samedi 24 novembre 2007

Ailleurs: Kokořín et Kokořínsko

"Kokořín", ça sonne un brin couillon en Français (coco: triste individu, personnage peu recommandable) comme en Tchèque ("kokot", phallus, vulgairement bite), mais c'est un joli château à 50 km et 45 minutes au nord de Prague, en Bohême (et pas en Moravie cette fois-ci). Et donc on y est allé l'autre jour parce qu'on avait la petite nièce de 12 ans à garder pour le week-end, et qu'il est bon d'éveiller la curiosité historique et culturelle des chiards dès leur plus jeune âge afin qu'ils ne grandissent pas dans l'illusion que le seul vrai château des preux chevaliers de la table ronde se trouve à Disneymonde à la téloche. Bon, ça c'était le prétexte culturel (mais qui tenait debout), parce qu'en fait l'histoire vraie est qu'on avait belle-maman à la maison (elle vient chez nous 1 fois par mois pour suivre des cours de chais pas quoi à l'université libre de Prague), et que samedi, on avait donc le choix entre aller déjeuner avec elle (ouais, super), ou partir rapidement en visite quelque part au prétexte qu'en cette période ça ferme tôt
(ce qui était vrai), et qu'on n'aurait pas le temps de faire les 2 (ce qui était vrai aussi, absolument vrai). Du coup, après avoir offert les 2 options à la 'tite nièce, cet amour se décida pour la visite du château plutôt que le déjeuner. Quel gentil petit ange bien élevé propre, quel esprit, quelle finesse et quel sens du jugement approprié. L'aspect nettement moins cool de ce choix sagace, c'est qu'il me revenait le flatteur privilège d'informer par SMS belle-maman de la révocation du repas que ma délicate fleur des îles avait pris le soin de confirmer 1 heure auparavant. Bon, ben hein, genre pas trop le choix, à la guerre comme à la belle-mère, alors soyons factuel, franc, et diplomate tout à la fois me dis-je. Et l'objectif fut atteint, car dans l'après-midi je reçu en retour un "Ok, bonne visite!". Cool, hypra cool! C'eut pu avoir été nettement plus vénéneux.

Après quelques lacets dans la splendide forêt automnale jaune-rouge colorée, nous vîmes dépasser la tour de l'édifice sur la gauche, mais pas de trace d'un parking, ni le moindre chemin pour y garer la voiture.
Bon, l'on continua à descendre la route et ses lacets pour arriver sur un parking ostensiblement signalé par les mentions "Parking du château" et "propriété privée". "Ca recommence... décidemment la sodomie doit faire partie de la culture ici en Tchéquie. Ma chérie passe-moi la vaseline, et cache les yeux de la petite". Et j'avais raison, comme à "Bouzov", 50 CzK le parking, mais sans précision de la durée cette fois afin d'éviter sans doute les emmerdeurs comme moi, qui argumenteraient de l'heure tardive, etc... Bref, je me tus et baissa mon froc... et tendis la monnaie. Par contre, ce n'était clairement pas comme en Moravie, genre ça ne reniflait pas autant le riche pognon car dans l'état où se trouvait leur restaurant visible de la route, genre le client n'était pas près d'être servi. De toute façon l'on avait remis à plus tard la bouffe, aussi l'on remonta le long de la route quelques 600 m, histoire de trouver le chemin qui nous mènerait au castel.
Là nous attendait un chemin abrupt dans la forêt, le long d'escaliers d'infortune dont les marches affichaient parfois une hauteur de 70 cm. Du coup, pour ceux qui viendraient avec des personnes à mobilité réduite, je conseille vivement de continuer à remonter le long de la route, jusqu'au chemin forestier plus plat (mais plus long aussi). Nous, on y arriva par le chemin casse-gueule, et la première vue m'impressionna je dois dire. Une belle forteresse en bonne pierre de taille, solidement plantée sur un pic rocheux, inaccessible de nulle de part, à se demander par où qu'on allait y entrer tellement il y avait plus de mur que de porte. Pis l'on trouva. Le pont on traversa, dans la cours l'on entra, les billets on paya tandis que la visite commença, fissa-fissa. Alors que la brave dame déchirait nos tickets je demandais sans trop y croire quid de la photo? Alors tenez-vous bien, oui c'était possible, à condition d'avoir acheté le droit de photographiage pour 10 CzK (0,37 €). Oui oui chers lecteurs, 10 CzK seulement. Dingue. Sauf que dans la précipitation du commencement imminent de la visite, ma chérie d'amour n'avait pas acheté ce droit au guichet.
"Bon, ben donnez-moi 10 CzK, et c'est ok" dit la brave dame. J'étais scié. Etait-ce seulement possible? Enfin une personne affable, conciliante, et souriante de surcroît? Malgré sa jeunesse amortie, son âge feutré, la brave dame n'avait sûrement pas dû grandir en la République, dans ce délicieux pays tchèque ou il est d'usage pour ses habitants d'être maussade, bilieux, renfrogné, pisse-vinaigre-écharde-au-cul.

