jeudi 25 septembre 2008

Ailleurs: Levý Hradec, où tout a commencé

Des mois, des années même, que je l'avais sous le coude de l'intention de la visiter, cette petite église St Clément ("Sv Kliment") de "Levý Hradec", à quelques 10 petits km au Nord de Prague. Je vous en avais rapidement parlé à propos de "Budeč" puis de "Roztoky",
mais j'attendais le printemps afin de la visiter sous toutes les coutures, parce que justement, c'est le genre de monument qui ne se visite pas aussi simplement qu'on pourrait le croire, et pourtant il fut d'une importance capitale dans le développement du christianisme en notre Royaume, tandis les proches environs furent encore plus importants que notre petite église d'un point de vue sociopolitique.

Allez, commençons par le début. Après que le seigneur céleste eut, dans sa grande bonté, enfin créé le monde, qu'il eut mis dessus des minéraux, des végétaux, des animaux, des humains et des Anglais, après qu'il eut bousillé la tour de Babel afin de bien fout' le bordel sur terre et pouvoir rigoler le soir devant sa téloche, ben après tout cela, le bon dieu créa des royaumes, des empires, des états, des souverains et... des emmerdeurs afin que la vie ne soit pas un long fleuve tranquille sur lequel le radeau de la méduse naviguerait en père peinard (ben tiens, ça serait trop facile non plus, sans dec). Et dans ce contexte de bordel moyenâgeux, le moine Cosmas
("Cosmas Pragensis") nous parle déjà de "Levý Hradec" dans ses chroniques ("Chronica Boemorum"), Lib.I, Cap.X: "Nam contra Boemos frequenter susceperat bellum et semper Marte secundo atque diis auspicibus prevaluerat terramque eorum sepe ingressus cedibus, incendiis ac rapinis crudeliter devastarat et ipsos populi primates in tantum presidiis attenuarat, ut parvo clausi in oppido, quod dicitur Levigradec, hostium incursiones timerent oppido." Il s'agit des guerres mythiques que les bons Tchèques menaient fin du VIII ème siècle contre les belliqueux "Lučané" ("Unde autem antiquitus nuncupetur ea nation Luczano...", de "Luczanorum") dont je n'ai pas le moindre idée de la traduction française, et qui vivaient ("Lučané"), selon la légende, dans la région de "Žatec", nom qui ne vous dira sans doute rien en Tchèque mais qui est connu (nom) de tout bièrophile qui se respecte sous son nom allemand "Saaz", région de production de la Rolls-Royce mondiale du houblon.
Or bien que les guerres "Lučaniennes" soient fort probablement fictives parce que le Cosmas s'est largement inspiré de poèmes lyriques et piques (l'Odyssée, l'Iliade, légendes du Goth "Ermanaricus"... cf. "Vladimír Karbusický, 1925-2002, Báje, mýty, dějiny...") pour décrire les détails fictifs d'une bataille sans doute réelle, la forteresse de "Levý Hradec" est, quant à elle, bien authentique. Et tellement bien haute en tiques, que les fouilles archéologiques ont prouvé la présence d'un site fort tifié fort tement peuplé (pour l'époque) bien avant la venue du premier Prémyslide, "Bořivoj I", sur la scène de l'histoire. Mais de cette époque pourave où l'on n'avait même pas encore inventé la téloche en couleur, on s'en frictionne le coquillard parce que c'est pas le sujet, alors passons directement au lascar "Bořivoj I", et plus particulièrement à la période où il se fit baptiser par Méthode à la cour de ce grand-couillon grand-morave de "Svatopluk".
Je vous avais déjà parlé de "Bořivoj I", comment il avait été baptisé par Méthode (le moine pote à Cyril) en Grande-Moravie, mais je ne vous avais pas encore parlé du contexte. Alors oyez oyez braves gens, parce que sans dec, on est peu de chose face à l'immensité de l'univers. Ouvrez donc vos esgourdes et vos légendes de Christian auxquelles j'ai souvent fait référence. Cap.II, III: "Hic [Borivoi] cum excellentissime forme et egregie iuventutis flore nitesceret, quodam tempore negocii sui populique sibi commissi causa ducem suum vel regem Zuentepulc Moravie adiit, a quo benigne suscipitur et ad convivium pariter cum reliquis adsciscitur [...bla bla bla...] Quique reversi in sua, in castello, cui vocabulum inerat Gradic, supradictum sacerdotem statuunt, fundantes ecclesiam in honore beati Clementis pape et martyris, multa detrimenta sathane ingerentes, populum Christo domino acquirentes." Tiens, je vous fais une traduction du chapitre (en gros, c'est pas du certifié à 20€ la normo-page), parce que sans dec, ça se mérite un truc pareil.
Donc un jour, le bougre "Bořivoj I" (et d'autres) fut invité par le grand mufti morave "Svatopluk" pour une méga chouille d'enfer. Mais plutôt que de l'asseoir à la table des invités chrétiens, on lui enjoignit de prendre place à même le sol (à sa place, moi, je serais déjà parti, même s'il y avait des huîtres en entrée). Alors Méthode s'approcha de lui et lui dit: "dis-donc ("ve", interjection latine à la mode, lisez Astérix), n'as-tu pas honte, toi un si grand prince, d'être écarté du banc seigneurial pour tes croyances impies et ramper à même le sol avec les éleveurs de porcs?" (mon poing sur la truffe et mon pied aux roustons qu'il aurait déjà pris l'évêque effronté, non mais il se prend pour qui ce pignouf en robe qui gratte?) Et "Bořivoj I" naïvement de demander: "ah bon, c'est grave d'être païen, pire que l'cancer de l'anus? Et c'est quoi les avantages que me procurerait la religion chrétienne?" (alors évidemment, poser une telle question au VRP papal...) Et Méthode de sortir son joli classeur relié cuir pleine fleur au logo du Vatican en plein milieu, et de tourner les belles images en couleur sur papier glacé en argumentant: "si tu persistes, diable... enfer... damnation... si tu te convertis, ils te boufferont tous dans la main, toi à table... et grosse biroute fertile" ("progenies tua cottidie augmentabitur velut fluvius maximus").
Alors "Bořivoj I" dit innocemment: "ben si c'est comme ça, pourquoi ne pas se faire baptiser?" (sans même avoir lu toutes les lignes du contrat?) Et le moine de battre le fer encore chaud: "pas d'hésitation, ouvre ton coeur... dieu le père... Jésus Christ... St esprit..." et tout le bataclan du St ciel. Méthode finit quand même par lui fout' la paix, au pauv' "Bořivoj I", après lui avoir appris en 3 semaines les rudiments indispensables pour devenir bon catholique, mais afin de parfaire son éducation et s'assurer qu'il ne laisserait pas sa nouvelle foi au clou une fois de retour dans sa pétaudière païenne, le moine bon vendeur lui colla aux frusques un pauv' cureton du nom de "Caych" (ça s'appelle "verrouiller une vente" en langage commercial). De retour chez lui, à "Levý Hradec", "Bořivoj I" installa l'ensoutané dans son castel et ils bâtirent ensemble une église en l'honneur du pape et martyr St Clément qui coup-de-pied-au-cultait Satan d'un pied tandis qu'il menait le peuple vers le Christ de l'autre ("[...] beati Clementis pape et martyris, multa detrimenta sathane ingerentes, populum Christo domino acquirentes").
Voilà, c'est l'histoire véridique telle qu'elle fut écrite il y a plus d'un millénaire.

