jeudi 24 juillet 2008

Visiter: Sv. Jan na Skalce, la beauté cachée

Ce jour là j'avais de la chance, c'était la Ste Portouverte des églises de Prague 2. Et même mieux, le jour de la Ste Portouverte tombait cette année le même jour que la Ste Faifoto, et du coup ben j'ai fait grasses visites de partout que c'était possible (de fait, d'autres publies d'autres églises sont à viendre sous peu).
Pis j'en ai profité gaillard parce que "meine geliebtewestböhmischen Wachtel aus Chodenland" ("chodská křepelka" en Tchèque, "chérie d'amour" en Français :-) parcourait les Balkans en quête de matériel linguistique, alors je m'ai mis mon réveil tôt, et hop, v'là t'y pas que je pied-de-gruetais à la porte de la première église aux horreurs... aurores, chose qui ne serait jamais arrivée avec elle ("meine geliebte..."), vu que son réveil d'à elle sonne vers 13h (du matin dit-elle). Bref...

Aujourd'hui donc, un splendide joyau baroque, haut-baroque même (parfois tardif voire rococo)... enfin du baroque à son apogée, dont beaucoup de personnes
(même résidentes) ignorent son existence: l'église "svatého Jana na Skalce" que l'on a traduit en Français par "St Jean (de Népomucène) sur le rocher" ("rocher" en FR se dit "skála" en CZ). Ouais, bôf, c'est pas top parce que "skalka" (amoindrissement de "skála") est un arrêt de tram-bus-métro et une appellation de quartier qui se trouvent à Prague 10, district de "Strašnice" donc rien à voir avec Prague 2 nouvelle ville, et qu'ensuite parce que "skalka" se traduirait en mieux Français par caillasse, rocaille. Et justement de "rocaille" est non seulement issu le rococo (de style rocaille, rococo, développement ultime du baroque), mais également "de rocaille" est le splendide petit jardin
(de plantes de rocaille) juste devant notre église dans lequel l'on organise régulièrement des expos-ventes de plantes alpines
(de ch'val). Donc perso, j'utiliserai plutôt l'appellation St Jean sur rocaille, que "sur le rocher". Tiens, en anglais "St John on the rock", comme le Martini, sans dec, ça fait couillon non? Ceci-dit l'église est effectivement posée sur un monticule rocheux, comme en témoignent les escaliers dans la rue "Vyšehradská", mais de là à parler de rocher...

Tout commence en 1691, lorsque sur le versant du coteau de "Skalka" (ben ouais, avant ça s'appelait comme ça, mais plus maintenant, maintenant "Skalka" c'est Prague 10), en plein milieu du vignoble traversé par le chemin "Hradčany - Vyšehrad", le bourgeois "Heger" fit édifier une petite chapelle en bois consacrée à St Jean de Népomucène dont je vous ai parlé en détail dans une précédente publie.
Les offices étaient alors assurés de manière extrêmement assidue par les moines du tout proche monastère d'Emmaüs (i.e. "Na Slovanech", publie à viendre. Si vous saviez combien j'en ai en standby sous l'coude...), et pour cause, puisqu'ils pouvaient s'en lichetrogner quelques bonnes goulées d'rouge à la source après l'ite missa est. Le 26 septembre 1723, l'abbé "Václav Vejmluva" du monastère cistercien de "Žďár nad Sázavou" fonda la "confrérie de St Jean" (de Népomucène) à "Žďár nad Sázavou" aussi, où se trouve un autre édifice absolument fabuleux
(publie à viendre. Si vous saviez combien...) également consacré à St Jean de Népomucène (sur la montagne verte) que l'on doit à un autre génie architectural également membre de la confrérie de St Jean: Jean-Blaise Santini (parfois suffixé de Aichl ou Aichel) dont je vous ai également parlé en détails dans la même précédente publie (attendez, il arrive le lien avec l'église "Na Skalce"). St Jean de Népomucène fut donc canonisé le 19 mars 1729, et notre confrérie, voulant bien marquer le coup, décida de faire bâtir une autre église puisque les membres avaient trop hâtivement terminé la construction de celle de "Žďár nad Sázavou" (terminée en 1722).
Ben oui mais où? "Eh les gars, je connais un coin en plein centre de Prague où qu'les moines vont se murger comme cochon, et c'est déjà de la même marque que l'St Jean..." s'écria un confrère. Et paf, la pose de la première pierre commença en 1730 sur l'emplacement originel de notre chapelle en bois dont il ne reste plus rien. Elle (la pose) se termina en 1739 par la pose de la dernière pierre, et l'architecte responsable de ce pur chef-d'oeuvre ne fut autre que le fabuleux "Kilián Ignác Dientzenhofer". Il s'agit d'un édifice à unique vaisseau posé sur un plan octogonal avec des flancs légèrement concaves. Admirez les 2 tours latérales de 35 m de hauteur orientées en diagonale du fronton, c'est énorme de richesse volumique.
Notez la corniche au niveau du tympan créant une séparation horizontale en 2 étages, sous et au-dessus (du tympan). Idem les corniches des tours formant 4 étages dont les 2 derniers semblent être les répliques plus petites posées sur les 2 premiers (étages). L'ensemble donne à cet édifice une impression d'effilement majestueux, de dynamique vers le haut, j'adore. Un élément indissociable de notre église est le double escalier menant de la rue "Vyšehradská" au parvis. Il ne fut terminé qu'en 1776 selon les plans de l'architecte "Antonín Schmidt", et l'on y déposa dessus des statues de saints patrons de Bohême en 1880, oeuvres de "Bernard Seeling" (attique du Rudolfinum, St Pierre et Paul à "Vyšehrad"...) L'intérieur est fabuleux. Rococo selon certains.
Au plafond se trouvent d'admirables peintures de 1748 et de "Jan Karel Kovář" (monastères de "Sázava", "Broumov"...) intitulées très simplement "l'apothéose de St Jean de Népomucène". Il y est même peint un peintre qui, à mon avis, ressemble malicieusement à "Petr Jan Brandl". Coïncidence? Une autre splendeur se trouve sur l'autel principal, la statue en bois de St Jean (de Népomucène) de 1682 de "Jan Brokoff" qui servit de modèle pour le bronze du pont Charles (c.f. une précédente publie) qui servit de modèle pour des milliers d'autres statues en royaume de Bohême comme au-delà.
Mais n'en oublions pas pour autant les autres sculptures en notre église, tout aussi splendides, oeuvres du prodigieux "Ignác František Platzer", ni les peintures de "Josef Vojtěch Hellich" qu'un site tchèque a bêtement renommé en "Josef Václav Hellich" et qui fut repris sans la moindre vérification sur un site français.
Les boules! Quand je vous dis que la toile est pleine d'aberrations.

Sinon information importante, l'entrée par les doubles escaliers de la rue "Vyšehrad" n'est plus, c'est fini, trop dangereux et trop inaccessible pour les p'tits vieux, principaux courtisans de notre fabuleux édifice. Aujourd'hui on y accède par le superbe petit jardin de plantes de rocaille, place Charles ("Karlovo nám."), juste à côté de la maison de Faust.
De cette dernière, je vous en avais rapidement soufflé mot dans diverses précédentes publies, mais tiens, vu que j'ai 5 minutes... A l'origine, il s'agit d'un édifice renaissance de la seconde moitié du XVI ème siècle que l'on attribue à un autre génie des plus prolixes, "František Maxmilian Kaňka" (la liste de ses oeuvres est assez succincte sur le site FR, consultez le site CZ plus complet).
En 1769, l'architecte du double escalier "Antonín Schmidt" retapa l'édifice pour lui donner l'apparence d'aujourd'hui, en particulier en séparant l'aile arrière vendue à la paroisse St Jean sur rocaille. Mais ce qui est intéressant, ce n'est pas tant l'édifice que les légendes liées à, et comme c'est déjà écrit en français là, ben j'ai même pas besoin de vous les raconter. Hein? Pas terrible? Oui, chuis d'accord, c'est pas terriblement bien raconté, ça manque de fougue, ça manque de verve et d'entrain, ben tiens. Pis ça ne parle même pas d'un des plus importants propriétaires de la maison, maître Edouard Kelley dont je vous ai parlé dans une précédente publie.
Et ça ne parle même pas non plus de la famille "Mladota ze Solopysk" qui furent propriétaires à partir de 1721, en particulier du fameux "Ferdinand Antonín Mladota ze Solopysk" qui vivait notoirement en concubinage avec 3 femmes et qui se livrait en la maison à la chimie, à l'alchimie et à la fornication ininterrompue grâce à l'efficacité de petites pilules bleues de son invention patentées sous label "viagrex: pro magnus erexit insquequo roupettonis omnino vacua sunt" :-) Rien non plus toujours sur son fils "Josef Petr Mladota ze Solopysk" qui s'intéressait tout particulièrement à la mécanique instrumentale et qui découvrit une veine d'ardoise
(schiste, roche) sous la maison alors qu'il creusait un trou dans le sol de la cave afin de perfectionner son modèle de pioche à vapeur et grâce à laquelle (veine d'ardoise) il fabriqua des crèmes, huiles, sels et eaux curatives contre les maladies dermatologiques anales et les rhumatismes subcarpatiques. Rien encore non plus sur le vicaire thanatophile (maniaque fasciné par la mort?) "Karl Jaenig" qui dormait dans un cercueil, possédaient nombreux artéfacts macabres (potence en état de marche, crâne de décapité...) et posa sur son testament sa dernière volonté d'être enterré à l'envers, le ventre en bas.
Et enfin rien toujours non plus encore sur les sept squelettes de chats emmurés dans la profondeur d'un mur de la chambre à coucher de la belle-mère, découverts (les squelettes) lors de la pose du câble téléphonique, et dont la fonction échappe encore aux historiens comme aux agents de la compagnie de téléphone. A moins que... Lorsque les Zétazuniens sont venus bombarder Prague en fin de matinée de la St Valentin 1945 au motif inepte qu'ils l'auraient confondue avec Dresde (déjà en feu, bien visible à 120 km à vol de piaf au Nord-Ouest de Prague alors intacte), une des bombes tomba sur la maison de Faust, traversa la maison du toit jusqu'à la cave mais n'explosa pas. Est-ce que les 7 squelettes auraient servi d'amulette?
Ce qui est sûr, c'est que le monastère d'Emmaüs (ainsi que d'autres édifices et plusieurs centaines de civils, dont "Eva Lada", la fille du fameux illustrateur "Josef Lada") n'eut pas cette chance, et l'on dut après la guerre lui fournir une nouvelle façade et un nouveau toit. Alors que s'il avait contenu 7 squelettes de chats emmurés dans la profondeur... qui sait? Sinon rapidement, le bombardement de Prague en 1945 par les Ricains reste encore un sujet de polémique. En effet, 60 ans plus tard on ne sait toujours pas s'il s'agissait d'une erreur de navigation (vent fort et instruments H.S.), d'un problème météo (tapis de nuages), d'une volonté délibérée (demandez à l'imbécile de la maison blanche) ou n'importe quoi d'autre (brouillage spatio-temporelle extraterrestre).
Il existe de nombreuses hypothèses, mais comme toujours avec les Zétazuniens, la vérité est ailleurs.

