samedi 29 novembre 2008

Ville: Trois Mariages et une église carrément

Bon, c'est clairement pas un édifice d'une importance capitale à Prague, et j'ai même fichtrement hésité à vous en parler tellement "Josef Mocker" c'est acharné dessus dans la néogothisation jusqu'à l'absurde, réduisant l'intérêt architectural de l'église à son intérieur.
Mais bon, d'un autre côté, comme je vous avais parlé de la rotonde de St Longin, anciennement St Etienne, et que je vous avais promis de vous en dire quelques mots, sur la nouvelle église St Etienne, et qu'aussi parce qu'il y a de jolies légendanecdotes qui s'y rapportent, du fait donc de tout ça, c'est pourquoi dès lors que voilà.

Je ne vais pas vous parler des origines du peuplement de "Rybníček" que vous avez certainement lues à propos de la rotonde de St Longin, passons donc directement en 1351, 3 ans après que le bon roi Charles IV émit l'édit de mise en chantier de la nouvelle ville de Prague (le 8 avril 1348). En l'époque, on n'insistait pas spécialement sur le nombre d'écoles, d'hôpitaux, de terrains de foot et de cinémas... par contre le nombre d'églises, lui, était surveillé de près, et devait répondre aux exigences (du pape?). Sachant que notre bon roi Charles IV était fervent catholique, il ne se fit pas prier, et fit rapidement mettre en chantier 2 églises paroissiales dans la nouvelle ville. Tout d'abord St Henri (et Ste Cunégonde, en 1348), à 50 m de la tour du même nom (St Henri) et qui représentait la paroisse au bas de la nouvelle ville ("dolní nový město") malgré qu'elle se trouve au Nord.
Plus tard, il fit mettre en chantier St Etienne (en 1351) qui représentait la paroisse en haut de la nouvelle ville ("horní nový město") malgré qu'elle se trouve au Sud. Alors comme dit, en 1351 l'on commença la construction, par contre personne ne sait vraiment quand on la termina. Selon les sources, vous trouverez la fin de la construction en 1401 (pose de la tour). Une autre source vous parle de 1392 lorsqu'on consacra l'église. Une troisième source prétend que le choeur fut terminé en 1367 alors que la nef fut terminée en 1394. Bref c'est le foin, mais considérez plutôt 1394, car c'est la date officielle indiquée sur la plaque commémorative en bronze gravée spécialement en relief pour les sourds et apposée contre l'église à 3 m de hauteur afin de prévenir tout vandalisme. Ce qui est sûr, c'est que l'église fut consacrée d'entrée de jeu à St Etienne (cf. la rotonde de St Longin) dont le bon roi Charles avait ramené des reliques d'Italie. A propos des tiennes, signalons que ce nom (Etienne) n'est pas spécialement répandu parmi les églises du pays, puisque j'en compte seulement 6 en notre République consacrées au martyr. Et pour l'anecdote du martyr, parmi les reliques ramenées d'Italie par notre bon roi, il y aurait eut la pierre avec laquelle le bougre aurait été lapidé ("... kámen, jímž byl sv. Štěpán umučen.").
Je présume qu'il s'agit d'une des pierres (et non LA), parce le pauvre bougre fut lapidé par les Juifs (véridique, mais je le précise volontairement afin d'apporter ma pierre à la paix d'entre les fanatiques religieux :-) et je serais extrêmement surpris qu'ils aient tous jeté la même, de pierre. Et toujours parmi les anecdotes, en 1353, l'ex-gendre du bon roi Charles IV, Louis Ier le Gland de Hongrie (qui avait épousé en 1342 sa fille Marguerite alors âgée de 7 ans avant qu'elle ne décède à l'âge de 14), donc Louis lui (à Charles) avait offert à son ex-beau-père (collectionneur notoire de reliques) un bout du doigts véritable de St Etienne (véridique). Charles l'avait alors fait incruster dans une bague cruciforme qu'il portait au doigt lors de ses sorties en ville, ce qui faisait marrer les Praguois narquois qui disoient: "Tu vois une fois au bout du doigt droit du roi l'objet en croix, c'est un octroi de l'Hongrois à notre bon roi, une relique chrétienne de St Etienne sans doute italienne assurément ancienne." Mort de rire. Bref, notre édifice se compose de 3 nefs gothiques, 2 latérales et une centrale à 4 travées perpendiculaires à l'axe principal d'orientation atypique Nord-est. En 1401, on rajouta la grande tour, ce qui fait dire à certains, que l'église fut terminée à cette date, et non en 1394. En fait, lorsqu'on eut "terminé" notre église en 1394, autant le bon Charles IV que l'archevêque de Prague "Jan z Jenštejna" se disaient "mais sacré nom di diou, comment se fait-il que cette fichtre de bigre d'église me semble bizarde, genre inachevée?" à chaque fois qu'ils passaient devant, qu'ils se disaient ça.
Et ce n'est que 7 ans plus tard, lorsqu'enfin le curé de la paroisse se mit en tête de sonner la cloche, qu'il s'aperçut qu'il manquait quelque chose d'essentiel... Au début, les plans spécifiaient une tour latérale, comme à St Henri (et Ste Cunégonde), mais au dernier moment, l'architecte en décida autrement et (coca) colla notre tour en plein milieu de la façade, parce qu'un jour, le bon roi Charles IV avait fait remarquer à propos de St Henri (et Ste Cunégonde) que cette latéralité bancale lui rappelait l'infortuné champion de Bohême unijambiste arrivé dernier au concours de coups de pieds au cul des jeux para-olympiques de 1342. Que 2 tours latérales oui, mais si qu'une tour, alors centrale. Du coup, on superposa bien au centre 57 m de forme rectangulaire sous l'apparence de 5 morceaux irrégulièrement empilés et séparés par une simple moulure. Ceci-dit, le look du XV ème siècle eût pu être différent de celui néogothisé par "Josef Mocker", qui sait? Le pinacle est également archi-gothique et non sans rappeler Ste Marie devant la ferté. Il est l'oeuvre du précédemmentionné architecte en date de 1876. Ce dernier perfectionniste remania jusqu'à l'horloge de la tour, qui depuis donne l'heure néogothique. Notez la petite tour accolée à la grande, avec ses toutes petites fenêtres rectangulaires et qui abrite un escalier en colimaçon permettant d'accéder aux cloches sans être vu, tard la nuit.

