vendredi 28 septembre 2007

Ailleurs: Kladruby, Jean et Marie

On s'en revenait de Nuremberg avec ma chérie d'amour après avoir passé un petit week-end en Bavière où, je dois dire, les gens étaient fantastiquement accueillants, souriants, aimables, enfin l'inverse absolu de certains Tchèques que malheureusement les aléas de l'infortune mettent parfois en contact avec les clients que nous sommes. Et tiens, parenthèse, si vous passez en Allemagne par l'autoroute A9 (Dauerbaustellen, 150 Kilometer Stau) entre Nuremberg (Auffahrunfall, 50 Kilometer Stau) et Munich (Schwere Unfälle, 70 Kilometer Stau in Richtung bayrische Metropole), donc à quelques 30 km au sud de Nuremberg (Markierungsarbeiten, 25 Kilometer Stau) se trouve le village de Hilpoltstein (2 Stunden Wartezeit, Geduld gefragt) où nous séjournâmes dans l'Hôtel Garni Pension Zur Krone, Christoph-Sturm Straße 39. Fantastique. Accueil incomparable, petit déjeuner pantagruélique, pour seulement 52 € la nuit. Du bonheur, et donc ça mérite d'être signalélouangé. Fin de parenthèse. Dimanche donc l'on traversa en fin de matinée la frontière de la Bundesrepublik pour revenir en Bohême, et me disant qu'il se faisait encore tôt pour rentrer dans Prague, je proposai à ma tendresse une visite culturelle sur le chemin du retour.
J'avais remarqué en passant par le nouveau contournement de "Plzeň", qu'il y avait une réclame pour le château de "Švihov" dont j'avais bêtement confondu le nom avec un autre, de château, dont je ne me souviens plus. "Qu'en penses-tu ma chérie d'amour?" demandai-je enthousiaste. "Ouais, bôf, celui-là justement bôf" me répondit-elle pensant que je parlais de celui que je m'étais trompé de, et dont je ne me souviens plus du nom. Et tandis que l'on négociait, une autre réclame touristique vint à nous croiser à vive allure dans la direction opposée: l'abbaye de "Kladruby". "Et ça, tu connais?" m'enquis-je, des fois que cette nouvelle cible attiserait plus son intérêt que l'édifice précédemment embrouillé. "Kladruby, le couvent des bénédictins lié à Jan Nepomuk, dont l'église consacrée à la Vierge-Marie fut retapée par Jean-Blaise Santini alors que le domaine fut racheté par le comte Windischgrätz répresseur de la révolution de 1848... Pour sûr, c'est splendide, et si de plus ce fut rénové, ce devrait être splendide encore plus." Hop, l'affaire fut promptement vendue et nous quittâmes l'autoroute tchèque (0 Kilometer Stau) en direction du monastère.

"Ah bon, seulement à partir de 13h les visites? Bon, ben l'on va patienter à la buvette."
Juste avant l'heure j'allai acheter les billets. "Un adulte, un étudiant, et un appareil photo" demandai-je. Ah pour sûr, l'était pas chère l'entrée: 75 CzK la dulte (2,67 €), 50 CzK les tudiants (1,79 €) mais 200 CzK la pareil (7,14 €). Ah ouais, quand même. Presque 3 entrées en plus pour prendre des photos. Mais attention, à la question "statif et flash?" il me fut répondu que ce n'était pas spécifié, que c'était 200 CzK le droit de photo sans autre mention restrictive. Cool, du coup j'ai pris. Donc la photo et la visite guidée du couvent, et en plus le second tour (visite du château) pour encore une fois 75+50 CzK, sachant que je ne payais qu'une seule fois le droit de photographiage. C'est fort ça, sans dec. Et tandis que je m'en lichetrognais une bonne Prazdroj bien fraîche papotant avec ma biche de velours, j'entirebouchonnais mon statif au cul du reflex, excité à l'idée d'enfin pouvoir photographier en paix. J'aime ces gens là. Ainsi, lorsque dans le hall d'entrée s'entassa la foutraille de couillons dont nous, j'eus le plaisir d'agiter seul mon billet-photo en l'air quand la délicieuse petite annonça qu'il était strictement interdit de photographier, sauf si l'on avait acheté, comme moi, le droit, auquel cas il fallait l'en informer. Ben voilà, c'était fait. Du reste, la délicieuse enfant ne vérifia même pas. Elle ne vérifia ni le droit de photo, ni celui de visite, et encore moins la visite des 2 circuits ou d'un seul.
Mais entre gens de confiance... hein... Alors de suite, je souhaite souligner que la mignonette était souriante, affable de plus extrêmement instruite sur la matière. Et croyez-moi, trouver une personne qui cumule ces qualités est suffisamment rare en République Tchèque pour être souligné en gras au stabilo. Bravo mon petit, vous fûtes très bien, vraiment.

Au commencement

Tout a commencé avec le prince Vladislav 1er. On ignore quand il est né, ce qui somme toute n'est pas spécialement important, mais l'on sait qu'il fut à la tête de la Bohême de 1109 à 1117, puis de 1120 à 1125, date de sa mort. Entre 1117 et 1120, c'est son frère "Bořivoj II" qui dirigea le pays, Vladislav ayant volontairement quitté ses fonctions, officiellement pour raison personnelle (il prit un congé sabbatique pour grimper sur l'Everest),
officieusement sous la pression du roi hongrois "István II" qui essuya une raclée monumentale en 1116 sur le champs de bataille "na Luckém poli, u řeky Olšavy" (c.f. Kosmas) et qui ne lui pardonna jamais (à Vladislav) cette défaite, mais surtout parce qu'il (Stéphane II) voyait en "Bořivoj" une courge nettement plus malléable pour assouvir ses desseins impérialistes. En 1120 on remit le prince d'avant (Vladislav 1er) à la place de celui d'après, et "Bořivoj II" fut exilé en Hongrie jusqu'à sa mort. Les raisons de ces chamboulements ne sont pas franchement claires, mais pas grave, car ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui. Donc tout a commencé avec le prince Vladislav 1er, lorsqu'en 1115 il signa le traité d'ami-ami avec le prince polonais "grointordu" ("Bolesław III Krzywousty", où "Krzywousty" signifie bouche de traviole, véridique), se rabibochant par là-même avec son vieux pote "Ota II Olomoucký" et son frangin "Soběslav 1er" qui prendra la suite à la tête de la Bohême. Pour fêter dignement une telle réconciliation, "Bolesław" en bon Polonais avait suggéré d'aller s'arsouiller comme des cochons dans une proche taverne, mais les Tchèques curieusement refusèrent pour divers motifs d'indisposition intestinale, jusqu'au Ota qui avoua honteusement souffrir des hémorroïdes et suivre de fait une stricte hygiène alimentaire imposée par son proctologue.
"Bon, ben on va construire un monastère alors" suggéra Vladislav (je sais, le rapport n'est pas tant patent, mais on se parle de 900 ans en arrière, alors y a eu changement de moeurs depuis... sauf chez les Polonais concernant l'arsouillerie). Mais il y avait également une autre raison pour construire un monastère à cet endroit. La femme du prince Vladislav, "Richza von Berg", était Allemande, fervente catholique, et refusait catégoriquement de dormir en un autre lieu qu'un couvent. Or lorsqu'elle se rendait chez elle, à Berg... ce qui d'ailleurs donna son nom à la ville lorsqu'à la question de son mari "où vas-tu avec toutes ces valises?" Elle répondait "nur am Berg", qui par déformation devint Nuremberg... bref donc lorsqu'elle se rendait chez ses parents, elle devait nuiter à l'aventure sur le trajet, et avec le couvent juste là, sur les abords de l'autoroute, ben le problème de l'hébergement était résolu. "Et je veux que tu y mettes des eunuques impuissants et masculés sans kékette, sans zob et sans..." insistait-elle hystériquement lorsque le roi l'interrompit. "Ecoute ma chérie, je comprends tes soucis, mais je ne vais pas aller te chercher des travailleurs expats dans les pays islamiques alors qu'on a ce qu'il faut sous la main et pour moins cher. Larbin, va me chercher les moines!"
Et le prince généreux, couvrit les eunuques... les moines de ses largesses. Droits, privilèges, mais aussi domaines, propriétés et terrains. Bien que l'acte fondateur originel de l'abbaye n'ait pas été retrouvé, l'on a toutefois conservé une photocopie datant de 1197, et qui recense les nombreux villages assujettis aux moines (en gros 1/4 du district actuel de "Tachov"). Mais "Richza von Berg" était chiante comme une grappe de furoncles au cul. "J'comprends rien à ce qu'ils disent les moines, ils n'sont pas Allemands." Ben forcément, ils étaient Tchèques. "J'veux des moines allemands, parce que j'comprends rien à ce qu'ils disent les moines tchèques." Et pour faire plaisir à Madame, on alla donc chercher des moines allemands véritables jusque dans le "Baden-Württemberg", dans l'abbaye de Zwiefalten parce que le papa de l'emmerdeuse, "Heinrich I von Berg" en était le sponsor principal (de cette abbaye) et que la famille connaissait bien les bougres qui y officiaient. Cependant même chez les moines, lorsqu'il y a des communautés différentes, ben c'est la guéguerre de sales gosses.
Les uns se plaignaient que les autres avaient plus de vin à table, les autres se plaignaient que les uns pissaient sur la lunette des chiottes, les uns se plaignaient que les autres pouvaient regarder la téloche avant de se coucher, les autres se plaignaient que les uns n'éteignaient pas la lumière dans le couloir. Pis en 1130, le prince "Soběslav" n'en put plus, et farcit le monastère de "Kladruby" d'une farce unique, d'une farce exclusivement germanique. Au XIII ème siècle, le domaine se portait bien, très bien même, parce que n'oublions pas non plus qu'en cette époque, noblesse et religion marchaient main dans la main dans l'intérêt des 2 sangsues, tandis que le trimard moyen croulait sous la taxe et la peur de l'enfer. Ainsi la richesse de l'abbaye profitait largement au souverain lorsque ses deniers personnels faisaient défaut (c'est à dire souvent). Tiens, en 1147, les potes Louis VII (de France) et Conrad III (de "Hohenstaufen", alors empereur du St Empire Romain Gerbatique) convainquirent Vladislav II de les accompagner en Palestine pour une énorme rigolade dite "seconde croisade". Où croyez-vous que le Vladislav alla demander le pognon pour son voyage en business class? Eh ouais, à "Kladruby". En échange, l'abbaye reçu le droit d'exploiter la dizaine de villages d'autour de "Krašov". Ou "Soběslav II" après ses 12 années de gnouf au château de "Přimda", il ne se souvenait même plus de son numéro de compte en banque.
Hop, un saut en l'abbaye, qui reçu en échange "Kurojedy", "Hradec u Stoda", "Bděněves"... C'est vers 1230 (fin de vie du "Přemysl Otakar I"), que le village de "Kladruby" devint une des premières villes de Bohême (avec "Litoměřice" et "Hradec Králové") incluant tous les privilèges qui vont bien avec le nouveau statut. Anecdote, "Kladruby" était une ville jusqu'en 1960, où l'on jugea que pour un trou pareil, quand même, et donc l'on transforma l'agglomération en village. Puis en 2007, l'on jugea que pour un village pareil, quand même, et donc l'on retransforma l'agglomération en ville. Aujourd'hui il y a 1200 habitants à "Kladruby", alors qu'il en faut 2000 en France pour faire une ville, 30.000 au Japon, et 350 en Islande. Fin d'anecdote et retour d'à là que je m'étais arrêté. Inutile de préciser que la prospérité de la ville devenue officiellement "ville" enrichissait aussi grassement l'abbaye. Et grâce à toute cette richesse, l'on termina la plus grande l'église romane (gothique selon certaines sources) en 1233, que l'on bénit dans la foulée en présence du prince "Václav I". Tiens, anecdote encore. En 1236 décéda sans descendance le sieur "Svatobor z Přeštic" (seigneur du lieu, mentionné sur le listing des lèches-culs du roi "Přemysl Otakar I").
Aussitôt le roi "Václav I" déclara le domaine ("Přeštice") caducum et le récupéra, comme ça, parce qu'il était roi et que personne n'allait lui contester le droit de s'approprier ce qu'il voulait. En 1238, il en fit cadeau à sa frangine Agnès (devenue plus tard Ste Agnès de Bohême), lui recommandant de vendre le domaine chèrement, bien chèrement afin de récupérer du gras pognon pour ses bonnes oeuvres. Et malgré qu'il y eut plusieurs amateurs intéressés par l'offre de vente, c'est l'abbé "Reiner" de l'abbaye de "Kladruby" qui racheta le domaine comprenant 15 villages de pauvres bougres pour la somme alors astronomique de 1200 grivnas (parfois hryvna ou hryvnia) d'argent (métal). Et avec tout ce pognon, la frangine Agnès put terminer son fameux hôpital et son fameux couvent "na Františku" à Prague (aujourd'hui galerie nationale). Alors tiens, pour comparaison... parce que toutes ces transactions étaient non seulement écrites, mais portaient le sceau royal pour en authentifier l'exactitude véritable. Et ces archives existent toujours, suffit de les consulter... donc pour comparaison des 1200 grivnas, le patelin de "Spálené Poříčí" lui couta 40 grivnas à l'abbé (le moins cher des patelins, habité de faignants sûrement), "Tisová" et "Trnová" pour 150 grivnas (mais y en a 2, des villages), "Touškov nade Mží" pour 400 grivnas
(cher celui-là, mais plein de jeunes jouvencelles)... Le domaine des moines se développait tout autour du monastère, et dans la seconde moitié du XIV ème siècle, l'abbé "Racek III" avait sous son joug quelques 130 villages exploités par 3 prévôtés ("Kladruby", "Touškov" et "Přeštice") et défendus par 3 forteresses ("Prostiboř", "Kyjov" et "Komberk"). L'abbaye de "Kladruby" était ainsi l'une des abbayes les plus riches et les plus puissantes du pays. L'abbé reçu même des mains du pape le droit de porter la mitre épiscopale (généralement réservée à partir du grade d'évêque), des souliers (plutôt que les sandales type Jésus), tenir une crosse (ça fait bien, ça donne de la contenance) et mettre des bagues (ouais, bon, why not).

