samedi 26 janvier 2008

Ville: Garer sa voiture au centre ville

Sans dec, z'allez pas le croire mais si, c'est arrivé. Sans dec, on rêve debout les yeux ouverts. Savez-vous par exemple que dans la partie classée (historique) de Prague (en particulier "Malá Strana"), il est impossible de peindre sa maison de la couleur que l'on veut, impossible d'y mettre les fenêtres que l'on veut (par exemple les doubles vitrages en plastique sont strictement interdits), les fleurs au balcon sont réglementées, les antennes paraboliques sont interdites. Les poignées de fenêtres (et portes) sont discutées (véridique), jusqu'à la peinture intérieure qui est normalisée (vrai de vrai), genre le gars qui habite dans une maison classée ne peut pas peindre sa chambre à coucher en Jackson Pollock par exemple.
Des imbéciles du ministère de la conservation du patrimoine culturel doivent donner leur accord pour l'homologation en fin de n'importe quelle modification/construction sans laquelle (homologapprobation) vous n'avez aucune chance d'avoir de l'eau, du gaz, du téléphone ou de l'électricité puisqu'il vous faut présenter les documents officiels qui vont bien. Mais ça c'est la théorie, parce que bien entendu et comme toujours en République Tchèque, selon que vous serez puissant ou misérable, ces imbéciles vous casseront les couilles de façon variable (voir mes nombreux coups de gueule à propos des monuments historiques dont les imbéciles du ministère de la conservation du patrimoine culturel se foutent allègrement... ou alors ils sont soudoyés pour s'en foutre). Bref, et donc juste après les vacances d'été, c'est sans la moindre retenue et sans la moindre considération esthétique par ailleurs tant défendue, que des agents de la voirie sont venus peindre des lignes bleues et jaunes sur tous les trottoirs de "Malá Strana" (mais ailleurs aussi, rassurez-vous). Partout, du bleu et du jaune visible comme une immense verrue sur le groin d'une vieille truie, une fiente de pigeon sur l'albe épaule de la mariée, du bleu et du jaune vulgaires qui offensent la vue dans les rues historiques de Prague.
Et quelques temps plus tard, hop, ils ont planté des pancartes pareil partout indiquant qu'il était interdit de se garer sur les zones bleues sans carte de stationnement valide (sauf entre 6 et 8h du matin où c'est libre, pour livrer, merci les gars). Cool, la mienne de carte était valide jusqu'en février 2008, c'était écrit sur le contrat que j'avais signé, et payé la ville pour. Mais attendez voir, parce que le mieux était à viendre. Fumiers véreux!

Début novembre 2007, je vais un matin à ma voiture pour me rendre au burlingue et trouve une prune derrière le pare brise. "Ben flûte alors, qu'est-ce que j'ai fait?" Quelques mètres plus loin, je trouvai le bougre qui distribuait joyeusement, aussi je m'empressai d'aller lui poser la question du pourquoi.
Moi: "Comment ça plus valable ma carte de stationnement? Mais elle est marquée jusqu'en février 2008!?"
Lui, le plus naturellement du monde: "Ben oui mais non, la validité a été annulée."
Moi: "Quoi? Quand, comment et pourquoi, chuis au courant de rien!!!"
Lui, toujours le plus naturellement du monde: "C'était écrit partout, dans la presse, la télévision, depuis 2 mois..."
Moi: "Io sono molto stupido, je ne lis pas la presse et je ne regarde pas la télévision, comment puis-je savoir?"
Lui, désolé: "Ben oui, ben chais pas..."
Moi: "Ben oui, ben chais pas, ça veut dire que je vais me payer une prune chaque jour jusqu'à ce que je m'occupe de la nouvelle carte de stationnement?" (j'ai vraiment rien d'aut' à fout')
Lui, encore plus désolé: "Ben oui, ben sinon écrivez un petit mot derrière le pare-brise, comme quoi la nouvelle carte est en cours de..."
C'est ce que je fis, et je dois avouer que les agents étaient compréhensifs (extrêmement rare et inhabituel), parce que pendant les 3 semaines d'avec mon ancienne carte, je n'ai plus été verbalisé. Merci braves gens, merci, enfin du gen bon, compréhensif et tolérant. Par contre, les qui n'en n'avaient pas du tout de carte de stationnement, les pauvres bougres étrangers qui ne savaient pas, eux, ils s'en mangeaient velu de la prune grasse, du sabot et de l'enlèvement, tous les jours et en quelques minutes, vu de mes propres yeux encore cette semaine.

Alors pour la petite histoire de la carte de stationnement, parce que ma voiture m'est généreusement payée par la société, je dus présenter une attestation officielle stipulant que le véhicule m'est personnellement octroyé, attestation signée exclusivement par le directeur général de ma société dont le nom figure sur l'acte de création de l'entreprise sur une photocopie certifiée du registre du commerce. Et comme mon directeur général voyage sur les 5 continents parce qu'il est responsable d'une entreprise de plus de 1000 personnes à Prague qui fournit des services à 1/2 million d'employés dans le monde, ben je dus attendre 3 semaines avant d'enfin obtenir ce document qui n'était qu'un parmi les 5 autres (stu-pé-fiant de connerie brute).
Bien entendu, cette règle de profond faichiettage s'applique à toutes les personnes dans la même situation (résidant à Prague et possédant un véhicule de société) aussi les directeurs généraux de Prague doivent vouer un incommensurable amour à l'inepte imbécile qui a vomi cette stupide procédure conçue par l'unique connexion synaptique de son cerveau de débile profond (monsieur le maire de Prague?).

Toujours pour la petite histoire, le montant payé en début d'année 2007 pour le droit de stationnement annuel ne fut aucunement remboursé pro rata temporis, malgré que le misérable fumier qui siège à la mairie rompit le contrat fin septembre et sans préavis (sans dec, envie de meurtre à la tronçonneuse parfois). Bon, vous me direz que 120 CzK (4,51 €) annuel, soit 0,38 € par mois pour garer sa voiture... bon ok... mais pour cette somme, la mairie aurait pu envoyer une lettre à mon domicile afin de me faire part de leur décision que j'ignorais (tas de fumiers), histoire d'anticiper et régler l'indispensable paperasse dans la sérénité. Et encore et toujours pour la petite histoire, ceux qui se demanderaient le pourquoi du comment... Avant c'était 120 CzK pour l'année, le stationnement, aujourd'hui c'est 700 CzK (26,32 €) pour la première voiture, mais 7.000 CzK (263,16 €) pour la seconde.
Et si vous êtes entrepreneur, genre plâtrier, boulanger, livreur, artisan, et que vous utilisez le véhicule dans le cadre de votre travail, genre camionnette, fourgonnette, pick-up, alors c'est 36.000 CzK (1353,41 €) pour l'année, oui oui, 36.000 CzK, le délire absolu lorsqu'on sait qu'un salaire moyen praguois brut mensuel est de 26.000 CzK (21.000 dans toute la CZ) et que les 2/3 des actifs touchent un salaire inférieur au salaire moyen.

Alors voilà, chers touristes qui venez à Prague en voiture, surtout, mais alors vraiment surtout ne garez pas votre voiture sur une zone bleue (réservée) et encore moins jaune (interdite). C'est le sabot ou l'enlèvement garanti dans les 15 minutes maximum, parce que compte tenu du montant de la prune que vous risquez de prendre, des unités spéciales de la police municipale circulent 24 sur 24 dans les plus petits recoins de la ville afin de racketter sans indulgence le pauvre contrevenant. Et j'insiste, les racketteurs sont partout, dans les plus petites rues et ils y sont tout le temps, même à 3h du matin, en moins de 15 minutes, paf! Et ce n'est pas un papillon derrière le pare-brise que vous recevrez, c'est un sabot ou l'enlèvement, pour être sûr que vous payiez avant de quitter ce beau pays.
Je vous ai donc trouvé une liste de parkings que je vous conseille vivement d'utiliser, non seulement pour éviter la prune, mais également pour écarter le risque quasi-certain de déprédations occasionnées par toutes les catégories d'imbéciles que vous puissiez imaginer (ma voiture couche dehors, j'en sais quelque chose). Vous avez aussi le site officiel, avec le choix selon le type de parking (1.), selon votre route d'arrivée (2.) ou selon les arrondissements de Prague (4.). Puis y a encore une carte interactive très détaillée mise à jour par les internautes. Et comme les 2 sites sont uniquement en Tchèque, je vous propose bienveillamment mon humble assistance dans le cas où vous auriez besoin d'un coup de main, assistance que vous aurez l'heur de rétribuer par quelques chopines de bonne bière lors de votre séjour en la capitale nôstre :-)