Au début des années 80 du XVII ème siècle, un certain "Jan Kornel Dvorský" (totalement inconnu) fit construire contre la nef Sud une petite chapelle afin d'y faire reposer la viande froide de sa famille. Du coup la chapelle terminée en 1686 prit le nom de "Kornelská". Au début des années 30 du XVIII ème siècle, un certain "Branberg" ou "Bramberg" (totalement inconnu) fit construire contre la nef Nord une petite chapelle afin d'y faire reposer la viande froide de sa famille. Du coup la chapelle terminée en 1736 prit le nom de "Branbergská" ou "Brambergů". A ce moment le curé décida que ça commençait à bien suffire, les inconnus qui faisaient rien que de construire leurs verrues dans et contre son église, et qu'à partir de dorénavant, seuls "les qui valent le coup" seraient inhumés en les murs de St Etienne, et avec les autres déjà là qui leur feraient une place, parce que son temple au curé n'était pas un "panelák" à macchab mais la maison du saigneur... seigneur. Et rigolez pas, c'est véridique, parce qu'en 1738, un "des qui valent le coup" sonna posthumément à la porte, le génie sans cesse nommé en mes publies: "Matyáš Bernard Braun". "Mais bien sûr mon bon Maître, mais comment donc autrement? Absolument même que oui, avec vue sur la mer et la montagne en même temps, bien évidemment... faudra juste vous serrer un peu avec les aut', mais z'allez voir, c'est proprounet et bien au sec..." qu'il lui dit comme ça le curé de St Etienne.
Ben croyez-le ou non, lorsqu'en 1902 l'on exhuma les remisés pour les besoins de réfection de l'église, ben le Matthieu-Bernard s'était tellement bien serré aux autres qu'on fut incapable de l'identifier. Les boules! En 1866 l'on construisit un nouveau vestibule néogothique au Nord, et dans la même période, on néogothisa la sacristie et la tribune d'orgue. Entre 1874 (parfois 1873, ou 1876) et 1879 c'est donc "Josef Mocker" qui ravala notre église de fond en comble au dehors. Bon, pis restons en là pour l'architecture, et passons aux jolies histoires.

Tout d'abord il se trouvait derrière l'église (vers l'Est) un cimetière. Et attention, pas n'importe lequel de cimetière, un vrai du tonnerre de d'là, sans doute le plus grand du tout Prague d'à l'époque. Lorsqu'en 1784 il fut délocalisé en Chine par Josef II (les cimetières intramuros furent abolis, ça pue et c'est épidémiquement malsain), sa limite se situait aux fortifications de la ville (aujourd'hui la rue "Sokolská"). Sous Charles IV, on l'appelait le "tiroir à pèlerin" parce qu'on y rangeait les pèlerins étrangers qui pèlerinaient vers les saintes reliques (véridique). Et parce qu'ils marchaient trop lentement, ils mourraient en route à Prague et fallait bien les remiser quelque part. Ensuite et compte-tenu du besoin, on finit même par y mettre les pestiférés.
Tiens, les statistiques de la ville font mention de plus de 13000 pauv' boug' enterrés là en 1502. Bref, en 1833 on nivela le terrain, on construisit même allégrement dessus afin d'agacer les archéologues, et du coup dès qu'on pioche aujourd'hui un trou dans le sol pour les besoins du gaz, eau, électricité ou téloche à câble, le chantier s'en prend des mois de retard afin que les scientifiques puissent vendanger les carcasses à la brosse à dent.

Toujours derrière le cimetière, et en plein milieu de l'ancien cimetièràpèlerin se trouve encore aujourd'hui un clocher. Et attention, pas n'importe lequel de clocher, un vrai du tonnerre de d'là, qui contient sans doute la plus ancienne cloche du tout Prague. Alors pourquoi c'est-il qu'on a construit un clocher indépendant derrière l'église alors qu'il y en a un accolé devant (l'église)? Ben parce qu'à force de faire des cloches de plus en plus bêtes... lourdes pour faire de plus en plus de bruit, ben les clochers d'origines n'y suffisaient plus à les soutenir. C'est ainsi qu'entre 1600 et 1604 (voire 1605) l'on dû construire ce nouveau clocher derrière (plutôt que d'utiliser celui accolé devant) pour supporter les quelques 2 tonnes de bronze de la nouvelle cloche qu'on voulait monter dessus. Ah ouais? Ben non, justement, alors attends, parce que là faut que je vous explique. En fait la cloche n'était pas vraiment nouvelle, et pour ainsi dire le clocher non plus. La cloche serait de 1409 ou de 1490, selon que les moines germains qui écrivirent en Latin mes sources d'information en Tchèque portaient des lunettes ou non.
Là où les bougres cependant sont d'accord, c'est que la cloche St Etienne (eh ouais, elle s'appelle comme l'église) pèse entre 2009,34 et 2011,67 kg, et que sont diamètre est de 147,41 cm (et n'allez pas me demandez comment des moines du XV ème siècle en sont arrivés à ce niveau de précision). Quant au clocher, ben dès 1409 (ou 1490) il était déjà en place en attente de sa cloche. Certes il était en bois le clocher d'origine, et il fut pétrifié (reconstruit en pierre) au tout début du XVII ème siècle, mais il y était déjà, sur place. Lors de sa construction (en pierre), il avait un toit tout bête, en forme de tente, genre un "V" renversé. Aujourd'hui, le toit néogothique couvert d'ardoise et aussi haut que le reste de l'édifice rappelle une aiguille effilé.