La visite commença avec l'inévitable "dobrý den, srdečně vás vítám na hradě Kokořín". Le château se trouve dans une région protégée dont les pics de grès rappellent le fantastique paradis de Bohême. Cet espace sauvage est extrêmement riche en flore et en faune typique de la Bohême du nord, et ses marécages abritent même certaines espèces endémiques uniques au monde
(je vous passe les détails). Pour vous donner une idée de la qualité de cet environnement, ben il y a seulement 10 ans, dans la rivière "Pšovka" qui coule dans la vallée aux pieds du château, se trouvaient des écrevisses bio (astacus astacus et astacus leptodactylus). Maintenant elles n'y sont plus, parce que comme dans pratiquement toute l'Europe, elles furent décimées par la peste (vers 1998 à "Kokořínsko"). Mais revenons au sujet. La première mention écrite de "Kokořín" en tant que domaine (et pas château) remonte au 23 février 1320, lorsque le sieur "Jindřich z Osměchova" (j'le connais pas) échangea cette terre contre celle de "Velešice" avec le plus haut burgrave "Hynek Berka z Dubé", un des plus riches sieurs du pays en l'époque. Pour l'anecdote, "Hynek Berka z Dubé" possédait encore d'autres domaines, et en particulier celui du fantastique château de "Bezděz".
Celui-ci fut plus tard acheté par le bon roi Charles IV, qui en 1366 fit construire sous ses remparts (enfin 6 km plus loin quand même) le grand étang ("Velký rybník") qui devint par la suite "Máchovo jezero", haut lieu balnéaire et touristique du pays. Mais en cette époque, le château de "Kokořín" n'existait pas encore. Il y avait à quelques 2 km de là une tour fortifiée (bastion?) creusée en partie dans la roche (la ruine existe encore, c.f. plus loin) datant de l'époque du roi Jean (de Luxembourg). Et parce que bien qu'élevée, cette tour n'était pas à la hauteur du statut social de sieur "Hynek Berka z Dubé", ce dernier fit construire une nouvelle forteresse vers le milieu du XIV ème siècle là où c'est que je vous en parle de en ce moment. Ce sont des déductions, parce que des documents d'archive mentionnent bien en 1379 un certain "Pašek z Kokořína", donc de "Kokořín", mais rien sur la forteresse en elle-même. Existait-elle déjà seulement au moins? Et donc la première mention écrite du château remonte à 1427, lorsque le domaine est la propriété du chambellan
"Aleš Škopek z Dubé", personnage équivoque car prétendu fervent catholique et suppôt du roi Sigmund alors qu'on le trouve parmi les membres de l'assemblée (diète) de "Čáslav" (en 1421) qui destituait Sigmund de son nouveau job de roi de Bohême. Vous trouverez pratiquement autant de textes qui le classent parmi les "Sub Utraque" (sous les deux espèces) que sous une seule (c.f. utraquistes et hussites pour plus de détails). Allez savoir!? Chronologiquement, le domaine eut ensuite appartenu à un certain "Jan Řitka z Bezdědic" (à partir de 1440), que d'aucuns classent comme fidèle capitaine de "Jan Žižka", et d'origine de "Domažlice" (c.f. "Winfried Eberhard, Der Weg zur Koexistenz: Kaiser Sigmund und das Ende der hussitischen Revolution", qui écrit "[...] und Jan Řitka, dem Hauptmann von Taus [...]").
Alors tiens, avant de continuer, j'ouvre une parenthèse car il me semble fort curieux que notre gaillard provienne de la ville de naissance de ma chérie d'amour. En effet, autant il est prouvé que ce bougre hussite eut brigando-guerroyé dans les environs (sud-ouest de la Bohême), que sa provenance de "Domažlice" ne l'est pas. La seule relation entre les 2 que j'ai trouvée dans les archives de "Horšovský Týn" (c'est là que se trouvent les archives de "Domažlice") est une reconnaissance de dette, datée du 24 juillet 1410, dans laquelle "Jan Řitka z Bezdědic" déclare devoir la somme de 34 gros (prononcer "groche", monnaie, de Grossus Pragensis) à la ville (de "Domažlice") ce qui ne prouve rien en terme de provenance. Maintenant si l'on se réfère au nom ("Řitka z Bezdědic"), alors "Bezdědice" est un patelin non loin de "Beroun", comme il y en a tant d'autres en Tchéquie.
Et si vous lisez l'ouvrage toponymique du professeur "Antonín Profous, Místní jména v Čechách", alors vous apprendrez qu'il existe un patelin nommé "Řitka" non loin de Prague, auparavant nommé "Rzytka", mais qui en 1387 s'appelait "Lhotka" (un sieur y possédait une bastille, "Vaněk Řitka ze Lhoty", i.e. "Lhotky", comme "kalhoty" et "kalhotky"), or justement, à seulement 2 km à l'ouest de "Bezdědice" se trouve un patelin nommé "Lhotka". Aussi l'affaire est simple, un jour les "Řitka ze Lhoty" déménagèrent à "Bezdědice" et prirent le nom de "Řitka z Bezdědic", ainsi tout tend à ramener les origines de "Jan Řitka z Bezdědic" vers "Lhotka" et "Bezdědice" que vers "Domažlice". Et pourquoi je vous raconte tout ça moi?
Euh... bon, alors retour à "Kokořín". En 1446 (parfois 1444), le sieur "Milota z Chřenovic a Klinštejna" (que vous retrouverez également comme membre de l'assemblée de "Čáslav") devient propriétaire du domaine. Puis ensuite c'est assez flou, parce qu'on sait qu'il y eut dispute pour la propriété entre "Záviš z Klinštejna" et "Dětřich z Janovic a Chlumce", et quand je dis dispute, c'est faible, car les bougres en sont venus aux mains... enfin aux lances aussi, car ils se disputèrent le domaine les lances à la main (et le cheval sous le cul), comme il est peint sur le mur de la chambre dite "de chasse" du second étage (j'y reviendrai, sur les peintures). Bref, ce fut le bordel pendant un bout de temps, et le nom du (des) propriétaire(s) n'était pas vraiment clair. En 1460, ça finit par s'éclaircir nettement, car c'est "Bohuněk z Klinštejna" qui devint clairement propriétaire, suivi de "Aleš a Hynek z Klinštejna", puis d'autres... pas importants... mais surtout, en 1519, arriva un tournant dans le virage de notre château.
Le nouveau propriétaire "Hynek Beřkovský z Šebiřova" le trouva trop petit, trop froid, trop humide, et trop chiant pour y ramener ses courses jusqu'en haut, aussi il fit construire une autre demeure familiale moins petite, moins froide, moins humide, et moins chiante pour y ramener ses courses jusqu'en haut, où il emménagea avec sa famille dès la remise des clés, oubliant aussi sec notre humide édifice. Des archives datant de 1545 portent mention "Château de Kokořín: à l'abandon". Ca fout les boules. En 1610, c'est l'excentrique et bouffon roi Rudolf II qui l'achète. Pourquoi? Personne ne sait vraiment. D'aucuns affirment que de part l'humidité qui régnait dans les caves creusées à même la roche, Rudolf II avait l'intension d'y industrialiser la culture de l'agaricus bisporus, plus connu sous l'appellation de champignon de Paris. Mais ce n'est qu'une légende, et surtout il n'eut pas le temps de mettre son idée bonarde en oeuvre car il décéda l'année suivante, et c'est son frère Matthias qui devint propriétaire du domaine, comme de toute la Bohême d'ailleurs. Et tandis qu'il prenait doucettement ses fonctions, qu'il modelait les coussins de son nouveau trône à ses vieilles fesses, on finit un jour par lui parler de "Kokořín".
"Quoi? Des champignons de Paris dans cette ruine humide? Mais qu'est-ce que c'est que ces conneries là, sans dec, c'est mon frère tout craché ça, chuis scié. Vendez! On a d'autres choses à fout' que de cultiver des champignons de Paris à Kokořín. Vendez-moi tout ça." C'est ainsi qu'en cette même année 1611, "Václav Berka z Dubé a Lipého" (senior) rachète la ferme à champignons. 1618, défenestration de Prague, "Václav Berka" est élu plus haut juge du royaume et directeur parmi les 30 du directoire. 1620, bataille de la montagne blanche, et le 9 novembre 1620, Friedrich V du Palatinat (alors roi de Bohême) met définitivement les voiles hors du pays perdu, en compagnie de notre "Václav Berka z Dubé a Lipého" et d'autres pauv' bougres poussés à l'exile devant les stormtroopers de l'empire. L'ignoble ordure d'empereur Ferdinand II destitue les "rebelles" de leur tête (pour les 27 présents, in contumaciam pour les échappés), de leur biens, et de leur honneur, puis redistribue généreusement à ses pontes les richesses ainsi spoliées. Et devinez qui hérite des biens de "Václav Berka" alors en exil définitif afin de conserver sa tête sur ses épaules?
Hum... ben ouais, l'autre immonde vermine d'"Albrecht Václav Eusebius z Valdštejna" (Wallenstein, Waldstein en Français) qui possédera le château jusqu'à sa mort par assassinat en 1634 ("Albrecht Václav Eusebius z Valdštejna" devint trop important, trop dangereux, et fallait s'en débarrasser). Bon, j'ai raccourci, parce qu'en réalité les biens confisqués à "Václav Berka" furent attribués au plus haut intendant du royaume, "Adam z Valdštejna", tonton d'Albrecht, mais ce dernier finit par récupérer le château "Kokořín" quand même dès 1625. A sa mort, ses biens furent confisqués (au motif de "trahison") et notre domaine retourna à l'empereur. Après la guerre de 30 ans, ce couillon de Ferdinand III fit démolir de nombreux châteaux en Tchéquie afin qu'ils ne puissent pas servir à l'ennemi (paranoïaque le Habsbourg), et notre ruine se trouva sur la liste. Heureusement, et grâce à son délabrement, il n'en fut rien, aussi l'édifice resta debout dans l'état délabré qu'il était. Bon, pis encore d'autres propriétaires... pas importants... et en 1894, arriva un autre tournant pour notre château.
Malgré qu'en ruine, il fut acquis par un certain "Václav Špaček". Ce bougre là fit fortune et titre de noblesse dans le canasson. Eh ouais, car à l'époque il louait des bourriques aux postes qui distribuaient alors les courriers dans tout le royaume en chars, chariots, carrosses et diligences postales tirés par des bourrins "Špaček". Et non seulement dans la poste, mais dans tout Prague l'on pouvait apparemment voir de la carne "Špaček", partout partout. Quoi qu'il en soit, le gaillard fut anobli pour sa "contribution au développement postal" et reçu de l'empereur le titre de noblesse "von Starburg" (et pas Strasbourg) en 1908. D'aucuns prétendent que "Starburg" serait le nom allemand de "Kokořín". Ah bon, et "Kokorschin" alors? Bref, notre bonhomme fit fortune et fit anoblu. Avec son pognon, il fit retaper le château, entièrement, mais fit également preuve de mécénat gratuit comme se plaisait à le rappeler l'affable guide, en faisant construire une école dans le village qu'il offrit gratuitement à la commune ensuite.
Il racheta également en France une grande partie des oeuvres du phénoménal "Václav Brožík", collection qu'il offrit gratuitement aussi à la ville de Prague. Un bon gars ce "Václav" gratuit.

La reconstruction néogothique du château eut lieu entre 1911 et 1918 sous le patronage de "Jan Špaček" (fils de "Václav Špaček"), sous la supervision des historiens "August Sedláček" (auteur du remarquable ouvrage "Hrady, zámky a tvrze království Českého"), "Zikmund Winter", et "Vincenc Jan Zíbrt" (dit "Čeněk Zíbrt"), tandis que la maîtrise d'oeuvre fut confiée à l'architecte "Eduard Sochor" (la chapelle de "Jan Sarkander" à "Olomouc").
Bon, il s'agit encore d'un édifice entièrement refait dans la période romantique, avec ses erreurs historiques (seule la tour phallique est fidèle, mais pas le palais augmenté du dernier étage, ni la promenade le long des remparts), à l'instar du château de "Bouzov" contre lequel j'ai tant pesté dans ma précédente publie, bon ok, mais celui-ci... chais pas quoi, mais cette fois-ci je ne peste pas. Pourquoi? Chais pas, je l'aime bien ce château là, contrairement à l'autre, pas si pompeux, pas si "kitch", plus "réel" sans doute. Et pour finir sur la chronologie, en 1948 il fut confisqué par les con-munistes (ben tiens), et rendu aux héritiers "Špaček" en 2006.

