samedi 23 août 2008

Festival: Le 14 juillet à Kampa, globalement c'était sympa

Eh ouais, alors ça peut sembler curieux, mais ouais, on a célébré le 14 juillet 2008 à Prague, sur la place de "Kampa".
Et attention, le truc 'achement sympa. Genre pas la réception officielle au palais Buquoy avec cravate clinquante, costume paillette et du "Ma-Chère-prout-prout" en bouche comme lors de la viendue de Monsieur Nicolas. Non, c'était le truc bon-enfant en short à sandales, à la "salut vieux bougre, comment vas-tu?", et ce malgré la présence très officielle du gars Charles Fries (qui fait l'ambassadeur de Françaprague) et du lascar " Ing. Petr Hejma" (qui fait le mairingénieur à lamairidepragu'un). En fait ça avait même commencé le 13 juillet, non pas avec le baloche populo comme c'est de coutume traditionnelle, mais avec un "marché à la française".
Et là, je sens que je ne vais pas me faire que des amis, mais hein, c'est ma publie, et j'y mets ce que je ressens, tel que je l'ai vécu (on n'est pas aux olympiades chinoises non plus, hein? Bon!) Alors le marché français (prononcez le marchêêê fronçêêê en levant bien le bout du nez qu'on voit les crottes, genre Edouard Balladur serrant des paluches devant les caméras de téloche, les camés ras de tes loches :-)) ... donc le marché français était à ch... disons faible. Mais alors vraiment faible si déjà disons, parce que je m'explique. Un marché pour moi, c'est énorme. C'est énorme en couleur, énorme en odeur, énorme en bruit, énorme en offres diverses et variées, en salive qui coule en bouche, en envie d'en avoir sur la langue, d'en goûter, d'en toucher, d'en acheter...
un marché c'est une orgie de bonheur culinaire dans les yeux, dans le nez, dans les oreilles et sur le bout des doigts. Et c'est frais un marché, c'est d'la bidoche encore chaude, c'est du fromage qui sort du pis d'la vache, c'est du légume encore humide de la rosée. Alors que là... queud et pod'zob. Tout (95%) était emballé sous vide ou en conserve (petits foie-gras, vilaines terrines, affreux pâtés...), y avait 3 bouts de fromage inodore, 2 saucissons made in China, et surtout 85% de vins douteux (Languedoc, Bourgogne, Côtes-du-rhône, Provence) et archi-chers parce que vendus par des distributeurs (qui font leur super méga top grosse marge).
Attention, je ne dis pas que les vins des régions précédemment citées ne sont pas bons, je dis que ceux qui sont vendus en CZ et dans ces marchêêês fronçêêês sont moyens (voir à ch...) à des prix exorbitants. Malheureusement la population locale se complait dans la déplaisante tendance à acheter aveuglement la provenance renommée (française) sans se soucier de la qualité (et du prix) du produit. Et les distributeurs rapaces locaux qui sponsorisent ces marchêêês fronçêêês jouent cette stupide carte du "made in France, made in bon". Fumiers!
Ok, en plein mois de juillet, les fromages, les poissons, les crustacés... ok, mais sur ce marché y avait pas un seul légume bien français, pas un artichaut, pas une endive, pas une asperge, pas une courge, citrouille, potiron, pas un panais, pas un salsifis, pas un chou de Bruxelles, pas un haricot vert, même pas une laitue, mâche, cresson, romaine, scarole, chicorée, frisée, sans parler du pissenlit, de la blette, fève, flageolet, champignon, tas de c... Et les sauciflards, de pauv' petits sauciflards secs, miteux, sans odeur et sans attrait, genre les soldes de chez Gare-four qu'ils vendaient là. Sans dec, mais elle est où ma saucisse d'Ardèche, d'Auvergne, de Toulouse, de Strasbourg et de Montbé, mon Jésus de Morteau, mon jambon de Bayonne, de Luxeuil, de Panam et d'ailleurs, mon andouille de Guéméné, de Vires, de Troyes...
et mes rillettes du Mans, de Tours, ma rosette de Lyon, mon saucisson d'Arles, mon boudin de Bigorre, mon fuseau lorrain... Elle est où ma Bretagne, ma Corse, mon Alsace et mon pays Basque. La France est culinairement incommensurablinfinie, et ces couillons transgéniques s'étaient limités au pire, à la malbouffegrandistribe. Ca fout les boules, sans dec. Le seul qui avait fait un effort et (un peu) cuisiné, c'était Jean-Paul. Sinon ça me rappelait exactement une autre des ces foireuses anti-actions non-événement: l'apéritif à la française. Notez qu'il n'y a pas une seule page en Français sur leur site, balaise moi j'dis.
Et tiens, regardez aussi les sponsors, marchands de vinasse et faiseurs de bouffinduste, que voulez-vous? Quand dans un marché on vous vend du légume surgelé, faut pas s'attendre à du miracle. J'ai rien contre le surgelé Bondu, j'en achète et j'en mange parfois aussi, mais la place d'un tel produit c'est au salon mondial de l'alimentation, pas sur un marché voulu traditionnel, gastronomique, et "the best that France has to offer". Le seul truc positif dans cet apéro à la française était... ben justement l'apéro: 4cl de vrai pastis (français) pour 20 CzK (0,80 €).
J'me demande si le p'tit gars du bar n'avait pas fait une boulette avec le prix, parce qu'une bouteille se vend ici à 400 CzK (16,30 €) soit presque 23 CzK pour un apéro (au lieu de 20 CzK). Inutile de vous dire qu'on s'en rinça plus d'un, d'apéros, à ce prix :-)

Mais retour au 14 juillet à "Kampa". Donc le marchêêês fronçêêês était à ch..., certes, mais heureusement, la fête fut largement sauvée par la musique. Et quand je dis sauvée... les gars étaient tous, et je dis bien tous, absolument fa-bu-leux.
Tout d'abord nous eûmes droit au chansonnier Matthieu Vermeulen accompagné à l'accord des "on" par le fantastique Michel Glasko. Parenthèse. En général, le prénom Matthieu s'écrit en Français avec 2 T, comme en Anglais (Matthew), comme en Allemand (Matthäus), comme en Italien (Matteo) ou encore en Flamand (Matthijs), de par ses origines latines: Matthaeus (notez bien les 2 T). Si la version "Mathieu" avec un seul et unique T existe aujourd'hui (même en Français), ce n'est que par (mauvaise) dérivation d'avec des langues étrangères qui ne doublent jamais les consonnes (en Tchèque par exemple, cf. "Mathieu d'Arras"), ou par stupidité de l'officier d'Etat Civil (j'avais ainsi un collègue qui se prénommait Willians, parce que ce n'est que plusieurs jours après l'enregistrement, et donc trop tard, que son père s'était rendu compte de la boulette. Véridique.)
Dans le cas du Vermeulen, il y a autant de versions "Matthieu" que de versions "Mathieu", et celui qui me trouve son prénom écrit sur son site officiel, j'lui paye la bonne bière qui va bien. Bref, et donc le Matthieu comme le Michel furent fantastiques. Je dois d'ailleurs signaler que très peu de média locaux ont signalé la présence de cet excellent accordéoniste qu'est Michel Glasko, et c'est bien dommage parce qu'il avait autant de mérite et de présence musicale que la vedette Vermeulen. Mention spéciale à Matthieu au moment du passage parmi la foule du camion-poubelle. Eh oui, z'allez pas le croire, mais en plein concert, un camion-vide-ordures essayait de se frayer un passage parmi l'auditoire sans se soucier du concert. Le pianiste chansonnier rigolard continua cependant à pianoter sur son bahut, maintenant un seul accord en attendant que l'autre andouille ne disparaisse sous les huées des auditeurs.
Matthieu, chais pas si tu vas lire cette publie, mais si jamais tu avais cette chance, aurais-tu l'extrême gentillesse de bien vouloir m'envoyer une bonne cinquantaine de photos dédicacées? Je t'explique, 3 de mes copines étaient présentes ce jour de Fête-Nat à "Kampa", et à l'instar d'"Eva Škanderová", elles sont tombées sous le charme de... elles ont fondu comme... se sont pâmées devant... enfin bref... Puis elles en ont parlé, puis d'autres se sont jointes, puis elles ont écouté, vu des photos, papoté entres-elles, enfin tu sais ce que c'est avec les filles, et c'est ainsi qu'elles m'ont chargé de te passer le mot pour te dire que...
donc une cinquantaine de photos s'il te plaît, dédicacées à Romana, Soňa, Petra (4x), Martina (2x), Šárka, Magda, Eva, Renata, Alena, Miroslava, Pavla, Marie, Lenka (3x), Monika, Veronika, Pavlína, Iveta, Jarmila, Dana, Jana, Hana (2x), Irena, Radka, Kateřina (5x), Jaroslava, Helena (3x), Blanka, Dagmar, Gabriela. D'avance je te remercie en leurs noms.