mardi 15 janvier 2008

Visiter: Strahovská obrazárna, y a des chefs-d'oeuvre

Et donc comme promis, après plusieurs publies hors capitale, je m'en retourne à mes premiers amours, à cette fantastique ville de Prague. Aujourd'hui donc, la galerie de peinture du couvent de "Strahov" à propos duquel couvent je vous ai déjà parlé de sa fantastique bibliothèque, à voir, vraiment.
En fait au départ, je pensais qu'il s'agirait d'un circuit hors du commun parce qu'organisé par un organisme dont je ne peux que louer les services, mais finalement non, il s'agissait d'un circuit des plus classiques, sans aucun plus sinon quelques petits moins: le nombre extrahurissant de p'tits vieux encombrants, et la loquacité superfétatoire de l'accompagnatrice (je sais, chuis bien placé pour dire ça me direz-vous). Alors j'entends déjà mes lecteurs me faire remarquer que les p'tits vieux, tout ça, qu'ils ont le droit de vivre aussi, et tout et tout... Oui, bien sûr, je ne dis pas, mais genre comme ils ont toute la semaine pour ne rien fout' pendant que les actifs sont au boulot, ils pourraient laisser leur place en week-end à ceux qui ne peuvent pas sortir en semaine parce qu'ils trimardent au burlingue pour payer leur retraite (aux p'tits vieux). C'est comme chez le médicastre, genre une fois par an tu passes une nuit d'enfer à tousser comme un tubard cancéreux, le nez bouché d'un bulldog asthmatique transpirant comme un chien dans une cantine chinoise sous 39°C de tempiote, et comme tu ne dors pas depuis la veille, tu te dis que tu vas aller consulter aux aurores, histoire d'arriver à l'usine raisonnablement tôt et contaminer les camarades au plus vite. Ben t'as beau arriver à l'ouverture, à la minute pétante, genre le morticole vient tout juste de retirer la clé de la porte, ben dans la salle d'attente, c'est St Bonnet-le-Château, le caveau de la mamie... momie.
Et là tu te dis mais c'est pas vrai! Ils ont dormi sur place, ils sont morts et on les conserve là pour la déco? Et surtout pourquoi ne viennent-ils pas plus tard puisqu'ils ont toute la journée pour faire chier le toubib, pourquoi 7h - 10h n'est pas exclusivement réservé aux laborieux, ceux qui ont vraiment besoin du médoc afin de ne pas mourir instantanément dans la salle d'attente? Tiens, et rigole pas, parce que c'est justement à cause de ça que la consultation est devenue payante depuis le 1er janvier en Tchéquie. La consultation, comme la feuille de soin. Eh ouais, ça semble dingue, mais depuis que les vieux ne vont plus à confesse parce qu'ils n'ont plus la foi et parce que le curaillon ne parle pas Tchèque vu qu'il est importé de Pologne, ben les vieux ont commencé à encombrer les cabinets médicaux (et les cimetières, mais c'est moins grave, là ils ne font pas chier les vivants), c'est devenu leur foyer social, leur vide-soucis, leur confessionnal psychanalytique. Sans dec, c'est dément... mais c'est efficace, de faire payer. Tiens, regarde par exemple, comme avec les boîtes de nuit.
Ca va prendre un peu de temps pour les dresser, mais depuis que les entrées et les consos sont devenues exorbitantes en boîtes de nuit, t'as plus un p'tit vieux en week-end pour t'encombrer le parquet. Ah oui, et ce que je vous raconte là, c'est du vécu. Février 2007 à 7h du matin j'étais mourant dans la salle d'attente. Avant moi il y avait 2 p'tits vieux et une emmerdeuse de calibre interplanétaire qui venait rendre au toubib les médicaments que son (c... de) fils n'avait pas bouffés. "Je n'en n'ai pas pour longtemps..." me dit-elle (c'était visible par ailleurs) pensant me rassurer après avoir vu mes yeux moribonds de crevard agonisant, "je vais juste rendre les médicaments que mon (c... de) fils..." annonçait-elle fièrement à haute voix et à toute la salle afin de prouver sa grandeur d'âme, attester de sa bonne action civique et extérioriser son besoin de reconnaissance auprès des autres. Co...sse! 20 minutes elle est restée, 20 minutes ajoutées aux 30 des 2 p'tits vieux d'avant, 20 minutes de trop pendant lesquels ma fièvre me faisait tourner de l'oeil. Bref... Ben là pareil. Arrivés 10 minutes avant le début de la visite guidée, l'assistante de la garrulante guide nous annonça alors que... "ben désolée, mais c'est complet, 40 personnes maximum parce qu'après c'est plus possib' au-delà".
Je jetai alors un rapide coup d'oeil tout autour... et y avait que du p'tit vieux, du retraité-casse-couilles tout autour... sauf un couple trentenaire, mais le reste c'était de l'antiquaille défraîchie menaçant d'expirer avant la fin de la visite. Alors j'insistai: "S'il vous plaît madame, soyez bonne et charitable, nous ne sommes que deux, petits et maigres de surcroît, et nous sommes venus de loin, des steppes d'Oulan-Bator afin d'élucider le mystère des rahat-loukoums au chachlik de mouton peints par Ahmed ibn Régis Al-Abdullah-Lefebvre sur le tableau de la madone de Strahov, allez, s'il vous plaît...". Elle se laissa attendrir, sans doute curieuse qu'on lui montre les loukoums d'Ahmed sur la dite toile, et après avoir demandé l'autorisation à la guide en chef, elle nous vendit 2 tickets, tout en rajoutant: "et maintenant fini, quand bien même serait-ce St Pierre ou Miquelon en personne".

Alors je ne vous mentionne pas le nom de l'organisme qui organisait la visite afin de ne pas le compromettre dans l'embarras, car j'ai photographié en des endroits où il était fort probablement interdit de, mais bon, hein, fock et zub!
Tout le monde sait quelles oeuvres inestimables se trouvent en cette galerie, et pour les qui ne le sauraient pas, il leur suffit de visiter l'exposition pour le savoir, alors hein, c'est pas mes photos qui vont remettre en cause la sécurité des chefs-d'oeuvre. Le cheptel se mit en branle sous les aboiements de la guide, son assistante restant en arrière pour ramener au troupeau les bestiaux lambinards, et après l'achat des tickets d'entrée à prix réduit (parce que l'organisme c'était une chose, mais la galerie de "Strahov" une autre), nous arrivâmes dans le cloître ("Le Trésor de la Langue Française, cloître subst. masc, Spéc.: Partie d'une maison religieuse ou bâtiment attenant à une église constitué(e) de galeries couvertes à colonnes qui encadrent une cour intérieure ou un jardin quadrangulaires") où le pictogramme indiquait clairement qu'il était autorisé de photographier mais sans flash. Le baratin commença. La brave dame lisait ses notes en même temps qu'elle parlait, et l'on pouvait clairement entendre des euh... bon... enfin... puis des silences, des errements, des méprises, enfin du classiqu'habituel qui arrive à tout le monde. Sauf que là, c'était long. Et la brave dame insistait pesamment sur des éléments basiques de la vie du couvent, du familier, du connu, du battu rebattu.
Les p'tits vieux écoutaient en grappe compacte agglutinée autour de la brave dame empêchant les autres touristes de passer dans le couloir qui exposait des photos d'un bidasse du contingent tchèque en Afghanistan. Excuse-me, scusi and schuldigung pouvait-on entendre lorsque les pauvres bougres essayaient de traverser la masse de viande gâtée. Rien n'y faisait, d'abord parce qu'ils étaient sourds les p'tits vieux, qu'ils ne parlaient pas l'étranger, et parce qu'ils dormaient debout en buvant les paroles de la brave dame comme du nectar soporifique. C'est dingue ça aussi cette effroyable propension du p'tit vieux à tenir une position donnée (enfin prise) sans bouger, sans se mouvoir afin de libérer un peu d'espace aux autres mobiles. Tiens, prenez le tram. Généralement le p'tit vieux s'assied, et je suis le premier à lui céder ma place vu que je ne m'assieds jamais dans le tram. Mais quand il ne peut plus s'asseoir parce que toutes les places assises sont occupées par d'autres p'tits vieux, entre 7h et 10h du matin puis entre 17h et 19h du soir (et c'est pas un hasard, mêmes horaires que chez le toubib), ben le p'tit vieux se tient debout, exaspéré comme une moniale devant des carottes râpées.
Et il se tient systématiquement debout devant la porte du tram, de façon à ce qu'il puisse en sortir lorsqu'il arrivera à destination, quand bien même sa destination serait à l'autre bout de la ville. Je vous passe les détails du cabas, du traine-fourbi à roulettes, et du kiki-à-mémé dans le sac... bref, mais prenez donc comme ça 3 p'tits vieux devant une entrée-sortie de tram, et je vous garantis une complète constipation de la rame entière car aucun d'entres-eux ne bougera pour laisser entrer ou sortir les autres passagers. Parfois, vous aurez en prime l'occasion d'accroître votre vocabulaire tchèque par des mots peu usités dans un contexte urbain, lorsque le passager mobile agacé bousculera l'empoté-oxydé afin de sauter hors du tram à la fermeture des portes. Et donc c'était ça dans le cloître, les portes de trams en moins et les p'tits vieux en plus, en beaucoup plus.

Je finis par échapper à l'attention de l'assistante et commença à faire le tour du cloître, fouiner par les portes ouvertes, les salles, l'expo-photo, les statues et tout ce à quoi je pouvais avoir accès (c.f. mes photos). Au centre du cloître, on pouvait apercevoir le "jardin d'Eden" et le bassin d'eau au milieu du carré où les carpes japonaises barbotaient joyeusement de la queue.
Lorsque je revins quelques 20 minutes plus tard, l'essaim poussiéreux n'avait pas bougé d'un iota, et la brave dame en était au XX ème siècle (enfin), sous la dictature des con-munistes. Surprise de me voir revenir par ailleurs qu'elle ne m'avait pas vu partir, l'assistante me dévisagea quelques secondes. Ne pouvant pas me houspiller comme un vulgaire galopin, elle ne put cependant pas s'empêcher de dire une ânerie: "il me semble qu'on n'a pas le droit de photographier ici?". Ce à quoi je répondis en souriant "si si... on peut... sans flash. C'est clairement spécifié par un pictogramme sur la pancarte d'entrée de là qu'on a pris les tickets avant-hier... Aujourd'hui? Ah bon? Bon, mais c'est marqué sur la pancarte que...". Elle se tut.

