vendredi 14 décembre 2007

Ailleurs: Švihov, c'est cool par beau temps

Ben c'est le second. Le second des 3 châteaux d'eau... ou plutôt des châteaux entourés d'eau, aquatiques, voire aquicoles. Vous vous souvenez, je vous avais parlé du premier ("Blatná"), ainsi que de la délicieuse baronne "Jana Germenisová - Hildprandtová" il y a pratiquement 1 an jour pour jour. Donc aujourd'hui, et c'est vraiment une coïncidence en terme de date, donc aujourd'hui, je vais vous parler de "Švihov" où nous nous rendîmes un samedi pluvieux, alors qu'on s'en roulait en direction de belle-maman.
Tiens, c'est curieux aussi, vous avez remarqué, les vielles pierres comme les belles-mères, selon qu'il fasse beau ou moche, on les apprécie différemment, c'est dingue ça aussi comme coïncidence non? Donc on arriva à "Švihov", ville comme château, par temps de pluie, bon, pas le choix, et donc mes photos sont grises, tristes, pas moches, mais mornes, ternes à cause du temps. Bien entendu, dedans on ne photographie pas, donc c'est encore plus morne, triste et terne. Dedans on y organise des mariages, on y organise des concerts, on y organise des visites guidées, on y expose même des nains en plâtre d'une mocheté à se vomir sur les galoches à jeun, pour vous dire à quel point l'on contribue à saloper le monument, mais les photos non, c'est dangereux, c'est dommageable, et c'est nocif à la santé du château. Fumiers! J'me demande pourquoi je m'agace encore avec cette bande de médiocres foireux au lieu de les conchier de ma mémoire. Passons...

La première mention écrite du bourg homonyme remonte à 1245, lorsque le domaine appartenait à un certain "Držkraj", fils de "Budivoj ze Švihova" (source: "František Palacký, Dějiny národu českého v Čechách i v Moravě, Appendix F", 1245 s. d. Pragae: [...] Drysicray filius Budiwogii de Swihow). Ce nom curieux de "Držkraj" est déjà mentionné en 1194
(source identique), puis en 1245 comme "Držkraj ze Švihova". Curieux ce nom il est, parce que formé à partir du verbe "držet" (détenir, posséder...) et du nom commun (substantif) "kraj" (région, contrée, terroir...) soit monsieur possède-région, ou détiens-terroir, à l'instar de "místodržitel, místodržící" (gouverneur). Enfin bref... donc ils (la famille) possédaient un bout de terroir à "Švihov", avec une tour fortifiée perchée au sommet d'un pan rocheux en surplomb de la rivière "Úhlava", et voilà (source: "Miloslav Bělohlávek, Hrady, zámky a tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku").
L'endroit était au départ stratégique, car situé sur la route commerciale qui venait de la Bavière danubienne (Munich, Salzbourg, Ratisbonne, Passau... passons) passant par "Železná Ruda" jusqu'à "Plzeň", mais le bourg ne prit jamais l'importance qu'il aurait dû (enfin qu'il était planifié qu'il prenne) car il fut rapidement concurrencé par la ville royale "Klatovy" fondée en 1260 par le roi "Přemysl Otakar II". Fin du XIII ème siècle, c'est la famille "z Rýzmberka" qui devint propriétaire du domaine, vous savez, ils étaient aussi proprio du domaine de "Přeštice" où se trouve la phénoménale église Ste Marie de l'assomption ("Kostel Nanebevzetí Panny Marie") et qui fut confisqué (le domaine) par "Václav I" pour sa frangine Agnès... lisez ma publie sur "Kladruby" pour les détails. Il ne leur fallut pas longtemps aux "z Rýzmberka" pour se rendre compte de l'ineptie d'une tour au sommet d'un pan rocheux alors que la taverne se trouvait en contrebas, près de la rivière.
Aussi "Vilém ze Švihova ze Skály" fit rapidement construire une autre tour aux abords immédiats de l'eau, comme de la bière. Parenthèse. Du "Vilém ze Švihova, z Rýzmberka, ze Skály", vous en trouvez à la pelle entre les XIV ème et XVI ème siècles, et de nombreuses sources vous les mélangent allégrement, au point que si vous faites un rapide calcul, alors le "Vilém" aurait dû vivre quelques 200 ans. Donc afin que vous y compreniez quelque chose, je m'en suis allé chercher quelques détails généalogiques dans les archives germaniques, car les archives tchèques sont plutôt joyeusement confuses. Ben ouais, que voulez-vous, si les Allemands ne devaient avoir qu'un défaut c'est bien l'ordre, la discipline, la hiérarchie... Donc die Herren von Riesenberg:

1-Wilhelm von dem Fels (Vilém ze Skály) († nach 1325), verheiratet mit Vratislava Vratislavská
1.1-Hynek Schwihau von Riesenberg († etwa 1358)
1.2-Wilhelm vom Fels auf Schwihau (*1342; † 1378)
1.2.1-Wilhelm Schwihau von Riesenberg († nach 1379)
1.2.2-Břeněk vom Fels und Schwihau (†1407), höchster Kämmerer, der später den Namen von Schwihau und Riesenberg führte.
1.2.2.1-Puta († 6. Februar 1413, dit Puta numéro Un)
1.2.2.2-Wilhelm († 1463), verheiratet mit Margarethe von Sternberg und Skonka von Žirotín (Škonka ze Žirotína)
1.2.2.2.1-Puta († 21. Juli 1504, dit Puta numéro Deux), verheiratet mit Bohunka Mezeřícká z Lomnice

Traduction: von dem Fels=ze Skály, auf Schwihau=ze Švihova, von Riesenberg=z Rýzmberka, mais vous l'aurez sans aucun doute deviné.