Et pour terminer, quelques infos diverses avariées... et variées. Bien que sous le commandement de l'église romano-catholique (romaine-catholique?), l'église "St. Johannes Nepomuk auf dem Felsen" accueille cependant chaque dimanche à 11h une messe en Allemand dispensée par le "Deutschsprachige Katholische Gemeinde Prag". Les boules, les Polacs ne suffisaient pas, v'là que les Allemands se remettent à recatholiser la Bohême? Sinon la cure de la paroisse a été transformée en hôtel 3 étoiles. Je n'y ai jamais logé, mais à la vue des photos, ça semble particulièrement propre. Peut-être un peu trop sobre à mon goût, mais je peux vous assurer que les prix sont des plus compétitifs pour la catégorie et la localité. Sans compter que d'un point de vue tranquillité, alors là y a pas mieux. Genre si vous recherchez un hôtel offrant le meilleur rapport extrêmement complexe prix-proximité (du centre)-qualité-tranquillité, alors l'hôtel "Chez St Jean" est le maxi-top-moumoune en sucre du nec-plus-ultra aux pommes que vous puissiez trouver (profitez-en, pour une fois que je parle positivement des moines :-)
Dernier point curieux, l'extrêmement affable et souriant personnage qui estayt mandé supervisoyr le quidam aux fins qu'iceluy, séparé de la foy et de la connoissance du Filz de Dieu, point ne commette filoustery en la mayson du seigneur nostre, était curieusement flanqué d'un plaisant mouflet à blonde chevelure bouclée, singulièrement semblable aux chérubins grassouillets qui surabondaient en notre baroque église. Or celui que je considérai tout d'abord comme le curé de séant et qui m'apporta moult réponses aux diverses questions que je lui posais ne pouvait en fait pas être prêtre catholique, puisque géniteur. Et fort curieusement, cette évidence ne me traversa l'esprit qu'en écrivant cette publie, alors que je voulais lui rédiger une ligne en ex-voto de sa bénignité. Du coup soit il n'était pas curé catholique, soit il n'était pas curé du tout, soit chais pas quoi, mais quoi qu'il en soit, je lui dois certaines des informations contenues dans cet écrit, aussi merci mon bon sieur, pour l'aide que vous m'avez fournie. J'ai PS: 50°4'20.269"N, 14°25'6.587"E.

mardi 15 juillet 2008

Ville: St Longin, c'est p'tit mais ça l'vaut bien

En fait, des rotondes romanes, il en reste 3 de bouts debout à Prague, celle de St Martin à "Vyšehrad", celle de la Ste Croix mineure ("Svatého Kříže Menšího") près du fantastique caboulot, et celle de St Longin (à l'origine St Etienne) que je m'en vais vous en parler de aujourd'hui. Je ne vais pas détailler la vie du saint, parce que vous pouvez lire sa biographie dans Wiki pet d'Ya, aussi passons directement à notre édifice (et si vous lisez l'article de Wiki, notez le fantastique mélange de la temporalité: "Selon la tradition, il se convertit et il est mort...". N'aurait-il pas été plus heureux d'employer "Selon la tradition, il s'est convertit et il est mort..." ou "Selon la tradition, il se convertit et il mourut..." Eh ouais, l'unité des temps et le passé simple des verbes ne sont sans doute plus d'actualité dans les écoles élémentaires de la République, dommage).
Bien-avant que Prague n'existe encore (enfin sous sa forme actuelle), donc avant même que la rotonde ne soit consacrée à St Longin mais à St Etienne, il y avait des peuplements dans les environs de notre capitale, formés parfois de quelques cahutes en bois, et parfois même de fortins (toujours en bois) tout autour afin de protéger les populations des malfaisants. Et justement, déjà en 993, l'on pouvait lire les noms des villages de "Porecze" ("Poříčí") et de "Ribnyk" ("Rybník", i.e. "Rybníček") sur les listings (pourris) du couvent de "Břevnov" ("Ribnyk, vicus ad ecclesiam s. Stephani...", CDB, p 348, l 36. Notez l'inversion du "i" et du "y" dans la version latine du nom propre tchèque. Hasard ou erreur de recopiage par un moine germain qui tendrait à prouver la fausseté du document originellement écrit par un scribe tchèque du roi "Boleslav II", c.f. l'abbaye de Broumov?) On appelait les environs "Rybník" (étang) ou "Rybníček" (petit tétant) parce qu'en cette époque il y avait de nombreuses sources d'eau qui jaillissaient dans ce coin. Et ces sources d'eau étaient sans doute la raison du peuplement humain, parce que par ce coin ne menait aucune route nul part, et encore aujourd'hui y a pas bézef de taverne.
Aujourd'hui il ne reste donc plus rien de cette époque sinon la rotonde, et le nom de la rue rappelant l'ancien nom de ce village: "Na Rybníčku". Et tiens, anecdote, vu qu'on parle du nom des rues... Le 27 janvier 1179 eut lieu à 300 m de notre rotonde St Longin la fameuse bataille (décisive) entre "Soběslav II" (prince régnant) et "Bedřich" (prince voulant régner). La femme de "Bedřich", Elisabeth deux hongres rient... de Hongrie, qui avait déjà pris ses quartiers au château de Prague suivait la bataille à la longue vue depuis la plus haute tour de "Hradčany". "Vas-y mon chéri, mets-lui sur la gueule hardiment..." hurlait-elle en grignotant des popcorns. Mais ça durait longtemps, le mettage-sur-la-gueule. L'issue était incertaine, et dans l'après-midi les popcorns vinrent à manquer. Aussi Elisabeth promit au bon dieu (ou à la Ste vierge) de construire une église si son mari était vainqueur (et une brasserie, non?). Ben croyez-le ou non, en 1/4 d'heure "Bedřich" remporta la victoire. Depuis cette date, le coin porte le nom de "Na bojišti" (sur le champ de bataille) ce que rappelle encore une fois le nom d'une rue. Quant à l'église, elle fut bien construite par l'Elisabeth, mais l'ingrate la consacra à St Jean-Baptiste et non au bon dieu (ni à la Ste vierge, à moins qu'elle n'ait prié St Jean-Baptiste après tout). Aujourd'hui vous n'en verrez plus rien, parce que les bousilleurs hussites passèrent par là, mais les archéologues ont retrouvé dans le sol (en 1982-1983) les restes du mur de l'édifice au coin des rues "Kateřinská" et "Sokolská 486/33" attestant de sa présence avant 1420 (c.f. les archives archéologiques de Prague, page 22).
Ah oui, et la victoire de "Bedřich" n'est pas à mettre sur le compte d'un saint, mais sur l'arrivée opportune des renforts moraves de "Konrád II Ota", ce traître pouacre. Mais retour à notre rotonde.