Quant à la suite du programme, je dois dire que c'était prodigieux. Tenez-vous bien, Richard Galliano et Michel Portal en duo instrumental. Eh ouais, 2 monstres sacrés du jazz, 2 monuments de la musique, 2 titans de la scène mondiale, enfin 2 gaillards inouïs qui pendant... tiens, c'est vrai ça, combien de temps ils ont joué?
Pour moi, le temps s'était arrêté, alors je ne sais même pas combien de temps ils ont joué. Ce que je sais, c'est que c'était trop court, que c'était trop fort, trop bon, et que j'ai même pleuré de bonheur les poils debout sur mes bras lorsque le public francophone s'est mis à chanter "J'avoue j'en ai bavé pas vous mon amour? Avant d'avoir eu vent de vous mon amour. Ne vous déplaiseuuu en chantant la Marseillaiseuuu..." (14 juillet oblige). Bon, pour ceux qui n'aurait pas reconnu le grand Serge Gainsbourg, parce que trop étouffé par le putride Gainsbarre, il s'agissait de "La javanaise", magistralement interprétée par Michel au bandonéon et Richard à l'accordéon. Sublimes, vraiment les gars vous fûtes absolument inouïs et fascinants de transcendance apothéotique. Merci, merci, merci!

Alors quelques réactions quand même sur la toile tchèque, après le tiré de ris-d'veau. Tout d'abord la version très stérilisée de la directrice de l'Institut français de Prague. On ne peut pas lui en vouloir, c'est officiel, diplomatique, alors faut faire proprimmaculé. Ceci-dit l'initiative de l'évènement est particulièrement louable malgré que le marchêêê fronçêêê fût... alors merci Olga, sincèrement. Ensuite une petite bloggeuse locale qui mentionne la fête, le temps inconstant et le camion-poubelle persistant. Ca manque de passion, d'élan, mais ça se termine positivement par "à l'année prochaine", donc ça semble avoir plu malgré qu'il ait plu (un peu). Pis y a le joli texte de l'ambassade de France, pareil, bien proprounet derrière ses oreilles diplomatiquement prophylactiques. Notez le passage "[...] découvrir ou acheter des produits typiques du terroir."
A se demander si l'auteur de l'article a seulement mis un pied au marché? A nouveau, l'initiative de l'évènement est éminemment louable malgré que la réalisation... alors merci Charles, vraiment de bonne foi merci. Voilà, personnellement j'y retournerai sans aucun doute l'année prochaine, si toutefois l'évènement a lieu, ce qui n'est pas sûr puisque la présidence de l'Union, ben c'est pas chaque année comme la Fête-Nat du 14 juillet. Mais j'espère sincèrement que le PDG du marché français lira cette publie avant, et prendra les mesures adaptées afin de sauver son entreprise du dépôt de bilan, parce que sans dec, face à la concurrence mondiale du marché biothentique... Ah si, y avait aussi des crêpes...

mercredi 13 août 2008

Ailleurs: Červená Lhota, ne vous y précipitez pas

Et paf, tiens, encore un truc que les guides touristiques se pâment dessus à grand renfort de superlatifs laudatifs, genre que vous ne pouvez pas le manquer sous aucun prétexte, et que si vous ne l'avez pas vu, genre, que vous ne savez pas ce que c'est. Ah ouais? Alors comme on était dans la région en quête d'insolite avec ma chérie d'amour, l'on s'est dit que bon, ben puisqu'on était là, que ben tant qu'à faire on irait le voir, histoire d'avoir la conscience tranquille.
En arrivant... et c'est juste pour vous dire au point qu'ils s'en foutent du pigeon tellement il en tombe tout cru à la pelle, que même s'ils en loupaient une poignée qu'ils s'en iraient même pas choper la scarlatine non plus... ben en arrivant, pour vous dire, c'était la pause de midi. Eh oui. Attends les mecs, t'es furieux ou quoi? On était les pieds en plein dedans la saison touristique qui battait son plein du mois de mai ensoleillé, et ces bougres d'ânes-là faisaient la pause de midi. Sans dec, mais c'est qu'ils seraient faignants comme un troupeau de grévistes syndiqués ces oiseaux-là! On attendit donc que sonne les 13h de fin d'pause pour faire la visite, le temps que cette colonie de cornichons stérilisés par la flemme manifeste veuillent bien se remettre à la pénible corvée qu'ils sont payés pour. Sans dec, on rêve debout.

Aujourd'hui donc, "Červená Lhota", le dernier des 3 châteaux aquatiques (entourés d'eau) que les instances touristiques qualifient comme tel (château d'eau) alors qu'il en existe beaucoup d'autres et que surtout, ce dernier n'a jamais été conçu pour, c'est-à-dire entouré d'eau dans un but défensif, contrairement à "Blatná" et à "Švihov". D'ailleurs il n'a tellement pas été conçu pour, qu'on ne sait même pas à quelle époque il a commencé à être entouré d'eau, enfin posé au milieu de l'étang, parce qu'il ne s'agit pas de douves bien profondes, mais d'un étang tout bête.
Selon mes sources, ce serait vers le milieu du XVI ème siècle, lorsqu'on transforma le bergfried en château renaissance (sans certitude). Ah oui et sinon des bleds "Červená Lhota" il en existe au moins 4, dont le plus populeux dans la région de "Třebíč", mais ce n'est pas de celui-là dont on se cause, le notre de bled "Červená Lhota" est celui de la région de "Jindřichův Hradec". D'ailleurs au tout départ, il devait se nommer "Jenczenslag", notre bled, selon le nom du bergfried occupé alors (en 1414) par un certain "Andreas de Jenczenslag" (1388 - 1418), cf. les "Fontes Rerum Austriacarum" p 649, où l'on mentionne "Jenczenslag, s. Wlčetín" et qui n'est autre que "Ondrej (Ondráček) z Vlčetína" dit aussi "ze Zásmuk", burgrave à "Krumlov" entre 1407 et 1413 et dont les diverses branches de la famille prirent les divers noms des divers bleds qu'ils possédaient diversement: "Zásmučští, Vlčetínští, Lhotští, Přebožští et Hroubovští". Puis le begrfried, puis le château, puis le bled prirent les noms de "Lhota", "Kábova Lhota" (appellation populaire dès 1531 lorsque le domaine passa aux mains de "Jan Kába z Rybňan"), "Nová Lhota" (lorsqu'on transforma le bergfried en château renaissance mi-XVI ème siècle, c.f "Ottova encyklopedie: Jan stavěl mnoho na Lhotě, které od té doby Nová Lhota říkali [...]") et finalement "Červená Lhota" au début du XVII ème siècle, que je vous expliquerai plus loin pourquoi.