Et donc notre constructeur de la tour près du bas, près de l'auberge, c'est le premier "Vilém" numéro 1. Anecdote, lorsque les "z Rýzmberka" qui s'installèrent à "Švihov" se creusèrent la tête pour trouver un motif original à apposer sur leur blason familial, le "Vilém" suggéra tout naturellement une photo de lui face à l'auberge, une chopine de bière à la main. Curieusement, ça fit hurler les autres membres de la famille qui suggérèrent alors quelque chose de plus sobre, moins paillard, plus noble genre, en l'occurrence la rivière qui coule sur le domaine. Et comme ils en avaient plusieurs, de domaines comme de rivières qui coulaient dessus, ben ils y mirent les 3, "Úhlava", "Vltava" et "Otava" sous la forme de 3 bandes blanches en travers d'un fond rouge. Ensuite le domaine passa dans les mains de "Břeněk Švihovský z Rýzmberka" et en 1425, pendant les guerres hussites, c'est un autre
"Vilém ze Švihova" qui fut propriétaire du château, le numéro 1.2.2.2., fils de "Břeněk", commandant des forces catholiques de Bohême occidentale et défenseur de la ville de "Plzně" devant les troupes hussites de Prokop-le-pelé (le chauve, "Prokop Holý" :-) Et justement donc, en 1425, les hussites décidèrent d'aller fiche le souk sur le domaine de leur ennemi, parce que c'était leur boulot, empoisonner la vie des autres. Ils mirent donc le siège au castel, qui alors devait déjà être entouré de douves, car selon la légende, après 15 jours de siège infructueux, les assiégeants creusèrent ("prokopat" = percer, creuser) sous les douves (?! "příkop" = fossé, tranchée), les vidèrent de leur eau (?! "voda vypuštěna") et prirent ainsi le château avec son sieur coincé dedans comme un juilletiste au péage de Villefranche. Bon, chuis pas un expert en prise de château ni en vidage de douves, mais je vois mal comment nos bougres hussites purent creuser sous (les douves). Et quand bien même... Chuis pas non plus un expert en mécanique des fluides, encore que si l'on considère la bière comme un sous ensemble des fluides, alors j'ai quelques bonnes notions acquises empiriquement par des années de rigoureuse pratique de levage du coude, bref...
donc niveau de l'eau, vases communicants, pression... Et elle se serait écoulée où et comment l'eau des douves? Bon, le gaillard fut fait prisonnier, mais fut libéré (contre rançon?) puisqu'il décéda plusieurs dizaines d'années plus tard. En 1436, une fois les hussites intégristes radicaux barbus calmés par la bataille de Lipany (1434), "Vilém ze Švihova" fit remarquer à l'empereur Sigmund que le château de "Švihov", celui qu'il y avait des araignées dessus et des fourmis dedans, qu'avant ben c'était le sien, et que ça serait vachement sympa s'il pouvait y retourner habiter avec la bénédiction royale, un titre de propriété en bonnet d'une forme (quelconque), parce qu'il était bon catholique et qu'il était resté fidèle au roi comme dévoué à dieu, malgré que les hussites lui grillèrent les roupettes à la gégène lors de sa captivité. Sigmund versa une larme puis souscrit à la requête. Et vers 1470, arriva aux commandes de "Švihov" le fameux "Půta Švihovský z Rýzmberka" (Puta le Deux), et celui-là laissa pas mal de souvenirs dans les mémoires du domaine comme des indigènes. Le sieur "Půta" avait l'énorme avantage d'occuper un poste clé dans l'appareil d'état (juge suprême du royaume de Bohême)
et de fréquenter ainsi la fine fleur de la meute de combinards économico-politiques qui gangrenaient le pays par leurs ignobles prévarications (remarquez bien que depuis cette époque rien n'a vraiment changé dans notre royaume). C'est ainsi qu'en revanche d'un service rendu à un entrepreneur véreux en BTP tombé pour arrosage de pot-de-vin en dessous-de-table des membres d'une commission d'adjudication de marchés d'état, ce dernier (entrepreneur véreux) offrit à "Půta" de lui construire une splendide demeure "de caractère" à tarif nettement préférentiel. Cool, en 1480 notre concussionnaire fit donc démolir la tour fortifiée sur le domaine de "Švihov" et reconstruire sur le terrain un grand, confortable et imprenable château fort gothique, résistant jusqu'aux nouvelles armes à feu fabriquées à moindre frais par les Soviétiques sur des modèles originaux nettement plus onéreux de provenance chinoise (ben ouais, les temps ont changé). Et pour bien montrer sa dévotion et son remerciement à l'un des fonctionnaires d'état des plus puissants, des plus riches et des plus influents du pays, notre chef d'entreprise BTP colla sur l'affaire un des plus talentueux architectes de l'époque en la personne de "Benedikt Rejt" ("Benedikt Ried z Pístova", parfois) dont je vous ai si souvent parlé dans mes précédentes publies.
Mais "Půta" n'avait pas plus de scrupules qu'il n'avait d'honnêteté, et il chargea lourdement la mule en faisant également retaper par le bon "Benedikt" un autre de ses châteaux à quelques 50 km au sud-ouest de "Švihov", "Rabí", entre "Sušice" et "Horažďovice". Là, l'entrepreneur en BTP émit d'abord des réserves, suivies d'un refus catégorique de financer les travaux, au prétexte que le "Benedikt Rejt" coûtait les zyeux de sa tête, qu'il s'était engagé à rendre un service et pas à subvenir à d'opulents besoins, et que voilà, et puis merde, et qu'il se retirait de l'affaire. Deux semaines plus tard, on retrouva son cadavre flottant sans vie dans la rivière "Úhlava", allégé de la tête et des 4 membres, cadavre qui fut fort heureusement identifié grâce à la lettre testamentaire retrouvée dans la poche du veston. L'enquête comme l'autopsie conclurent à un suicide par ailleurs évoqué par le malheureux dans sa dernière lettre, et l'affaire fut classée sans suite. Ben ouais, mais ça ne faisait pas vraiment l'affaire de notre maffieux, parce que les travaux étaient bien entamés, qu'il ne pouvait pas laisser ses chantiers dans un tel état, et que donc fallait bien finir ce qui fut commencé. Toujours fabuleusement dépourvu de scrupules comme d'honnêteté, il n'eut pas la moindre honte à imposer un service du travail obligatoire (STO) à ses administrés afin qu'ils participent à l'effort de rénovation du plus important monument de la commune pour le bien de tous.
Mais je reviendrai sur cet épisode à l'origine d'une sympathique légende. A la mort de "Půta Švihovský z Rýzmberka", ses 2 fils ("Jindřich" et "Václav") héritèrent des domaines. Ils poursuivirent les travaux sur le château de "Švihov" qu'ils achevèrent en 1530, mais financièrement épuisés et en manque de cash-flow, ils durent finir par vendre. Parenthèse pour vous dire à quel point le "Půta Švihovský" était un âne d'exposition au salon international de l'agriculture à la porte de Versailles du 23 février au 2 mars 2008 (de 9 à 19h). Lorsque ce bourricot empoté décéda, il légua ses biens à sa descendance, et croyez-le ou non, il transmit une moitié de château à "Jindřich" et l'autre moitié du même château à "Václav". Et pourtant dieu sait qu'il n'en manquait pas de châteaux à léguer, "Rábí", "Horažďovice", "Roudnice", sans parler des domaines, des bourgs, des mines à "Kašperské Hory". Du coup, ben les 2 bougres légataires s'accommodèrent en séparant le château en 2 parties indépendantes, accessibles par leurs propres entrées, séparées (les parties) pour de quand qu'un rentrerait de nouba tard le soir qu'il n'aille pas réveiller l'autre qui dormirait encore tôt le matin. Pour les palais c'était assez simple, ils étaient 2, et donc il suffit de construire une nouvelle entrée dans le palais sud qui n'en avait pas, et hoplà, Bob's ya uncle!
Mais pour la chapelle, c'était une autre paire dimanche, parce que de chapelle ben y en avait qu'une. Il fallut donc percer une entrée entre le palais sud et la chapelle afin qu'elle soit accessible des 2 palais indépendamment. Idem pour le chiotte, il n'y en avait qu'un (c.f. plus loin), sauf que là, on ne laissa qu'une seule et unique entrée pour d'évidentes raisons d'intimité qui n'évitaient cependant pas la queue devant le cénacle en période de foire collective, genre après le café et la clope du matin. En 1548, le nouveau propriétaire devint "Heralt Kavka Říčanský z Říčan" (sénior), mais bon, comme il est pratiquement inconnu, je vous le signale comme ça, pour information. Toujours pour information, cette famille conserva le château jusqu'en 1598, lorsqu'il devint propriété des "Černín z Chudenic", une des plus anciennes familles de Bohême dont le descendant "Humprecht Jan Černín z Chudenic" fit construire entre 1669 et 1682 le plus grand et l'un des plus fantastiques palais baroques de tout Prague: "Černínský palác", aujourd'hui ministère des affaires étrangères. Mais revenons à "Švihov".