Et dedans l'église alors, y a quoi? Ben y a déjà un intérieur globalement gothique du XIV ème siècle, en dehors de la tribune d'orgue renaissance tardive qui date de 1612 (mais qui fut néogothisée fin XIX ème siècle). L'agencement et la déco quant à eux sont globalement baroques (ancien et tardif) en dehors de la chaire en pierre qui date de la 1 ère moitié du XV ème siècle, du font baptismal en étain de la seconde moitié du même siècle, et d'autres broutilles comme les extincteurs, les ampoules électriques et les interrupteurs qui eux sont nettement plus récents. Sinon, les plus anciennes peintures sont des restes de fresques murales gothiques représentant la vie de Marie. Plus jeune est le tableau de l'autel principal représente la pidation de St Etienne.
Il s'agit d'une oeuvre du peintre munichois "Matěj Zimprecht" (1626-1680, i.e. "Cimbrecht, Simprecht, Zimbrecht, Czimprecht...") sur lequel on n'a que peu d'élément compte tenu des faits qu'il était Allemand et mort de la peste. De courant "Karel Škréta", on lui doit entres-autres une peinture (de 1669) en l'église Ste Marie de la Victoire représentant St Jean de la Croix (l'inventeur des carmes déchaussés, "Ordo Carmelitarum Discalceatorum" dont le généralisme fut un temps le fameux "Jan Karel (Felix) Jáchym Slavata"), un St Jude Thaddée (cf. Georges de La Tour) en la cathédrale St Guy St Machin et St truc, et encore en l'église St Etienne, il est l'auteur d'un St Christ défunt porté aux cieux par les anges. Et puisqu'on en parle du "Karel Škréta", vous trouverez sur un des piliers un portrait de St Venceslas se rasant dans son bain, puis accrochés sur les autels leur étant respectivement consacrés, un tableau de Ste Rosalie contemplant le ménage se faire tout seul par l'opération du St Esprit et un tableau de St Jean-Baptiste baptisant le Jésus qui à ce moment-là ignorait dans quoi qu'il mettait les pieds (de 1649, le tableau, pas le baptême).
Il y aussi un "Václav Vavřinec Reiner" représentant St Adalbert ("Vojtěch") un dimanche aprèm en direct de St Cloud et une épitaphe de l'imprimeur "Michal Peterle z Annaberku", peinture sur bois de vers 1588 par le génial "Bartholomeus Spranger" ("Michal Peterle" et "Jan Kozel" imprimèrent en 1562 une splendide carte de Prague où l'on peut encore voir les dégâts de l'effroyable incendie de 1541 à "Malá Strana"). Le thème du plafond représente le sacrifice d'Abraham (ou d'Isaac) charrié par le bon dieu farceur. Ces peintures datent de la première moitié du XVIII ème siècle, par contre je n'ai pas la moindre idée de l'artiste (et je n'ai rien trouvé dans mes sources). Dans la chapelle dite "Kornelská" se trouvent des statues du fabuleux "Jan Jiří Bendl" derrière une fantastique ferronnerie baroque. A proximité vous pouvez voir un autel contenant une autre peinture de "Matěj Zimprecht" représentant Jésus sous la croix et intitulé "merde, mes clés!". L'ensemble est entouré (l'autel) par 2 statues de St Jean-Baptiste et de St Grégoire jouant à "Poustoidla-Keujmimette" (pareil, chais pas de qui qu'elles sont, les statues). La chapelle "Bramberg" est décorée d'une fresque de 1739 intitulée "le jugement dernier, le jour que ça va chier", et d'un autel aux couleurs de St Sébastien et de St Roch, les saints patrons de la peste (puisqu'il faut la peler par son nom, cf. une précédente publie).
Sous les voûtes du vaisseau principal se trouvent les blasons des terres du bon roi Charles IV. Contre les murs (intérieurs comme extérieurs) sont apposées de nombreuses dalles tombales et funéraires d'entre 1550 et 1650, lorsque les bourgeois se faisaient encore inhumer dans l'église. Et pour terminer, le morceau de choix: en entrant sur la gauche, une vierge Marie stéphanoise gothique de la 3 ème moitié du XV ème siècle (de 1472 me semble-t-il, selon la forme du nez) absolument fabuleuse, peinte sur bois de 61 x 71 cm. Pareil, impossible de trouver qui est en est le fabuleux auteur, mais sans dec, elle est vraiment fabuleuse.

L'orgue de facture "Rieger" (entreprise plus tard devenue "Rieger-Kloss", et toujours en activité aujourd'hui) est le seul à Prague conservé en l'état d'origine. Au milieu du XIX ème siècle, la paroisse décida de remplacer le vieille orgue baroque (le plus beau de tout Prague selon certains) par un neuf. Mais entre l'intention, la réalisation, le manque de pognon... Alors lorsque "Josef Mocker" se mit à la tâche, l'on décida d'y mettre l'orgue avec dans le chantier (ceci-dit, ce n'est qu'en 1886 qu'il fut installé). Pis arriva la première guerre mondiale, et le militaire voulut réquisitionner les tuyaux pour sa grande boucherie.
Heureusement, il n'en fut rien car le professeur "Dobroslav Orel" (alors professeur au conservatoire de Prague, ensuite recteur de l'université Charles) réussit à faire exclure cet instrument (et quelques autres) de la liste des réquisitions au motif d'exceptionnalité culturellartistique, et c'est ainsi qu'encore aujourd'hui l'on peut ouïr en l'église moult concerts joué sur l'instrument épargné. Si toutefois vous êtes à Prague au mauvais moment qu'y a pas de concert, il vous reste toujours la messe du dimanche.