Mensuration et apparence: vous entrez dans le château par un pont en bois (avant pont-levis), et un étroit portail d'une largeur de 1,4 mètre.
La largeur étroite de l'entrée est d'origine et stratégiquement faite exprès pour éviter une invasion soudaine d'ennemis du moyen-âge, puis de couillons étasuniens aujourd'hui :-) C'était judicieux contre les malfaisants, mais vachement chiant pour déménager le congélateur. Vous longez ensuite un étroit passage (pas de bol les zétasuniens) le long du palais pour arriver dans la cour intérieure. Deux édifices vous pètent à la vue: la tour phallique, et le nouveau pas laid. La tour mesure 38 mètres de haut. Son mur extérieur (à la cour) est large de 3,5 mètres, son mur intérieur (à la cour) seulement de 2,5. Sous la tour se trouvait l'indispensable oubliette à imbéciles qui dut être rebouchée lors de la reconstruction, après que l'on y ait maladroitement perdu 2 ouvriers tombés dedans. L'intérieur, tout autour, est joliment décoré de blasons et d'armoiries de sieurs de n'importe où, c'est-à-dire de pas seulement de ceux qui habitèrent au château. En dessous de cette tour, plutôt au pied, se trouve le nouveau palais tant décrié par les historiens, car entièrement inventé et construit sous les "Špaček" en 1915 et en style néogothicoromantique. Originellement, il était dédié à maître Jan Hus (ou "Václav Brožík") et à "Karel Hynek Mácha"...
Enfin bon, dédié, le truc est qu'il s'y trouvaient dedans 1 fabuleux tableau de 1883 du maître "Brožík", intitulé "maître Jan Hus devant le concile de Constance", tableau qui se trouve aujourd'hui en la mairie de Prague (l'ancienne, place de la vielle ville), ainsi que quelques bafouilles originelles écrites de la main de "Mácha". Alors autant "Václav Brožík" est pour moi un fantastique génie doué d'un incommensurable talent dans l'hypra-réalisme des personnages peints (on voit mal sur le tableau, mais admirez la fantastique expression de condamnation et de réprobation sur le visage du cardinal à gauche,
ou la déception et l'impuissance des hussites à l'annonce du verdict de culpabilité, à droite), donc autant "Brožík" oui, 10 fois oui, que "Mácha", bon, euh... chuis pas vraiment amateur de la poésie. Tiens, vous trouverez derrière ce lien des textes (aussi en Anglais) du bougre, que vous vous fassiez une idée. Et signalons aussi que sans les artistes romantiques comme "Karel Hynek Mácha", mais aussi les peintres "Mánes", "Antonín" (père) et "Josef" (fils), "Vilém Kandler", "Josef Navrátil"... qui venaient en cette région puiser leur inspiration romantique, notre château n'aurait sans doute jamais connu la glorieuse résurrection. Et donc toujours d'extérieur sur le nouveau palais, on peut voir à l'angle la statue d'une femme, madame "Jarmila Špaček", épouse de "Jan Špaček" selon certains, pas forcément selon d'autres...
enfin si, "Jarmila" était bien l'épouse de "Jan", mais ce ne serait pas forcément elle qui serait représentée par la statue. Il s'agit d'une oeuvre du disciple de l'énorme "Josef Václav Myslbek", "Josef Kalvoda" (1874-1925, statue de Jan Hus à "Vamberk" ou les allégories de l'épargne sur le fronton de la "Česká spořitelna", rue "Františkánská" à "Plzně" ). Et curieusement, l'on ne sait pas de qui est le lézard-crapaud-dragon-sphinx sur le haut des escaliers du même édifice. J'ai personnellement le fort sentiment qu'il s'agit également d'une oeuvre du même sculpteur, mais sans certitude aucune. Signalons encore qu'au rez-de-chaussée du palais habitable se trouve une cave (chapelle?) non accessible qui sert de frigo familial à la famille "Špaček".

Hop, entrons dedans. Chers visiteurs, nous nous trouvons dans la salle des armoiries, parce que justement, ben tout autour du mur se trouvent peintes des... armoiries, eh oui, par "Julius Fischer".
Et pas n'importes lesquelles des armoiries, vous l'aurez deviné, il s'agit des armoiries des divers propriétaires du château, et dans l'ordre s'il vous plait. On commence avec le premier blason, "Hynek Berka z Dubé", et l'on termine avec le dernier, la famille "Špaček" en passant par les Rudolf II et autres Albrecht. Le blason des "Špaček" se compose d'une moitié de cheval (à l'origine de leur fortune), d'une moitié de lion (de Bohême), d'une maxime (Finis Coronat Opus - la fin couronne l'oeuvre) et d'une photo du château. Si vous regardez le carrelage au sol, vous y verrez 3 motifs, un chewing-gum... une moitié de cheval (à l'origine de leur fortune), une moitié de lion (de Bohême) et... eh oui, un cor de poste qui permettait au facteur de jouer de la trompette afin d'indiquer aux sourds l'arrivée des factures dans leur boîtes à lettres. On monte à l'étage messieurs dames, hop, et voilà, donc devant vous, des fresques art-nouveau du peintre "Julius Fisher" (1869-1936, on lui doit en particulier les fresques des escaliers de la nouvelle mairie de "Josefov près Jaroměř").
Sur le haut du pan d'entrée des 2 autres pièces, les fameuses joutes équestres entre "Záviš z Klinštejna" et "Dětřich z Janovic a Chlumce" pour la possession du domaine. Sur la droite, partie de chasse et rigolade chez les "Špaček", "Jan" en St Hubert, le patron des chasseurs, sa femme "Jarmila" en fière cavalière fauconnière printanière (ils en avaient du pognon pour se payer tout ça), ses 2 fils en robe, Inde et bois efféminés et sa fille en freluquet ambigu. Bon, et si quelqu'un me trouve le rapport entre les 2 gamins peints et la famille "Vančura z Řehnic" dont les armoiries sont peintes à leur côté, alors c'est tournée de roteuses offerte par je, moi. A partir de cette pièce, vous avez une vue dans l'ancienne chambre à coucher (à gauche) et la chambre cynégétique (qui concerne la chasse, à droite). Dans la chambre à coucher y a rien d'intéressant, et dans la chambre cynégétique encore plus... enfin si, notez tout à droite la fenêtre gothique en ogive, seul élément originel qui est d'époque de laquelle qu'il date, et la peau du loup au sol. Selon la légende de la peau, c'est tout ce qui reste du premier et dernier cochon salace qui aurait essayé d'entirebouchonner en discothèque la fille pubère du propriétaire,
après le blaireau qui figure également en bonne place sur le mur de droite, mais lui ça compte moins, c'était encore à la maternelle. On monte à nouveau un étage, et là, on arrive dans la salle des chevaliers ("rytířský sál"). Cet étage a été de toute évidence rajouté lors de la reconstruction (début du XX ème siècle), car comme chacun sait, avant, les chevaliers n'existaient pas. La salle est tout en bois, joliment vide, et présente aux visiteurs un beau modèle du château d'avant la reconstruction. C'est sympa, mais on ne voit pas grand chose compte tenu de la taille réduite du modèle réduit. Puis on redescend par où qu'on est monté, et une fois dans la première salle, celle des armoiries, on accède sur le balcon, puis du balcon sur la promenade, le long du mur du château qui fait presque tout le tour de l'édifice jusqu'au petit donjon par lequel on redescend dans la cour intérieure (faites gaffe, les scaliers sont à brupts).

