mercredi 28 mai 2008

Ailleurs: Klášter de Klášter, et ce n'est pas un juron

C'est ça le truc fantastique d'avec la Bohême (mais sans doute d'avec d'autres régions du monde aussi), c'est que vous avez beau vous perdre n'importe où sans le vouloir (ou même en le voulant), dans le fin fond du trou d'un bout reculé de coin perdu, et bien z'allez à coup sûr vous prendre les pieds dans un fourbi historique d'apparence anodine et pourtant d'importance certaine pour peu que vous grattiez au-delà (de la surface d'apparence anodine). Exemple.
Alors qu'on s'en roulait serein avec ma chérie d'amour en direction de la ruine du château de "Landštejn" dans le cadre d'une virée hautement culturelle rendue possible par le pont fort opportun du 1er mai 2008, nous passâmes providentiellement à proximité de ce dont on avait lu l'existence la veille tandis qu'on s'en planifiait les excursions du lendemain devant quelques chopines de "Prazdroj": le "klášter" de "Klášter". C'est dingue non? "Klášter" en Tchèque signifie abbaye, couvent, monastère (je ne sais toujours pas quelle est la différence entre les 3), et il se trouve qu'il existe en République Tchèque plusieurs agglomérations qui portent ce même nom, mais de façon propre et non commune, dont la notre, d'agglomération... enfin de hameau fort de quelques 50 âmes, à 4 km à l'Est de "Nová Bystřice", à seulement 3 km de la frontière d'avec l'Autriche, à 650 m au dessus du niveau de la mer, dans une région que l'on nomme ici le Canada tchèque (véridique). Et c'est justement tandis qu'on s'en roulait sur la route de campagne, que soudain l'imposante silhouette d'un édifice apparemment religieux mais définitivement baroque nous péta aux mirettes toujours en alerte de tout beau pouvant apparaître derrière n'importe quel virage. "Ouah dis-donc, t'as vu? Enorme, que c'est... et qu'est-ce que c'est?" "Mais oui, mais c'est bien sûr..." après avoir lu le nom du hameau: le monastère de Monastère que c'était. Eh ouais! Alors en dehors du "klášter" de "Klášter", on parle également (et surtout, z'allez voir pourquoi plus loin) de l'église "Nejsvětější Trojice" (de la sainte trinité), mais aussi du "feu" monastère "řádu paulánů" (de l'ordre des frères minimes, "Ordo Minimorum", fondé par St François de Paule, Paola, Calabre, Italie).

Quelques mots d'introduction sur les frères minimes par qui toute l'affaire arriva... ou plutôt comment ils sont arrivés là, à "Klášter", puisqu'ils étaient principalement implantés en France et en Espagne. En 1381, la famille "Krajíři z Krajku" récupèrent la région de "Nová Bystřice" des propres mains du roi "Václav IV", et s'établissent dans le château de "Landštejn" qu'on était justement sur le point d'aller visiter avec ma tendresse d'à moi.
Pendant les guerres hussites, les "Krajíři z Krajku", alors fervents catholiques, restèrent fidèles à leur religion, et leur influence, leur fortune et leur foi crûrent (de croître, et pas de croire) encore d'avantage sous le roi W ("Vladislava II. Jagellonského") qui appréciait tout particulièrement leur opiniâtreté. Et cette famille "Krajíři z Krajku" était à l'époque (fin XV ème siècle) comme cul-et-chemise avec une autre famille du même genre, les "Rožmberkové". Et justement, ces derniers ("Rožmberk" = Rosenberg, auf Deutsch) avaient (surtout "Petr z Rožmberka") fait venir les frères minimes en 1495 sur leurs terres de "Kuklov" (Kugelweit ou Gugelwaid auf Deutsch) afin qu'ils reconstruisent le monastère dévasté par les hussites (pour info, le monastère ne fut jamais terminé, et les Suédois [fumiers] le dévastèrent totalement après l'avoir minutieusement pillé lors de la guerre de 30 ans, ben tiens...). Alors vous imaginez la conversation dans la taverne autour d'une bière: "Ah ouais, les frères minimes? Dingue! Et z'en êtes content?" "Ah mais 'bsolument mon cher ami. Comme les cochons, ils vivent chichement, grognent peu et bouffent tout ce qu'on leur donne, non sans dec, c'est une super opportunité c'te main d'oeuvre là. D'ailleurs ils besognent dru en ce moment même sur..." De retour chez lui, le 24 juin 1501 précisément, "Konrád III Krajíř z Krajku" s'empressa d'en parler à sa femme: "dis-donc ma baronne, savez-vous seulement ce dont ce bon bougre de Pierre Rosenberg vient de m'informer à l'instant?" Et paf, l'idée venait de naître. On demanda encore (juste pour la forme) la bénédiction de l'évêque de Passau (la région tombait dans son évêché à l'époque), puis l'on mit en chantier pour 6 ans l'église de la Ste trinité, de la vierge Marie et de St Jean-Baptiste (qu'elle s'appelait tout entière à l'époque, parce qu'il n'y en a qu'une d'église malgré son nom à rallonge).