Alors un peu d'histoire au départ, mais z'allez voir, c'est d'un fade, d'un quelconque... Je me suis quand même documenté, mais malgré mes investigations, je ne me souviens pas (ne pas) avoir trouvé si peu d'information intéressante sur un monument historique. Par "information intéressante", j'entends la présence de personnages importants, de guerres bouchères, des légendes truculentes, d'architecture sculpture peinture prodigieuses, enfin des trucs bien. Rien. Z'allez voir, c'est plat. Pire, c'est concave, genre même pas zéro, c'est dans le moins... pour vous dire. Donc le bled de "Lhota" ("Jenczenslag") serait né vers la mi-XIII ème siècle, alors que la région appartenait aux sieurs "z Hradce" (de "Hradec", de "Jindřichův Hradec", à 15 km de là). En 1382, l'on attribut la propriété du bergfried au sieur "Mikuláš Podlavička z Vícemile" parce que "Vícemil" était sa résidence, et que "Červená Lhota" à seulement 2 km de là ne pouvait vraisemblablement pas appartenir à quelqu'un d'autre puisque les seigneurs, c'est comme les bêtes sauvages, ça doit posséder son territoire étendu rien qu'à soit, et pisser régulièrement sur les frontières afin d'en affirmer la propriété auprès des mâles envieux comme des femelles lascives.
Puis ensuite vint notre "Andreas de Jenczenslag" ("Ondráček z Vlčetína"), puis son fils "Ctibor z Vlčetína" (ou "ze Zásmuk", burgrave à "Krumlov" comme son père, en 1434) et enfin arriva une trace écrite factuelle en 1465, la première d'ailleurs, lorsque les fils de "Ctibor", "Václav" et "Petr" se partagèrent les restes du défunt (c'est d'ailleurs ce dernier, Pierre, qui récupéra le domaine et transforma le nom familiale "ze Zásmuk" [ou "z Vlčetína"] en "Lhotský ze Zásmuk, Petr Lhotský ze Zásmuk" ). Bon, et donc comme vous pouvez lire par vous même, en dehors des changements de propriétaires, rien, c'est vraiment fade jusque là. Mieux, jusqu'en 1530, on n'a même plus les changements de propriétaires, pour vous dire. Donc en 1530, on mentionne un certain "Diviš z Újezda", en 1531 le fameux "Jan Kába z Rybňan", et en 1541, enfin un truc truculent mais qui n'est pas même pas lié directement à "Červená Lhota", c'est le terrible incendie de "Malá Strana" qui s'étendit au château de Prague, qui s'étendit aux archives cadastrales ("desky zemské"), qui fit que les 2 bougres "Diviš" et "Jan Kába" durent reprendre rendez-vous chez le notaire pour re-signer l'acte de vente, re-chauffer la cire pour re-sceller les documents et re-payer les frais qui vont bien au grand bonheur de l'autre rapace notarié.
Et donc à partir de 1542 et jusqu'en 1555, "Jan Kába z Rybňan" fit convertir le bergfried en un château renaissance. Les travaux de la reconstruction furent alors confiés à l'architecte "Hons Vlach" (parfois "Hans") qui n'était autre que le farfelu architecte du château de "Zvíkov" où, selon la légende, il aurait rencontré en personne un esprit malin. Il aurait rédigé les détails de la rigolade dans un rapport circonstancié, et sur la base de ce document "Ladislav Stroupežnický" aurait écrit sa pièce "Zvíkovský rarášek". Mais je vous en parlerai dans une autre publie (à viendre) à propos de "Zvíkov". "Hons" se mit donc au boulot, mais l'on ne peut pas dire qu'il brilla d'un génie débordant, car si vous regardez en détail la forme bêtement carrée de notre édifice (vu de haut), on est en droit de se demander s'il n'a pas simplement raboté le bergfried, rajouté du zizi-panpan au miel d'entourloupe et embobiné son monde avec du flan aux saveurs d'apparence, le fielleux escroc. D'autant plus que même après les travaux, l'on continua de parler de bergfried ("Tvrz"), et non de château. Quoi qu'il en soit, c'est d'à cette époque (vers 1555) que serait né l'étang tout autour, ainsi que plus tard le nom de "Nová Lhota" (nouvelle "Lhota"). Alors afin de sortir un peu du fade, d'échapper au plat (comme dirait la dinde aux marrons :-) bref autre chose que les changements de propriétaires sans réelle importance, je vous livre une anecdote mord-bide.
En 1557, la région fut frappée par une terrible épidémie de peste et "Jan Kába z Rybňan" y laissa 5 mouflets. A cette occasion, il fit alors construire la petite chapelle de la Ste trinité, sur le monticule à gauche en allant au château. Dedans, vous pourrez y voir (comme au château d'ailleurs aussi) un tableau représentant la famille au complet et à genoux priant le Christ et la Ste vierge. Allez, rassurez-vous, ils n'y sont pas tous restés non plus puisque Jean eut encore 4 fils qui lui survécurent (et à la peste aussi).

En 1597, c'est le fumier de voisin de la famille "z Rybňan", "Vilém Růt z Dírné", qui acheta le domaine, mais ce n'est qu'en 1602 (raisons fiscales, bien sûr) que les bougres passèrent devant le notaire et signèrent l'acte de vente faisant mention d'un "bergfried à nouvelle et rouge Lhota". Le nom final venait de naître, "Červená Lhota". Puis arriva la bataille de la montagne blanche. Alors on ne sait pas très bien si la famille "Růt z Dírné" (utraquiste) prit part à quoi que ce soit contre l'empereur, mais en 1621 "Bohuslav Růt z Dírné" dut quitter le pays avant l'arrivée des troupes de Balthazar Marradas (à la solde des catholiques. Fumier!) Notre castel fut alors occupé par un officier de cette bande de vermines, un certain "Antonio Bruccio", qui se distingua en faisant remplacer le pont en bois par un pont en pierre après avoir fiche son pied au travers d'une planche vermoulue.
En 1639 il mourut. Mais avant, il réussit à faire prospérer la région en la pacifiant à la catholique, et en la protégeant manu militari contre les innombrables mercenaires sans foi ni loi sortis de la guerre de 30 ans qui pillaient alors pour leur propre profit la Bohême bouleversée. "Antonio Bruccio" mourut donc en 1639 sans héritier, et le domaine passa aux mains de l'administration royale. En 1641, "Vilém Slavata z Chlumu a Košumberka" acquit le domaine (pour une bouchée de pain) et pour bien marquer le coup, le défenestré (en 1618) fit graver cette date dans le portail de la tour à l'entrée du château. La famille du plus haut chancelier d'à la cour du roi fit transformer la demeure en baroque (dès 1658), et l'agencement intérieur actuel en est le visible résultat: les voûtes, les stucatures, la grande salle des chouilles d'enfer, par la suite divisée en 2 parce que justement trop grande, ben tout ça date des "Slavata" et fut décoré par "Inocenc Cometta" (1651-1681) et "Giovanni Tencalla" (1600-?). Parenthèse. Avec ces bougres d'Italiens qui se transmettent le même prénom de père en fils comme les Portugaises se transmettent la même moustache de mère en fille, c'est un foin incommensurable, et ce n'est vraiment pas l'inter-pas-net qui va vous permettre d'y voir clair. Aussi ouvrez un livre savant comme moi j'en ai un, et vous verrez que "Inocenc Cometta" (1651-1681) était stucateur comme "Giovanni Bartolomeo Cometta" (1620-1687) tandis que "Domenico Benedetto Cometta (z Eckturmu)" (?-1620) était bâtisseur.
Mon livre savant ne parle pas de leur éventuel lien de parenté, mais concernant "Červená Lhota", on se parle bien du stucateur "Inocenc Cometta" (1651-1681) qui stucatura là, à "Červená Lhota" entre 1675 et 1678. Les 3 "Cometta" furent certes talentueux, cependant leur souffle artistique ne déborda pas en-dehors de la région. Maintenant pour faire encore plus simple, dans la famille "Tencalla", il y eut le peintre "Carpofore Tencalla" (1623-1685), le stucateur, sculpteur et un peu architecte "Giovanni Tencalla" (1600-?), le bâtisseurarchitecte "Giovanni Giacomo Tencalla" (1600-?) et l'architecte tout court "Giovanni Pietro Tencalla" (1629-1702). Tandis que les 2 premiers comme les "Cometta" ne débordèrent pas de la région, les 2 seconds "Tencalla" furent notoirement appréciés dans l'empire, "Giovanni Giacomo" en Bohême et "Giovanni Pietro" plus à Vienne. Signalons cependant que "Giovanni Tencalla" et "Giovanni Giacomo Tencalla" étaient frères (selon une source moyennement fiable), et qu'ils travaillèrent parfois même ensemble (source fiable) comme sur par exemple l'église "Nanebevzetí P. Marie ve Valticích" où le premier décora l'oeuvre architecturée par le second. Z'avez des questions? Bon, ben fin de parenthèse alors, et retour à notre édifice. Ah oui, la reconstruction baroque eut lieu entre 1658 et 1678 et concernait principalement le premier étage. Aujourd'hui il reste des fragments de peinture-stucature dans certaines chambres, éléments que ne manqueront pas de vous signaler les guides pour peu qu'ils en sachent quelque chose.