Elle est la plus petite et la seconde plus ancienne des 3 rotondes praguoises. Sa construction remonterait au premier tiers du XII ème siècle (sous sa forme actuelle), mais d'aucuns soupçonnent qu'il existait déjà en cet endroit une espèce de temple païen (avant le IX ème siècle). Notre rotonde n'aurait été que transformée (construite?) après l'avènement (l'expansion) du catholicisme en Bohême (mi-IX ème siècle), avec possibilité d'attribution de la construction aux moines de "Břevnov" (sans certitude, mais probable puisque leur appartenant en 993). Quoi qu'il en soit, au XII ème siècle, la rotonde St Etienne était le centre spirituel du peuplement de "Rybník", et comme la plupart des autres églises, elle était entourée d'un cimetière avec cependant une particularité locale: on y enterait exclusivement les pestiférés et les étrangers (véridique), comme quoi il doit bien y avoir un lien entre les 2 quelque part :-) Pis les bénédictins s'en lassèrent parce que trop petite, et la refourguèrent aux chevaliers teutoniques au début du XIII ème siècle. Super contents qu'ils furent, les chevaliers peu-toniques, au tout début. Ce n'est qu'à la crémaillère, lorsque seul le grand mufti teuton, sa femme, ses 3 dogues allemands et son bouffon-nain réussirent à se tasser dans les 6,75 m² tandis que le reste de la foule poussait au dehors pour accéder au buffet, que les chevaliers se rendirent compte de l'exiguïté de la rotonde. Ils la mirent alors en vente sur EBay sous le séduisant intitulé: "cède rotonde exiguë pour montant étriqué, parfaite pour prière solitaire ou en couple maximum. Peut parfaitement être transformée en vespasienne, niche pour chien ou cabane range-fourbi."
Et ça tombait rudement bien, parce que justement, la reine Constance de Hongrie (épouse du roi "Přemysl Otakar I") cherchait un cadeau pour les moines de l'ordre spirituel (qui deviendra le "Ordo militaris Crucigerorum cum rubea stella", les croisés à l'étoile rouge) fraîchement créé par sa gourde de fille Ste Agnès de Bohême (fondatrice de l'hôpital et du couvent "Na Františku"). Aussi lorsqu'elle tomba sur l'annonce, son choix fut immédiat, se disant que ce serait autrement plus utile aux ensoutanés qu'une cocotte minute anti adhérente ou un chèque-cadeau des Galeries Lafaillite. Pis le bon Charles IV mit en chantier sa nouvelle ville (le 8 mars 1348), il mit en chantier de nombreuses nouvelles églises, et comme il était tellement absorbé par sa nouvelle tâche, il en oublia complètement qu'il venait de lancer en 1351 la construction d'une église St Etienne (je vous en parlerai bientôt de cette nouvelle église St Etienne) à seulement 60 m de notre rotonde consacrée au même saint. "Ah ben oui, tiens, c'est couillon ça!" s'exclama-t-il (en Français, le bon roi Charles était luxembourgeois et maîtrisoit le parlé du Rabelais) lorsqu'un gratte-papier du cadastre lui fit remarquer cette singularité loufoque:
- Charles: "Dis-donc Marcel, en dehors de l'huile d'olive et du parmesan, c'est quoi les conneries qu'on a ramenées d'Italie cet été?"
- Marcel: "243 chaudes pisses, 156 véroles du gland, 34 syphlotes napolitaines, une gangrène bleue des roustons et... des reliques de St Longin."
- Charles: "St Longin ça m'va bien. D'toute façon chavais pas où l'met' ailleurs cet Ostrogoth-là."
Et comme la rotonde était vraiment, mais alors vraiment exiguë au point qu'on ne put même pas y mettre les reliques d'Italie, on l'augmenta au XVII ème siècle d'un bout d'église à l'Ouest (une nef) étendant ainsi son espace intérieur d'un incroyable 6,8 m² (de quoi en faire une discothèque sur 3 étages). Pis comme on en était aux transformations, paf, on la remit aussi au goût du jour, c'est à dire baroque (pour changer). Notez la petite tourelle octogonale au faîte de la rotonde (refaite en baroque). C'était pour apporter plus de lumière, l'unique fenêtre romane (toujours visible au sud, en haut) ne suffisant pas. Par suite des reformes anticléricales de Joseph II, la chapelle St Longin fut sécularisée et transformée, comme suggéré plusieurs siècles auparavant par les chevaliers "peut-on", en range fourbi ecclésiastique pour la proche église St Etienne qui, elle, ne fut pas sécularisée. Au XIX ème siècle, la ville de Prague grossissant, l'on pensa carrément à détruire la petite rotonde. Mais heureusement, la "Société du Musée National", "František Palacký" en tête, sauva le bâtiment, et même mieux, lui rendit son apparence d'origine en faisant péter le bout d'ajout baroque (tant pis pour la discothèque). Donc première restauration en 1844. Entre 1929 et 1934 on la retapa vraiment comme il faut, la rotonde, en dégageant (mettant en évidence) les éléments romans (quelques colonnes de la lucarne octogonale, dedans, ainsi que l'arcade de l'abside).
En 2000, on restaura principalement l'extérieur (c.f. le mortier protecteur sur les murs externes), et aujourd'hui, ben dedans on ne voit plus rien. C'est blanc, tout blanc dedans, et on n'y voit rien du tout de roman. La seule chose qu'on y voit, ce sont des peintures modernes orthodoxes, icônes, genre que vous voyez au kilomètre dans les Balkans, et pour cause, puisque notre rotonde est aujourd'hui sous la gérance de l'exarchat apostolique de l'église gréco-catholique de République Tchèque. Sur la porte d'entrée se trouve également l'ordre militaire et hospitalier de St Lazare de Jérusalem, ils doivent donc sans doute se partager la gérance, parce qu'avec tout cet espace... Eh, après les croisés à l'étoile rouge, les chevaliers à la croix verte, mort de rire... Et pour info, les croisés à l'étoile rouge, se sont reconvertis dans le négoce du vin, autrement plus rentable et moins risqué que le soignage gratuit des pauv' grabataires contagieux.

Curiosités. Si vous regardez le mur extérieur de la chapelette (petite chapelle) à l'Est, vous y verrez des balafres dans la pierre, genre des incisions de quelques 40 cm de hauteur. Vous retrouverez ces mêmes incisions sur le mur gauche (en venant du pont) entre les 2 tours du pont Charles côté "Malá Strana" (juste en face du Centre d'Information) à quelques 2,5 à 3 m de hauteur. Ces incisions là (pont Charles) datent de Mathusalem, et furent faites durant des siècles par les nombreux gardes sous le pont qui aiguisaient leurs hallebardes sur la pierre.
Et celles (incisions) de notre rotonde, absolument identiques? Ben chais pas. Lorsque vous approcherez de la rotonde en venant de la rue St Etienne, outre les tags (une vraie maladie les tagueurs) et les clopinards dormant dans le parc (une vraie maladie aussi), vous ne pourrez pas louper l'abominable vue du building moderne (la pire des maladies aussi encore) en arrière plan de l'édifice roman. Fantastique exemple de stupidité urbaine mélangeant gros-pognon, intérêts économiques, et pots-de-vin municipaux (voir gouvernementaux). Un tel édifice n'aurait jamais dû voir le jour là, de par sa hauteur par rapport aux autres habitations comme de son style totalement inapproprié (quand je pense que les soudards du département de conservation du patrimoine historique imposent jusqu'aux poignées de portes intérieures dans ma gentilhommière du XIII ème siècle, alors je suis légitimement en droit de nous poser la question de leur absence manifeste lors de la construction de cette abomination. D'un autre côté, Condoleezza n'y va pas boire un coup lorsqu'elle se rend un mardi à Prague pour signer des conneries avec Charles, tandis que chez moi... Je vous en parlerai une autre fois). Du reste, les imbéciles qui ont bâti ça n'ont même pas eu honte d'usurper le nom de la rotonde: "Longin Business Center" ça s'appelle. C'est aussi con qu'une tour-Eiffel plastique "moulée artisanallement à la main en Chine" ou une terrine premier-prix pour clébaràtata "selon la recette traditionnelle de grand-mère". Sans dec, les gars de la "Société du Musée National" doivent se retourner dans leurs tombes, chuis scié.
Dis-donc, en parlant d'architecture, respect des traditions, etc... ça me fait penser à une vieille histoire que m'avait racontée en son temps un conservateur des archives nationales alors qu'on s'en pochetrognait abondantes Prazdroj dans une taverne sur-enfumée. Je vous livre l'histoire telle qu'elle me fut narrée, et telle que je l'ai rapidement gribouillée "live" sur le bout d'un papier gras dans lequel était emballée une paire d'andouillette-maison que m'avait gentiment apportée un copain qui s'en revenait de cochonnaille et qui m'avait justement donné rendez-vous dans la taverne pour me les remettre en main propre afin que je les déguste fraîches au dîner (ah ben pour sûr, j'ai des potes sympas ici). Bref... Lorsque "Vratislav II" devint le premier roi de Bohême (et de Pologne) le 15 juin 1085 alors que l'archevêque de Trier "Egilbert" posait sur sa tête la couronne en lui faisant remarquer ses pellicules, il décida d'utiliser du Hèdindechouldeur comme de laisser son nom en gros, en gras et en surligné dans les livres d'histoire, et principalement dans celui de la ville de Prague. Pour ce faire, il fit alors venir à lui un petit enfant... architecte (qui resta anonyme dans les livres d'histoire, pauv' boug') et lui ordonna de créer quelque chose de grand, d'énorme, et qui ferait qu'on s'en souviendrait "in perpetua ad vitam aeternam" (rien qu'ça).
En ce temps, il existait 2 places fortes principales en bois, "Vyšehrad" et "Hradčany" (le château de Prague), et entre les 2 rien, sinon quelques peuplements, quelques cahutes de paysans, quelques églises mais rien d'autre (même pas de Longin Business Center). Et puisqu'il n'y avait rien d'autre (enfin presque), ben notre architectinconnu mesura tout d'abord la distance entre la cathédrale St Guy (au château, alors basilique romane depuis 1060) et l'église St Pierre et Paul (à "Vyšehrad", mise en chantier en 1070 par notre mégalo "Vratislav II"). Appelons cette distance "D". Il tira ensuite une ligne droite de l'église St Pierre et Paul vers notre rotonde St Longin (St Etienne), et prolongea cette distance d'encore une fois afin d'obtenir la même longueur de segment de droite que St Guy - St Pierre et Paul (distance "D"). Au bout de ce segment fut plus tard construite (seconde moitié du XII ème siècle) la basilique St Pierre ("Na Poříčí") formant ainsi un triangle isocèle St Guy - St Pierre et Paul - St Pierre "Na Poříčí" dont la base (le côté le plus court, au Nord) mesure 2/3 des 2 côtés les plus longs (en Est et Ouest) et dont les angles sont 2 x 70° et 1 x 40°. L'architectinconnu tira ensuite une médiane entre St Longin et St Guy formant un autre triangle isocèle St Longin - St Guy - St Pierre "Na Poříčí" dont à nouveau la base (à l'Est) mesure 2/3 des 2 côtés les plus longs (au Nord et au Sud). Mieux, au milieu de la distance St Guy - St Longin se trouve le centre de gravité de notre premier triangle St Guy - St Pierre et Paul - St Pierre "Na Poříčí" matérialisé par la rotonde de la Ste Croix ("Svatého Kříže Menšího", rue "Karoliny Světlé", construite au début du XII ème siècle) et qui est le coeur même de tout ce fabuleux système.
En effet, le spectateur qui se trouve sur le centre de gravité (sur le toit de la rotonde Ste Croix) et qui aperçoit le soleil se lever au dessus de St Longin (St Etienne à l'origine), ben c'est le 26 décembre, la St Etienne, et donc à 3 jours près c'est le solstice d'hiver (entre le 20 et le 23 décembre), et si toujours de cet emplacement (Ste Croix) il aperçoit le soleil se coucher derrière St Guy, ben c'est le 15 juin, la St Guy (en CZ, mais le 12 juin en FR), et donc à 4 jours près c'est le solstice d'été (entre le 19 et le 22 juin). Dingue, c'est énorme! Puis le conservateur d'la taverne... des archives nationales de rajouter qu'il s'agit d'une légende, que ce n'est pas tout à fait comme indiqué parce que la base du grand triangle (St Guy - St Pierre "Na Poříčí") ne fait pas 2/3 mais 3/4 de "D" (St Guy - St Pierre et Paul), que St Longin ne se trouve pas à 1/2 de "D" (St Pierre "Na Poříčí" - St Pierre et Paul), mais à 6/11 et que la Ste Croix se trouve à 4/7 de St Guy - St Longin, et pas à 1/2 non plus. Les boules, alors tout est faux? Non, loin de là, les églises citées se trouvent réellement sur des droites, et forment bien 2 triangles isocèles. Et même les solstices sont vrais (à kek jours près). Y a juste que depuis tout ce temps et toutes ces bières, on a peut être un peu mélangé les distances, les églises, voire les intentions de l'architectinconnu et surtout, entre le XII ème siècle et aujourd'hui, la terre plate mesurée au sol et au doigt mouillé est devenue ronde sur des cartes satellites au laser GPS. Alors ok, comme il y a une centaine d'églises, chapelles, rotondes, basiliques rien que dans le centre historique de Prague ("Malá Strana", "Hradčany", vieille et nouvelle ville, et "Vyšehrad", soit 2,5 x 2,5 km, ou encore une église tous les 250 x 250 m), ben on doit forcément pouvoir en déduire (inventer?) des figures mathématiques, me direz-vous.
Ca c'est la théorie des incrédules dont généralement je suis. Maintenant obtenir ces figures mathématiques de façon aléatoire est quasi miraculeux (divin?). Ca c'est la théorie des croyants dont généralement je ne suis pas. Bref, je n'ai pas pu m'empêcher de faire l'exercice (à main levée) dont je vous livre le résultat (c.f. ma photo). Convaincus? Alors la vraie réalité de la légende... ben honnêtement chais pas, je n'ai rien trouvé dans mes livres savants d'avant, par contre un autre gars passionné est rentré dans nettement plus de détails, et ses conclusions sont énormes, fabuleuses, lisez-voir (ah oui, bien sûr, c'est en Tchèque, sorry). Dis-donc, z'avez pas l'impression que par rapport aux architectes d'antan, les béotiens du "Longin Business Center" ne sont que des nains rampants et de tristes bouffons?