Et maintenant la vraie légende, celle à laquelle les gens du coin croient vraiment parce qu'elle est jolie (certes) et qu'il y a un peu de vrai sans doute aussi. Je ne vous apprends rien en disant que la religion c'est comme la peste, si ça n'amplifie pas, ça décline. Et ce n'était clairement pas la volonté de St François de Paule qui venait tout juste de créer son ordre. Aussi afin d'étendre l'influence de sa nouvelle maladie, il envoya 3 de ses sbires vers l'Est (la France et l'Espagne étant déjà contaminées) avec mission de trouver un endroit propice à l'implantation d'une succursale consacrée au prosélytisme, à l'endoctrinement et au bourrage de crâne des naïfs.
Très exactement, un tel emplacement devait se trouver à l'endroit où poussaient 3 tilleuls, coulaient 3 sources et flottaient 3 mares dont on pouvait voir le fond en se penchant un peu sans tomber dedans, et les 3 moines avaient pour mission d'y construire une église, un monastère et une école (3 trucs). Et comme le St François il avait fait 'achement simple dans ses exigences, ben nos 3 pauv' moines usèrent quelques 3 bonnes paires de sandales pendant quelques 3 bonnes paires d'années pour ne finalement trouver qu'une bonne paire de 3 fois rien du tout. Vous aurez compris que la trinité joue dans notre histoire un rôle particulièrement important. Pis un jour, ils finirent par tomber sur un bon vieux bougre local, qui s'enquit des raisons de leurs 3 tristes trombines: "ben on est 3 moines minimes qui depuis 3 ans cherchons 1 emplacement où pousseraient 3 tilleuls, couleraient 3 sources et flotteraient 3 mares dont on pourrait voir le fond en se penchant un peu sans tomber dedans, mais on ne fait rien d'autre que de ne pas trouver." "Quoi? Mais z'avez chopé la polio des prunelles ou quoi? Là, derrière le virage, à 30 m de vous, di diou... l'est là vot' emplacement." Et pour de vrai, il coule sous l'église 3 sources apparemment miraculeuses qui approvisionnent le bassin sous l'autel, et dont l'eau soignerait les affections des yeux (en particulier la polio des prunelles). Alors je n'ai pas essayé sur mes mirettes, parce que je ne porte pas de lunettes malgré mon âge, mais une chose est sûr, ça n'a strictement aucun effet sur la biroute (pour ceux qui s'interrogeraient, restez donc fidèles aux 'tites pilules bleues). Ceci-dit, chacune des 3 sources aurait des vertus différentes donc faut juste trouver quelle source sert à quoi, vu que les moines n'ont pas laissé de mode d'emploi. Pour info, et justement à cause des sources médicinales (voire miraculeuses pour certains), on appelait l'endroit "Sana cella" en Latin, "Heilbrunn" en Allemand, et même "Vaterbrunn" en Moineminime (en hommage au St François). Maintenant selon une autre source (d'information, pas miraculeuse) nettement plus pragmatique, les moines seraient déjà venus en 1491 à la demande du "Konrád" pour l'aider à civiliser, bâtir la région particulièrement dépeuplée (et... et... rétique), genre SimCity ou Tropico pour ceux qui connaissent. Eh ouais, les moines en cette époque étaient plutôt doués de la mimine, et malgré leur foi fanatique, ils avaient de multiples (et souvent fort artistiques) compétences en génie civil (comme en brassage). D'ailleurs au-delà des édifices, d'aucuns les soupçonnent fortement d'avoir également créé de nombreux étangs artificiels qui fourmillent dans la région. Parenthèse. Parmi les étangs créés par la main de l'homme (faible profondeur, pente douce, digue glaiseuse renforcée de rondins permettant une vidange périodique...), il y en a un dont on raconte une histoire dessus. Lorsque les 3 moines étaient à la recherche des 3 tilleuls, des 3 sources... enfin tout le bataclan triptyque, "Klášter" aurait correspondu à tout sauf... sauf aux 3 étangs, car il en manquait un.
Enfin manquait, sûr, avec 50 km de rayon, il y avait de l'étang comme de l'amen en pleine messe, mais si l'on considérait une distance raisonnable dont j'ignore la longueur, ben il semblerait qu'il n'y avait alors que 2 étangs et pas 3. Du coup nos 3 moines décidèrent d'en creuser un troisième, parce que ça faisait déjà 3 bonnes paires d'années qu'ils ne trouvaient 3 fois rien du tout, et que ça commençait sérieusement à leur casser les roupettes 3 fois menu... Cet étang se nomme aujourd'hui "Osika", mais selon la légende, avant, les moines l'auraient baptisé "Asp", pour "Abbatia Sancti Pauli". Ouais, sauf que l'aut' bougre se nommait St François de Paule et pas St Paul de François, que Paule est une ville du sud de l'Italie (Paola) contrairement à Paul, le prénom, et donc ça ne tient qu'à moitié debout c'te histoire là... Mais ça peut être aussi à moitié vrai, parce que sur une carte autrichienne du XIX ème siècle, on trouve le nom de "Aspa" pour notre étang "Osika". Alors vrai ou faux l'histoire du troisième étang? Bref, ce qui est sûr, c'est que cette histoire des 3 tralalas ne leur porta pas vraiment chance si l'on s'en réfère au déroulement funeste de l'histoire, z'allez voir. Nos moines se mirent donc au travail, et vécurent heureux jusqu'en... jusqu'en qu'il ne pète un boyau dans la tête des sectes anabaptistes, et qu'une branche nécrosée du ciboulot ne s'établisse en la ville de "Nová Bystřice" au début du XVI ème siècle. Les premiers temps, "Konrád" laissa faire les secteux, se disant que bon, ben fallait pas être bouché aux idées nouvelles non plus, hein, quand on est seigneur. Mais rapidement, et vous savez comment ça marche, les nouveaux arrivants commencèrent à devenir encombrants, revendicatifs, prosélytistes et casse-couilles, au point que le sieur finit par les foutre à la porte de son fief. Mais ces cochons-là avaient la tripe vénéneuse, et pour bien se venger de l'aristocrate, ils s'abattirent en juillet 1533 sur le monastère des minimes, succès et fierté de notre "Krajíř z Krajku". Et ils s'en donnèrent à coeur joie nos anabaptistes: saccage, trucidage (assassinage), feu et damnation éternelle.
Une quarantaine de moines minimes y laissèrent leur soutane comme leur peau, quant au monastère dévasté, il tomba dans l'oubli de l'abandon pour un siècle pas tout à fait (en vérité, c'est même l'empereur Ferdinand 1er en personne qui chassa les anabaptistes vers la Moravie, et c'est aussi tout le hameau de "Klášter" qui fut détruit, ainsi qu' une bonne partie de ses villageois qui furent assassinés).

