dimanche 18 janvier 2009

Ailleurs: Les ruines du château de Okoř

Ben tiens, après toutes ces nombreuses religieuseries, que c'en était beaucoup trop à la fois selon certains de mes lecteurs, je m'en retourne donc vers mes sujets plus laïquistoriques. Aujourd'hui ainsi donc, le castel de "Okoř", ou plutôt ce qu'il en reste, parce que malgré que la toile regorge d'appellations "Hrad Okoř", force est de constater qu'il est plus de couleur "ruine" que d'apparence "château"
(bien qu'il l'était, château, château-fort même, maintenant plutôt château-faible, genre).

Alors du tout début du château, on ne sait rien parce qu'il n'y a rien d'écrit. Dans une photocopie du cadastre de 1228, il est fait mention du hameau "Okoř" comme propriété du couvent (de nonnes) St Georges (au château de Prague, cf. les Regesta diplomatica nec non epistolaria Bohemiae et Moraviae, Lib II, p. 336, sous l'appellation "Okori"), mais rien d'un castel. Heureusement que des passionnés fouillent le sol, et c'est ainsi qu'on subodore que le tout premier bout de château daterait de vers la seconde moitié du XIII ème siècle. Les archéologues découvrirent dans le sol et dans les années 1980 des restes de fortifications ainsi que d'un bâtiment à plusieurs murs incluant une chapelle (apparemment copieusement décorée) à partir de quoi nos gaillards en conclurent l'appartenance du castel à un prince ou un ecclésiastique de haut rang. Tiens, extrait du rapport de fouilles (cf. "Pavel Sankot & Tomáš Durdík: Hrad Okoř. Roztoky.", 1983): Le castel originel se trouvait sur un monticule rocheux entouré d'un haut mur protecteur rectangulaire (ah ouais?). Sur le plus haut sommet se trouvait une tour carrée comprenant en ces murs une chapelle gothique nettement plus ancienne (entre 1260 et 1270).
Des murs octogonaux de la chaplette en on été conservés 5, incrustés (les murs) de fenêtres gémellées en ogive à rosaces typiquement gothiques. Lors de la construction de la tour, la chapelle fut murée afin que les gardes ne soient pas distraits par des conneries. La tour protégeait le portail d'entrée de la première cour dans la seconde, où se trouvait le palais du seigneur, apparemment accolé contre la tour. Un autre palais se trouvait contre l'enceinte Ouest, mais selon les fouilles ce n'était pas celui du seigneur qu'il ne vivait pas dedans, puisque c'était l'autre, celui contre la tour. De cette époque gothique datent également 2 niveaux de caves (celliers creusés dans la roche et donc à température constante) destinées à la conservation des denrées périssables (et surtout de la bière). Du coup, ben y a plus le moindre doute sur l'appartenance du castel (à un prince ou un ecclésiastique de haut rang).

Allez, on passe à du concret, en 1356, car on a des sources écrites à nouveau du cadastre indiquant que l'échevin de la vieille ville de Prague "František Rokycanský" (quae vulgo dicitur "Frána Rokycaner") domicilié en la demeure "à l'éléphant" ("U slona", au numéro 9 place de la vieille ville) vend icelle (demeure) pour s'installer au château de "Okoř". De fait l'on eut tout d'abord présumé que l'édifice fut construit ex nihilo par ledit François (avant 1980), ben oui mais non, car à la lumière des fouilles, l'on peut dorénavant présumer qu'il eut pu déjà être la propriété de son nanti papa (du Franz), "Mikuláš Rokycanský".
Bref, aujourd'hui l'histoire retient que François fit retaper de fond en comble les fouilles archéologiques précédentes pour se faire carrément appeler dès 1360 "František z Okoře", parce que depuis ma précédente publie , tout le monde sait que "Rokycany" est un trou sans fond à se faire jeter des pierres dessus par les gosses lorsqu'on s'appelle "de Rokycany". En 1380, le fils de François, Jean ("Jan Rokycanský [z Okoře]") devint propriétaire du château, et ce jusqu'en 1391 lorsqu'il décéda. Attention, ce "Jan Rokycanský" n'a rien à voir avec son homonyme le prêtre hussite (1391-1471), bien que ce dernier naquit l'année où décéda le précédent. Ensuite c'est le trou noir jusqu'en 1414, lorsque le cadastre indique comme propriétaire de "Okoř" un certain Nicolas de Prague, intendant royal à "Kutná Hora" et grand supporter de maître "Jan Hus" auprès de la cour royale, ayant apparemment poussé "Václav IV" à signer le 18 janvier 1409 le décret de "Kutná Hora" (cf. l'université Charles IV, les diverses nations, nombre de voix par collège, fondation de l'université de Leipzig...).
Ben ouais, mais habiter à "Okoř" quand on est de Prague alors qu'on travaille à "Kutná Hora", ça fait lever tôt en R.E.R., et Nicolas vendit 2 ans plus tard (en 1416) à "Jindřich Lefl z Lažan a z Bechyně", un autre intrigant auprès du roi et un autre grand fan de maître "Jan Hus" que d'aucun soupçonne carrément d'homosexualité sodomite avec l'ivrogne "Václav IV" (les boules!). "Tu verras Henri, c'est bien à l'écart de la capitale, et tu pourras jouer de la galipette baveuse toute la journée sans déranger les voisins" lui avait vendu le sournois Nicolas. Ce qu'il lui avait par contre bien camouflé cet escroc, c'est qu'il n'y avait pas de chauffage au château, et jouer de la galipette baveuse en habit d'Adam (que je t'attrape) lorsqu'il fait froid, c'est pour le moins... enfin tout homme potent (vigoureux, genre valide/invalide donc potent/impotent, non?) peut vous confirmer que le froid agit sur la flûte à grelots inversement à ce que la plupart des mâles souhaiteraient. Aussi "Jindřich Lefl" vendit "Okoř" encore dans la même année à l'apothicaire Louis de Florence, neveux du fameux pharmacien Angelo (Angelus) de Florence (le premier à avoir planté un jardin botanique en Europe centrale selon mes sources), ami intime du bon roi Charles IV qui invitait fort volontiers et en personne son officine renommée (et bio, je le signale pour ma maman) afin de soigner ses hémorroïdes douloureuses (véridique).
"Fais gaffe Louis, ils viennent tout juste de flamber Jan Hus à Constance, et ça commence méchamment à sentir le roussi dans Prague. Un ardent catholique comme toi devrait s'anticiper une retraite opportune dans un logis fortifié pour peu que les choses tournent aussi mal que les historiens veulent bien nous le faire croire". Et bien lui en prit, car une paire d'années seulement plus tard, Louis l'apothicaire abandonnait en hâte son officine du numéro 735 au croisement des rues "Dlouhá" et "Rámová" pour se retrancher dans sa forteresse de "Okoř" devant la pression croissante de la terreur hussite. Mais ce fut bien inutile. Lorsqu'en 1421 les hussites s'en revinrent d'expédition dégustative de "Žatec" (i.e. "Saaz", cf. la bière tchèque), ils eurent une pensée pour notre apothicaire dont les onguents apaisaient si bien la douleur anale. Aussi et parce que c'était sur la route du retour, les armées praguoises et taborites lui rendirent visite. Le château fort fut pris rapidement, confié au chef hussite "Václav Carda z Petrovic", mais l'on ne sait rien de ce qui advint de l'apothicaire. Lorsque la furie hussite prit fin, Jean de Florette... Florence, le fils de l'apothicaire Louis, s'en alla réclamer la gentilhommière familiale. Il eut gain de cause, le castel lui fut rendu et il y vécu heureux jusqu'à son décès en 1443.

