mercredi 25 avril 2007

Visiter: Théâtre National et renaissance aussi

Et hop, encore un truc monumental dont je m'en vais vous parler aujourd'hui, le Théâtre National ou le "Národní divadlo", qui se trouve (pour ceux qui ne le sauraient pas) rue "Národní 2 čp. 223/II", en face du café "Slavia". En fait je me suis rendu compte que je vous ai parlé de plein plein de choses assez rares, et que j'ai pratiquement occulté les fondamentaux.
Alors voilà, je vous présente donc ces derniers temps des incontournables, même s'ils sont sur tous les guides touristiques (mais en vachement moins bien détaillés), parce que justement, ils sont incontournables (et donc faut que je vous en parle). Tiens, parenthèse, j'en profite pour vous dire que le "Národní památník na Vítkově" dont je vous ai fait une publie est fermé depuis le 25 mars 2007 pour 2 ans et demi, jusqu'à octobre 2009 (prévisions), et qu'il vous reste donc à patienter une paire de semaines si vous souhaiter visiter ce splendide édifice autrement qu'à travers
ma publie. Bon, et retour au Théâtre National. Tout d'abord signalons que théâtre n'est sans doute pas le terme le plus approprié, parce qu'il s'agit en fait d'une salle de spectacle où il y a du théâtre, certes, mais aussi des concerts (de luth et Russes), des opéras (Sion du fait mûr), des ballets (Louïa à Mène)... Considérez donc notre Théâtre National dans un cadre beaucoup plus large que son nom l'indique, genre lieu de représentations culturelles diverses.

Depuis quelques semaines, j'observais anxieusement le site de la "Pražská informační služba" qui organise des visites guidées du théâtre en week-end, mais pas tous les week-ends justement, et comme je suis assez en déplacement ces derniers temps, je me demandais comment j'allais caser une visite compte tenu de mon agenda chargé, surtout que ça faisait pratiquement 2 mois que j'avais cette virée sous le coude. Et puis hop, un dimanche matin, ben ça colla comme la misère au paysan, pilepoil. Y avait visite, j'étais à Prague, pas de bacchanale orgiaque de prévue le samedi soir et j'avais le temps.
Trop fort. Bienveillant, j'enrôlai Lucia et Laura dans l'aventure, me disant que ces pauvrettes des Amériques n'avaient pas eu beaucoup de loisirs culturels auparavant (je dis ça pour le cas où un ministre européen de la culture lirait mes articles, et qu'il se sentirait l'envie de sponsoriser financièrement mes efforts de promotion :-) C'est ainsi qu'à 10:20, sur les escaliers du Théâtre National, nous attendions tous les trois la visite de 10:30. Nous fûmes accueillis par la guide, et hop, avec encore une autre passionnée, nous entamâmes la tournée quasi individuelle rien que (quasi) pour nous.

Au commencement...

En 1845, le groupement (association) des patriotes saltimbanques, sous l'égide de "František Palacký", adressa à Vienne une demande d'autorisation pour la construction d'un Théâtre National Tchèque, où l'on jouerait des compositions Tchèques, l'on parlerait le Tchèque, les acteurs et musiciens seraient Tchèques, jusqu'aux pop-corn... Inutile de vous préciser qu'une telle revendication nationaliste dans l'empire germanophonnabsbourgeois, et sous la dictature d'Alexander (von Bach),
termina découpée en feuillets d'environs 10 x 10 cm pour servir à des fins hygiéniques dans une pièce exigüe illuminée par une petite lucarne en haut à droite. Bon, ben pas grave, se sont dits les patriotes, on va faire autrement. En 1848, "Josef Kajetán Tyl", écrivain et dramaturge qui a donné son nom ("Tylovo divadlo") au "Stavovské divadlo" (place du marché aux fruits) sous la dictature des con-munistes, et qui est toujours aujourd'hui une annexe du Théâtre National, donc "Josef Kajetán Tyl" suggéra d'organiser une collecte de fonds pour la construction du théâtre.
L'époque était aussi foncièrement différente, l'empire autrichien avait été ébranlé par le printemps des peuples (révolutions de 1848), et dut faire des concessions face aux revendications nationalistes de ses citoyens (et pas seulement Tchèques). Ainsi en 1850, la requête renouvelée fut enfin prise en considération, et l'accord fut donné à la création d'une association pour mener à bien le projet Théâtre National. Du coup l'on commença réellement la collecte de fonds auprès de la population, de la bourgeoisie, de la noblesse, des entreprises, des artisans, des ouvriers, des industriels, enfin auprès de tous ceux qui voulaient (et pouvaient) donner.
Et nombreux donnèrent, par milliers, parce que n'oublions pas qu'en cette période où la Bohême vivaient depuis 250 ans comme une colonie entièrement administrée par Vienne, parlant officielladministrativement une langue étrangère (l'Allemand), la soudaine opportunité d'affirmer et promouvoir son appartenance culturelle et ethnique furent une bouffée d'oxygène et de liberté totalement inconnues, sur l'occasion desquelles il faisait bon sauter.