Anecdotes d'au commencement

Vous vous souvenez, au commencement, l'histoire des moines tchèques et allemands... En fait on a des détails, plein, parce que l'un des premiers moines allemands à être venu à "Kladruby" n'était autre que le chroniqueur Berthold.
Dans sa chronique, il écrit que l'abbé "Udalrich" de "Zwiefalten" n'était pas spécialement chaud pour envoyer ses moines en Bohême, pour "la sauvagerie, les moeurs légères et la barbarie (paganisme) du peuple". Oui, sans doute, et alors? Le peuple tchèque s'en foutait des moines allemands. En fait ce qui turlupinait l'abbé de "Zwiefalten", c'était qu'à la tête de "Kladruby" il n'y avait pas un Allemand. Ben nan, forcément. Mais lorsque le papa Heinrich mit en demeure "Udalrich" de répondre à la demande de sa fille, sinon il pouvait se gratter à dix doigts pour le financement de sa prochaine kermesse, l'abée se résigna. Et fin 1117, 12 moines de "Zwiefalten" (dont Berthold) prirent la route (Hohes Verkehrsaufkommen, 15 Kilometer Stau) en direction de "Kladruby". La date de leur arrivée n'est pas spécifiée (Dichter Verkehr auf den Autobahnen?), par contre ils étaient déjà en Bohême lors du fameux tremblement de terre de janvier 1118 (consigné dans les chroniques). Mais ils ne restèrent pas longtemps, car moins d'un an après, n'en pouvant plus, ils s'en retournaient à "Zwiefalten" avec la bénédiction de "Udalrich" (und 20 Kilometer Stau). Incompatibilité d'humeur et inadaptabilité selon Berthold. A qui la faute? Qui sait.

En 1120, Vladislav 1er reprit du service, son emmerdeuse de "Richinza" avec, et après avoir fait le tour des armoires afin de s'assurer que rien ne manquait, elle s'écria "Vlad'o, ils sont où mes moines?" Re-coup de fil à Heinrich, re-fus de "Udalrich", re-chantage à la kermesse, et re-tour de 20 moines (re-15 Kilometer Stau) à "Kladruby". Sauf que cette fois-ci, les Germains allaient faire tourner le clandé à l'allemande. Ils commencèrent par mettre à la tête de l'abbaye l'un des leurs, l'abbé "Wiziman" (sans doute "Wiesmann"), et le clandé commença réellement à carburer à l'allemande (proche variante d'à la suédoise). Une (très) grande partie de ce que l'abbaye percevait en cadeaux (bijoux, argent, fourrures, reliques, art...) était aussitôt envoyé à "Zwiefalten" comme en 40 (c'est consigné dans les chroniques de Berthold), et ça faisait hurler les moines tchèques, malheureusement impuissants. En 1125, Vladislav 1er décéda, et son frère "Soběslav 1er" prit la suite à la tête de l'épicerie de Bohême. Il n'avait pas pour usage de prendre des gants ni causer noble, et rien ne l'agaçait plus que lorsque l'étranger (surtout germain) essayait d'imposer son opinion en terre de Bohême. Ainsi, lorsqu'en 1126, l'empereur Lothaire III ("Lothar von Süpplingenburg") essaya par la force (invasion militaire) d'imposer le cousin de "Soběslav"
("Ota II Olomoucký") sur le trône du royaume tchèque, le prince péta une gueulante extraordinaire, écrasa les armées ennemies à la bataille "u Chlumce" ("Ota" succomba dans la tuerie) et renvoya tous les sieurs germaniques sur le territoire tchèque dans leur pays d'prigine afin qu'ils apprennent les bonnes manières avant de venir vivre en terre civilisée (Lecture: les chroniques de Dalimil, chapitre 65 "Tehdy také umřě kněz Vladislav, po něm by knězem bratr jeho Soběslav. Ten udatně Bavory pobi a v Čechách mnoho Němcóv zbi." Exceptionnel texte tout en rimes). Bien entendu, les moines firent partie du convoi.

Bon, et comme vous le savez sans doute, "Soběslav 1er" et Lothaire finirent par se rafistoler (longue histoire, je vous raconterai tout ça une autre fois), et en 1130 les moines germains étaient de retour à "Kladruby", mais sans les bonnes manières... Tiens, pour preuve de leur mauvais apprentissage: en cette époque, le prince "Soběslav 1er" n'avait vraiment pas de bol,
car il s'en trouvait toujours un pour vouloir être calife à la place du "Soběslav". Alors rapidement, sans entrer dans les détails, l'un de ces prétendants au califa se nommait "Břetislav". Il fut mis au gnouf pour putschisme insistant, mais il était soutenu par l'autre ordure d'évêque de Prague "Menhart". Ce dernier avait fomenté l'assassina du prince ("Soběslav 1er") afin de le remplacer par "Břetislav", et pour se tricoter un bon alibi en béton, il partit à pieds en pèlerinage à Jérusalem avant l'heure du crime (lecture: "Dějiny národu českého v Čechách i v Moravě, František Palacký"). Le meurtre échoua, les inculpés furent exécutés, et l'évêque "Menhart" s'en revint au pays un an après, blanc comme neige et chargé de cadeaux-reliques des diverses contrées qu'il traversa. Et justement, parmi ces cadeaux, il y avait une chape noire (parfois appelée "pluvial") brodée de fils d'or et sertie de pierres précieuses que ce fumier d'évêque avait reçu de l'empereur de Constantinople. Un jour, pour l'on ne sait quelle raison, il en fit cadeau aux moines de "Kladruby".
Ces derniers la conservèrent un temps en l'abbaye, mais les bons enseignements du savoir-vivre oubliés, les germains caressèrent la ferme intention d'envoyer la chape précieuse à "Zwiefalten". Les moines tchèques se retournèrent alors vers le nouvel évêque de Prague "Jan 1er" ("Menhart" décéda entre-temps) qui essaya d'empêcher ce "vol". Du coup les moines germains se retournèrent vers l'archevêque (allemand) de Mayence (dont Prague dépendait), et la chape se retrouva livrée à "Zwiefalten" en express 24h chrono. Ca fout les boules, sans dec.

L'affaire du Jean de Pomuk

Pis comme on en est aux anecdotes, continuons sur la lancée. Signalons d'abord que vous le trouverez sous divers noms, "Jan z Pomuku", "Jan z Nepomuku", "Jan Nepomucký", parfois précédé de la mention "saint", parfois pas, et parfois sont prénom est amoindri (diminutif) en "Johánek" (petit Jean). Mais c'est toujours le même dont on se parle. Ah bon, et pourquoi?
Ben, si vous allez à "Kladruby" vous le saurez, parce qu'il y a un musée copieux consacré au saint, et que la délicieuse petite vous en parlera velu longuement. Commençons par le début. "Pomuk" était un patelin, à quelques 35 km au sud-est de "Plzeň", et les gens nés à "Pomuk" s'appelaient donc naturellement "gens de Pomuk", d'où "Jean de Pomuk". En 1384, l'on réunit les patelins "Pomuk" et "Přesanice" sous l'appellation unique "Nepomuk". Aussi les gens nés à "Nepomuk" s'appelaient donc naturellement "gens de Nepomuk", d'où "Jean de Nepomuk". Certains voient dans le nom propre la négation "Ne" (non en Français) d'où l'interprétation Non-Pomuk, ou pas de Pomuk. Ben si, enfin non, c'est faux puisque "Pomuk" a donné naissance à "Nepomuk", alors comment un gen de "Nepomuk" pourrait-il ne pas être de "Pomuk" puisqu'il est ("Pomuk") à l'origine de "Nepomuk" ("Pomuk")? Ben parce qu'il serait de "Přesanice" me direz-vous. Oui, mais alors s'il était de "Přesanice" on dirait plutôt "Jean de Přesanice" que "Jean de Nepomuk", parce que sinon on pourrait aussi dire "Jean de pas de Marseille" ou "Jean de pas de Bol".
Sauf que Jean est né à "Pomuk" (et pas à "Přesanice"), juste avant que la ville ne change de nom (entre 1340 et 1350). Donc "Jean de Pomuk" comme "Jean de Nepomuk" sont corrects selon que l'on utilise le nom originel du patelin de naissance ou le nom actuel du même patelin, mais en aucun cas "Nepomuk" ne peut représenter la négation de "Pomuk". Ah oui, et en Français on dit St Jean Népomucène ce qui n'est pas tout à fait exact, car on devrait alors employer soit St Jean né (à) Pomucène ou alors St Jean de Népomucène (comme on dit St Antoine de pas d'où, on ne dit pas St Antoine pas d'où). Bon, eh, hein, bref... parlons plutôt de son histoire, parce que du St Jean de Népomucène, vous en trouverez comme de la vermine dans les frusques d'un pouilleux. Partout, le St Jean a été mis de partout, imposé par la chienlit Jésuitesque comme la paix marxiste et la construction du socialisme par les con-munistes. Pas un village, pas un patelin, pas un hameau, pas un trou qui n'aurait sa statue du St Jean. A l'origine de cette histoire, il y avait le différent entre le roi "Václav IV", et son archevêque de Prague "Jan z Jenštejna".
Les raisons de leurs discordes étaient nombreuses donc passons, mais ce qui est sûr, c'est que dès que l'un avait l'occasion d'aller chercher des noises à l'autre, il n'en manquait pas l'occasion. Et justement, l'occasion se présenta en l'abbaye de "Kladruby", dont le roi avait l'intension de faire un évêché, d'y imposer son abbévêque à lui, acquis à sa cause, pour fiche le ver dans le fruit politique de son archevêque "Jan z Jenštejna". Sauf que pour en arriver là, il fallait d'abord attendre le décès de l'abbé en place, ensuite changer rapidos le statut de la région (en évêché), faire élire son gaillard par un chapitre, informer la curie par lettre recommandée 24h après la fin du vote... enfin c'était diabolique comme plan, mais fallait jouer fin sur du velours, et minutieux en timing. En Janvier 1393 (ou février, voire mars, mais c'est pas important), l'abbé de "Kladruby", "Racek III" décéda sans descendance. Du coup, comme en l'abbaye personne ne savait rien des intentions du roi, eurent normalement lieu des élections pour trouver un successeur au défunt. L'archevêque "Jan z Jenštejna" fut informé de la tenu du vote, mais aucunement le roi. Selon certaines sources, il chassait en ses terres hors de Prague, peignait la girafe en Afrique, ou escaladait l'Everest dans les montagnes de l'Himalaya. Peu importe, mais pour sûr il n'était pas au bureau et son BlackBerry était éteint. Le 7 mars, le moine "Olen" fut élu abbé de
"Kladruby" et le résultat de cette élection fut confirmé le 10 mars comme valide et immuable par le vicaire général "Jan z Pomuku" sous la pression superinsistante de l'archevêque "Jan z Jenštejna" qui se frottait les mains. Le 16 mars, le roi enfin informé de cette combinardembrouillerie revint à Prague furibard de colère hargneuse, et convoqua séance tenante la brochette de ratichons afin qu'ils s'expliquent sur cette mistouflarderie sournoise entreprise à l'insu de son plein grés. Ben ouais, mais les prélats, se doutant fortement qu'ils allaient ramasser grave sur le râble au retour du monarque, avaient judicieusement quitté la capitale pour "Roudnice nad Labem" la veille du retour de son altesse. Qu'à cela ne tint, le roi en personne scribouilla un mandat d'amener qui fut remis en mains propres aux conspirateurs. Sûr, les bougres n'étaient pas exaltés de revenir sur la capitale, mais un ordre royal ne se discute pas, encore moins lorsque les sbires du monarque vous piquent le dargeot à l'hallebarde pointue afin de presser la manoeuvre. Le 20 mars se tint une réunion épineuse entre les frocards et son altesse, qui, aux dires des témoins, était blindée (l'altesse) comme un polack, hurlait malpropre et menaçait de noyer les enmitrés dans de la pisse de chat moisie, préparée des années à l'avance pour le cas où une occasion de noyer quelqu'un dedans se présenterait. Durant la réunion, l'on dut faire de nombreuses pauses afin que
"Václav" puisse épancher sa vessie, et l'on changea même de salle de réunion lorsque le bouquet de la macédoine renardée par le roi commença à piquer les yeux des participants. Et c'est à ce moment opportun, que sentant les choses prendre une tournure malsaine, l'archevêque "Jan z Jenštejna" happa les taillis et mit les voiles au château de "Kyšperk" (lieu-dit "Supí hora", en ruine totale aujourd'hui), puis de là vers Rome afin d'aller pleurnicher vainement sur l'épaule du pape et se plaindre du comportement royal. Le soir même de la cavale archiépiscopale, les 4 bougres restants furent menés ligotés à la mairie, place de la vieille ville. L'intendant de l'archevêque "Něpr z Roupova" fut laissé là (sans doute eu égard à son grand-âge), tandis que le vicaire général "Jan z Pomuku", le prévôt "Václav Knobloch" et l'autre vicaire "Mikuláš Puchník z Černic" furent conduits dans la maison du bailli où, selon les paroles du roi, "ça allait chier d'la pendule suisse à coucou dès qu'on aurait retrouvé cette ordure visqueuse d'archevêque." Et comme l'on ne retrouva point ce dernier, malgré l'ordre royal de retourner la ville à l'envers et de secouer bien fort, l'on passa à l'interrogatoire du "Jan" et du "Mikuláš" sous la direction du roi en personne qui prit une part active à l'horreur. Je vous passe les détails des réjouissances qui sont minutieusement décrits (les détails) par "František Palacký"
("Dějiny národa českého v Čechách i v Moravě"), bien que d'aucuns n'omettront pas de souligner que des écrits rédigés 450 ans après les faits peuvent être légitimement mis en doute, ce à quoi je leur répondrai qu'un drôle dont la trogne honore un taffetas de 1000 CzK ne peut pas être dans le faux... bref... je vous passe les détails de la fête. Ce qui est avéré, c'est que les 2 bougres passèrent un sale moment, au point que "Jan z Pomuku" ne survécut pas à son décès. Lorsque le roi reprit ses esprits, après le vin et la fatigue, il réalisa qu'il avait sans doute commis une boulette lourde de négatives conséquences si l'on venait à savoir qu'il avait boucané à la gégène les pendeloches de hauts prélats selon l'efficace méthode publiée par le général Bigeard. Il fit alors signer "Mikuláš Puchník z Černic" de son sang que jamais, oh grand jamais, il ne dévoilerait ce qui s'était passé ce soir là, et fit jeter les restes du Jean dans le fleuve. La légende pouvait naître.