Mais l'histoire allait de l'avant. Cette branche de la famille "Krajíř z Krajku" s'éteignit en 1572 (le dernier rejeton "Vilém" mourut sans descendance), puis il y eut la défenestration de Prague en 1618 lors de laquelle se distingua tout particulièrement le sieur "Vilém Slavata (z Chlumu a Košumberka)" en tombant par la fenêtre ("... l'manque jamais une occasion pour faire le pitre cet oiseau-là!" aurait alors dit le comte "Jindřich Matyáš Thurn"), puis il y eut la bataille de la montagne blanche, puis cette ignoble crapule de Ferdinand II redistribua à ses lèches-cul les terres spoliées, et c'est ainsi que "Adam Pavel Slavata" fut mis à la tête du domaine de "Bystřice" parce que son andouille de père "Vilém (Slavata z Chlumu a Košumberka)" fut jeté (sans dommage) par la fenêtre dans l'exercice de ses fonctions au profit de l'empereur Ferdinand. Fumier. C'est en rangeant le grenier de son nouveau château qu'un jour de septembre 1626, le nouveau sieur "Adam Pavel" tomba sur les notes que "Konrád III Krajíř z Krajku" avait prises dans la taverne où il s'était pochetroné comme un cochon avec le "Petr z Rožmberka", et paf, en lisant "...ils vivent chichement, grognent peu et bouffent tout ce qu'on leur donne..." lui vint l'idée de génie: faire reconstruire le monastère par les mêmes moines minimes pour une dépense analogue, c'est-à-dire minime. Aussi il s'empressa d'en faire venir de Bourgogne, des moines minimes, parce qu'à l'instar des escargots, c'est là qu'on en trouvait le plus (c.f. le couvent de Passy), mais prudent, il se contenta au début d'une demi-douzaine, pour voir s'ils ne lui resteraient pas sur l'estomac, enfin s'ils s'acclimateraient et se reproduiraient. Et ils s'acclimatèrent et se reproduisirent à tel point qu'il en vint de partout, du moine comme du pèlerin. Le monastère ne fut réellement terminé qu'en 1667, alors que l'initiateur de la bonne idée décéda 10 ans plus tôt (en 1657), et ça ne faisait rien d'autre qu'à continuer d'en venir, de l'escargot... du moine et du pèlerin. Rapidement, il apparu nécessaire d'agrandir, et c'est son neveu "Ferdinand Vilém", fils de son frère "Jáchym Oldřich", qui prit le relais de "Adam Pavel" (mort sans descendance, les couilles à rides arides).
Le 26 juin 1668 (c.f. la plaque commémorant la pose de la première pierre à l'Est de notre édifice, "Hoc templum in honorem sanctissimae triadis funditus erexit primumque lapidem fabricae huius die XXVI mensis iunii anno MDCLXVIII..."), il mit en chantier une nouvelle église (celle que vous voyez là maintenant), mais décéda également avant la fin des travaux (en 1673, qu'il décéda), au grand bonheur de ses sujets envers lesquels il faisait preuve d'une féroce sévérité que ne manqueront pas de mentionner les divers guides des environs. C'est son frère "Jan Jiří Jáchym" qui vit la fin de la dernière grande reconstruction en 1682. Le monastère comme l'église étaient terminés, tout allait bien, les pèlerins de Bohême, de Moravie comme d'Autriche affluaient par centaines au grand bonheur des bondieusards dont le fond de commerce enflait, enflait... Le dernier propriétaire "Slavata" fut l'évêque carmélite "Karel Felix" ("Jan Karel Jáchym Slavata" de son vrai nom, ami personnel de l'empereur Léopold), dont la foi religieuse, l'introduction dans les hautes-sphères et la collection de reliques saintes ne firent qu'amplifier la renommée du monastère. Aussi dès 1751, l'on commença à tenir rigoureusement un registre des miracles afin de certifier la valeur du lieu en cas de vente, et c'est dans ce registre que l'on peut lire comment un pauv' aveugle sourd muet tétraplégique est venu se rincer les yeux (pas la biroute, ça ne marche pas sur la biroute) à la source miraculeuse, et qu'il est reparti à vélo plein pot en hurlant des alléluia, O quam magnum miraculum est... Et attention, bien que largement spirituel, le monastère jouait également un important rôle économique et financier. Eh ouais, il avait un rôle de banque auprès de la population en octroyant des hypothèques, des crédits et fonctionnait même comme bureau de change pour argent liquide. Mieux, tiens, encore plus mieux. Le monastère faisait "Monts de Piété". Tiens, les pauv' bougres sans le sous viendaient fout' au clou du monastère leur misérable richesse, et lorsqu'ils n'avaient même plus la moindre richesse, même misérable, les moines du monastère se transformaient en huissiers, et saisissaient ce qui restait à saisir. C'est ainsi d'ailleurs qu'ils devinrent les propriétaires du moulin grâce auquel naîtra une boulangerie (c.f. plus loin). Comme quoi, les moines z'avaient tout compris au business du pognon depuis longtemps. Cochons hypocrites va! L'endroit devint même tellement fréquenté qu'à force de monde, la tribune d'orgue finit par s'effondrer écrasant sous ses décombres plusieurs pèlerins dont les voeux n'eurent ainsi plus besoin d'être exhaussés (du coup l'bon dieu s'en partit en vacances dont je me demande bien s'il est rentré compte tenu du bordel mondial dans lequel nous vivons). Puis Joseph II s'assit sur le trône d'Autriche, et simultanément sur un bon nombre d'acquis poussiéreux comme la religion, et c'est justement dans le cadre de ces réformes qu'en 1785, il sécularisa notre monastère qu'un siècle auparavant l'on s'était évertué à reconstruire.
Les moines quittèrent le domaine pour de cieux plus... propices à la propagation de la parole sainte, et seul le curé du village continuait à célébrer la messe en l'église de la Ste trinité. Accessoirement il y organisait des kermesses pour les p'tits vieux, des bals du samedi soir pour les p'tits jeunes, des méchouis pour les touristes, mais seulement parfois, quand il avait le temps et les finances. Au fil du temps, on transforma les bâtiments du monastère déserté en presbytère, en boulangerie, en usine à clous (véridique, rien à voir avec "ma tante" précédemment), en école (jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale), cependant l'idée originale qui aurait pu faire revivre l'endroit et soumise en son temps par le père Manganate, à savoir en faire un Hotel-Restau-Lupanar pour les camionneurs en transit, ne reçut jamais l'approbation du conseil municipal. Aussi après le putsch de la chienlit con-muniste en 1948, même le curé mit la clé sous la porte. La proximité avec l'Autriche (bloc Ouest) mit alors la région sous sévère surveillance douanière, militaire et policière anéantissant ainsi toute forme de fréquentation de la région sans ausweis ("Hraniční pásmo", sous les con-munistes, espèce de "no man's land" sur parfois plusieurs kilomètres, étroitement surveillé par des milliers de bergers allemands affamés, et strictement interdit au citoyen travailleur afin qu'il ne lui vienne pas la soudaine envie de quitter le paradis socialiste que les camarades du parti s'évertuaient à bâtir pour la paix dans le monde et le bonheur des peuples). A force d'inoccupation, de manque d'entretien et d'inhérente détérioration, l'on finit par totalement fout' à terre le monastère en 1959. Aujourd'hui, il ne reste qu'un long couloir appelé le couloir rouge ("Červená chodba") qui reliait avant le monastère avec l'église de la Ste trinité, unique édifice ayant survécu de tout le complexe. Ca fout les boules, quand on sait que ce lieu était auparavant de notoriété régionale, voire nationale.