Alors quelques mots sur le couvent de "Strahov", mais rapidement, histoire de ne pas vous en faire une pleine pelletée comme d'habitude. Il s'agit donc du tout premier couvent de moines prémontrés fondé en Bohême. Pour info, les prémontrés ont été fondés en France en 1120 par St Norbert (Norbert de Xanten), et l'ordre s'est rapidement propagé en Europe.
Au-delà de la religion, ces braves types étaient également à l'origine de 2 abbaye-brasseries dont vous ne pouvez ignorer les noms, Grimbergen, qui fut rapidement détruite et dont Kronenbourg continue aujourd'hui à brasser la marque selon la "recette traditionnelle" (et ma tante fait du houla-hop sous la douche debout sur un vélo en jouant du clairon avec les pieds), et Leffe, qui fut détruite graduellement dans le courant du XIX ème siècle et dont InBev continue aujourd'hui à brasser la marque selon la "recette traditionnelle" (et ma tante joue du clairon avec les pieds en faisant du houla-hop sous la douche debout sur un vélo). Donc c'est sous l'impulsion de l'évêque d'"Olomouc" "Jindřich Zdík" et du roi "Vladislav II" que les prémontrés arrivèrent en Bohême, et dès 1140, on leur construisit (commença à construire) le couvent roman de "Strahov" dont vous pouvez encore voir les pierres d'origine sur mes photos. L'on s'accorde à dire que tout fut terminé vers 1182, et que la superficie de la construction était à cette époque supérieure à celle du château de Prague (selon d'aucuns, c'était même la plus imposante construction de toute l'Europe, carrément, z'ont pas honte les d'aucuns). Comme de coutume, le couvent prit feu mi XIII ème siècle et fut reconstruit en gothique.
Ensuite pas grand chose, le couvent perdait en importance jusqu'au début du XVII ème siècle. On construisit alors l'église St Roch (sur la gauche derrière le portail d'entrée rue "Strahovská", aujourd'hui désacralisée et transformée en galerie de peinture), on restaura l'église "Nanebevzetí Panny Marie" (Ste Marie de l'assomption) et l'on continua à reconstruire les restes du couvent. En 1648 et comme de coutume aussi, la chienlit suédoise pilla et dévasta le couvent qui fut ensuite restauré en baroque par des génies comme Jean-Baptiste Mathey, "Kilián Ignác Dientzenhofer" ou "Anselmo Lurago" (sans parlers des peintres "Antonín Stevens ze Steinfelsu", "Jan Kryštof Liška"... et des sculpteurs "Quittainer" père et fils, "Ignác František Platzer"...). Dans les années 30 du XIX ème siècle l'on aménagea la galerie de peinture dont je reviendrai dessus plus en détails plus loin. En 1950 les fumiers con-munistes confisquèrent le domaine aux prémontrés qui le récupérèrent après la révolution de 1989 pour y vivre heureux encore aujourd'hui et avoir beaucoup d'enfants.

Rapidement encore, quelques anecdotes. Le nom de "Strahov" viendrait du mot "monter la garde", "être en faction" ("držela se stráž, strahovalo se") car le couvent était sur la route qui menait au château de Prague. Bon, chais pas, c'est tiré par les chevaux... cheveux, mais pourquoi pas. Par contre et encore plus intéressant, c'est le nom de la colline sur laquelle se trouve "Strahov". Anciennement on l'appelait Sion, comme la colline de Jérusalem. Vous en trouverez mention dans les textes anciens sous "Montis Sion Pragensis, vulgo Strahov" (le mont Sion de Prague, couramment appelé "Strahov"), comme par exemple à propos du fondateur de la bibliothèque théologique du couvent, l'abbé Jérôme Hirnhaim, "Hieronymo Hirnhaim, Canonici Ordinis Praemonstrat. Ecclesiae B.V. Pragae in monte Sion vulgo Strahow, Abbate, per Bohemiam, Austriam, Moraviam et Silesiam", auteur (en particulier) du fameux ouvrage "De Typho generis humani" dirigé contre la science et la raison humaine qui finit par irriter jusqu'à l'église romaine laquelle mit cet écrit à l'index en 1682.
Alors pourquoi Sion? Pas la moindre idée, d'autant plus que pas un des praguois que j'ai interrogés ne connait ce nom. Sinon, St Norbert est mort en 1134 à Magdebourg où il était archevêque et inhumé jusqu'en 1627. Lorsque Magdebourg (comme une grande partie de l'Allemagne d'ailleurs) passa sous administration protestante, les reliques du saint furent transportées jusqu'en l'église Ste Marie de l'assomption de "Strahov" où elles reposent encore aujourd'hui si on ne les a toutefois pas perdues comme celles des fondateurs du couvent, "Jindřich Zdík" et "Vladislav II" qui devraient se trouver quelque part en la basilique, sans que personne ne sache vraiment où (véridique). Remarquez entre les incendies, les pillages, les reconstructions... Ah oui, et l'église Ste Marie de l'assomption est une basilique mineure, depuis qu'en 1992 Jean-Paul II y est venu se secouer le goupillon. Mais retour au cloître.

Au bout de 45 minutes, la brave dame termina son homélie et annonça qu'on allait passer à la galerie, à l'étage au dessus. Le troupeau se mit alors en marche: meuh... gruik... mêêê... et même pschittt-prrrt... A peine avait-on franchi les escaliers, que la brave dame se mit en travers pour lire ses notes en même temps qu'elle parlait, et l'on pouvait clairement entendre des euh... bon... enfin... puis des silences, des errements, des méprises, enfin du classiqu'habituel comme précédemment. Et c'était long, encore plus long qu'avant car on voyait la salle pleine de trésors fantastiques, mais on ne pouvait pas y accéder puisqu'on on était tout au fond derrière la montagne de p'tits vieux qui écoutaient en grappe compacte agglutinée autour de la brave dame empêchant les autres touristes de passer... comme précédemment. Aaargh... peux plus... mais tout le monde le sait que les oeuvres présentées s'étalent entre le XIV ème et le XIX ème siècle, pis celui qui ne le sait pas il peut lire la date sur l'étiquette devant chaque tableau... Vouis, et que la galerie vit le jour en 1836 (parfois 1835) sous l'impulsion de l'abbé "Jeroným Josef Zeidler" on s'en fout, c'est pas important, on peut le lire dans le dépliant reçu à l'entrée. Et que l'accès fut de suite octroyé au public, même aux femmes, on s'en fout aussi (ah si, et on avait le droit de photographier à l'époque?).
Qu'après les con-munistes ont éparpillé les oeuvres dans diverses galeries et collections, c'est aussi marqué sur le dépliant. Et la réouverture en 1993 itou, c'est écrit... Et pendant que je m'agaçais en silence en tournant en rond, j'aperçus les nouveaux pictogrammes qui s'appliquaient à la cette salle: pas de chien, pas de glace, pas de cigarette, et pas de photo, du tout. Et fock et zub, j'ai rien vu.

La brave dame nous en remit une plâtrée de palabres pour 20 minutes, avant de terminer par "et maintenant, je vais vous commenter les tableaux l'un après l'autre". Le délire. La salle en forme de couloir étiré n'offrait pas le moyen de contourner l'amas, aussi nous dûmes attendre encore 15 minutes pour enfin arriver aux 2 premiers tableaux. Enorme, prodigieux, colossalement fantastique que s'en est indescriptible: la Madone de Strahov (vers 1350) et Ste Barbara (de Nicomédie) de Stravoh aussi (vers 1410), tableaux qui sont pour moi phénoménalement fabuleux de beauté.
La Madone de Strahov est attribuée au maître du "Vyšebrodského oltáře" (sinon à son école) et avec la Madone de "Veverská Bítýška" dite "Madona z Veveří" (attribuée au maître en personne) ces oeuvres constituent des summums de l'art gothique d'à l'époque du bon roi Charles IV, mélangeant des influences iconographiques italiennes comme byzantines. Bon, chuis pas un expert en art gothique, alors je ne vais pas vous psychanalyser la couleur rouge de la toge (la passion), la bague au doigt de Marie (main gauche ou droite), les 2 doigts tendus pour symboliser la double nature humaine et divine (référence au Christ pantocrator byzantin), la façon dont est tenu le Jésus, le jeu de l'enfant avec l'étoffe mariale (influence italienne, c.f. "Dorothy C. Shorr, The Christ Child in devotional Images in Italy during the XIV Century"), sa quasi-nudité (mais le linge par dessus les genoux), le chardonneret dans sa mimine, la direction du regard, la plante du pied retournée et visible
(hyper influence byzantine, c.f. "Walter Krause, Planta Nuda: Metamorphosen eines antiken Motivs in der fruh-und-hochmittelalterlichen Kunst")... enfin lisez la fantastique étude de "Pavel Černý, Neue aspekte des Ikonographie der Gottesmutter in der böhmischen Kunst der Zeit Karls IV" pour plus de détails, y en a des pages entières et des plus intéressantes sur les plus infimes détails des madones (et pour les strictuniquement francophones, il y a René Metz: La consécration des vierges, hier, aujourd'hui, demain).