En 1852, l'on acquit une parcelle de terrain pour y édifier ce monument national, mais c'était sans compter avec la politique, parce que comme d'habitude, il ne peut y avoir un dénouement serein sans que la politique n'aille fiche le chambard auparavant. En l'occurrence les "Staročechy" (les anciens Tchèques, genre conservateurs) voulaient une construction simple et rapidement construite pour promouvoir l'esprit tchèque au plus vite, alors que les "Mladočechy" (les jeunes Tchèques, genre progressistes) voulaient une construction chiadée plein la vue, mais évidemment plus onéreuse.
L'on trouva un compromis sous la forme d'un théâtre temporaire (genre toilette mobile) qui fut inauguré en 1862 après seulement 6 mois de construction, d'après une idée originale du génial "Vojtěch Ignác Ullmann" ("palác České spořitelny" en face du Théâtre National, aujourd'hui l'académie des sciences, à côté le "palác Lažanských" plus connu sous le café "Slavia", la synagogue espagnole, contribution à la gare centrale...). Et comme souvent, le temporaire perdura plus que prévu, jusqu'en 1883.
Et même mieux que ça, le théâtre temporaire sera entièrement incorporé dans l'édifice final, et aujourd'hui ses restes servent d'arrière scène (coulisses). Mais retour donc à la chronologie de notre sujet. En 1865, l'on lança un appel d'offre pour le vrai Théâtre National, et le grand vainqueur fut le professeur "Josef Zítek" (4/04/1832 - 2/08/1909, co-auteur du "Rudolfinum", auteur d'un bout de la colonnade de "Karlovy Vary"). Le 16 mai 1868, l'on posa la première pierre en présence de tous ceux qui avaient activement oeuvré pour cet édifice, aussi en plus de "František Palacký", je me dois de vous citer les noms de "František Ladislav Rieger",
homme politique d'importance et gendre du précédent qui dirigea la "commission pour le théâtre national", "Karel Sladkovský", homme politique également d'importance, premier secrétaire du parti des "Mladočechy" et qui prit en 1865 la suite du précédent à la tête de la commission. Et tous ces personnages, plus beaucoup d'autres, participèrent donc à cette pose des premières pierres à propos desquelles je dois vous raconter quelques anecdotes.