Mais vous vous rendez compte à quoi ça tient? Et si Méthode, ce soir de barbecue, avait été cloué aux turcs par une foire coloniale? Et si, à la place de Méthode, c'était un suppôt d'Allah qui avait tenu ce langage? Et si... et si... Ceci-dit, ça ne lui a pas porté chance à "Bořivoj I", d'acheter prestement un aspirateur sur le perron sans demander conseil à sa femme, ni à ses voisins. "Quoi? Religion chrétienne? Mais tu fumes quoi comme champignons Bořivoj? T'es complètement furieux d'la tête ouais. On t'envoie faire des public-relations chez le voisin d'en bas, et tu nous reviens complètement endoctriné par les boniments d'un VRP grec en robe de bure (qui gratte). Dis-donc, tu ne serais pas devenu...?" Il fut alors chassé du pouvoir par les princes et par le peuple, et l'on aurait même attenté à sa vie ("seu eciam vitam auferre moliuntur") au motif d'inconséquence, d'homosexualité, de christianisme non voulu et de sale gueule aussi t'en qu'à faire.
Mais il échappa au crime, et après avoir acheté un âne d'occasion, il s'en retourna un temps chez ses nouveaux potes "Svatopluk" et Méthode auprès desquels il pouvait enfin s'asseoir à table lors des barbocs et se moquer des éleveurs de grouiks assis par terre (il apprenait vite le lascar). Quant à Méthode, ce perfide scélérat vénéneux, il en profita pour lui pourrir encore plus la tête de bondieuseries pernicieuses. Entre-temps, le royaume de Bohême fut repris en main par un certain "Strojmír", totalement inconnu ("quendam ducem Ztroymir") et mal élevé en Bavière, mais poussé dans la fonction d'à la tête de l'état par de fielleux princes manipulateurs qui voyaient en lui une jolie marionnette politique. Et justement, parce qu'élevé trop longtemps en Germanie, ben le guignol ne parlait pas un mot de Tchèque ("diuturna tamen exulacio eum proprii privaverat labii eloquio"), mais pas un (de mot), au point que personne ne pouvait communiquer avec lui dans ses oreilles ("quorumque clamores aures eius, ignaras lingue sue, penetrare non valerent"). Dans ces conditions, des voix se firent entendre: "Attends les gars, c'est plus possible comme ça, on se croirait en réunion à la KB avec les managers français, sans dec, faut faire quelque chose, et vite."
Et comme on n'avait rien de mieux sous le coude, on finit par aller rechercher "Bořivoj" en Moravie, lequel accepta à nouveau son poste d'avant, mais aux conditions d'une substantielle augmentation salariale et d'un total foutage de paix en matière religieuse. Devant ce pas d'choix, le royaume de Bohême dut accepter ces effroyables conditions s'il ne voulait pas être englouti par des Moraves, des Magyars, des Bavarois, des Saxons, des Sorabes, des Valaques, des Ruthènes ou encore pire, des Francs. Alors "Bořivoj" s'assit à nouveau sur son trône, et mit fanatiquement en oeuvre la triste mission évangélisatrice que lui avait matraquée dans sa caboche délavée le côté obscur de la force du moine Méthode ("Hic primus fundator locorum sanctorum congregatorque clericorum et tantille, que tunc fuit, religionis institutor extat.") Sinon, considérez quand même ce passage "Strojmírovien" comme discutable, car aucune autre source ne mentionne cet épisode.