Il est cependant un élément exceptionnel (sur les 2 madones d'ailleurs, plus celle dite "de Rome") que vous ne verrez nulle part ailleurs et qui mérite d'être signalé: Marie porte à la fois un bandeau (ou diadème, pratiquement identique sur les 2 tableaux) et une couronne. Selon les experts, il s'agit d'une particularité tchèque née entre les années 1350 et 1360 sous la fortement probable impulsion du bon roi Charles IV en personne. Pareil, des kilomètres d'études autant théologiques qu'artistiques traitent de ce sujet.
Maintenant d'un point de vue nettement moins scolastique et purement visuel, profane, voire païen, vous ne pouvez pas louper l'emphase sur la lumière, les couleurs et la douceur des dégradés. Appréciez la beauté du visage féminin, cette tendresse expressive, ces lèvres douces et pulpeuses qui attirent le baiser... enfin c'est quand même autre chose que l'androgyne asexué du Louvre non? Du même auteur (ou de son entourage) est représentée donc Ste Barbara (ou Ste Barbe, idem est) avec son attribut classique, la tour à 3 fenêtres. Tiens, légende de Ste Barbara: il était une fois à Nicomédie (aujourd'hui Izmit, Turquie) vers le milieu du III siècle, une fille splendide d'une incommensurable beauté (ceux qui sont allés en Turquie savent de quoi je parle). Et justement, son père voulant protéger sa précieuse vertu (ceux qui sont allés en Turquie savent de quoi je parle) l'enferma à double tour dans une haute tour de son palais. Forcément, isolée, délaissée, lassée et déprimée, elle finit par tomber malade (à moins que ce ne fussent le boulgour au soujouk de kangourou arrosé à l'ayran caillé, ceux qui sont allés en Turquie savent de quoi je parle). Le bon papa appela donc un toubib, mais au lieu d'un toubib, c'est un ignoble moine qui sonna à la porte (la légende ne détaille pas les évidentes questions que le lecteur perspicace pourrait se poser à ce propos).
Une fois dans la chambre de la pauvrette, le moine la baptisa et elle fut soignée (c'est la version officielle publiée par le bureau de presse du Vatican, le lecteur averti aura compris que les intentions du moine étaient nettement plus libidineuses que spirituelles). Et pour bien marquer le coup auprès du voisinage, Barbara perça une troisième fenêtre sur la tour qui n'en comportait originellement que deux, afin de matérialiser la sainte trinité de sa nouvelle foi (c'est la version officielle publiée par le bureau de presse du Vatican, le lecteur averti aura compris que la trinité dont il est question ici n'est aucunement sainte mais physique, les 3 "fenêtres" par lesquels la jeunette pécha). Lorsque le père l'apprit, il traîna la dépravée auprès du gouverneur afin qu'il applique la loi romaine en vigueur. Barbara fut effroyablement torturée pour être finalement décapitée par son propre père. Mais celui-ci ne l'emporta pas au paradis, car au moment même ou la tête de la pauvrette (alouette, je te plumerai...) tombait à terre, le...(?) l'assassin fut frappé par la foudre céleste (du coup Ste Barbara est aussi la Ste patronne des installateurs de paratonnerres). Parenthèse. C'est dingue, je cherchais un substantif pour "celui qui a tué son fils ou sa fille", quelque chose comme fratricide (qui a tué son frère ou sa soeur) ou parricide (son père) mais rien, ça n'existe pas.
Chuis scié quand même, il existe des matricides pour les tueurs de mamans, des infanticides pour les tueurs d'infants, des insecticides pesticides pour les tueurs d'insectes et de pestes, même des régicides pour les tueurs de Régis, mais pas un seul filicide ou progénituricide. Dingue! Fin de parenthèse.

Alors je m'en photographiais discrètement, et c'est pourquoi je vous ai loupé la madone de "Strahov" avec le reflet de la glace en plein milieu. Planqué derrière le tas de p'tits vieux que j'étais, évitant l'assistante mais surtout les surveillantes officielles de la galerie qui avaient de quoi faire pour surveiller que les vétérans ne collent pas leurs nez aux toiles. Et tandis que je lâchais le doigt de la gâchette du clic-clac, v'là t'y pas qu'une pouffetasse sortie du troupeau me dit "chais pas si on a le droit". "Quoi? Droit de quoi? Mais de quoi je me mêle crénom di diou, t'es de la galerie, de la police, d'Al-Qaïda?" pensai-je, et pendant une fraction de secondes, l'idée d'être foutrement vulgaire envers l'effrontée insolente me traversa le bulbe.
Mais ayant été élevé propre, je me retins, fis un sourire et affirmai avec la plus absolue certitude en façade de ma mauvaise-foi "mais bien sûr qu'on a le droit, sans flash". Elle n'en demanda pas plus et me foutut la paix. Je dus encore en subir une ou deux dans la même graine de mauvaise engeance, sans parler des vachères de la galerie qui me collaient aux frusques comme la morve aux doigts, mais j'en pris quelques-unes de photos. Tout se compliqua en arrivant au XVII ème siècle. Echappé du troupeau et pratiquement seul dans cette partie de la galerie, l'acharnée bouvière se colla à moi et ne me lâcha plus. A une distance de 2 à 3 m, elle suivait tous mes pas. En avant, puis en arrière, re en avant, re en arrière, et la vieille carne toujours là. "Oh crénom di diou, attends, tu vas voir tes varices salopes, j'vais t'faire trotter moi!" Je rappelle au lecteur offusqué que l'adjectif "salope" est certes familier, mais aucunement grossier. D'ailleurs ce n'est même pas une insulte mais un diagnostic.
Tiens, et j'en veux pour preuve son emploi par les plus grands, Zola, Sartre, Goncourt, Mauriac, Maître Folage (Francis Blanche) dans les "Tontons Flingueurs" (le fameux "Touche pas au grisbi, salope!") ou encore Léon Bloy en parlant de son altesse la reine Victoria d'Angleterre: "[...] depuis environ vingt ans, je promulgue la nécessité d'en finir avec l'abominable engeance de cette salope [...]". Et elle trotta la vieille rosse, mais n'abandonna pas. Bien qu'il m'arrivait de trouver des angles morts où j'échappais à son attention, elle ne me laissa jamais suffisamment de temps pour cadrer, focusser et cliquer la moindre toile de son secteur. Salope!

Donc parmi les autres trucs à voir, il y a l'archi-connu portrait de cette vieille courge de Rudolf II par "Hans von Aachen".
L'incrédulité de St Thomas par un maître Nurembergeois de la mi XV ème siècle (Thomas: "Si je ne mets ma main dans la plaie, je ne le croirai point". Jésus: "Porte ici ton doigt, et considère mes mains, et mets ta main dans mon côté." Thomas: "Ah ben merde alors, y a un trou. C'est dingue ça!". Jésus: "Heureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru! Avant je croyais, maintenait je suis fixé"). Judith et Holopherne (enfin juste sa tête) par le grand "Lucas Cranach" le vieux (l'ancien). La mort de Ste Ursule (et des onze mille verges :-) par un maître inconnu d'influence "Albrecht Dürer". Et y a encore du "Petr Brandl", du "Bartholomaeus Spranger", des Hollandais, des Italiens et même la copie (ben oui) du célébrissime Rosenkranzfest d'Albrecht Dürer. Mais propre la copie, on dirait du vrai (surtout vu par l'oeil d'un béotien comme moi). D'ailleurs on dirait même que la copie est plus vraie que l'original, ce qui n'est pas faux parce que... tiens... histoire. On s'est longtemps demandé pourquoi la chienlit suédoise n'avait pas pillé le tableau en 1648, alors que ces fumiers avaient rapiné jusqu'aux poignées de portes en laiton des latrines.
Il semblerait que l'état gravement délabré du tableau n'avait pas attiré leur convoitise. Et ouais, l'oeuvre tombait en ruine. Elle fut retouchée sans grand succès par le grand "Karel Škréta", mais l'inventaire pratiqué au XVIII ème siècle classa l'oeuvre parmi les croûtes foutues et totalement bousillées. Pour cette raison elle fut mise aux enchères, et en 1782, le professeur d'art "František Lothar Ehemant" acquit le tableau pour la ridicule somme de 2 florins d'or et 15 kreuzers. La légende raconte que 2 florins coûtait le cadre doré et 15 kreuzers la toile. Pour info, Rudolf l'avait acquise (la toile) en 1606 pour 700 ducats (1 ducat = 30 gros de Prague = 190 kreuzers = 1,9 florins, donc 700 ducats = 1330 florins). En 1793 c'est l'abbé de "Strahov" "Václav Mayer" qui l'achèta pour 22 florins (on se demande d'ailleurs toujours pourquoi), mais ne porta pas spécialement d'intérêt à la ruine qui resta donc en l'état (de ruine). Pis un jour, l'abbé "Jeroným Josef Zeidler" découvrit la toile poussiéreuse dans le fond d'un grenier obscur du couvent, et comme il en était à la création de sa fameuse galerie (de "Strahov"), il se dit que tiens, ça ferait bien une croûte de plus dans sa maigre collection (du début). Il fit donc restaurer le "Rosenkranzfest" par un certain "Johann Gruss" entre 1839-1841, peintre inconnu de peu de talent (selon les critiques) qui finit de par sa restauration à définitivement bousiller le tableau en ruine.
Certes, il empêcha que la croûte ne finisse au feu, mais ses "retouches" inopportunes ont amené à modifier totalement le style "Dürer" au point que les spécialistes appellent désormais le tableau la fête du rosaire de Gruss. Cette restauration sauvage et totalement improvisée lui fut d'autant plus reprochée qu'il existait de nombreuses copies de l'original sur la base desquelles il aurait pu travailler. Ben non, il y est allé de sa propre inspiration, peignant carrément un nouveau visage XIX ème siècle à la vierge Marie, sujet principal du tableau. Tiens, je vous ai trouvé un article de la galerie nationale de Prague où vous pouvez entres-autres voir l'état dans lequel devait se trouver la toile avant sa nuisible restauration.