Alors la légende a été au départ un peu déformée, parce que pendant longtemps l'on a attribué les raisons de la torture au fait que "Jan z Pomuku", confesseur de la reine Sophie de Bavière, épouse du roi "Václav IV", avait refusé de trahir la confession d'icelle que le roi soupçonnait d'infidélité sexuelle. Aussi la langue de Jean de Népomucène était devenue la relique la plus précieuse du pays, à laquelle se rattachaient des milliers de légendes.
En pleine folie népomucènienne, période baroque du XVIII ème siècle, chaque église, abbatiale, basilique, cathédrale, chapelle, paroisse, abbaye, cloître, couvent, ermitage, monastère, prieuré avait sa langue authentique de St Jean. Et donc forcément, vous en verrez une à "Kladruby". Bon, et comment c'est venu cette folie? Entre 1396 et 1416 l'on transporta les restes du "Jan z Pomuku" retrouvés dans l'eau en la cathédrale de Prague. Le jésuite et grand historien "Bohuslav Balbín z Vorličné" publia en 1680 la "Vita Sancti Joannis Nepomuceni" dans un article des "Acta sanctorum". En 1683, le controversé "Jan Brokoff" publie sa statue du saint sur le pont Charles (controversé, car considéré comme médiocre par de nombreux amateurs d'art qui n'accordent crédit qu'au fils, "Ferdinand Max", même sa statue... enfin z'allez lire plus loin). La statue de "Jan z Pomuku" sur le pont, vous ne pouvez pas la louper, c'est l'une des rares statues en bronze (avec le calvaire) où des milliers de touristes vont chaque jour caresser bêtement les plaques de bronze. Bêtement, parce que sur la première (à droite) se trouve la scène de la confession de la reine Sophie en présence du roi "Václav IV" et de son clébard, et qu'est-ce qu'ils caressent bêtement les touristes?
Ben le canidé: St Clébard priez pour nous. Et sur l'autre plaque (à gauche) est représentée la scène du noyage (encore qu'il était déjà mort quand on le jeta à l'eau), avec en avant plan l'allégorie du massacre des innocents. Et qu'est-ce qu'ils caressent bêtement les touristes? Ben le macchab du St Jean (au mieux) sinon la maman faire-valoir et totalement inconnue. Et dans 95% des cas, les touristes passent à côté de l'endroit qui porte vraiment chance, celui où le saint a été jeté par dessus le parapet (ça n'a pas trop marché pour lui, la chance), qui se trouve à quelques mètres de là, sous la forme d'une croix archiépiscopale à 5 branches (genre croix de Lorraine). Mode d'emploi pour avoir de la chance: trouvez la croix sur le parapet entre le St Jean Baptiste et les St Norbert, St Venceslas et St Sigismond, posez un doigt à chaque extrémité des 5 branches, fermez les yeux en faisant gaffe à vos effets, faites un voeux tout en priant St Jean de Népomucène, puis attendez patiemment une centaine d'années que vienne votre tour, parce que des voeux à exaucer, il en a une liste longue comme la semaine un lundi. Pour la petite histoire de la plus ancienne statue du pont Charles (celle du St Jean), "Jan Brokoff" s'est inspiré d'un modèle en argile (qui se trouve à la galerie nationale de Prague) de l'Autrichien "Matthias Rauchmiller", sur la base duquel il sculpta une statuette en bois (aujourd'hui sur l'autel de l'église
"Svatého Jana Nepomuckého na skalce"), et enfin le fondeur nurembergeois "Wolff Hieronimus Heroldt" réalisa le splendide exemple en bronze que vous voyez aujourd'hui sur le pont, et qui inspira je ne sais combien d'artistes durant les siècles qui suivirent. A ce propos, je vous ai trouvé un site fantastique qui vous montre quelques dizaines de St Jean de Népomucène à travers le pays, ainsi qu'un remarquable travail d'étude sur la représentation des St patrons de la Bohême dans l'art populaire (dont une grande place réservée au St Jean). Moi-même je vous ai apporté ma contribution, avec une peinture du St Jean de Népomucène prise en Bavière, dans le charmant petit village de "Furth im Wald" (Bundesgrenzen, 3 Kilometer Stau) dans le cadre des festivités du Drachenstack... Drachenstück... Drachenstich, c'est ça, les Drachenstich. Donc la suite de la montée en puissance de la légende... En 1719, on a exhumé le corps du St Jean, et l'on a trouvé un bout de matière qui de toute évidence ne pouvait être autre chose que la langue du saint (enfin pas encore saint, mais bientôt), symbole de son silence de la confession de la reine.
En 1721, le pape Innocent XIII déclare Jean de Népomucène bienheureux (béatification) et en 1729, le pape Benoît XIII le déclare saint (canonisation), et la boucle est bouclée... enfin presque... car est arrivé sur le devant de la scène la vraie question que le monde entier se pose à propos de cette affaire: est-ce que le pauvre bougre a finalement été torturé à mort pour avoir désobéi à l'ordre royal (auquel cas il est fautif) ou pour ne pas avoir révélé le secret de la confession reinale (féminin de royal...) auquel cas il est un martyr? Je vous laisse trouver la solution avec les nombreuses lectures à ce sujet: "Felix Job Dobner" (Gelasius Dobner) Vindiciae sigillo confessionis divi Joannis Nepomuceni, protomartyris poenitentiae assertae, Praga et Viennae 1784, "Josef Dobrovský" Litterarisches Magazin, III. Stück, 1787, "Otto Abel" Die Legende vom hl. Johann von Nepomuk, Berlin 1855, "Dr. Müllendorf" L'infaillibilité pontificale et la canonisation de St Jean Nep., La controverse 1883", "Dr. Jan Herben" J. Nep. Spor dějin českých s církví římskou, Praha 1893. Et pour finir, une étude anthropologique menée en 1973 a prouvé que les restes de St Jean de Népomucène
(celui qui est dans la tombe en argent dans la cathédrale) sont bien les restes de St Jean de Népomucène (conclusion remarquable), par contre le bout de langue trouvé en 1719 n'est pas un bout de langue, mais un bout de matière cérébrale (mais appartenant bien à St Jean de Népomucène). Et pour vraiment finir, "Jan Nepomucký" est un des saints patrons de la Bohême (de la Bavière aussi semblerait-il?), le patron de la confession (qu'il n'aurait pas trahie) et des catastrophes naturelles (genre inondation) de par sa noyade (dis-donc les jésuites, c'est tiré par les cheveux non?). Pour cette raison, vous trouverez principalement ses statues sur des ponts, près des eaux (étangs, lacs, rivières...), mais pas que. Par extension, ce bougre là est également le patron des confesseurs, des prêtres, des meuniers (s'ils ont un moulin près de l'eau, sinon faut consulter un autre spécialiste), des plongeurs (en apnée ou avec bouteilles), des ingénieurs en ponts (mais pas chaussées),
des rameurs, des loueurs de barques et de pédalos, des maîtres nageurs, des cormorans et des mouettes d'eau douce, et pour les quelques 3 ans à venir, il sera également le St patron des réparateurs du pont Charles.

Retour à l'histoire

Bon, après les affaires de la tentative d'évêché et du massacre de St Jean de Népomucène, l'abbaye tomba un peu... en manque d'intérêt pour le roi. Rajoutez à cela un peu de Jan Hus, un peu de désobéissance populaire envers l'église de Rome (non paiement des taxes, refus des travaux de servage...), et vous comprendrez que la vie se compliqua pour nos moines, genre moins de beurre dans les pinards, et nécessité de bradez certains objets liturgiques (de valeur) afin de maintenir un cash flow correct. Mais le pire était à venir. Les premières incursions hussites arrivèrent dans la région de "Plzeň" en 1419, et la dévastation des biens commença dans les alentours de l'abbaye (la forteresse de "Komberk" tomba en 1420). Or malgré que les moines avaient signé des traités d'assistance et de soutien militaire avec les sieurs des environs (souvent en échange de domaines), rien n'arrêtait les troupes de "Jan Žižka" qui s'en marchaient au devant de "Bohuslav ze Švamberka",
sur leur passage brûlant et dévastant églises comme couvents (le splendide "Chotěšov" par exemple). Du coup, fort de l'expérience des accords de Munich, les moines plièrent rapidement leurs valises et montèrent dans le premier train pour Ratisbonne ("Regensburg" en Allemand), hôtel... abbaye St Emmeram. J'en profite pour faire une rapide parenthèse sur "Regensburg", qui est une petite ville absolument splendide. Autant le plus ancien pont en pierre d'Europe ("Steinerne Brücke") n'est pas... enfin... bôf... genre ouais, mais la buvette Spitalbiergartenuntergroßenundhohenkastanien juste en dessous est vachement mieux... et surtout les bus circulent dessus le pont (sans dec les Allemands, vous m'en faites une bande de chimiques sur ce coup, avec vos centres-villes piétons d'un côté et des bus au diesel sur le "Brücke" de l'autre)... donc autant tout ça, que l'abbaye de St Emmeram est d'une suprême magnificence. Vous devez indispensablement vous y rendre, d'autant plus que Regensburg n'est qu'à 250 km de Prague, ou 100 km de "Domažlice" (frontière tchèque). Vraiment, c'est incontournable. Fin de parenthèse. En 1421, les hussites prirent donc l'abbaye (plutôt facilement) mais ne la brûlèrent pas, car fortifiée par des remparts, "Jan Žižka" décida de la conserver comme éventuel point de retraite en cas de coup dur face à cette bourrique de "Bohuslav ze Švamberka".
Il y laissa une partie de son armée, et continua son avancée vers le nord. Là-dessus, le futur roi de Bohême "Zikmund" (seulement roi de Hongrie à l'époque) s'en alla au devant des hussites, assiégea l'abbaye fortifiée et passa à l'assaut en mars 1421 occasionnant quelques déprédations aux édifices. Sauf que lorsque "Jan Žižka" l'apprit, hop demi-tour, et il courut porter secours aux assiégés de "Kladruby". Ben du coup, "Zikmund" battit en retraite avant même que l'armée hussite n'arrive. Ensuite ce sont les armées des croisades qui débarquèrent de vers "Kladruby" par "Tachov" en 1427. Mais les armées hussites, sous la direction de "Prokop Holý", les mirent également en déroute, juste sous les fenêtres de l'abbaye. Puis en 1431... puis en... bref, le pays souffrit pendant plusieurs années des brutalités des armées autant catholiques que hussites, et ce n'est qu'en 1435 que les moines s'en revinrent en l'abbaye, mal en point mais toujours debout. Par contre ils trouvèrent les environs totalement dévastés, des édifices religieux rasés à terre, des villages disparus (certains ne seront jamais reconstruits comme "Senetice", "Cvrčkov mezi Výrovem"... ce qui n'est vraiment grave car imprononçable pour un francophone), des bandes malfaisantes pratiquaient le grand banditisme dans les forêts, les villageois étaient dépouillés et affamés... (Lecture: Wilhelm Weschta, Kladrau - Geschichte des Klosters und der Stadt, Dinkelsbühl 1966).

Après les guerres hussites, l'abbaye avait perdu une grande partie de ses biens, et nombreux domaines furent confisqués aux profits de la noblesse des uns comme des autres (catholiques comme hussites). Ainsi sous le roi "Jiří z Poděbrad", les sieurs de "Rýzmberka" récupèrent le domaine de "Přeštice" (vous savez, le fameux domaine confisqué par "Václav I", refourgué à sa frangine Agnès, puis revendu chèrement à l'abbé "Reiner" de "Kladruby"), "Nedražice" et "Honezovice" passent chez les "z Metelska", "Lšelína" et "Kočov" sont vendus aux "Lobkovic na Horšovském Týně", l'archevêque (non reconnu parce que hussite) "Jan z Rokycan" reçoit jouissance de l'étang de "Vrhaveč", etc... etc... Bref, les moines eurent à batailler comme des furieux avec le manque de pognon jusqu'à la fin du XV ème siècle, et ce n'est qu'au début du siècle suivant que les choses commencèrent à s'améliorer: découverte et exploitation de mines d'argent (et de fer), création et exploitation d'étangs de pêche, prospération lente mais certaine des villages alentour... Tiens, et pour l'anecdote, le fameux domaine de "Přeštice" (confisqué par "Václav I"... Agnès... "Reiner") sera restitué à l'abbaye de "Kladruby" en 1511 par le roi W ("Vladislav II. Jagellonský"). En 1561 arriva sur le trône de l'abbaye un certain "Josef Wron z Dorndorfu a Biskupova"
(ou "Iosephus I Vronius") d'origine polonaise mais de nationalité allemande. Personnage controversé, l'abbé, s'il en est. Son élève de latin, l'écrivain, poète et chroniqueur "Mikuláš Dačický z Heslova" écrivit à son propos qu'il (l'abbé) vivait en compagnie de sa femme Anne avec laquelle il eut même des enfants, mais qu'il était un excellent gestionnaire et juriste. Ah pour sûr, ça excuse un comportement pour le moins déplacé de la part d'un prélat. Maintenant rappelons-nous les célèbres paroles de chais plus qui: "les princes d'église, sont comme les poires, ils pourrissent par la queue". Et à propos des compétences juridiques du Joseph, il semblerait que l'abbé passait son temps à intenter des procès aux autres (lorsqu'il ne forniquait pas à couilles rabattues), les archives de "Benešovice" sont pleines de procès-verbaux. Sinon l'on lui doit notamment la création de l'hôpital pour déshérités, mais également la plus grosse honte de l'abbaye puisqu'en conséquence de ses moeurs légères, il dut être démis de ses fonction en 1583 (le premier et le dernier à être démis, c'te honte). "Ondřej Stein", l'abbé suivant était quant à lui nettement plus respectueux des règles monacales, et prit en main bon nombre de réformes pour le bien de ses administrés. Il rectifia les redevances dont devaient s'acquitter les assujettis, il leur obtint droit de pêche et de chasse sur certains domaines,
permission fut donnée d'organiser marchés hebdomadaires et foires occasionnelles, de brasser bonne bière d'orge, et il leur restreignit même certaines corvées de moisson et autres labeurs. Cerise sur le bâteau, le tout fut confirmé en 1584 par un édit frappé du sceau royal du comique Rudolf II. Signalons encore qu'en 1590 éclata comme toujours un effroyable incendie qui ravagea tous les édifices de l'abbaye, et que les moines se retrouvèrent sous tentes pendant une période relativement longue.