Arrive donc un moment important pour notre château fort. Dorothée, la veuve de Jean de Florence commençait à avoir froid toute seule dans sa demeure, aussi elle prit un nouveau mari pour se faire chauffer ses pieds glacés sous la couette en la personne de "Bořivoj z Lochovic". Celui-ci commença doucettement des travaux d'agrandissement et de remise au goût du jour, mais c'est surtout son petit fils "Bořivoj z Donína" (la fille de "Bořivoj z Lochovic", Barbara, épousa "Bedřich z Donína", et ils eurent 2 fils...) qui mit le paquet. En cette fin de XV ème siècle, les choses avaient vraiment changé: utilisation massive des armes à feu, incertitude politique quant à l'avenir de la Bohême, presque découverte de la Mérique mais on s'en fout pour notre histoire... aussi "Bořivoj z Donína" mit toute son énergie et tout son pognon dans une vraie et bonne restauration en gothique tardif, défensif et dissuasif. Au pied du monticule rocheux, l'on construisit ainsi une nouvelle et troisième enceinte avec dedans son propre mini-château, ses bastions, ses barbacanes, ses bâtiments agricoles et même sa brasserie. Et pour augmenter encore la défense, l'on creusa un peu le sol tout autour du monticule, puis l'on détourna la rivière de "Zákolany" ("Zákolanský potok") dans ces cuvettes afin de créer 3 étangs artificiels interdisant l'accès du château aux ennemis qui ne savaient pas nager. Contre les autres, ceux qui savaient (nager), l'on protégea les 2 nouveaux portails d'entrée dans la nouvelle enceinte par des bastions du haut desquels l'on pouvait précipiter toute sorte de fourbi destiné à décourager l'envahisseur obstiné (enclumes, fers à repasser, excréments divers, liquides bouillants, charognes contagieuses...).
Toute cette réfection eut lieu globalement entre 1470 et 1518, date à laquelle "Jan z Donína" et premier propriétaire de la brasserie de "Okoř" vendit le domaine à "Hynek Bořita z Martinic", préfet de la région de "Slánsko" (cf. la ville de "Slaný"), burgrave de la ville de Prague (1519), maréchal des royales écuries (1510-1522) et juge suprême des Etats de Bohêmes (1522-1523, comme quoi s'occuper des roussins qui puent peut mener à des fonctions pour le moins inattendues. Quid de la compétence?) Pis passons rapidement sur "Volf z Martinic" (vers 1530), "Jan z Martinic" (vers 1540), qui avant sa mort (en 1590) coucha sa femme Anne ("Anna z Vartemberka") sur son test-amant (en 1585) ce qui fit fulminer l'oncle Georges, héritier théorique qui dépensa inutilement une fortune inimaginable en procès, en avocats et pendant près de 5 ans pour finalement récupérer tout naturellement le bien familial à la mort de la pauv' Anne (en 1595). Et donc l'oncle Georges, "Jiří Bořita z Martinic" qui avait enfin acquis le castel gothique défensif, le fit remettre au nouveau goût du jour, c'est-à-dire renaissance. Les petites fenêtres du palais furent agrandies, tout les murs du castel furent recrépis à neuf et couverts de sgraffites-enveloppes (cf. le palais Schwarzenberg), les bâtiments destinés à la bitation furent rallongés de balcons en bois et leurs intérieurs furent renaissancisés.
L'oncle Georges décéda en 1598, et c'est son fameux neveu "Jaroslav Bořita z Martinic" qui hérita, vous savez, celui qui fut déversé par la fenêtre du vieux palais royal lors de la défenestration de Prague. D'ailleurs après cet évènement, les Etats de Bohême lui confisquèrent son bien, mais l'autre fripouille sans nom de Ferdinand II le lui rendit après la bataille de la montagne blanche.