Allez, j'en reste là pour aujourd'hui parce qu'il faut que j'aille acheter des nouilles chez mon pote Bob Nguyen qui tient l'épicerie arabe du coin d'ma rue d'en bas, mais St Longin à Prague mérite sans aucun doute une visite, ne serait-ce que pour l'incomparable sensation de pouvoir toucher du bout de ses mimines de simple microbe profane la divine matière minérale prodigieusement taillée puis harmonieusement assemblée par l'incommensurable génie de l'homme d'il y a des siècles de ça (ah bon, vous ne caressez pas la vieille pierre? Moi si, et parfois j'en pleure de bonheur). Cohor' donné: 50°4'36.069"N, 14°25'32.358"E.

mercredi 2 juillet 2008

Ailleurs: l'abbaye de Broumov, une fabuleuse splendeur

Celui-là, je l'avais sur ma liste des "à voir à bsolument" depuis quelques 6 mois, mais je n'avais pas vraiment trouvé de moment trop-pisse pour m'y rendre, vu que quand c'est que vous zieutez d'où c'est qu'elle a été construite, l'abbaye de "Broumov", ben vous vous rendez compte que c'est au fond, au fin fond du monde civilisé (République Tchèque) et qu'au delà, pratiquement même tout autour, c'est l'enfer catholique polonais, la Cathologne (ou la Papologne).
Les boules dantesques! Il paraîtrait que les Catholonais (ou Papolonais) seraient religieusement fanatiques, qu'ils auraient de grandes dents pointues, des cerveaux lavés, et qu'ils mangeraient des petits enfants tout cru pendant les messes organisées par des intégristes ensoutanés à la solde du papàrome. Enfin c'est ce qu'on raconte ici en Bohême, et j'ai toutes les raisons de le croire. Bref, et un jour, ma chérie d'amour me dit comme ça, que belle-maman est en cure (encore?) à "Miletín", qu'on pourrait passer la voir parce qu'il reste une chambre de libre et qu'on pourrait dormir sur place gratos (au frais de l'administration publique dans laquelle elle travaille), et que... Ah ouais? Hum... bôf... genre...
Mais lorsque je mis un oeil sur la carte, et que je m'aperçus que ce trou n'était qu'à 50 km de "Broumov", la proposition de week-end m'apparut soudainement franchement plus séduisante. Parenthèse et pour info, nous tombâmes le soir même à "Miletín" dans une taverne locale de la pire catégorie comme je les aime, et où belle-maman hésita à rentrer prétextant que le bouge avait fortement été déconseillé par ses collègues curistes (andouilles), et qu'elle même n'avait pas tous ses vaccins à jour. Je m'y aventurai en la dégustation de leur bière locale non filtrée, et je me dois de leur concéder une totale réussite de mes félicitations, car leur breuvage est résolument plaisant. Sur une échelle de Pilsner allant de 2
(on ne trouve pas de 0 en Tchéquie, en France oui, j'ai des noms, mais pas en Tchéquie, ici ça commence avec la note 2: "Krušovice" chaude) à 10 (Prazdroj chez l’Hippo), la 12° de "Miletín" mérite un bon 8. Pour vous dire. Et si je rajoute à cela qu'elle ne coûte (coûtait à l'époque) que 18 CzK (0,72 € le 1/2 litre), et ouais, 40% moins chère que la moins chère des Prazdroj à Prague (30 CzK = 1,2 € le 1/2 litre), alors il n'y a rien à redire, sinon à baisser son chapeau bien bas. Du reste la gargote fut plaisante, peuplée d'indigènes indifférents tandis que le service irréprochable fut affable et souriant. Fin de parenthèse.
Et c'est donc ainsi que nous nous y rendîmes un beau jour d'avril, à "Miletín" puis à "Broumov", où qu'il commençait vraiment à faire beau, vu que le printemps était déjà là depuis quelques semaines mais qu'il faignantait franchement pour se mettre au boulot, ce tire-au-flanc.

Donc "Broumov" appartenait (et appartient toujours) aux bénédictins (teints et mi-loups, mort de rire, trop fort le Strogoff). En fait, en 1213, le roi "Přemysl Otakar I" avait donné le fief de "Broumov" à des missionnaires issus du couvent de "Břevnov", qui avaient décidé (avaient reçu commandement) d'aller civiliser (essayer de) les Polanes, les Goplanes, les Vislanes...
parce que l'Amérique n'avait pas encore été découverte, et que l'Afrique c'était trop loin (et inhospitalier). En 1260, le roi "Přemysl Otakar II" confirma ce que le roi "Přemysl Otakar I" avait donné, parce que reprendre c'est voler, mais surtout parce que... enfin z'allez voir plus loin. Une fois sur place, nos bougres se mirent au travail, mais on n'a que très peu d'information sur cette période. On ne sait même pas si le bergfried et la place fortifiée existaient déjà (fort probablement), ou s'ils furent construits pour nos moines, mais clairement ils s'y installèrent et commencèrent à adapter l'endroit pour leurs propres besoins spirituels comme matériels. Ainsi en 1322 fut fondée la prévôté bénédictine afin d'assouvir administrativement la population locale.
Le fort originel prenait petit à petit des formes de monastère, ce en quoi les bénédictins furent hasardeusement aidés par la révolte des baillis locaux lorsqu'ils incendièrent le bergfried en bois. Dès 1348, le domaine se composait déjà d'un vrai cloître, d'une église gothique consacrée à St "Vojtěch" (Adalbert) et d'une brasserie, parce qu'une abbaye sans brasserie, c'est comme un chien sans puces. Les bénédictins vivaient peinards à l'écart du monde, leur communauté comme leur renommée grossissaient (ah bon?), et mention fut même faite d'un hôpital au début du XV ème siècle. Puis arrivèrent les guerres hussites. En cette période, et à quelques 200 km de là, tout juste avant l'arrivée des dévastateurs (hussites), l'abbé Nicolas du couvent de "Břevnov" plia rapidement ses clics et ses clacs, et mit rapidement les voiles en direction de "Broumov".
Et bien lui en prit, parce que le 22 mai 1420 (parfois le 20 mai, mais on s'en fout parce qu'à 2 jours près, y a 6 siècles...), les hussites arrivèrent au couvent qu'ils dévastèrent... enfin lisez ma publie à ce propos. L'arrivée soudaine des břevnoviens à "Broumov" eut une incidence importante pour notre abbaye, car outre les couillonneries administratives (édits, privilèges, droits, patentes) ou sans importance (reliques de St Adalbert, St Günther...), ils amenèrent également avec eux des livres, généralement remarquables, voire exceptionnels comme le fameux Codex Gigas qui, une fois sauvé des imbéciles hussites, tomba dans les mains des fumiers suédois 2 siècles plus tard
(Lectures: "Václav Vladivoj Tomek, Dějiny válek husitských [r. 1419–1437]", et "Jaroslav Kadlec, Katoličtí exulanti čeští doby husitské"). "Broumov" prit donc la place spirituelle de "Břevnov", mais contrairement à ce dernier, la ville (ni l'abbaye) ne tombèrent jamais aux mains des réformateurs malgré leurs 2 tentatives. Pareil, gros manque d'information fiable sur cette période chaotique, sinon qu'en 1559 la ville comme l'abbaye prirent feu, qu'un certain abbé Martin II fut poussé à la démission (c.f. plus loin) pour magouille financière
(ceci dit, ce n'est pas la première fois qu'un prélat se comporte en fripouille, c.f. l'abbé "Josef Wron z Dorndorfu a Biskupova" de "Kladruby"), qu'il fut remplacé par un certain abbé "Wolfgang Selender z Prošovic" (qui officiait jusqu'alors dans la fameuse abbaye de St Emmeram de Ratisbonne) par ordre de l'excentrique Rudolf II lequel espérait ainsi ramener le romano-catholicisme sur les terres de Bohême en proie au hussisme galopant, que Wolfgang échoua, et qu'il dût même dans l'année 1619 prendre la fuite lorsque les habitants de la ville envahirent l'abbaye
(qu'ils mirent à sac comme c'était de coutume) parce qu'ils voulaient surtout en découdre avec le pauvre abbé qui, afin de satisfaire les exigences du Rudolf, avait vainement tenté de fermer l'église hussite aux broumoviens (c.f. la truculente histoire relative à la colonne de Selender à "Police nad Metují", relatée en Français dans "Fin de l'indépendance bohême, Ernest Denis"). Et pour la petite histoire, cette anecdote rigolote du "Wolfgang Selender z Prošovic" voulant fermer l'église hussite, assaisonnée de la destruction de l'église hussite de "Hrob (u Duchcova)"
(12 décembre 1617) furent les toutes premières prémices qui conduisirent à la défenestration de Prague (23 mai 1618), qui conduisit à la guerre de 30 ans (1618-1648), qui conduisit au déclin espagnol et germanique mais à l'essor français et suédois en Europe, qui conduisirent à une modification radicale de la scène politique européenne, qui conduisit aux conflits impériaux des XVIII et XIX ème siècles, qui conduisirent aux conflits mondiaux du XX ème siècle, qui conduisirent à la situation mondiale actuelle qui fait que je paye trop d'impôt et que je ne gagne pas assez d'argent à ne rien fout' contrairement aux imbéciles du gouvernement tchèque... Et donc si jamais vous vous demandez aussi
"mais comment sacré foutre di diou en est-on arrivé là aujourd'hui, en 2008?", ben allez sonner à la porte du Benoît d'à Rome, et demandez-lui pourquoi ses bénédictins n'avaient rien d'aut' à fout' au début du XVII ème siècle que d'aller chercher des noises aux réformateurs qui pratiquaient légalement la religion protestante qu'on leur avait autorisé en 1609 par un majestätsbrief signé de la propre main de l'empereur Rudolf II. Sans dec, on est peu de chose quand même face à l'immensité de l'univers!