En 1693 ça devient un foin sans nom, parce que les "Slavata" décèdent avec le dernier d'entres-eux, "František Leopold Vilém Slavata"... enfin le dernier héritier. Tiens, attends-voir, parenthèse. Lorsque le bougre "Ferdinand Vilém Slavata" (alors représentant de la famille) mourut en 1673 après avoir enfanté 4 filles, il ne restait plus que ses 3 frères cadets pour sauver la situation mal barrée en terme de filiation mâle. Et c'était encore plus mal barré lorsqu'on sait que parmi les 3 frères, les 2 plus jeunes étaient dans les ordres. Alors on invita prestement le seul laïc à mettre ses roustons au travail, et on l'encouragea même à la tâche avec des "vas-y mon gars", "hardi-petit", "poussez, poussez...", jusqu'aux aïeuls aïeux qui chantaient "♪ mets de l'huiiile ♫" dans la chambre à coucher lors des saillies. Dans la même année (en 1673) "Jan Jiří Jáchym Slavata" mit au monde (enfin sa femme mit au monde)... une fille, sa seconde fille. Eh ouais, pas de bol. "Bon, ben, t'y retourne mon gars, hein, tu n'vas pas nous laisser tomber comme ça sans dec...". "Jan Jiří Jáchym" remit le couvert, et un an plus tard (en 1674), il mit au monde (enfin sa femme mit au monde)... une autre fille, sa troisième fille. Les boules dantesques et maudites! Alors la famille se mit à prier fidèlement, à brûler des cierges gargantuesques à St Antoine, cuire de la compote de gingembre à la mandragore et oindre les roupettes du géniteur à la pommade cèleri-fenouil, parce que comme dit le dicton: "si la femme savait ce que le cèleri fait à l’homme, elle irait en chercher de Paris jusqu’à Rome. Et si en plus elle le cuit au fenouil, en pastèques furieuses elle lui transforme les c..." Ben ouais mais non. Rien n'y fit et le pauv' gars n'en pouvait plus.
Pire, il avait perdu le goût au coït, et devint faignant de la biroute comme une couleuvre au mois d'août. Etait-ce l'effet indésirable et secondaire des pommades-compotes? "Jan Jiří Jáchym Slavata" décéda en 1689 à l'âge de 51 ans, et là, la famille se trouva dans la m... des pieds au mur jusqu'à la tête sur le billot. Aussi devant l'imminente catastrophe, on alla implorer le pauv' "František Leopold Vilém Slavata", alors chanoine à Passau, afin qu'il renonce au sacerdoce et qu'il prenne femme, au sens figuré d'abord puis littéral ensuite. Il fallut convaincre le pape afin qu'il donne sa bénédiction. Il fallut trouver une épouse afin qu'elle donne naissance. Et après toute cette prompt agitation désespérée, ben rien. Ben tiens, forcément, les glaouis du chanoine avaient fini par s'entartrer après toutes ces années passées dans la soutane, et "František Leopold Vilém" avait beau les frotter au Calgon matin et soir comme une tartine à l'ail, keud-nada et peau d'zobi. "♫ Les machines durent plus longtemps avec Calgon ♪". Encore plus pire, le tambour finit par lâcher en 1691, alors la famille concentra tous ses efforts à convaincre le dernier des derniers, "Jan Karel Jáchym Slavata", dit "Karel Felix" dont je vous avais soufflé mot dans une précédente publie. "Obi-Wan Karel Felix, vous êtes notre dernier espoir!" lui délivra R2D2 par l'intermédiaire d'un petit faisceau laser bleu projeté sur un mur sombre.
Sauf que le généralissime des carmes déchaussés, celui que l'on eut même un temps considéré comme le potentiel archevêque de Prague, le romain ne parlant point Tchèque, ben celui-ci s'intéressait plus à sa foi qu'à ses couilles et renvoya toute la famille dans ses 22 au motif que "quand bien même disparaîtrait la dynastie des Slavata, le monde n'en disparaîtrait pas pour autant" (véridique). En fait la légende raconte qu'étant jeune, il tomba dans une profonde tanière de loup lors d'une partie de chasse, qu'il ne put point s'en extraire (l'andouille), et qu'il promit d'entrer dans les ordres s'il venait à être sauvé. Ben il fut sauvé, il entra dans les ordres, et l'emplacement où se serait passée l'anecdote est encore aujourd'hui matérialisé par la chapelle St Charles Borromée à 2,5 km au Nord-Ouest de "Telč". Ah ben sûr, vu comme ça, on aurait du mal à se séparer du renoncement pour hériter d'une fortune colossale, aller forniquer à couilles rabattues une bonne pondeuse prévue à cet effet et sauver la famille d'une imminente totale disparition. Sans dec, on rêve debout. Bref, il renonça à tout ça et mourut carmélite à Rome en 1712.

Mais revenons en 1693, lorsque 2 ans auparavant décéda "František Leopold Vilém Slavata" et que son frère "Jan Karel Jáchym" fit clairement savoir à sa famille qu'il ne fallait pas compter sur lui... enfin sur ses roupettes. "Ah ben nous v'là bien, tiens, et on fait quoi maintenant?" se dit alors la famille.
Et comme il ne restait rien d'autre qu'à se partager les biens entre les membres féminins de la famille, ben la famille "Slavata" partagea les biens entre les membres féminins de la famille. Ainsi et selon les sources que vous pouvez lire, c'est la soeur, ou la fille, ou la belle-mère, ou la cousine, ou la nièce... qui hérita du château de "Červená Lhota". Vous pouvez ainsi lire selon les sources le prénom de "Marie Terezie" (fille de "Ferdinand Vilém") ou de "Kateřina Terezie" (soeur de "Ferdinand Vilém"). Outre le prénom Thérèse présent dans les 2 prénoms composés, la confusion pourrait aussi provenir du mari. En effet, un de mes livres savants traitant de la généalogie des nobles de Bohême apporte une lumière singulière sur un certain "Johann Ernst von Fünfkirchen". Toutes mes références s'accordent sur les épousailles de ce dernier bougre avec "Kateřinou Terezií" en 1665, mais un seul spécifie qu'à la mort d'icelle en 1673, "Johann Ernst von Fünfkirchen" aurait épousé "Marii Terezii" vers 1674. C'est énorme, "Johann Ernst" aurait épousé la nièce de sa veuve! Enfin quoi qu'il en soit, en 1695 "Marie Terezie" épousa "Ernst Friedrich (Arnošt Bedřich) z Windischgrätzu" parce que "Johann Ernst" avait trépassé, et qu'ensuite elle voulait se débarrasser de ce nom ridicule qui faisait marrer ses copines (fünf kirchen en Allemand = cinq églises, mort de rire). Ainsi début du XVIII ème siècle, ce sont les "Windischgrätz" qui possèdent "Červenou Lhotu".
Bon, et comme j'ai fait long sur les "Slavata", je ne vais pas m'attarder sur les "Windischgrätz", ni sur les "z Gudenusu", et passons directement en 1774. En 1774 il eut un feu, un gros, qui brûla toute la brasserie, toutes les dépendances et toutes les récoltes là entreposées. Le château resta intacte, puisqu'entouré d'eau. En 1776, 1794 voir 1796 (les sources sont vraiment peu fiables, mais c'est pas vraiment important dans ce cas-là), le domaine passa aux mains du baron "Ignác Stillfried". Lui est plutôt insignifiant, par contre il fit venir sur son domaine l'archi-célèbre compositeur "Karl Ditters von Dittersdorf" duquel il épousa à l'âge de 56 ans sa fille de 17 (ans). Ensuite il y eut d'autres propriétaires, pas vraiment importants non plus, jusqu'en 1835, où le domaine fut acheté par "Heinrich Eduard (Jindřich Eduard) Schönburg-Hartenstein". Entre 1841 et 1863 le château fut romantico-néo-gothifié, entre 1902 et 1910 il fut néo-renaissancé (par l'architecte "Humbert Walcher von Moltheim", cf. le château de "Křivoklát", lequel lui donna l'apparence d'aujourd'hui), et en 1945 il fut néo-confisqué aux "Schönburg-Hartenstein" sur la base des "décrets Beneš". Signalons encore que l'illustre membre de la famille "Johann (Jan) Schönburg-Hartenstein" (1864-1937), chevalier de la toison d'or, de la grand croix de Léopold, de la couronne de fer 1ère classe, de la croix de l'ordre souverain de Malte, de l'ordre militaire du Christ, de l'etc... et de l'etc... ambassadeur auprès du St siège au Vatican d'à Rome, ben ce bougre là prit la nationalité autrichienne en 1935, ce pourquoi et donc les "décrets Beneš" 10 ans plus tard.
En 1947, "Červená Lhota" fut classée comme patrimoine culturel national, et depuis 1949, l'édifice est ouvert au public romantique.