Maintenant une anecdote concernant notre clocher St Etienne. En fait comme dit précédemment, des clochers indépendants d'une église (dit autonomes :-) il en existe aujourd'hui plusieurs à Prague, et exactement 3 en la nouvelle ville, là où se trouvaient anciennement des cimetières. Il existe donc le notre de clocher autonome, ensuite le clocher près de St Pierre "na Poříčí", et enfin le clocher de la précédemmentionnée église St Henri (et Ste Cunégonde, de 1348) et qui n'est autre que l'énorme tour Henri, dite "Jindřišská věž" (qui carillonne encore régulièrement, et qui fut néogothiquement martyrisée par le même "Josef Mocker").
Tous 3 clochers furent (re)construits entre la fin du XVI et le début du XVII ème siècle en style gothique (certains disent renaissance), en forme carrée, et dans le même but: permettre de faire sonner une cloche que ses formidables proportions ne permettaient pas d'installer sur le clocher de la proche église. Tous 3 clochers furent (re)construits de la même façon: les parties inférieures (base plus un peu au-delà) sont faites du même matériau appelé "žehrovák", un grès provenant des carrières du bourg de "Žehrovice" (qu'on finit même par appeler "Kamenné Žehrovice"), et qui fut utilisé dès le moyen âge dans la construction du pont Charles (comme de certaines de ses statues), des fortifications de la ville, de la cathédrale St Guy St Machin et St truc... et réputé pour sa solidité. Les parties supérieures sont en grès de provenances diverses ("hořický pískovec"), mais principalement des carrières de "Hloubětín" (aujourd'hui dans Prague, à l'Est). Or si vous regardez avec attention les détails des 3 tours (fenêtres, portails...), si vous remarquez les lettres latines gravées sur les pierres (marques de tâcherons), alors il est fort à parier que les 3 tours furent construites par la même corporation de bâtisseurs.
Quand on sait de plus que les croisés à l'étoile rouge sont intimement liés aux 3 églises avoisinantes (ils y officièrent ou les construisirent) et qu'ils administraient "Hloubětín" (carrières) depuis leur création par Ste Agnès (au XIII ème siècle), alors il est fort à parier que cet ordre hospitalier fut à l'origine de la (re)construction des 3 clochers. Dingue non?

Pis après le clocher, la cloche. Il est une légende (cf. "Stověžatá Praha, Josef Podzimek") qui raconte l'histoire d'un saintier et de sa cloche maudite que je m'en vais vous raconter. En ce matin du 30 juillet 1419, le saintier d'origine allemande "Lochmayer" vient tout juste de démouler sa toute nouvelle cloche dont le curé de la paroisse St Etienne lui avait passé commande. Une cloche impressionnante pour l'époque, par sa taille et son poids. Et tandis qu'il admire son oeuvre, en l'église Notre Dame des neiges (aujourd'hui place Jungmann), le prémontré "Jan Želivský" harangue la foule venue nombreuse écouter ses couillonneries: "Ouais, ils nous ont boucané Jan Hus à Constance... pas normal... tout ça... le roi Václav est un ivrogne..." quelques citations bibliques, pour se terminer avec "... tous avec moi à St Etienne où qu'on communiera sub utraque specie comme des cochons jusqu'à tard dans la nuit."
Arrivés en l'église, le meneur et ses Praguois foutent le curé à la porte à coup de pieds au cul, communient sous les 2 espèces, une seconde fois, une troisième fois, puis encore, puis "Želivský" bien entamé prend place sur la chaire. "Ouais, le maire et ses maffieux... les bourgeois... leurs salaires indécents... alors que les crottes de chiens sur les trottoirs, les parkings payants, etc..." Puis quelques citations bibliques, pour se terminer avec "... tous avec moi à la mairie où qu'on libérera nos camarades hussites puis on re-communiera sub utraque specie comme des re-cochons jusqu'à re-tard dans la nuit." Et la foule de s'empresser en direction de la mairie, braillant comme Prussiens en guerre, et tout ce beau monde surexcité de passer devant l'atelier de "Lochmayer", scié par toute cette bruyante émeute. Pour info, St Etienne prise manu militari au cureton papal resta utraquiste jusqu'après la bataille de la montagne blanche, lorsque l'autre immonde gouape de Ferdinand II chassa le dernier curé calixtin "Jan Hertvicius" de St Etienne (comme les autres curés calixtins des autres églises utraquistes, édit du 13 décembre 1621, c.f. "Jan Amos Komenský, Historie o těžkých protivenstvích církve české. Cap. LII: První proti kněžím pražským vůbec vydaná výpověď"). Mais retour à les meutes. Notre saintier germain était fervent catholique romain, suppôt du pape et de sa curie, et peu enclin à admettre un tel bordel dans son quartier d'à lui. "Mais qu'est-ze que z'est que tout ze merdier himmel Herrgott? Ils z'envahizzent l'églize, ze komportent en zérétiques et morgen früh zils boiront mein bier dans ma cave? Za va pas du tout du tout tout za!"
Et le v'là t'y pas qu'il chope son gros marteau, et se précipite derrière la foule pour en découdre avec ces furieux. En arrivant devant la mairie, "Lochmayer" aperçoit alors comment les praguois précipitent les échevins du premier étage, lesquels s'embrochent sur les pieux, lances, piques que les émeutiers ont habilement placés sous les fenêtres à cet effet. "Halte, arrêtez tas de zouaves, qu'est-ze que vous faites, z'êtes pozzédés ou quoi?" qu'il se met à hurler en essayant de se frayer un chemin vers l'hôtel de ville à grand coup de marteau sur la tête des Praguois. Mais bien qu'il soit homme robuste, "Lochmayer" est submergé par la foule. Il est maîtrisé, ligoté, et jeté au frais dans un cachot de la mairie de la nouvelle ville. La sentence du jugement tomba quelques jours plus tard de la bouche même de "Jan Želivský": peine capitale, sans sursis ni appel. Le moine pervers, commanda cependant que "Lochmayer" ne soit exécuté qu'une fois sa cloche en place, afin qu'elle sonne bien propre pour son trépas, au pauv' gars. Les boules!

Il y avait foule ce jour là sur la place. Tous voulaient assister à l'exécution du saintier parce qu'il n'y avait rien à la téloche (tu parles, un mois d'août 1419).
Et tandis que "Lochmayer" s'agenouilla devant le billot, il lança un regard au moine "Želivský", et lui cria à la face: "in quo enim iudicio iudicaveritis iudicabimini et in qua mensura mensi fueritis metietur vobis" (Matthieu 7:2). Puis de rajouter "mischthüffe" (de l'Allemand "Misthaufen", avec un tel nom "Lochmayer" ne pouvait être que d'origine alsacienne :-) Ensuite il regarda encore le bourreau, et lui dit: "et toi auzzi mon cochon, t'y échapperas pas non plus. Un jour ma cloche zonnera pour ta deszendanze". Puis il maudit sa cloche, sa belle cloche dont il était si fier, cette cloche qui venait de se mettre en branle indiquant à l'exécuteur masqué d'accomplir son devoir. La lourde hache chut sur le cou de "Lochmayer", tschlafff... et sa tête roula jusqu'aux pieds de "Želivský". Ce dernier fortement croyant (mais pas en l'église papale) ordonna de ne plus jamais sonner de la cloche "Lochmar", de fois que le maudissement porté par son créateur ne fasse effet (prude anse et merde sur tes...).