Allez, on passe à après la bataille de la montagne blanche, on passe à après l'immonde gouape de Ferdinand II, on passe à après les fumiers de Suédois, et l'on est en 1685, en pleine recatholisation de la Bohême, lorsque "Broumov" se trouvait sous la direction de l'abbé "Tomáš Sartorius" (en fonction entre 1663 et 1700). En cette période, l'abbé cité confia la réfection de l'abbaye à Martin Allio (plus tard "z Löwenthalu", la Montagne Sainte à "Příbram", le Klementinum...), qui eut le temps de commencer à transformer l'église de St Adalbert en style baroque
(1685-88, parfois 1684-94). L'abbé décéda en 1700, l'architecte l'année suivante, et la direction de l'abbaye fut confiée à l'abbé "Otmar Daniel Zinkeh" (en fonction entre 1700 et 1738), quant à l'architecture, elle passa aux mains des fabuleux "Dientzenhofer" père et fils. "Kilián Ignác" (fils) termina donc l'église baroque St Adalbert (1721-1723), et avec "Kryštof" (père), ils se partagèrent la réfection des autres bâtiments (jusqu'en 1748) de l'abbaye (mais pas trop pour le père, décédé en 1722). Les stucatures furent confiées à "Bernardo Spinetti" ("Černínský palác", St Nicolas vieille-ville...), les fresques à "Jan Karel Kovář"
(le monastère de Sázava, le plafond de l'église "Sv Jana Nepomuckého na Skalce" dont je vous parlerai bientôt...) et la peinture à "Felix Antonín Scheffler" (la Lorette, la chapelle du château de "Jemniště"...). N'oublions pas non plus la collaboration sur quelques détails de "Josef Hager" (St Nicolas petit-côté...), "Jan Petr Molitor", "Václav Vavřinec Reiner", "Jan Jakub Steinfels" ou encore "Petr Brandl"
(c.f. le palais Schwarzenberg). Et puis c'est tout, enfin pour cette période. Si, encore un incendie en 1757, un autre en 1779, et puis c'est tout jusqu'en mi-XX ème siècle. C'est énorme, un trou de 150 ans sans qu'il ne se soit rien passé. Bon, ben pas grave. Après la seconde guerre mondiale, on commença par fout' les moines allemands à la porte de la République (et pas que les moines d'ailleurs), et comme soudain l'abbaye devint vide (les Tchèques n'étant pas vraiment intéressés par la religion), on essaya de la remplir avec du moine zétazunien mais d'origine tchèque
(j'te dis pas comment le recrutement devait sentir l'accouchement difficile), du bénédictin du côté de Chicago, de l'abbaye de St Procope. Mais lorsque la chienlit con-muniste prit le pouvoir en 1948, ben paf, hop, comme les Allemands, les moines zétazuniens furent mis à la porte.

A partir de 1950, notre abbaye servit de camp d'internement pour ecclésiastiques de toutes confessions. D'abord mâles, puis ensuite femelles, les clésiastiques. Je ne vais pas m'étendre sur cette sombre période des persécutions con-munistes, vous trouverez à boire et à ranger sur ce sujet dans les rayons des bibliothèques.
Signalons juste que selon mes sources, les nonnes de "Broumov" fabriquaient les hosties pour tout le territoire tchèque, ce qui me semble curieux connaissant la politique bolchevique à l'encontre de la religion. Inutile de signaler que le domaine fut joliment dévasté par la rouge vermine, d'abord lorsqu'elle prit le pouvoir en 1948, ensuite pour les besoins du camp d'internement qu'ils y aménagèrent. Tiens, c'est comme "Valdice" (près de "Jičín"). C'était le lendemain de "Broumov", avec ma douceur au miel et belle-maman, dans la voiture.
On s'en allait justement visiter la ville de "Jičín", et en mettant un oeil rapide sur une carte que chais plus laquelle, hop, l'icône d'un monastère me sauta à la vue. "Faut y aller, faut absolument y aller" m'enthousiasmai-je.
- Belle-maman: "Valdice? Y a pas de monastère là-bas, y a une prison de haute sécurité pour les perpétuitards et les nuisibles impénitents."
- Ma chérie: "Et pourtant si, y a bien l'icône d'un monastère."
- Moi: "Si si, faut y aller, c'est juste à côté, allons jeter un oeil, ça n'coûte rien, faut y aller."
En arrivant au bourg, un imposant clocher dépassait les toits des maisons, aussi je suivis la direction, garai la voiture, et me précipitai tout excité devant l'entrée... "oh fock, j'le crois pas!" Ben si, y avait bien un monastère, d'apparence splendide, mais... derrière la porte d'entrée d'une prison. Les boules, z'imaginez? Un splendide portail baroque à volutes fermé de lourdes portes en taule, l'église visible de loin dans l'enceinte, et tout ça inaccessible. Les boules... et c'est comme ça depuis mi-XIX ème siècle, depuis qu'après les nombreuses désacralisations de Josef II, l'on vendit les zédifices religieux zinutiles aux zenchères des plus zoffrants afin qu'ils z'en fassent ce que bon leur semble.
Après la révolution de velours (la belle de Cadix...), l'abbaye de "Broumov" fut rendue aux bénédictins břevnoviens qui en sont donc toujours propriétaires, mais qui s'en occupent qu'en dilettantes parce qu'ils n'ont pas de pognon (ce qu'ils disent), qu'ils habitent loin (z'ont qu'à marche en voiture plutôt qu'en sandales), et surtout parce qu'ils n'ont pas de personnel, ce qui est nettement plus tangible vu que selon mes sources (la liste rouge du WWF :-) des bénédictins du couvent de "Břevnov", il y en aurait officiellement plus qu'une vingtaine, ce qui est nettement moins que d'adeptes d'Hare Krishna (Hare Hare...) qu'on dénombre à quelques 400 illuminés
(mais eux se reproduisent gaillardement contrairement aux bénédictins faignants du coït comme un panda lymphatique). Bref, "Broumov" aujourd'hui est dans un état lamentable de par son passé, et ne s'arrange pas vraiment (enfin pas assez rapidement à mon goût) de par son présent. Dans le futur, j'ai ouï dire qu'on y installerait peut-être des bénédictines, mais quand? Et surtout auront-elles plus de moyens (humains comme financiers) pour réhabiliter et sauver ce qui peut encore l'être? Et tiens, question subsidiaire, le splendide édifice sera-t-il toujours accessible au public, une fois farci de p'tites vieilles grabataires?

Ce qu'on visite donc aujourd'hui (enfin hier, quand j'y suis allé). Le réfectoire, avec ses copies (c.f. plus loin), ses fringues de moines, ses peintures, ses stucatures et son estrade de lecture. L'église St Adalbert, splendide, avec ses fresques au plafond sur la vie du saint (à d'Albert) par "Jan Jakub Steinfels" (l'église de "Břevnov", "Lobkovický palác, Malá Strana"...), le fantastique autel avec son tableau central de "Václav Vavřinec Reiner", les stalles fantastiquement décorées d'époque.
Ensuite vous verrez encore la bibliothèque, fantastique (aussi), contenant quelques 17.000 ouvrages principalement religieux et dorénavant interdite (la biblio) aux Polonais depuis que l'on découvrit que ces meutes de malfaisants pillaient les ouvrages rares lorsque le guide avait le dos tourné. Et attention, c'est véridique, dûment évoqué par le notre (de guide) lorsque je lui posai la question quid de l'hygrométrie (pièce hyper humide), de la température (pas de chauffage) et de la sécurité (aucune camera ni senseur).
Réponse: "les ouvrages sont en vélin, et ne souffrent aucunement du milieu atmosphérique (je suis malheureusement sûr du contraire pour avoir étudié de telles oeuvres, et pour avoir parmi miennes accointances des restaurateurs du "Klementinum"... bref...) mais les plus gros dégâts sont causés par les... dont l'accès leur est dorénavant interdit. Interrogation: "Quoi? Les... ? Et les autres, les... ou les... ?" Réponse: "Non, pas du tout, seulement les..." Hypothèse: "Ne seraient-ce pas les seuls c... qui se seraient fait prendre à faucher?".
Autre hypothèse: "99% des ouvrages sont à contenu religieux. Sûr que ça attire le Catholonais. Et s'ils remplaçaient les pages dans les bouquins par du hard-Q avec macrophotos sur les poils? Ca devrait les calmer non? Oui mais ça attirerait les autres." Bref, toujours dans la bibliothèque, vous verrez 2 peintures d'abbés (mais chais plus lesquels, sorry), par "Jan Petr Molitor" et "Petr Brandl", puis quelques globes terrestres (au moins 2, mais peut être même 3) du début du XVIII ème siècle. Signalons encore la sacristie pleine d'armoires splendides (baroques) en bois de diverses essences (marqueterie), chevauchées en leurs faîtes par des petits anges espiègles tenant dans leurs mimines les outils de la passion.
Signalons aussi les couloirs dévastés de l'abbaye, quelques fresques de-ci de-là dans des états à pleurer, des pièces sans importance totalement non entretenues. Un fantastique aperçu de la richesse du lieu avant, mais une triste vision de l'effroyable réalité d'aujourd'hui. Les boules à chialer que ça fout, sans dec.