Alors selon Christian, notre église de St Clément aurait été bâtie par "Bořivoj" à son retour en Bohême de baptême en Moravie.
Ben ouais, mais il n'a pas mis une seule date le Christian dans ses légendes, alors on n'a pas la moindre certitude, aussi selon les historiens qui ont planché dru sur la question, ben le baptême de l'aut' naïvandouille eut lieu en 870 pour "Rudolf Turek", entre 873 et 874 pour "František Palacký", en 874 pour "Václav Vladivoj Tomek", entre 878 et 879 pour "Lubomír Havlík", ou encore entre 882 et 885 pour "Václav Novotný", la date la plus communément retenue aujourd'hui étant 883. Pis surtout, ben elle était comment cette première église chrétienne sur le sol de Bohême, et n'y aurait-il donc pas des restes quelque part autour de "Levý Hradec"? Les premières fouilles archéologiques tout autour de notre site commencèrent en 1853 avec "Václav Krolmus", mais c'était en amateur, genre il archéologuait en cherchant des champignons en promenant son chien. Et malgré qu'il trouva plus de champignon (d'ailleurs non comestibles) que de fouilles, il eut au moins le mérite d'initier le chantier. Les fouilles se poursuivirent dès 1880 avec "Čeněk Rýzner" qui découvrit sur notre site en creusant la terre une civilisation vieille de 3000 ans avant J.C. et qu'il appela "řivnáčská kultura" d'après le nom du monticule "řivnáč".
Mais ici encore, il s'agissait d'amateurisme, puisque "Čeněk" était médecin de métier, et pas farfouilleur de fouilles. Pis arriva "Josef Ladislav Píč". Celui-ci découvrit près du mur du cimetière un soubassement en marne argileuse qu'il considéra immédiatement comme les restes du palais royal... enfin ducal, en cette époque la Bohême n'avait pas de roi à sa tête mais des ducs (princes). Bref, mais ce que le gars "Píč" eut considéré comme un bout du palais ducal du IX ou X ème siècle, s'avéra être quelque chose de beaucoup plus récent ("merda canum fuit, qui pavimentum maculavit..."). Dans les années 30 du XX ème siècle, "Jaroslav Böhm" farfouilla les alentours du cimetière actuel, puis enfin arriva "Ivan Borkovský", qui entreprit de vraies fouilles systématiques entre 1939 et 1941, puis 1947-1955 et qui découvrit sous l'église St Clément actuelle, les fondations d'une rotonde qu'il attribua immédiatement à "Bořivoj" (cf. mes photos). Il s'agit d'une rotonde de type morave (ben tiens) avec une abside à l'Est en forme de fer à cheval. Genre prenez un bonhomme de neige avec une grosse boule pour le corps, et une demi-boule pour la tête (1/2 du corps).
Ensuite prenez une tronçonneuse, et coupez le bonhomme de neige de haut en bas. Ben la surface plate obtenue (presque un 8) représente exactement la surface de notre rotonde. Dingue! Le grand cercle fait entre 5,5 et 6,6 m de diamètre, et la largeur du mur oscille entre 1,5 m (à la base, fondation) et 0,7 m (au niveau des rideaux). D'après les écrits du chanoine "Tomáš Pešina", vicaire général en la cathédrale St Guy mais également historien en herbe, la rotonde (ou une partie du moins) était toujours visible en 1673 lorsqu'il en décrivit les formes rondes. Et jusqu'à y a pas longtemps, tout le monde considérait ce bout de fondation rontondale comme la première et la plus ancienne des églises chrétiennes, construite donc entre le baptême et la mort de "Bořivoj I", soit entre 870 à 885 et 888 à 891 (eh oui, comme pour son baptême, on n'est pas plus sûr de la date de décès du bougre). Puis en 2001 arriva l'affaire du "lapis primarius" (première pierre) soulevée par le prof. (Professor) PhDr. (Philosophiae Doctor) "Petr Sommer" CSc. (Candidatus Scientiarum). En fait, l'on découvrit dans les fondations de notre rotonde St Clément, une pierre sur laquelle était grossièrement gravée une croix.
L'on la considéra immédiatement comme la première pierre de l'édifice, eh, why not. Ben oui, sauf que "Petr Sommer" (prof. PhDr. et CSc.) fit fort justement remarquer qu'au IX ème siècle, alors que le christianisme n'en était qu'à son incubation en Bohême, l'on ne gravait pas de croix et l'on ne posait pas de première pierre. Cette pratique ne s'est développée qu'entre le XI ème et le XII ème siècle et fut importée fort probablement de Germanie. De plus, considérant qu'au IX ème siècle la grande majorité des édifices étaient en bois (cf. "Sázava", "Břevnov"...), que "Bořivoj I" n'eut pas spécialement de temps entre son retour de baptême et son expulsion du pays (quelques semaines seulement?), qu'aucune source ne mentionne quelque chose d'aussi original pour l'époque que la construction d'un édifice en pierre, ben considérant tout cela, ben aujourd'hui, bon nombre d'historiens s'accordent à dire que l'église originelle St Clément construite par "Bořivoj I" était en bois, eh oui, et qu'elle a aujourd'hui définitivement disparu, et même rapidement disparu si les frondeurs y mirent le feu lorsqu'ils chassèrent le baptisé.
Les boules! (Lecture: "Dušan Třeštík: Počátky Přemyslovců, Vstup Čechů do dějin"). Ceci-dit, il est fort probable que cette église en bois se trouvait sur le même emplacement que l'actuelle. Y a juste qu'on ne peut même pas trop fouillarchéologuer autour parce que l'édifice se trouve au centre d'un cimetière qui me semble encore en activité. Ah oui, et sinon à l'époque de "Bořivoj I" (et jusqu'au XI ème siècle), on n'enterrait pas à proximité de l'église, parce qu'elle se trouvait dans l'enceinte de la place forte (et un mort ça pue, parfois ça bouge, ça fout la trouille...). On enterrait du côté de "Žalov", environ 1000m au sud de l'église. En fin du XIX ème siècle, l'on installa sur ce site ("Žalov") une briqueterie dévastant ainsi une grande partie des potentiels trésors archéologiques. On découvrit cependant en 1952 quelques 75 tombes préservées sur un bout de parcelle épargnée contenant outre les macchabs, des bijoux en or de type "grande-Moravie" attestant du lien étroit entre les 2 cultures en ce temps. Ensuite l'on a retrouvé au Nord de l'édifice les fondations d'un mur roman dont on ignore tout, jusqu'à la fonction, donc je ne vous en parle pas plus de.

En période gothique (XIII ème siècle), l'on fit péter l'abside en fer à cheval pour la remplacer par un presbytère, et encore plus tard, l'on fit de la peinture dedans afin d'embellir la messe et attirer le dévot. En 1656, l'on rajouta un clocher car auparavant, le curé annonçait la messe en jouant l'Ave Maria de Schubert en La mineur au trombone à coulisse. Mais la plus grosse reconstruction fut menée entre 1673 et 1684 lorsqu'on fit péter la nef principale de notre rotonde (celle dont on a retrouvé les fondations mi-XX ème siècle) pour la remplacer par une nef baroque rectangulaire que vous pouvez voir encore aujourd'hui (c'est très moche je trouve, pour du baroque d'habitue joli). On accola à l'église une sacristie en 1922, puis il y eut encore une restauration générale entre 1939-1940, mais l'apparence ne fut point changée. Bon, et aujourd'hui ce qu'il y a d'absolument fabuleux à voir, ce sont les peintures dedans le choeur gothique de l'église. Elles datent d'entre 1380 et 1390 (sous l'ivrogne "Václav IV", fils du bon roi Charles IV) et représentent 33 ans de la vie de monsieur Jésus depuis l'annonciation à sa vierge maman, jusqu'à la mise en boîte... au tombeau du fils de dieu. Pis il y a un mini-cycle sur la passion de Marie, et une petite scène d'avec Adam et Eve en habits d'époque.
Ca c'est pour les murs, sinon dans les voûtes d'au plafond, vous retrouverez les 4 évangélistes avec leurs fameux symboles (lion, taureau, homme/ange, aigle), le St Clément avec son ancre attachée au cou (martyr), et dans une petite niche, le St Adalbert ("Vojtěch") qui fut élu là, à "Levý Hradec", second évêque de Prague le 19 février 982 (cf. "Chronica Boemorum", Lib.I, Cap.XXV: "Facta est autem hec electio non longe ab urbe Praga Levigradec in oppido XI. kal. Marcii, eodem quo obiit Diethmarus episcopus anno"). Ah oui, et le fait que la date spécifiée par le Cosmas et celle retenue par l'histoire soient discordantes est à mettre sur le compte du pape Grégoire comme sur celui de Johnnie Walker.