Et l'on posa la première pierre

Alors évidemment, sur un édifice aussi hautement symbolique représentant la renaissance nationale ("národní obroda"), l'on se devait de poser une première pierre également hautement symbolique. L'on pensa donc tout naturellement à une pierre du mont "Říp" (quelques 30 km au nord-nord-ouest de Prague) d'où, comme chacun sait, l'ancêtre
"Čech" prononça les paroles suivantes: "Zde je ta země uctívaná, medem plná, lesy zasypaná, květin plná, krásná země má." ("Là se trouve cette terre vénérée, de miel gorgée, de forêt peuplée, de fleurs truffée, admirable terre mienne"). Et selon certaines sources dignes de confiance, il aurait rajouté "Le miel, les forêts et les fleurs c'est pour les couillons, nous les gaillards, on y cultivera du houblon." Et ce qui fut dit fut fait, puisque l'ancêtre "Čech" établit sa tribu de Slaves sauvages en cette splendide terre de Bohême.
Par contre, ce qu'il n'avait pas prévu l'ancêtre, c'est que les pierres de cette bête colline ne se prêteraient pas à la taille afin de servir de première pierre d'un Théâtre National. Aussi l'on dut en prendre une autre (de pierre), en bon granit, d'un patelin nommé "Louňovice". Et de là est née une autre histoire abracadabrante dont bon nombre d'élèves se souviennent encore. En fait des "Louňovice", vous en avez 2 (comme les...). Vous avez les "Louňovice pod Blaníkem" et les "Louňovice na Říčansku".
Alors évidemment, lorsqu'on se parle d'un édifice aussi hautement symbolique représentant la renaissance nationale, l'on pense de suite à une première pierre également hautement symbolique. Et donc forcément, les écoliers apprenaient que cette pierre venait de "Louňovice pod Blaníkem", où, comme chacun sait, se trouvent les chevaliers de "Blaník" qui surgiront de la roche, St Venceslas en tête, lorsque la Bohême sera menacée (mais vraiment gravement, par des méchants extraterrestres mangeurs de petits enfants tout crus, pas menacée par des broutilles comme des Suédois,
des Germains ou des con-munistes). Eh bien c'est faux, c'est une erreur, parce que la première pierre qui se trouve dans le Théâtre National provient de "Louňovice na Říčansku", d'une carrière aujourd'hui disparue mais dont vous pouvez encore voir les traces si vous prenez le bus jusqu'à "Vyžlovce", que vous passez la digue de l'étang du même nom, que vous prenez le chemin à droite (attention, ne marchez pas sur la limace), qu'au premier croisement vous prenez l'abrupt sentier forestier, et que vous suivez l'indication touristique bleue jusqu'au prochain croisement de sentiers forestiers.
Vous y verrez alors, au lieu-dit "Kamenka", la carrière embroussaillée et à droite, les fondations de l'ancienne forge où les ouvriers aiguisaient leurs outils. Et c'est de là d'où provient la fameuse première pierre du fameux Théâtre National, en forme de bahut, dans laquelle l'on a scellé des écrits, des journaux, une araignée (par erreur) et des souvenirs de l'époque. Outre le fait que je m'y suis personnellement rendu (à pieds) sous l'impulsion de ma chérie d'amour dans le cadre de ces interminables promenades dominicales dont elle a le secret,
l'exactitude de ce que je vous raconte a de plus été confirmée par une analyse des poils d'ADN en 1963.