Ainsi. les villages assujettis à "Kladruby" jouissaient en ce début de XVII ème siècle de privilèges que nombreuses villes royales leur auraient enviés. Mais arriva un évènement inattendu. En 1618 décéda la plus fortunée des habitantes de "Kladruby", et elle légua sur son lit de mort une petite fortune à la commune, comme à l'abbaye. Et oui, mais le conseil municipal protestant avait décidé d'un usage différent de la somme destinée aux moines. Il la prêta au directoire d'à Prague qui en avait grandement besoin afin d'armer ses troupes protestantes face à la menace impériale (les Habsbourg) enflammée par la défenestration praguoise de cette même année. Et le directoire remercia généreusement le conseil municipal en lui attribuant nombreux domaines alentours supposés être propriété de l'abbaye. Ca allait mal pour les moines, plus de terrains pour cultiver, plus de moulins pour moudre, plus d'esclaves pour travailler, plus d'impôt à extorquer, la dèche totale, genre ça ressemblait à comme si l'abbé allait devoir remonter ses manches et suer sa propre huile de coude. Mais les événements sont vicieusement retors.
L'autre ordure catholique de Ferdinand II gagna sa bataille de la montagne blanche, coupa quelques têtes place de la vieille ville afin de réaffirmer son autorité faiblissante, puis déclara "et n'essayer plus de me croquer tas de pedzouilles hussites, chuis un trop gros morceau pour vous." L'abbaye de "Kladruby" récupéra alors tous ses domaines diversement spoliés, et l'abbé "Jakub Kryštof Rybnický" put enfin redescendre ses manches et économiser la sueur de son front. Enfin pas tout à fait encore, car le prélat s'en alla avant régler son compte avec le conseil municipal et ses administrés, un gourdin dans la main. En 1628, l'abbé publia un édit dans lequel était commandée la totale restitution des biens mobiliers et immobiliers "empruntés" à l'abbaye, abrogation des privilèges, soumission absolue à l'autorité cléricale, payement de l'impôt, taxe et péage, remboursement annuel avec intérêt de la somme léguée par la vieille à l'abbaye et indûment prêtée aux praguois, et pour finir, jurer de ne jamais remettre en cause le servage ni de s'opposer à l'abbé en aucune manière. La reprise en main par l'abbaye avait été sans pitié pour le peuple qui avait déjà eu à souffrir de la guerre (de 30 ans): rapines de la soldatesque de tout bord, campement des armées sur les terres et dans les forêts, jusqu'aux Suédois en 1639 qui, sous les ordres du général "Johan Banér", pillèrent à sac les environs et rançonnèrent la population plus que les 2 parties opposées réunies (enfin comme d'habitude, genre). La guerre prit fin en 1648 laissant "Kladruby" (abbaye comme village) dans un état épouvantable.
Dans les registres de naissances des années suivantes, l'on ne comptait que 16 naissances annuelles en moyenne, alors que le village se composait de quelques 1300 habitants avant la guerre. Le commerce, l'agriculture et l'élevage étaient exsangues et les maisons abandonnées étaient récupérées à bas prix par les immigrants allemands que le nouveau pouvoir catholique importait massivement en Bohême afin de favoriser la prise de la greffe religieuse.

En 1657, il y eu un incendie dans le village, bon, classique. En 1696 les germains avaient convenablement envahi les terres et l'administration comme spécifié dans une archive "Od toho času počata Niemčina v aučtech Kladrubských“ (abhinc est introduit l'Allemand dans les comptes Kladrubéens). Et ces retors de paysans avaient encore essayé de se révolter contre l'abbaye, ce qui somme toute n'avait rien d'exceptionnel dans le contexte de cette fin du XVII ème siècle, c.f. la révolte des "Chod" menée par "Jan Sladký" dit "Kozina", la répression "na Ovčím vrchu u Bezdružic"... Bon, mais l'abbaye se remettait de tout ce chambard quand même vachement mieux que les autres. En 1711, l'état de délabrement avancé d'une des plus grandes églises de Bohême, celle dont on se parle, dans l'abbaye, conduisit l'abbé "Maurus Finzgut" à soumettre un appel d'offre pour sa réfection (ah oui, et elle s'appelle "Nanebevzetí Panny Marie" l'église, Ste Marie de l'assomption).
Deux éminents architectes de l'époque (baroque) y répondirent: "Kryštof Dientzenhofer" et "Jan Blažej Santini-Aichel". L'abbé eut une nette préférence pour le dernier, et en 1712 commencèrent les travaux sous la direction de Jean-Blaise Santini. Et c'est là par exemple qu'il était bon d'avoir de l'assujetti sous la main. Nombreux bougres kladrubéens travaillaient ainsi dans la carrière de pierres, dans le transport des parpaings jusqu'au bon endroit en chariot à boeufs, puis à la taille des blocs pour en faire une église (je vous en parlerai en détail plus loin, parce que cet édifice est tout simplement fabuleux). Mais les choses avançaient doucement, parce qu'il n'y avait pas trop d'argent liquide, et qu'il fallait aussi payer les fabuleux frères Asam (la prélature de "Břevnov" ou St Nicolas vieille-ville) ou le non moins fabuleux "Matyáš Bernard Braun". Santini s'éteignit en 1723 à l'âge de 47 ans, laissant l'église partiellement inachevée. Les successeurs du talentueux génie (sans doute "Kilián Ignác Dientzenhofer", fils du malchanceux "Kryštof") termineront le splendide édifice en 1726. Mais l'abbé "Finzgut" voyait grand, très grand, et après l'église, il se mit en tête de retaper le collège (lieu de résidence des moines, pas l'école) et confia cette tâche à "Kilián Ignác".
L'abbé décéda en 1729, et le collège ne fut que partiellement terminé en 1739 (il est dans un de ces états aujourd'hui, quelle honte). A cause de la guerre de succession (c.f. Marie-Thérèse d'Autriche) et du manque de finances, les travaux furent arrêtés un peu partout dans le pays et sur tous les édifices. Ce n'est que vers 1765, et parce qu'ils étaient déjà sur la splendide église de "Přeštice" (forcément, suggérée par le monumental "Kilián Ignác Dientzenhofer" mais décédé entre-temps), que les architectes "Anselmo Lurago" et "Antonín Haffenecker" terminèrent également le fameux collège (et du coup ils ne terminèrent pas la splendide église de "Přeštice", les tours frontales ne furent achevées qu'en 1995, et la coupole jamais). Le complexe de "Kladruby" fut enfin considéré terminé en 1775 (il restait cependant encore les peintures à peindre), Joseph II arriva sur le trône en 1780, et le 5 novembre 1785 une délégation préfectorale sonna à la porte de l'abbaye pour informer le dernier abbé "Amandus Streer" que par ordre de Seppy II, l'on désacralisait le complexe. Inventaire du fourbi, pose de scellés, et quelques jours plus tard de lourds et nombreux chariots bâchés emportaient une précieuse cargaison l'on ne sait où. Ce qui est sûr, c'est que selon l'inventaire qui fut fait par les commissaires, les moines vivaient grassement. Exemple d'objets saisis (confisqués?) dans les cellules: fourrures, textiles précieux (soie, velours...), faïence (ensemble athée... à thé et café), cristal/verre (à bière), tabatières richement décorées ou en métal précieux.
Dans les communs: banquettes, poufs, causeuses, sofas (so good), confidents, tapis, tentures, billards (si si), instruments de musique, tableaux (pas être bleau, oh ooo oh ooo...), livres, statues, horloges, pendules, coucous. Dans les anecdotiques: compas, sextants, instruments de mesures divers, outils de serrurier, instruments pour la reliure (de livres), peintures à l'huile et chevalets, une "camera obscura", des bonzaïs miniatures, des globes terrestres, une collection de papillons, une autre de minéraux, tous les playboys d'entre 1623 et 1627, un porte-jarretelle parfumé au Channel 5, 35 chevaux véritables... Objets du culte: ostensoirs (et matin), calices (a de beaux yeux), croix d'autour du cou (couroucou Paloma), crosses, vases sacrés, vases à saintes huiles (oleum sanctum, sanctum chrisma, oleum infirmorum), vases à Riau (pour monter là-haut), patènes, ciboires, goupillons... pour 5,5 kg d'or et 225 kg d'argent. Les objets en métal précieux mais sans valeur artistique furent fondus, les autels, retables et crucifix distribués dans les religieuseries toujours en fonction, et le mobilier comme les livres furent vendus aux enchères. Et les moines me direz-vous? Ben les moines furent redistribués dans les établissements non désacralisés. Certains quittèrent le pays, d'autres pas, et ceux qui restèrent furent sécularisés.

L'abbaye sans moines

Bon, et se posait donc la question du "qu'est-ce qu'on en fait"? En 1797, le gouverneur général trouva la réponse: dans le collège et les bâtiments imposants l'on improvisa un hôpital militaire, et dans l'église un entrepôt de poudre à canon. Pendant quelques temps, l'on y entreposa même quelques moines trappistes jetés hors de France par la révolution, mais une fois reposés, repus et réchauffés, ils poursuivirent leur chemin vers la Russie. Pis lorsqu'en 1800, Napoléon (ou ses acolytes) nous massacrait les soldats autrichiens (batailles de Marengo, Hohenlinden...) à la pelle, l'on transforma un bâtiment de l'abbaye en lazaret. Au plus fort de sa production, il comptait 800 soldats rapatriés des campagnes de France... ou plutôt contre la France, mis en quarantaine pour avoir été en contact avec le Français et donc potentiellement contaminés d'une redoutable maladie contagieuse :-) D'ailleurs on ne sait pas si c'est au contact des Français ou par la grâce d'une autre circonstance, mais en 1803 il y eut une effroyable épidémie de typhus qui couta la vie au curé du village de "Kladruby" venu confesser les mourants. Une fois le Napoléon dévissé et remplacé, l'hôpital en l'abbaye n'avait plus autant de besogne, et en 1818 l'on transforma sa fonction en hôtel des invalides pour les vétérans des armées impériales (autrichiennes).
Bon, mais comme en terme de rentabilité financière c'était le zéro pointé, l'on se résolu en 1820 à vendre le domaine, les terres et les dépendances attenantes. Hop, vente aux enchères, et en 1825 "Alfréd Windischgrätz" achèta pour en devenir propriétaire (et ne me demandez pas pourquoi la vente aux enchères a duré 5 ans).

Cette fripouille de prince "Alfréd Candidus Ferdinand Windischgrätz" (parfois "Windisch-Graetz") se porta donc acquéreur du fantastique domaine pour la somme 60.000 florins d'or alors que la valeur en était de 275.000. L'histoire raconte que l'empereur en personne (lequel?) lui aurait fait grâce de la différence en remerciement de son engouement à réprimer le printemps des peuples dans son empire, ce qui semble pour le moins anachronique puisqu'il acheta le domaine en 1825, et le printemps des peuples eut lieu en 1848!? Enfin bref... L'Alfred, vous le verrez peint en grand à "Kladruby", car il était petit, et généralement il est représenté sur un splendide canasson afin qu'on ne puisse pas remarquer son handicap. Cet animal hypra-conservateur d'Alfred avait fait toute sa carrière dans l'armée. Jeune galonnard, il s'était frotté à Napoléon, mais fut fait prisonnier à la bataille d'Ulm (en octobre 1805), et dans ce contexte il aurait même rencontré l'empereur en personne (selon la légende). Il fut libéré quelques temps plus tard et retourna en Autriche pour continuer son métier de fifrelin. Il aurait même pris part à la bataille d'Austerlitz
(décembre 1805), pour vous dire à quelle vitesse il a été libéré par les Français (t'as payé combien, vendu?). Plus tard, il fut nommé général en chef des armées de Bohême, puis Feldmarschall. Il se distingua donc principalement en juin 1848 à Prague, en octobre à Vienne, et en 1849 à Pest (en face de Buda) sans pour autant réussir à mâter la révolte des Hongrois (que c'est facile, mais non). Il sera mis en retraite en avril 1849 (semblerait-il pour ses échecs militaires, et pour un différent avec son beau-frère Félix Schwarzenberg alors ministre des affaires étrangères autrichiennes et chef du gouvernement tchèque) et les autorités de l'époque prirent bien soin de remiser ce bougre au placard des oubliettes profondes afin qu'il ne vienne pas gangréner la politique (ou l'armée). Il vivra donc peinard en administrant ses terres ("Tachov", "Kladruby" et autres) jusqu'à sa mort en 1862. Tiens, anecdote, la femme du Feldmarschall Alfred (Eléonore Windischgrätz, née Schwarzenberg, soeur de Félix) décéda d'une balle à Prague en 1848 lors des révoltes printanières, et aujourd'hui l'on ne sait toujours pas s'il s'agissait d'un acte volontaire ou malencontreux, ni si le projectile venait des insurgés ou de l'armée, les versions sont nombreuses, mais aucune n'est avérée.