Eh ouais, et ce que le saintier avait prédit se réalisa. Pour le fabuleux foutoir qu'il foutut en ville, pour ses convictions d'intégriste radical propageant la haine, pour ses crimes directs et indirects commis sous couvert de religion, le moine "Želivský" fut arrêté, et le 9 mars 1422, décapité dans la cour de la mairie de la vieille ville (à ce propos vous pouvez voir une plaque commémorative sur l'horloge à touriste, coté Est).
Et les témoins racontent que quelques minutes avant que le bourreau n'officie, un vent soudain se leva, un vent si violent qu'il mit en branle la cloche "Lochmar" qui sonna ainsi dans tout Prague lors de l'exécution du moine, comme prophétisé par "Lochmayer". Pis de l'eau coula sous le pont Charles, de la bière dans la gorge des Praguois, et la cloche "Lochmar" ne sonna plus, longtemps longtemps. Mais un jour on oublia l'anecdote de la légende, et dans les années 40 du XVI ème siècle l'on se remit à sonner de la cloche St Etienne. Pis le vieux sonneur de la paroisse se faisant vraiment vieux, il prit sous son coude aguerri un jeune apprenti sonneur de cloche. Il lui enseigna bien comme il faut les règles du sonnage, les diverses techniques du tiré de la corde, tout en insistant lourdement sur la sécurité, parce que 2 tonnes de bronze lancées à pleine course, c'est pas du pet de nonne dans un string de velours, genre non plus. Un jour de 24 août 1542, le vieux sonneur n'accompagna pas le moutard nommé Simon dans la tour, se disant qu'il était suffisamment mûr pour sonner la cloche tout seul. Lorsqu'icelle se mit à cogner, l'on entendit un ding, un dong, puis un bjoïïïng insolite, puis plus rien... Aussitôt le sonneur de cloche comme les badauds des environs se précipitèrent vers le clocher, et trouvèrent le pauv' Simon mort étalé sur le sol comme une méduse à marrée-basse. "La cloche Lochmar l'a basculé de la tour..." pouvait on entendre dans le quartier.
Lorsque l'on découvrit que le môme Simon n'était autre que l'arrière d'arrière arrière-petit fils du bourreau qui, en 1419, exécuta "Lochmayer", on se décida fort prestement à refondre la cloche, qui de "Lochmar" prit le nom de "St Etienne", nom qu'elle porte toujours aujourd'hui (enfin presque, z'allez voir) et qui serait la plus ancienne cloche de Prague (c'est faux, z'allez voir aussi).

Ca, c'est pour la légende de la cloche que l'on peut lire dans certains ouvrages plutôt récents (XIX et XX ème siècle). La vérité, c'est qu'il n'est nulle part fait mention d'un saintier "Lochmayer", ni de sa cloche "Lochmar" vers 1419. Ce qui est par contre avéré, c'est qu'une cloche du clocher indépendant de l'église homonyme fut terminée en 1490 par Jacques, fils du saintier Georges en la Nouvelle Ville. En 1585 cette cloche fut refondue (parce que sans doute fendue) par le fameux maître saintier "Brikcí z Cimperka" (cf. une précédente publie) qui y porta mention "ZWON NAKLADEN PANOUW OSADNJCH SWATEHO STEPANA WELIKEHO PO ROZLITJ STAREHO ZWONU GEST ZNOWU PRELIL" (ancienne cloche près St Etienne fondue et remoulée). En 1859, la cloche se fendit à nouveau et fut re-refondue et re-moulée à l'identique (mais re-consacrée à la vierge Marie) en 1878 par "Josef Diepold".
Cette cloche disparut définitivement lors de la première guerre mondiale lorsqu'elle fut réquisitionnée comme fer à canon. Cependant avant de disparaître l'on prit soin de la photographier et de la documenter (c'est ainsi que l'on connaît l'inscription de "Brikcí z Cimperka"). Autrement dit oui, il y existait bien une cloche en St Etienne avant 1585 (fort certainement celle de Jacques, 1490), mais se nommait-elle "Lochmar", St Etienne ou Marie? Et quid de la cloche actuelle? Ben j'en sais rien, j'ai rien trouvé à ce propos. Ce que je peux vous dire par contre, c'est que des cloches plus anciennes que 1490 il en existe plusieurs: dans le clocher en bois de l'église de l'archange St Michel ("Podolí", en dessous de "Vyšehrad") il est une cloche (de saintier inconnu) gravée 1482 et consacrée à Marie mère de dieu et à tout ses saints, Ste Catherine en la tour gauche de Notre Dame de "Strahov" (sans doute la plus ancienne cloche de Prague) gravée 1475, puis St Gilles en l'église du même nom ("Sv. Jiljí" vieille ville), 1487, ces 2 dernières cloches étant l'oeuvre du même saintier Jérôme de Prague (Source et lecture: "Pražské zvony, Ludmila Kybalová, Radek Lunga, Petr Vácha"). Alors hein?

Allez, j'arrête là sur les cloches et leurs clochers pour passer à d'autres infos remarquables concernant notre église St Etienne. Le 27 août 1849, le grand "Bedřich Smetana" épouse sa pianiste de copine d'enfance "Kateřina Kolářová". Où eut lieu la cérémonie?
En l'église St Etienne. Le 17 novembre 1873, le grand "Antonín Dvořák" épouse "Anna Čermáková" à défaut de sa soeur Joséphine (à Anna, la soeur Joséphine. Comme dit, c'était pas la plus belle, mais celle qui voulait :-) Où eut lieu la cérémonie? En l'église St Etienne. Le 17 novembre 1898 (25 ans plus tard, jour pour jour), le grand "Josef Suk" (l'ancien) épouse "Otilie Dvořáková" (fille d'"Antonín"). Où eut lieu la cérémonie? En l'église St Etienne. Alors que rajouter de plus, sinon que si vous souhaitez vous épouser (enfin avec quelqu'un, c'est mieux) et que vous ne savez pas où, l'église St Etienne est à votre disposition.