Maintenant que je vous ai dit ça, je dois encore vous dire que des premières pierres, il en fut posé 26 (en théorie, mais certaines ne sont pas visibles, et du coup personne ne sait vraiment combien il y en a, selon ma guide), parce que sur un édifice aussi hautement symbolique représentant la renaissance nationale,
l'on se devait de poser plusieurs premières pierres hautement symboliques afin d'affirmer bien assurément cette identité nationale longtemps négligée par l' oppresseur colonialiste autrichien (et tiens, encore une couche). Rassurez-vous, je ne vais pas vous parler de toutes les 26 pierres et de leurs symboliques, mais je vais juste vous parler des plus intéressantes, comme ça, en exemple. L'une d'elle provient du mont "Radhošť" (à la frontière Slovaco-Polonaise, du côté d'"Ostrava") où vivait le dieu slave et païen du même nom, du soleil, de la guerre, de l'opulence, des récoltes et d'autres trucs dont je ne me souviens plus.
La légende raconte qu'il fut vaincu par les missionnaires Cyril et Méthode (forcément, à 2 contre 1) qui plantèrent au sommet du talus une croix (en bois, je crois), en signe de victoire de la chrétienté sur le paganisme. Ah oui, et d'aucuns le ("Radhošť") connaissent sans doute sous le nom de "Svarožic", "Dažbog" ou encore "Radegast" (c'est aussi le nom d'une marque de bière tchèque pas terrible, curieusement brassée par "Prazdroj"). Tiens, et à propos du Cyril et Méthode, une des autres premières pierres est en fait une brique,
fabriquée de terre Morave et d'eau de la petite fontaine à côté de l'église de "Podivín" où baptisaient industriellement les 2 bougres au IX ème siècle. Une autre pierre provient des ruines du fameux couvent "Podlažický klášter" (détruit par les hussites en 1421) où fut écrit (au début du XIII ème siècle) le fameux Codex Giga, la bible du diable, sordidement volée par les Suédois (fumiers) lors de la guerre de 30 ans. Encore une autre de pierre fut envoyée par les Tchèques d'Amérique, gravée de la mention "co krev pojí, moře nerozdvojí" ("ce que le sang unit, la mer ne peut séparer").
Bon, et sur les 26 (environ) pierres, il y en a quand même 4 qui proviennent de Prague même: 1 pierre de "Žižkov" pour la symbolique des hussites (sans doute?), 2 pierres de la falaise de "Vyšehrad", où se trouve le château à l'origine de Prague et de nombreuses légendes, et 1 pierre de "Slivence" (au sud de Prague 5) et là, j'ai pas la moindre idée du pourquoi, sinon qu'il y a une énorme carrière de marbre rouge, et qu'une pierre en marbre dans les fondations, ben ça tombait rudement bien.
Et puis pour ne pas faire passer les maîtres d'écoles que pour des andouilles, signalons qu'une des pierres vient également du mont "Blaník", et que donc ce qu'ils enseignaient aux petits enfants n'était pas totalement faux, mais ce n'était pas LA vraie première pierre, celle qu'on y a mis des trucs dedans pour enchanter les générations futures (avec du déchet nucléaire par exemple), mais l'une des 25 autres. Le 16 mai 1868 donc, sous les applaudissements de quelques 100 à 150 mille personnes, furent posées ces fameuses pierres par des génies de la nation comme
"František Palacký", "Jan Evangelista Purkyně", ou "Bedřich Smetana" (mais aussi d'autres). Et pour bien marquer le coup, l'on mit les petits plats dans l'écran, et l'on fit diriger "Bedřich Smetana" en personne (encore bien entendant) la première de son opéra "Dalibor" en 3 actes, 2 pauses et à la maison. Mais la première eut lieu dans le "Novoměstské divadlo", détruit en 1885, légèrement au-dessus de l'actuel Opéra National, "Wilsonova 4, čp. 101/XII", parce que le national, de théâtre, ben il n'existait pas encore.
Ah oui, et aussi dans la salle du sous-sol des premières pierres, il y également la maquette en bois du théâtre de l'architecte "Josef Zítek" avec laquelle il gagna la pelle d'offre. A signaler également que si vous visitez le pavillon d'été de la reine Anne ("Letohrádek královny Anny" ou "Královský letohrádek"), alors vous ne pourrez que remarquer la ressemblance entre les deux toits/coupoles dont "Josef Zítek" s'est inspiré.

Puis vint la catastrophe

Pis les quêtes continuèrent, parce que plus il y aurait de pognon, et plus l'édifice hautement symbolique serait splendide. Il semblerait même que l'empereur François-Joseph eût donné, et il semblerait même qu'il se fût agi d'une somme rondelette. Somme rondelette octroyée cependant sous la menace de sa femme Sissi de faire dormir son mari à l'hôtel du cul tourné s'il ne se montrait pas généreux envers la nation.
A partir de 1873 commençaient les appels d'offres pour la décoration intérieure, les machines à café et le papier-toilette. Entre-temps l'on construisait, toujours. Tout n'était d'ailleurs pas encore totalement terminé le 11 juin 1881, mais l'arrivée à Prague du couple prince Rudolf et Stéphanie (de Belgique) était l'occasion de faire l'inauguration, alors hop, hein, on n'hésita pas. Enfin on, en toute franchise le bon peuple tchèque ne voyait pas de bon augure de fêter l'inauguration du Théâtre National en présence du futur colonialiste habsbourgeois, mais vous savez ce que c'est que la politique, les pressions...
Le pouvoir en place y tenait, il avait même insisté au point que ce n'était pas possible autrement, alors il fallut faire avec. Et tant qu'à faire les choses bien, l'on mit les petits pois dans les glands, et l'on fit diriger "Bedřich Smetana" en personne (alors sourd comme un sonneur de cloches) la première (encore) de son opéra "Libuše" en 3 actes, 2 pauses et 1 taxi de nuit, spécialement composée pour l'occasion. Eh oui, "Smetana" était un incontournable à l'époque. Depuis sa mort, et encore aujourd'hui, soit quelques 120 ans plus tard, c'est une fois
"Karel Gott", puis une fois "Helena Vondráčková" qui font les cérémonies d'ouvertures, parfois même ensemble. Mais c'est une autre marque de café, genre moins fort, plus dilué, voire totalement à côté de la plaque (dissolu) comme lors de l'ouverture de la rencontre de foot Tchéquie-Allemagne (24/03/2007) pour les qualifications Euro 2008 où cette grosse courge pelée d'Helena est passée du couplet 2 au couplet 5 dans son "Deutschland über alles"
("Über alles in der Welt...") au grand étonnement des joueurs allemands chantant. Ceci dit ça arrive, certes, tout le monde peut se planter (encore que devant des millions de spectateurs et après 120 ans d'expérience...), mais lorsque les journalistes lui posèrent à ce propos quelques questions justifiées, la Star Universelle rejeta la faute sur la technique, que le responsable du son avait embroucafouillé quelque chose, et que du coup ben les 2 couplets avaient sauté à cause de la technique, véridique.
Pas de la sienne la faute, qu'elle avait bêtement oublié son texte, mais de la technique sonore, la faute que c'était de. Allez, retour au sujet.