Juste avant la guerre de trente ans, ce château était l'un des plus fortifiés et donc des plus inconquérissables de son espèce en Bohême. Non seulement il était entouré de murs épais et de douves profondes, mais sur des centaines de mètres, les abords du château avaient été judicieusement entourés de prés et de champs se trouvant légèrement en dessous du niveau de la rivière "Úhlava", aussi en cas de danger, il suffisait d'inonder les pâturages et hop, tiens, allez donc après ça mettre le siège au château dans la boue, l'humidité et les moustiques. Et tout ce système de défense fonctionna parfaitement jusqu'à l'arrivée de la chienlit suédoise qui le conquit. Je n'ai pas trouvé de détails sur comment ces foutres là s'y prirent, mais le château fut pris (dit-on, parfois). Cependant grâce à sa robustesse, les pillards ne réussirent pas à l'emporter en Suède, ni à le détruire. Maintenant il existe une autre source qui affirme que les Suédois arrivèrent devant le château en février 1641, pour s'apercevoir qu'ils n'avaient pas les clés, et devant la difficulté apparente d'un siège de longue durée, ils pillèrent le bourg et repartirent sans assiéger la forteresse. Ils revinrent en février 1644, 3 mois exactement après la première apparition (le Suédois est précis comme une horloge suisse et entêté comme un Allemand), et pareil, après quelques jours de siège totalement inefficace, ils plièrent bagage afin de ne pas rater le train, non sans avoir pillé le village encore une fois, histoire de laisser un souvenir aux paysans tchèques et en ramener quelques uns aux familles suédoises (de souvenirs).
Et c'est justement ce qui, après la guerre, foutut les boules à l'autre imbécile de Ferdinand III qui ordonna en 1655 de raser "Švihov" (comme d'autres castels) afin qu'il ne puisse pas éventuellement servir à un potentiel ennemi (aux martiens). La légende raconte que la veuve de "Jan Heřman Černín z Chudenic", une certaine "Sylvička Černínová" serait allée plaider la cause du château auprès de l'empereur en personne, et que grâce à elle, on aurait démoli que les remparts extérieurs nord et est, ainsi que la bastille (tour) dorée, mais c'est anachroniquement impossible. Pas la démolition des parties mentionnées, parce qu'elle eut bien lieu, mais la version de la sauvegarde du reste du château. Eh ouais, parce que Ferdinand III est mort 1657, "Jan Heřman Černín z Chudenic" était encore propriétaire en 1666, donc soit "Sylvička" n'était pas la veuve de "Jan Heřman", soit elle n'a pas plaidé auprès de Ferdinand III mais de Léopold Ier, soit c'est inventé de toute pièce (ou je me suis plantembrouillé dans mes sources, mais ça c'est impossible aussi :-) Et donc ben voilà, bref... Donc entre 1655 et 1658 les murs d'enceinte nord et est ainsi que la tour dorée tombèrent. A partir de ce moment, et bien que sauvé de la démolition complète, le château perdait en importance pour en gagner en intérêt, mais pas dans l'habitation, dans le stockage du grain et l'exploitation agricole.
Tiens, aux limites des anciennes fortifications se trouvaient dorénavant les habitations des croquants, la brasserie, la malterie, la boulangerie, la porcherie, l'étable... Au XVIII ème siècle, sur la gauche juste derrière le portail d'entrée, se trouvait une nouvelle construction pour loger monseigneur lorsqu'il viendait visiter son domaine, le château étant par trop inconfortable. L'on utilisait les 2 palais comme silos, jusqu'à la chapelle une fois désacralisée (fin XVIII ème siècle, sous Joseph II), où l'on y entreposait tout le fourbi qu'on ne savait pas où mettre ailleurs. Courant du XIX ème siècle, on construisit une baraque d'intendance contre le palais nord. Sur la droite, juste derrière le portail d'entrée, l'on construisit une étable, et hop, le château ne faisait plus qu'encombrer sur cette exploitation de grande envergure dont on peut encore voir les restes aujourd'hui (à gauche en entrant). Eh ouais, après le sang bleu on y entreposa du grain jaune, du foin, et du pourceau crotté, et ce jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Ca fout les boules. Entre temps, entre les 2 guerres, il y eut des tentatives de rachat, de sauvegarde, de remise en état, mais rien de concret, au point qu'on n'utilisait même plus les palais-silos en ruine, et l'on finit même en 1928 par interdire carrément l'entrée au château officiellement déclaré "ruine nationale". Lorsque la seconde guerre mondiale prit fin, le château fut confisqué aux "Černín" sur la base des décrets du président "Beneš" et étatisé.
Ah bon? Me direz-vous, mais les "Černín" étaient Tchèques, et les fameux décrets s'appliquaient aux Allemands, Autrichiens et Hongrois? Eh ouais, mais dans la famille "Černín", il y eut un certain "Eugen Czernin Morzin", et lors du recensement de 1929 il se déclara de nationalité allemande. C'était possible en l'époque parce que la Bohême était peuplée de Tchèques, certes, mais aussi d'Allemands, d'Autrichiens, de Hongrois, de Slovaques, d'Ukrainiens... Et bien que citoyens tchèques, nés sur le sol tchèque (mais pas forcément), ils pouvaient se revendiquer d'une nationalité différente (on appelle ça aujourd'hui une minorité nationale). Et justement, parce que d'aucuns prétendent qu'il avait une dent contre les Tchèques, ben en 1929, "Eugen Czernin Morzin" se déclara Allemand. Sauf qu'après l'anschluss de 1938, ben il fut ainsi automatiquement incorporé au Reich comme citoyen Allemand, et en 1945, les décrets "Beneš" s'abattirent sur Eugen comme sur des millions de pauvres bougres sans la moindre pitié ni retenue. Ce n'est qu'à partir de 1949 que l'on commença à reconstruire le monument, petit à petit, au fur et mesure, encore aujourd'hui, au point même qu'il est question de reconstruire les murs d'enceinte détruits par l'autre imbécile habsbourgeois Ferdinand.