Après le premier Alfred, il y eut son fils, l'Alfred II, "Alfréd Josef Mikuláš Windischgrätz". "Kladruby" deviendront sa résidence principale,
et il fera mettre les armoiries de la famille sur l'entrée du couvent (c.f. ma photo). Alfred II était un brave type, il fit construire (entre 1863 et 1864) une brasserie dans le collège du "Kilián Ignác Dientzenhofer", brasserie qui devint pour un temps un sérieux concurrent de la fameuse brasserie "Prazdroj" (Pilsner Urquell). Mais une fois qu'on a dit qu'Alfred II était un brave type pour l'idée de la brasserie, on ne peut pas s'empêcher de penser que c'était un sale con dans la réalisation du projet. En fait, à défaut de cave, il fit empiler des tonnes de terres contre les murs du collège jusqu'au premier étage, et hop le tour était joué, une cave toute prête sans creuser. Bon, c'était bien au début, mais sans dec, une brasserie sans vraie cave... c'est comme une gonzesse sans nichon. "Ben on va t'y n'en fout' du synthétique, et du gros bonnet" déclara l'Alfred, et hop, en 1867 l'on fit construire une glacière (à gros bonnets :-) Et pour écouler son breuvage, le bougre acheta un hôtel restaurant à "Stříbro" où l'on tirait exclusivement sa bière. Apparemment de qualité, l'on commença même son exportation à Prague, puis à Vienne. Et comme tout allait bien, il fallut penser à s'agrandir. L'on déracina quelques arbres, bousilla quelques jardins, et en 1873 commença la construction d'une malterie supplémentaire. En 1875 il y eut le feu. Parmi les victimes l'on pouvait compter les toits de la brasserie, la glacière, et d'autres tonneaux de bois qui attisaient ainsi le feu. Une fois remis du choc, Alfred II pensa bien à la reconstruction, mais il mourut bêtement en 1876
(à 57 ans), et vous n'allez pas le croire, d'une colique des boyaux alors qu'il s'en revenait bredouille d'une chasse au coq de bruyère. Mourir d'une colique en s'en revenant bredouille d'une chasse au coq de bruyère, c'est dingue ça comme mort non? Ah oui, et attention, à "Kladruby" il y avait 2 brasseries, la brasserie "civile" ("Měšťanský pivovar", ou "Bürgerliche Brauerei", entre 1389 et 1946) et la brasserie "châtelaine" ("Zámecký pivovar", entre 1864 et 1935). Je vous ai parlé de la seconde, de la brasserie "châtelaine".

Et comme jamais d'oeufs sans toi, il y eut un 3 ème Alfred, fils du second Alfred, "Alfréd August Karel Windischgrätz", mais celui-là je vais vous en faire l'impasse parce qu'il était nettement plus actif en politique à Vienne qu'en n'importe quoi d'autre à "Kladruby", et Vienne n'est pas le sujet. Si, encore une anecdote sur la famille "Windischgrätz" dont beaucoup tiennent pour responsable de l'état dévasté du domaine (aujourd'hui). En 1874, l'Alfred II décida de transférer la tombe familiale de "Tachov" à "Kladruby", juste sous la sacristie de la fameuse église où résidaient déjà depuis le début du XVIII ème siècle les moines et les abbés de l'abbaye dans un état de semi-momification. Bon, ben on déménagea la centaine de boîtes dans un coin inutilisé, où que les macchabs n'iraient pas encombrer son monde avec leurs vieux os. Mais les travaux de remise en état du caveau n'avançaient pas aussi vite que prévu, aussi ce n'est qu'en 1886,
sous l'Alfred III qu'on aménagea le frigo à viande avec les nouveaux locataires.

En 1916, alors que l'empire austro-hongrois s'en bataillait avec le reste de l'Europe, l'on réquisitionna les 3 cloches de l'abbaye d'un poids de 17, 49 et 78 Kg pour en faire du canon. Ce n'est que plusieurs années après la guerre, que les fidèles firent une quête et installèrent une nouvelle petite cloche en l'abbaye, en remplacement des 3 originelles fondues au front. Cette dernière sonne encore lors des offices. En 1927, l'Alfred III décède sans descendance (enfin si, il en avait une, mais elle se suicida en 1913 à Rome pour des histoires de dettes), et c'est un lointain parent de Hongrie qui hérite du domaine: "Ludvík Aladár Windischgrätz". Non intéressé par l'abbaye (au début tout au moins), il n'y vécut pas (au début tout au moins, parce que selon d'autres sources si, il y vécut), et l'intendance des terres se faisait par l'intermédiaire de son régisseur à Prague. Il ne réussit même pas à vendre l'affaire, car trop chère, trop à réparer et trop à entretenir. Le délabrement gagnait. En 1936 le Ludwig aménagea une pièce en bibliothèque et y fit emmener tous les livres et archives de la famille. Bon, pis il y eut 39-45, les décrets du président "Beneš", l'étatisation, 1948, 1968, 1989... et aussi curieux que cela puisse paraître pour un site d'une telle importance, l'abbaye de "Kladruby" ne fut déclarée patrimoine culturel national qu'en 1995.

Visite guidée

Les bénédictins

Alors le premier truc que vous allez voir, c'est une expo sur les moines bénédictins (O.S.B. = Ordo Sancti Benedicti) qui vivaient en l'abbaye. Bon, ouais, si on s'intéresse à la bénédictine... correctement nichue... faut voir... bref, alors rapidement. En 973 est crée le premier couvent de bénédictines derrière la basilique St Georges, au château de Prague ("klášter svatého Jiří"). Quelques 20 ans plus tard est né le premier couvent de bénédictins à "Břevnov". A partir du XII ème siècle, les bénédictins sont doucettement remplacés par les cisterciens (Ordo Cisterciensis) et les prémontrés (Ordo Praemonstratensis), parce que moins chers à l'entretien. Puis guerres hussites, réformes à Joseph II, interdictions con-munistes, hop, y a plus. Aujourd'hui il n'existe plus qu'un seul couvent bénédictin en service (il me semble): "Břevnov".

Jan z (ne)Pomuku

Je ne vais pas vous reparler du gaillard, rassurez-vous, mais de l'exposition. D'abord vous le trouverez sous toutes les coutures, en statues, en peintures, en assiettes de porcelaine, en meubles, en horloges, en étiquettes de calendos... mais non, je déconne... (pour le calendos). Anecdote. Vous remarquerez que les statues (mais pas que de St Jean de Népomucène) sont parfois privées d'une main (parfois des 2). C'est parce qu'en l'époque, le peuple idiot croyait qu'avoir une relique de saint dans sa demeure portait bonheur, alors tranquillement ces imbéciles primitifs arrachaient les mains des statues (en bois, en pierre, en tout) et donc c'est pour ça. Sinon remarquez oh combien le modèle de "Jan Brokoff" a influencé les autres artistes, le moine en habit monacal, barrette sur la tête, 5 étoiles autour (de la tête) berçant dans ses bras une croix, ou tenant dans une main un rameau de palme (selon certains, le rameau de palme symbolise le martyr, selon d'autres la victoire, quelques encore l'attribuent à la paix, d'aucun à la résurrection...). Ensuite les trucs sympas, ce sont les photos des statues du St Jean, de partout qu'il s'y trouve. Vous aussi vous pouvez participer à la collection, donc si vous connaissez quelque part un St Jean de Népomucène, chez vous, dans votre village, ailleurs, prenez une photo, et envoyez tout ça à "La petite qui fait visiter, Klášter Kladruby, 349 61 Kladruby u Stříbra".

La piaule de l'abbé

Et donc s'il est un truc qu'on peut dire sans se tromper de vachement, c'est que l'abbé vivait dans le velours doré. Autant le moine commun vivait dans une cellule sombre, humide, froide et pleine de vermine, que l'abbé, lui, il était peinard. Déjà en montant à l'étage, vous verrez de riches statuettes de St Jean de Népomucène (ben tiens, et ouais, encore), de St Antoine, de St Dominique et de St André (le patron des coiffeurs pour chien). Dans l'antichambre se trouvent encore de nombreux tableaux d'apôtres (évangélistes), Matthieu, Marc, Luc et Jean, au-dessus de la porte un tableau des vacances de Jésus en Egypte... mais passons dans la chambre de réception. Les meubles sont de style baroque tandis que le set à bouffe (table, chaises) est rococo (l'abbé avait bon goût). Les tableaux représentent des prélats du XVIII ème siècle, et le dernier au fond, c'est l'archevêque de Prague "Ferdinand, comte de Khuenburg" (parfois "Küenburg") qui fit canoniser notre St Jean de Népomucène. La bibliothèque n'est pas accessible, mais par la porte vous pourrez y voir des livres (ben tiens) et des portraits de prélats (eh ouais, encore). Dans la salle-à-manger se trouve un splendide portrait de St Benoît de Nursie en vélo à la découverte du Luberon, fondateur de l'ordre des bénédictins dont la formule est "Ora et labora" (pédale et tais-toi). Notez la splendide faïence bleue de Strasbourg, unique, commandée spécialement pour l'abbaye de Cladraux (de l'Allemand "Kladrau", pour "Kladruby"). Ensuite il y a le petit salon rond, dans le coin, qui permettait à l'abbé d'avoir une vue à 270° sur l'abbaye, et repérer ainsi les moines qui faisaient les cons dans la cour à la récré. Pareil c'est décoré de tableaux bondieusardiques.
Dans la chambre à coucher, les plus remarquables sont les petites peintures à gauche de la porte. Elles datent du XVI ème siècle et sont peintes sur... du métal, ce qui est exceptionnellement rare pour cette époque. Vous y verrez l'arrestation de Jésus sur le mont des oliviers, Jésus devant Pilate, Jésus devant le conseil supérieur, la crucifixion et l'ascension, bref, tous les détails de l'infraction.

Le grand réfectoire d'hiver

Il a été entièrement retapé en 1977, car il servait d'entrepôt à foin pour l'élevage du bétail que les camarades paysans avaient installé dans l'abbaye à la demande des camarades ingénieurs agricoles (c'est stupéfiant). Aussi le mobilier n'est pas d'origine, mais importé là de divers endroits qui ont eu la chance de ne pas contribuer au dépassement des objectifs du plan quinquennal de développement agricole stratégiquement bâtit par le camarade secrétaire général du comité central pour l'aménagement agraire et la construction de la paix socialiste pour la prospérité selon Lénine dans le monde prolétaire. Donc sur la table, de la vaisselle en étain, et sur les murs, du tableau à l'huile (d'olive). Une croûte intéressante, est celle du fond, la dernière bouffe en trois actes. Sur la gauche, Jésus à table piochant dans les cacahuètes de l'apéro avant le repas, au milieu une espèce de banquet et à droite, encore Jésus et le lavement des pieds aux apôtres (décidément il est partout à la fois).
A gauche de la porte se trouve l'archevêque cardinal "Bedřich Schwarzenberg", frère de la pauvre Eléonore "Windischgrätz" décédée lors des évènements de 1848 (d'une balle dont on ne sait d'où, ni tirée par qui). Ah vouis, et réfectoire d'hiver vient du fait que c'était la seule pièce chauffée (radins en plus les moines, avec tout le pognon qu'ils avaient).

La bibliothèque des Windischgrätz

Comme dit précédemment, c'est "Ludvík Aladár" qui récupéra toutes les archives et tous les bouquins des divers domaines pour les concentrer ici. Il s'y trouve quelques 30.000 livres, plans, catalogues, etc... dont par exemple le plan de la fameuse brasserie. Sinon vous y verrez le fabuleux portrait d'Alfred 1er ("Alfréd Candidus Ferdinand Windischgrätz") sur sa blanche bourrique, peint par le talentueux "Friedrich von Amerling" (il peignit le fameux portrait de Ferdinand I., Kaiser von Österreich). Et comme le bougre était orgueilleux proportionninversement à sa taille, vous le verrez encore sculpté dans du marbre blanc par un autre talent tchèque cette fois, "Emanuel Max" (c.f. les statues du pont Charles).
Bon, y en aussi plein d'autres des membres de la famille, mais je ne vais pas entrer dans les détails car c'est pas spécialement intéressant, les "Windischprout".

Les statues de Matyáš Bernard Braun

Dans le lapidarium (dans un couloir de l'abbaye) se trouve toute une collection de fantastiques originaux sortis de l'usine "Matyáš Bernard Braun" entre 1730 et 1733. Ces sculptures étaient, jusqu'en vers 1960, dans le jardin du palais de "Valeč" ("okres Karlovy Vary") et ont été déplacées à "Kladruby" afin de les protéger des intempéries (et des imbéciles). Une complète collection se rapportant à la mythologie, vivante, gaie, enfin moi j'adore. Je reviendrai sur le Matthieu dans des publies à viendre, parce que ces derniers temps, on en a prospecté dodu des castels/couvents baroques, et du "Matyáš Bernard Braun" dans ces édifices, il s'en trouve comme du monseigneur au Vatican.