L'inauguration fut splendide, grandiose, la fierté de la nation exhibant tout son talent architectural, musical et culturel devant le successeur au trône d'Autriche. Puis il y eut encore 11 représentations par la suite (12, selon une autre source), puis l'on ferma à nouveau le théâtre pour terminer les travaux.
Mais dans la nuit du 12 août 1881 arriva LA catastrophe. Vers 17 heures, les passants remarquèrent de petits nuages de fumée au dessus du théâtre en finition. Des ouvriers à la tâche pensèrent-ils. Puis une petite foule commença à se rassembler devant l'édifice, se demandant mais qu'est-ce c'est-il donc que cette fumée de plus en plus intense? Certains auraient essayé d'accéder à l'intérieur pour voir de quoi qu'il s'en retournait, mais c'était fermé (ben tiens). Puis soudain, vers 18 heures, les témoins aperçurent des flammes.
Cris, agitation, affolement, mais pas un pour prendre son mobile et appeler les pompiers. Le toit s'embrasa et l'incendie s'intensifia par l'effet du vent et du gaz resté dans les tuyaux (le gaz avait été cependant coupé). Vers 20 heures, le toit s'effondra détruisant la coupole en cuivre, la scène, une grande partie de l'auditorium dont le rideau et les splendides triges de "Bohuslav Schnirch" qui seront remoulés par ses disciples (quadrige: char à deux roues, attelé de quatre chevaux placés de front, donc trige...).
Le délai d'intervention et l'(in)action des pompiers leur ont été beaucoup reprochés à l'époque, mais il semblerait que l'alerte ait été donnée fort tardivement, et que les moyens dont ils disposaient étaient totalement insuffisant face au sinistre. Ah oui, et la cause? Ben jusqu'à récemment, et ce fut la conclusion du tribunal d'à l'époque, 2 ferblantiers installant le paratonnerre auraient déversé dans la gouttière le charbon de bois ardant servant à la soudure. Pis ça aurait pris feu. Aujourd'hui, 100 ans plus tard, cette théorie est démentie par un rapport d'experts se basant sur des tests,
des modèles, des propriétés des matériaux et des maquettes affirmant qu'un tel incendie n'a en aucun cas pu être provoqué par les charbons. Ah bon? Mais c'est quoi alors? Ben selon ces mêmes experts l'hypothèse la plus probable serait d'origine criminelle, un incendie délibéré, bien qu'ils n'aient aucune preuve tangible (et qu'on n'en aura sans doute jamais). Dis-donc, je pense à un truc similaire maintenant, ils faisaient quoi le 12 août 1881 les 2 électriciens de "La Fenice"?