Pis approchait à grands pas l'heure d'aller accueillir les rois mages qui s'en remontaient à dos de chameaux de la place du château jusqu'à la place de la Lorette, aussi nous primes congé des p'tits vieux qui en étaient au tiers de l'exposition, nous primes congé des braves dames de l'organisme qui va bien, nous primes aussi congé des gluantes vachères qui après tout ne faisaient que leur boulot, et nous nous précipitâmes dans la rue "Loretánská" pour voir le susdit cirque.
Bon, je m'attendais à mieux: plein de monde, plein de journalistes, plein de gens devant comme derrière empêchant de bien voir comme de photographier, classique quoi. Je vous mets donc juste quelques photos, pour vous dire que ça s'est passé, que si vous voulez y emmener vos gnards l'année prochaine bookez vos agendas, mais très honnêtement, y a pas de quoi écrire à la maison aussi je ne vous en dirai pas plus sur cet évènement. Et pour finir donc sur la galerie de "Strahov", oui, c'est splendide, et faut y aller impérativement. Moi-même j'y retournerai, mais sans les p'tits vieux et sans mon clic-clac, afin de contempler paisiblement les splendeurs qui s'y trouvent. Sinon mes gouailleries sur les p'tits vieux, c'était pour rire, genre ne le prenez pas au pied de la lettre enfin quoi, ils sont comme ils sont les p'tits vieux, parfois chiants, parfois pas, et on a bien le devoir d'en rire non? Et pour ceux qui n'en riraient pas, méditez: "on ne cesse pas de rire parce qu'on devient vieux, on devient vieux parce qu'on a cessé de rire".

samedi 5 janvier 2008

Ailleurs: Budeč u Zákolan (enfin ce qu'il en reste)

Mais si, rassurez-vous, je vous en referai de la publie sur Prague, j'en ai encore plein des trucs à vous publier. Y a juste que comme le printemps-été a été particulièrement fécond en visites originales, ben je vous en parle avant le printemps-été prochain à viendre que vous sachiez où aller, si jamais vous souhaitiez sortir un peu de la capitale. Alors cette fois-ci, c'est de "Budeč u Zákolan" qu'il s'agit.
Et dans la série repeat after me, "Budeč" se prononce B.O.U.D.Ê.T.C.H. And now, repeat after me... Le truc disait que c'était le plus ancien bâtiment en pierre encore debout en Tchéquie, alors forcément, je ne pouvais pas louper ça. Du coup j'ai assis ma chérie dans la voiture à ma droite du seigneur, et hop, direction nord-ouest vers "Kladno", puis sortie de l'autoroute à "Buštěhrad", pour arriver après quelques demi-tours sans lesquels les routes tchèques archi-secondaires n'auraient pas l'incomparable charme qu'elles ont... donc après quelques demi-tours, arrivée à "Kováry". Eglise du IX ème siècle à gauche que ça disait, cool, c'était bien indiqué pour une fois. Par contre ils ne prévenaient pas que la route... le chemin passait sinueusement dans la forêt profonde qu'on n'était pas sûr de ne pas être perdu. Donc si vous y allez, sachez-le, c'est une route de campagne en pleine forêt où je doute encore de la présence de l'asphalte sous la couche de terre et de feuilles mortes. Des loups oui, mais de l'asphalte non. Quelques 1,5 km de montée, et soudainement, en sortant des bois (comme le loup), apparut une jolie clairière avec ce qu'on cherchait sur la gauche.
Ouah! D'ailleurs tellement ouah que c'est peint sur le blason du patelin "Zákolany".