L'église Ste Marie de l'assomption

Pis je vous ai gardé le gros morceau pour la fin, la splendidéblouissantextraordinaire église de l'abbaye. C'est la 3 ème plus grande église (basilique, cathédrale, enfin maison du seigneur) de Tchéquie après la cathédrale St Guy de Prague et l'église de "Sedlec"
(près de "Kutná Hora") qui, pour l'anecdote, se nomme également Ste Marie de l'assomption et fut également reconstruite dans ce style unique dit gothique baroque (ou barogothique) par l'également "Jan Blažej Santini-Aichel" (ou "Aichl"). Parenthèse, savez-vous quelle est la différence entre l'ascension et l'assomption? L'ascension, c'est Jésus qui monte au ciel, 40 jours après la Pâques. L'assomption, c'est Marie qui monte au ciel, après son décès sur terre. Or comme cet évènement n'est pas spécifié (même pas effleuré) dans la bible (ni dans les archives de CNN), les protestants (et les hussites) n'adhèrent pas à ce point de vue purement romano-catholico-hypothétique. Et pourquoi croyez-vous qu'après la bataille de la montagne blanche l'habsourgeoisie commença à imposer du "Ste Marie de l'assomption" en Bohême et baptiser chaque troisième église ainsi? Vouis Madame, vouis Monsieur, pour faire ch... son monde. Allez, quelques mots sur Santini, ce pauvre gars maudit des glandes depuis sa jeune enfance. Il est né à Prague le 3 mars 1677 à la Ste Blaise dans une famille de tailleurs de pierre du nom de "Aichel". Premier pas-de-bol, il est atteint d'une infirmité de la colonne vertébrale tordue, d'une jambe plus courte et d'une paralysie locale mais permanente d'une partie de son corps. Evidemment, tailleur de pierre dans ces conditions, c'est comme trapéziste manchot, faut penser à recycler sa carrière (de pierre) professionnelle. Il étudia donc la peinture chez "Kristián Schröder" (semble-t-il) auquel l'histoire est incapable d'attribuer une seule oeuvre, sinon d'avoir également été le maître d'un autre génie:
"Petr Brandl". Santini aurait en ces temps également travaillé, collaboré, enfin été en contact avec le fabuleux Jean-Baptiste Mathey qui décéda en 1696. C'est en cette époque (à cause du décès de Jean-Baptiste?) que Jean-Blaise s'en va boitillant acquérir de l'expérience sur les chemins de l'Europe, Autriche, Italie, jusqu'à Rome. Et là, il en tombe sur le dargeot des oeuvres splendides des Gian Lorenzo Bernini, Francesco Borromini, ou des Guarino Guarini (déjà décédés en ce temps) au point qu'il va reprendre son nom italien d'origine pour devenir "Santini-Aichel". De retour en Bohême, Jean-Blaise abandonne la peinture, et devient architecte en s'installant dans la rue "Nerudova", vous savez, celle qui grimpe grave au château depuis la place de "Malá Strana". Vers 1700 il possède déjà sa propre entreprise de construction, et mieux, il récupére une grande partie des artisans de Jean-Baptiste Mathey, comme ses chantiers non terminés. Bon, jusque-là me direz-vous, tout va bien en dehors de son infirmité. Attendez-voir. En 1705, Jean-Blaise achète la maison dite "Valkounský dům, Nerudova čp. 211" au juge et préfet de la région de "Slaný", le bougre "Václav Jan Vojtěch Valkoun z Adlaru" qui l'avait faite retaper un an auparavant par le grand "Kryštof Dientzenhofer" mais dont il devait se séparer pour cause d'endettement. Notre gaillard s'installe tranquille et en 1707 son maître de peinture "Kristián Schröder" décède. Aussitôt Jean-Blaise en profite immédiatement pour épouser sa fille Véronique-Elisabeth à qui il fait un enfant dans l'empressement de la même année (1707). Et comme il faut battre le fer tant que l'appétit vient en mangeant, hop, l'année suivante il remet le couvert, un autre fils (1708).
Bon, mais comme Véronique-Elisabeth avait émis le souhait de prendre une douche et refroidir un peu, le troisième gniard n'arriva qu'en 1710. Et là, le gros pas-de-bol, les 3 garçons décèdent de la tuberculose. En 1713, Jean-Blaise devient le papa d'une petite, Anne-Véronique, mais le bonheur ne dure pas. En 1720 c'est sa femme Véronique-Elisabeth qui décède. Il en épouse une autre (de femme) et en 1721, hop, il lui fait une fille dans la foulée (enfin dans le ventre, mais immédiatement après le mariage). Pis après la douche et le refroidissement, 2 ans plus tard, naît encore un fils. Mais Santini n'a pas le temps d'en profiter car il décède dans cette même année 1723 à l'âge de 46 ans (7 décembre). Jean-Blaise Santini nous laisse une oeuvre monumentale, plus de 100 édifices portent son emprunte qui, il est vrai, n'est parfois que d'inspiration car l'architecte-peintre se devait souvent de déléguer la réalisation à des maîtres-d'oeuvres ("František Maxmilián Kaňka" par exemple). Mais cela n'enlève rien à son génie, à son art, à son style unique qui inspirera énormément ses successeurs, dont le plus grand de tous, "Kilián Ignác Dientzenhofer". Pour info, les architectes s'accordent sur le fait que le style barogothique à la Santini est unique au monde, et bien que vous le retrouverez sur d'autres de ses oeuvres ("Zelená Hora", "Sedlcký klášter"...), l'église de "Kladruby" comme dernier chantier est l'apothéose de ses créations.

Bon, alors justement, passons maintenant à cette église.
Au départ donc, il y avait la basilique romane (de 1233), dont Jean-Blaise conserva les fondations. Il fit péter les tours trop romanes, et les remplaça par une coupole centrale en plein milieu. Et afin de donner une symétrie parfaite à l'ensemble, il raccourcit la longueur de la nef ouest. La longueur est donc de 93 m, la hauteur d'en haut de la coupole de 40 m, mais le plus fantastique, c'est l'intérieur. Du premier coup d'oeil, on sent une harmonie, une cohérence dans la déco et le mobilier, une fluidité dans la symétrie du mouvement relié par une combinaison homogène de grâce naturelle et d'équilibre organisationnel soutenus par un rythme chaleureusement mesuré dans le choix judicieux des matières nobles et des couleurs appropriées (j'aurais pu faire de la politique non? Sans dec, si quelqu'un comprend ce que je viens d'écrire...). Tout ça pour dire que Jean-Blaise avait une vision du tout, pas que de l'architecture, pas que de l'emballage, mais aussi du dedans, de l'intérieur, car il a suggéré et fait réaliser les peintures, l'autel, l'ensemble des stalles et boiseries du choeur, l'orgue et l'inimaginable chaire, perfection ultime de la marqueterie (j'y reviendrai).

Le maître-autel comme l'église sont dédiés à la Vierge-Marie, aussi vous la retrouverez en plein milieu du bahut, mais surtout cet autel affiche quelques curiosités. Au-dessus de la Vierge, se trouvent la première curiosité, les 4 tétramorphes (l'ange, l'aigle, le taureau et le lion aillés) qui représentent les 4 évangélistes, respectivement St Matthieu, St Jean, St Luc et St Marc.
Généralement, ces 4 bestiaux aillés là accompagnent le Christ pantocrator, tenant une bible dans la main gauche et 2 doigts dans la main droite afin de bénir l'humanité lors du jugement dernier. Et donc pourquoi la Vierge-Marie dans ce contexte eschatologique?! Enfin bon, comme c'est une représentation (le Christ-juge) plutôt byzantine (église orthodoxe) on peut supposer que la mouvance romaine-catholique aurait fait preuve de fantaisie, d'originalité. Tout en haut, se trouve le triangle doré frappé des 4 lettres JHWH (théoriquement, parce que c'est écrit en hébreux, mais ça devrait être JHWH pour JaHWeH, ou YHWH pour YaHWeH, soit Jéhovah = dieu) à la place de l'oeil habituel (encore une curiosité). Passons au tabernacle, enfin ce qui semble être le tabernacle, parce que je n'ai pas pu approcher de près, mais donc sous la statue de Marie sur le maître-autel. Le petit Christ sur la croix n'est fixé que par une main (gauche) tandis que l'autre (droite) est placée au-dessus de son flanc "...et, par la blessure qu'ils me feront, sortira le reste de mon sang...", afin d'amplifier le flot sanguin et la symbolique qu'il représente. Or quand on sait que le sang du Christ dans la communion sous les 2 espèces (sub utraque specie) a mené (en partie) au monstrueux bordel religieux qu'a connu la Bohême (puis le monde chrétien) à partir du début du XV ème siècle, on est en droit de se demander s'il n'y a pas une forme de provocation (surtout dans le tabernacle, le sang du Christ). Encore sur la gauche, St Benoît de Nursie, l'inventeur des bénédictins, sur la droite, St Wolfgang, évêque de Ratisbonne ("Regensburg"), lui-même bénédictin. Et tiens, hop anecdote. Lorsque dans la seconde moitié du X ème siècle,
St Wolfgang se promenait en pays slave afin de vérifier par lui-même si la peste dont il était le propagateur prenait bien en pays païens (l'évêché de "Regensburg" en ce temps avait responsabilité spirituelle sur la Bohême), il s'arrêta un instant dans une clairière, posa son séant sur le tronc d'un arbre fraîchement coupé et observa les bûcherons qui oeuvraient à quelques mètres de là. Puis après s'être épongé le front, avoir bu un coup, il se leva tandis que sa soutane collait au billot et s'approcha des bûcherons en grommelant "!@*&#$&^% de sève de pin, une soutane toute neuve..." Pis il demanda à l'un des bucherons de lui prêter sa hache. Il hacha... tailla une bonne branche, la planta dans le sol et dit: "Hier, an diesem genauen Ort, ein Tag wird sich eins schöner Altar befinden..." (Ici, à cet emplacement exact un jour un bel autel, dans une grande église, au milieu d'une remarquable abbaye appartenant aux frères bénédictins, se trouvera). Puis il fit demi-tour, repartit... puis revint vers les bûcherons pour rajouter "dis-donc les gars, y'en aurait-il pas un parmi vous qui aurait de l'essence de térébenthine?" Alors évidemment, c'est une légende, parce qu'entre le passage du St Wolfgang et la construction de l'abbaye, il s'est écoulé pratiquement 2 siècles, ensuite parce que les bûcherons ne parlaient certainement pas plus Allemand que St Wolfgang ne parlait le Tchèque, et pour finir l'essence de térébenthine n'avait même pas encore été inventée. Mais ceci n'a pas empêché Santini de faire une plaisante allusion à cette légende, parce que si vous regardez aux pieds de la statue de St Wolfgang à droite de l'autel, vous y verrez un tronc, une hache et une maisonnette représentant l'abbaye à ses origines. Mignon non?
Ah oui, et la décoration sculpturale de l'autel est une oeuvre de l'atelier "Matyáš Bernard Braun", bien sûr. Et encore, bien qu'on puisse douter que cette légende ait donné naissance à l'abbaye, le nom de "Kladruby", lui, vient fort probablement du bûcheronnage, de "klády rubati“ (couper des billes de bois) qui serait devenu "kládrubati“ puis "kladruby“. Bon, je vous le dis comme ça, des fois, que vous vous demanderiez d'où vient ce nom.

L'autel plus petit sur la droite représenterait "Sv. Jukunda" avec des reliques dedans, mais sans certitude (ni le saint, ni le nom dont je n'ai aucune idée de la traduction en Français), parce que d'abord c'est un saint (ou une sainte?) plutôt obscure, enfin on ne le voit pas souvent à la téloche, et ensuite parce que je n'écoutais pas trop la petite, absorbé que j'étais par mes photos. Alors passons sur la gauche, parce que c'est un autre genre de café ce morceau là. L'autel sur la gauche, c'est carrément le sarcophage de l'initiateur de l'abbaye, du 18 ème duc Prémyslide de Bohême, de "Vladislav 1er" en personne. Avant, il était enterré... conservé dans la basilique d'avant l'église de Santini, mais on ne sait plus où, ce qui somme toute n'est pas vraiment important puisqu'elle n'est plus, la basilique. Dans l'autel actuel, il y est depuis 1728. Enfin il y est... parce que pareil, on n'a aucune certitude. Tiens, lorsque le paléoanthropologue "Emanuel Vlček" (il a étudié la plupart des restes des célébrités tchèques à partir de 1955) a demandé à ce qu'on lui ouvre l'autel afin qu'il étudie le squelette de Vladislav,
ben les fossoyeurs sont tombés sur un os... enfin un problème. On a commencé par retirer une pierre en haut à droite de la construction de l'autel, en se disant qu'on enlèverait les pierres au fur et à mesure, comme un lego. Ben oui mais non, parce qu'après la première pierre, les autres ne vinrent pas, du tout du tout. Elles étaient solidement soudées par un mortier du tonnerre di diou aussi collant que la sève de pin sur la soutane d'au cul de St Wolfgang, et de plus des happes métalliques maintenaient les pierres les unes aux autres, de façon qu'il était absolument impossible de les désolidariser sans démolir totalement la décoration de l'autel symbolisant trois des vertus de la croyance: foi, espoir et amour. Du coup l'on abandonna, et depuis il n'y eut plus d'essai d'ouverture (la petite devrait vous montrer le bout de marbre retiré de l'autel pour essayer de démonter tout le bataclan). Plus tard, l'on passa quand même la construction à l'ultrason, pour s'apercevoir qu'effectivement il y a bien un macchab dans le fond du fourbi impénétrable. Mais est-ce bien le macchab Vladislav 1er? Si oui, ce serait l'un des très rares de la famille "Přemyslovců" à reposer en dehors du château de Prague ou de la crypte familiale à "Zbraslav", et si non, ben on s'en fout de savoir qui c'est. Encore que, parce qu'il serait où alors le Vladislav?

Toujours dans le choeur principal, si vous levez les yeux au plafond, alors vous verrez de fantastiques voûtes portant mention CSSML et NDSMD (Crux Sacra Sit Mihi Lux - Non Draco Sit Mihi Dux, soit que la sainte croix soit ma lumière - que le dragon ne soit pas mon guide)
en référence à la médaille de St Benoît (bénédictin). Dans certaines versions vous trouverez diabolus à la place de draco, mais ça ne change rien au contexte. Notez le S du milieu joliment doré, à la croisée des 2 abréviations, Santini n'aurait-il pas fait un brin de vanité (... numquam suade mihi vana)? Juste en dessous de ce S se trouve la dépouille de l'abbé "Maurus Finzgut" (celui qui fit construire ce splendide édifice), y aurait-il une raison particulière? Et si vous regardez bien attentivement la voûte, les "diamants" blancs entre les lettres roses (mais ailleurs aussi), alors vous y verrez des trous. Ben à aujourd'hui, personne ne connait leur réelle fonction. Selon la petite (qui fut très bien, vraiment), il s'agirait soit de trous d'aération, soit des trous pour passer des cordes et accrocher l'échafaudage, mais leur symétrie n'est en aucun cas le fruit du hasard ou du vandalisme. D'ailleurs vous les retrouvez dans beaucoup d'autres églises (baroques?) dont je vous parlerai dans les publies à venir. Alors si vous savez à quoi qu'ils servent les trous... dites-le moi, merci.