Et pis c'est tout, et donc voilà pour "Levý Hradec". Rapidement, les Prémyslides déménagèrent leur St frusquin vers Prague, et dès le X ème siècle le site commença à perdre en importance.
En 1041, lorsque le germain Henri III (dit le noir, "Heinrich III der Schwarze", ça impose non?) envahit la Bohême pour se venger de la cinglante raclée qu'il avait subie l'année précédente, il aurait (selon les historiens) saccagé le palais royal ainsi que les fortifications du site mettant un point final à la grandeur de "Levý Hradec". Rien ne fut reconstruit, parce que sans intérêt stratégique, cependant en vous promenant tout autour de notre église St Clément, dans la nature (ben oui quoi, faites un effort, je sais, "nature", mais quand même), vous ne pourrez pas louper les talus de terre qui, il y a mille ans de cela, supportaient les remparts du site. Il existe d'ailleurs un chemin didactique ("Naučná stezka") tout autour de cette nature (sur 800 m) qui signale les principaux points d'intérêt aujourd'hui disparus. Fantastique idée, y a juste que c'est en Tchèque, et rien qu'en Tchèque... touristes étrangers, désolé. Bref, et donc tout a disparu, parce qu'à l'instar de "Budeč", "Levý Hradec" était trop proche de Prague, aussi les Prémyslides investirent en des forteresses plus éloignées ("Tetín", "Libušín", "Stará Boleslav", "Lštění"...) qui permettaient de maintenir le Germain... l'envahisseur potentiel loin de la capitale.
Certains parchemins datés de 1221 et 1233 mentionnent encore "Levý Hradec" comme lieu de résidence des administrateurs royaux, mais il s'agit fort certainement du bourg, alors sans doute reconstruit et repeuplé, et non de notre site fortifié. Ce bourg fut d'ailleurs offert en 1233 aux bénédictines du couvent St Georges de Prague, vous savez, près de la basilique du même saint (Georges), qui seront les instigatrices des jolies fresques fin XIV ème décrites précédemment. Pis non seulement le site perdait en importance, mais dans les siècles suivants, certains auteurs comme "Přibík Pulkava z Radenína" (XIV ème siècle) allaient complètement occulter "Levý Hradec", et même allégrement mélanger les lieux et les évènements (cf. "Kronika česká", Cap.XIII: "Bořivoj I" à nouveau baptisé par Méthode, l'église St Clément à "Vyšehrad", etc...). Heureusement, on sait aujourd'hui que, comme à l'instar de "Václav Hájek z Libočan" contre les écrits duquel je vous ai déjà mis en garde dans ma publie sur "Budeč", ces auteurs sont peu fiables.
Quoi qu'il en soit, on commença à nouveau à s'intéresser à "Levý Hradec" à... au milieu du XIX ème siècle avec la renaissance nationale, les faux manuscrits, les écrivains/historiens de langue tchèque, les romantiques... et tiens, même le grand Mikoláš Aleš. Il était pote avec le toubib "Čeněk Rýzner", et il l'accompagnait parfois sur place afin de s'inspirer des fouilles de ce dernier pour ses peintures. Et le résultat de tout ça, ce sont les fantastiques dessins, peintures, gravures des braves guerriers slaves et en particulier les 14 lunettes intitulées "ma Patrie" dans le foyer du théâtre national. Y a juste que comme "Mikoláš" était artiste et pas folkloriste ni ethnologue, il utilisa les découvertes de son pote "Čeněk" d'un point de vue artistique, et il mélangea parfois certains ornements. Ainsi on peut voir des bracelets tenir des nattes de cheveux, des boucles d'oreilles au doigt, ou des colliers à la place de serre-têtes, mais bon, comme dit, ça n'enlève strictement rien à la qualité artistique des oeuvres.
Et comme pour "Budeč", l'on pensa faire de "Levý Hradec" le fameux "Slavín" qui existe aujourd'hui à "Vyšehrad". L'idée serait même venue de "Jan Neruda", mais elle fut abandonnée, parce que... ah ben tiens, je n'sais même pas pourquoi ça ne s'est pas fait.

Pis, tiens quelques mots sur le site d'à quoi qu'il ressemblait du temps de toute sa splendeur, aux IX et X ème siècle. Donc imaginez quelques 6,4 hectares (253 x 253 m) en surplomb de quelques 50 m du fleuve "Vltava" au Nord. A l'Est et au Sud c'est protégé par le ravin en S formé par la rivière de "Žalov", et à l'Ouest où c'était le plus vulnérable, on construisit un second fortin (avant poste, 2.8 ha) afin de protéger le premier fortin (citadelle, 3.6 ha) dans lequel résidaient les importants. Tiens, genre j'ai même trouvé un schéma sur la toile, et une reconstitution de photographie.
Le ravin qui séparait les 2 fortins aurait été rebouché au moyen-âge parce que les paysans tombaient dedans le soir en rentrant du bistrot. Selon les historiens, mais à nouveau ce sont des hypothèses, les fortifications seraient apparues dans la première moitié du IX ème siècle, sous le papa de "Bořivoj I" qui serait venu là depuis "Budeč" d'un quart de siècle plus ancien que "Levý Hradec". D'autres pensent que la citadelle aurait été fortifiée en 2 étapes. Les premières fortifications d'une largeur de 4 m dateraient de bien avant J.C. (âge du bronze), tandis que les fortifications récentes (du IX ème siècle) auraient été d'une largeur de 9 m pour 6 m de haut. Ces dernières, construites en bois avec plusieurs compartiments creux en terrasse, ben on les remplissait de pierres et de sable (bien solide et ignifuge) pour le compartiment le plus extérieur, et les autres compartiments, on les remplissait de terre, de caillasse, de grava... (cf. le beau dessin).
Quant à l'intérieur des fortifications, tout n'est que supposition parce que le site fut relativement dévasté par l'agriculture, la construction et l'extraction de sable et de glaise (cf. la briqueterie). Les fouilles mirent à jours cependant des vestiges de constructions en rondins de bois détruites par le feu (Heinrich III der Schwarze?) mais à aujourd'hui on n'a toujours pas retrouvé l'emplacement du palais ducal dans lequel "Bořivoj" regardait la téloche tandis que sa femme Ste Ludmila (grand-mère de St Venceslas, grand patron de la Bohême) faisait la vaisselle. Et encore, puisqu'on en est aux conjectures. Lorsque récemment dans une taverne j'ai abordé le sujet de la visite des bas-fonds humides du fabuleux couvent de "Plasy" dont la hauteur parfois seulement de 1,2 m et la largeur toujours de 30 cm ont failli me faire mourir de claustrophobie (publie à viendre), ben l'un des acolytes présents m'informa qu'il existerait justement à "Levý Hradec" des passages souterrains remontant jusqu'au IX ème siècle. Un des souterrains mènerait même jusqu'à "Klecany" à 2.5 km de là en passant sous le fleuve "Vltava".
Aujourd'hui on ne sait plus grand chose de tout ça, parce qu'il n'existe aucune trace écrite à ce propos, mais les anciens du village parlent de "trous de chèvres" ("Kozí díry") dans lesquels les habitants se refugiaient avec leur menu bétail (surtout les chèvres pour leur lait, d'où le nom) lors des guerres afin d'échapper aux exactions de la soldatesque. Sauf qu'aujourd'hui plus personne ne sait où sont les galeries, ni les entrées, et justement cet acolyte-là s'apprêtait à sonder les environs avec des sourciers, radiesthésistes et autres furieux baguettisants afin de trouver des bouts de réponse. A aujourd'hui, je n'ai malheureusement aucune nouvelle.