Un peu d'histoire tout d'abord. Il y a très très longtemps, en des temps anciens où les dinosaures marchaient encore à 4 pattes vivant de la chasse au mammouth et de la cueillette aux bananes, ben déjà en cette période ils habitaient sur ces hauteurs au dessus de la rivière de "Zákolany" ("Zákolanský potok") comme en témoignent les trous qu'ils ont laissés dans la route qui mène du hameau de "Kováry" jusqu'à là que nous garâmes la voiture gratuitement (cette fois-ci). Ensuite les dinosaures furent remplacés par des singes poilus en des circonstances toujours nébuleuses pour la communauté scientifique, mais l'on a malheureusement aucune preuve tangible de leur présence à "Budeč".
Par contre dès le VIII ème siècle avant J.C., la présence d'hominidés glabres... enfin moins poilus, de type "âge du bronze" est un fait avéré par la découverte de fouilles qui eurent lieu au XX ème siècle. En Tchéquie on parle de culture de "Knovíz" ("Knovízská kultura") en référence à la ville du même nom (près de "Kladno") où l'on retrouva de nombreuses tombes de ces singes dits nord-danubiens ("hornodunajský") et qui remplacèrent à l'âge du bronze les singes dits de culture campaniforme et des "tumulus du Danube". Les singes de "Knovíz" fondaient le métal pour ridiculiser ceux qui ne le fondaient pas, se bouffaient parfois entres-eux quand la Coop était fermée (cannibalisme coop-casionnel), et rotaient bruyamment sans dire pardon ce qui amena certains paléontologues à les classer parmi les tribus protoceltiques dégueulus ignominis germani-anglicae. Et si vous regardez le champ vide devant vous, puis vous vous retournez vers l'église St Pierre et St Paul, et bien c'est à eux, aux singes de "Knovíz" que l'on doit le premier peuplement et la première fortification en pierre exactement là, dans cet espace de champ vide juste devant vous jusqu'à derrière l'église.
Ensuite, et comme avec les dinosaures, ils disparurent en des circonstances toujours nébuleuses pour la communauté scientifique (bien que d'aucuns prétendent qu'ils partirent occuper une île lointaine appelée "insula Albionis" par les anciens), laissant un vide de plus de 1000 ans dans l'histoire de "Budeč". Ce n'est qu'avec l'arrivée des Slaves que l'histoire de ce lieu revint au devant de la scène. Vers le VI ème siècle, les tribus Slaves commencèrent à s'installer dans la plaine de Bohême, mais juste comme ça, pour voir si ça serait sympa ou s'il valait mieux continuer la transhumance plus loin plus tard. Pis vers le VII ème et le VIII ème siècle, comme c'était sympa et qu'il semblait inutile de poursuivre le périple, ils commencèrent à construire des sites de peuplements permanents (sédentaires, contrairement à nomades) et fortifiés contre les nuisibles (bêtes comme Germains). Et justement, des sites en hauteur naturellement protégés par des parois abruptes comme "Hradsko près Kokořín" ou notre "Budeč u Zákolan" étaient particulièrement bienvenus.
Et si en plus il restait sur le site des fortifications de l'âge des singes de "Knovíz", qu'il suffisait d'y remettre une couche de crépi pour en faire un nid d'amour, alors c'était encore plus mieux. Pis les tribus (sites) à proximité les unes des autres commencèrent à s'allier, s'unifier pour donner des peuplements, des régions, des royaumes de plus en plus importants (comme la Grande Moravie, ou Moravia Magna par exemple). Vers l'an 800 s'installèrent sur notre champ tout vide les premiers Slaves, comme en témoignent les fouilles qui mirent à jours des photos de fortifications en pierre comme en bois. Mais c'est apparemment sous notre premier prince de Bohême "Bořivoj I" (né entre 852 et 855, puis mort entre 888 et 891) que le site prit vraiment de l'importance comme place fortifiée protégeant Prague des invasions malveillantes venant du nord-ouest. Comme chacun sait, "Bořivoj I" était non seulement le premier prince de Bohême historiquement attesté, mais également le premier prince catholique carrément baptisé (vers 883) par Méthode en personne sur le royaume de la Grande Moravie d'où il rapporta cette foutue peste religieuse en Bohême.
Tiens, parenthèse, l'histoire du baptême de "Bořivoj I" est arrivée jusqu'à nous par écrit, grâce à son arrière-petit fils dont la vie fut aussi une histoire à elle toute seule. Fils de "Boleslav I", le frère fratricide de St Venceslas, le St patron de la Bohême et oncle du chroniqueur, "Kristián Přemyslovec" est né dans la nuit du 27 au 28 septembre 935 (ou 929, peu importe), c'est à dire dans la nuit qui a précédé l'assassinat du saint patron. Aussitôt on l'affubla donc du sobriquet de "Strachkvas" (de "strašný kvas", terribile convivium en Latin, soit banquet terrible, voire repas maudit) car il est né au moment du repas donc, alors que son père allait commettre son crime odieux quelques heures seulement après. J'te dis pas l'enfance qu'il a passé avec un nom pareil... Et donc après son crime, et en signe de repentance (encore que...), le père "Boleslav" envoya son fils "Kristián" faire le moine pour étudier la religion dans le fantastique couvent de St Emmeram à Ratisbonne (à nouveau, je vous invite à y aller, c'est fantastique).
Mais comme à la maternelle, les moines n'étaient pas plus empathiques ni charitables que les copains de classe vis-à-vis de son surnom, et donc pour éviter leurs perpétuels sarcasmes, Christian les évitait afin de passer son temps dans sa cellule. Et pour ne pas s'ennuyer parce que le blog n'existait pas encore, il écrivait son stupéfiant ouvrage: "Vita et passio sancti Wenceslai et sancte Ludmile ave eius" (La vie et la passion [martyr] de St Venceslas et de Ste Ludmilla, sa grand-mère) qui deviendra des siècles plus tard l'ouvrage de référence des évènements tchèques de cette époque (sous l'appellation "Legenda Christiani"), mais qui deviendra aussi la plus ancienne chronique tchèque connue, plus ancienne encore que les fameuses "Chronica Boemorum" de Cosmas Pragensis. Bon, après c'est moins intéressant, la vie du Christian, tout ça... encore que, mais bon, c'est pas le sujet. Donc passons donc à sa mort, donc. Lorsque "St Vojtěch" rendit définitivement les clés de la cathédrale de Prague pour aller catholiser les Prussiens qui ne voulaient pas l'être, l'on pressentit le Christian comme potentiel successeur ("il a une bonne tête de vainqueur" aurait dit le pape). L'on fit donc sonner de la cloche, l'on fit cramer de l'encens, l'on fit porter de la mitre aux ensoutanés et le cirque de l'investiture pouvait commencer.
Ben croyez-le ou non, c'est ce moment précis que choisit le Christian pour nous faire une attaque, là, en 996 et en plein milieu de la cathédrale, comme l'écrit Cosmas Pragensis dans ses "Chronica Boemorum", (Lib. I, p.55) "[...] heu dira condicio, arripitur atroci demonio" ([...] il fut choppé par d'atroces démons = crise cardiaque, épilepsie, transe, diarrhée...). Dingue! Alors de cette histoire concernant la vie et le destin du Christian-banquet-maudit, vous en lirez des pleines pelletées car historiquement tous les doutes sont permis, et tout le monde y alla de son avis, mais comme ce n'est pas le sujet, je ne vais pas vous développer tout cela davantage. Bon, et donc cet âne bâté de "Bořivoj I" s'en revint de la Grande Moravie avec son catholicisme comme un légionnaire avec sa vérole, et s'empressa de propager cette affection avec la déplorable verve et le nuisible prosélytisme que les moines intégristes lui avaient enseignés. Il construisit donc la première église sous la forme d'une rotonde à "Levý Hradec" (aujourd'hui "Roztoky", au nord de Prague) qui est distant de quelques 10 km (à vol d'oiseau) de "Budeč". Cette rotonde de St Clément ("Sv. Kliment") fut la toute première église catholique sur le sol de Bohême.
Malheureusement, il n'en reste plus rien, sinon les fondations car elle fut entièrement détruite en 1684. A la mort de "Bořivoj", son fils "Spytihněv I" récupéra le royaume, comme la maladie génétique, et c'est lui qui fit construire vers la fin du IX ème siècle la fameuse rotonde de "Budeč" consacrée à St Pierre (St Paul est venu squatter seulement au XVI ème siècle) et dont je vais vous parler par la suite. Tiens, dans "Passio s. Vencezlai incpiens verbis Crescente fide christiana, Fontes Rerum Bohemicarum I., Josef Emler, Pragae 1878" ("Josef Emler" était historien, archiviste, philosophe et slaviste. Il étudia, tria, analysa les manuscrits du royaume avec les plus grands littéraires de son temps) on peut lire: "In diebus illis crescente fide Christiana dei nutu et ammonitione sponte dux Poenorum nomine Zputigneus una cum exercitu necnon et omni populo suo sordes idolorum abiciens baptisatus est. Isque moenibus condidit ecclesiam sancte Dei genitricis Marie et aliam quoque in honorem sancti Petri, principis apostolorum." (En ces temps de propagation du christianisme, [...] nommé "Spytihněv" [...]. De même il fit construire une église à la sainte génitrice divine Marie et une autre aussi en l'honneur de St Pierre, chef des apôtres).
Attention, cette église de la vierge Marie n'a rien à voir avec celle de "Budeč" dont je vous parlerai plus loin aussi. Ainsi donc "Budeč" et son église devinrent l'un des foyers, des ferments originels et fondateurs de la dynastie des Prémyslides et du royaume de Bohême. Vous rendez-vous compte, il y a plus de 1000 ans, en cet endroit où je foulais le sol de mes gros pieds avaient sans aucun doute marché des princes de Bohême, jusqu'au plus célèbre, au plus glorieux, carrément saint, le St Venceslas en personne. Eh ouais, et c'est prouvécrit que notre "Svatý Václav" séjourna durablement à "Budeč" puisqu'il y étudia. Tiens, toujours dans les "Passio s. Vencezlai incpiens verbis Crescente fide christiana, Fontes Rerum Bohemicarum I., Josef Emler, Pragae 1878": "Et optans pater eius desiderium animi ipsius perficere, misit eum in civitatem nuncupatam Budceam, ut ibi disceret psalterium a quodam presbytero nomine Uenno." (Et son père souhaitant exaucer les aspirations de son coeur [du coeur de son fils "Sv. Václav"], l'envoya dans la ville nommée "Budeč", afin qu'il soit enseigné par un certain prêtre appelé "Učen").
Ou encore, une autre source écrite par la plume de "Gumpold", l'évêque de Mantoue ("Gumpoldi Mantuani episcopi Passio sancti Vencezlai martyris": "[...] ad litterarum disponi exercitia desiderans, paternumque crebro flagitamine deflectens animum, ejus transmissu in civitate Bunsza litteris addiscendis est positus." ([...] désirant être instruit des lettres [...] il fut avec son accord [du père] envoyé dans la ville de "Budeč" afin qu'il se perfectionne es lettres [écritures]). Alors les historiens vous diront qu'il existe moult versions des raisons du pourquoi que donc par qui le "Sv. Václav" fut envoyé à "Budeč": selon certains c'était sa propre volonté, selon d'autres c'était celle du père, d'aucuns prétendent qu'il reçut une éducation exclusivement slave de sa grand-mère Ste Ludmila et qu'il devait donc apprendre le Latin, certains encore estiment qu'il connaissait le Latin, mais devait se perfectionner en Stes écritures avec le moine "Učen" disciple de Méthode, jusqu'à ceux qui pensent que St Venceslas était asthmatique et ses parents l'envoyèrent à la campagne pour soigner ses bronches... mais ce qui est sûr, c'est son passage en ces terres, dans cette église St Pierre toujours debout depuis plus de 1000 ans.
Stupéfiant. A partir de la seconde moitié du X ème siècle, les Prémyslides firent de Prague leur capitale, et s'y s'installèrent définitivement. Les autres sites commencèrent alors à perdre en importance, et "Budeč u Zákolan" fit partie du lot. Plus rien d'écrit, ni par Cosmas (Pragensis), ni par "Dalimil", ni par les chroniqueurs du bon roi Charles IV. La dernière mention écrite de notre site remonte au XIII ème siècle lorsque la reine "Kunhuta Uherská" (Cunégonde de Hongrie, épouse du roi "Přemysl Otakar II") en fit cadeau au chapitre de "Vyšehrad". Les moines conservèrent les églises St Pierre et Ste Marie de la nativité, mais le reste du domaine fut peu à peu envahi par la végétation, les champs et les bestiaux qui vont bien dessus.

A quoi ressemblait donc notre site en sa grande époque de flamboyant prestige? Alors imaginez déjà que tout le bataclan se trouvait sur un plateau à 260 m au dessus du niveau de la mer, et quelques 60 m au dessus du niveau des 2 ruisseaux ("Zákolanský" et "Týnecký") qui coulent presque tout autour du contrebas, formant ainsi une barrière naturelle contre les belliqueux.
Le site entier se composait en fait de 2 parties principales, et peut être même de sous petites parties indépendamment fortifiées. Une première partie principale dite "l'acropole ovale" se trouvait au plus haut. D'une surface d'environ 3 ha, ils s'y trouvaient l'église St Pierre, le palais princier, et la cahute en bois qui pue dedans percée d'un coeur sur la porte. Rappelons qu'un hectare représente 100 ares ou 10.000 m² soit un carré de 100 x 100 m, ce qui nous donne pour notre acropole quelques 700 m de circonférence ovale, ou ramenée à un carré, 4 x 173 m de périmètre. La seconde partie (incluant la première) dite "avant cour extérieure" ressemblait à un triangle de 19 ha (22 selon d'autres sources, mais restons à 19 pour faire simple), soit 190.000 m² ou 4 x 436 m de périmètre si notre triangle est un carré, ce qu'il n'est pas. Certains archéologues seraient enclins à inclure l'église de la nativité de la vierge Marie (c.f. plus loin) dans l'acropole ovale, d'autres non, puisqu'ils l'incluraient dans l'avant cour extérieure. Bon, on s'en fout en fait, mais c'est curieux parce que bien qu'il n'existe plus rien des fortifications, en regardant attentivement le terrain, alors on voit encore les talus d'origine qui soutenaient les remparts de cette place forte.
Donc un archéologue, un gars qui creuse la terre comme une taupe toute sa vie pour analyser les strates et en conclure qu'un singe poilu avait marché dans la crotte d'un diplodocus 100.000 ans plus tard devrait être capable de déterminer les limites des 2 places fortes d'il y a 1000 ans. Bref... les fouilles et les strates de terre ont clairement démontré la présence de civilisations pré-slaves de l'époque du singe poilu d'il y a longtemps, la présence de civilisations slaves du IX et X ème siècle, ensuite de civilisation Prémyslides jusqu'au XIII ème siècle, et puis plus rien du tout au-delà. Sans aucun doute que les 2 églises devaient constituer les constructions majeures de ce site, alors passons les en revue de détail.