D'extérieur, vous entrez dans l'enceinte du château sous une tour en plein dans le prolongement du pont. Les voûtes sous cette tour sont les restes du bergfried gothique originel, mais les peintures sont quant à elles bas-baroque (de "Giovanni Tencalla"). Le carré que vous voyez aujourd'hui et qui forme notre castel fut construit sur la base de 3 bâtiments gothiques se trouvant dans l'enceinte du domaine seigneurial vers la fin du XIV ème siècle. Les restes de ces fondations sont parfaitement visibles dans les soubassements (caves) selon le guide, mais c'est bien entendu inaccessible pour la plèbe. Et pour l'anecdote, en cette période gothique, l'entrée dans l'enceinte du château se trouvait à l'opposée d'aujourd'hui car en cette époque, il n'y avait pas encore d'étang tout autour du bâtiment, ni de pont du mauvais côté. Bien, et comme il est strictement interdit de prendre des photos à l'intérieur malgré que le parking extérieur vous en coutera 50 CzK ("♪ mets de l'huiiile ♫"), je m'en vais au moins vous dire ce que vous pourrez y voir, si jamais vous faites le détour malgré que vraiment... enfin bon, c'est vous qui voyez, hein?
Dedans, vous verrez des poêles en faïence de styles classique, baroque, et rococo, de la vaisselle en étain (mais l'autre en n'est pas), de la verrerie de Bohême comme de Venise (et d'ailleurs), de la porcelaine de Vienne, de Mayence, de Berlin (et d'ailleurs aussi sauf de Limoges), des assiettes en majolique (cf. une ancienne publie pour la définition de "majolique"), des statues et des peintures (surtout portraits) parfois intéressantes, des instruments de musique, des lustres illustres, des tapis, des tapisseries, des chinoiseries et d'autres fourbis inimaginables, tout ça dans une grande salle d'apparat, dans un salon de musique, dans la chambre à moucher bleue, dans la chambre à toucher jaune, dans la salle à langer, dans le cabinet de travail de Monsieur, dans le boudoir à faire la vaisselle... à thé de Madame, et dans la chambre orientale. Signalons que les meubles, certes de valeur, ne sont pratiquement jamais d'origine, mais importés d'autres endroits historiques après la seconde guerre mondiale, comme par exemple les meubles renaissance ayant appartenu à la grande Ema Destinová qui n'a cependant jamais habité à "Červená Lhota". Dans les trucs intéressants, il y a une statue haut-baroque du fantastique Georg Raphael Donner dont vous n'avez pas pu louper la fontaine de la Providence au "Neuer Markt" si jamais vous êtes allés à Vienne.
Par contre je ne sais plus ce qu'elle représente, la statue, parce qu'à force de tout noter dans mon calepin sans pouvoir prendre de photo... j'ai dû louper un truc... chuis plus tout jeune non plus, hein, bon...

Les amoureux de la nature trouveront leur bonheur tout autour du château. On peut s'y promener dans le parc, c'est plein de verdure bucolique et l'on peut même faire de la pirogue tout autour en comptant fleurette à sa mie (ou contant fleurette à sa mie, au choix). D'aucuns y emmènent leurs conquêtes qui se sentent comme princesses au pays des merveilles, d'autres y emmènent leurs enfants ou leurs invités, bon, faut juste être connaisseuramateur du romantisme cucul à la sauce extra-niaise à l'instar du conte "Zlatovláska" tourné céans en 1973, et dont la stupidité des chansons comme du scénario classe cet ultra-navet parmi les pires réalisations cinématographiques du pays.
Exemple: "Vez mě loďko ke břehu, ná ná nana ná ná, jedu jedu pro něhu, ná ná nana ná ná, jedu jedu pro krásu, ná ná nana ná ná, pro dívku s vlasy do pasu, ná..." (Conduis-moi barque vers la rive, na na nana na na, je vais je vais pour [rechercher] la tendresse, na na nana na na, je vais je vais pour [rechercher] la beauté, na na nana na na, pour [chercher] une jouvencelle avec des cheveux jusqu'à la taille...) A vomir... Sinon tiens, si, une légende. J'ai quand même réussi à vous trouver une légende, et elle concerne justement cette couleur rouge inhabituelle pour un château. Ceci-dit, et avant la légende, sachez que cette couleur criarde récemment repeinte correspond exactement à celle qui fut trouvée sur les murs lors de fouilles archéologiques, et remonterait aux tout-débuts du XVII ème siècle, juste après la mort de "Vilém Růt z Dírné".
Malheureusement, aucun document historique ne parle de la raison de cette couleur insolite, aussi l'imagination populaire mit en route sa formidable créativité habituelle, et voilà donc les raisons du pourquoi selon les fabulations locales.

Il était une fois, il y a longtemps, très très longtemps, la fille d'un des propriétaires du château. Et celle-ci s'éloignait assurément de la foi en le seigneur pour adhérer en des croyances déviationnistes. Un jour, l'apostate refusa de se rendre à l'office prétextant la diffusion télévisée d'un reality-show débile, et lorsque les parents insistèrent lourdement dans la persuasion de les accompagner à l'écoute des saintes paroles, sous le coup d'une effroyable colère la juvénile pubère saisit ce qui se trouvait sous la main, et le jeta par la fenêtre. Mais loin d'être un vase Ming comme il est de coutume, ce fut un crucifix. Dans la seconde, le ciel s'assombrit, le château vibra de toute sa masse et la pièce où se trouvaient les protagonistes s'emplit d'une noire fumée âcre faisant tousser qui amena immédiatement le père à déclarer "c'est pas moi!".
Soudain le diable des enfers en personne apparut. Salut! Il saisit alors la petite par la main, et dans un bon prodigieux à la Godzilla, par la fenêtre au dehors il sauta. Et tandis que les parents affolés se précipitèrent devant le trou béant duquel Satan venait de s'échapper en tenant sa proie, ils le virent alors planter la longue griffe de son index droit dans le bras de l'enfant impie, et de ce sang encore chaud dessiner sur le mur blanc du château le pentagramme inversé, signature et preuve de son passage en ce lieu. Les parents ne revirent jamais leur pauvre chérie, mais 'achement plus grave, ils n'arrivaient pas à faire disparaitre du mur cette foutue trace honteuse, malgré le lessivage au Vanish, au Cif, au Mr Propre, au Cillit Bang, etc... Ils finirent par faire repeindre le château en rouge, et donc ben voilà pourquoi c'est comme ça. Sur la base de cette version populaire, "Bedřich Kamarý" alors curé de "Deštná" officiant en la chapelle de "Červená Lhota" qu'il avait remise en activité en 1907, peintre et écrivain durant son temps perdu selon la fabuleuse encyclopédie de "Jan Otto", donc "Bedřich Kamarý" écrivit dans son ouvrage "Kábové z Rybňan" une version encore plus... catholique que la précédente.
Et pour bien amplifier sa bonne cause religieuse, le curé démagogue mit en scène la même pièce jouée par 2 acteurs historiques et avérés: "Guntram Kába z Rybňan" le bon catholique, et sa femme "Johanka Růt z Dírné" la mauvaise utraquiste. Le bon catholique passait son temps devant sa croix familiale, à prier le seigneur pour les bontés dont il nous affuble quotidiennement et dont la presse mondiale se fait l'écho au travers des rubriques attentat, famine, maladie, guerre, inflation... quant à la mauvaise utraquiste, elle passait son temps à lui reprocher ses prières et à se plaindre qu'il la négligeait au motif d'absence de diamant, cinoche, restau, bagnole, yorkshire... Un jour de colère où la goute déborda du nez, la mégère voulut jeter la croix familiale par la fenêtre, mais au moment où elle se pencha l'objet de discorde à la main, arriva un orage soudain, et elle tomba sur les rochers au bas du castel se fracassant en mille morceaux comme une outre trop pleine. Son sang éclaboussa les murs immaculés... et vous connaissez la suite.
Et pour l'anecdote, la fameuse croix familiale du bondieusard "Guntram" serait toujours vivante, et se trouverait en l'église St Otton (parfois Othon, évêque de Bamberg et St patron de Poméranie) à "Deštná" dont les 3 autels secondaires comme l'autel principal furent décorés à la peinture par le fécond curé "Bedřich Kamarý".