Pis arrivèrent les Suédois, drainant avec eux pillage et dévastation. Le château de "Okoř" y eut droit également, et sans doute plus que certains autres édifices des environs de par le danger potentiel qu'il aurait pu représenter pour les primitifs scandinaves s'il eut tombé entre les mains des défenseurs. En 1649, avant de rendre l'âme, ce bon catholique de "Jaroslav Bořita z Martinic" fit don des ruines aux jésuites praguois (cf. l'église St Ignace). Qu'est-ce qu'ils étaient contents les jésuites avec une telle ruine, sans dec. Mais les légionnaires papaux sont obstinés, et ils se mirent au boulot afin de retaper le carnage. A partir de 1665, ils commencèrent par construire 2 nouveaux ponts afin d'accéder au château avec leurs brouettes.
Entre 1673 et 1675, ils attaquèrent les toitures parties en fumée: poutres, charpentes, lambourdes, solives, bardeaux. Pis ils restaurèrent la chapelle emmurée dans la grand' tour, et la consacrèrent à St Venceslas le 21 Juillet 1675 sous les bons hospices du doyen du chapitre de Prague: "Tomáš Pěšina z Čechorodu", historien et crivain, continuateur de l'oeuvre d'un autréminent jésuite, "Bohuslav Balbín" mais surtout et pour ainsi dire instigateur de l'appellation erronée de la chronique de Dalimil malgré qu'icelle appellation fut initiée par l'un des plus interlopes historiens tchèques, "Václav Hájek z Libočan" (aujourd'hui l'on sait que le chanoine "Dalimil Meziříčský", auteur présumé de la chronique ne put en aucun cas être LE chroniqueur, d'autant plus que son existence même est incertaine). Les travaux avançaient bien. Vers 1690 le castel fut suffisamment restauré afin que les jésuites puissent y venir passer leurs vacances d'été. Ils vendirent alors leur domaine estival de "Průhonice" (au Sud-ouest de Prague, sur l'autoroute vers "Brno") et s'investirent à donf dans "Okoř" au point qu'en 1712, des témoignages signalent la présence d'un réfectoire, d'une cuisine, de bâtiments agricoles, d'une armurerie (ah oui?) et de chambres individuelles grand luxe pour moines exigeants.
De toute cette lourde et onéreuse reconstruction baroque, il ne reste plus rien aujourd'hui, rien de rien. Les boules!

Les jésuites furent dissous en 1773 (cf. une précédente publie) et cet évènement signa l'arrêt de mort de notre château qui fut confisqué au profit du "fond d'études" (le "fond studijní" fut créé après la dissolution de la Societas Jesu [usque ad Sanguinis et Vitae Profusionem Militans, in Europa, Africa, Asia, et America, contra Gentiles, Mahometanos, Judaeos, Haereticos, Impios... Mathias Tanner, Pragae, anno 1673. Vous sentez l'amour du prochain?] afin de liquider ses biens confisqués et financer les nombreuses écoles que l'ordre avait créé dans le royaume). Vidé de ses occupants, non pourvu d'autres locataires, l'édifice reconstruit reprenait l'apparence dans laquelle l'avait trouvée les jésuites. Selon certaines sources, la détérioration aurait été accélérée par l'administrateur temporaire du château qui vendit en solde aux villageois les matériaux de construction (pierres, poutres...) facilement accessibles ("au château y a tout ce qu'il faut outils et matériaux.."). En 1787, le curé de la paroisse cessa les offices en la chapelle emmurée-rénovée par sécurité pour ses ouailles sur lesquels s'effritait la voûte. Celle-ci finit par s'effondrer complètement en 1800, et sonna l'hallali de tout l'édifice pillé méticuleusement pierre par pierre par les villageois.
Après la naissance de la Tchécoslovaquie, la ruine devint propriété de l'Etat, lequel confia à l'architecte "Eduard Sochor" le soin d'endiguer le délabrement (il avait fait des "merveilles" avec "Kokořín"). Malheureusement, il ne restait plus grand chose à sauver, aussi l'Edouard mit un peu de colle de ci, un peu de ciment de là, et l'on passa rapidement à quelque chose de plus sauvegardable. Aujourd'hui c'est le "Středočeské muzeum v Roztokách u Prahy" (Musée de "Roztoky") qui en prend soin, et qui organise les fabuleuses visites guidées dont je garde un souvenir indélébile. Parenthèse, parce que ça mérite quelques lignes.

Lorsqu'on arriva avec ma chérie d'amour, l'on dut attendre l'heure pleine (soit 45 min, forcément) afin que ne commence la visite en compagnie de la guide et du troupeau de couillons qu'on était. "Ah bon, faut un guide pour visiter des ruines? demandais-je à la caisse fort de précédentes expériences en d'autres édifices pareillement inconservés où l'on pouvait se mouvoir librement. Bon, ben l'on l'attendit donc devant la lourde porte en bois derrière laquelle se cachait le fameux édifice, mystérieux comme un château dans les Carpates. Pis les portes s'ouvrirent, pis la petite nous fit avancer, pis elle commença l'exposé. "Ce sont les caves creusées dans la roche." Ah ouais?
"Ce sont les restes du mur d'enceinte." Non? "Là, les restes du palais." Cool. "Et là, la tour effondrée." Super. "Pis ici les restes de la chapelle, remarquez bien comme c'est en ruine." Ouah! "Mesdames et messieurs, je vous remercie pour votre attention et vous souhaite une excellente fin de journée." Sans dec, y aurait pas eu cette petite pour nous expliquer qu'est-ce qu'on avait devant les mirettes, on aurait eu l'impression d'assister à une course de teckels à poil gras montés sur des échasses landaises. Sans dec, ça se mérite des visites pareilles, payantes de surcroît, genre on ne regrette pas d'être velu. Et la meilleure quand même, c'est qu'il semblerait qu'en semaine la visite est libre, genre y a pas de petite qui accompagne pour ne rien dire sur les ruines. Fin de parenthèse.

Bon, allez quelques détails sur l'intérieur: c'est vide et y a rien. Mais alors rien de rien, sinon une table et 2 bancs même pas d'époque que je vous ai photographiés quand même pour documenter, mais sinon keud-nada du tout. Ce qu'il reste donc du château inférieur, c'est un bout de mur d'enceinte, un bastion, et un bout du portail reconstruit afin d'empêcher les couillons de visiter le château par eux-mêmes. Du château supérieur, il reste les fondations du réfectoire, les restes des 2 palais nettement mieux conservés que le reste des baraquements, le portail d'accès à la seconde cour, le mur Sud de la grand' tour et les ruines de la chapelle gothique au rez-de-chaussée.