Du coup, ben pour un édifice qui n'est clairement pas d'une importance capitale à Prague, c'est velu d'intérêt quand même non? Si vous passez dans le coin, essayez d'aller jeter un oeil dedans, parce que comme d'habitude, ça vaut le coup au moins un peu. Localisation: 50°4'34.642"N, 14°25'28.752"E

vendredi 14 novembre 2008

Ailleurs: Valeč et son église dévastée

Y a vraiment des fois que je me dis que bon, on ne s'aime pas spécialement, ou plutôt je ne lui accorde pas beaucoup d'importance vu que j'y crois pas, en lui, mais parfois je me demande vraiment s'il ne me file pas un sacré coup de main quand même.
"Il", c'est "le bon dieu romain catholique du papàrome", à moins qu'il ne s'agisse d'un autre bon dieu, ou tout simplement d'un pur hasard de la nature. Jugez plutôt. En ce splendide dimanche d'octobre où le soleil brillait pleine poire, on (ma chérie d'amour et vot' serviteur) s'en revenait du joli bourg de "Loket" (près de "Karlovy Vary") où nous avions été invités par miennes accointances aux festivités dites "des vendanges" justement en la forteresse de "Loket" (publie à viendre un jour, peut-être, si j'ai le temps). Rapide parenthèse. Alors autant je voue un amour (peut-être excessif) à la bière, que le vin, bôf, sans plus. Genre si je me fais en tout et pour tout, en cumulant grave, mes 2 bouteilles de vin par an, ben ça vous donne une idée de combien c'est que j'en bois peu.
Ceci-dit parfois, en de rares occasions, j'apprécie une lampée de bon rouge avec du fromage qui pue, voire un pichet de bon Riesling avec un wädele-grumberesalat. Et pour avoir vécu quelques paires de semaine en ce beau pays d'Alsace, je me suis développé sans faire exprès suffisamment de papilles gustatives afin de distinguer un vin buvable, d'une immonde vinasse à mouches. Eh bien après avoir gouté, lors de ce fameux week-end, les blancs comme les rouges (une bonne dizaine en tout) présentés en l'occasion au château de "Loket", j'affirme à nouveau qu'en matière de vin, la République Tchèque a du boulot (et du vrai boulot) devant elle.
De deux choses l'une, soit les produits présentés ce jour-là étaient des rebus de fond de cuve (à m...) envoyés par les facétieux Moraves aux pignoufs de Bohême (cf. le fameux "Burčák", vin bourru encore plus dégueulasse que du beaujolpif nouveau mélangé à de la pisse de chat que les Praguois boivent comme des Japonais parce que ça fait bien, chic, in), soit il ne s'agit réellement pas d'une farce, auquel cas je me demande vraiment qui peut être suffisamment sot pour acheter ça, sachant à quel point la bière tchèque est excellente par rapport à ça.
Et puisque je suis dans ma parenthèse, ce même week-end j'ai découvert une bière que je ne connaissais pas, enfin que je n'avais pas goûtée alors que j'en avais entendu parler: la "Březňák", et je dois dire qu'elle n'est pas mauvaise du tout. Sur mon échellàbière, je lui collerais bien un 7/10. Fin de parenthèse. Et donc ce splendide dimanche, l'on en profita pour visiter de la culture des environs de l'Ouest de la Bohême, et c'est ainsi que l'on prit la direction de "Valeč" dans le but initial d'inviter son castel baroque.

Et c'est au sortir du virage, aux abords du village, en arrivant dans la cuvette juste avant (le village), que je l'aperçue, la magnifique église de la Ste trinité ("kostel Nejsvětější Trojice"). De loin elle présentait ses formes voluptueusement baroques et aguichait l'oeil de l'amateur que je suis. Malheureusement, plus on s'en approchait, et plus l'on pouvait se rendre compte de l'effroyable état de la pauvrette (cf. mes photos): murs décrépis, statues en ruine, vitraux brisés, métaux corrodés, une horreur Thérèse. Je garai la voiture à proximité, et tandis que j'en sortis, je vis comme des gens qui en sortaient aussi, mais de l'église. Quoi, ça se visite d'au dedans?
Mais c'est énorme. On arriva devant l'entrée au moment même qu'une délicieuse petite en fermait la porte.
Moi: "Mademoiselle s'il vous plaît, cette splendidéglise se visite?"
Elle: "Oui, il suffit de prendre rendez-vous auprès de l'administration."
Moi: "Ah oui, mais bon, ben c'est qu'on n'avait pas prévu, vu qu'on ne savait même pas que..."
Elle: "Vous voudriez mettre un oeil dedans c'est ça?" Qu'elle finit par dire la jolie guêpe perspicace.
Moi: "Oh oui, oh oui, ça serait tellement adorable de vot' part si l'on pouvait entrer, même un instant. Soyez bonne..."

Eh bien aussi surprenant que cela puisse paraître compte-tenu de l'humeur acariâtre de nombreux indigènes de céans, l'adorable enfant nous laissa entrer. Et même mieux, elle nous expliqua même le pourquoi du comment, cet amour de petite. Y a juste qu'elle n'en savait pas grand chose sur l'église, parce que les archives sur "Valeč" sont plutôt muettes.
Les plans de l'édifice n'existent plus, les documents d'origines n'existent plus non plus, c'est tout juste si le bourg, fort de quelques 400 habitants, existe sur les cartes tellement il sent fort la campagne isolée. Bref, il est tellement peu de sources sur ce bourg, qu'il en est encore moins sur notre église. Mais j'ai fouiné, et je vous livre en l'état le fruit de mes recherches, la quête de mes fouilles :-)

