassembler en troupeau: "rejoignez les autres dans le groupe, hop, sinon les zétrangers vont s'infiltrer et je ne saurai pas les reconnaître". Ben oui mais non, d'abord parce que les étrangers ne pouvaient (théoriquement) pas franchir le fil rouge, ensuite parce que quand bien même, ils n'allaient pas se comporter plus mal que nous non?
Moi je voulais tout voir, tout photographier, et ne pas rester dans le troupeau immobile qui écoutait les élucubrations de la brave dame (par ailleurs erronées en ce qui concernait les divers courant religieux). Alors je sortis du groupe figé devant le choeur de l'église, et hop je filai dans l'une des pièces où se trouvait St Michel. J'avais à peine fait ma photo, que le p'tit vieux était derrière moi: "rejoignez le groupe, allez! Avec tous ces zétrangers dans l'église...". Je fis semblant de, et hop, dès qu'il se retourna pour surveiller sa peste derrière la ficelle, hop, je me rendis vers la chaire. Une photo, clic, et v'là t'y pas qu'il se redirigeait vers moi à nouveau. Alors je coupai habillement entre les bancs de l'église, là où le fâcheux ne pouvait me suivre compte tenu du diamètre de ses jambes arquées. Il commença à faire le tour des bancs, l'air irrité, alors je rejoignis le groupe, comme si de rien n'était. Il retourna dans le fond de l'église, tandis que j'en profitai pour m'échapper à nouveau. Lorsqu'il m'aperçut, il fronça le sourcil et dirigea son pas dans ma direction par l'allée centrale. Ah ouais? Attends voir mon cochon. Et hop, une rapide esquive entre les bancs qui représentaient réellement un obstacle manifeste pour cette glu obstinée. Il traversa l'allée, fit le tour des bancs, revint par l'autre côté mais avant qu'il n'arrive à portée de voix, hop, je m'embusquai dans les taillis... bancs à nouveau.
Il était furieux. L'église était pleine de touristes à surveiller derrière le fil rouge, et d'autres trublions du troupeau commençaient à s'éparpiller comme moi. Il comprit alors qu'il n'y suffirait pas, abandonna l'idée de nous rassembler, s'assit sur un banc en concentra toute son attention sur ces féroces étrangers qui viennent jusque dans nos églises, égorger nos fils et nos compagnes.

Pis lorsque la brave dame du PIS termina son prêche, elle nous fit passer dans le presbytère. Sonna alors l'heure de gloire du p'tit vieux. Il entra le dernier dans la pièce (et qui c'est qui surveille les étrangers?), la brave dame nous le présenta (mais je n'en sais pas plus, parce que je cherchais des mirettes qu'est-ce que c'est pourquoi donc qu'on était là) puis il prit la parole. Après une blague dont je ne me souviens plus de la teneur, il nous montra un relief de 50 x 70 cm sur le mur d'en face, et se mit à raconter quelque chose que je n'entendais pas, parce que trop loin de lui. Ah bon, c'est pour ça qu'on est là? Ouais, bof, c'est pas transcendant d'exceptionnalité. Au bout de 10 minutes, l'on commençait à quitter la pièce et je m'approchais du tableau. Quoi? "František Bílek"?
Cette croûte est une oeuvre du grand "František Bílek"? Ben di diou, fichtre de crénom de d'là, j'en connais des autrement plus belles des oeuvres de ce bougre-là. Pis je lus sur le relief l'inscription religieuse sans grand intérêt "Slyšme jak modlí se tvá vůle na kříži" (du coup je ne vous fais pas la traduc non plus = sans grand intérêt), pis je lus sur le relief la dédicace: "František Bílek" oeuvra ici au milieu des frères et des soeurs. Super! Alors je vous ai mis quand même une photo du "machin", comme ça vous pouvez vous faire une idée. Pis surtout ne l'admire pas qui veut, le machin, puisque ce n'est pas accessible au public en temps normal (et encore moins aux étrangers), donc s'il y a parmi vous des admirateurs du François, j'espère vous avoir fait plaisir (eh ouais, chuis comme ça moi, bon et généreux). Tandis qu'on se retrouvait à nouveau dans l'église, le p'tit vieux nous annonça, après s'être assuré qu'aucun étranger n'avait pénétré sur son territoire, qu'on allait visiter la cave, là où se trouvaient les fours à bois qui chauffaient l'église lors des concerts au XIX ème siècle.
Il rajouta qu'il prenait le risque sur lui, qu'il fallait qu'on fasse hyper gaffe afin de ne pas nous croûter dans les scaliers, que c'était interdit au public, non couvert par l'assurance, et que s'il arrivait quoi que ce soit à l'un d'entre-nous, il serait jeté à la rue sans préavis, sans regret et sans retraite, et qu'il ne lui resterait plus qu'à pourrir moisi dans la rue comme une charogne putride la gueule ouverte avec des fourmis dedans. J'te dis pas comme on a fait gaffe dis-donc. Une fois en bas, ben comme le tableau à "Bílek", sympa, mais bon, hein... Genre on voyait bien que c'était un four à bois, mais que c'était du "spécial à cul de mélomane", c'était vraiment pas si manifeste que ça. Et surtout on se posait tous la question du pourquoi que ça ne fonctionnait plus, parce que sans dec, il givrait grave les glaouis dans l'église, alors que ces couillons-là avaient tout le fourbi nécessaire dans la cave, qu'y avait juste qu'à y jeter une bûche dedans pour le faire marcher. Tu le crois ça, sans dec?

Ben voilà, on en a fait le tour. Alors je vous invite fort certainement à visiter ce joyau architectural, oeuvre majeure du génie dientzenhoferien. L'intérieur est souvent accessible lors des concerts, plus rarement pour une visite complète par soi-même (surtout si vous êtes étrangers).
Puis si jamais vous avez l'occasion de voir la place de la vieille-ville le soir, lorsque les édifices sont remarquablement éclairés enveloppant la ville d'encore plus de beauté, de magie et de mystère, alors n'oubliez pas d'aller dans le fond de la place, vers la rue de Paris, afin d'apprécier la splendide silhouette baroque de l'église St Nicolas by night. GPS: attends, j'vais quand même pas vous mettre les coordonnées non? Suivez les touristes, c'est plein centre.