L'édifice se compose de 2 palais d'habitation (ou stockage du grain, selon l'époque :-) d'une tour de 5 étages à escalier en colimaçon et d'une chapelle. Curiosité, dans la chapelle sur le mur de droite (ou gauche, chais plus vraiment) se trouve une fresque représentant St Georges jouant aux boules avec le dragon (vers 1520). Eh bien dans le fond du tableau, en arrière plan, se trouve une représentation d'époque du château de "Švihov" tel qu'il devait être après sa reconstruction par "Benedikt" (vers 1530). Selon certains, il s'agirait du premier tableau à paysage peint en Bohême. Ah bon? Et ils peignaient quoi avant alors, des fruits, des Jésus, des mammouths? Sinon le visage du St Georges serait celui de "Jindřich Švihovský z Rýzmberka" (un des fils de "Puta"), mais on ignore qui servit de modèle pour le dragon. Et toujours avec notre château, se trouvent encore peints le château de "Skála" (en ruine) et le bourg de "Horažďovice". Les 4 statues sont d'origine gothique (les seules qui sont vraiment d'origine dans ce château) et représentent les 4 pères de l'église: St Ambroise, St Augustin, St Jérôme et St Grégoire. Lorsqu'on passa dans la pièce à bouffe, ou salle à banquets, arriva mon heure de gloire. Au dessus de la porte se trouvait une fresque, un blason représentant un aigle noir en 2 parties symétriques, genre en miroir au milieu, avec 2 têtes et une couronne sur le dessus et des restes d'un R majuscule.
Et le guide de demander à l'assistance à qui appartenait ce blason? Alors on eut droit à tout, "Půta ze Švihova" (il n'était pas roi, donc pas de couronne), St Venceslas (oui, presque, mais pas à 2 têtes l'aigle noir des Prémyslides), le tsar de toutes les Russies (oui, presque aussi, mais non, et chais pas pourquoi), la brasserie "Krušovice" (non plus, mais c'était le plus près de tous), jusqu'à moi, qui avait reconnu l'aigle habsbourgeois et la couronne, alors je dis timidement "Rudolf II?" Et c'était bien à lui, à ce fameux bougre rondouillet au caractère excentrique que le blason appartenait. Par contre j'avais pas la moindre idée du pourquoi de cette armoirie dans cette pièce dans ce château. Le gars qui avait crié la brasserie "Krušovice" n'était pas loin non plus, parce que l'emblème de la brasserie est bien la couronne de Rudolf II (il avait acheté "Krušovice" en 1583, et la couronne en 1575), donc avec un peu de déduction, il serait remonté au Rudolf. Ceci dit, et malgré que j'avais juste, je n'eus même pas une bière offerte, la question était sans prix (récompense). Ah oui, et pourquoi donc cette armoirie dans cette pièce dans ce château? Ben le roi Rudolf II était venu une fois bouffer chez "Heralt Kavka Říčanský" (alors proprio du castel), genre en passant à l'improviste, simplement, sans se faire annoncer, et l'aut' couillon prétentieusement orgueilleux n'a pas pu s'empêcher de marquer l'évènement dans la pierre à coup de pinceaux.
Remarquez bien on a de la chance, parce que si "Karel Gott" était venu chanter au mariage, on aurait maintenant ses chansons pendant la visite. Ouf! Un autre truc sympa est la tour du "Hejtman" (comprenez l'intendant, l'administrateur du domaine). Elle ne fait pas partie de la visite standarde, c'est une autre visite, celle qui ne passe pas par les autres pièces du château. Vous y verrez un accès par escalier en bois casse-gueule jusqu'au premier étage, puis en pierre au-delà. Selon la petite qui faisait faire le tour, en cas d'assiégement, le comptable dans sa tour détruisait les escaliers en bois (à la hache?), et les assiégeants (du fisc?) ne pouvaient plus accéder aux livres de comptes. C'était évidemment une solution temporaire, parce qu'il fallait bien qu'il mange et qu'il boive l'isolé du haut. Et fallait surtout pas que les autres importuns d'en bas se soient encombrés d'échelles. Et même pour les plus vicieux, fallait pas non plus qu'ils chopent la bonne idée de faire un feu de bois vert sous la tour, histoire d'enfumer l'enfoiré comme une saucisse de Morteau. Mais ça laissait suffisamment de temps à l'intendant de téléphoner à la cavalerie, de bruler les documents compromettants et accessoirement de se pendre afin de ne pas être pris vivant, torturé à mort et pendu à la fin quand même, mais par l'ennemi. Curiosité, il y avait dans le fond de la pièce, posé sur un bas bahut, un fantastique dictionnaire franco-germano-italo-latin dont la petite ignorait totalement la provenance, comme la raison de sa présence là, en cet endroit.
Le mur d'enceinte a été en grande partie détruit par ordonnance de ce couillon de Ferdinand III, mais l'on peut encore voir les fondations ainsi que l'emplacement des 4 tours angulaires, dites rouge, blanche, verte et dorée. Ce déterrement eut lieu lors de la reconstruction en 1951. Tiens, curiosité encore, la cour intérieure du château. Le "Benedikt Rejt" avait prévu un ingénieux système de canaux alimentés par des étangs à proximité du château, permettant en quelques minutes d'inonder toute la cour intérieure si une armée ennemie venait à s'y trouver. Etrangement, on ne sait pas si ce piège fut jamais utilisé. Autre curiosité toujours, si vous regardez attentivement les meurtrières sur ce qui reste de mur fortifié, vous en trouverez une avec encore son cylindre de bois orientable, permettant non seulement d'orienter le tir tout en minimisant sa vulnérabilité face à l'ennemi, mais également de boucher complètement la meurtrière lorsque le défenseur s'en partait faire caca. Ben si vous allez au château de Prague, et si vous montez dans l'intérieur des fortifications au dessus de la ruelle d'or (où se trouve l'exposition d'armures et le tir à l'arbalète), ben vous y verrez exactement les même cylindres, et pour cause, puisque c'est le même "Benedikt Rejt" qui construisit les fortifications nord de "Hradčany" incluant les tours "Daliborka" et "Mihulka". Pour la petite histoire, on ne sait pas vraiment quels travaux effectua réellement "Benedikt Rejt" à l'intérieur même du château de "Švihov".
On subodore seulement. Par contre ce dont on est sûr, des fortifications, ben il n'en reste pratiquement plus rien, grâce à Ferdinand-tête-d'âne. Autre curiosité (décidément, ça n'arrête pas), le chiotte que l'on nomme ici "prevét" (du latin "privatus", [lieu] privé) ou "vyserna", sur lequel le guide insista avec insistance en le montrant du doigt. Il est ici comme d'habitude, en forme de cahute en saillie d'un large mur blanc, et permet à la matière de choir naturellement au bas (ou glisser le long de la maçonnerie par grand vent de face) afin que chaque habitant du castel puisse admirer la composition et profiter du fumet des flux alvins de monseigneur, car assez curieusement, le chiotte donne dans l'enceinte du château.

Pis tiens, vu qu'on en est aux curiosités, passons donc aux légendes. Il était une fois "Půta Švihovský", qui devint rapidement (encore jeune) le plus haut magistrat du royaume sous "Vladislav II Jagellonský" (dit W). Apparemment cultivé, patriote (sous son administration l'on écrivait en Tchèque et non en Latin), il n'avait cependant aucune sympathie pour les petits, les assujettis, le peuple. Et même mieux, enfin pire, il était même franchement vilain-méchant avec eux, au point qu'il forçait ses sujets à de durs labeurs
(sans RTT ni congés de l'assomption), les punissait sévèrement sans la moindre indulgence (ni préavis 3 mois à l'avance), et les emprisonnait dans les culs-de-basse-fosse de ses châteaux comme bon lui semblait. Il était même l'un des instigateurs du décret de servitude bêtement signé par le roi qui ne lisait pas le Tchèque (W était Polonais). Et comme le fielleux "Půta Švihovský" lui apportait finement son trieur en plein milieu de la Star-Ac, ben W ne posait même pas de question (en Latin) afin de ne rien louper de son émission, signait sans regarder, et hop, le tour était joué. Immédiatement, la pauvre plèbe s'en prit grave sur ses doigts de l'homme. Défense de déménager sans le consentement du seigneur (afin de ne pas aller chez un fumier moins malveillant, ou plus bienveillant). Défense de mettre ses enfants à l'école sans le consentement du seigneur (trop d'intelligence mène à la rébellion). Défense de marier son fils ou sa fille sans le consentement du seigneur (trop de réduction d'impôt et trop de prestation sociale vident les caisses de l'état). Défense de se fout' les doigts dans le nez, même dans les embouteillages sur le périf, même avec le consentement du seigneur (des fois que ce dernier viendrait à lui serrer la paluche). Et bien entendu, défense de se plaindre à qui que ce soit sans le consentement du seigneur (trop de publicité négative dans la presse-people nuit à la bonne réputation). Et le pauvre bougre qui aurait eu la mauvaise idée d'enfreindre ces articles (sans le consentement du seigneur), ne serait-ce que par la pensée, pouvait être puni de mort atroce après avoir été joyeusement torturé sous toutes les coutures.
Pour l'anecdote, les con-munistes (fumiers) s'inspireront largement de plusieurs paragraphes de ce décret quelques siècles plus tard. Ainsi l'enfer s'abattit sur le vulgaire. Mais en 1504, le misérable "Půta Švihovský" mourut précocement, et le peuple y vit l'expression d'une volonté divine, le geste du tout puissant venu sauver les pauv' esclaves de l'autre psychopathe furieux. Et la légende vint à naître, car "Půta" n'avait pas pu mourir comme le commun des mortels. Dieu avait retiré sa main protectrice d'au dessus de la tête du tyran, et le diable des zenfers en personne était venu le chercher tout cru. Selon les témoins de l'époque, il y eut d'abord un tonnerre di diou étourdiassourdissant, le ciel s'ouvrit comme une huître en deux, et une colonne de feu monta au ciel. Le malin s'en allait frapper à la porte de St Pierre afin de récupérer un pécheur inscrit depuis longtemps chez lui en pension complète pour une durée indéterminée. Dans une autre version, le diable récupéra son pensionnaire directement chez lui, au château de "Švihov" et l'emporta au travers du toit laissant un trou béant cramoisi dans le plafond. Lorsqu'un jour plus tard ensuite le concierge fit réparer... voulu faire réparer les dégâts, ben qu'il fit quoi qu'il fit comme il fit... faut, rien n'y faut... fit, malgré les instructions avisées du conseiller Castomerlin du rayon crépicollaplâtroplafond, car chaque nuit, le trou reprenait sa place sous le toit, afin de bien rappeler aux fils du méchant "Půta Švihovský" la fin peu enviable de leur misérable papa.