Pis maintenant une bonne légende cucul bien niaise comme les romantiques en faisaient des tonnes au XIX ème siècle (remarquez bien qu'elle n'est peut-être même pas de cette époque, la légende). Il était une fois, domicilié au château de "Okoř", un sieur nommé "Sukorád" qui avait une fille "Juliána" (apparemment on pourrait traduire en Français par Julie, Juliette, et même Juliane, avec 1 ou 2 "n", au choix, mais le mieux me semble Julienne, avec 2 "n", comme les légumes coupés en lamelles, avec 2 "l"). Et elle était belle la Julienne en tranches fines, une vraie bombe selon les témoins qui l'ont vue sous la douche par une nuit sombre, le long d'un couloir solitaire de campagne, alors qu'ils cherchaient les toilettes que jamais ils ne trouvèrent. Et du coup, ben ça attirait des prétendants tout plein au château qui en voulaient à sa virginité, et qui se battaient en duels, en tournois, et en cons-pétitions ridicules pour montrer à la belle oh combien ils avaient la plus longue lance, le plus de pognon, le plus de courage et le plus de spermatozoïdes supra-agiles propices à une saine reproduction. Bon, hein, z'avez été en boîte de nuit, je ne vous apprends rien. La technique d'emballage des bougresses a légèrement changé, mais pas le but du mâle. Bref, ils se battaient pour elle jusqu'au sang, mais elle, elle faisait la difficile à chichis. "C'ui-là non. Pis c'ui-là non plus. C'ui-là l'est gras. C'ui-là l'est laid. C'ui-là l'est p'tit. C'ui-là j'le sens pas. C'ui-là il sent trop. C'ui-là l'est bleu (on ne peut plus dire noir, jaune, blanc)...".
Au point qu'après plusieurs années de refus systématiques, son papa un jour lui dit "écoute ma chérie, je sais que tu es en pleine puberté, que t'as les seins qui poussent et les règles douloureuses, mais faut pas déconner non plus. Ca me coûte une fortune en organisation de festivités pour tous ces couillons pédants, ensuite ta mère et moi on se les cogne à dîner tandis que tu regardes la télé dans ta chambre (et j'te dis pas le niveau des conversations). Or maintenant que tu commences à avoir des poils, il serait vraiment grand temps que tu te décides à en choisir un, même s'il n'est pas entièrement à ton goût (tiens, prends exemple sur ta mère). Tu ne veux quand même pas finir vieux-thon-pédé?" Mais ce que le paternel comme la flopée d'imbéciles outrecuidants ignoraient, c'est que la Julienne avait déjà fait son choix. Eh ouois. Mais y avait un os. Celui qu'elle avait choisi et qu'elle rencontrait en loucedé près de la rivière ruisselante de clapotis devant le moulin des désirs sur le gazon fleuri de blanches marguerites en dessous des tilleuls bourgeonnants sur les branches desquels les petits oiseaux chantaient pour eux, ben c'était le fils du meunier (Tudor), nommé "Vnislav". Et l'était pas noble le pauv' bougre, il n'avait pas de castel, il n'avait pas de fortune, mais il était beau, robuste, drôle, aimant et attentionné (mais pas noble). Les boules. Un jour, le père finit par en avoir vraiment ras-le-bol, et fit appeler la vieille sibylle Philomène, fabricante de potions et de suppositoires, tireuse de cartes et de bière en soirée, accessoirement diseuse de bonaventures comme de conneries mais surtout fidèle confidente du sieur "Sukorád" depuis qu'elle lui avait recommandé de retirer ses Hedge funds de la Bernard L. Madoff Investment Securities au motif que sa boule de cristal avait senti comme une odeur d'astronomique entourloupe. Après lui avoir expliqué la situation, le père commanda à la vieille d'espionner son tendron Julienne et de découvrir le comment de c'est-il donc pourquoi, genre.
En quelques jours, Philomène découvrit le secret, l'amour caché, "Vnislav" le fils du meunier, et alla tout déballer à son maître, c'te vieille toupie. "Sukorád" péta une gueulante d'anthologie, enferma sa nymphette dans une oubliette de basse-fosse afin qu'elle renonce à cet amour impossible, renie son apprenti meunier, et accepte d'épouser l'un des 843 chevaliers du royaume qui avaient laissés leurs cartes de visite pour le cas où des fois que, on ne sait jamais, hein. Ooops... dis-donc, si je continue comme ça, va y en avoir velu d'la page A4. Bon, j'abrège.

Le fils du meunier apprend tout, il délivre sa chérie d'amour (ne me demandez pas comment, y en aurait pour 10 autres pages format A4 de marges 1cm et de police Arial Narrow 8 pt), enfourchent un fougueux destrier et s'en prennent la direction de l'aéroport afin de rejoindre une contrée plus compréhensive de leur amour inconvenant. Après avoir bien trotté quelques 5 km, ils firent une halte dans une clairière du bois d'entre "Tuchoměřice" et "Horoměřice" afin de refroidir le roussin (ils étaient quand même à 2 dessus) et soulager Julienne (vous savez ce que c'est les filles sur la route). Soudain, un bruit de sabots se fit entendre. La jouvencelle remonta rapidement sa culotte tandis que "Vnislav" sortit son épée... trop tard... "Sukorád" et ses gens venaient de les encercler. Ils s'étaient lancés à leur poursuite après avoir découvert la disparition de la hie et la présence d'une copie du billet électronique pour la Floride oubliée dans l'oubliette. Le père rouge furax de colère sauta de son cheval à terre, dégaina son Beretta et refroidit sa jouvencelle d'une balle en pleine tête.
Ensuite il fit de même avec son ex-futur-gendre avant de cracher sur sa carcasse et de rajouter "nom di diou, faut pas me les casser trop longtemps non plus." Et la légende raconte que les locaux construisirent en cet emplacement une petite chaplette rappelant l'effroyable évènement, à seulement 3,5 km du terminal de "Ruzyně" en partance pour la Miami. Après quelques temps, "Sukorád" devint fou. Il abandonna le château, et s'installa sur le lieu du drame où il vécut en ermite jusqu'à la fin de ses jours. Alors vraie ou pas la légende? Ce qui est avéré, c'est qu'il existe bien un emplacement nommé Ste Julienne depuis des lustres, au croisement des chemins touristiques rouges et oranges, GPS 50°07′40.19″N 14°18′37.07″E. Et afin de ne pas vous mettre le doute en tête, le "Vnislav" dont on se cause n'est absolument le mythique descendant du mythique prince laboureur "Přemysl Oráč". De même, la Julienne dont on se cause n'est absolument pas la Ste Julienne de Nicomédie étanche au plomb comme un intégriste à la raison.