Pis on ne peut passer sous silence... Enfin qui dit "Levý Hradec", dit fort probablement "Pravý Hradec". Comme rive droite, rive gauche, il doit y avoir un "Pravý Hradec" s'il y a un "Levý Hradec". Ah oui, "Pravý" signifie "droit" et "Levý" signifie "gauche". Quant à "Hradec", il signifie tout simplement château fort (voire fortin) mais n'est plus guère utilisé dans sa forme ancienne mais moderne "Hrad", sinon dans les noms de ville ("Jindřichův Hradec", "Hradec Králové"...).
L'ancien "Hradec" est lui-même issu d'une forme encore plus ancienne: "Gradec" (vieux Slave) utilisée jusqu'au XIII ème siècle en Bohême (introduction du H à la place du G) et que vous retrouverez encore en Slovène ("Slovenj Gradec", forteresse slovène) comme en Serbe ("Beograd", Belgrade, forteresse blanche) voire en Allemand ("Graz", en Styrie, du Slovène "Gradec/Grad" qui, comme le Tchèque, a adopté la version raccourcie, cf. "Ljubljanski grad" et non "gradec"). C'est pourquoi d'ailleurs "Praha" (CZ) est "Praga" (I), "Prag" (D) et Prague (F/UK), que "Bělehrad" (CZ) est "Beograd" (SRB) et Belgrade (F/UK), ou que "Vyšehrad" (CZ) n'est pas "Visegrád" (H) parce que le Magyar ce n'est pas une langue Slave :-) Bon, et le château-fort droit alors (notez la différence avec le château fort-droit)? Ben malgré qu'on n'ait pas grande certitude parce qu'aucun document d'époque ne le mentionne, il semblerait fortement qu'il se trouvait à proximité de l'actuel bourg de "Klecany" jusqu'où mènerait une des fameuses galeries souterraines.
Et c'est tout neuf comme info, parce que les fouilles sont en cours depuis seulement 2005 (cf. "Naďa Profantová: Vzniká nový obraz éry prvních Přemyslovců") mais s'avèrent être prometteuses de par les découvertes dedans les tombes. Mieux, l'archéologue susmentionnée (elle) subodore que les 2 forts étaient reliés par un gué et maintenaient un contact visuel (feu, télégraphe, pots d'yaourt en bout d'fil?) non seulement entres-eux mais également avec le château de Prague (enfin pas avec l'énorme d'aujourd'hui, d'avec le petit fortin en bois d'à ses débuts).

Et pour terminer, vu qu'on rentre doucettement dans la morte saison touristique et que les visites de l'église vont sacrément s'amenuiser, je vous informe donc qu'on célèbre en notre église des messes dominicales régulières chaque samedi (et oui) de 14h à 15h. Profitez donc d'une de ces messes, ou encore d'une kermesse, ou d'une procession, ou d'un pèlerinage, enfin... regardez sur le lien précédent les moult occasions qui vous offrent l'opportunité d'une visite, parce que visiter cette fabuleuse église qui malgré tout reste la plus ancienne église de notre République, donc visiter cette église (et ce site) il faut, malgré qu'il n'en reste pas velu à voir.
Et peut-être qu'à l'instar de "Budeč", vous sentirez une force, une énergie, une ivresse d'être sur LE site millénaire foulé par les pieds des légendaires "Bořivoj", Ste Ludmila, St Adalbert... la fierté de marcher de vos petits petons sur le berceau de la nativité de la Bohême, bien avant que Prague n'existe encore du tout. GPS: 50°10'9.077"N, 14°22'27.196"E.

mardi 2 septembre 2008

Ailleurs: Křížový vrch, un sacré calvaire

Ben pareil, celui-là on est tombé d'ssus par hasard vu qu'on ne savait même pas qu'il existait, et dans le cas contraire, j'aurais bien évité d'en parler à ma Chérie d'amour qui ne loupe jamais une occasion de me faire grimper à pied, oui cher lecteur, tu lis bien à pied...
des reliefs suprabrupts sur lesquels même les bouquetins des montagnes prennent le téléférique. Et pire, si vous saviez seulement l'impensable cirque qu'elle est capable de me déballer si j'ai l'insolence d'émettre l'idée d'un désaccord au prétexte de mon coeur fatigué, de mes poumons fuligineux et de l'absence de buvette à l'arrivée. Rien! Insensible, intraitable et inflexible. Faut qu'je monte (ah ouais?), que c'est bon pour moi (ah bon?), et qu'un peu d'exercice ne peut me faire que du bien (sans dec?) Je me suis soudainement senti formidablement rajeuni, comme en la période juvénile de l'élevage maternel où que ma maman m'imposait les légumes et les fruits tout en m'interdisant les colas, les chamallows et le hachich (même le bon libanais de la plaine de la Bekaa), au motif de ma santé. C'est dans ces moments-là que je me rends compte que la notion de bien, de bonheur comme de santé réside assurément dans l'oeil du spectateur.
Ceci-dit, ce jour-là on était parti faire du tourisme, aussi après une dérisoire tentative de contestation foudroyée par son "viens et tais-toi!" péremptoire, je me dis qu'après tout... hein... vu qu'on était là... sport... un peu... une fois par an... Et surtout n'allez pas y voir de la faiblesse.

Ce drôle de truc plutôt surprenant parce que totalement inaccessible par leurs propres moyens aux bondieusards de la famille p'tits vieux et clopés, se trouve dans la commune de "Jiřetín pod Jedlovou", près de la ville de "Varnsdorf", dans la région dite "Děčínsko a Lužické hory", à 1,5km au Nord de la ruine du château de "Tolštejn" qu'on cherchait justement avant de se perdre là, sur la montagne de la croix ("Křížová hora", 562 m) sous la montagne
"Jedlová hora" (774 m) qui donna son suffixe à la commune de "Jiřetín": "pod Jedlovou". Alors si j'insiste aussi pesamment sur l'emplacement du sujet de ma publie, c'est parce qu'il existe une bonne dizaine de "Křížových vrch" disséminés en la République nostre, dont un à seulement 15 km de là, de notre sujet, conçu exactement sur le même principe, avec ses 12 petites chapelles rappelant le calvaire du Christ, avec son chemin dit "de la croix" (comme le notre) qui grimpe pentu pentu sur une colline inaccessible par leurs propres moyens aux bondieusards de la famille p'tits vieux et clopés, mais près du bled de "Cvikov", sur le mont "Zelený vrch" (586 m).
Et tous ces lieux se nomment "Křížový vrch" ("Kreuzberg" en Allemand), accessoirement "Kalvárie" ("Kalvarienberg" en Allemand), et possèdent un chemin appelé "Křížová cesta" ("Kreuzweg" en Allemand). C'est dingue le manque d'imagination, de créativité et de fantaisie dont font preuve les dévots. Bourrage de crâne, rengaine, uniformité et soumission, je me demande bien pourquoi la race des con-munistes les persécutait? Ah oui, élément contextuel important, dans cette région la frontière d'avec la barbarie est à moins de 10 km, z'êtes en plein dans les Sudètes, c'est pourquoi vous sentirez énormément l'influence germanique dans les noms comme dans les moeurs et les coutumes des indigènes locaux.