L'autre bout de la légende, c'est que pour sortir l'autre damné des enfers, il aurait fallu que sa bonne dame "Bohunka z Lomnice" démonte le château pierre par pierre, planche par planche, clou par clou, et qu'elle rapporte chaque bout là d'où qu'il provenait: Bricodepot, Brico-jardin, Bricomarché, BricoMan, But, Castorama, Catena, Conforama, Dom Pro, Fly, IKEA, Jardiland, Lapeyre, Leroy-Merlin, Mr Bricolage, Weldom, Truffaut... Ce à quoi elle répondit "mon c...! Tu ne veux non plus que j'aille aussi turlutter chaque chef de rayon? Non plus aussi?" Et du coup, ben le méchant "Půta Švihovský" se morfond au fond des enfers encore aujourd'hui, selon les dernières nouvelles, et c'est pas maintenant que "Bohunka" va se mettre à la tâche, alors qu'elle n'est plus, et qu'on reconstruit le château à neuf.

Autre légende. L'était une fois sur le domaine du "Půta", une petite mignonette qui tomba amourette d'un garçon maçon mollasson (l'amour n'a pas d'odeur). Elle alla voir son seigneur et lui dit: "Meussieur mon Sir, y a l'Robêr et moa kon voudré s'en marriager pour faire le sex et guagné dé zanfans d'la sigogne d'Alzasse. Esse kon peu, eh Meussieur mon Sir?" Ca fout les boules le manque d'élevage quasillettré que ces pauvres gens ne reçurent pas à cause de l'aut' fumier priveur d'école. Bref... il refusa, sans appel, d'un non définitif et irrévocable. La petite mignonette repartit en pleur, mais le bon sens féminin prit le dessus sur son chagrin, et elle décida d'aller plaider sa cause auprès de Madame "Švihovská", la bonne dame "Bohunka z Lomnice".
Un soir, elle s'introduit en cachette dans le château imprenable, trouva son chemin sans se faire repérer par la horde de larbins, et frappa à la porte de Madame ostentatoirement pourvue de la mention "Chambre à Madame". La porte s'ouvrit et la bienveillante "Bohunka" put entendre la petite mignonette raconter: "Madame ma Sire, y a l'Robêr et moa kon voudré s'en marriager pour faire le sex et guagné dé zanfans d'la sigogne d'Alzasse, mé y a Meussieur vot' Sir a vou ki veux pa, parsk'il di komsa, keu son domêne est suffizamen pourvu en kretins k'ont géni tôt, et keu cé pa la sigogne d'Alzasse ki fé guagné dé zanfans, mê l'arche de Zoé kan cé k'il se fon pa choper par lé morikos, cé kons là." La brave "Bohunka" expliqua à la petite quelques éléments indispensables sur la sexualité, la maternité, l'arche de Zoé, puis promit de parler du mariage à son foutre de mari au moment opportun, genre quand il serait bien disposé. Et c'est ce qu'elle fit un soir, dans l'intimité du couple, à califourchon sur le bas ventre de "Půta Švihovský", cinq minutes après que ce dernier lui ait rappelé qu'on était le premier samedi du mois, et que le premier samedi du mois, c'est sommier, culbute et rince-doigts (ou rince-toi, au choix). Ainsi au bout de 5 interminables minutes de ahahah, de aaargh ouh ouh, et de oh-oui oh-oui sans réelle conviction, "Bohunka" s'exclama "ben alors? Toi non plus t'arrives pas à te souvenir de quelqu'un? Bon, pas grave, faut que j'te parle."
Lorsque "Půta" ouït ce qu'il ouït, ça lui coupa définitivement toute envie. Il désarçonna Madame du dessus de sur lui et se mit dans une colère terrible au prétexte du "de quoi qu'je me mêle", du "c'est qui qui décide", du "c'est pas tes rognons", et du "nom d'diou ça va chier". Et ça chia grave pour la pauvre petite mignonnette, car le fou furieux fit mander l'enfant sur l'heure, et l'emmura carrément vivante dans un mur de la cave du château de ses propres mains. Et lorsqu'hors de lui, il s'apprêta à accomplir le même bricolage avec sa femme, le diable entra dans la pièce... et vous connaissez la suite.

Alors cette légende de l'enlèvement au sérail se raconte également au château de "Rábí", autre propriété de "Půta Švihovský". Donc ne soyez pas surpris si vous l'entendez à nouveau, exactement telle que je viens de vous la raconter. Malheureusement personne ne sait réellement où se passa cet évènement, ce qui somme toute n'est pas non plus d'une capitale importance. Bien, et avant de terminer cette publie, encore quelques infos. D'abord la tour fortifiée d'origine, celle qui se trouvait au sommet d'un pan rocheux, elle n'existe plus. Totalement détruite qu'elle fut, et les pierres utilisées pour d'autres constructions. Cependant si vous allez au cimetière de l'église "sv. Jiljí", de l'autre côté de la rivière, alors vous apercevrez un petit renfoncement du terrain, une sorte de discrète cuvette bombée dans l'dedans.
Ben tout autour, sur les bords de cette cuvette se trouvaient les fortifications de la tour. Au château de "Švihov" ont été tournés pas mal de films, pubs, contes... et en particulier en 1973, une historiette pour zenfants, 3 petites noix pour Cendrillon ("Tři oříšky pro Popelku"... ah oui, et "oříšek" est une petite noix, parce que noisette se dit "lískový oříšek"). C'est d'une cucuterie affligeante, et là en disant cela ma chérie va me faire dormir à l'hôtel du cul tourné ce soir, parce qu'en Tchéquie c'est un film culte (comme la grande vadrouille en France), et dire du mal de Cendrillon et de ses 3 petites noix, c'est pisser au bénitier de la culture tchèque, mais bon, c'est niais, certes, mais culte, et c'est pour cela que je vous le signale afin que vous puissiez replacer le titre de cette couillonnerie dans un dîner mondain avec notre président de la raie publique par exemple (c'est à nouveau de son âge) pour peu que l'occasion vous échoit, genre si vous travaillez à l'ambassade de France à Prague par exemple (y en a des qui sont mes lecteurs). Toujours à "Švihov" se trouvait une brasserie. Je vous le signale car le premier propriétaire (et instigateur) ne fut autre que notre "Půta ze Švihova", celui qui fut enlevé par le diable, et qui ne pouvait de fait pas être un si mauvais homme s'il eut construit une brasserie. Malheureusement elle n'existe plus, et depuis longtemps car elle disparut fin du XVII ème siècle (devait sans doute pas brasser de la bonne bière, fumier de "Půta").
Pis voilà, juste encore que si vous y allez, choisissez donc un temps convenable parce que sans dec, nous... enfin bref... s'il pleut et que vous roulez vers belle-maman, c'est vraiment nul... pas le château, il est sympa, faut y aller, mais le temps... Concernant la buvette, il y en a une en face du château, dans une cave des dépendances. Je ne me rappelle plus ce qu'ils tirent comme bière, mais si cela eut été infect, je m'en serais souvenu, donc ça doit aller. Et pour finir complètement cette fois-ci, toute la région autour de "Klatovy" est phénoménalement riche et extraordinairement intéressante en matière culturelle (et je ne parle même pas de "Klatovy" en soi, c'est énorme, je vous en ferai une publie de 50 pages un jour). Donc si vous avez un peu de temps, plusieurs jours, montez-vous un camp de base dans les environs et rayonnez à la découverte de tout ce qui s'y trouve de partout. C'est énorme!