Alors encore une autre légende cucul bien niaise comme les romantiques en faisaient des tonnes au XIX ème siècle (remarquez bien qu'elle n'est peut-être même pas de cette époque la légende) raconte quelque chose de similaire, que la gonzesse (je ne sais même pas si elle s'appelle Julienne dans cette histoire-là) refusait les prétendants, y compris un bien insistant qui était prêt à lui payer tous ses caprices, coiffeur, visagiste et nouvelle paire de chaussures chaque jour.
Ben oui mais non, pareil, il put aller se faire fout' comme les aut'. Sauf que lui, d'origine corse-sicilienne-andalouse n'était pas homme à se prendre des gamelles, surtout de la part d'une femelle (l'est jamais allé en boîte de nuit ou quoi?) aussi il promit de se venger grave. Nanti d'une bonne fortune (financière), il soudoya les gardes du château afin qu'ils ferment les yeux la nuit tombée, de sorte qu'il puisse s'introduire dans la chambre de l'effrontée et... et... ben chais pas, parce que l'histoire ne dit pas quelle étaient ses mauvaises intentions, sinon vengeresses. Bref, et donc il s'introduisit dans la chambre, mais là, personne. Alors il fouilla le château, sans se faire voir ni prendre, forcément, mais toujours personne. En fait, parmi les gardes du château, il en était un tègre et vertueux qui prévint le tendron qui alla se cacher dans les galeries secrètes sous le château, et personne ne put la trouver. Ah ben flûte alors, c'est dingue ça. Du reste, une autre légende prétend que les jésuites auraient sournoisement planqué dans ces galeries souterraines un trésor fabuleux. Euh... Mais personne n'a encore rien trouvé. Eh... Une autre légende, enfin une chanson, par ailleurs très populaire, parle d'une dame blanche ("Na Okoř je cesta jako žádná ze sta..."), mais c'est une pure invention totalement fabriquée, car personne ne relate l'apparition de la moindre dame blanche avant la création de cette chanson.
Pis si vous êtes férus de rock et de roll, alors il se tient chaque année en été un festival en plein air en plaine aire du château. Je vous ai même trouvé quelques textes liés à "Okoř", oeuvres de multiples auteurs créées dans le cadre d'une tournée de "Jaromír Nohavica". Les tchécophiles apprécieront, certaines compositions sont truculentes.

Un peu de romantisme cucul bien niais aussi (c'est la saison). Alors vu de loin, le château de "Okoř" en impose quand même grave (ah si, faut avouer). Même en ruine, sa silhouette monumentale permet d'imaginer qu'il eut pu être en son temps la crème des châteaux forts. Et il le fut. Les seigneurs friqués (bourgeois?) du XIV ème siècle essayaient alors d'en mettre plein la vue à la noblesse par la monumentalité des demeures qu'ils se faisaient construire en dehors de Prague (les terrains sont moins chers). Et justement, pendant longtemps "Okoř" en était le plus bel exemple en royaume de Bohême (plus tard cet aspect massif fit qu'au XIX ème siècle ces ruines devinrent parmi les plus peintes sur les toiles romantiques). Malheureusement, compte tenu de sa situation géographique, il ne présenta jamais un intérêt stratégique militaire, économique ni social (aucune bataille décisive à proximité, aucun développement agricole ni industriel, aucune grande ville...) et fut pour ainsi dire sans attrait pour la noblesse dirigeante du pays. Et tiens, tout aussi justement, d'un point de vue touristique... Bon, d'aucuns vous diront qu'il faut y aller, que c'est splendide et que le château attire des dizaines de milliers de touristes.
Moi, je vous dirai plutôt bôf, genre si vous êtes dans le coin, ou mieux, sur le parking, alors oui, faites le détour. Maintenant y aller exprès pour, et rien que, pas forcément point non plus. Et les visiteurs ne s'y trompent pas. Regardez par exemple le nombre de visiteurs en 2007 pour des ruines comparables: "Okoř": 17500 visites, "Házmburk": 18000, "Klenová": 23000, "Točník": 52000. Vous voyez, les dizaines de milliers de touristes sont au nombre de 17,5 milliers, alors y a vraiment pas de quoi écrire une carte postale à mémé.

Pour terminer, il y a le site officiel de la République Tchèque qui en parle une fois là, dans le cadre du patrimoine culturel, rubrique "les plus beaux monuments et curiosités", chapitre "les ruines" (j'aurais pas mis ça là, moi, mais bon, chuis pas ouaibmasteur), et encore une autre fois là, dans le cadre du "Tourisme et sport, vacances actives, excursions en Bohême Centrale". Notez que c'est pas le même texte, et que les 2 sont pour le moins concis sans pour autant dire la même chose. Dommage pour la concision, j'aime bien ce site fort bien fait et plein de bonnes idées.