L'église St Pierre (et Paul) est donc LE plus ancien édifice encore debout (en partie) de toute la République Tchèque. Bien qu'on ignore la date exacte de sa construction, les experts la situent après 895 (indépendance de la Bohême versus la Grande Moravie), mais avant 905 (lorsque "Spytihněv" perdit au poker plusieurs troupeaux de chèvres en faveur de "Hatto I", archevêque de Mayence, et dû repousser à plus tard les constructions en cours).
Au départ, c'était une rotonde d'une seule nef ovale pas vraiment symétrique de quelques 8 m de diamètre. Les fouilles archéologiques menées dans les années 80 du XX ème siècle ont démontré que cette partie de l'édifice (les murs à partir des fondations jusqu'au plafond) sont d'origine, y compris la voûte voûtée, ce qui est rare pour l'époque, et tout ça donc date de "Spytihněv I". C'est délire. Contre la neuf se trouvait l'abside qui n'est plus (et on ignore encore aujourd'hui quand exactement elle fut détruite), mais les fondations ont été matérialisées au sol dans le choeur par le carrelage en forme de fer à cheval comme un oeuf. Fin du XI ème siècle, on rajouta une petite chapelle circulaire contre la rotonde ovale mais qui fut remplacée par une tour carrée dans la seconde moitié du XII ème siècle. Selon certaines sources, c'est vers cette époque que l'on aurait commencé à parler de St Pierre ET St Paul, selon d'autres sources non. Bon. On rajouta encore une sacristie en 1663, puis une restauration baroque qui fut rapidement remplacée par l'incendie du 2 août 1876, et du coup, ben la presque totalité de la garniture intérieure est moderne.
L'autel datait de 1926-27, oeuvre de "František Vavřich" (connais pas) sur une idée de "Štěpán Zálešák" (assez prolixe en la cathédrale de Prague) mais il a été remplacé (l'autel) en 1994 par un modèle en pierre de "Petr Váňa" (connais pas). Le crucifié sur le mur du fond est une oeuvre de la toute jeune Michaela Absolonová de 1995.

L'un des éléments des plus anciens du dedans, est la chaire renaissance en pierre, portant la date de 1585. Elle se compose de 4 pans, dont 2 d'entres-eux présentent des bas-reliefs: le Christ en bon pasteur rapportant sur ses épaules la brebis égarée (l'andouille), et le St Pierre et St Paul. Enfin on présume que ce sont les 2 saints, parce qu'on n'est pas sûr. Selon certaines sources, c'est vers cette époque que l'on aurait commencé à parler de St Pierre ET St Paul, selon d'autres sources non. Bon.
Pour la petite histoire du bon pasteur et de sa symbolique, je vous invite à lire ce fantastique article qui se termine par "et les brebis à leur tour doivent se donner à lui comme il se donne à elles". Ca fout les boules, sans dec, à se demander si on parle religion ou Légion Etrangère. Et après tout cet amour de la délicate brebis, de son bon élevage, de son attentionnée protection, de la parfaite compréhension des instances de sa personnalité profonde selon les principes psychanalytiques freudiens, eh bien après tout ça, relisez la bible au chapitre "à la montagne de l'Éternel il sera pourvu", celle qui traite de l'holocauste et du sacrifice. Sentez pas comme une ambigüité et qui voque à propos de la brebis? Fin de la petite histoire du bon pasteur. Ah et encore sur la chaire de 1585, en haut de la stèle à 2 saints, il y la signature de "Šimon Lomnický z Budče" datée de 1595.
Ca ne vous dira peut-être rien ce nom là, car le bougre poète et crivain ne fut pas spécialement traduit en français, mais il fut un des grands classiques de son époque, parfois considéré comme un génie. Le grand "Josef Jungmann" écrivit à son propos: "Největší síla v komickém a satiře" (la plus grande force dans le comique et le satirique), aussi je vous invite à lire (en Tchèque, malheureusement pour les que francophones) une de ces oeuvres remarquables: "Krátké naučení mladému hospodáři, kterak by netoliko sám sebe, manželku svou a čeládku, i své všecko hospodářství užitečně spravovati a živnosti svou vésti : ale také jaký by býti, v moudrosti a jiných ctnostech prospívati a čeho se kdy varovati měl".
Ah oui, et que fait sa signature sur la chaire de l'église St Pierre et St Paul de "Budeč u Zákolan", et d'ailleurs pourquoi l'attribution de cette particule totalement incohérente avec les origines et la vie de notre sujet? Pas la moindre idée. Son titre de noblesse lui fut attribué en 1594 par le fantasque Rudolf II, mais bien que les archives d'attribution de ce titre aient été conservées à Prague, la raison de la particule "de Budeč" n'y figure aucunement. L'on peut donc présumer que Rudolf aurait attribué cette noblesse-ci sous l'influence du Goncourt Tchèque de l'époque ("Kronika česká", je développerai dans quelques lignes), que Simon y serait allé (à "Budeč") faire un saut pour voir à quoi le bourg ressemblait (vu qu'il en avait la particule), et que pendant que le curé avait le dos tourné, il aurait griffonné subrepticement son passage dans la pierre (d'ailleurs on n'a aucune preuve que c'est bien lui qui a signé, ne serait-ce pas un canular?). Enfin si quelqu'un a des détails sur les circonstances, chuis preneur. Autre truc intéressant, c'est le petit relief baroque en terre cuite (malheureusement dans un sale état) appelé "Panna Maria Bolestná" (la vierge douloureuse) à côté de la sacristie. C'est apparemment le seul élément qui résista à l'incendie de 1876 (et la chaire?), et qui se trouvait encore au début du XX ème siècle dans la tour quadrangulaire.
Dans les années 1990, l'église fut passée à la restauration et à l'aménagement de son intérieur. On y mit également une nouvelle cloche, l'originelle ayant été liquidée lors de la seconde guerre mondiale. Bien, ben passons à la suite, à la seconde église dont on peut voir une maquette des fondations.

Eh ouais, on dirait du vrai, mais non, c'est du faux. Les fondations de l'église "Narození Panny Marie" (la vierge de la nativité) sont fausses, enfin pas d'origine. Il s'agissait d'une église d'environ 10 x 5 m, construite dans la seconde partie du X ème siècle sans doute sous "Vratislav II". Dans le courant du XIII ème siècle, on y aurait construit une tour attenante sur le modèle de celle de l'église d'en face, qu'on trouvait vachement pratique pour regarder la voisine à la jumelle, et pis c'est tout jusqu'au XVI ème siècle. Alors tout ceci est au conditionnel car contrairement à St Pierre (et St Paul), on n'a pas (plus?) de document relatant la construction de cette église, et très peu mentionnent son existence. Il fallut attendre donc le XVI ème pour que l'on parle de cette église par écrit, sous la plume du très contesté "Václav Hájek z Libočan" (encore quelques lignes, et j'y reviens).
Lors des reformes de Joseph II en 1786, l'église fut désacralisée, et contrairement à d'autres plus chanceuses, en partie détruite (sans dec les Habsbourg, entre ce fumier de Ferdinand II qui décapitait son monde sur la place de la vieille ville, entre ce couillon de Ferdinand III qui bousillait les châteaux, entre cet illuminé de Joseph II qui esquintait nos églises, z'avez pas l'impression qu'un excès de consanguinité vous aurait bouffé la lucidité de l'encéphale?) Au siècle suivant (XVIII ème) l'on utilisa les pierres de l'édifice en ruine pour construire un mur autour du cimetière, et donc aujourd'hui la seule chose qui reste de cette église, c'est une stèle tombale en marbre de 1625, adossée contre le mur du presbytère de l'église St Pierre (et St Paul) d'en face (c.f. mes photos).