mardi 4 décembre 2007

Ailleurs: Přerov nad Labem, c'est plaisant

Et donc celui-là, on est tombé dessus comme un aveugle sur une truffe en forêt de Périgord, genre on a marché d'dans sans faire exprès. En fait, on visitait des fourbis culturintéressants qui se trouvent en quantité phénoménalahurissante le long du fleuve "Labe" (Elbe en Français), et on se perdit. Enfin pas tout à fait non plus, parce qu'on ne peut pas se perdre en Tchéquie, mais on n'était clairement pas sur la route qu'on voulait être dessus. Sans dec, les signalisations en République Tchèque sur les routes secondaires (et parfois même principales), c'est à vivre une fois dans sa vie, genre imaginez que les bourgs importants (plus de 100 habitants) à 10 km à la ronde ne sont pas indiqués, mais que les trous-du-cul habités par une meute de sangliers en hiver, à seulement 1 km de distance d'où vous êtes, le sont, eux, indiqués. Bien évidemment, une carte routière normale aussi détaillée n'existe pas, donc si vous n'avez pas quelques accointances au département "cartographie" du Pentagone, qui au péril de leur vie vous auront photocopié des documents top-secrets photographiés depuis des soucoupes volantes invisibles d'origine extraterrestre par des agents de la CIA lors des survols du territoire communiste pendant la guerre froide... donc si vous n'avez pas de telles connaissances, vous n'avez alors aucune chance de vous repérer sur ce terrain oublié jusque par les agents de la DDE et les inspecteurs du guide Michelin. Et surtout ne comptez pas sur des bornes kilométriques ou des numéros de route. Tu rigoles ou quoi?
C'est déjà bien qu'elle soit macadamisée la route, et parfois même peinte sur ses bords de la fameuse bande blanche qui la sépare en pleine nuit du sournois fossé qu'une fois que t'es dedans, t'es bon pour aller chercher à pied le paysan sur son tracteur à la ferme la plus proche, si toutefois tu n'as pas bousillé la colonne de direction sur la souche d'un des platanes judicieusement coupés afin d'éviter les accidents, genre, sinon même le paysan tractorisé ne te servira à rien. Oui, sûr, un GPS. Sauf que je n'en ai pas, parce que ce n'est pas ma bagnole mais celle de mon employeur, qu'elle dort dehors dans la rue, et que la durée de vie d'un GPS (même d'origine, incrusté dans le tableau de bord) ne dépasse pas 2 mois (mon changeur de 6 CD n'a pas fait 3 mois, 2 mois et 3 semaines exactement, et pourtant j'ai une alarme qui hurle et tout et tout). Bref, donc on en était là, à rouler sans savoir où, mais qu'on ne devait pas être loin de l'autoroute qui, selon les dernières indications vues, se trouvait à quelques 5 km d'où on ne savait pas qu'on y était. Pis après avoir traversé quelques hameaux dont les habitants semblaient n'avoir encore jamais vu d'automobile, nous arrivâmes dans le bourg de "Přerov nad Labem". Celui-là avait l'air un peu plus grand que les autres, et surtout, on vit au milieu du patelin un "Skanzen" qui nous rassura sur la présence d'un certain tourisme, et donc d'une évidente civilisation. Parenthèse. Le mot "Skanzen" se traduirait par écomusée en Français, et est d'origine suédoise. Skansen fut le premier musée de son genre, ouvert près de Stockholm en 1891 en annexe au musée mer... nordique par "Artur Immanuel Hazelius". Celui de "Přerov nad Labem", on ne l'a pas visité parce que pas le temps... pis surtout parce que la nature, le bio et l'éco... chuis plus croyant que pratiquant. Mais il a l'air sympa, donc si jamais vous vous perdez dans le coin, n'hésitez pas à le visiter.
Fin de parenthèse. Et l'on en était à se demander où qu'on allait faire demi-tour afin de retourner sur une route civilisée, lorsqu'on tomba nez-année avec le superbe château. "Flûte alors, mais regarde-moi ça, on dirait bien une bâtisse renaissance avec des sgraffites fin XVI ème, dingue, chuis scié." Nous garâmes la voiture, puis allâmes faire le tour afin de trouver l'entrée et honorer l'édifice d'une visite nôstre. Pas d'bol, c'est invisitable impromptuement. Mais passons à quelques détails historiques excavés de mes sources dans ma cave à information.

Bien que les environs furent fort probablement déjà occupés par les Celtes (entre le VII ème siècle avant Jean-Claude et le même siècle mais après J.C.), la première mention écrite du domaine remonte au 22 juin 1227 lorsque l'écuyer royal "Kojata z (Hněvina) Mostu" ("Kojata von Brüx" dans les anales germaniques) lègue sur son testament ses domaines, dont justement "Přerov nad Labem" à un certain Conrad (!? j'connais pas). Ensuite on ne sait plus rien d'écrit, sinon qu'en 1266 le propriétaire aurait été "Ranek z Přerova" (!? j'connais pas) puis en 1279 "Matouš z Přerova" (!? non plus j'connais pas). Il semblerait que ces bougres étaient liés d'une certaine façon au couvent de "Břevnov" lequel avait, semblerait-il, le domaine en exploitation (louage, fermage, métayage, escroquage...). En fait, selon la légende, "Přerov nad Labem" était le centre de gestion du domaine de "Libice", alors propriété principale de la fameuse famille "Slavníkovci" qui fut sauvagement génocidée par les "Přemyslovci" (Septembre 995, à "Libice") afin que les Prémyslides prennent définitivement le pouvoir absolu sur toute la Bohême (mais c'est une autre historie).
Et justement, ben St Adalbert ("sv. Vojtěch" en Tchèque) de la famille "Slavníkovci", second évêque de Prague, aurait en 993 fait don du domaine de "Přerov nad Labem" (entres-autres domaines) au couvent de "Břevnov" afin d'assurer aux bénédictins une rente régulière (z'avaient qu'à travailler ces faigants de moines). Maintenant ce n'est qu'une légende, certes confortée par moult histoires attenantes, mais aucun écrit ni aucune archive corroborant (ni infirmant) ces récits n'existe.