Pis on ne peut pas ignorer les légendes qui grouillent sur la région de "Kokořínsko".
Elles sont connues de tous, mais je me demande bien si elles n'ont pas été inventées de toutes pièces par les romantiques qui s'oxydaient dans les environs au XIX ème siècle, parce que sans dec, entre les invraisemblances, les différences dans les versions... enfin jugez plutôt. En une certaine période, qui selon certaines versions se situe entre 1410 et 1440, selon d'autres au XVII ème siècle après le barouf de la montagne blanche (soit 200 ans plus tard), donc il aurait été une fois... que le château aurait été occupé par des chevaliers brigands sous le pernicieux commandement d'un nuisible "Petrovský". Et ces oiseaux là se livraient à la rapine, au brigandage, à la piraterie, à l'extorsion, jusqu'à l'enlèvement contre rançon. Pis un jour arriva ce qui devait arriver. Au fait des nuisances ourdies par les bougres, les voyageurs contournaient les environs, et du coup, ben nos malfaisants n'avaient plus rien à se mettre sous le couteau. Aussi ils commencèrent à s'en prendre aux locaux, et en particulier à un certain meunier, à son moulin et ses moujiks. Sauf que le meunier était un gars râblé de la stature comme des roupettes, et lorsque la bande de malfrats se présenta au moulin au son de "holà péquenots, aboulez l'artiche, les femmes, le bon vin et le jambon salé", la mauvaise troupe fut accueillie au fléau, à la faux et à la fourche, au point qu'un des brigands y laissa une main.
Et c'est à partir de là que vous trouverez diverses versions de cette légende. Version 1. Bon, je vous le fais simplifié et succinct, parce que de toute façon, pour ce qu'on peut en croire... Les malandrins se replièrent dans leur tanière, et leur chef se mit en tête de cogiter une féroce vengeance. Il se déguisa en noble bourgeois, bien chic vêtu, joliment mis, s'en rendit au village et lia conversation sur la pluie et le beau temps avec le meunier qui l'avait copieusement rossé quelques jours auparavant. Bien entendu, le meunier ne reconnut pas le bougre (forcément), et les 2 lurons s'en pépièrent comme des pucelles au lavoir. Soudainement, surgit la fille du meunier (forcément), blonde, jeune, nichue, aguichante comme une bière fraîche en plein juillet (forcément)... Bon, là j'abrège vraiment et je passe directement à la suite. Depuis ce jour, le brigand se montrait de plus en plus fréquemment au village, faisait la cour au tendron du meunier ("Liduška" qu'il s'appelait le tendron), présentait ses salamalecs aux villageois, dépensait gras pour faire montre d'opulence, bref, se faisait bien voir de tous pour éloigner la méfiance. Pis un jour, la confiance gagnée, il demanda à "Liduška" de bien vouloir l'accompagner quelque part, un peu plus loin, à l'écart, encore plus loin, à la lisière de la forêt et hop, brusquement il tomba son masque, et elle hurla.
Ses complices sautèrent sur elle. Elle hurla encore plus. Ils la bâillonnèrent, la ficelèrent, elle n'hurla plus, puis ils l'emmenèrent de force au château [...] alors la vieille eut pitié de la pauvrette, elle lui donna quelques pois contre la faim (ah bon?), une bougie contre l'obscurité et lui montra le souterrain qui menait hors de la forteresse [...] elle rejoignit le moulin [...] alors son meunier de père courut en ville ("Mělník") lever une armée de bons citoyens volontaires, ils montèrent au château, trouvèrent l'entrée du passage secret grâce aux pois que l'intelligente petite avait semés le long du chemin et débarrassèrent les environs des misérables qui s'y trouvaient. Version 2, simplifiée aussi. Vous vous souvenez de l'accueil des malfrats chez le meunier, ben dans cette version les méchants eurent le dessus sur les gentils, ils tuèrent tout le monde sauf la femme et la fille du meunier qu'ils emmenèrent dans leur puante tanière de "Kokořín" où elles résidèrent dans la cave en attendant (ah ouais?). Un jour, le chef des affreux tomba amoureux de la petite, et lui demanda de l'épouser (y a des jours comme ça, où qu'on débloque à donf). "Z'y va tête moi l'noeud, t'a fumé d'la nicorette ou koi? Pluto niqué lé ours ke d'teu marié ta race, cheutron d'gniouf!" qu'elle z'y dit la pauvrette.
Le pauv' gars s'en repartit penaud, mais ça ne faisait pas l'affaire de nos bougresses croupissantes au gnouf dans l'attente qu'on en fasse quelque chose. Un jour, la vieille eut une idée. Elle fit appeler le chef, le fameux "Petrovský" et lui dit ainsi que oui... enfin peut-être, que sa fille serait éventuellement d'accord de l'épouser, sans condition... enfin pas trop... mais que d'abord, et de toute façon, il fallait qu'elle aille chercher sa robe de mariée qu'elle avait remisée par devers elle du dedans de la commode d'au moulin. "Ah ben oui mais bien sûr, ben tiens, et alors..." accepta le couillon... "Petrovský". Mais plutôt que d'aller chercher sa robe de mariée, l'immonde pouacre courut en ville ("Mělník") lever une armée de bons citoyens volontaires, ils montèrent au château, le conquirent et débarrassèrent les environs des misérables qui s'y trouvaient. Ah si, encore, le méchant "Petrovský" eut le temps de trucider la maman de la traîtresse lorsqu'icelle ne s'en revenait pas d'avec sa robe de mariée, alors une fois le château conquis, "Liduška" trancha la tête de
"Petrovský" au point que le sang jaillit de toute la puissance de ses forces sur un des murs du château. Selon la légende, la tache y serait encore visible, quelque part, chais pas où, parce que je ne l'ai pas trouvée, mais encore elle y serait. Ah ouais? Alors bien sûr, on a du mal à croire en tout cela, genre c'est pas vraiment crédible, sauf que... sauf que lorsque notre château de "Kokořín" fut reconstruit de fond en comble au début du XX ème siècle, ben les ouvriers découvrirent dans un mur d'une des caves une fausse chambre, et dedans, une vingtaine de squelettes véritables qui furent apparemment emmurés là vivants. Selon la croyance locale confirmée par la guide, il s'agirait de la bande à "Petrovský" sur laquelle se seraient ainsi vengés les villageois, mais malheureusement, personne ne sait si c'est vraiment vrai, et si oui, ce que sont devenus les squelettes, ni s'ils ont subi une autopsie d'ADN au carbone qu'a torze pour prouver leur pédigrée.

Sinon dans la série des légendes que j'affectionne d'un amour tout particulier,
il y a celle-là: parfois les soirs de pénombre bien sombre où la pleine lune faignante s'est barrée dormir ailleurs pour qu'on ne voit rien de rien dans la foutue forêt embrumée par la fraîcheur nocturne avec le hibou debout qui ulule crapule sur la branche comme une andouille gargouille pour foutre la frousse aux gens diligents, ben ces soirs là, pas toujours mais parfois, sort du château un cavalier noir en peignoir sur son cheval médiéval lancé au galop comme un âne. Dans une main il serre fermement une arbalète à mollette, à Louette, je te plumerai... dans l'autre main il serre les rênes de sa mule pour ne pas se croûter bêtement par terre devant les nains qui s'en reviendent chez eux à la lumière diaphane de leur petite lanterne terne. "Eh oh, eh oh, on rentre du caboulot..." Derrière le cavalier noir cavale frénétiquement une terrifiante meute d'effroyables chiens sauvages dont les gueules vomissent du feu et les culs pètent des châtaignes. L'épouvantable cohorte se dirige ainsi vers la profondeur de l'abysse des rochers d'en dessous du château, mais personne ne sait pourquoi, vu qu'à c'te heure avancée la taverne est déjà fermée. Malheur à celui qui se trouverait sur le chemin de l'apocalyptique troupeau, car il n'y survivrait pas vivant (sauf les nains, sur eux ça ne marche pas, le nain de la forêt à bonnet rouge est vacciné contre le sortilège des cavaliers noirs sur leurs chevaux lancés au galop).
Et lorsque cet imbécile de coq pousse son premier aboi au commencement de l'aurore du matin, tout le bruyant bastringue s'en retourne lourdemollement au château en gravissant pentu courbatu la grimpette saperlipopette qui mène à "Kokořín", tandis que les nains cavalent dans le sens inverse comme des dératés tout en se moquant provoquants du convoi: "Eh oh, eh oh, le mamlouk est trop gros..." Parce que ce qui est formidable avec une telle légende, c'est qu'on ne sait rien, ni qui est le gros cavalier noir en peignoir, ni pourquoi il part à la chasse avec une arbalète à mollette. Rien non plus sur les chiens ni sur les nains, bref... c'est archi nul comme légende, à mon avis.