dimanche 4 janvier 2009

Ailleurs: La chaplette de la visitation

C'était en Novemb', en cette morte période où 85% de la République Tchèque sombre dans l'hibernation touristique, et certaines régions carrément dans un tel état de vide absolu qu'elles ne s'en réveillent même pas au printemps.
Ce jour-là, on s'en partait en week-end chez belle-maman, et justement, comme cette belle région de "Chodsko" (cf. les environs de "Domažlice") est totalement exsangue de toute activité culturelle en dehors des marchés vietnamiens et des casinos/bordels à la frontière d'avec la Germanie, nous nous dîmes que rien ne pressait, et qu'on pourrait bien s'en visiter une ou deux cambrousses de la région, des fois qu'on y découvrirait quelque chose de préférence attrayant. L'on s'arrêta d'abord à "Rokycany". Et pas par hasard, parce que "Rokycany" y a une époque, c'était... enfin z'allez voir plus loin.
Aujourd'hui... bon, que dire, j'aime pas être que négatif. Pis c'est pas de leur faute non plus. Peut-être qu'on était là le mauvais jour, qu'il y avait épidémie de peste (c'était fréquent en un temps), couvre-feu de sortir dehors et d'ouvrir aux gens. A moins que les habitants n'aient déguerpi ailleurs pour le week-end connaissant la désolation qui règne dans le bled. Enfin c'était comme une ville fantôme dans un vieux western, avec le vent qui balaye la poussière en poussant devant lui des touffes de broussaille parmi les portes qui grinces et les volets qui claquent, pareille. "Allez, on s'casse d'ici, ça craint trop l'y a rien à voir".

Finalement en retournant sur l'autoroute, ma chérie d'amour jeta son dévolu sur une petite chapelle sur le haut d'un monticule, visible sur la droite juste après la ville de "Plzeň", si vous vous rendez à Prague en voiture.
A chaque fois qu'on passait à côté, on se disait "tiens, t'as vu, quand est-ce qu'on va voir ce que c'est depuis qu'on s'en cause?" Et cette fois on y est allé. Alors c'est une petite église, une églisette même, de type baroque. Enfin aujourd'hui, parce qu'avant... Au tout début, il était une fois un bled nommé "Rokycany". Un des plus anciens bleds de Bohême, puisque sa mention remonte jusqu'en 1110 (et où ailleurs sa mention, sinon dans les chroniques de Cosmas? cf. Lib. III, Cap. XXXII).
Au XIV ème siècle le bled fut promu en ville, avec sa cour épiscopale, son château, son église décanale et ses fortifications d'autour d'la ville. Ah ouais, "des canals" c'est quoi? Décanat, du latin "decanatus" (circonscription, i.e. "doyenné"), subdivision du diocèse soumis à l'autorité du doyen, également appelée chapitre rural, regroupant plusieurs paroisses. En 1584, "Rokycany" devinrent même "ville royale" pour péricliter aujourd'hui en deçà du trouduc de la République. Alors je vous ai mis quelques photos de la ville, enfin des trucs sympas qu'on a pu voir rapidement avant de nous enfuir, puisque même les tavernes étaient fermées, dingue. Comme ça vous pouvez vous faire une rapide idée d'à quoi ça peut ressembler, si jamais vous voulez aller inutilement y jeter un oeil. Mais retour à l'histoire.

En 1680, il y eut une épidémie de peste en notre royaume (cf. une précédente publie) et cette dernière sévissait grave de partout, sauf curieusement à "Rokycany" (pour cette raison le tribunal d'appel de Prague déménagea en cette ville pour un temps). Alors une fois terminée (la peste), les indigènes se dirent que ça serait sympa de construire un zinzin en remerciement, genre une colonne mariale à St Roch, ou une pancarte "merci la peste" à l'entrée de la ville. Mais lorsque le conseil municipal commença à parler finance, plan, réalisation, ben keud-nada, plus rien, les bonnes volontés s'évanouirent en attente d'un vaccin. Du coup, la peste vexée comme un Václav Klaus débouté fit un comeback en 1689, et s'acharna cependant raisonnablement tout autour de notre bled afin de mettre en garde les habitants face à leur défaillance.
Ainsi on construisit cette même année sur le versant de notre monticule un lazaret afin d'y remiser les pestiférés en quarantaine, et accessoirement les soigner. Cette fois-ci, la peste devint confiante sur l'érection d'un monument en son honneur, vu qu'on avait commencé les travaux avec le Lazaret, et en 1713 elle foutut la paix aux habitants du bled et des alentours se disant qu'il fallait bien laisser un peu de main d'oeuvre vivante pour construire son mausolée. Ailleurs par contre ça craignait grave la peste. Mais pareil qu'à nouveau avec le monument, le conseil municipal velléitaire traina en longueur, que dépenser le denier du contribuable en des conneries nuirait à l'activité culturelle et sociale de la ville (ben tiens, regardez-voir aujourd'hui), et rien de rien ne se mit en route. "Di diou d'nom di diou. Cette fois ça va chier dans les brancards" se dit la peste, et en 1741 elle s'abattit sur la ville comme la vérole sur le bas-clergé, de toute sa puissance contaminatrice. Et ce fut le catalyseur de la mise en route de la chapelle.
Les habitants vraiment très valides proposaient leur huile de coude pour la construction, les habitants un peu valides sonnaient aux portes pour collecter des fonds, quand aux invalides, ben il ne leur restait plus qu'à donner du pognon puisqu'ils ne pouvaient ni construire, ni collecter. Et le 27 mai 1744, l'on posa la première pierre de la chapelle sur le monticule des boulots. C'est comme ça qu'il s'appelait au XVIII ème siècle, "březový vrch" le monticule. D'ailleurs avant de prendre son nom définitif, et de par sa fonction antipestilentielle, même la chaplette (petite chapelle) se nommait différemment: la chapelle de la visitation de St Sebastien, St Roch et Ste Rosalie (aussi... cf. une même précédente publie). Alors selon les archives, construire cette chaplette fut littéralement la peste.
D'abord parce que le monticule était archi-velu de boulots bien denses (ben tiens, et pourquoi qu'il s'appelait le monticule des boulots?), qu'il n'y avait pas le moindre chemin ni la moindre buvette (du reste il n'y en a toujours pas aujourd'hui, de buvette), et que les habitants devaient alors se cogner à pieds la montée bien pentue, la caillasse et les sacs de bétons sur le dos, ce qui faisait bien marrer la peste narquoise qui observait de loin l'avancement des travaux. Trois ans qu'ils mirent pour tout terminer, 3 ans de construction pénible mais efficace parce que depuis, plus personne n'entendit parler de la peste à "Rokycany" (du reste, ailleurs non plus).