Au-dessus des stalles du choeur, se trouvent des statues en bois, toujours et encore estampillées "Matyáš Bernard Braun". Alors on en reconnaît quelques uns des gaillards, St Benoît (il tient dans sa main le livre des règles bénédictines,
chapitre 43: engueulade d'à ceux qui se pointent systématiquement en retard aux offices ou à la cantine -de his qui ad opus dei vel ad mensam tarde occurunt- et qui commence par "Ad horam divini officii, mox auditus fuerit signus..."), St Grégoire (une colombe St esprit à l'oreille), St Ambroise (avec sa ruche), et St Augustin mais les autres... pas la moindre idée. En fait, il devrait encore y avoir St Jérôme (avec le livre? Y en a plusieurs) pour compléter la famille puisque les Ambroise de Milan, Augustin d'Hippone, Jérôme de Stridon et Grégoire 1er sont considérés comme les 4 docteurs de l'église d'occident. Enfin bon, j'en ai 4 sur 8, donc si vous trouvez qui sont les 4 inconnus, pareil, dites-le moi. Merci. Sinon petite curiosité. Devant chaque siège, au niveau des pieds, l'on peut voir une petite trappe avec un couvercle en bois dessus. C'est pas pour y mettre sa faïence (son pot). Il semblerait que l'on déposait dedans une brique chaude afin de réchauffer les pieds (et les roupettes) des moines lors des offices. Ah bon, et les spectateurs alors? Ben eux rien, z'avaient qu'à se les geler en silence.

Au niveau de la coupole séparant la nef principale de l'abside... encore que dans notre cas, ce n'est pas vraiment une abside, donc plutôt la coupole à la croisée du transept, se trouvent inscrits des textes se rapportant à St Ambroise. "Te Deum Laudamus" (nous te louons seigneur) en référence au baptême de St Augustin par l'évêque de Milan (St Ambroise), en 387 (il aurait chanté le "Te Deum" pour la première fois, mais c'est un fait assez controversé aujourd'hui). Puis tout autour de la coupole: "Quae est ista quae ascendit de deserto, deliciis affluens"
(innixa super dilectum suum? Quelle est celle-ci qui monte du désert, pleine de délices...) extrait des "Canticum Canticorum Salomonis" (le cantique des cantiques, un des livres de la bible) en référence à l'assomption de Marie que St Ambroise s'était fait un devoir de propager comme modèle de vertu (Marie). Sous cette coupole, mais aussi devant le maître-autel se trouvent 2 étoiles en bronze (à 8 branches). Selon la légende, si vous vous tenez debout dessus l'étoile du centre de l'église (sous la coupole), vous sentirez une grande force vous envahir. D'aucuns prétendent que la force a des pouvoir de guérison (zon?) mais pas de tout, juste des trucs pas graves genre, les pieds qui rougnottent le fennec, ou l'infection des mains moites. Et selon la petite (qui fut très bien, vraiment), c'est le seul endroit de l'église où vous capterez le signal sur votre téléphone mobil. Bon, concernant cette dernière affirmation, je peux de suite vous dire que c'est faux, parce que moi, le signal du mobil, je l'avais tout le temps. Alors je ne vais pas insister sur la symbolique des étoiles (que vous retrouverez en grande quantité dans toute l'église, en pierres, en stucatures, au plafond les étoiles) mais juste rappeler que selon St Matthieu, c'est l'étoile qui guida les rois mages jusqu'à la maison où Jésus venait de naître. Pis n'oublions pas la "stella maris" (c.f. l'ave Maris Stella) qui est parfois l'appellation de la Vierge. Pis encore selon d'autres sources, l'étoile à 8 branches serait un symbole ésotérique du grand Santini.

Les fresques du transept sont attribuées (sans certitude toutefois) aux frères Asam (ceux qui ont couté si cher à Santini).
L'une représente St Maur, disciple de St Benoît, marchant sur l'eau au secours de cette andouille de St Placide qui était en train de se noyer alors qu'on l'avait envoyé chercher de l'eau (l'andouille maladroite). Vous pouvez apercevoir St Benoît en haut à droite qui observe la scène en pensant "tiens, j'ai déjà vu quelqu'un faire ça" (marcher sur l'eau). Et dans le fond, sur le monticule au milieu, c'est le berceau des bénédictins, l'abbaye du mont Cassin fondée par St Benoît en 529. Tiens, et vu qu'on parle de "Cosmas Damian Asam", alors on lui doit également les fresques de la neuf principale (au-dessus des arcades) et de la coupole, représentant des scènes de l'ancien et du nouveau test-amant ainsi que... et ouais, des scènes de la vie de Marie. D'aucuns vous diront que dans les évangiles, il y en aurait à peine de quoi peindre un timbre poste, de la vie de Marie, mais si l'on se fie aux élucubrations d'Anne Catherine Emmerick, l'on pourrait repeindre la muraille de Chine, et des 2 côtés.

Au milieu de la nef principale, sur la gauche se trouve l'autel dédié à la Vierge, avec la statuette de la Madone de "Kladruby", que l'on appelle aussi la Madone au rosaire ("Růžencová Madona") parce qu'elle tient un rosaire (eh ouais) dans la main au lieu du Jésus n'enfant joufflu.
Parenthèse. Un rosaire est une sorte de chapelet consacré à la Vierge (du latin rosarium, la guirlande de roses dont on couronnait la Vierge), et dont les dominicains ont amplement répandu l'usage dans le monde (c.f. Caravaggio qui a mis du rosaire plein les mains de St Dominique). Il s'agit d'une statuette de l'époque "Václav IV" (aux environs de 1410) partiellement mais significativement retapée en baroque: le rosaire justement, la couronne, le sceptre et même la coupe de cheveux de la Vierge sont baroques (par contre les fringues sont restées gothiques, ringardes). Alors ça semble curieux pour un objet aussi hybride, remanié, mais c'est une des statuettes qui furent exposées à Montréal en 1967 à l'exposition mondiale (selon la petite qui faisait visiter), où le pavillon de la Tchécoslovaquie put se vanter de la 3 ème plus forte fréquentation. Une autre anecdote nettement plus consternante cette fois concerne son vol (disparition). Eh ouais, après la chute du con-munisme, nombreux fumiers (autochtones comme allochtones) profitaient du cahot ambiant pour littéralement piller sans scrupules les trésors culturels du pays,
de préférence dans les édifices religieux car non gardés, mal (ou pas du tout) protégés, car très souvent leurs administrateurs ignoraient même la valeur historique (et marchande) des richesses (généralement non inventoriées) qui se trouvaient là. Ainsi dans une nuit de 1991, des fumiers démontèrent la statuette, l'emballèrent dans un chiffon et la trainèrent dans le parc à l'aide de cordes (c'est lourd une Vierge-Marie du XV ème siècle). Ensuite ils la cachèrent dans un puits, se disant sans doute qu'ils viendraient la chercher plus tard, et disparurent. Heureusement, elle fut retrouvée par la police quelques jours plus tard, restaurée des dégradations, mais les imbéciles responsables de cette ignoble forfaiture ne furent jamais retrouvés, eux.

L'orgue de "Kladruby" est une oeuvre du fameux facteur "Jan Leopold Burkart" (de 1726). L'emballage est bien évidemment d'inspiration... non, pas de la Vierge-Marie, mais... Santini, eh oui. Outre le fait qu'il se compose du fantastique nombre de 1270 tuyaux, il est un des rares exemples encore existants de clavier dit à "feinte brisée", très populaire en période baroque. En fait, comme l'on n'utilisait pas l'échelle chromatique dans les graves, l'on supprima les notes (et donc les tuyaux longs, et onéreux) afin d'arriver à la gauche du clavier à une octave courte de notes diatoniques (au début). Mais vers le début du XVIII ème siècle, les sons chromatiques absents vinrent à manquer, alors on rajouta ces notes diatoniques derrières les touches,
à l'emplacement qu'elles auraient dû occuper normalement. Bref, c'est complexe, mais vous ne pouvez pas louper un clavier à feinte brisée grâce aux doubles touches (noires pour ceux qui ont fait du piano) tout à gauche. Ces orgues sont très recherchés car certaines compositions ne peuvent être jouées que sur ce type d'orgue. Alors je n'ai pas pu faire de photos de l'orgue de "Kladruby", mais je vous en ai trouvé une sur le net. Pour info, il existe encore des orgues à feinte brisée à "Zlatá koruna" (visitée récemment mais dont j'hésite à vous faire une publie de par l'interdiction de photographier à l'intérieur de l'église, fumiers) et à la Lorette (aussi visitée récemment mais dont je ne vous ferai certainement pas une publie de par l'interdiction absolue de photographier, même les dehors du dedans -fumiers- et surtout de par l'accueil à la tchèque des imbéciles à "I" MAJUSCULE qui y officient).

Ah si, encore avant la chaire, ben justement entre elle (la chaire) et le milieu de la nef se trouvent 2 autels reliquaires. L'un est consacré à St Victorien (proconsul de Carthage, martyrisé en 484 lors des persécutions vandales en Afrique du nord sous le roi Hunéric, pour avoir refusé de renier sa foi chrétienne), l'autre est consacré à St Aurélien (patron des bouchers) mais là, je ne sais pas duquel on se parle.
Chronologiquement, j'en connais 3, le Sanctus Aurelianus second évêque de Limoges (vers le III ème siècle), le diacre de Carthage Sanctus Aurelius, dit "Carthaginen" (mort vers 430), et le St Aurélien archevêque d'Arles (vers 550) qui imposa aux moines de savoir lire pour entrer au couvent (mais pas aux politiciens tchèques pour rentrer au gouvernement). Duquel se parle-t-on dans le cadre des reliques de "Kladruby"? Pas la moindre idée, d'autant qu'on ne peut même pas aller voir de près dans les boîtes s'il n'y a pas un nain d'Ice, une étiquette "made in..." Quoi qu'il en soit, les 2 macchabs furent garés là par l'abbé "Josef Sieber", et selon les experts en saintes conserves, ils seraient préparés à la mode espagnole, c'est à dire que les viandes comme les os sont emballés dans des tissus fin (soie), bénits, puis introduits dans une figurine toute en verre qui est ensuite habillée de beau vêtements pour faire plus vraie. Quelle est le lien entre les 2 bougres en dehors d'être conservé à l'espagnole (avec des pimientos)? Eh bien déjà les dictons sur le foin: s'il pleut le jour de Saint Victorien, tu peux compter sur du bon foin. Et pluie de Saint Aurélien, belle avoine et mauvais foin. Mais aussi: s'il pleut à la Saint Victorien, ne fait pas chier l'historien. Et qui fornique à la Saint Aurélien, accouche en mars d'un mongolien. Mais là, il y a déjà moins de rapport.

Et maintenant un morceau de choix, une oeuvre absolument unique, un travail de marqueterie d'une rare beauté, la chaire, suggérée par... Jean-Blaise, eh oui, encore. Décidément ce gaillard là était au four, au moulin, une main dans la pâte et l'autre dans le cambouis. La construction se présente sous la forme d'une proue de navire naviguant sur les flots. Un robuste navire bien catholique, éclairé par dieu, Jésus et la Vierge-Marie, fendant les flots de l'hérésie mécréante, un navire apportant la lumière dans les ténèbres, la connaissance des saintes écritures et de la parole divine dans l'univers des libres-penseurs, des voltairiens et des anticléricaux. Ca leur va bien aux culs bénits de s'inspirer d'une telle image, parce que ce n'est pas vraiment grâce à eux que la navigation a progressé, je veux dire que si on les avait écoutés, on en sera encore à la terre plate entourée par les océans derrières lesquels les monstres de la fin du monde attendent les marins téméraires. Bref... la chaire est en forme de pentagone irrégulier, et ce n'est sûrement pas un hasard lorsqu'on connaît les multiples symboliques du chiffre 5 (les 5 corps de Platon, le dodécaèdre, le nombre d'or = 1 plus racine de 5 le tout divisé par 2, etc...). La structure en bois repose sur une boule de marbre symbolisant la terre (la religion avait enfin accepté le fait que la terre est ronde),
et sur la rampe montant vers le haut de la tribune vous pouvez remarquer les nombres romains de 1 à 10 qui représentent les 10 commandements divins (décalogue). Les 3 premiers sur la gauche représentent le rapport de l'homme à dieu 1 - Je suis le seigneur ton dieu (ah ouais, t'as tes papiers?), 2 - Tu ne prononceras pas le nom de dieu en vain (rassure-toi, j'en parle rarement), 3 - Se souvenir de sanctifier les jours festifs (no soucis, j'ai tout dans mon calendrier Outlook et ça bip-bip-pouet-pouet quand c'est le moment de partir en congés). Les 7 derniers commandements (sur la droite) organisent le comportement entre les êtres, 4 - Honore ton père et ta mère (et les autres, les frères et les soeurs?), 5 - Tu ne tueras point (sauf si le clergé ou la politique t'en donnent le droit, car eux ils peuvent décider que tuer c'est bien, parfois, dans certaines conditions qu'eux décident et que tu ne peux pas comprendre), 6 - Tu ne commettras pas d’adultère (c.f. le commandement 9, mais ici c'est dans un sens plus large, genre pas avec un mouton, ni avec une chèvre et encore moins avec la tondeuse du voisin), 7 - Tu ne voleras pas (bien entendu, ce commandement ne s'applique pas sur les taxes, les impôts, la gabelle, le cens, le fouage, le chevage, la taille, la dime, l'octroi, le tonlieu, les banalités, et la plus formidable de toutes, celle qui devait renflouer le trou de la sécu, l'impôt qui est imposé une seconde fois,
le premier impôt direct en France devant l'impôt sur le revenu, je veux parler de la CSG...), 8 - Tu ne feras pas de faux témoignages ("I did not have sex with that woman" monsieur le juge, non, sérieusement, pas moi, les autres oui, d'ailleurs j'ai les noms, mais moi non), 9 - Tu ne désireras pas la femme de ton prochain (à moins qu'elle n'ait des gros nichons, et que tu ne te fasses pas choper, sinon t'es bon pour enfreindre le commandement 8), 10 - Tu ne convoiteras pas le bien du prochain (aussi t'as plutôt intérêt à gratter velu à l'école pour te faire bezef de flouze, sinon t'es bon pour enfreindre le commandement 7). Tiens et puisqu'on parle du navire et du décalogue, ça me rappelle Charles Péguy "Ô table des dix lois, ô décalogue, vaisseau armé en course..." (les Quatrains). Bon, sinon sur le couvercle du dessus qui servait à protéger le curé de la pluie dans l'église (moine = pauvre = toiture délabrée), vous pouvez voir les 4 livres des évangiles, tout dorés. Et toujours dans le doré, la boule tout en haut représente la lumière divine éclairant les ténèbres. Voilà en gros ce que l'on peut dire sur la symbolique de cette chaire. Je ne peux malheureusement même pas vous dire qui en est le (les?) talentueux auteur(s) de cette oeuvre admirable et remarquable dans la finesse de sa réalisation, parce que l'exquise petite qui faisait visiter n'en savait rien.
Mais si vous visitez le lieu, attardez vos mirettes dessus collées de près, et imaginez un instant l'idée, les croquis, la préparation, les matériaux, la réalisation, enfin le temps et le talent qu'il a fallu pour créer ça.