Pis tiens, encore une légende sur les environs... enfin légende, on va rentrer dans du concret historique bien réel avec des hypothèses de pertinence pas forcément avérées, mais c'est vachement intéressant quand même, z'allez voir. Y a un truc chez les Slaves dont ils sont vachement fiers, c'est quand qu'ils furent mentionnés pour la première fois par écrit. Chez les peuples lettrés comme les curés, les moines, les abbayes, etc...
c'est vachement simple, parce qu'ils avaient des bics de couleur et du papier surligné, mais chez les Slaves où qu'ils n'en avaient pas (d'ailleurs jusqu'après les con-munistes pour certains, ils n'avaient pas de bic), où il n'y avait ni curé, ni moine, ni abbaye, ni bic, ni papier... au début, ben c'était vachement plus compliqué. Fallait compter sur les autres qu'ils écrivent sur vous... enfin à propos de. Alors dans les écrits hyper-lointains où il est fait mention des Slaves, dans des écrits plausibles en faits et concordants en dates, vous trouverez donc les remarquables annales de Fulda ("Annales Fuldenses", ou "Annales Fuldensium" du VIII ème et IX ème siècle, principalement rédigées par "Einhard" puis par Rudolf de Fulda), les très intéressantes chroniques de Moissac ("Chronicon Moissiancense", fin du X ème siècle, d'auteurs inconnus, traitant principalement de l'époque de Charlemagne mais qui sont surtout des extraits d'autres documents, "Chronicon Anianense", "Chronicon Laurissense breve", "Annales Laureshamenses" et surtout des "Annales Regni Francorum") ou encore les annales de Metz ("Annales Mettenses Priores", d'auteurs inconnus biscornus, dont on ne sait même pas comment elles atterrirent à Metz [Moselle], puisqu'à partir de l'année 830 leur contenu situe l'écrivain au Mans
[Sarthe], tandis que d'aucuns attribuent l'impulsion de leur rédaction à Gisèle de Chelles, soeur de Charlemagne, à l'origine du scriptorium de Chelles [Seine-et-Marne]). Ah oui, et pour info, mes références ne sont pas les chroniques originales, mais de fidèles transcriptions des "Magnae Moraviae fontes historici" (MMFH) que j'ai réussi à me procurer en édition originale de 1966 dans le cadre d'une vente interlope aux enchères dans les hospices... oups... non... faut pas le dire. Bref... Vers les années 770, Charlemagne commença son expansion... l'expansion de son empire vers l'est. En 772 débuta une guerre contre les Saxons qui allait durer plus de 30 ans, puis il s'en prit à la Lombardie en 774, à la Bavière, aux Sorabes, aux Serbes, genre fouteur de barouf le Charlemagne. En 791 il attaque les Avares, et... et en 805, Charlemagne entreprend une expédition en Bohême. Concrètement ("Annales Mettenses Priores", MMFH 1, p.56), "Eodem anno, cum esset imperator in palacio quod situm est Aquis, misit exercitum suum cum filio suo Carolo in terram Sclavorum quae vocatur Behemi et per tres vias in eandem regionem exercitum penetrare precepit." (Cette même année [805], alors que l'empereur résidait en son palais qui se trouve à Aix-la-Chapelle, il envoya son armée avec son fils Charles en terres Slaves, qu'on appelle Bohême, et commanda à l'armée de pénétrer en la région par 3 chemins.)
Et de continuer plus loin "Venientes autem undique in planicie Behaim, universi principes diversarum gentium in conspectum regis Caroli pervenerunt." (Lorsqu'ils arrivèrent de toutes parts en plaine de Bohême, les chefs des divers peuples se présentèrent devant le commandant Charles.) Ensuite quelques détails sur les réjouissances: "Vastata autem et incensa per XL dies eadem regione, ducem eorum nomine Lechonem occidit." (Et quand pendant 40 jours cette terre fut dévastée et incendiée, occis fut leur chef du nom de Lech.) Pour l'anecdote, vous retrouverez ce texte Latin dans les "Annales Regni Francorum" avec quelques minimes variantes cependant. Bon, en dehors d'un évident manque de savoir vivre des primitifs envahisseurs, fait qu'il est inutile de commenter davantage, les "Annales Mettenses Priores" (MMFH I, p.56) donnent quelques renseignements sur la géographie du rassemblement, sans pour autant citer le moindre nom de lieu. Et c'est là qu'arrivent en renfort les "Chronicon Moissiancense" (MMFH 1, p.60-61), où l'on peut lire
"805 - Karolus imperator misit filium suum Karolum regem cum exercitu magno ad Beu-Widines; et alium exercitum cum Adulfo et Werinario id est cum Baguarios; tercium vero transmisit cum Saxonibus super Werinofelda et Demelcion. Et ibi pugnaverunt contra regem eorum nomine Semela, et vincebant eum, et ille dedit duos filios eius pro fidelitate; et tunc perrexerunt super Fergunna. Et venerunt ad fluvium qui vocatur Agara illi tres hostes insimul, et inde venerunt ad Canburg, qui et illum obsiderunt, et vastaverunt regionem in circuitu, in ista parte Albiae et ultra Albiae. Et postea cum victoria reversus est Karolus rex ad patrem suum in Francia." Ce qui donne en traduction: l'empereur Charles envoya son fils le roi Charles (eh oui, aussi) avec une grande armée contre les Tchèques (Beu-Vinida, de Beu, Boii [pl.] et Boius [sing.], peuples de Bohême, et de Vinidy, Windones, Wenedi, qualification en langue franke des peuples "blancs" de l'Europe de l'est, c.f. les annales de St Amand, "Carlus Imperator transmisit filium suum Karolum cum exercitu in Wenedonia."), la seconde armée avec Adulfo (Adolf?) et Werinario (Verinar?) par la Bavière, et envoya ensuite la troisième de Saxe par Werinofeld (de Warnen, Variner, tribus d'origines baltiques) et Daleminzier (Daliminzen ou Glomaci, peuples sorabes. Ces 2 régions entre la Saale, la Mulde et l'Elbe accueillirent alors les peuples Slaves de l'actuel land de "Thüringen"). Et là, elles (les 3 armées) guerroyèrent contre leur roi nommé Semela (roi sorabe de Lusace), et elles le vainquirent, et il leur donna ses 2 fils en gage de fidélité, et ensuite, elles poursuivirent (leur route) par Fergunna (aussi Hircanus Saltus ou Erzgebirge en Allemand, Monts Métallifères en Français et "Krušné hory" en Tchèque, montagnes formant une frontière naturelle entre la Bohême et la Saxe).
Puis ensuite les 3 armées arrivèrent au fleuve nommé Agara (Eger en Allemand et "Ohře" en Tchèque), de là marchèrent sur Canburg (c.f. plus loin), l'assiégèrent et dévastèrent la région alentour dans le coin de Albiae (Elbe en Allemand et "Labe" en Tchèque) et au-delà. Suite à quoi le roi Charles s'en retourna victorieux chez son père en pays Franc. Bon, alors une fois qu'on a traduit ça, on se doit quand même de rétablir une vérité historique. Oui, les Francs ont bien salopé la région comme une bande de barbares malappris, mais ils ne capturèrent pas la forteresse de Canburg. Alors "victorieux" le fils Charles? Hum... c'est à voir. Bon, et sinon pourquoi je vous raconte tout ça moi? Ben parce que justement, pendant des dizaines d'années, les historiens s'accordaient à penser, dire et écrire que Canburg serait fort probablement le patelin actuellement nommé "Hradsko" que l'on voit très bien au sud, lorsqu'on monte sur la tour du château de "Kokořín". Enfin pas vraiment le patelin en soi, mais le sommet plan (de 9 hectares) d'en haut du monticule sur lequel l'on a mené de nombreuses fouilles archéologiques attestant assurément de l'emplacement d'un site fortifié et fortement peuplé au IX ème siècle.
On présumait même grandement que le patelin juste à côté (à l'est), nommé "Kanina", était un reste étymologique de Canburg. Or selon certains spécialistes qui ont analysé la 15aine d'écrits d'époque relatant cet épisode (l'invasion Charlemagnesque), ben compte tenu des renseignements géographiques mentionnés (les cours d'eau), compte tenu de la vitesse de déplacement (pendant 40 jours) d'une armée en cette époque, compte tenu des possibles erreurs d'interprétation des chroniqueurs (fréquente confusion entre les fleuves "Vltava" et Elbe au delà de "Mělnick" où le premier se jette dans le second), compte tenu de la problématique du franchissement des fleuves par une armée imposante, ben compte tenu de tout ça, ben Canburg pourrait se trouver pratiquement n'importe où sur le territoire actuel de la Bohême. Et même mieux, si l'on considère que l'objectif des armées de Charlemagne était de soumettre les peuples de Bohême (pour les inclure dans son empire, pour les catholiser, pour qu'ils lui payent des impôts, pour qu'ils lui envoient de la bonne bière ou des vierges nichues...) alors il est pertinent de penser qu'il eut dirigé ses armées vers la ville... peuplement... fortin... enfin là où se trouvait l'autorité (prince, duc, roi, chef...) du pays. Pour preuve de la cible unique "Canburg", les nombreuses villes fortifiées régionalement importantes qui se trouvaient sur le passage des armées et qui ne furent même pas assiégées ("Rubín près de Podbořany" sur la route venant de Saxe, ou "Štítary près de Domažlice" sur la route venant de Bavière).
Quoi comment qu'on le sait? Ben parce que c'est pas écrit, ben tiens! Attends, eh l'aut', tu crois vraiment qu'une armée aussi importante serait passée à côté de "Rubín" ou de "Štítary" sans même prendre une bière, violer les femmes et les cochons, puis trucider ses habitants avant de piller les chèvres et la volaille, si elle n'avait quelque chose de vachement plus important et urgent à faire, l'armée? Et si ça c'était produit, crois-moi que les moines chroniqueurs se seraient empressés de consigner des "vastata et incensa et occidit et victoria et alléluia". Tiens, exemples des "Annales Fuldenses", année 869 (MMFH 1, p.99) "Sclavi, qui vocantur Behemi, terminos Baioariorum crebris incursionibus infestant et quasdam villas incendio tradentes mulieres inde duxere captivas." (Les Slaves qui se nomment Tchèques, sont préoccupés aux frontières de la Bavière des fréquentes incursions, de certains villages incendiés et des femmes de là emmenées en captivité.) Alors que là, ben rien, queud' nada, juste qu'une fois les 3 armées réunies, elles marchèrent sur Canburg, direct, sans aucun arrêt à la buvette. Donc parmi les importants sites de peuplement Slave du début du IX ème siècle, on peut signaler "Češov", "Přistoupim", "Kouřim" et surtout près de Prague, "Šárka", centre archi-connu de commerce entre les divers peuples d'Europe centrale, orientale et baltique.
Alors le fameux Canburg serait-il l'un de ces sites, ou carrément même plus probablement "Šárka"? Ben on n'en sait rien pour l'instant, et bien que peu probable, notre fameux site de "Hradsko" visible de la tour de "Kokořín" peut encore faire partie des gagnants. Ah oui, et j'y suis monté sur la tour, pour vous en faire des photos d'en haut, et je dois dire que je n'étais pas fier parce que je suis sujet au vertige. Et bien le vertige, le vrai vertige qui vous... qui me mouille le pantalon d'entre les fesses lorsque la sueur de mon dos ruisselle le long ma colonne vers tes brales. Mais j'ai survécu, j'ai vaincu mon acrophobie en me nettoyant bien les oreilles avant la visite, parce que comme tout le monde sait, c'est dans l'oreille interne que se trouve l'organe de l'équilibre et donc du vertige. Sinon, pour ceux qui voudraient en savoir davantage sur cette période et sur l'échec du Charlemagne de sa conquête de la Bohême en 805, je vous renvoie à la lecture d'"Eduard Štorch, Zastavený příval" (l'invasion arrêtée, roman historique).