Bon, ben on y retourne

Cet incendie fut une catastrophe nationale. Mais on ne pouvait pas laisser un édifice aussi hautement symbolique, représentant la renaissance nationale, dans cet état de délabrement. Alors toute la nation mit à nouveau la main au porte-monnaie.
On organisa de nouvelles quêtes, de nouvelles collectes de fonds auprès de la population, de la bourgeoisie, de la noblesse, des entreprises, des artisans (surtout des ferblantiers), des ouvriers, des industriels, pis aussi des pompiers, enfin auprès de tous ceux qui voulaient (et pouvaient) donner. On envoya même une nouvelle requête à François-Joseph avec copie à Elisabeth-Amélie-Eugénie (si si) des fois que ce bougre aurait des réticences à rouvrir son porteflouze en peau d'oursin, et en quelques 50 jours, furent rassemblés 1 million de florins. Cool.
Ben on y retourne non? Mais l'incendie eut d'autres conséquences que matérielles. Outre l'opprobre dont furent frappés les 2 ferblantiers et les pompiers, la colère populaire s'abattit également sur le pauvre architecte "Josef Zítek", à qui l'on reprocha tout aussi injustement d'avoir négligé les systèmes de sécurité anti-incendie. Et comme on en était aux reproches, on en profita pour charger la mule (vous savez comment est la plèbe), et l'on critiqua le manque de places (2500 dans le cahier des charges, 1800 dans la réalisation), la mauvaise visibilité dans les galeries 1 et 2, le café pas assez chaud, etc...
Joseph cependant soumit encore un projet de reconstruction le 10 février 1882, mais la commission aigrie à son encontre le refusa. Aussi sous la pression publique ainsi que des médias, il céda à regrets sa place à son assistant et disciple "Josef Schulz" (Musée National, Rudolfinum...) lequel n'apporta que des modifications mineures à l'édifice. Il rétrécit le toit réduisant la capacité de la salle de 1800 à 1400 spectateurs (elle est de 979 spectateurs aujourd'hui), fit construire un bâtiment administratif à côté du théâtre (le long du fleuve, attenant au théâtre aujourd'hui),
remplaça l'éclairage au gaz par l'électricité (un des premiers théâtres électriques en Europe, le premier théâtre totalement électrifié au monde fut le Théâtre Municipal, aujourd'hui Mahen, à Brno en 1882 d'après un projet de Thomas Alva Edison en personne) et fit poser des extincteurs à tous les étages, dans toutes les salles, dans tous les couloirs, dans toutes les caves, enfin partout partout. Le 18 novembre 1883, on inaugura à nouveau le nouveau Théâtre National avec à nouveau l'opéra "Libuše" en 3 actes, 2 pauses et 1 taxi de nuit, mais sous la direction de
"Zdeněk Košler" cette fois-ci, car le malheureux compositeur de l'oeuvre avait contracté la syphilis à force de surdité (ou l'inverse, il s'éteindra 6 mois plus tard dans la démence), et "Gott" comme "Vondráčková" faisaient tout juste leurs premières (fausses) dents.

La conception du splendide édifice hautement symbolique
(puisque représentant la renaissance nationale) était parfaite, aussi il fonctionna pratiquement un centenaire sans la moindre réfection (contrairement à "Karel Gott" et "Helena Vondráčková" qui en sont à leur ixième reconstruction). Il fut ensuite fermé en Avril 1977 pour une complète restauration intérieure comme extérieure, et fut rouvert pour son anniversaire de 100 ans jour pour jour, le 18 novembre 1983. Et devinez avec quel morceau de musique l'on inaugura la rouverture? Et oui, "Libuše" en 3 actes, 2 pauses et 1 taxi de nuit.