Alors quelques détails sur l'église de la Ste trinité, puisqu'on y est, genre... Donc comme dit, l'église date de 1668, et se présente sous la forme d'une splendide boîte anguleuse de pur style baroque, de surface rectangulaire, surplombée d'une tour carrée pour sonner la cloche. L'idée d'origine comme les plans seraient du grand "Francesco Caratti" ("Černínský palác", "Nostický palác"...), mais non content de ses prestations, "Ferdinand Vilém Slavata" l'aurait démis de ses fonctions au profit du grand "Giovanni Domenico Orsi (de Orsini)" (la réfection baroque du "Strahovský klášter", "Klementinum" en coopération, "Kolowratský palác" en la vieille ville, le fantastique "Chrám Nanebevzetí P. Marie a sv. Karla Velikého " que j'ai sous le coude depuis des mois, mais que je n'arrive pas à m'y coller d'sus pour le visiter), émérite disciple d'un autre grand, "Carlo Lurago".
Alors 'tention quand même. Bien qu'on attribue la réalisation de l'oeuvre à "Giovanni Domenico Orsi (de Orsini)", ce n'est absolument pas avéré avec certitude car on n'a aucun document attestant ce fait. Il ne s'agit que d'une forte probabilité étayée par la similitude avec d'autres édifices du maître. Alors que l'imposante façade du bâtiment composée de volutes et enjolivée du blason des "Slavata" est orientée vers l'Est (et vers l'étang), le choeur principal de l'église se trouve à l'opposé, à l'Ouest (rare, c.f. l'orientation des églises). En fait l'objectif de l'architecte comme de l'aristocrate était de mettre l'autel de notre église juste au-dessus d'un bassin qui se trouve dans la crypte, et dans lequel se déversent les 3 sources d'eaux médicinales (j'te dis pas la bombe thérapeutique, j'comprends pas que ça ne puisse pas marcher sur la biroute!?). Après les années 1990, l'église reçut un bon coup de lifting du dehors, et j'ai même entendu parler d'un projet de reconstruction du monastère. C'est dingue tout de même, qu'on puisse avoir du pognon pour des conneries pareilles. Bref... A l'intérieur et de chaque côté du vaisseau se trouvent 5 mini-chapelles, mais chais plus de quelles bondieusarderies elles sont fourrées, par contre... ah oui... tiens, alors le fait que la région se trouvait dans la zone frontalière ("Hraniční pásmo", "no man's land"), avait pour conséquence néfaste que les édifices n'étaient pas entretenus, mais pour avantage bénéfique qu'ils n'étaient pas volontairement dégradés par les imbéciles (pilleurs, taggeurs, et fumiers incultes en tout genre). Et justement, c'est sans doute pour cette raison que dans notre église, à l'intérieur, se trouve encore le mobilier baroque d'origine, en particulier l'immense autel de 1678, qui serait selon mes sources le second plus grand autel d'Europe centrale (ah bon, dingue!). Alors selon certains, il (l'autel) serait l'oeuvre du charpentier menuisier et béniste local "Zikmund Lichtenberg" (connais pas!?), selon d'autres, l'auteur en serait un certain viennois nommé "Zeller" (connais pas plus!?). Ce qui est sûr, c'est que le Zikmund est l'auteur des statues, de l'autel (c.f. plus loin) comme des chapelles latérales. Notez le grand tableau central représentant en haut la Ste trinité et en bas Marie (épouse), Joseph (mari), Anne (mère de Marie) et Joachim (père de Marie aussi) agenouillés, et priant les 3 bougres d'au-dessus afin "que ce soit un fils". Il s'agit d'une peinture de "Kristián Schröder", conservateur à Prague de la galerie de peinture dite "de Rudolf", copieur sur demande (en particulier pour "Gundakar Dietrichstein") de nombreuses toiles de maîtres (Rubens, le Tintoret, le Véronèse aussi... pour le château de l'aristocrate à "Libochovice" où vous pouvez encore en voir pas mal, de copies), mais surtout professeur de peinture du génial "Petr Brandl" et accessoirement beau-père défunt du fantastique Jean-Blaise Santini.
Au-dessus de cette grande peinture et entre 2 anges se trouve le blason des "Slavata", encore au-dessus, dans le cercle, l'oeil de bon dieu (ah bon, il était cyclope des yeux?), et encore tout au-dessus, une statuette de la vierge Marie son bambin dans les bras. Les 4 grandes statues sur les côtés représentent 4 des saints patrons de la Bohême, St Venceslas, Ste Ludmila, St Guy et St Sigismond (roi des Burgondes). Quant aux stucatures, elles sont l'oeuvre du fameux "Giovanni Bartolomeo Cometa" (la chapelle de la Lorette, la chapelle de "Plzeň" à la montagne sainte, "Stará Boleslav"...) qui les réalisa entre 1674 et 1675. Vous verrez encore un autel consacré à St François de Paule, un autre consacré à St Félix (avec ses bouts d'os de la collection de "Karel Felix Slavata"), pis vous verrez des Archanges Michel et Raphaël, des St Florian, des évangélistes...

Sous l'église se trouvent 2 catacombes, une petite, et surtout une grande sous pratiquement toute la surface du bâtiment, accessible par un trou dans l'entrée du couloir rouge. Je n'ai pas pu y accéder parce que... tiens, attendez, je commence par le début. Quand on est arrivé avec ma fleur de Bohême devant l'église, c'était désert, et il commençait à flotter grave (averse de printemps). Du coup on est parti visiter le castel (ruine) de "Landštejn" à 5 km de là (publie à venir) se disant qu'on y reviendrait plus tard, au "klášter". Et on a bien fait, parce que lorsque nous sommes revenus, ben il y avait visite dedans. Une espèce de bon bougre rustique, petit mais râblé, au mufle buriné par les saisons, se tenait devant la porte.
Nous: "Dites-voir M'sieur, c'est visitable?"
Lui: "Z'êtes combien?"
Nous: "Ben deux."
Lui: "Faut être 5 pour visiter."
Nous: "Ben oui mais on est qu'deux. Et y a personne autour pour se joind' à nous (ah si... la trinité, tiens, ça fait juste 5). On est même prêt à payer pour 5 rien qu'à nous deux."
Lui: "Faut être 5 pour visiter."
Nous: "Et nous, on ne pourrait pas se joind' aux aut' qui sont déjà d'dans?"
Lui: "Faut être 5 pour visiter. Mais bon, allez voir l'église, rapidement... et pas de photos, on ne photographie pas ici!"
C'est dingue ça, ce rustique pétrousquin savait ce qu'était un appareil photo.
Il ne savait pas forcément à quoi ça servait, mais il savait par contre que c'était interdit de l'utiliser (c'est rassurant pour le citadin que je suis, de savoir que la connerie n'est pas l'apanage de la ville). Et tandis que je m'en ruai à l'intérieur du couloir sombre, je faillis tomber dans le trou d'accès à la grande catacombe. En arrivant dans l'église de la Ste trinité, ouah... énorme... fantastique... stupéfiant de splendeur... d'ailleurs je ne pus m'empêcher de prendre une photo en l'absence du pastoral cambroussard (c.f. mes photos), une seule et unique afin de ne pas chagriner ma chérie d'amour qui avait adhéré au stupide interdit de ce foutre de jacques, et qui (ma chérie) me houspillait dès que je portais l'appareil à l'oeil. Le moujik agricole finit par montrer sa viande de carne bourrue afin de nous mener vers la sortie au prétexte que les autres, ceux qui étaient 5, s'en sortaient des catacombes et qu'il allait fermer. Et tandis qu'on s'en dirigeait vers là de qu'on était viendu, l'on vit effectivement de chanceux gaillards sortir difficilement par le trou exigu dans lequel je faillis tomber auparavant. Et parce que "qui ne tente rien à rien n'a rien", je demandai comme ça, sans trop y croire, si l'on pouvait éventuellement nous aussi descendre dans le trou des... caca tombe... qu'à ta combe. Ce à quoi je fus gratifié de l'évidente réponse: "Faut être 5 pour visiter." Têtu comme une enclume ce foutre d'âne! Z'auriez beau cogner d'sus à la masse, que z'en sortiriez pas une autre réponse. Sinon une légende raconte que dans cette crypte (catacombe) se trouverait un passage secret qui mènerait jusqu'aux ruines de "Landštejn" (dans un sens), et jusqu'en dessous de l'église St Pierre et Paul à "Nová Bystřice" (dans l'autre sens). J'ai pas pu vérifier, malheureusement. Sinon, pour être sûr de visiter (faut être 5 pour visiter), je vous conseille de prendre le vapeur à voie étroite qui s'arrête à "Nová Bystřice", d'où vous repartirez dans un fabuleux bus "Škoda 706 RTO" (le plus beau bus du monde pour moi) design-é fin des années 50 par le génial "Otakar Diblík" et qui est (le bus) une icône du design tchèque de l'époque, à l'instar de la sublime Tatra 603 (qu'est ce que je voudrais en avoir une, elle est si sublime).
Donc organisez-vous un groupe, contactez les JHMD, et ils s'occupent de tout, du transport (n'oubliez pas de préciser "Škoda 706 RTO"), de la bouffe et boisson (spécifiez le train de marchandises à toit ouvert, avec les bancs, les tables et les tonneaux de bière pression), l'amusement (un bon accordéon pour chanter dans le train en buvant), de l'hébergement, des visites (et pas seulement "Klášter", il y a des tonnes de trucs à visiter dans les environs).