Rapidement quelques mots sur la petite église qui se trouve sur le monticule d'à gauche en arrivant aux abords du château, parce que comme cet édifice eut une trajectoire totalement différente de notre castel, et comme je vous en ai pris des photos, et comme je vous en ai un peu parlé aussi auparavant, et donc rapidement... Elle naquit fort probablement au milieu du XVI ème siècle, et fut utilisée dès 1557 pour l'inhumation des 5 mouflets pestiférés de "Jan Kába z Rybňan". Lors de la guerre de 30 ans, elle prit un sérieux coup de vieux (abandon, pillage...) et c'est "Antonio Bruccio" qui la remit sur pied physiquement comme mentalement en la faisant re-sacraliser en 1635. L'église fut sécularisée fin du XVIII ème siècle lors des reformes de Joseph II, et n'y furent plus célébrées que des messes annuelles lors de la fête de la Ste trinité (le dimanche qui suit la Pentecôte) à laquelle l'église est d'ailleurs consacrée (trinité).
En 1907, "Johann (Jan) Schönburg-Hartenstein" poussé par son insistant curé "Bedřich Kamarý" lui redonna le statut officiel d'église, et se fit même enterrer auprès de son murs, mais après son décès seulement, en 1937. La traversée du désert revint après 1945, et ce jusqu'à récemment, car depuis quelques années on y célèbre non seulement des messes régulières mais on y bénit mariages également. Dedans se trouvent des fresques en trompe l'oeil sur toute la surface, des rideaux en bas, des piliers à voûtes en haut, et bien qu'on n'en connaisse ni l'origine ni la datation, compte-tenu de l'historique de notre édifice, elles sont d'entre 1635 et chais pas quand. Sinon le tableau de l'autel est daté de la fin du XIX ème siècle, et il s'agirait avec grande probabilité d'encore une croûte du pesant curé "Bedřich" qui n'avait rien d'aut' à fout' qu'à peindre des niaiseries et écrire des c...

Pour terminer, il est fort probable que vous aurez à supporter des hordes de petits merdeux braillards, parce que leurs stupides parents ne se seraient jamais doutés qu'un chiard d'entre 2 et 6 ans n'a strictement, mais alors hypra-archi-méga strictement rien à fout' des visites culturelles.
Et comme ces pauv' chiards vont s'emmerder ferme, ils vont vous courir dans les jambes, s'asseoir sur les chaises centenaires, faire beeper les alarmes en passant sous les cordes et surtout brailler, brailler comme cochon qu'on égorge, au point que vous n'entendrez sans doute rien des explications du guide (remarquez vous vous en foutez, c'est en Tchèque que vous ne comprenez généralement pas). Du bonheur ma brave dame... Concernant le canotage, ne vous faites pas trop d'illusions non plus, parce qu'une fois sortis de l'enfer de la visite, les chiards voudront tous aller sur l'étang (et moi aussi, pour les noyer de mes propres mains, tous, sales merdaillons) aussi vous devrez patienter de longues minutes avant de pouvoir vous installer sur une barque. Et si vous échappez aux chiards turbulents, alors vous aurez sans doute la chance de tomber sur un troupeau de p'tits vieux qui sont certes moins bruyants, mais généralement plus nombreux, beaucoup plus nombreux, beaucoup plus lents, et surtout en majorité sourds comme des sonneurs d'enclumes les poussant à s'agglutiner en grappes hémorroïdales compactes autour du guide afin (d'essayer) d'entendre ce qu'il raconte.
Vous, vous n'aurez pas cette chance, d'entendre quoi que ce soit, parce que trop loin. Et si vous n'avez vraiment pas de bol du tout (genre comme moi), alors y en aura au moins un, de p'tit vieux, qui sentira fortement la pisse qui se néglige et qui se trouvera systématiquement devant vous afin que vous profitiez pleinement des effluves rances lors du moindre déplacement d'air. Bonheur, quand tu nous tiens...

Que rajouter de plus, ben rien. Ou si, attention, je ne dis pas que ce n'est pas beau, "Červená Lhota". Si, c'est beau, mais à l'instar de "Hluboká", en dehors d'être beau, c'est vide. C'est totalement creux d'un point de vue historique, artistique comme architectural. Et si vous rajoutez les kilomètres de stands à couillonneries pour touristes-pigeons, les 50 CzK de parking qui depuis des années me restent en travers de la gorge comme un poil entre les dents, la populace innombrable qui se rue au castel insipide alors que la région déborde de trésors, ben tout ça fait que malgré qu'il soit beau, ce château ne m'est pas du tout sympathique. Et juste pour terminer quand même, je me fous des 50 CzK de parking d'un point de vue budgétaire, c'est 1,5 bières, alors vous pensez bien que je dépense nettement plus que ça dans une petite journée bien moyenne. Non, ce qui me dégoute, c'est que 50 CzK, c'est généralement 50% à 75% du prix d'entrée à l'intérieur du monument visité, et quand vous comparez l'apport culturel d'une visite par rapport à 2h de stationnement sur un stupide emplacement, faut quand même remettre les choses à leur place non? Tiens, rapide calcul.
Ce foutu château a accueilli en 2007 l'incroyable nombre de 90.000 visiteurs. Si seulement la moitié est venue en voiture (45.000 visiteurs), que je compte 3 personnes par voiture (15.000 voitures), on arrive à la somme de 15.000 x 50 = 750.000 CzK (30.000€, sans compter les bus qui payent 150 CzK), et comme c'est ouvert seulement pendant la saison, soit 6 mois, c'est 125.000 CzK (5.000€) par mois pratiquement net (j'aimerais savoir combien de voitures ils déclarent au fisc, quant aux charges d'exploitations, elles sont nulles). Pour info, un salaire moyen en CZ est de 21.000 CzK (840€) par mois, ce qui nous fait une différence de pratiquement 6 fois. Eh ouais, 6 fois un salaire moyen pour tenir un parking à la con. Sans dec, chuis scié. Eh, attends, pour comparer avec d'autres splendeurs comparables en nombre de visiteurs sur l'année 2007: le château de "Švihov" autrement plus historique: 40.000 visites seulement. La splendide abbaye de "Kladruby", sublime joyau baroque: 22.000 visites seulement. Le pratiquement inconnu "monastère de Sázava" pourtant capital dans l'évolution linguistique slave en Europe: 12.000 visites. Et maintenant tenez-vous bien, la splendide grande blonde surmaquillée à gros nichons synthétiques totalement vacante dans sa cafetière d'andouille facile, "Hluboká": 285.000 visiteurs, eh oui braves gens, ça fout les boules moi j'dis. Allez, on ne va se pendre la tête non plus parce qu'en ce monde, le superficiel l'emporte toujours sur le profond, c'est inévitable, aussi faut s'y faire. "Chérie, apporte-moi une Kro et France Dimanche..." Kro-ordonnées: 49°14'47.369"N, 14°53'6.782"E.