Bien, et maintenant revenons sur "Václav Hájek z Libočan" et sa Chronique tchèque ("Kronika česká") de 1541. Malgré qu'il soit classé parmi les chroniqueurs tchèques, ses écrits sont des plus controversés et des moins fiables qui soient. Personnage équivoque, pour ainsi dire malsain, ses relations parmi les prélats de l'état, de la noblesse comme des églises lui ont permis d'occuper de nombreuses fonctions religieuses, parfois plusieurs en même temps.
D'abord curé utraquiste, ensuite prêtre catholique, il laissa moult fois son nom dans les livres de la justice pour défaillance dans sa fonction, manquement à l'ordre, acte de mauvaise foi, forfaiture, concussion, trafic d'influence et autres malversations. Il nous a donc laissé plusieurs ouvrages dont les fameuses chroniques tchèques qui commencent avec l'arrivée de l'ancêtre "Čech" en Bohême, pour se terminer en l'an de grâce 1527. L'ouvrage est historiquement partial et subjectif, mais splendidement dramatique et romancé. Dommage pour le factuel, d'autant plus dommage que ce couillon avait en partie basé cette chronique sur les "cadastres" ("desky zemské") du château de Prague (auxquels il avait accès) et dont la quasi-totalité fut détruite dans l'effroyable incendie de 1541 qui brûla la quasi-totalité de "Malá Strana" et une bonne partie du château (de Prague). Parenthèse. Les "desky zemské" sont les ancêtres du cadastres tel qu'on le connait. Ces archives écrites recensaient simplement et factuellement les possessions foncières, immobilières, banqueroutières, bijoutières, céréalières, pétrolières, singulières, bétaillères (et autres) de toute famille non assujettie à l'impôt, mais contenaient également les textes de loi, les décisions de justice (condamnation), les décisions des entités administratives (bourgs, villes, régions...), bref, l'histoire chronologique de la bohême à partir de l'an 1260. Et tout cela est parti en fumée en 1541, sauf les volumes entre 1316 et 1324 qu'un fonctionnaire avait empruntés avant l'incendie pour les étudier chez lui au bistrot. Fin de parenthèse.
Et donc cette chronique tchèque romancée influença tellement les historiens, chroniqueurs, annalistes (et Rudolf II) que jusqu'au milieu du XIX ème siècle, certains événements décrits étaient considérés comme véridiques et avérés. Tiens, selon la chronique, l'origine du site de "Budeč" remonterait jusqu'à l'ancêtre mythique "Krok" (c.f. la guerre des donzelles, vers 470) où il habita pour de vrai (mais c'est faux), et par extrapolation sur les légendes de l'éducation de St Venceslas en cet endroit, "Václav Hájek z Libočan" en conclut la présence d'une grande et renommée école "litteris latinae linguae" en une époque où le reste des nations européennes de singes poilues chassait les termites dans le taillis. Et tant qu'à breloquer du mou gris, l'un des plus importants historécrivainjésuite tchèque "Bohuslav Ludvík Balbín" compléta le portrait de Jackson Pollock (dans ses "Historia de ducibus, ac regibus Bohemiae") en affirmant que cette école était carrément fréquentée par la princesse "Libuše", et que son futur paysan de mari "Přemysl" jouait aux billes avec elle pendant la recrée (et au docteur après l'école).
Surprenant que notre jésuite nous y ait point collé du p'tit Jésus et de la vierge Marie... Et hop, la chose fut acquise (mais fausse). Il exista ainsi et pour sûr une fantastique école à "Budeč", et tous considéraient cette affirmation avec la plus absolue certitude, des "Jan Amos Komenský" comme des "Karel Amerling" qui créa carrément une école pilote basée sur ses nouvelles théories pédagogiques et qu'il nomma "Budeč" en souvenir de la plus ancienne école de Bohême (en fait il en créa même plusieurs des écoles nommées "Budeč", le gars). A sa mort, il émit le souhait d'être enterré dans le petit cimetière à coté de l'église St Pierre (et St Paul). Son souhait fut exaucé, et à défaut de reposer sur le sol de la plus ancienne école du pays, il repose à proximité du plus ancien édifice (c.f. mes photos).

Et puisqu'on parle cimetière... Depuis le X ème siècle (parfois IX ème), on enterrait les macchabs autour des 2 églises (avant on brulait les corps, l'enterrement est un rite chrétien). L'on a découvert tout autour de St Pierre (et St Paul) 56 tombes dont certaines contenaient des artefacts (boucles d'oreilles, bracelets, téléphones mobiles...), et d'autres pas. Selon les archéologues, ces tombes (sans artefact) avaient déjà un caractère chrétien car aucune ne contenait des offrandes de type païen.
En fouillant bien profond, les archéologues découvrirent même du côté dit "Na Týnici" une tombe commune contenant une soixantaine (parfois seulement une cinquantaine) de squelettes totalement bousillés en petits morceaux. On en ignore la raison, sinon qu'il pourrait s'agir d'un rituel anti-vampire, à l'instar de la dizaine de tombes orientées à l'opposé (tête à l'est) de ce que l'on faisait d'habitude (tête à l'ouest). Lorsqu'on démolit l'église de la vierge de la nativité, on créa en 1836 un nouveau cimetière près de l'église restante (celui qui existe toujours aujourd'hui). On eut même envisagé un moment d'en faire le "Slavín" qui existe aujourd'hui à "Vyšehrad", mais l'idée fut abandonnée lorsqu'un sagace membre de la commission de décision du si oui ou du si non fit remarquer qu'il n'y avait pas de tram jusqu'ici, et que ça risquait de fichtrement limiter le tourisme (ce en quoi il eut entièrement raison, tiens, regardez-voir l'infime fréquentation aujourd'hui). Ceci dit, certaines notoriétés ont quand même leur sépulture au cimetière de "Budeč". En plus donc du renommé pédagogue "Amerling", repose ici le sculpteur "František Hnátek" (statue de St Venceslas rue "Musílkova" à Prague 5) accessoirement écrivain et critique architectural sous le pseudonyme de "Pavel z Budče", les historiens "Otto Urban" et "Václav Davídek", ou encore le fondateur des sucreries de "Zákolany", archéologue amateur averti et féru collectionneur de porte-jarretelles amovibles en tulle brodé avec double élastique pour chinchilla ouzbek, l'ingénieur "Jan Felcman".
Et après les morts célèbres, signalons encore ceux qui n'ont pas eu de bol. Sont également enterrés ici certains des 14 pauv' bougres qui décédèrent dans l'accident ferroviaire du 25 janvier 1964, lorsqu'un train de marchandises percuta un train de passagers à l'arrêt dans la gare de "Zákolany" alors qu'il se trouvait sur le mauvais quai.

Restons les doigts dans la terre, et après l'enterrement, parlons d'archéologie. Inutile de vous dire que ce site a attiré les archéologues comme le poil les séminaristes, et l'un des tout premiers était justement membre de la soutane: "Václav Krolmus" qui cherchait là comme ailleurs mi XIX ème siècle des preuves tangibles de l'existence des légendes tchèques, et tout particulièrement la tombe du mythique ancêtre "Čech". Les vraies fouilles sérieuses commencèrent dans les années 70 du XX ème siècle avec "Miloš Šolle" et "Zdeněk Váňa" qui publièrent leurs conclusions en 1983 dans un ouvrage commun: "Budeč-památník Českého dávnověku". Plusieurs années plus tard, "Andrea Bartošková" fit une révision complète des artefacts trouvés par les précédents gaillards.
Ainsi, tout ce que je vous ai raconté au dessus découle en partie de ces fouilles, venues confirmer (ou infirmer) les écrits médiévaux. Voilà. Dis-donc, j'ai fait gras une fois de plus sans vouloir. C'est dingue ça, le nombre de truc qu'on peut dire sur un fourbi pareil où il ne reste pratiquement plus rien à voir, sans dec. Donc pour conclure, "Budeč u Zákolan" est énorme d'un point de vue historique, c'est vraiment ENORME. Malheureusement, à voir il ne reste guère plus que l'église St Pierre (et St Paul), car tout le reste n'est plus, y compris la buvette ce qui est extrêmement regrettable, aussi prévoyez vos propres rafraichissements si vous visitez en pleine chaleur. Mention spéciale à la délicieuse petite qui nous fit faire le tour, qui me permit de prendre des photos dedans l'église, qui me fit monter par des escaliers branlants d'époque jusqu'au balcon où se trouve l'orgue afin de voir par moi-même qu'il n'y avait effectivement rien à voir comme elle avait dit (mais ça m'a fait plaisir d'y aller quand même, pour les photos)... rien à voir sinon le vieille orgue qui lui sert d'accompagnement lorsqu'elle chante dans la chorale qui répète en ce lieu, parce qu'elle chante l'affable petite. Dernier conseil, selon la légende, si vous faites le tour de l'église, alors en passant devant la tour vous devriez sentir une force, une énergie, une vigueur régénérente (et hydratante) qui devrait vous faire sentir bien, relax et cool. Personnellement je n'ai pas essayé parce que je suis trop réaliste (et faignant de la marche à pied), et que si je devais sentir quelque chose, ça serait la matière fécale qu'un clébard aurait sournoisement démoulée juste sous mes pas, afin que je marche dedans (j'ai un réel succès en cette matière -fécale-).
Cependant aux dire de certains, la sensation (perception) de la force est assurée. Maintenant est-ce que ça raffermit les nichons, élimine la peau d'orange et efface les rides sous les yeux? Pire, ça se trouve c'est peut être même "dangêrrrê pourrr la santê" comme dirait ma maman. Alors faites gaffe quand même, ne tournez qu'une seule fois autour. Pis encore bonne année à tous, genre parce que c'est ma première publie de l'année, donc après la cuite, vive 2008!