L'histoire du mont de la croix remonte au XVII ème siècle, en pleine recatholisation du pays par les Habsbourg, les jésuites, les moines germaniques et tous ces nocifs imbéciles fanatiquement persuadés que leur foi, que leurs dieux et surtout que leurs interprétations des élucubrations bibliques sont les bons, les seuls tolérables, et qu'il faut les imposer manu militari à tous les scélérats rétifs de par le monde. En cette époque, aux frontières de la Bohême hussite (i.e. protestante) d'avec la sacro-sainte Germanie romano-catholique, il ne faisait pas bon d'être de confession antipapiste, aussi les réformistes (protestants) quittaient leurs terres par familles entières afin de rejoindre des contrées plus tolérantes. Et justement, à "Jiřetín pod Jedlovou" vivaient 7 frères protestants, qui se mirent en route afin de quitter leur beau pays. Dès la première nuit hors du domicile, les 7 bougres firent le même rêve: ils virent monsieur Christ sur sa croix agitant sa mimine comme pour leur indiquer de revenir sur leurs pas, genre de rentrer au pays (ah bon? Il n'était plus cloué alors?)
Evidemment un truc pareil ça bouleverse son monde, aussi les 6 plus vieux décidèrent de renvoyer le pauv' plus jeune malade des jambes ("[...] et y en aura même qui seront noirs, petits et moches et pour eux ce sera très dur."), et ils décidèrent en outre qu'il se convertirait à la dictature papale, et qu'il érigerait sur le domaine familiale une croix, en bois, genre pas trop chère non plus, et prierait pour toute la famille au cas où ça pourrait un jour servir aux autres. Et tandis que le pauv' claudicant s'en rentrait chez lui, sa maladie s'aggravait gravement. De retour au foyer, il eut cependant la force de gravir cette foutue pente pentue à grand renfort de béquilles, les planches, les clous et le marteau sur son dos, il eut encore la force de clouer sa croix puis de faire de nombreuses prières (catholiques) qui finalement portèrent leurs fruits puisqu'il guérit. En quelques semaines, des hordes d'éclopés divers et d'infirmes souffreteux se ruèrent auprès de la croix, que les capacités hôtelières n'y suffirent plus. Et bien évidemment, les nombreuses guérisons miraculeuses qui eurent lieu en ce lieu sont dûment consignées par écrit avec moult détails et noms des témoins. C'est dingue c'que ça pue la propagande catholique à plein nez c'te légende là, trouvez-pas?
Et en solde la propagande, genre même pas spécialement élaborée à coup de théorie marketing et de psychologie de la ménagère de 5 enfants. Non, le truc expédié-bâclé à la va-vite comme il en existe des centaines identiques à travers le monde.

La vérité, c'est qu'au tournant du XVII et XVIII ème siècle, le curé "Gürtler" fit ériger au sommet du monticule une croix en bois, et selon certaines sources, il y aurait même eut une croix en bois à l'emplacement de chacune des chapelles actuelles. Mais notre curé n'était pas spécialement nanti en "public relations" ("attachement de presse" en bon Français), et c'est un autre curé qui lui vola la vedette dans les livres d'histoire, "Gottfried Liessner" (parfois "Ließner", à l'allemande, curé de "Varnsdorf" jusqu'en 1759). Dès son intronisation au village (en 1759), il fit construire à intervalle régulier 11 petites chapelles (chaplettes?) rococo sur le long chemin pentu qui monte au sommet afin que les touristes comme moi puissent souffler en admirant les bondieusarderies représentant le chemin de croix.
Au sommet, l'arrêt numéro 12 est représenté par l'église de "l'élévation de la Ste croix" et le numéro 13 par une chapelle (gloriette) dédiée à la vierge Marie. Pis y a encore un dernier arrêt, le terminus, et c'est pas la buvette mais la chaplette du St sépulcre. Et tout ce rigolo fourbi a été consacré en grande pompe à l'eau bénite, au goupillon, au sac à main qui fume et à la prière soutenue le 17 septembre 1764. Au tout début (en 1759), l'église de la Ste croix était en bois et abritait la croix (aussi en bois) que le plus jeune des 7 frères érigea selon la légende. Le 21 septembre 1779, l'empereur Joseph II fit une halte au village de "Jiřetín pod Jedlovou", serra quelques mains et souhaita bien du bonheur et de la prospérité aux péquenauds du cru. Mais c'est à croire qu'il ne fut point entendu, parce que seulement 3 mois plus tard, dans la nuit du 3 au 4 décembre (1779) arriva une effroyable tempête qui occasionna moult dégâts au village, mais surtout qui emporta l'église en bois de la Ste croix. Gottfried ne se dégonfla pas, et en 1783, il mit en chantier la construction d'un nouvel édifice, mais en brique cette fois-ci (cf. les 3 petits cochons). Et paf, tiens, autre catastrophe. Tandis que les murs tenaient debout et qu'on en était arrivé au toit, tombèrent comme un couperet les reformes du Joseph (second) qui arrêtèrent définitivement le chantier.
Tout fut désacralisé, mis en vente en 1787, et cette même année, le curé Gottfried décéda. D'aucuns soupçonnent que les réformes de Zeppy ne furent pas étrangères à ce trépas. Allez savoir... Arrive alors encore une légende. Suite à la vente, le domaine aurait été acheté par un certain notaire du nom de "Anton Ulbricht" dans l'idée de tout démolir (ça ne donne pas de sens!?) et construire une piste de ski. Mais avant qu'il ne put accomplir son plan, il fut victime d'un tragique accident (attention, tous les accidents ne sont pas tragiques, mais celui-là si) et décéda (tragique). Les autochtones y virent alors une évidente manifestation divine, aussi ils se cotisèrent, rachetèrent le domaine aux héritiers puis l'offrir à l'administration du village en 1791 afin qu'il en termine la construction (heureux le maire qu'il était). En septembre 1796, la nouvelle église de l'érection de la Ste croix fut consacrée (cf. la date sur l'arche intérieure). L'agencement de son dedans date globalement de cette époque, vers début 1800. Vous pouvez y voir une croûte du Christ (oeuvre de "Felix Jahn" du patelin voisin "Horní Podluží"), une chaire (oeuvre d'un certain "Leopold Elstner", tisserand de métier!?) posée là en 1893-1894, une statuette de St Laurent (auteur inconnu) et une peinture de la stigmatisation de St François (d'Assise et d'auteur inconnu aussi portant la date de 1802).
Puis datant d'encore la chapelle en bois d'avant la tempête, vous pouvez y voir la croix en bois d'origine, celle du jeune frère par qui tout ce foin arriva, et encore un vieux tableau de la vierge Marie qui, selon les locaux, fut emporté lors de la tempête de 1779 jusqu'à "Bílý Potok", à 70 km à l'Est de là. En 1881 l'on posa la première pierre de la tour de l'église, cinq après l'on accrocha les cloches qui vont bien et depuis, l'église présente la silhouette que vous voyez aujourd'hui. Signalons qu'à l'entrée de notre église l'on peut apercevoir la date 1900 dans le vilain carrelage au sol qui rappelle une banale cantine scolaire. Ce serait la vraie date de l'inauguration de la tour de l'église. Ah ouais? Il y eut une restauration du dedans en 1903. En 1910 l'on posa les jolies fenêtres colorées (avant elles étaient en noir et blanc), et en 1929 l'on refit une autre réfection après que la foudre se soit appuyée trop fort sur l'édifice. En 1969 le domaine passa sous l'appellation "patrimoine culturel" et depuis 1991, l'on remet en état doucettement tous les éléments qui composent cet ensemble coquet. Encore en 2008, l'on pouvait voir sur la ligne de départ de la course de côte, au bas du foutu raidillon pentu, une bétonneuse, un tas de gravier et quelques pelles rappelant que la restauration "must go on".