Il était une fois le sieur "Jan Kryštof Kager ze Štampachu", propriétaire du domaine de "Valeč" comme du castel.
Vers la fin de sa vie, sentant qu'il ne lui en restait plus bezef en ce bas-monde, il demanda à son architecte italien "Giovanni Antonio Biana Rossa" occupé alors à la réfection baroque de sa gentilhommière (au sieur), de bien vouloir penser à une église dans laquelle, et le moment venu, l'on irait stocker la noble viande pour le repos éternel. Le bougre se mit au travail, et construisit entre 1710 et 1728 l'édifice baroque délabré que vous voyez aujourd'hui. Je suis incapable de vous en dire plus sur "Giovanni Antonio Biana Rossa" (parfois "Bianno Rossa"), parce que je n'ai rien dans mes sources, mais alors vraiment rien de rien concernant cet architecte, sinon qu'il serait mort à "Valeč" en 1732.
En 1728, l'église fut consacrée, et le 21 novembre de cette même année l'on déposa dans la crypte les dépouilles déjà froides de "Jan Kryštof Kager ze Štampachu" décédé d'impatience en 1718 et de sa femme Catherine-Thérèse, décédée d'ennui en 1721.

Dans les années 1730 à 1733, l'on construisit contre le presbytère une nouvelle entrée dans la crypte composée d'une antichambre néo-classique (au Sud-est). La base de tout cet édifice serait globalement ovale selon mes sources, bien qu'elle semble rectangulaire vue de l'extérieur et d'en haut. La façade Nord-ouest se compose de colonnes ioniques (notez les volutes en grès rose) supportant un tympan triangulaire quasi antique surmonté de saints (St Joseph, St Laurent, et au sommet une allégorie de la Ste trinité) au milieu desquels trône la vierge Marie.
De la façade Sud-est déborde le presbytère pentagonal flanqué sur ses flancs de 2 tours qui, avec la tourelle centrale ajourée, représentent à eux 3 la trinité. Dans les niches du presbytère se trouvent 2 statues, un St Jean-Baptiste et St Sébastien, et c'est contre ce presbytère qu'est accolée la fameuse antichambre néo-classique d'accès à la crypte.

Maintenant entrons à l'intérieur. La première vision est absolument épouvantable. L'église au dedans est aussi dévastée qu'en dehors: poussière, saleté, statues mutilées, tableaux décolorés pratiquement irrécupérables.
Dans le tableau central de l'autel se trouve par exemple un énorme trou (50 cm par 70 cm), c'est à pleurer. Comment peut-on laisser ruiner de tels chefs-d'oeuvre? Et je ne parle pas des vandales et des pillards qui, selon la délicieuse petite, auraient de nombreuses forfaitures à leur actif (cf. les statues du castel). Fumiers! Douze balles dans votre sale peau de nuisibles que j'te me vous foutrais, sans la moindre forme de procès, à sec avec du sable (le bâton dans l'Q).
Y a vraiment des choses qui dépassent mon entendement. Bon, puis si vous levez un peu la tête, alors la vision d'horreur s'adoucit quand même à la vue des splendides fresques restaurées en 2004. Elles seraient l'oeuvre de l'artiste local "Brand" (totalement inconnu, point trouvé dans mes sources) et représentent la glorification du mystère de la trinité (j'te dis pas le boulot). Idem le tableau central de l'autel, celui d'avec le trou, il représente la Ste trinité. Au-dessus est posé un blason (les "ze Štampachu" peut-être?), et encore au-dessus est peinte une vierge Marie secourable.
Généralement on dit la vierge auxiliatrice (qui rigole quand elle montre ses cuisses), mais bon, hein, ça fait de suite académiqu'on comprend rien, alors secourable c'est plus "accessible" qu'auxiliateur. Donc l'autel, le retable, les tableaux, le tout est symboliquement protégé sur les côtés par les statues de St Guy et de St Venceslas, les patrons protecteurs de la Bohême (et du fourbi précédent). Les autels secondaires, à gauche et à droite, sont consacrés à Ste Catherine et Ste Barbara (cf. une précédente publie pour la légende).
L'orgue date de 1728, et fut construit par l'illustre facteur praguois "Leopold Spiegel" (à Prague vous retrouverez ses orgues en la Lorette, St Michel vieille-ville, et Ste Ursule rue "Národní"). L'instrument fut restauré en 1994, il fut même joué dessus, mais aujourd'hui il mériterait pour le moins un coup de chiffon car depuis que l'église est dans cet état, on ne joue même plus sur son orgue. Bon, et vous voyez un peu la baraka que je reçus ce jour-là de chais pas qui d'en haut? On serait arrivé plus tôt, et la petite aurait encore été à l'intérieur de l'église. On serait arrivé plus tard, et elle en aurait été partie.
Pis elle aurait pu m'interdire de photographier, ce que du reste elle tenta bien, mais lorsque je la rassurai que c'était pour moi, pour vous, et pas du tout dans un but mercantile, elle me donna sa bénédiction. Mais vous voyez la fraction de minute au poil sans laquelle cette publie n'aurait pas été?

Signalons encore que devant l'église (au Nord-ouest) se trouve une colonne consacrée à... la Ste trinité (encore). Il semblerait que la construction fut cette fois une volonté de Madame Marie-Joséphine, femme de "Jan Ferdinand Kager z Globenu" (alors propriétaire du domaine), décédée très maturément en 1727.
Elle (la colonne, pas Madame) fut acheminée sur "Valeč" en pièces détachée (cf. Ikea) entre 1727 et 1728, et montée jusqu'en 1730 lorsqu'elle fut consacrébénite. Concernant les auteurs de cet obélisque trigonal de 8 mètres de haut, selon les sources, vous trouverez le prodigieux "František Maxmilian Kaňka", le non moins prodigieux "Matyáš Bernard Braun", ou encore son neveu "Antonín Braun". Je n'ai aucune information vraiment fiable aussi je vous laisse choisir. Les statues quant à elles sortent de l'atelier de "Matyáš Bernard Braun" pour sûr, et c'est pour cette raison qu'elles n'y sont plus, sur la colonne. Avant, de bas en haut, vous pouviez voir St Ludmila, St Adalbert ("Sv Vojtěch") et St Prokop.
Au dessus St Guy, St Venceslas et St Jean Népomucène, et tout en haut, le plus au dessus, une vierge Marie, un Jésus Christ, et un dieu l'père. Malheureusement, comme l'église, la colonne était (et est toujours) la proie des imbéciles, des fumiers et autres débiles primitifs qui n'ont pas plus de respect pour la propriété collective que pour la beauté artistique, de fait les statues ont dû être retirées. C'est aussi pour cette raison que les 27 statues de "Matyáš Bernard Braun" qui se trouvaient originellement dans le jardin du castel de "Valeč" ont été déplacées dans l'abbaye de Kladruby.
Il n'en reste pas moins qu'après le domaine de "Kuks" (publie à viendre, depuis plus d'un an je l'ai sous le coude, mais c'est énorme, pas le temps) parsemé d'allégories du vice et de la vertu, notre bourg est le second point de concentration d'oeuvres du Maître "Braun" au monde (enfin était le second point... maintenant c'est en l'abbaye de Kladruby).