Dans la rubrique "dix verres, été rôt gêne et va rier" (eh patate!), y a l'arbre de vie ("Strom života") sur lequel je ne vais pas m'étendre parce que je ne l'ai pas vu, mais je dois vous en parler quand même un peu, puisqu'il provient de notre monastère de "Klášter". Donc très rapidement, il est en bois (de 5 essences différentes), il mesure quelques 2 m de haut, il date de mi XVII ème siècle, il provient sans doute de la région de Augsbourg ("Krautland"), il est l'oeuvre d'un né béniste inconnu, il appartient aux soutaneux (à la paroisse de "Nová Bystřice" ou à l'évêché de "České Budějovice") mais c'est la Galerie Nationale qui l'exposait ces derniers temps, et il est enveloppé d'une légende pas vraie, similaire à celle de la bible du diable (i.e. Codex Gigas), qui dit que ce serait l'oeuvre d'un moine mis au gnouf pendant des années (pour avoir chopé la maladie du prêtre pédophile?) qui aurait adroitement sculpté ça de son petit canif en signe de pénitence. Mais c'est pas vrai, eh non. Tiens, encore un truc rigolo pas vrai. Dans diverses de mes sources, j'ai pu lire qu'un frère minime (de St François de Paule) fut le premier bondieusard à poser le pied sur le nouveau monde en compagnie de Christophe Colomb.
Mort de rire, 'tendez voir... Alors oui, un certain Bernard (Bernardo) Boyl (Boil, Boïl, Buil...) posa son pied aux Indes... sur l'île d'Hispaniola. Il y célébra même la première messe en la première église en la ville de "La Isabela" (République Dominicaine) le 6 janvier 1494, mais... et c'est un grand... un énorme "MAIS"... il n'aurait jamais dû s'y trouver, car il y eut malversation d'homonymes (d'ailleurs vous retrouverez ce fait dans l'encyclopédie catholique), et ensuite parce que ce frère-là n'était pas minime (Ordo minimorum fratrum Eremitarum Fratris Francisci de Paula) mais mineur (Ordo fratrum minorum), il n'était donc pas de St François de Paule mais d'Assise, et c'est pas du tout pareil, du tout du tout... eh, "minorum" et "minimorum", genre c'est quand même vachement différent non?

Donc "Klášter", faut y aller, surtout qu'il y a plein plein de truc à voir à côté, alors soyez pas faignant, prenez la bagnole et roulez jusqu'en Bohême du sud (c'est même pas trop loin, 180 km de Prague, 2:00 de route en roule correct). Et comme je viens de m'équiper d'un GPS à guidage satellite d'origine zétazunienne (recommandé par un pote GI vivant ici, parce que forcément fiable, tiens regardez-voir les bombes en Irak ou en Afghanistan comme elles tombaient propre dessus le turban des terroristes barbus, pas une à côté dans la soupe d'un 'tit écolier innocent, rien que sur la sale trombine des empêcheurs de dessiner Allah en rond) grâce auquel je ne me perds plus (c.f. la foutue carte de ma chérie d'amour), je vous y colle aussi les coordonnées qui vont bien: 49°1'23.329"N, 15°9'30.195"E, si jamais vous en avez un aussi de GPS (sans dec, c'est vraiment bien), genre.