Pis y a encore le puits. Curieusement, il se trouve sous le château, en dessous du passage qui permet d'y accéder (au château), et du coup, ben je me demande comment les habitants faisaient pour récupérer l'eau, lorsque par exemple les Suédois l'assiégeaient, le château comme le puits? A moins que les remparts se trouvaient ailleurs qu'ils ne sont aujourd'hui, mais il ne me semble pas, puisque même les écrits d'avant la reconstruction (début du XX ème siècle) mentionnent l'entrée du castel par un pont levis au dessus des roches, c'est à dire à l'endroit exact où se trouve aujourd'hui notre pont en bois. Alors? Ben chais pas. Dans les caves du château creusées à même la roche, il y a des photos d'époque (j'aime bien ce terme de photo d'époque, on voit de suite de quand elles datent). Sinon encore dans les proches environs se trouve la grotte dite "Klemperka", creusée par la main de l'homme (plutôt par l'outil qu'il tenait dans la main), et même selon la légende, par l'outil dans la main d'un certain brigand "Klemper" (d'où le nom de la grotte) qui sévissait dans les environs au début du XX ème siècle.
A quelques 100 m de l'entrée du château se trouve encore le fameux rocher de "Mácha" ("Máchova skála", du fameux poète romantique "Karel Hynek Mácha") sur lequel il venait, selon la légende, chercher l'inspiration. Oui, légende, parce qu'on n'a strictement aucun écrit qui prouve qu'il aurait posé son romantique fessier sur ce monticule, ou qu'il aurait même rédigé en ce lieu une partie (voire le tout) de son oeuvre "Cikáni" (les Romanichels) comme l'affirment certains enthousiastes. Qu'il ait séjourné dans la région oui, qu'il ait gribouillé le castel de "Kokořín" oui, qu'il ait apprécié la région (comme beaucoup d'autres d'ailleurs) oui, mais qu'il se soit assis sur ce cailloux d'où qu'il aurait laissé vague-à-l'âmer son esprit romantique, ben on n'sait pas. Dans le coin vous verrez encore les fameux couvercles de grès ("pískovcové pokličky"), monticules rigolos recouverts en leur sommet d'un couvercle, genre chapeau d'champignon (5 km au nord du château).
Et toujours dans le coin un peu plus loin (12 km, près de "Liběchov"), les fameux délires du sculpteur Otto dit d'Acte, "Václav Levý", où vous pourrez voir sculptées dans la roche des têtes de diables (6 mètres de haut), une grotte, une chapelle et diverses petites choses rigolotes (des nains) malheureusement délabrées par le temps et les imbéciles. En Bohême vous ne verrez pas grand chose de son oeuvre vraie (genre vraies sculptures), sinon à Prague les 3 lunettes au dessus des entrées (tympans) de la fantastique église Sts Cyrille et Méthode de "Karlin", et quelques statues en l'église St Charles Borromée ("Chrám svatého Karla Boromejského při nemocnici Pod Petřínem, Vlašská, Malá Strana, Praha 1").
Mais l'on raconte que lors de son séjour à Rome (13 ans quand même), le pape Pie IX en personne visitait l'atelier du maître (dans le Palazzo Venezia, rien qu'ça) tellement il appréciait ses oeuvres, le pape. Juste avant sa mort, de retour en Bohême et pendant 4 ans, il fut le maître du phénoménal "Josef Václav Myslbek" dont il influença sans aucun doute le style monumentaliste.

Pis voilà pour le plus important. Donc la région de "Kokořínsko", je vous la conseille vivement, parce qu'il y a plein de trucs à faire et à voir dans les environs. Viendez plutôt quand il fait beau, en famille, avec des personnes en pleine possession de leur motricité pédestre, et garez-vous sur leur foutu parking privé dès minuit du matin, histoire de bien profiter des 24h de stationnement imposées (dont le paiement est imposé). Juste pour finir, si vous traversez le ruisseau derrière de par où que vous êtes arrivés au parking, vous trouverez le restaurant "Pobuda" dans lequel nous eûmes l'intention de nous restaurer.
Dehors et devant l'entrée se trouvait un tableau portant mention "Dnes 16h" (aujourd'hui 16h) ce qui n'avait pour moi aucune signification, sinon que la pancarte n'était pas à l'heure puisqu'on était bien aujourd'hui, mais qu'il était 15:40 à ma montre. Aussi devant l'incertitude du doute et le choix dans l'interprétation de ce message, je décidai d'en avoir le coeur net. Se parlait-on d'ouverture, de fermeture ou de rasage gratis (demain)? A peine eussé-je montré par l'entre-porte mon groin de taquin facétieux, que je me pris en plein d'ssus un agressif "16 heures! C'est marqué sur la pancarte" par une petite qui, somme toute, avait un air nettement plus charmant que le verbe. "Oui mon enfant, et aujourd'hui est marqué aussi, certes, cependant il manque l'information capitale, le substantif ou le complément, le fameux quoi, que se passe-t-il aujourd'hui à 16h: ouverture, fermeture, ou service topless?" Elle me jeta un regard interloqué, un mélange de surprise et d'interrogation, se demandant de toute évidence comment avais-je pu ne pas comprendre une instruction aussi limpide et significative qu'"aujourd'hui 16h", et dont je la soupçonne fortement d'en être l'auteur, l'andouille! Sans attendre la réponse qui me fut par ailleurs assénée sur le blaire dès mon entrée dans l'accueillant établissement, je m'en repartis retrouver mes 2 poupettes.
Nous finîmes par nous restaurer dans l'auberge "Středověký hostinec" (auberge médiévale) que je vous conseille vivement. Je me suis goinfré d'un plat d'ailes et de cuisses de poulets, de poitrines de porcs et de grosses saucisses, le tout bien grillé et accompagné de légumes crus (paprikas, choux, tomates...). Un régal énorme! Pis voilà, donc bon week-end à tous, et à la prochaine fois.

vendredi 9 novembre 2007

Ailleurs: Bouzov, ouais bôv...

Ben ouais, "ailleurs" encore, et n'allez pas croire que c'est parce que j'ai épuisé toutes les ressources de Prague, mais non, ouah l'aut', rien du tout, c'est juste parce que comme je vous ai dernièrement parlé de la Moravie, que je me suis dit qu'on pourrait y rester un peu,
parce que c'est sympa la Moravie, et surtout que comme ma dernière publie est encore toute fraîche dans vos méninges, je n'aurai pas besoin de revenir sur l'incompréhensible animosité que les Moraves entretiennent envers les Tchèques (habitants de la Bohême). A nouveau je n'emploie pas le terme de "Bohémiens" pour designer les habitants de cette région, parce que bien que ce terme soit plus juste au sens étymologique, il est aujourd'hui entré dans la langue française dans un sens détourné, et totalement faux "membre de tribus vagabondes se livrant à diverses activités artisanales (chaudronnerie, maquignonnage, vannerie, etc...) et disant la bonne aventure. Campement, roulotte, troupe de bohémiens. Synonyme: bohême, romanichel, tzigane, etc..." (Le Trésor de la Langue Française) Tiens, et l'origine?
En 1423 le roi Sigismond de Luxembourg, alors roi de Bohême, mais surtout empereur du St Empire Romain Germanique écrivit un sauf conduit aux gens du voyage. Et comme les gens du voyage voyageaient, ils finirent même par arriver en France où l'on commença à les appeler de par la protection qu'ils avaient, du roi de Bohême, d'où Bohémiens. Ceci dit, Sigismond était également roi de Hongrie, roi des Romains, duc de Luxembourg et roi des Lombards. Quant au fameux sauf conduit, il fut signé au château de "Spiš" à l'est de la Slovaquie. Donc les Tziganes auraient pu être des Hongrois, des Romains, des Luxembourgeois, des Lombards ou des Slovaques, mais bon, c'est "Bohémien" qui est resté.