Et pour terminer, quelques tristes éléments historiques. Une des raisons pour laquelle les édifices (comme le bourg) se trouvaient dans un si déplorable état pendant longtemps est d'ordre ethno-politique.
Tout d'abord il faut savoir que la région de "Doupovsko" (en dessous des "Doupovské hory", "Duppauer Gebirge" en Germain) est géographiquement éloignée de toute ville. Ensuite "Valeč" se trouve en plein coeur des "Sudètes", région particulièrement "germanisée" vers la fin du XIX ème siècle comme nous le rappelle l'encyclopédie d'Otto à propos du bourg (édition de 1908): "Obyvatelstvo, na sklonku XVIII. stol. částečně české, úplně se poněmčilo."
Or bien que l'on considérait les Sudètes comme prospères et industrialisées, ce n'était pas du tout le cas de "Valeč", bourg éminemment agricole et particulièrement pauvre. Sous l'empire austro-hongrois jusqu'en 1918, la population à majorité allemande vivait en cordiale entente avec la population tchèque semble-t-il. Mais les choses prirent une triste tournure à la naissance de la Tchécoslovaquie. Autant les Tchécoslovaques qui vivaient dans les Sudètes baragouinaient l'Allemand (et parfois même couramment), que les Allemands de cette même région ne baragouinaient le Tchécoslovaque que très rarement (l'éternel différent entre colonisateurs et colonisés, combien de Français vivant en Indochine ou au Maghreb parlaient le Vietnamien ou l'Arabe? Heureusement qu'on a l'Anglais aujourd'hui).
Lorsqu'après 1918, quelques 5 millions de personnes se retrouvèrent dans un nouvel état dont ils ne comprenaient pas la langue officielle (cf. loi 122 de 1920), les tensions ethniques commencèrent à poindre le vilain bout de leur sale blaire (la population de la Tchécoslovaquie en 1921 était de 13,5 millions, dont 6,5 M de Tchèques, 3 M d'Allemands, 2 M de Slovaques, 0,5 M de Hongrois, 0,5 M de Ruthènes, puis des Polonais, des Croates, des Roumains, etc...). En fait, les régions dont la minorité ethnique représentait au moins 20% de la population conservaient le droit d'utiliser leur langue autant dans l'enseignement que dans l'administration locale (Polonais, Hongrois, Allemand, Russe, Roumain...). Cependant l'administration nationale, la poste comme les chemins de fer tchécoslovaques n'utilisaient qu'une seule et unique langue: le Tchécoslovaque. Et dans les Sudètes, il était des bourgs où la minorité germanophone représentait plus de 90% de la population.
Lorsque naquit le SdP, les choses s'envenimèrent gravement entre les Tchèques et les Allemands des Sudètes. Puis il y eut la trahison de 1938 dont on parle apparemment beaucoup en France en ce moment. Puis il y eut la sauvagerie mondiale (1939-1945). Puis il y eut l'expulsion des Allemands des Sudètes (1945-1946). Puis l'on substitua à cette population déportée des Polonais, des Slovaques et des Roms. Puis il y eut l'arrivée de la chienlit con-muniste au pouvoir (1948). Et justement, dès 1949, les camarades fumiers con-munistes créèrent juste derrière notre bourg le "Vojenský újezd Hradiště": 330 km² de terrain d'entrainement militaire, la plus grande zone de notre petite République strictement gardée "secret défense" et totalement interdite à la plèbe. Ainsi en cumulant les divers démé-emménagements de populations, l'activité économique purement agraire, et la quasi-mise au secret militaire de la région, nul surprise que la restauration des monuments historiques n'était pas une priorité pour le bourg de "Valeč".
Pour les tchécophones, je vous recommande la lecture de "Josef Škrábek, Včerejší strach" où l'auteur né d'un père tchèque et d'une mère allemande raconte ses souvenirs d'enfance à "Valeč" dans les années 30 jusqu'au début de la seconde guerre mondiale (existe aussi en version allemande sous "Die gestrige Angst"). Pis si un jour j'ai le temps, je reviendrai sur cette sombre période des Sudètes dans le cadre d'une publie sur le hameau de "Skoky" ("Maria Stock" en Allemand) aujourd'hui totalement en ruine et livré aux imbéciles malgré qu'il s'y trouve une splendide église baroque.

Bref, aujourd'hui à "Valeč" les choses ont vraiment changé, et c'est bien. On a par exemple extrêmement bien mangé pour pas cher dans l'unique restaurant du hameau, sur la place. De plus le bourg possède encore d'autres curiosités baroques qui méritent assurément le détour (c.f mes photos). Certaines sont déjà restaurées (le castel, l'église de la place...), d'autres pas (notre église).
Tout devrait être terminé vers 2014, et "Valeč" voudrait alors devenir la vitrine baroque de la région, comme le suggère son site officiel: le bourg baroque de "Valeč". Why not après tout, c'est sympa. Ah oui, et le château alors? Ben on ne le visita pas. Il se faisait tard, on devait encore rentrer sur Prague, alors on se dit qu'on se le garderait pour une autre fois, genre. GPS: 50°10'22.574"N, 13°15'0.577"E