Bref... vers le milieu du XIII ème siècle, il se trouvait déjà en ce domaine un fortin (une tour fortifiée) qui fut augmenté fin XIV ème siècle par une métairie d'imposante dimension (un édifice carré de côtés 40 à 45 m). Enfin sur les plans, parce qu'en l'époque (vers 1380) le building était loin d'être terminé (c.f. "Dobroslava Menclová, České hrady"). Ben tiens, les moines vivaient à "Břevnov", et sans réelle maîtrise d'oeuvre à coups de pieds aux culs journaliers, les ouvriers glandaient de la flemme. C'est alors que l'abbé du moment (et du couvent de "Břevnov") se décida de franchir la vitesse supérieure. Vers 1440, il mit sur les terres de "Přerov nad Labem" un régisseur en la personne de "Michal Drštka ze Sedlčánek", avec mission de faire hâter les travaux, quitte à licencier sans préavis ceux qui ne rempliraient pas les 35 heures hebdomadaires de loyaux labeurs. "Michal" n'eut pas beaucoup plus de succès que les moines. En 1420, "Petr z Trkova" lui succéda succinctement car il y eut les guerres hussites, et c'est cette fripouille de roi hongrois Sigmund (enfin Tchèque de naissance, mais roi de Hongrie) qui récupéra le castel. "Ah ouais, super, merci les gars. Qu'est-ce que tu veux que je fiche d'un truc pareil même pas terminé?" qu'il z'y dit le roi. Du coup l'édifice fut refourgué en 1437 à "Jindřich ze Stráže" (qui deviendra plus tard le plus haut intendant du royaume), avec suggestion insistante d'en terminer avec ce foutu chantier sans fin. Bon, il n'en fut rien, parce qu'avec son énorme boulot dans la fonction publique qui lui bouffait quelques prodigieuses 12 heures hebdomadaires de son temps précieux, ben il n'avait pas le temps de surveiller cet inerte chao qui somme toute ne représentait qu'une petite partie de tous ses biens. Puis [...] propriétaires marginaux [...] puis le Sieur "Jan ze Šelmberka" entra en scène. Il s'investit à pleine main dans son domaine de "Přerov" (en 1484 il signait déjà "Sieur de Šelmberk à Přerov") et en 1499, le bourg reçu ses propres armes (écusson, emblème, blason...), droit d'organiser marché hebdomadaire, faire commerce de peaux (de vin) et chasser la gallinette. Pour mémoire, "Jan ze Šelmberka" posséda également le fameux château de "Bouzov", genre que vous le sachiez. En fait, c'est sous son fils "Jindřich ze Šelmberka" que la construction fut réellement terminée et vendue en 1524 sous l'appellation officielle signée devant notaire de "château".
En 1560, "Bonifác Wolmut" soumit un projet de restauration du bâtiment, et même si les sgraffites rappellent grandement une autre de ses oeuvres, la salle du jeu de paume dans les jardins du château de Prague ("velká míčovna v Královské zahradě"), c'est "Matteo Borgorelli" qui gagna l'appel d'offre car ce grand génie visionnaire et phénoménal marketing manager incorpora un élément prodigieux, extraordinaire, et magistralement attractif dans sa proposition, une bonne brasserie qu'il édifia en 1568. Du Matteo, je vous en reparlerai plus en détail dans le cadre d'une publie sur "Brandýs nad Labem". A partir de 1574, c'est "Ettore de Vaccani" qui prendra la suite de la (restau+amélio)*ration, et il s'y collera tellement bien dessus qu'il en prendra pour plus de 30 ans, jusqu'en 1605, sur tout le domaine, donc brasserie, moulin, dépendances compris (pareil, Ettore, sine die, avec "Brandýs nad Labem"). Une fois tout ce chantier remis en ordre et finalement terminé, l'on se retrouva globalement avec l'édifice que l'on peut encore contempler en partie aujourd'hui, lorsqu'on regarde sous le bon angle. Un presque carré de 2 étages, posé sur un petit monticule entouré de douves pleines d'eau (à l'époque) et somptueusement décoré de splendide sgraffites et de bossages (Trésors de la langue Française: Bossage, ARCHIT. Saillie laissée à la surface d'un ouvrage de pierre ou de bois, pour servir d'ornement, pour y faire quelque sculpture ou y placer une statue. Façades à bossages). Pis survint la guerre de trente ans, avec ses dévastations, ses pillages, ses maraudeurs Suédois, et en 1639 l'on posa la cerise sur ce qui restait du gâteau, les troupes vandales du général pillard "Johan Banér" qui incendièrent les domaines royaux des environs jusqu'à la racine, sans oublier notre domaine de "Přerov nad Labem", bien entendu. Celui-ci resta en ruine jusqu'en 1671, lorsque l'on confia à l'architecte "Santino de Bossi" la difficile tâche d'évaluer les dégâts et d'estimer les coûts de réparation. Parenthèse. Du "Santino", vous n'en entendrez parler que rarement car il oeuvra principalement en second couteau sous la houlette d'autres génies comme "Carlo Lurago". Il nous a cependant laissé 2 palais baroques à "Malá Strana", les palais "Oettingen" (parfois "Öttingen"), dit "Oettingenský palác", et le palais "Špork" dit "Šporkův palác", mais également quelques bidouilles sur le château de Prague et les fortifications de la ville. Fin de parenthèse.
En conclusion et conséquence du passage des primitifs Suédois, ben du joli carré se sont totalement effondrées les ailes nord et ouest, ainsi que la partie nord de l'aile sud comprenant les appartements impériaux (de Jane Hérault... ouah dis donc, c'est hyper fort ça, ...riaux de Jane Hérault). Ces parties ne seront jamais reconstruites, et ce trou béant est bien visible si vous allez à l'opposé du parking (gratuit, si si) où vous avez garé votre véhicule. En regardant dans ce trou laissé par les Suédois (fumiers), vous pourrez voir une tourette octogonale de l'époque "Ettore de Vaccani" (fin XVI ème siècle). En 1775, les gueux locaux remirent une couche de pillage lors de la révolte (des gueux), et mi-XIX ème siècle il ne restait guère plus que l'aile sud encore debout. A partir de 1870, l'archiduc Louis-Salvador de Toscane tombe amoureux des ruines, et entreprend de leur rendre leur apparence d'antan (reconstruction entre 1872 et 1873), d'avant la vermine suédoise, d'à l'époque renaissance du XVI ème siècle. Après sa mort, le proprio Louis-Salvador sera succédé par François-Joseph (premier) qui sera succédé par Charles (premier aussi) puis par la guerre mondiale (première toujours), puis les propriétés habsbourgeoises seront étatisées et notre beau château servira de cercle au YWCA, l'équivalent féminin du wouayèmessieille (YMCA) sur lequel je m'éclate comme un furieux depuis 1978 lorsqu'il passe trop rarement en boîte d'ennui. Pis d'autres proprios, pas importants, puis en 1958 c'est la radio tchécoslovaque ("Československý rozhlas") qui s'en sert comme archives, et qui finit par l'acquérir au point qu'elle en est encore aujourd'hui le propriétaire. Selon certaines informations, l'acquisition, c'est-à-dire l'achat, eut lieu en 1982, mais chuis particulièrement sceptique car en cette période, la propriété privée n'existait pas... enfin presque pas, ou pas officiellement. La seule chose qu'on pouvait acheter, c'était un bail au goulag pour une période de 10 à 100 ans, mais une propriété privée... Bref...
Fait remarquable à signaler durant la sombre époque totalitaire, le castel fut restauré entre 1959 et 1960, et c'est durant cette remise à neuf que l'on découvrit les fantastiques sgraffites qui furent planqués au XIX ème siècle sous une couche de crépi afin de faire une surprise aux générations suivantes. Les sgraffites représentent des personnages bibliques et laïques dans des mises-en-scènes congrues (c'est parce que chais pas quoi vous dire d'autre :-) mais aussi des fruits et légumes, des motifs géométriques, et des animaux. L'intérieur contiendrait encore quelques éléments gothiques (portillons anticlinaux [quand sa convexité est tournée vers le ciel], en ogive, bref... gothiques), des éléments renaissance (boiseries plafonnales, portes marqueterielles, cheminées entières de paille... en pierres de taille), et des éléments Louis-Salvador (nouveaux escaliers en bois et faux meubles d'origines) mais ce n'est que ce que j'ai d'écrit dans mes sources, parce que malheureusement, propriété de la radio tchèque, le château ne se visite pas (enfin pas comme ça, genre "bonjour, c'est pour une visite à brûle-pourpoint inopinément impromptue, on n'vous dérange pas si l'on garde nos souliers pendant le repas et c'est quoi en dessert merci au-revoir?").