jeudi 1 mai 2008

Visiter: Le palais Schwarzenberg, c'est énorme

Alors si vous n'en avez pas entendu parler, je ne peux même pas vous en vouloir parce que ce week-end là, les extraterrestres seraient venus vomir des bombes thermonucléaires sur les capitales du monde entier, qu'à Prague nous n'en aurions strictement rien su.
Mais alors rien de rien nous n'en aurions rien su, parce que la totalité de l'actualité tchèque, qu'elle que fut le média (papier, radio, Internet, TV...) n'avait qu'un seul sujet de couverture, qu'un seul nom en bouche: Bruxelles Novotel... Berlin Formule 1... Paris Hilton (et ça ne rime même pas, z'auraient pu l'appeler Sharon non?). C'est dingue ça tout de même! Une espèce de graine de courge en silicone génétiquement modifié vient à Prague, incognito, même pas en voyage officiel du pape, et la presse tchèque sombre dans l'aliénation absolue, dans le délire insensé digne de la plus démente débilité tabloïdo-britannique. Tiens, croisez une enclume mentalement déficiente avec une huître lymphatique surmazoutée, ben l'engeance de cette union, c'est à peu près le niveau cérébral auquel se sont rabaissés les média pendant ce fameux week-end là. Ca fout les boules braves gens, sans dec. L'info? Je vous la sers en 1 phrase et quelques mots contrairement à la pléthore d'extase qu'on a pu lire par ailleurs: "L'héritière multimillionnaire des hôtels Hilton vient passer un jour à Prague pour suivre sont Benji de copain guitaristéchanteur qui se produit en notre capitale." Super, bon ben on le sait, cool. Et surtout, on (surtout moi) se demande bien pourquoi cette pauv' chérie est si recherchée (people dit-on)?
OK, elle est plaisante, mignonne, mais savez-vous seulement combien de filles hypra-canons se trimbalent à Prague (en mini-jupe en belle saison)? Avez-vous une idée du nombre de splendides bombes exquises que l'on croise tous les jours dans les rues, le métro, les bars, les boîtes, jusqu'au bureau (ah bon, pas chez vous)? Alors une pauv' Paris Hilton, très honnêtement... Mais à Prague, c'était le délire. Ouaaah!!! Et elle va venir en avion, en bateau, à dos d'âne? Et elle va dormir où? Quoi? A l'Holiday Inn? Attends, tu déconnes (et pourtant si, véridique). Et où va-t-elle se promener? Qu'est-ce qu'elle va fout' de sa journée? Fréquence du pipi? Couleur du caca... Le délire absolu vous dis-je. L'aéroport fut envahi pour rien, parce qu'elle est finalement venue en bus (bus privé, avec le groupe "Broute Charlotte"), et une fois dans Prague, les paparazzis sont devenus dingues furieux lorsqu'ils ont fini par tomber dessus dans le fin fond du coin d'une pâtisserie de la ville. Ils lui ont littéralement collé au fignard comme du papier à mouche merdeux, au point que la pauv' maladroite s'est fracassée le menton en essayant de se faire la belle par une porte dérobée. "Plus jamais à Prague" aurait-elle dit. Mère nature (équivalent mien de "mon dieu"), puisses-tu entendre ces paroles et exhausser la volonté de cette pauv' enfant!
Tiens, essayez ça si vous voulez en savoir plus. Ca fout les boules moi j'dis. Alors pourquoi je m'agace autant? Ben tout simplement parce que la venue de cette tourte-people a totalement éclipsé un évènement culturel autrement plus important: l'ouverture du palais Schwarzenwurst... berg... Schwarzenberg (après 5 ans de reconstruction), palais spendidement farci d'une remarquable collection d'oeuvres baroques tchèques (surtout, mais pas que) appartenant à la Galerie Nationale (mais aussi à d'autres, comme à des ordres religieux dont je ne peux m'empêcher de vous en citer au moins un pour sa saugrenuité: "řád bosých karmelitánů" ou "Ordo Carmelitarum Discalceatorum" en Latin ou encore l'ordre des carmes déchaussés [parfois déchaux] en Français. A quand les soeurs dé... genre "demain j'enlève le haut"?).
Eh ouais, et c'était vendredi 28 mars 2008 l'ouverture comme la mise à vue du public de quelques 160 sculptures et 280 peintures fin renaissance et baroque (début et fin). Moi j'y suis allé le samedi 29 (ça sentait bon l'neuf :-) et j'étais pour ainsi dire tout seul dans le musée, parce que non seulement la pub faite autour de la dinde californienne avait étouffé la pub pour le palais, mais ensuite parce que le peu de gens qui ont eu connaissance de l'ouverture ont sans doute préféré aller chasser la gallinacée, se disant que le palais serait encore là plus tard (ce qui est vrai). Bref, la collection est remarquable, vraiment, et je suis prêt à vous parier que ce musée-ci (Sissi) va rapidement devenir la coqueluche de Prague, si toutefois Miss Hilton tient parole et ne remet jamais plus les pieds ici (pauv' chérie quand même, c'est dingue d'en arriver là).