mercredi 6 août 2008

Ville: St Venceslas à Zderaz, quelle histoire

Alors aujourd'hui, je m'en vais vous parler de l'église St Venceslas ("kostel sv. Václava"), juste en face de l'église St Cyrille et Méthode. "Quoi? Encore une église? Mais on en mange depuis 3 publies. T'as pas des nouilles en sauce?" Ben non, désolé, c'est le temps des cerises alors j'vous parle des zéglizes, parce comme dirait ma maman, "faut manger des fruits frais quand c'est la saison, c'est bon pour la santé."
Quand ça sera le temps du pâté en croûte, je vous parlerai d'autre chose, mais aujourd'hui donc, l'église St Venceslas, officiellement "Kostel sv. Václava na Zderaze". "Zderaz" serait selon les experts en linguistique une dérivation du nom propre "Zdiraz", qui n'était autre que le bras droit favori du roi "Vratislav II" (premier roi de Bohême, † 1092) et qui mourut ("Zdiraz") par traîtrise du fils ("Břetislav II") du roi ("Vratislav II") lors du siège de "Brno" comme on peut lire page 195 dans les "Dějiny národa českého v Čechách i v Moravě" de
"František Palacký", livre 3, chapitre 6, "Vzpoura králevice Břetislava". Puis "Zderaz" est devenu le nom du peuplement (colonie de gens) qui se trouvait sur le rocher "Břežská skála" et qui s'étendait (le rocher) de la place Charles ("Karlovo náměstí") jusqu'aux berges de la "Vltava" à une hauteur d'entre 15 à 20 m. Au XIV ème, "Václav IV" y avait fait construire un petit château fort sur ce monticule, qui devint par la suite un couvent, puis une prison, tout ça à l'emplacement de l'actuelle maison dansante qui ne doit sa naissance qu'au bombardement zétazunien de la St Valentin 1945
(c.f. ma précédente publie). Juste en dessous de ce château, sur les berges du fleuve s'installèrent au fur et à mesure des tanneurs, corroyeurs, mégissiers et peaussiers. Le coin prit ainsi les noms de "Podzderazí" (sous "Zderaz"), "V jirchářích" (genre "aux mégissiers", aujourd'hui un nom de rue à 500 m de notre église rappelle cette réalité), "Smradaře" (genre "aux empuanteurs") ou encore "V Kalábrii"
(dans "la Calabre", en référence aux origines des artisans d'Italie qui s'installèrent là bien avant que le bon roi Charles IV n'invente la nouvelle ville en 1348). Cet imposant rocher faisait partie intégrante du paysage de Prague jusqu'à l'assainissement de la ville (début du XX ème siècle), mais encore aujourd'hui le terrain accidenté et surélevé des rues du quartier rappelle cette topologie escarpée de "Zderaz". Et du coup, notre église St Venceslas "na Zderaze" se trouve à l'angle des rues "Resslova" et "Dittrichova", parce que dans la rue "na Zderaze" y a rien.
Enfin rien d'historiquement remarquable qui mériterait que je vous en parle de. Mais revenons à nos boutons.

En 1115, l'on mentionna déjà une églisette St Pierre en la colonie de "Zderaz". Mais la vraie construction romane se passa entre 1170 et 1181 lorsqu'on construisit un édifice à vaisseau unique, que l'on consacra en cette même année (1181, le 26 novembre) à St Pierre et Paul. C'était une petite construction à 1 vaisseau classiquement fermée à l'Est par une abside et à l'Ouest par une tour quadrilatérale. Aujourd'hui il n'en reste que 2 fenêtres géminées (jumelles) typiquement romanes sur la façade Ouest, en haut, lorsque vous regardez depuis la rue "Dittrichova"
(c.f. mes photos). Notez l'emplacement curieux de ces 2 fenêtres par rapport à l'édifice actuel (dans le haut du coin gauche), à se demander quelle est la courge d'architecte qui est allée te me les fourrer là? Aux alentours de 1380, l'on transforma la bâtisse en gothique et l'on en profita pour rallonger sensiblement le choeur, dans lequel l'on peut encore voir des restes de la tour romane d'origine (mais vraiment des restes, genre des bouts de caillasse qu'il faut vraiment savoir qu'ils sont romans), mais également des restes de peintures gothiques datées d'environ 1400. En 1420 et par conséquence des guerres hussites, l'église leur passa dans les mains (aux hussites) et ce pour une durée d'environ 2 centenaires.
Vers la fin du XIV ème siècle, le duc "Jan Zhořelecký" possédait et habitait dans la maison voisine de notre église. Il était le dernier fils du bon roi Charles IV (et d'Elisabeth de Pomme-et-radis), frère (indirect) du roi "Václav IV" et de l'autre fripouille de "Zikmund" (futur roi). En 1396, Jean mourut dans son sommeil de circonstances curieuses à l'âge de même pas 26 ans (compte tenu du contexte politique et de ses relations familiales tendues, les historiens n'écartent pas l'hypothèse d'un empoisonnement bien qu'ils n'aient pas de preuve), et ses biens revinrent tout naturellement à son frère et roi "Václav IV". Celui-ci fit fortifier le fief à fond,
au foin... au point que certains historiens avancent l'idée même d'une complète destruction avant neuve construction. On en arrive aux guerres hussites, et paf, tiens, c'est le légat du concile de Bâle qui prend ses quartiers au château, Philibert de Montjeu l'évêque de Coutances (province rouennaise, "Philibertus Constantiensis episcopus provinciae Rotomagensis"), celui qui traita la pucelle d'Orléans d'hérétique opiniâtre lors de son procès (à Jeanne). A la mort de l'évêque par la peste en 1439, personne ne voulut plus occuper le castel (pestilentiel), aussi on le transforma en cabane range-fourbi pour les camions-poubelles de la ville nouvelle.
Pendant une paire de siècles, le château se délabrait au point que les augustins (ordo sancti Augustini [eremitarum]) finirent par l'acheter en 1627 (parfois 1623), avec le domaine et notre église St Venceslas, se disant que finalement, compte tenu de la surface du terrain c'était un bon investissement pour l'avenir. Ils se mirent à la tâche parce qu'il y avait du boulot comme qui dirait, et jusqu'en 1641, ils construisirent un complexe abbatial englobant jusqu'à notre église. Ils égalisèrent les tours du château d'origine à la hauteur des murs, repeignirent l'église en baroque entre 1643 et 1644, plantèrent 2 jardins dans les cours intérieures, et avant même que nos augustins aient posé les rideaux, Joseph II leur sécularisa tout le complexe fin du XVIII ème siècle (eh ouais, encore, les boules).
L'abbaye reprit un temps les fonctions précédentes du castel: cabane range-fourbi, mais pour les besoins de l'armée cette fois-ci. Puis à l'instar de l'abbaye de Broumov, l'abbaye de St Venceslas servit un temps de taule pour bagnards entre 1809 et 1893, comme vous pouvez voir sur une carte de 1858 de la fameuse "John Murray publishing house" d'à Londres sous le numéro 16 et libellée "House of correction".
Certaines sources mentionnent le bagne jusqu'en 1899, d'autres encore 1884. Sans dec, on rêve debout, d'autant plus que d'autres encore (de sources) écrivent que les bâtiments du bagne (comme de l'abbaye) furent rasés entre 1891 et 1895 lors du grand assainissement, tandis que les premiers bagnards furent déménagés dans leur nouveau foyer en 1889. Parenthèse, avant la taule de St Venceslas, les bagnards se trouvaient à "Terezín", tristement célèbre pour son camp de concentration.
Après la taule de St Venceslas, les bagnards se trouvaient à "Pankrác", tristement célèbre pour ses détentions et exécutions de dissidents sous le régime con-muniste. Et pour info, cette dernière taule est toujours en activité. Allez savoir pour les dates, mais revenons donc à notre abbaye fermée fin du XIX ème siècle parce que les bagnards y décédaient en trop grand nombre, et que ça faisait mal propre dans les statistiques human-rights de l'empire habsbourgeois. Aujourd'hui, ben il n'en reste plus rien, même pas une trace, puisqu'après le rasage l'on construisit sur l'emplacement des immeubles de rapport.
Ah bon? Et l'église alors me demanderez-vous? Ben l'église en fait fut détachée du complexe bagne-range-fourbi, et en 1827 (sous François II) elle fut re-consacrée. En 1909 elle fut même retapée en néogothique mais ce n'est qu'en 1926 qu'elle prit son apparence finale et actuelle après avoir été rachetée par l'église hussite (dans un état désolant semblerait-il). Celle-ci l'utilise toujours et ce depuis 1927, exception faite des tristes années de dictature nazi et con-muniste.