Alors pour changer du triste, et avant de continuer avec du truculent (z'allez voir, je vous en ai trouvé velu), donc avant le truculent, quelques anecdotes, comme ça, se rapportant à l'abbaye. Dedans, y avait une école apparemment archi-célèbre (?!), et qui compte parmi ses élèves le premier archevêque de Prague "Arnošt z Pardubic"
(1297-1364), l'écrivain linguiste pédagogue historien et jésuite "Bohuslav Balbín" (1621-1688), ou encore le romancier historique "Alois Jirásek" (1851-1930). De l'abbaye de "Broumov" provient également la fameuse (?!) madone de la mi-XIV ème siècle que l'on attribue au "Mistr Michelské madony" (maître de "Michle" [inconnu] qui sévissait entre Paris, Strasbourg et Freiburg et qui aurait posé les fondements de la sculpture gothique en Bohême, près de "Brno"). Par contre je ne me souviens pas de l'avoir vue (LA madone), parce qu'elle doit être remisée de par chais pas où
(gare aux Polonais), aussi je ne vais pas vous en parler plus que cela. Y en avait bien une, de madone gothique en l'église (c.f. mes photos), mais chuis pas sûr que c'était LA fameuse (?!) madone (aucune protection, pas de boîte en plexi, pas d'alarme...). J'aurais pu demander, mais comme le p'tit gars qui nous faisait faire la visite avait failli confondre le St suaire avec les rideaux, je me suis dit qu'il n'était sans doute pas le plus apte à m'apporter une réponse satisfaisante. Et tiens, vu qu'on en parle... Parmi les morcheaux de soie, vous verrez une authentique copie du St suaire de Turin. Quand on est arrivé avec ma chérie d'amour (et belle-maman), le guide tout jeune et inexpérimenté a commencé fort laconiquement:
"soyez les bienvenus en l'abbaye de Broumov." Cool, merci, bon, on était que nous 3 (vrai, rien que nous 3)... Et c'est quoi la suite? "Nous nous trouvons actuellement dans le réfectoire." Ah oui, ben voilà. Puis long silence, afin que l'on apprécie la pièce (sans doute), du coup je suis parti à la chasse au sublime mon clic-clac en main. Hum... tiens... puis après de longues minutes, le gaillard pubère de continuer: "dans cette petite boîte-là se trouve une copie d'un clou de la croix de Jésus." Ouah... "Et c'est la copie duquel de clou, parce qu'il y en avait plus d'un?" demandais-je facétieusement.
Pas de réponse. "Et dans cette petite boîte-ci se trouve une copie d'un clou avec lequel Jésus a été cloué." Dingue... "Et c'est la copie duquel de clou...". Ca commençait vraiment à faire réclame pour Mr Bricolage, manquait plus que le catalogue des promotions. Encore ça seraient les originaux, je ne dis pas, mais des copies, même certifiées (c.f. le cachet sur mes photos), chais pas, c'est... Et l'on arriva forcément à la copie du St suaire dont on se demande toujours si même l'original est un vrai.
Ceci dit, celui de "Broumov" est une vraie copie, parce que c'est certifié sur la lettre d'accompagnement qui se trouvait dans la boîte du chiffon. En fait tout ça a été découvert très récemment, en 1999, au dessus de la chapelle de la Ste Croix, dans un reliquaire... et puis tiens, lisez-voir ça, tout y est détaillé.

Et maintenant, passons à ce que l'on ne vous dit pas dans les visites guidées, ce qui est assez caché parce que pas vraiment joli joli, ce que j'ai appelé précédemment le truculent (qui croque sous la dent).
Alors au début de ma publie, je vous avais dit que "... en 1213, le roi "Přemysl Otakar I" avait donné le fief de "Broumov"... Pis en 1260, le roi "Přemysl Otakar II" confirma ce que le roi "Přemysl Otakar I" avait donné... mais on n'a que très peu d'information sur cette période." Ben c'est faux, enfin pas vraiment exact. On a des infos, certes qu'il faut aller chercher, puis qu'il faut gratter, puis qu'il faut interpréter, mais de l'info y en a velu, tenez-vous bien. Tout d'abord quelques éléments afin de planter le décor de la comédie. Les rois de Bohême (en cette période) dans l'ordre de succession de père en fils: "Přemysl Otakar I" (vers 1155 -1230), "Václav I" (1205-1253), "Přemysl Otakar II" (vers 1233-1278), et "Václav II"
(1271-1305). Les abbés de "Břevnov" (c'est eux qui tiraient les ficelles de "Broumov"), là c'est une autre paire dimanche parce qu'on ne les trouve pas sous le sabot d'une bourrique, faut gratter un peu (Lecture pour la liste complète: "Sv. Vojtěch, druhý biskup pražský: jeho klášter i úcta u lidu, František Krásl, Jan Ježek"). Ah oui, et eux ce n'est pas de père en fils. Donc dans la famille "abbé" il y eut "Kuno" (aussi "Chuno" 1197-1217, dates de mise en service, pas de naissance et décès), ensuite on s'en fout
("Dluhomil, Pavel, Kliment, Vít..."), puis Martin I (1253-1278), suivi de "Křišťan" (1278-1290), suivi du fameux "Pavel Bavor z Nečtin" (nom de scène Paulus II, 1290-1332), puis on s'en fout à nouveau ("Diviš I, Oldřich, Jindřich II"), puis "Diviš II" (1385-1409). Maintenant la géographie. Notez le bourg de "Police nad Metují", les rivières "Metuje" (qui coule à "Police nad Metují") et "Stěnava" (qui coule à "Broumov"), notez les "Broumovské stěny" (les parois de "Broumov"), massif montagneux (avec parfois de drôles de pics rocheux, genre obélisques verticaux) qui sépare les 2 bourgs susmentionnés et que l'on discerne parfaitement sur
la carte. V'là pour le décor, passons au premier acte.

Le 22 mai 1213, le roi "Přemysl Otakar I" promulgue un édit pour l'abbé "Kuno", dans lequel il lui fait don d'un domaine assez vaguement délimité en ces termes: "...circuitum dico tendentem a monte Knyna usque ad speluncam, que Rothotatech dicitur, ex altera parte a capite fluminis Stenawa usque ad flumen Bozanow et usque ad montes Steny et ab hiis montibus ad locum Przewrat dictum et ab illo loco quantum circumfluit rivulus Sdekelnice nomine usque ad locum, ubi influit Methugen..." (texte originel dans le "Codex diplomaticus et epistolaris Regni Bohemiae", c.f. plus loin, et traduction plus commentaires dans "Příběhy kláštera a města Police nad Medhují, Václav Vladivoj Tomek").
Or bien que vague, parce que notre historien "Tomek" n'a pas réussi (entres autres) à localiser le mont "Knín" ni la grotte "Rosochatec", il est clair que ce document concerne les alentours de "Police nad Metují", limités par les 2 rivières "Metuje" à l'Ouest et "Stěnava" à l'Est. S'ajoutent à ce domaine 2 bourgs assez éloignés, dont 1 particulièrement important puisqu'il s'y tient marché: "Provodov" (près de "Náchod"). En ces temps, le droit de marché octroyé par le roi était économiquement énorme pour le bourg: prélèvement de taxes, d'impôts, de paiements divers...
L'édit contient ensuite un paragraphe juridique sur les pouvoirs, les exemptions, et les taxes des habitants du domaine (de "Police nad Metují") où seul l'abbé "Kuno" et ses successeurs ont pleins pouvoirs, ce qui est surprenant puisque l'Etat n'a plus prise sur la région: "Sane auctoritate regalis maiestatis predictum circuitum et homines eum inhabitantes eximo et penitus absolvo ab omni provinciali exaccione et villicorum seu beneficiarum nostrorum omnimoda vexacione ac eciam terre nobilium quolibet gravamine, ita quod nec ipsi heremite nec bona ipsorum cuiquam debeant subesse nisi sepedicto Chunoni et eius successoribus tam in spiritualibus quam in temporalibus in perpetuum."
Notez la fin du paragraphe, qui spécifie l'application des précédentes clauses tant en matières spirituelle que temporelle, et ce perpétuellement: "... tam in spiritualibus quam in temporalibus in perpetuum." C'est énorme. Cela signifie que l'abbé est seul maître sur son domaine, genre un état dans l'état.

Acte deux. En 1229 (quelques mois avant le décès du roi) paraît à "Hradec Králové" un nouvelle édit du (futur) roi "Václav I"
(à la demande de l'abbé "Dluhomil") confirmant le don précédent par son père d'un domaine cette fois-ci nommément spécifié: "... quendam circuitum, vasta horrentem solitudine, qui Poliz vulgariter dicitur ...". Notez ici le terme "vasta horrentem solitudine" (étendue effroyablement déserte).

Acte trois. En 1253, l'abbé Martin arrive aux commandes. Et parmi ses premières actions, il fait transférer le marché de "Provodov" à "Police nad Metují"
("... ad alium locus Policz nomine ..."), sur le domaine dont il est le maître. Ceci est dûment spécifié dans l'édit du 6 septembre 1253 signé de la plume d'oie du (futur) roi "Přemysl Otakar II", quelques jours avant la mort de son père "Václav I" (22/23 septembre 1253). Mieux, s'ajoutent à cet édit confirmation de toutes les exemptions et libertés précédemment accordées ("... omnimoda libertas ...") mais de plus une extension géographique du domaine originel: "... cum omnibus suis attinentiis infra silvam Heremi et extra metas ...". Ici les experts émettent certains doutes sur le terme "silvam Heremi"
(c.f. "Panovnická a biskupská listina v českém státě doby Václava I., Jindřich Šebánek & Sáša Dušková"), pour certains il s'agit clairement du massif de "Broumovské stěny" (c.f. "vasta horrentem solitudine"), pour d'autres il pourrait s'agir de n'importe quelle forêt "de l'ermite", puisque "Heremi" s'emploie dans le sens de solitude (ex. "in latebris heremi"), voire de désert (ex. "primus heremi habitator") et donnera le nom "eremita" pour ermite (sans H). Et pour bien marquer le coup, notre abbé en remet une couche, et fait reconfirmer les possessions vers l'Est par un autre édit du 3 novembre 1260 en faisant cette fois-ci bien préciser de quoi qu'on se parle
"... que sunt ultra montes, qui Steni vulgariter nominantur.": "Stěny" (les parois de "Broumov").