Bref, ma chérie d'amour et moi-même roulions (en voiture, pas en roulotte) sur les routes Moraves, lorsque ses beaux yeux verts se fixèrent sur un point de la carte qu'elle avait en main sur ses genoux. "Là, il y a un château, on y va?". Ben oui, après tout, pourquoi pas. Alors on y alla, à k'bar, enfin en voiture... mais je ne te vous dis pas la route... z'avez déjà emprunté une route vicinale, mais une vraie, celle qui va du tas d'fumier dans la ferme du père Lefebvre jusqu'au plant de raves des vieilles Ledue derrière le cimetière communal, à peine goudronnée la tangente, et grassement bousée par les vaches en tracteur... du bonheur la Moravie (ceci-dit y a les mêmes en Bohême parfois).
En arrivant à "Bouzov", la vue qui s'offrit à nous fut toute différente de ce que laissait présager le chemin, genre l'entrée dans la quatrième dimension de la belle au doigt mordant. "Ah ben dis-donc, tiens, z'ont pas l'air de vivre que d'la ferme ici. Soit ils touchent des subventions de la PAC sur des milliers d'hectares de terre française en friche, soit ils ont vendu leurs actions EADS avant l'annonce du retard de livraison de l'A380, mais sans dec, ça sent fichtrement le flouze ici, le bon artiche honnêtement gagné à la sueur du front d'autrui (debout les damnés de la terre...)" C'est en arrivant au parking qu'une partie de la réponse (mais sans doute la plus grande partie) d'à la question "origine du grisbi" me fut apportée: parking, 50 CzK pour la journée.
"Ben oui mon bon m'sieur, mais je n'ai pas l'intention de rester ici la journée entière, vous comprenez, c'est que j'ai la soupe sur le feu moi, les enfants dans le bain, les vaches chez le coiffeur et maman à traire, et faut encore que je tonde le gazon avant la tombée de la nuit, alors vous m'en mettrez pour 2 heures, et ça ira bien comme ça. Ah bon? Et pourquoi ça n'irait pas? Vous êtes là de 10h à 18h, ça nous fait 8h de stationnement, alors c'est simple, vous divisez vos 50 par 8 et les multipliez par 2 pour arriver à 12,5 CzK, et hop, la messe est dite. Quoi la journée entière ou rien? Mais je ne vais pas vous payer une journée complète alors qu'il est déjà 14:45, que je ne resterai pas plus de 2 heures, que je vais juste visiter le castel du sieur de séant, manger une frite et boire une roteuse, puis m'en rentrer doucettement en mes douillettes pénates, alors je ne vois pas pourquoi j'irais vous payer une journée entière,
déjà bien entamée de surcroît. Oui ma chérie, je sais, mais ce n'est pas une question de 50 couronnes, ce qu'il y a, c'est que monsieur essaye ostensiblement de m'enfiler à sec avec du sable. Alors une fois de temps en temps je ne dis pas, histoire de supporter les minorités, mais faudrait pas que ça devienne une habitude non plus, parce qu'à trop enfoncer le bouchon... Enfin quoi, je ne vais tout de même pas subventionner cette foutue bande de sinistres combinards sordidement doublée d'une cohorte de fieffés imbéciles, parce qu'à leur place, moi je les louerais au mois leurs places de parking, que dis-je, à l'année, 200.000 couronnes pour 10 ans la place de parking, à prendre ou à laisser! Fumiers va, SALAUDS DE PAUVRES!"
(c'est pas de moi cette conclusion, voyez avec Marcel Aymé pour les réclamations).
Ma chérie finit par filer ses 50 couronnes à l'autre malhonnête ordure, nous nous garâmes (je nous garâmes), et primes à pieds le chemin qui menait au château tandis que je grommelais comme un verrat à la tâche. Sur le trajet il y avait l'inévitable buvette, bon, ok, puis le stand à souvenirs, bon, forcément, puis encore un kiosque, et un autre et encore... "Dis-donc ma chérie, ils ont tous fait commerce international, option "attrape-couillon" comme études dans le village?" L'on finit même par nous mettre entre les doigts un dépliant grossièrement photocopié, nous invitant à découvrir le plus grand cheval de Troie en bois du monde entier. Non mais sans dec, je comprends maintenant que des couillons puissent se garer toute la journée sur le foutu parking, attends, les mecs du village ne savent plus quoi te vendre, chuis scié, un cheval de Troie à "Bouzov".
C'est encore plus con que des "Matrioshki" dans les rues de Prague. Nous finîmes par arriver devant le monument, beau, certes, encore que personnellement je n'y aurais pas mis ces volets couleur autrichienne, enfin bon, affaire de goût, mais surtout un truc bizarre me trottait dans la tête, genre le castel ne faisait pas... réel, genre pas véritable château du Mans si vous voyez ce que je veux dire. Nous achetâmes nos entrées, et fîmes le tour du domaine en attendant la visite durant laquelle il était bien entendu interdit de photographier (fumiers!).

Et hop, un autre truc zarbi. Vous ne le savez sans doute pas, mais en République Tchèque (ailleurs aussi semblerait-il, genre Allemagne, Pologne, Autriche et Slovaquie) existe un truc super sympa (moi je trouve) appelé "Turistické známky" (Tourist Stamps, Tourentaler, kek chose comme "Médailles touristiques" en Français?). Ce sont des petites médailles de bois gravées, figurant le lieu visité, et que vous pouvez acheter pour une bouchée de pain comme souvenir attestant de votre passage dans le coin. C'est cool, culturel et intelligent à collectionner. Tiens, pour info, c'est même superintelligemment couplé avec les cartes de mapy.cz, genre vous recherchez les trucs à voir du côté d'"Olomouc",
hop, vous rentrez "turistická známka olomouc" et paf, z'avez plus qu'à agrandir la carte pour arriver là où que vous trouverez le truc à voir. Génial non? Attention, tous les lieux n'y sont pas sur l'électronique, donc attention. Pis ça permet aussi de se rappeler facilement où qu'on n'est pas encore allé quand on ne sait plus, après de nombreuses années de multiples visites. De ces médailles, il y en a des milliers, et à priori vous ne pouvez les trouver-acheter que sur le lieu d'où qu'elles proviennent de.
Et je dis bien à priori, parce que justement, au château de "Bouzov" il y avait un hypermarché de la médaille touristique. Sans dec, j'en suis tombé sur le séant, comme ma tendresse qui les collectionne parfois, les médailles. Vous imaginez, des gars faisaient carrément leur shopping, genre je voudrais le numéro M, N, et O. Bingo! De la triche complète, et surtout sans intérêt, parce que justement ce qui est beau, c'est d'y aller et d'en ramener l'attestation d'y avoir été, genre le bronzage des lunettes de montagne l'hiver, les chlamydias du camping des pins l'été, ou la chiasse jaune de la place Jemâa-el-Fna de Marrakech. Attends, ça ne m'intéresse pas de m'acheter ma chiasse à Barbès, ou me la faire ramener par des amis qui sont allés au Maroc, queud' zobi ouais, j'veux me la chopper sur place, moi-même, avec de bonnes merguez, un bon couscous, une harira, un kebab, tajine, pastilla... hum... puis faire le malin avec au bureau devant les collègues.