Allez, avant d'entamer les détails, entrons dans l'histoire du bâtiment. Ah oui, tiens, c'est vrai, peut être que vous ne savez même pas où il se trouve? Ben sur la place du château de Prague ("Hradčanské náměstí 2"), en face du palais de l'archevêque, genre tournez le dos au château (et au climatologue "Václav") et avancez tout droit.
Passez la statue du président TGM et 50 m plus loin, sur votre gauche, hop, l'entrée du palais Schwarzenkopf... berg... Schwarzenberg. Vous ne pouvez pas le louper, c'est l'un des plus grands, des plus majestueux, des mieux conservés des palais renaissance de la ville. Mieux, il est l'un des plus fantastiques exemples de style "renaissance tchèque", c'est à dire d'un mélange de tradition slave et de modèle valaque. Parenthèse: valaque (en FR) de "Vlach" (substantif) et "vlašský" (adjectif) sont des termes tchèques utilisés principalement dans un contexte architectural ou artistique désignant tout simplement les Italiens (substantif) ou "italien" (adjectif). L'origine en est très très lointaine (c.f. Wikipédia, c'est dingue ce que l'on trouve dans ce fourbi), mais l'utilisation est toujours courante: "vlašský dvůr", "vlašský ořech" (walnut)... Aujourd'hui les experts considèrent donc le palais Schwarzenloch... berg... Schwarzenberg comme le second plus important édifice renaissance de Prague, après le pavillon d'été de la reine Anne ("Letohrádek královny Anny" ou "Královský letohrádek").
Dis-donc, ça me fait penser que je ne vous ai toujours pas fait de publie là-dessus, flûte alors... bref... Avant donc ce fantastique palais, se trouvaient en cet endroit plusieurs maisons dont 3 nous intéressent tout particulièrement. Alors on se parle du début XVI ème siècle, parce que sinon les dernières fouilles (lors de la reconstruction, jusqu'en 2008) ont prouvé la présence de fondations entre le XI ème et le XIII ème siècle. Bon, mais retour donc au XVI ème... Tout au sud (à l'emplacement de l'actuel palais), il y avait une petite bicoque dite "aux portes rouges", et à elle adjacente, s'en trouvait une autre dite "aux fenêtres vertes", déjà inscrite au cadastre gothique en 1371 (les caves de la maison "aux fenêtres vertes" font toujours partie intégrante du palais, malheureusement c'est non visitable). La troisième et dernière bicoque (à l'ouest sur l'emplacement de l'actuel palais) fut offerte en 1406 au chapitre de Prague par une certaine Catherine de la famille "Kaplíř ze Sulevic" afin de servir de refuge aux nobles bondieusardes démunies. En 1541 arriva le terrible incendie (dont je vous ai déjà maintes fois parlé) qui enfuma correctement nos 2 premières maisons, faisant par la même sensiblement baisser leur prix de vente. Cool, le futur plus haut burgrave du royaume, "Jan Popel z Lobkovic" (junior, 1521-1590, "na Tejně Horšovském a Tachově"), résidant alors au Q du royaume ("Horšovský Týn") et voulant prendre pied en la capitale, en profita pour les acquérir à bas-prix (les maisons enfumées).
Ainsi dès 1545, l'on commença à transformer les "portes rouges" et les "fenêtres vertes" en palais. En 1565, le bougre "Lobkovic" acquit encore la 3 ème bicoque (celle pour les bondieusardes) laquelle fut joyeusement englobée dans le projet "palais" qui prit fin en 1567, peinture et crépi inclus (c.f. l'année sur les sgraffites extérieures). Euh... ouais les gars, mais les décorations intérieures, sorry, mais y en a eu jusque dans les années 1580 quand même, alors hein... 1567... Passons... Du coup, ben ce palais connu sous le nom de "Schwarzenberský palác" se nomme également "Lobkovický palác", mais aujourd'hui on utilise plutôt le nom de Schwarzenbrot... berg... Schwarzenberg afin de ne pas le confondre avec l'autre "Lobkovický palác", celui à l'Est dans l'enceinte du château de Prague, rue "Jiřská 3/1", qui vient récemment d'ouvrir ses portes et dont le prix d'entrée indécent à 270 CzK (plus de 10 €) a refroidi votre modeste serviteur, ou encore (ne pas confondre) avec le "Lobkovický palác" rue valaque ("Vlašská 347/19") et qui sert d'ambassade allemande à l'ambassadeur allemand. Pis faut dire aussi que les "Lobkovic" ne l'ont pas gardé longtemps leur gentilhommière, parce qu'à l'instar du château de "Zbiroh" dont je vous ai parlé récemment, le notre de palais fut également confisqué en 1594 par l'excentrique Rudolf II (à son propre profit, c'est balaise quand même) après que l'intendant royal "Jiří z Lobkovic" lui ait trop cassé les roupettes.
En 1600, Rudolf II l'échangea contre le palais "Rožmberk" (rue "Jiřská 2/3", aujourd'hui "Ústav šlechtičen", juste à côté de l'autre "Lobkovický palác") avec "Petr Vok z Rožmberka". Ce dernier décéda sans descendance, et comme le château de "Rožmberk", notre palais passa aux mains des "Švamberk". Puis bataille de la Montagne Blanche, puis confiscation, puis comme avec "Český Krumlov", récupération en 1624 du palais par les "Eggenberg", puis "Jan Kristián" décèda sans descendance aussi... non plus, et ce sont les Schwarzenblut... berg... Schwarzenberg qui héritèrent des biens en 1719 par l'intermédiaire de "Marie Arnoštka" dont le neveu "Adam František" devint l'héritier des "Eggenberg"... enfin c'est expliqué dans ma publie sur "Český Krumlov".
Et pour la bonne rigolade, l'épouse d'Adam François était née Eléonore Amélie... oui... "Lobkovic", eh ouais, c'est dingue non, comme tout est vachement lié, "Schwarzenvic" et "Lobkoberg". Puis l'empereur déménagea à Vienne, ses lèche-fions le suivirent, et les palais praguois se vidèrent de leurs augustes occupants. Au tout début du XX ème siècle, le palais Schwarzenstern... berg... Schwarzenberg se transforma en écurie pour les canassons de l'armée, et à partir de 1908, c'est le musée technique national qui s'y installa, lequel fut suivi en 1947 par le musée militaire. Selon une source, l'édifice fut rendu à son propriétaire Charles en 1991 dans le cadre des restitutions, puis en 2002, il passa sous l'administration de la Galerie Nationale. Et là stop, parce qu'attention, tout cela n'est pas sûr du tout du tout. En effet, concernant notre palais, j'ai de gros doutes sur sa restitution, attends, je vous explique.
Avant le putsch des fumiers con-munistes, la famille Schwarzentruc... berg... Schwarzenberg était composée de 2 branches, la branche dite "orlická" (de "Orlík nad Vltavou", ORL dans la suite de ma publie), et la branche dite "hlubocko-krumlovská" (de "Hluboká nad Vltavou" et de "Český Krumlov", HCK dans la suite de ma publie). Or notre ministre de Charles est génétiquement de la branche ORL (Oto-Rhino-Laryngo), mais à l'âge majeur de chais plus combien, il fut adopté en Autriche par la branche HCK (HypoCondre Kancéreux). Et là ça se complique vachement parce que la loi tchèque ne reconnaît pas l'adoption après la majorité (et donc l'héritage), ensuite parce qu'il y a des divergences sensibles entre la loi tchèque et la loi autrichienne sur les adoptions, les héritages et les restitutions, et in fine, parce que la branche HCK tombe (peut-être à tort) sous le coup des décrets Beneš, page de l'histoire définitivement tournée, entérinée et totalement distincte des restitutions post-con-munistes.
Donc ce bon bougre de Charles fut restitué des biens ORL (ça se dit ça, "être restitué de kekchoze"?), mais pas des biens HCK auxquels il n'aurait d'ailleurs même pas droit (des histoires de familles, c.f. "Alžběta Pezoldová"). Bref, l'important à retenir est que c'est la Galerie Nationale qui en est aujourd'hui propriétaire, du palais.