Bon, mais en dehors de l'église, y a encore 2 trucs rigolos. Il s'agit de la gloriette datée de 1869 contenant une statue grandeur nature de l'immaculée Ste vierge Marie mère de monsieur Jésus Christ et pleine de grâce. On l'attribue à "Jakob Groh" de "Rumburk" (1855 Rumburk - 1917 Vienne) et aurait été sculptée en 1860, soit à l'âge de 5 ans. Chapeau bas monseigneur. D'autres sources parlent de 1869, soit à 14 ans qu'il l'aurait sculptée, bien aussi non? A moins qu'on ne se parle de "Jakub Groh" de "Rumburk" (1815 - 1881) et qui était musicien organiste, auquel cas chapeau bas monseigneur aussi. Maintenant, hein, avec la Ste vierge, les miracles se bousculent, donc après tout... Notez l'inscription à l'intérieur de la demi-lune: "Tota pulchra es, amica mea", qui continue par "Et macula (originalis) non est in te" (tu es toute belle, mon amie. Et nulle tache n’est en toi), Canticum Canticorum Salomonis 4:7. La version originale (enfin celle retenue par le clergé) serait "Tota pulchra es, Maria...", blancheur immaculée... sainteté...
et autres conneries ecclésiastiques sans grand intérêt. Or le cantique des cantiques recèle ceci de fantastique, c'est qu'il n'existe pas une, mais de multiples versions, en particulier les plus anciennes, les plus poétiques, voire totalement érotiques. Et justement, tiens, notre "Tota pulchra es...": [...] "duo ubera tua sicut duo hinuli capreae gemelli qui pascuntur in liliis." Tes deux seins sont comme deux chevreuils jumeaux qui paissent (du verbe paître) dans le lys. Encore que "liliis" fait référence aux plantes du genre "lilium", liliacées, donc le lys, le muguet, la jacinthe... mais aussi l'oignon et l'ail. Et donc selon votre humeur poétique, vous pouvez interpréter au choix... genre "tes deux grosses loches sont comme deux vieux boucs pédés qui bouffent de l'ail" si vous traduisez ce poème à votre belle-mère, par exemple. Et ça continue avec "quam pulchrae sunt mammae tuae soror mea sponsa pulchriora ubera tua vino et odor unguentorum tuorum super omnia aromata."
Quelle splendeur que tes seins ma soeur, ma fiancée, plus beau que le vin sont tes seins, et la fragrance de ton parfum, supérieure à toute épice. Et encore: "favus distillans labia tua sponsa mel et lac sub lingua tua et odor vestimentorum tuorum sicut odor turis." De tes lèvres ma fiancée suinte le miel, sous ta langue ruisselle du miel et du lait, le parfum de tes habits... bon et puis hein, attends, on s'éloigne du sujet. Ceci-dit c'est quand même dingue la Vulgate vue sous cet angle non?

Dans le fond près du bois, derrière l'église et la gloriette, il y a un autre truc rigolo: la chaplette du St sépulcre de 1759. Bon, y a rien à voir sinon un Jésus sculpté mort. Par contre il semblerait que ce soit creux dedans, genre qu'on pourrait y aller, qu'il y aurait quelque chose de plus que ce que l'on voit de l'extérieur, mais comme c'était fermé de partout, ben je ne sais toujours pas ce qu'il y a dedans.