Concernant la couronne kitch sur le sommet de l'église, c'est bien évidemment une idée de Santini (aussi), mais curieusement l'on ne sait pas vraiment en l'honneur de qui elle est là. Les uns prétendent que c'est la couronne mariale que vous pouvez voir sur la statuette de la Vierge au rosaire, d'autres que c'est la couronne du fondateur de l'abbaye, Vladislav 1er, et il se trouve même des ânes bâtés pour affirmer que c'est la couronne de cette infecte trapouillerie de "Krušovice", ce qui est totalement impossible parce que tout le monde sait que la couronne de "Krušovice" est celle du bougre excentrique Rudolf II qui avait acheté la brasserie en 1583, à une époque où leur bière pouvait s'appeler ainsi, bien avant que les Allemands de la "Binding Brauerei AG" n'en fasse l'imbuvable jus de semelle et chaussettes sales d'aujourd'hui.

P'tites anecdotes pour se finir

Bon, chais pas si vous venez en voiture quand vous venez à Prague, mais si oui, alors vous passerez fort probablement la frontière tchéco-allemande à "Rozvadov". Moi je passe par là régulièrement lors de mes fréquentes visites outre Bohême, et comme j'ai une carte Shell pour repaître mon véhicule, je m'arrête au retour de l'étranger à la station (Shell) de "Svatá Kateřina" (Ste Catherine) qui se trouve à quelques 6,5 km après (la frontière). Ce nom me semblait curieux, parce que je me demandais qu'est-ce qu'une Ste Catherine pouvait bien fiche si près de la frontière (mais pourquoi pas après-tout), pis surtout pourquoi Ste Catherine, la patronne du lèche-vitrines, et pas Ste Gudule (la patronne des qui reculent) ou Ste Hortense (la patronne des qui avancent)? Pis la réponse m'est viendue l'autre jour (enfin presque)... Vous vous souvenez qu'à l'époque du rayonnement de l'abbaye, fin du XIII ème siècle, passait en plein milieu du domaine une des plus importantes routes de l'époque, qui reliait Nuremberg à Prague, en passant bien entendu par "Kladruby".
Elle s'appelait la route dorée, enfin au XVI ème siècle elle prit cette dénomination, et avait une importance commerciale, économique, et sociale énorme. Imaginez qu'en cette époque, la région était une immense forêt pleine d'arbres touffus, passant par des monts, des tourbières, des marécages et les seules indications vous rassurant sur la bonne route étaient des croix ou des statues plantées le long du chemin boueux tous les X kilomètres. Les quelques rares cabanes, seuls signes d'une présence humaine, étaient parfois distantes de plusieurs dizaines de kilomètres, et au milieu il n'y avait rien, rien en dehors des loups, des ours, des vampires, des sorcières, des nains malfaisants et des lycanthropes. Pour vous dire l'importance d'une telle voie de communication: les quelques paysans qui vivaient à proximité avaient devoir de l'entretenir carrossable, c'est à dire que de temps en temps, ils débroussaillaient, dératisaient et vérifiaient la présence d'indications aux croisements des chemins, avaient obligation de guidaccompagner les gentilshommes en déplacement, en échange de quoi ils étaient exempts de certaines taxes et servitudes.
A quelques centaines de mètres seulement de cette route, à l'ouest de l'abbaye, se trouvait le château de "Přimda" (ou "Soběslav II" avait passé 12 années de gnouf), vous ne pouvez pas le louper si vous passez par l'autoroute, juste après la station d'essence Shell de Ste Catherine, il se dresse devant vous sur un piton rocheux à 850 m au-dessus du niveau de la mer, légèrement sur la droite dans la grande descente en ligne droite de l'autoroute. Aujourd'hui il n'en reste que des ruines, un petit bout de la tour carrée, mais à l'époque (entre le XII ème et le XIV ème siècle), il était d'une importance énorme. Parenthèse, à propos du château. Il fut construit en 1121 par les "Teutons" comme l'écrit "Kosmas" dans sa chronique ("Cosmae Pragensis, Chronica Boemorum"), livre III, chapitre 48: "Dans cette même année (1121), d'inconnus Teutons en forêt profonde des terres de Bohêmes, en laquelle (forêt) l'on accède par le village Běla, au sommet d'un roc escarpé construisirent un château."
OK, le nom de "Přimda" n'est pas nommément cité, mais selon "Bertold Bretholz" conforté par des "František Palacký" et des "Franz Pubitschka", il n'y a pas de doute, "Běla" est très proche (voire carrément) "Pfrauenberg" en Allemand, soit "Přimda" en Tchèque (le village, pas le château). Lorsque ces faits arrivèrent aux oreilles du prince Vladislav 1er, il leva une armée au pied levé, coup-de-pied-au-culta l'envahisseur hors des frontières de la civilisation, et replâtra le château pour ses propres besoins. "Přimda" devint ainsi en Bohême, selon les historiens, le second plus vieux château en pierres bâti (après le château de Prague). Ca me semble oublier un peu vite le château de "Vyšehrad" qui est d'environ un siècle plus ancien (seconde moitié du X ème siècle) que le château de Prague, mais il est vrai qu'en cette époque, il n'était pas forcément en pierres mais en bois. Bref, le fort de "Přimda" était pratiquement la seule vraie habitation sur la route dorée garante d'une certaine civilité hospitalière dans ce pays hostile et dangereux, aux frontière de la barbarie. Un jour, 3 moines à tendance "ermite solitaire" vinrent s'installer dans les environs, exactement à 5 km à l'ouest du castel, au lieu dit "Mnichovství" (la moinerie,
"Minchsfeld" en Allemand sur la carte), près du village de "Hoštka" ("Hesselsdorf" en Allemand sur la carte). Personne ne sait d'où qu'ils vinrent, personne ne sait pourquoi justement là ils s'installèrent, personne ne sait rien, sinon qu'après avoir construit une cahutenbois pour se protéger des loups, des ours, des vampires, des sorcières, des nains malfaisants et des lycanthropes, ils construisirent même une petite chapelle rudimentaire consacrée à la Ste Vierge (décidément l'originalité était de mise en cette époque) qui s'y trouve encore aujourd'hui.
D'aucuns prétendent que les moines auraient joué un rôle beaucoup plus important que simples prieurs de la sainte trinité des matines jusqu'aux complies. Car après l'expérience douloureuse de 1121 où les fielleux Teutons construisirent un château en Bohême au nez et à la barbe des autorités compétentes (et dieu sait qu'un château c'est pas une maison fé-nix, genre ça ne se construit pas en une nuit), ben après une telle expérience, il semblerait que les moines avaient un rôle de gardes frontières, surveillants, genre alerteurs du château de "Přimda" dés que des bulldozers immatriculés en Teutonnie ou des armées couvertes de casques à pointes montreraient le bout de leur groin en bordure du pays. J'ai même entendu une version selon laquelle, lorsqu'en 1291 "Václav II" et Albrecht 1er (Habsbourg) s'en négociaient le pays à plouf plouf ça sera moi qui sera le roi, ils auraient tenu meeting dans les parages de la moinerie, voire carrément dans l'une des cahutenbois construites par les moines. Bon, je n'ai pas trouvé de preuve, et surtout ça me semble bien peu probable car l'Albrecht habitait en Autriche, le "Václav" à Prague, et donc ils n'avaient aucune raison de se retrouver à la frontière tchéco-bavaroise. On sait qu'ils se houspillèrent à "Znojmo" en février (ça c'est ok puisque c'est sur la route Prague-Vienne), mais dans un trou comme "Mnichovství", j'ai des doutes. Enfin peu importe,
car quoi qu'il en soit, au début du XIV ème siècle, on n'en avait plus besoin des moines, et le burgrave de "Přimda", "Bohuslav 1er z Boru" les fit rentrer en l'abbaye de "Kladruby", histoire qu'ils ne s'oxydent pas dans les environs. Parenthèse, la famille "z Boru" devenue plus tard "z Krasíkova" puis "ze Švamberka" (germanisation vachement en vogue à l'époque), est l'une des plus anciennes de Bohême, vous la retrouverez souvent citée dans l'histoire du pays. Et donc les moines intégrèrent notre abbaye, laquelle intégra leur domaine, sur lequel mi-XIV ème siècle l'on construisit une chapelle dédiée à Ste Catherine (ah bon? Et la Vierge-Marie alors?), autour de laquelle se développa un hameau qui existe encore aujourd'hui avec le même nom qu'il y a 7 siècles, malgré les guerres hussites, malgré les pillages des Suédois, malgré les dévastations des Bavarois, malgré les saccages de Français, malgré les bombardements des Prussiens, malgré l'annexion des Sudètes et malgré les 40 ans de chaos bolchevique. Donc quand vous passerez sur l'autoroute à proximité de "Svatá Kateřina" (ou que vous ferez votre plein chez Shell), pensez aux 700 ans d'histoire qui se trouvent tout autour de ce hameau et aux 3 ermites qui vivaient dans les environs dans une cahutenbois pour se protéger des loups, des ours, des vampires, des sorcières, des nains malfaisants, des lycanthropes,
et qui sont à l'origine du peuplement de ce coin. Ceci-dit j'ai l'historique du lieu, mais toujours pas la raison du pourquoi de Ste Catherine, et pas Ste Gudule ou Ste Hortense. Tant pis...

Alors si jamais la cupidité vous motiverait plus que la richesse historique, je me dois encore de vous parler d'une légende extrêmement bien encrée dans la tête des croyances populaires locales. Vous vous souvenez lorsque l'empereur Joseph II fit fermer boutique aux bénédictins dans le cadre de ses réformes illuminées, ben il semblerait que les moines eurent le temps de planquer un fabuleux trésor, les roublards. A quelques 2,5 km vers l'est de l'abbaye se trouve la colline de "Jirná", entourée d'une forêt du même nom ("Jirenský les"). Et dans cette forêt, quelque part, les moines auraient creusé une cave profonde, une sorte de chapelle souterraine dans laquelle ils auraient planqué 12 statues grandeur nature des 12 apôtres, tout en or fondu, les 12 statues.
Et toujours selon la légende extrêmement bien encrée dans la tête des croyances populaires locales, non seulement le trésor resterait encore à découvrir (tentez vot' chance monseigneur), mais il y aurait également plusieurs indices pour y parvenir facilement, au découvrage du trésor. Première solution, la porte qui mène à la chapelle secrète s'ouvre d'elle même en un certain jour anniversaire pendant un certain temps. Z'avez plus qu'à trouver le bon endroit, le bon jour (essayez la St Benoît ou la Ste Marie), et hop, le tour est joué. Seconde option, il y aurait dans la forêt une pierre dont le dessous serait gravé d'un poisson, ou d'un agneau, ou d'une clé... enfin les gens ne se souviennent plus bien, et sous cette pierre se trouverait l'entrée vers le trésor. Z'avez plus qu'à retourner toutes les pierres de la forêt (même les plus lourdes) à la recherche d'un motif quelconque, en espérant qu'un lutin facétieux ne l'ait pas taquinemment déplacée. Troisième alternative (comme dirait l'autre), serait de suivre la direction montrée par le doigt de St Benoît sur la façade nord de l'église et qui pointerait sur l'emplacement exact de la chapelle enfuie. Oui... mais non, parce que le St Benoît sur la façade nord de l'église ne montre plus rien. Dans une main il tient une crosse et dans l'autre une bible, après que l'on ait pratiqué sur le saint une restauration pour ainsi dire inopportune.
Ben avec tous ces indices, je me demande bien pourquoi les péquenauds indigènes n'ont toujours pas trouvé ce foutu trésor, c'est dingue ça tout de même!

Le mot de la faim

Parce que je me rends compte qu'il faut que j'aille mettre les nouilles sur le feu si je ne veux pas manger trop tard... Alors oui, la première impression lorsqu'on voit le mur d'enceinte de l'abbaye, c'est qu'il reste encore du boulot pour tout retaper, est c'est vrai que du boulot de restauration, il en reste charnu. Ceci dit l'église est entièrement rafraîchie, elle est splendide, et mérite vraiment à elle seule le déplacement. Aussi pour ceux qui viendraient en voiture par la frontière "Rozvadov", faites une halte à "Kladruby", c'est à 4 min de l'autoroute, c'est facile à trouver et c'est incontournable, vous n'avez pas d'excuse.