Alors la toute première construction (1545-1567) serait l'oeuvre de l'architecte valaque (italien) "Agostino Galli", qui fut fort certainement le reconstructeur renaissance du domaine de "Horšovský Týn" (alors propriété de "Jan Popel z Lobkovic" junior). La réunion des 3 maisonnettes d'origine explique sans doute la forme en T de la surface du palais. Enfin un T à l'envers, avec du côté gauche (à l'envers, sinon droit à l'endroit) une cour intérieure.
Tiens, de cette cour remarquez les fenêtres doubles sur le corps du T, alors qu'elles sont simples sur la barre, allez savoir? Notez que sur les plans d'origine, il ne devait pas s'agir d'un T, mais d'un H renversé (à 90°), ou d'un T avec une barre en bas aussi, genre souligné le T, parce que le mur qui sépare la cour de la place devait être habitable en palais. Sans doute que par manque de pognon, ou de 4 ème maisonnette pas chère... Pareil, en entrant dans le palais, les arcades sont fermées par de larges baies vitrées (genre jardin d'hiver), mais c'était pas comme ça avant, ni sur les plans, avant c'était ouvert au vent. D'extérieur l'on peut voir les fantastiques sgraffites qui seraient d'inspiration nord-italienne, voire carrément vénitienne, sachant que les experts classent les pilastres (visibles dans la cour intérieure) dans le style "Toscane" (Florence même... balaises les gars moi j'dis!). Notez les imposants pignons et la large corniche entre le mur et le toit contenant les splendides lunettes richement décorées. Il s'agit d'une réelle singularité car ces caractéristiques sont plutôt celles d'un noble château provincial (c.f. "Litomyšl") que celles d'un palais urbain (mais quand on a du pognon, hein...).
Une première restauration (sous les "Eggenberg") eut lieu en 1710 sous la truelle de "Marcantonio Canevalle" ("Clam-Gallasovský palác", "Chrám svaté Uršuly"...) et attention, c'est énorme comme boulot: l'escalier fut changé en style baroque. Sans dec, ça méritait d'être signalé. Entre 1723 et 1724, c'est l'architecte "Antonín Haffenecker" (baroco-classicisme, "Stavovské divadlo", "Nostický palác", "Sweerts-Sporcků Palác"...) qui retapa l'intérieur du palais en baroque (tardif) pour la famille Schwarzenbier... berg... Schwarzenberg, selon un projet de "Anton Erhard Martinelli" (le fantastique château de "Vranov nad Dyjí"). Pis on passe à la nuit du 26 au 27 octobre 1870. Cette nuit là, une terrible tempête s'abattit sur le royaume, causant d'énormes dégâts dans les forêts (c.f. "na Šumavě") et faisant même s'écrouler le pignon Ouest sur la place du château. Ah ben chapeau! Alors on colla "Josef Schulz" (le Musée National, le Rudolfinum...) sur la réparation entre 1871 et 1892 (21 ans? Il était aussi de chez Accentruc :-)
Sauf que comme personne n'avait pris de photo du pignon avant (l'effondrement), ben personne ne se rappelait plus des motifs qu'il y avait dessus. Et du coup Joseph fit appel à un autre grand architecte de l'époque, "Jan Koula" et à eux deux, ils gribouillèrent des motifs originaux qui ne sont donc pas ceux d'origine (mais faut vraiment avoir le nez collé dessus debout sur une échelle pour s'en rendre compte). Au delà des gribouillages, "Josef Schulz" refit également tout le toit en ardoise, le mur tout autour du palais, et d'autres menues couillonneries dont l'histoire ne se souviendra pratiquement pas. On restaura ensuite les sgraffites en 1929, puis en 1955, et c'est de cette époque que date ce que vous voyez aujourd'hui. C'est énorme, y en a sur quelques 7000 m², devant comme derrière, tiens, passez par les escaliers de la mairie ("Radnické schody", qui descendent du tout début de la rue de la Lorette vers la rue "Nerudova"), ou du haut du jardin Lobkotruc ("Lobkovická zahrada", sur la colline de "Petřín"), de partout qu'on les voit les sgraffites.

Sinon dans le dedans, il reste aussi des splendeurs qui à elles seules méritent la visite du palais. En dehors de quelques voûtes renaissance d'origine, je veux surtout parler des plafonds à caissons qui se trouvent dans 4 salles du dernier étage. C'est fantastique, c'est fin XVI ème siècle (années 80), et c'est apparemment peint sur toile et non directement sur bois. Ah? Levez les yeux, et admirez les thèmes classiques de la mite au logis: l'enlèvement des Sabines ou le syndrome de Stockholm, Phaéton tombant des cieux foudroyé par Zeus parce que fichant le feu au chaos de l'univers entier parce qu'il conduisit sans permis le quadrige de son père, Junon et Jupiter, jumeaux et époux infidèles (surtout lui, ce scélérat lubrique), le jugement de Pâris sur le mont Ida, la pomme de discorde et tout le foin troyen qui s'en suivit, et justement, autres thèmes induits: la guerre de Troie avec son talon d'Achille et son cheval d'Ulysse, Enée fuyant Troie en feu, son père Anchise sur ses épaules (thème par ailleurs repris dans le pavillon en étoile), ou encore une scène des plus entremêl-et-tordues, l’enlèvement de Perséphone (aussi appelé le rapt de Proserpine) par Hadès (Pluton), fils de Cronos (Saturne) dans Orphée et Eurydice (?! mais véridique).
Sinon mes photos sont parfois floues, ben ouais, que voulez-vous, sans statif et sans flash... mais ça vous donne une idée quand même et surtout, ça devrait vous donner l'envie d'aller y voir par vous-mêmes. Et tiens, pour vous mettre encore plus l'envie en bouche, les immenses génies dont certaines oeuvres sont présentées au palais Schwarzenkirsch... berg... Schwarzenberg se nomment: Hans von Aachen (l'archi connu portrait de l'excentrique Rudolf II), le souvent nommé Ferdinand Maxmilián Brokoff dont je ne cesse de louer le talent, Bartholomeus Spranger qui aurait pu être mon voisin s'il n'avait pas choisi de décéder 400 ans trop tôt, Michael Willmann le Rubens de Silésie, son compatriote silésien Jan Kryštof Liška qui laissa sont empreinte dans les plus splendides édifices religieux du royaume de Bohême,
le fabuleux Matyáš Bernard Braun (encore qu'ici, l'oeuvre est limitée, principalement des statues du palais Clam-Gallas), Ignác František Platzer, František Ignác Weiss, Jan Antonín Quitainer... Puis il y a une toute spéciale insistance sur des incontournables, le génial vénitien-bohême Petr Jan Brandl, l'encore plus vénitien et moins bohême Karel Škréta. Puis n'oublions pas les Grund, les Hiernl, les Molitor, les Reiner, les Palko (phénoménal), les Bendl, Bys, Rohrbach, Savery... et malgré tout j'en oublie. Si j'ai le temps, je vous en parlerai plus en détails dans des prochaines publies. Sinon d'ici fin 2008, la Galerie Nationale prévoit dans les sous-sols une exposition tactile d'oeuvres baroques pour les malvoyants. Ca me semble tellement formidable que je me dois de vous le signaler (et avec un peu de chance, les bienvoyants pourront admirer les caves gothiques de la maison "aux fenêtres vertes").

Et voilà, c'est splendide, c'est bon marché: 150 CzK soit 5,77 € (et même 3,08 € si vous y allez après 16h mais vous n'aurez pas le temps de tout voir parce que si vous regardez avec amour [z'avez intérêt], 3h sont un minimum pour en faire le tour), et c'est à mon avis incontournable si vous venez à Prague. Petit hic quand même, l'éclairage. Alors chuis pas spécialiste de la lumière en galerie de peintures baroques, mais en tant que visiteur, j'ai trouvé que certains tableaux étaient insuffisamment éclairés (parfois très insuffisamment), et que parfois l'angle d'éclairage était plutôt inadéquat (parfois très plutôt).
Je m'explique, pour moi la meilleure façon de mettre un tableau en valeur est une lumière diffuse et rasante provenant d'au dessus, "noyant" le tableau d'un brouillard lumineux. Or là, il y avait parfois des spots qui spotaient justement sur un bout du tableau, bien de face, créant un gros point lumineux éblouissant en plein dedans les mirettes. Rajoutez un soleil de fin d'aprèm pénétrant par les fenêtres mal calfeutrées, et paf, on y voit comme dans le trou d'une taupe constipée par nuit de brouillard. J'espère qu'ils vont s'améliorer sur cet aspect. Allez, je ne vous retiens pas afin que vous filiez au palais Schwarzenwald... berg... Schwarzenberg à la vitesse d'un pet gras sur une toile cirée.