Mode d'emploi de la montagne de la croix. Bon, ben garez la voiture au plus près.
Ensuite approchez-vous des escaliers entourés par 6 colonnes posés là (colonnes et escaliers) en 1847 afin que les aveugles puissent tâter de leurs cannes l'entrée du labyrinthe. Ensuite il ne vous reste plus qu'à grimper, grimper... soit anarchiquement dans l'herbe, soit le long des escaliers que l'on avait posés là en 1845 (parfois 1842), au niveau de chaque chapelle afin que les téméraires en fauteuil roulant puissent se reposer sur une surface plane. L'une des premières choses que vous apercevrez seront 3 statues en grandeur nature de 3 disciples de Jésus: Pierre, Jacques (le majeur, pas l'auriculaire) et Jean, les 3 dormant... enfin couchés, genre endormis... de 1764. Ah oui, attends, faut faire une parenthèse importante avant de continuer... On appelle ce bout de terrain qui grimpe pentu à donf jusqu'en haut "Getsemanská zahrada", "Gethsémani" en Français. "Gethsémani" était le jardin en dessous du mont des oliviers où monsieur Christ et ses potes avaient l'habitude de faire des barbecues et philosopher à la petite semaine pour refaire le monde après quelques verres de bières: St Matthieu, 26.36 "tunc venit Iesus cum illis in villam quae dicitur Gethsemani et dixit discipulis suis sedete hic donec vadam illuc et orem."
Alors Jésus arrive avec eux en un domaine appelé Gethsémani, et il dit à ses disciples: "Demeurez ici, tandis que je m’en vais au Super U pour chercher le charbon et les bières". Et de rajouter "Soyez sage, et j'vous paye une glace chacun... 2 boules.". Alors la scène continue, tiens, extrait, afin que vous compreniez bien pourquoi les statues sont ainsi:
37-Ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée pour l'aider avec le fourbi, il commença à éprouver de la tristesse et de l’angoisse. N.d.S.: Ben ouais, et s'il n'y avait pas assez de merguez et de roteuse pour tous?
38-Alors il leur dit : "Mon âme est triste jusqu’à la mort, restez ici, attendez-moi sur le parking, et trouvez un ouvre-bouteille et des alloufs pendant ce temps." N.d.S.: à ce moment ils avaient déjà bu l'apéro, et bien bu l'apéro. C'est important pour comprendre la suite...
39-Et s’étant un peu avancé vers la caissière du Super U, il tomba sur la face, priant et disant: "Mon Père, s’il est possible, que cette bouteille s’éloigne de moi! Cependant non pas comme je veux, mais comme vous (voulez)." N.d.S.: C'est assez obscur comme dialogue, sans parler de la confusion de la caissière avec son père, mais comme on ne sait pas exactement à combien de litres il en était déjà, Jésus, à ce moment...
40-Et il vient vers les disciples et il les trouve endormis, et il dit à Pierre: "Ainsi, vous n’avez pas eu la force de chercher un ouvre-bouteille et des alloufs?"
41-"Cherchez tas de faignants, afin que vous n’entriez point en gueule de bois. L’esprit est ardent, mais la chair est faible, surtout après quelques roteuses."
42-Il s’en alla une seconde fois et pria ainsi: "Mon Père, si cette bouteille ne peut passer sans que je la boive, que votre volonté soit faite!" N.d.S.: à ce moment-là, on peut raisonnablement imaginer qu'il était... bien parti, genre pas trop sobre.
43-Etant revenu, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient appesantis. N.d.S.: ils ont dû y aller à donf avec la bouteille pour s'endormir comme ça.
44-Il les laissa et, s’en allant de nouveau, il pria pour la troisième fois, redisant la même parole. N.d.S.: sûr que la caissière devait être contente, non seulement il était sacrément entamé et désobligeant, mais c'était quand même la troisième fois qu'il revenait à la charge alors qu'il est strictement interdit de vendre de l'alcool aux ivres publics (cf. ... et la répression de l'ivresse publique).
45-Alors il vient vers les disciples et leur dit: "Désormais dormez et reposez-vous, de toute façon on est à marée basse, le barboq est foutu et voici que l’heure est proche où le Fils de l’homme va être livré aux mains de la force publique." Stop, j'arrête là. Pour savoir comment ça se termine, lisez le roman. Vous le trouverez partout, c'est le plus publié et le plus traduit de par le monde, mieux qu'Harry Potter.
Sinon et toujours pour la petite histoire, les oliviers (arbres) du jardin de Gethsémani sont, selon certains experts, contemporains de Jésus. Il en reste 6 ou 7 (je crois) dans le jardin qui auraient plus de 2000 ans. Mieux, il semblerait même qu'il existe encore en Palestine (ou en Grèce, chais plus où) des oliviers qui auraient plus de 3000 ans. C'est énorme non? Enfin je vous dis ça parce que j'adore les olives, leur huile (j'en mets dans mes plats dès que possible) et leur bois (les objets en bois d'olivier sont splendides). Fin de parenthèse.

Donc grimpez toujours (y a que ça à faire de toute façon) et après les 3 apôtres, vous verrez Jésus à genoux devant la caissière du Super U tenant une chope de bonne bière houblonnée (cf. le calice d'amertume). Pis si vous regardez sur la gauche, genre presque à la même hauteur de monsieur Christ à genoux, il y a une autre statue du même gaillard, mais cette fois assis, accablé par l'échec du barbecue et par la mélancolie liée à l'alcool. La statue est plus récente que les précédentes puisqu'elle date de 1859 et s'intitule "Ecce Homo" (cf. St Jean, 19:5, "Et dicit eis (Ponce Pilate): Ecce homo." Genre "voici l'ivrogne" en français).
Ah oui, et parfois on attribue cette oeuvre à "Jakob Groh" (comme la vierge Marie), mais à nouveau sans certitude. Non loin de l'Ecce Homo, devrait se trouver un renfoncement, genre une petite cuvette où se trouvaient originellement la fontaine miraculeuse avant que les curés ne la déplacent tout en haut du monticule afin d'agacer les impotents au prétexte qu'un miracle ça se mérite (ouais, mais c'est pas garanti non plus, cf. plus loin). Et juste à côté de ce renfoncement se trouvait également la fameuse croix en bois du pauvre boug' avant que les curés ne la déplacent tout en haut du monticule afin... Grimpez encore, jusqu'en haut, et vous arrivez enfin au bout du calvaire, du votre de calvaire, devant l'église de la Ste croix. A proximité se trouve une fontaine de 1764 dont l'eau aurait la faculté de guérir les yeux, et selon la notice, même d'autres maladies sans pour autant en spécifier la liste (le syndrome de la biroute flasque?). Et tiens, et même que si vous visitez le musée de "Jiřetín", vous pourrez y voir les petites fioles dans lesquelles les bonnes-soeurs vendaient l'eau guérisseuse aux naïfs faignants de la grimpette encore pendant l'entre 2 guerres. Sinon selon d'autres sources d'information, la source d'eau miraculeuse qui guérissait de tout serait tarie aujourd'hui, et on ne saurait d'ailleurs même pas où qu'elle se trouvait avant, tellement elle aurait disparu.
Donc la fontaine près de l'église, c'est peut-être pas la bonne, enfin celle qui guérit. Ensuite donc vous pourrez voir les précédemment mentionnées gloriette, puis chaplette, puis c'est tout. Après, il ne vous restera plus qu'à redescendre, en vous disant que vous avez vaincu la montagne de vos petits petons... sport... un peu... une fois par an.

Sinon encore pour les croyants (non pas que je suppute qu'il me reste des lecteurs croyants après tout le bien que je pense de la religion, mais bon...), le pape Grégoire XVI aurait, l'année même de sa mort, en 1846, octroyé à tous les pèlerins se rendant au mont de la croix un "absolutorius" (bref absolutoire) valable 5 fois pendant 1 année, et ce le jour de la naissance de la vierge, le jour de l'assomption, le jour de la fête de la Ste croix, le jour de la première dent de Jésus, et le jour de la Bar-mitsvah du St esprit, à la condition que l'intéressé (pèlerin) récite un "pater noster" devant chacune des chapelles, et 3 "ave maria" en l'église de la Ste croix. Aussi malgré que la DLUO soit dépassée, ça ne coûte rien d'essayer, si vous y croyez, donc ben voilà, des fois que ça vous serve. Alors inutile de vous y déplacer exprès, à la montagne de la Ste croix. Par contre si vous passez dans le coin, arrêtez-vous-y, ce sera une bonne occasion de promenade et de contemplation de beau baroque bien kitch. GPS: 50°52'21.1"N, 14°34'18.241"E