Acte final. Le 14 janvier 1351, le bon roi Charles IV confirme et entérine les édits précédents en recopiant leur contenu dans cet édit de 1351, et encore heureusement, parce que les 2 premiers documents (1213 et 1229) n'existent plus physiquement, seuls leurs contenus ont été portés sur l'édit de Charles. Et maintenant le coup de théâtre. Les 2 tout premiers documents (1213 et 1229) sont faux, et il est fort probable que même le 3 ème (1253) le soit également.
Il s'agit d'ignobles contrefaçons malhonnêtement falsifiées par les démoniaques abbés de "Břevnov", et qui n'avaient que pour but d'étendre leur pouvoir temporel (mobilier, judiciaire, financier...) au dépend des rois naïfs. C'est énorme, car l'acte même de la création du couvent de "Břevnov" (en 993 par "Boleslav II") a été falsifié au XIII ème siècle (je vous en parlerai une autre fois, à propos d'une rotonde de St Longin).
Ce ne fut découvert que tardivement et vraiment analysé et trié (en "Acta genuina", les actes authentiques, et en "Acta spuria", les actes pourris) qu'au tout début du XX ème siècle. D'ailleurs je vous ai trouvé sur le web le CDB ("Codex diplomaticus et epistolaris regni Bohemiae") initié par "Gustav Friedrich" (1871-1943) où vous pouvez (entres-autres) lire les fameuses donations originelles: "Premysl Otakarus I, rex Bohemiae, monasterio in Brevnov circuitum Police villasque Provodov et Nesvacilov donat, petente Chunone abbate...".
Nul doute que les actes d'origine aient existé. Nul doute que les divers rois de Bohême les aient approuvés. Mais leurs contenus originels furent ignoblement rajoutomagouillés par les bénédictins au XIII ème siècle afin qu'ils puissent jouir de droits, de privilèges et de fortunes illégitimement usurpés. Comment le sait-on? Certains éléments se trouvent dans les ouvrages d'experts précédemment cités: fautes orthographiques répétées des noms propres liées (fautes) à la langue maternelle des faussaires (germains versus tchèques), tournures latines et noms de lieux inappropriés au siècle de la prétendue rédaction, incohérences historiques et juridique, improbabilités liées au contexte d'alors...
Comment ont-ils fait? Ajout de paragraphes sur les documents originaux (depuis on tire un trait derrière les montants portés sur les chèques), inexistence de copie (seul le porteur avait l'exemplaire original portant tous les sceaux qui vont bien), situation inconfortable des régents (le père sur le lit de mort, le fils pas encore sur le trône du pays, "dis-donc machin, tiens, signe-moi ça juste pour la forme, c'est ton papa qui me l'a donné, et son sien avant lui, qui le tenait d'encore celui d'avant avant..." Allez refuser!), tournures obscures permettant interprétation ("le village avec la statue sur la place", "autour de la foret de sapins", "selon les conditions depuis longtemps appliquées", etc...), réécriture et reformulation des textes
(le contenu supposé originel du document de 1213 fut réécrit au moins 5 fois jusqu'en 1351), intimidation et jeu politique des abbés (soutenus par les papes et les rois germains qui n'attendaient qu'une occasion pour faire main-basse sur le royaume de Bohême au motif d'hérésie, de parjure, et de maltraitance des sujets catholiques, c.f. les croisades contre les hussites).

Epilogue. Tout cela fut donc rendu possible par le fait que les moines étaient bougrement lettrés (contrairement au reste de la population, noblesse comprise, alors rajouter quelques lignes obscures dans un acte était un jeu d'enfant), qu'il n'existait pas de photocopieuse afin de conserver une copie de l'acte et pouvoir la comparer
(eh attends, c'est écrit là, tiens, regarde), qu'on rechignait fichtrement à mettre en doute la parole d'un ecclésiastique (quoi, tu renies ce que tes ancêtres ont accordé?), et qu'enfin parce qu'en politique (comme en religion d'ailleurs), ce qui est cru est plus important que ce qui est vrai. Les abbés appliquaient ainsi à la lettre le fameux adage: la politique est l’art de se servir des hommes en leur faisant croire qu’on les sert. Ceci-dit, il est indéniable que les moines ont "civilisé" et peuplé une région totalement déserte, et qu'ils sont à l'origine de son essor, mais à quel prix? Vous vous souvenez de la révolte des baillis et le feu au bergfried? Pareil, les guides vous en diront 3 mots et basta, mais pourquoi diable des baillis se seraient-ils révoltés s'ils n'avaient eu une raison valable?
Ah oui, "baillis" dans notre contexte étaient des personnes désignées par l'abbé, et qui administraient le domaine qui leur était confié (à partir de quelques cahutes de pauvres bougres, jusqu'à des villages entiers) mais surtout qui devaient en dégager les produits (financiers comme en nature) spécifiés par contrat. Ils étaient responsables du bon rendement ("productivité" on dirait aujourd'hui) envers l'abbé iniquement propriétaire. Les contrats étaient signés pour une durée déterminée, et s'ils n'étaient pas remplis par les baillis, paf, à la porte. Exemple, le 26 novembre 1296, l'abbé "Bavor" rédigea un texte fleuve (enfin particulièrement long et détaillé pour l'époque) sur les droits et les devoirs de son bailli Gottfried
"Haitfolksdorf", aujourd'hui "Hejtmánkovice", 1,5 km au Nord-Ouest de "Broumov"). Vous pouvez lire le texte dans les Regesta diplomatica nec non epistolaria Bohemiae et Moraviae, page 741, article 1730, mais en gros ça parle de qui peut (et doit) vivre sur les terres (la famille du bailli), combien il peut en posséder (des terres) et comment en jouir, cultiver gratuitement sur certaines puis payer des droits (taxes, indemnités...) sur les autres (info: Laneus, Lan en Anglais, Lahn en Allemand, était une unité de mesure de surface globalement équivalente à 18 ha.
J'ai pas trouvé de traduction en Français), combien il doit donner d'argent et de grains (et à qui) à la St Michel, à la St Georges, à la St Jacques, à la Pâques, la date de tenue des jugements (plutôt arbitrages), les coûts (en repas, puis en monnaies), les corvées, le transport de l'abbé, mise à disposition de chevaux, d'armes, de petits garçons... enfin tout y est détaillé au grand bénéfice de l'ecclésiastique (et un peu du roi quand même, afin qu'il n'aille pas trop farfouiller dans les livres de comptes des moines). En gros, vers la fin du XIV siècle, outre la ville de "Broumov", le domaine broumovien de l'abbé comptait une quinzaine de villages (sans compter les hameaux) s'étendant sur une surface de 180 "lans" soit 3240 ha, ou 32.400.000 m² ou encore 5,7 km par 5,7 km (sans compter les terres inhabitées, les bois et forêts, les étangs...)
Bref, et donc le 14 décembre 1296 (l'acte de location), l'abbé "Bavor" loua pour un an au sieur "Konrád ze Sulzu" ("Chunradus dictus de Sulcz") le bourg de "Broumov" avec son bergfried, ainsi que les alentours. A charge du sieur de protéger les alentours contre les malfaisants, en particulier contre les Polacs ("...duces Polonie..."). En 1300, l'abbé s'offrit un voyage à Rome en business-class dans le cadre du jubilé avec, entres-autres intentions, celle de faire canoniser le bienheureux Günther, coqueluche des bénédictins de Bohême et en particulier des moines de "Břevnov"
(où il repose toujours, en le domaine de). Mais son séjour serein fut écourté en plein milieu par un fax urgent l'informant qu'en son absence, il y eut vol en l'église de "Police nad Metují" (selon les mémoires de l'abbé. L'impact de ce vol fut énorme pour Günther, car il n'est toujours pas saint aujourd'hui). Mais qu'est-ce quoi qu'il s'était passé donc? Une nuit d'orage, les frères baillis "Lev" et "Tyčko" (esprits enclins à la débauche, comme au péril satanique) ainsi que leurs complices s'introduisirent dans l'église [...] pillèrent la caisse mais laissèrent cependant les objets du culte ("... calicibus tamen et allis ustensilibus parcentes.").
Bon, je vous passe les détails que vous pouvez lire par ailleurs dans les mémoires de "Bavor". Les baillis furent incarcérés mais s'échappèrent avec complicité et soudoyage (soudoiement... soudoierie?). Ils commencèrent alors à piller et à brûler la région, s'en prirent même au burgrave "Vyšemír z Nečtin" qui n'était autre que le frère de notre abbé "Bavor z Nečtin" (ben tiens), puis mirent le feu à la forteresse (notre fameux bergfried loué à "Konrád"). Ils levèrent même (carrément pour vous dire) une armée d'une centaine de bougres et continuèrent joyeusement les dévastations. Mais c'en était de trop, et ça commençait franchement à suffire, aussi le frangin burgrave "Vyšemír"
("dominus Wissemirius de Nedczin, castellanus de Braumow, frater noster germanus") prit les choses en mains, livra bataille aux malfaisants, les vainquit, quant aux prisonniers, ils furent attachés à la queue d'un cheval et trainés au travers de la ville de "Broumov", en passant par la place, où par le plus grand des hasards se tenait ce jour là un marché ("...cum restibus ad caudam equorum ligato et ignominiose per totam civitatem et per forum in Braumow, cum tunc ibidem dies forensis existeret, tracto...", on savait rigoler et amuser le peuple en l'époque). Enfin tout ça pour dire que les exactions des frères "Lev" et "Tyčko" ressemblaient fortement à un règlement de compte personnel avec l'abbé, et aucunement à une jacquerie paysanne.
C'est tout au moins l'avis de "Rudolf Urbánek" exposé dans "Legenda t. zv. Kristiána ve vývoji předhusitských legend Ludmilských i Václavských a její autor". Il s'agissait selon lui d'un acte d'opposition envers la dîme insupportable de l'abbé avec laquelle il finançait son train de vie luxueux, son voyage à Rome en business et ses fringues de marques italiennes (sans parler des gonzesses à gros nichons). Pour finir avec la vénalité et l'énorme pouvoir de l'abbé d'alors "Bavor", signalons que la totalité des biens des 2 baillis séditieux furent confisqués au profit du moine cupide pour une valeur de 400 hryvnias ("hřivna" en Tchèque).
On trouva des complices, idem, confiscation pour le moine d'une valeur de 230 hryvnias. Mais attention, notre pauvre bénédictin eut des frais, parce qu'il dû faire reconstruire le fortin (bergfried compris) pour 144 hryvnias, il en eut encore pour 12 hryvnias de matériel (caillasse), 4 hryvnias pour faire creuser un puits et puis il s'offrit un presbytère pour 7 hryvnias, plus quelques menues bricoles pour 5 autres hryvnias. Et donc si l'on fait la différence entre les 630 hryvnias reçues en dommage (plus intérêts) et les 172 hryvnias dépensées pour retaper les dégâts des baillis, il reste 458 hryvnias dans la poche de l'abbé. Tiens, parenthèse, 1 hryvnia faisait en gros 60 gros (de Prague),
mais il existait la hryvnia de Prague = 64 gros, la hryvnia royale = 56 gros, la hryvnia minière = 48 gros et la hryvnia soixantenaire ("kopová", de "kopa", soixante/aine) qui, comme son nom l'indique, faisait donc 60 gros et qui donna son nom à la fameuse unité "kop grošů" soit 1 hryvnia (en gros). Bon, et ça fait combien tout ça me direz-vous? Ou plutôt on s'offrait quoi avec? Prenons comme étalon la valeur praguoise comme le spécifiait l'abbé dans ses actes ("argenti pragensis ponderis"), et donc au XIV ème siècle, un cheval moyen à gaz naturel (pas à vapeur) coûtait 240 gros (3,75 hryvnias), une vache à laid :-) de compétition coûtait 55 gros (0,86 hryvnia), un porc (sa pue quand ça mord) coûtait 22,5 gros (0,35 hryvnia), 60 oeufs frais au kilo coûtaient 1 gros (0,015 hryvnia),
idem pour une pelle sans manche (c'est pas cher mais c'est con), alors qu'une hache à main coûtait 3 gros (0,05 hryvnia). Et pour une X-MégaDreamWiibox en couleur de 128 bits à 32 Tb de hardisk en mémoire turbo-diesel partagée, ben j'en sais rien du tout (j'anticipe la question de mon fils). Enfin pour terminer, quelques idées de lecture pour tchécophones: "Historické počátky města Police nad Metují, Miroslav Pichl", "Příspěvky k starším dějinám knihovny břevnovského kláštera, Ivan Hlaváček", "Počátky Broumova a Broumovska, Josef Vítězslav Šimák".