Lorsque le conseil municipal prit la douloureuse décision de construire la chaplette, le contexte était loin d'être favorable: depuis 1741 la guerre de succession faisait rage entre Marie-Thé et Fred Deprusse, Prague fut prise par les Français et les Bavarois en novembre de cette même année, la peste avait envahi la ville, et pire, la production de bière s'annonçait catastrophique (à cause des sauterelles Bouffoublon). Du coup nos gaillards n'eurent pas beaucoup d'option, fallait faire chiche et maigre, mais fallait faire quand même, des fois que cette salope de peste s'en prévoyait de rester. Nos bougres fonctionnaires firent alors appel à un bâtisseur (sous-architecte) local parce que bon marché, "Jan Mourek", sur lequel on ne dispose que peu d'élément. Il serait né en 1704 et mort en 1761 à "Litohlavy", l'archi-bled le plus proche de notre chaplette. Il aurait construit à "Rokycany" entre 1729 et 1736 la maison du décanat (mais selon les plans d'un vrai architecte), puis la nouvelle brasserie (mais toujours selon les plans d'un autre).
Notre chaplette aurait été la première construction entièrement de sa propre conception, ce que certains connaisseurs lui reprochent énergiquement (cf. plus loin).

Perchée au sommet de son mamelon à quelques 400 m au-dessus du niveau de la mer, la chaplette est fichtrement exposée aux intempéries de la pluie, de la neige et du vent. Aussi on dut la restaurer souvent. Déjà en 1823, l'on refit la toiture et la tourelle centrale où l'on découvrit planqués dans la charpente les actes de création de la chaplette et divers documents contenant les noms de tous ceux qui participèrent à la construction. A l'occasion du centenaire de notre édifice (en 1844), le conseil municipal invita les habitants à se rappeler le bon vieux temps de la quête afin de réhabiliter proprement la vieille dame. Les bougres redonnèrent, et l'on restaura ainsi le toit (encore une fois).
L'on ajoura aussi la fléchette centrale pour faire plaisir au curé qui se plaignait du manque de lumière, et l'on blanchit l'intérieur comme l'extérieur à la chaux. Au dehors l'on agrandit l'ermitage afin que le curé puisse y remiser sa tondeuse à gazon, et toujours selon les souhaits de ce dernier lequel, selon les paroles du bourgmestre, commençait à devenir pesant, l'on posa les premiers escaliers sur le chemin qui mène de la route à la chaplette. L'on le borda aussi d'arbres (le chemin) afin que le curé puisse s'appuyer et souffler contre lorsqu'il se rendait à son office. Eh bien malgré toutes ces mises à jour, en 1872-1873 l'on remit le chantier sur la table. L'on refit le toit, mais mieux cette fois. L'on installa un nouvel orgue de facture "Karl Schiffner" (la moitié des églises praguoises disposent d'un orgue de son atelier, et je ne parle pas d'en dehors de Prague), l'on dépoussiéra l'autel et les tableaux, l'on repeignit en couleur l'intérieur tout blanc de la chaplette et l'on enfouit dans la charpente comme de coutume des documents d'époque à destination des générations futures qui d'ici-là auront oublié le lire et l'écrire à force de parler banlieue, d'écouter du rap débile et de tapoter des SMS fonétic.
En cette époque, le curé pesant n'était plus, mais apparemment son successeur était bâti du même matériau: lourd. Aussi il ne put s'empêcher à la fin de tout cet onéreux chantier de rajouter "et les escaliers, qui c'est qui va me les étayer les escaliers?" Faut dire qu'ils étaient en sale état, avec toute cette foule qui les arpentait pour la messe, pour le pèlerinage, pour la communion du chiard, pour l’Avent d'au Jésus, pour la Noël, pour la nativité du Christ, pour la fête de Marie (mère de dieu), pour l’Épiphanie, pour la Chandeleur, pour la Pâques, pour l’Annonciation, pour les Cendres, pour les Rameaux, pour le vendredi saint, pour l’Ascension, pour la Pentecôte, pour la fête du Saint-Esprit, pour la Toussaint, pour le 2 novembre (les fidèles des fins)... z'imaginez?

En juillet 1884, l'archevêcardinal de Prague "Fred Schwarzenberg" fut invité à "Plzeň" afin de bénir la foire internationale du cornichon tordu qui se tient sur la grand' place une fois par an. Ayant appris la nouvelle, le décanat de "Rokycany" ne put s'empêcher d'inviter Son Néminence au retour, afin qu'il célèbre une messe en notre chaplette protégée du cagnard estival par l'ombre des boulots. Et c'est après le glorieux panégyrique qu'eut lieu la catastrophe, en redescendant les escaliers pourraves. Tandis que Son Néminence conversait passionnément avec le sonneur local sur la dérive du "la" de référence des cloches paroissiales dont la fréquence ne cesse d'augmenter depuis le moyen âge, le pied du cardinal glissa sur le rebord d'une marche plus courte que les autres, et "Fred Schwarzenberg" faillit se croûter le cul par terre. "Sacré foutre de nom de d..." beugla-t-il vacillant en arrière tout en moulinant des bras.
Mais avant que le prélat ne vautre sa viande dans la gadoue du sous-bois, 3 membres de la vénérablescorte l'attrapèrent par le d'sous de coude, et le rétablirent sur ses cannes lui évitant ainsi une humiliation assurée. Moins chanceux fut le bourgmestre qui, au moment du drame, se trouvait derrière l'étourdie empotée, laquelle essayant de retrouver l'équilibre perdu en gesticulant des bras lui flanqua fort adroitement sa crosse dans l'oeil. Or bien que ces évènements malheureux furent les déclencheurs de la décision unanime de remplacer les escaliers, il fallut encore attendre 10 ans avant la réalisation, le conseil municipal ayant décidé d'inclure ces travaux dans le cadre d'une restauration plus large à l'occasion des 150 ans de la chaplette.