La visite commença avec l'inévitable "dobrý den, srdečně vás vítám na hradě Bouzov". Le château du tout début aurait été construit vers la fin du XIII ème siècle, mais ce n'est qu'au début du XIV ème siècle qu'on en fait mention écrite en tant que propriété d'un certain "Búz z Búzova" (ou "z Bouzova"). De cette période on ne sait rien, et on ne sait même pas avec certitude qui a construit le château (on subodore qu'il s'agirait du père, "Búz z Moravičan"), car la seule chose qui a été conservée est l'acte de propriété de "Búz" (de 1317), dont on parle parfois comme de "Budislav z Lešan" alors que les textes mentionnent "Buzo von Buzowe". Mi-XIV ème siècle, c'est "Beneš z Vildenberka" qui l'acquiert et qui le revend en 1382 au margrave "Jošt Moravský",
fils de Jean-Henri de Luxembourg, frère du bon roi Charles IV, qui ("Jošt" le Morave) deviendra roi du St Empire Romain ("Sacrum Romanum imperium", qui devint plus tard le St Empire Romain Germanique) pour exactement 109 jours, avant de décéder en 1411. Mais avant cela, avant son décès, il vendit le domaine de "Bouzov" à "Heralt z Kunštátu" (totalement inconnu). En 1408, le château passa dans les mains de "Boček z Poděbrad", "Viktorín Boček z Kunštátu a Poděbrad", père du dernier roi de Bohême d'origine tchèque "Jiří z Poděbrad" et ami personnel de "Jan Žižka", ce qui laisse les historiens à penser que le roi hussite ("Jiří") aurait pu naître au château de "Bouzov", comme dans 7 autres lieux d'ailleurs avec la même probabilité.
Considérez donc cette information comme une éventualité plausible à 14,3 %. Et là, ma chérie et moi-même nous regardâmes les yeux grands ouverts. Parenthèse, les X autres coins possibles de naissance de notre "Jiří z Poděbrad" sont la ville de "Poděbrady", domaine du père. Si, selon la légende, "Jan Žižka" eut été présent à son baptême alors il serait né en Bohême du sud, quelque part vers "Horažďovice" ou "Strakonice" où le général hussite se trouvait à la date du baptême. Mais on parle aussi de "Hořovice" (près de "Beroun"), de "Kunštát", de "Litice", de "Pyšolec", de "Pernštejn", bref... le guide continua. Vers 1442, le roi "Jiří z Poděbrad" céda l'affaire à son fidèle ami
"Zdeněk Kostka z Postupic" (celui qui en 1462 prit la direction de Rome pour faire re-reconnaître les compacts à 2 balles... compactas de Bâle de 1436). En 1472, c'est le plus haut chancelier du royaume "Jan ze Šelmberka" qui devint le propriétaire du domaine, celui-là même qui fut aussi propriétaire de "Přerov nad Labem" et dont je vous ferai une publie prochainement, mais en 1481 les "z Kunštátu" reprirent (rachetèrent?) leur bien jusqu'en 1494 pour le céder alors au sous-intendant de Moravie "Hanuš Haugvic z Biskupic". En 1547 le domaine passa dans les mains du plus riche sieur de Moravie, "Prokop Podstatský z Prusinovic".
A sa mort, son fils "Jindřich Podstatský" succéda sur le domaine, et en 1583 le vendit au sieur "Nakser z Chotějovic" qui le vendit la même année à "Jan Berger z Bergu". En 1617 "Bouzov" est la propriété de "Bedřich z Oppersdorfu" qui fait retaper le castel cramoisi après l'incendie de 1558, et en 1655 son fils le vend à "Eugenie Podstatská z Prusinovic" qui le lègue à son mari "Julius Leopold Hodický z Hodic" qui le lègue à son fils "František Josef Hodický z Hodic" qui le vend en 1696 à l'ordre des chevaliers teutoniques. Signalons pour l'anecdote, parce que ça mérite vraiment d'être mentionné, qu'en 1643 les Suédois mirent le siège au château. Ils s'acharnèrent en vain durant quelques semaines,
puis lorsqu'ils s'aperçurent qu'ils étaient en Moravie, ils abandonnèrent le siège pour aller piller la Bohême nettement plus riche, déjà à l'époque (vont m'aimer les Moraves :-) Alors afin de rétablir la vérité vraie, sachez que certes, les Suédois sont passés par là lors de la guerre de 30 ans, mais que vous trouverez autant de sources (récentes) affirmant qu'ils ont mis le siège au château en vain, que de sources qui vous diront qu'ils l'ont conquis. Personnellement je n'ai rien trouvé de fiable (écrits d'époque) confirmant ou infirmant l'une comme l'autre des hypothèses (pour vous dire l'importance de notre édifice). En 1939, la race supérieure s'approprie le pays tout entier, et Heinrich Himmler récupère "Bouzov", se considérant avec sa secte de bouchers SS les descendants des précédents chevaliers. Himmler séjourna en personne au château en 1941,
mais un détachement de la Schutzstaffel y resta jusqu'à la libération, se rendant même coupable du massacre des 38 villageois de "Javoříčko" le 5 mai 1945. Depuis la fin de la guerre, "Bouzov" est propriété de l'état.

Alors maintenant qu'on a fait le tour des propriétaires, passons au tour du propriétaire. Sous le premier proprio, le sieur de "Bouzova", les experts subodorent que le château avait un rôle défensif (z'ont fait des études pour arriver à cette conclusion?) et qu'il se présentait sous la forme d'une tour, de bicoquembois dedans et d'un murembois autour.
Sous les "Vildenberk", l'on y aurait rajouté une grande baraque à tout faire, un palais, et l'on aurait surélevé les remparts (en bois) parce que les remparts en pierres dateraient du margrave "Jošt". Ensuite l'on aurait agrandi, rajouté des bâtiments, construit une tour... puis sous les sieurs "z Kunštátu" on augmenta les pouvoirs défensifs du château, avec des bastilles... et là je décrochai, parce que ce n'était plus possible. Alors d'abord tous les propriétaires dont on se fout, puis tous les bricolages dont on se fout encore plus parce qu'on en est encore moins sûr que des propriétaires, alors je vais vous raccourcir tout ça rapidement, parce que comme qui dirait, ça va vite devenir chiant sinon. Passons donc en 1888, lorsque l'archiduc Eugène (Eugène de Habsbourg, 1863 - 1954) se promène dans le coin, trouve la ruine sympathiquement située sur un plaisant contrefort,
et décide de tout faire reconstruire (entre 1896 et 1910) afin d'en faire un beau cottage d'été pour lui et sa maman Elisabeth. Enfin un peu aussi pour les chevaliers teutoniques, dont il était le grand maître, et qui avaient acheté les ruines à l'époque (1896, reconstruction pour le 200 ème anniversaire de la possession du castel par l'ordre, depuis 1696), mais s'il est un truc qu'il faut lui laisser à Eugène, c'est qu'il prit la reconstruction entièrement à sa charge (financière). L'architecte mandaté pour faire du neuf avec du vieux fut l'austro-allemand "Georg von Hauberrisser" (clone germanique de notre "Josef Mocker "), et c'est pour cette raison qu'en arrivant au château, j'eus cette impression de déjà vu.
Ceux qui auraient visité le castel du Haut-Koenigsbourg en Alsace, ou Karlštejn ici en Tchéquie, donc ceux-là y verront exactement la même touche romantico-médiévale de la fin du XIX ème siècle mélangeant des fourbis gothiques et renaissance, genre comment reconstruire une ruine à neuf, tout en lui donnant l'apparence d'antan avec le confort d'aujourd'hui. C'est beau, c'est propre, mais c'est du faux, avec parfois de graves erreurs historiques, en particulier des éléments architecturaux allemands qui n'étaient certainement pas d'usage en Moravie (les volets peints en rouge et blanc qui rappellent le Schloß de Nürnberg).
Ceci-dit, les historiens s'accordent à dire que la réalisation de "Bouzov" serait nettement plus heureuse que le remodelage de notre "Karlštejn" (par "Josef Mocker "). Oui, bon, why not. Dans le cas de "Bouzov", une grande partie des édifices du dedans ont été entièrement détruits (car en ruine totale) puis reconstruits à l'identique (quasi, presque, z'ont essayé). Ca concerne le bâtiment à 2 étages au nord (terminé en 1897), le palais sud, devenu la résidence du grand maître de l'ordre, comme la grande tour, construite entre 1897 et 1899 où seules les oubliettes sont d'origine (mi XIV ème siècle). L'on conserva cependant le vieux palais royal, qui après restauration devint le lieu de résidence de maman Elisabeth.
Une des pièces des plus intéressantes est la chapelle. Non pas qu'elle soit d'origine (tu rigoles, avant c'était la cuisine), mais elle contient des oeuvres remarquables qui furent importées des 4 coins de l'Europe. Vous y verrez par exemple une splendide statue du XV ème siècle importée de Venise et représentant St Georges (St patron des chevaliers teutoniques) et son faire-valoir de pote, le dragon. S'y trouve encore une rangée de stèles funéraires du château de "Horneck""Gundelsheim, Baden-Württemberg") représentant des chevaliers de l'ordre (teutonique) mourus aux XIV et XV ème siècles, ou encore un autel gothique (avec retable) du XV ème siècle. Pour terminer, et si vous avez de la chance, dans la grande salle des chevaliers, un groupe de saltimbanques vous jouera 5 minutes des morceaux de musique (renaissance? baroque? enfin c'est pas du hip-hop, pour sûr) pour la modique somme de ce que vous voudrez bien leur laisser en sortant. Moi j'ai laissé: jeunes + culture + musique-non-rock&roll = soutien + encouragement.
A signaler que dans cette pièce, vous pouvez prendre des photos, ouais, super, merci mon bon seigneur, mais bon, en dehors du pète-aux-yeux, y a strictement rien d'intéressant. S'y trouvent peintes les armoiries des propriétaires successifs du château, bôf, ou encore du mobilier en bois joliment sculpté, mais rien d'exceptionnel.

Bien, alors si vous avez tout lu jusqu'au bout, inutile d'enfoncer le clou en vous disant que bon, hein, le château de "Bouzov", genre si vous passez à côté oui... enfin carrément dessus même, parce que n'allez pas faire un détour non plus, donc si vous allez à "Bouzov" pour récupérer votre brouette, oui, arrêtez-y vous, payez vos 50 CzK de parking pour la journée (fumiers), visitez le château et hop, rentrez-y vous, mais en aucun cas n'allez charger votre voiture de gniards et de belles-mères en prévision d'une virée historique, car en dehors de certains articles dans le château (importés cependant), en dehors de la vue sur le château (surtout du nord, en venant par la route du patelin de "Doly"), ben en dehors de ça, c'est creux et ça suinte le faux. Attention, avis personnel qui ne vaut qu'en ce qui me concerne sur l'étendu de ma propre opinion vue par ma petite lentille de ma petite lune qui n'engage que moi. Voilà, j'en reste là.