Et pour se terminer, quelques légendes d'un bon cru, bien crues, du cru (de "Přerov nad Labem"). Celles-ci se rapportent à notre St Patron Adalbert ("sv. Vojtěch") qui marqua profondément la région de sa sainte présence. En l'époque, St Adalbert voyageait souvent de son évêché d'à Prague vers son domaine familial de "Libice", et en l'époque toujours, avant que n'existe l'autoroute vers l'est "Praha - Hradec Králové", ben notre saint marchait à pied. Il était habitué, il avait vu "Emil Zátopek" à la téloche aussi il chopa rapidement la technique du fameux déhanchement caractéristique de la discipline, et pouvait parcourir des dizaines de kilomètres dans la journée. Puis il avait aussi l'habitude des distances, car en 988 il avait rendu visite au Pape à Rome, toujours à pied, soit 1316 km l'aller, dont 1282 sur autoroute avec un coût de péage de 42,20 € selon ViaMichelin, alors vous pensez bien, Prague - "Libice", 60 malheureux kilomètres, une bonne paire de Nikidas et hop, la distance était honnêtement torchée en 2 jours et 3 coups de cuillère à pot.
Sauf que la marche intensive oui, mais fallait s'abreuver régulièrement. Or St Adalbert n'était pas du style à s'encombrer de boissons énergétiques et de barres caloriques. Aussi lorsqu'il avait soif, il posait son séant là où qu'il était, plantait fermement des 2 mains son alpenstock dans la terre, et oh miracle, l'eau jaillissait du sol, une belle eau bien cristalline, potable et même pétillante s'il voulait, avec des glaçons et du sirop de grenadine dedans. Et justement, ben un jour c'est ce qu'il fit dans un champ à "Přerov nad Labem", et quelques mille ans plus tard l'on construisit en souvenir une petite chapelle au dessus de la source d'eau qui jaillit encore et toujours aujourd'hui, grâce à St Adalbert (mais sans la grenadine, épuisée). Sauf qu'avant ce miracle, avant même qu'il ne soit évêque, genre quand il était encore jeune frocard novice, imberbe et tudiant, ben l'Adalbert n'était pas connu, de personne. Sans réel boulot, il vivait chichement de maigres revenus, une confesse de ci, une communion de là, et son allure comme sa tenue vestimentaire étaient en accord avec ce dénuement financier. Un jour, alors qu'il s'en revenait comme ça de Prague où il se rendait régulièrement pour trouver du boulot à l'ANPE, il passa comme d'habitude par "Přerov nad Labem". Il avait l'air d'un va-gabond va-nu-pieds couche-dehors crève-la-faim et mouche-ton-nez, le pauvre bougre. Alors les gosses commencèrent à se moquer de lui, les chiens lui aboyaient dessus, les vieilles le montraient du doigt tandis que les vieux crachaient sur lui, jusqu'au moment où les habitants finirent par le rosser afin qu'il quitte le village. "Mets-lui, mets-lui...", "sur la tête le gourdin...", "bien derrière les oreilles, un grand coup..." pouvait-on entendre.
Lorsque plus tard l'Adalbert devint la notoriété d'aujourd'hui, les habitants honteux de leur ignoble comportement décidèrent de faire repentance en organisant à chaque fête de la Ste trinité (jour de la Pentecôte) un opulent banquet pour tous les va-gabonds va-nu-pieds couche-dehors crève-la-faim et mouche-ton-nez qui se trouvaient alors dans les environs. Bien entendu, la rumeur se rependit rapidement parmi les clopinards de la Bohême, et les jours de Pentecôte, ce sont des bus, des trains, des cargos entiers qui déversaient leurs chargements de pouilladins, de trèpeligours, d'hurlubiers, de fourneautins et de merlifiches tend-la-main dans les rues de "Přerov". Et ces bougres là étaient gracieusement et copieusement fournis-nantis par les habitants de pain, de charcuterie et de bière fraîche jusqu'à complète satiété (comme sur les vols affrétés par Air-France, pareil). Cette tradition se perpétua longtemps (pas chez Air-France), mais plus elle se perpétuait, et plus la Pentecôte à "Přerov nad Labem" ressemblait à un obscènes rassemblement de gomorrhéens dipsomaniaques aux bacchanales orgiaques de l'oktoberfest. Aussi en 1783, le bourgmestre y mit un terme, et remplaça l'annuelle "garden-party" par une miséricordieuse obole aux nécessiteux de la commune uniquement, laissant les notions de "nécessiteux" et de "de la commune" à la rigoureuse appréciation d'une commission de Sieurs. La tradition du jour de la Ste trinité prit fin lorsque, comme le rapporte le fameux anecdotier chroniquer et bailli de "Milčice", "František Jan Vavák": "... se sjeli páni do Přerova a dobrý díl té almužny snědli a vypili sami“ (... se retrouvèrent les Sieurs à Přerov, puis ils mangèrent et burent eux même une bonne partie de l'aumône).

Pour l'anecdote, le bailli de "Milčice" était un rustique bougre champêtre issu des entrailles de la terre, qui reçu suffisamment d'élevage pour comprendre l'architecture, les sciences de la terre, la politique mondiale, soigner les coliques des chevaux et optimiser la culture des abeilles atteintes du syndrome de la "Marie-Céleste".
Lettré, sociable, opiniâtrement conservateur et obstinément catholique jusqu'à l'absolue débilité, il s'était forgé une réputation de bon paysan dans toute la Bohême en défendant corps-et-âme les intérêts agricoles dans les négociations intersyndicales et intergouvernementales (à l'instar d'un certain José). Doté d'un évident humour à la "brave soldat Švejk", mais d'un entêtement obtus d'âne bâté pour ce qui touche des "idées nouvelles", ses écrits comme ses poésies sont un pur bonheur pour ceux qui lisent le Tchèque ("Paměti Františka J. Vaváka, souseda a rychtáře milčického z let 1770–1816"), et dieu sait que ce drôle de fichtre était prolixe, car comme il se plaisait à dire: "zlatá věc jest paměti sepisovati" (précieuse chose que mémoires rédiger). Notre comprend-tout s'en est même allé jusqu'à commenter (blâmer, vitupérer, fustiger...) la révolution française dans ses écrits "Tma ve dne jak v noci na rozumu lidském v národu francouzském učiněná po všem světě rozhlášená, Praha, 1796" (Les ténèbres de jour comme de nuit sur la raison humaine, au sein du peuple français façonnées, sur le monde entier répandues). Dommage qu'il n'y ait pas de version française et Internet, c'est truculent. Je vous ai cependant trouvé un extrait de ses commentaires sur les fabuleux ouvrages des philosophes des lumières dans "Naši mužové, Jan Erazim Sojka". C'est énorme, en Tchèque malheureusement, mais énorme, dommage qu'il n'y ait pas de traduction. Tiens, si je m'ennuie une fois à la retraite... Voilà, je ne vais pas vous en dire plus, parce que j'ai dit tout ce que je savais, donc comme dit, ne faites pas un détour pour vous rendre à "Přerov nad Labem" parce que le castel ne se visite pas (encore que si vous êtes dans le coin, admirez le splendide extérieur), mais si vous souhaitez voir le "Skanzen", ou le musée du vélo-moto (dans le coin aussi), alors n'oubliez pas le château.