A nouveau et comme d'hab, la municipalité invita les habitants à se rappeler le bon vieux temps de la quête, et bon nombre de bougres redonnèrent, à nouveau et comme d'hab.
Cette fois cependant ils eurent droit à la postérité car pour toute offrande supérieure à un montant que j'ignore, les bienfaiteurs purent faire graver leur nom dans le marbre d'une marche de l'escalier (à leur frais toutefois). 52 marches d'une largeur moyenne de quelques 170 cm furent alors posées, et elles s'y trouvent encore aujourd'hui bien que les noms ne soient plus trop lisibles (cf. mes photos). L'on posa également un nouveau plancher plein de jolies mosaïques, et il ne restait plus qu'à organiser une fiesta mémorable sous le patronage du nouvel Son Néminence, l'archevêcardinal de Prague "František Schönborn" auquel l'on avait bien prit soin de spécifier en gras la réfection complète des escaliers, à supposer qu'il eut pris connaissance du regrettable incident rencontré en similaire occasion par son prédécesseur.
En 1902, une terrible tempête emporta la fléchette ajourée et une bonne partie du toit. Les fameux documents d'époque à destination des générations futures prirent gravement la flotte au point qu'ils furent pratiquement illisibles. Cette fois, la réparation fut entièrement prise en charge par la municipalité de "Rokycany". En 1934, re-restauration, avec en particulier l'ajout de la chaire extérieure en béton armé de style fonctionnaliste (c'est fichtrement hideux je trouve). En 1962 le toit fut à nouveau emporté par la bourrasque, alors on en profita pour une re-restauration de tout l'édifice. Et finalement l'apparence que vous pouvez apercevoir aujourd'hui date de 1994-2000, lorsque la municipalité en eut marre de voir la chaplette livrée aux pillards, aux imbéciles et aux camés. C'est d'ailleurs dans le cadre de ces travaux qu'en 1996 l'on découvrit dans une boule en bronze originellement sur le toit, 6 documents emballés dans un journal du 16 juin 1903.
Le premier document datait de 1744-1747, le second de 1872, le troisième de 1903, quant aux restes, ils dataient de la dernière grande reconstruction, de 1962.

Description: la base de la chaplette est en forme de croix grecque, comme "Mariánská Týnice". Il y a 4 portes d'entrée, une à chaque point cardinal, qui peuvent accessoirement servir de sortie en cas d'incendie ou d'apparition satanique. L'entrée Ouest est toutefois la principale avec sa façade en saillie surmontée des 2 tourelles et de son linteau gravé "1747". De chaque côté de la porte Ouest comme Est se trouvent des niches vides, qui abritaient sans doute des statues.
Notez les grandes fenêtres baroques stylisées au sommet, les tourelles terminées en capsule de pavot flanquées d'une étoile, la corniche de toit, ou encore la lucarne centrale. Et tout ça fait que d'aucuns n'aiment pas, que la composition d'ensemble fait "rustique" (ben tiens, t'es en pleine campagne), disproportionnée (c'est bien un truc que je ne trouve pas dans ce cube), et "amateur" (ben le constructeur était bâtisseur de métier, pas génie architecte).

Presqu'en même temps que l'église, on avait également construit là un ermitage afin d'abriter un ermite accessoirement gardien du temple. Et ça tombait bien, il y avait justement les ivanites (membres de l'ordre de l'ermite Ivan, y vend les R'mites de Bohême, je vous en parlerai plus en détail dans le cadre d'une publie sur le fabuleux patelin de St Jean sous l'roc) qui répondaient parfaitement au besoin parce qu'ils vivaient loin de la civilisation, qu'ils ne voyageaient pas beaucoup, et qu'ils étaient assidus.
Et donc un ermitivanite vivait dans l'ermitage, vérifiant que le curé avait bien éteint la lumière et fermé la porte à clé en partant, et s'assurant qu'aucun malfaisant n'essayait de vandaliser l'endroit. Les ivanites furent abolis par Joseph II, mais l'on trouva un autre ermite pour faire le Suisse. Malheureusement il n'était pas aussi efficace que l'ivanite, puisqu'en 1828 (ou 1826) l'ermitage comme le lazaret furent intentionnellement incendiés. L'on ne retrouva jamais le coupable. La cahute fut reconstruite en 1845, mais brûla à nouveau en 1951. Cette fois elle ne fut jamais reconstruite. A la place du lazaret, on construisit une maison forestière qui fut au fil des années arrangée, améliorée, pour servir aujourd'hui de centre de désintox pour branleurs camés.

Et voilà, donc on n'est pas resté longtemps, d'autant plus que c'était fermé, ... mais ce fut sympa à voir, pis ça fit plaisir à ma chérie. Maintenant si vous voulez être sûr d'y aller quand c'est tout vert... ouvert, alors c'est chaque premier dimanche de juillet.
Une messe y est donnée (enfin je crois que c'est gratuit, mais renseignez-vous avant sinon) à l'occasion du pèlerinage annuel de la visitation de la vierge (mais chais pas si elle sera présente). Et tiens, vu qu'on en parle, ben je ne sais même pas quand la chaplette fut renommée en "visitation de la vierge" puisqu'avant elle s'appelait "visitation des anti-lépreux". Si jamais vous trouvez la réponse, tiendez-moi en courant, hein? C'est là: 49°45'31.639"N, 13°33'53.605"E.

Pis c'est la nouvelle année, 2009, sans dec comme qu'on vieillit (enfin les autres, moi pas :-) Donc super top méga moumoune nouvelle année, plein de bonnes choses à tous, et surtout, surtout n'oubliez pas d'être heureux, afin de rester jeune, voire con. Parce que devant toute cette intelligence qu'on voit dans le monde en ce moment à la télé, vaut vraiment mieux rester con (ça n'aide pas, mais ça pardonne).