Bon, alors dedans, y a quand même des trésors. Déjà dans le choeur, vous pouvez apercevoir des restes de peinture gothique du XV ème siècle représentant la maternité de la vierge Marie (lisez l'article en Québécois, j'adore) et l'annonciation aux pieds de l'arbre de vie, eh oui. Dans la nef, la voûte en étoile est l'oeuvre de "Karel Mělnický" (l'architecte fut anobli en "Karel Mělnický z Karlsperka" par le loufoque empereur Rudolf II après qu'il eut construit le château d'eau de la nouvelle ville ["Novoměstská vodárenská věž"]) et date des années 80 du XVI ème siècle.
Quant aux peintures représentant les légendes de St Venceslas, elles sont l'oeuvre de "Josef Hager" (fresques en la chapelle St Anne à "Kašperské Hory", Ste Cécile en l'église St Nicolas de "Malá Strana", ou encore en la splendide église St Adalbert de "Vejprnice", construction du fabuleux "František Maxmilián Kaňka") de la seconde moitié du XVIII ème siècle. La sacristie (pas photographiée) comporte de splendides stucatures bas-baroques ainsi que des peintures (vers 1670) représentant le couronnement de la vierge et les légendes de St Venceslas, eh oui, encore, ben tiens, l'église lui est consacrée.
Alors j'ai pas de photos de la sacristie, parce qu'en arrivant dans l'église, la petite de l'accueil me demanda si je comptais faire des photos, ce qui me sembla aussi évident que de demander à un chien s'il allait fouetter de la queue (quand il en a une). Elle m'invita alors à bien vouloir porter mon nom, ma qualité et mon adresse sur un bout de calepin, parce que comme l'église est classée monument historique, ben Madame la curé souhaitait conserver trace des impudents qui prenaient photos!? Parenthèse: bien que l'église hussite soit de rite chrétien, elle n'en accepte pas moins du personnel de sexe faible (terminus technicus, n'y voyez point outrage) ce qui est preuve d'une certaine ouverture cruellement absente au sein de l'église romaine.
Sinon j'écris volontairement Madame la curé sans "e" malgré que le peu d'exemples féminins dans ce ministère furent écrits avec un "e" (c.f. Marianne coïtée par le curé patriote dans "le Palais Royal" de Nicolas Edme Restif de La Bretonne: "Je serai donc Madame la curée?"). Le substantif féminin avec "e" (curée donc) me rappelle trop la bidoche encore chaude et sanguinolente que l'on jette aux clébards valeureux après l'hallali, tandis que le participe passé me rappelle trop le frotti de la bidoche encore chaude et sanguinolente que pratique le gynéco valeureux après la maladie, et du coup "Madame la curé" me semble mieux que "Madame la curée". Fin de parenthèse. Ah ouais donc, Madame la curé souhaitait posséder mon pédigrée? Et pour en faire quoi, de toute façon comment pourrait-elle retrouver dans toute cette liste qui a fait quoi des photos qu'il a prises? J'écrivis donc malproprement (j'écris particulièrement mal de la mimine, "à la toubib") mais honnêtement mes références et partis à la chasse aux images.
En arrivant près de la sacristie, j'aperçus par la porte ouverte LA Madame la curé occupée à une besogne indéterminée, aussi je jetai un rapide coup d'oeil dans la pièce et disparus discrètement avant qu'elle ne m'aborde sur la question délicate de la photo. Du coup, ben j'ai pas de photos de la sacristie. Sapristi! J'ai par contre des photos de l'autel et de la haute croix en bois créés en 1930 par le fabuleux "František Bílek" (encore que cette sculpture là n'est pas totalement à mon goût, genre il n'est pas beau monsieur Jésus, j'en connais des autrement plus mieux). Pis surtout, j'ai des photos des fantastiques peintures renaissance tardive (première moitié du XVII ème siècle) sur le plafond à caissons juste en dessous de la tribune d'orgue. Les thèmes sont les actes de charités et la glorification de dieu par les psaumes, un programme aussi chiant que l'élection de miss-rillette à la téloche un dimanche de pluie en Bretagne, mais la réalisation est splendide (c.f. mes photos). Dans la série charité, notez l'extrait de la 1ere épître de St Paul aux Corinthiens, chapitre 13.3 "Et, si distribuero in cibos pauperum omnes facultates meas, et, si tradidero corpus meum, ita ut ardeam, caritatem autem non habuero, nihil mihi prodest" ("et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert à rien".
La traduction en Français me semble boiteuse, mais c'est la fidèle transcription de Louis Second, citoyen Suisse, ça explique sans doute...) Et ce n'est point hasard que cette phrase se trouve là, puisque c'est un des arguments sur lesquelles se basait "John Wycliffe" en 1376 pour s'en prendre à la richesse et à la corruption du clergé dans son "Tractatus de civili dominio" (c.f. le second argument). Et lorsqu'on sait que "John Wycliffe" était l'un des plus importants instigateurs de la pensée de "Jan Hus", et que notre église est hussite depuis les guerres (hussites)... eh! Tout se tient, ben tiens.

Dans la série "psaumes", vous pouvez noter "Laudate Eum in sono tubae, laudate Eum in timpano e choro, laudate Eum in cordis e organo..." (Louez-le [dieu] au son de la trompette, louez-le avec tambourin et choeur, louez-le avec cordes [instruments à] et orgue...). Il s'agit d'un extrait du psaume 150 de la Vulgate qui fut également repris par Igor Stravinsky en 1930 dans sa symphonie des Psaumes pour choeur et orchestre.
Il y en d'autres encore, des extraits de psaumes, mais passons à celui qui est sans doute le plus intéressant: "Qui potest capere" (généralement "Qui potest capere capiat", comprenne qui pourra... c'est la traduc) qui s'inscrit dans "Sunt enim eunuchi qui de matris utero sic nati sunt et sunt eunuchi qui facti sunt ab hominibus et sunt eunuchi qui se ipsos castraverunt propter regnum caelorum qui potest capere capiat" (Mathieu 19:12, car il y a des eunuques, qui sont ainsi nés du ventre de leur mère, et il y a des eunuques qui ont été faits eunuques par les hommes, et il y a des eunuques qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour le Royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre ceci, le comprenne). Pour les détails, je vous laisse lire les Critiques philosophiques et littéraires, tome 3, de Antoine-Vincent Arnault qui traite des eunuques, et qui aborde notre chapitre 19 de St Mathieu en page 445. Alors pourquoi justement ce passage?
N'y aurait-il pas comme un lien avec les castrats et le chant des psaumes dont l'église était particulièrement friande, comme le souligne Antoine-Vincent Arnault: "Rome n'en pas a été pourtant moins grande consommatrice d'eunuques que Constantinople. Frappée de la mélodie de la voix de ces infortunés, l'église romaine les a employés longtemps à chanter les louanges de Dieu, comme si ces voix pouvaient lui plaire, et elle a ainsi contribué à perpétuer cette infâme fabrication. Si c'est parce qu'il y avait des eunuques qu'elle les a employés, bientôt on a fait des eunuques parce qu'elle les employait." Mais c'est ignoble, une horreur Thérèse! Mais après tout, "qui habet aures audiendi, audiat".

Ben voilà tout ce qu'on pourrait dire sur notre église, en gros, genre. Si jamais vous passez par Prague en voiture, il y a de fortes chances que vous vous retrouviez coincés dans l'inévitable bouchon de la rue "Resslova", et ce dans les 2 sens car c'est un important carrefour de communication, donc n'oubliez pas d'admirer le bel édifice. Et même si vous avez quelques minutes, garez votre carrosse à proximité, et allez vous restaurer dans la taverne "Aux parachutistes" ("U Parašutistů") juste en face.
La Prazdroj y est bonne, la cuisine goûteuse, et les prix des plus raisonnables. Une vraie bonne taverne tchèque comme je les aime, avec ses "štamgast" locaux bien entamés, son brouhaha constant et son odeur de cigarettes froides. Mieux, les passionnés d'histoire (et tout particulièrement d'histoire de la seconde guerre mondiale) pourront y trouver des photos, des documents, des reliques et autres fourbis concernant l'opération Anthropoïde (d'où le nom de la taverne, "Aux parachutistes"). Il ne me reste plus qu'à vous mettre les coordonnées: 50°4'31.981"N, 14°24'58.245"E, mais si vous n'avez pas de GPS, suivez les bouchons et vous tomberez droit dessus, sur notre église.