Maintenant quelques mots rapides sur le fabuleux Codex Gigas, i.e. "Codex giganteus", i.e. "Liber pergrandis", i.e. "Gigas librorum", ou encore "la bible du diable", parce que lui (codex) aussi est lié à notre abbaye de "Broumov" comme à notre abbé "Bavor z Nečtin". Cette splendeur serait née vers 1229 dans le monastère bénédictin de "Podlažice" (aujourd'hui y a plus, totalement détruit, hussites et pas Suédois, pour une fois) mais par manque de finance, les moines le mirent au clou (en gage) chez les cisterciens du monastère de "Sedlec" ("...quem fratres de Podlasic ob nimiam domus sue egestatem fratribus de Sedlic obligaverun"). En 1295 ("Acta sunt hec anno domini millesimo ducentesimo nongesimo quinto ...") et à la demande de l'évêque de Prague "Řehoř" ("... reverendi domini Gregorii sacrosancte Pragensis ecclesie pontificis magnam peticionem ..."), notre abbé "Bavor" ("... venerabilis pater et dominus Bavarus divina miseracione abbas monasterii Brevnoviensis ...") l'acquit généreusement contre argent comptant au delà même de la valeur en gage
("... dantes pro eo pecuniam paratam pro domo nostro Brevnov perpetuo habendum et utifruendum, superaddentes pecuniam super estimacionem valoris libri supradicti."). Ce fut d'ailleurs la première mention écrite de ce chef-d'oeuvre que l'acquéreur (l'abbé) assimilait aux 7 merveilles du monde de par sa taille ("...qui dici potest de septem mirabilibus mundi propter sui immensitatem..."). En 1420, les hussites menacent "Břevnov", l'abbé Nicolas s'enfuit se réfugier à "Broumov" (fortifié) avec notre ouvrage de 75 kg sous le bras. Là, il demeure en sécurité faisant la fierté de notre abbaye (l'ouvrage faisait la fierté, pas l'abbé, on s'en fout de celui-là). En 1527, Ferdinand I voyage de "Wroclaw" (Pologne) vers Prague, et s'arrête pour nuiter chez nos moines où "la cuisine est chiche, mais crénom di diou c'que leur pinard est goulu". Et après quelques bonnes bouteilles, l'abbé de montrer à l'empereur le clou de sa bibliothèque. "Ouais, sympa, mais tu sais l'abbé, les livres, même avec des images, ça ne vaut pas ton rouge. Ceci-dit, j'en parlerai à mon neveu dans quelques années, chuis sûr que ça va l'botter velu."
Et effectivement, Rudolf II fut totalement fasciné par le codex lorsqu'il le vit pour la première fois vers 1590. Il le voulait, et il le voulait vraiment tout plein, mais comment faire, vu qu'il appartenait aux moines? Finalement c'est l'abbé de l'époque, "Martin z Pravdovic" (dit "Korýtko", Martin II, dans les lignes au-dessus, Polonais de naissance, comme quoi l'attrait des ouvrages du culte auprès des Polacs...) qui sera la source du dénouement heureux pour notre Rudolf. Non seulement les moines se raréfiaient dans l'abbaye, non seulement l'abbé Martin n'avait pu empêcher l'expansion du protestantisme sur son diocèse, mais de surcroît et par manque de formation, certains moines (jeunes) prêchaient à l'aide d'ouvrages hérétiques (hussites) propageant encore d'avantage le mal contre lequel le prélat romain-catholique était censé luter. Rajoutez à ce manque de motivation dans son sacerdoce une bonne dose de prévarication, et vous comprendrez rapidement que notre abbé Martin se sentait... mal à l'aise en son ministère. Aussi afin de trouver un éventuel soutien de poids en cas de souci, il envoya en 1594 le faramineux codex à Prague, chez Rudolf, espérant que ce dernier ne serait pas ingrat le moment venu (de ne pas l'être, ingrat).
Aujourd'hui on ne sait toujours pas si ce fut un prêt ou un cadeau, mais ce qui est sûr, c'est que le précieux ouvrage ne revint jamais en l'abbaye de "Broumov". Et tiens, pour l'anecdote, Rudolf finit par se montrer vraiment oublieux, car devant le nombre croissant de plaintes envers l'abbé arrivant sur la table impériale, le régent finit par monter une commission d'enquête qui aboutit en 1602 à la conclusion qu'il fallait destituer l'immoral au plus vite. Et ce fut fait comme on sait, par ordre impérial au profit de l'abbé Wolfgang de Ratisbonne qui, comme on le sait aussi, n'eut pas beaucoup plus de succès dans la recatholisation du diocèse que son prédécesseur Martin. Et toujours pour l'anecdote, après l'affaire, lorsque l'abbé Martin fut assigné à résidence permanente au couvent de "Police nad Metují", Wolfgang entreprit une fouille minutieuse de la cellule du prévaricateur. Sous le faut plancher, il trouva quelques 20.000 ducats, 6.500 thalers, de menus centimes insignifiants et la collection complète 1975-2005 de Playboy. Le trésor fut entièrement confisqué au profit de l'empereur Rudolf (ben tiens), et d'aucuns soupçonnent fortement notre amateur d'ésotérisme (et d'érotisme) de s'être par la même octroyé la propriété du "gigas".
Cette même année 1602, l'abbé Martin décéda des suites de son inacclimation à la pauvreté, à l'austérité et à l'indigence. Le codex resta dans les collections de Rudolf II jusqu'en 1648, lorsque les Suédois pillèrent rigoureusement le pays (fumiers!) à la recherche des trésors que cette immonde truie nidoreuse de Christina avait donné ordre de rapporter. Pis voilà, je ne vous en dirai pas plus, parce que sinon je pourrais carrément faire une publie dessus, tellement y en a plein à dire sur le codex, mais je vous ai trouvé le fantastique site de la bibliothèque nationale de Suède qui a digitalisé toutes les 300+ pages du fabuleux livre et apporté de nombreux commentaires d'experts, d'historiens... vraiment un site remarquable, contrairement à leur comportement d'il y a 4 siècles.

Pis voilà, je ne vous en dirai pas plus sur "Broumov" non plus, parce que j'ai fait gras une fois de plus, mais un monument si splendide mérite bien quelques lignes, alors n'oubliez pas d'inviter cette fabuleuzabbaye, et surtout n'oubliez pas de vous arrêter suffisamment tôt (50°35'9.22"N, 16°20'1.441"E), parce qu'avec Schengen, vous risquez de vous retrouvez en Cathologne sans même avoir fait gaffe, vu qu'y a plus de frontière (pensez à vos enfants, si vous en avez).
Et dernier conseil, parce qu'on peut y faire des photos, si si, c'est énorme, on PEUT faire des photos, dedans, dehors, de tout ce qu'on veut pour peu qu'on paye un peu (chais plus combien, mais c'était vraiment pas cher les droits), alors prévoyez de la mémoire en carte (accessoirement de la pellicule en rouleau si vous êtes restés à l'argenticlassique), parce que moi par exemple, j'ai shooté plus de 300 clichés malgré qu'on ait fait la visite au pas-de-course (nous peu nombreux, lui peu loquace), et c'est aussi un peu pour cela que j'ai un retard énorme avec mes publies, de par le nombre faramineux de photos que j'ai dues retravailler pour les besoins de ce post. Point final. On a aussi remisé dans les caves de "Broumov" les vieilles momies de "Vamberk" ("vamberecké mumie") que vous pouvez visiter aussi (extra coût), mais je vous en parlerai une autre fois, donc je vous le signale juste. Allez, j'vais me coucher parce que j'ai école moi demain.