La décoration

Pis il est un truc sur lequel les concepteurs n'ont pas ménagé leur porteflouze, c'est la déco. Inutile de préciser que les artistes qui ont eu la chance d'être impliqués dans ce fantastique chef-d'oeuvre hautement symbolique, ont donné du neurone, du talent, de la sueur créative et du temps, beaucoup de temps, sur ce qui fut pour beaucoup d'entres-eux l'oeuvre de leur vie.
On va commencer par le rideau, vous savez, celui qui sert au fameux levé (de rideau) après les 3 coups. En fait il s'agit de la seconde version, parce que la première, celle de "František Ženíšek" fut entièrement détruite dans l'incendie. Et comme il avait perdu les esquisses, qu'il été occupé à d'autres gribouillages, on confia la seconde version à "Vojtěch Hynais" qui ne devrait pas être un inconnu pour les Français, puisqu'il y étudia (en France), fit de la porcelaine à Sèvres, et même il y conçut (à Montmartre) ce fameux rideau (qu'il réalisa cependant à Prague) de senteur impressionniste.
Si vous regardez bien, en haut à gauche, vous y verrez un ange ailé qui n'est autre que la fameuse Suzanne Valadon. Elle servit également de modèle à des Degas, Toulouse-Lautrec et autres Renoir. Alors comme sur mes photos la Suzanne était hors champ, je vous ai trouvé une autre photo où l'on la voit mieux (enfin presque). Et pour la petite histoire, ce splendide rideau a servi de modèle pour le rideau du théâtre SEMAFOR à Prague 6. Remarquez le joli clin d'oeil, même la Valadon ne manque pas :-) Alors ce fameux rideau du Théâtre National a été peint en seulement 3 mois, en 1883. Il pèse quelques 180 kg (selon une source, 270 kg selon une autre),
a nécessité 26 kg de peinture, mesure 12,2 x 11,7 m (soit quelques 140 m²). Curieusement, l'oeuvre ne plut pas à la commission d'acceptation du rideau du Théâtre National de Prague, les personnages étaient trop maigres, et les femmes insuffisamment nichues (plantureuses). Il était même question de le remplacer, et ne fut d'ailleurs jamais officiellement accepté, mais le public praguois aima beaucoup, lui, et du coup, ben on le garda quand même parce qu'on n'avait pas le temps d'en faire un autre. La symbolique du rideau est énorme.
Le temple en arrière plan représente le Théâtre National en construction, la Suzanne Valandon n'est pas un ange mais le génie des Arts, avec dans une main une couronne de laurier (pour le vainqueur) et dans l'autre un drapeau rouget et blanc (là chais pas pourquoi?). Par la gauche arrivent les sculpteurs, les peintres, les architectes, les constructeurs, les chefs de chantier, les maçons portugais, les couvreurs de toit, les tiendeurdéchelles, et les ouvreurs de portes. Le peintre s'est servi des visages de ses contemporains pour les personnages (comme "Václav Brožík"),
et l'on peut y voir des artistes, des acteurs, jusqu'à l'auteur en personne au dessus de la jeune fille en robe rose. Sur la droite, ce sont les mécènes qui donnèrent pour la construction du théâtre, mais pas tous, parce que sinon il aurait fallut dessiner les 2/3 de la population tchèque, donc seulement les plus généreux, et du coup, ben y a pas le François-Joseph parce qu'il donna juste assez pour ne pas dormir à l'hôtel du cul tourné d'à Sissi, mais pas plus, le rapiat.

Pis au-delà du rideau, il y a encore des kilomètres d'artisteries splendides que l'on doit à des génies connus sous l'appellation de génération du Théâtre National. Cette graine de talentueux bougres puisait son inspiration dans la renaissance néoclassique (naissance à nouveau du classicisme grec et romain), dans la mythologie slave (avec mélange de celte) et dans les fameux manuscrits. Rapide parenthèse. L'affaire des manuscrits est une des plus grandes forfaitures du XIX ème siècle, mais qui eut pour conséquence...
enfin lisez, j'ai fait court, car ça mériterait une publie entière nettement plus complète. Il s'agit du document dit "Rukopis královédvorský" (de la ville de "Dvůr Králové nad Labem") "découvert" en 1817, daté du XIII ème siècle, sous "Václav II", présentant des poèmes épiques et lyriques sur la Bohême aux temps anciens du moyen-âge. Le poème le plus connu raconte comment "Jaroslav ze Šternberka" vainquit les Tatars près de la ville d'"Olomouc" en 1241 grâce aux salsifis. Il s'agit également du document dit "Rukopis zelenohorský"
(de la montagne verte, "Zelená Hora u Nepomuku", qui mérite une publie à elle toute seule elle aussi) "découvert" en 1818, daté du VIII ème et IX ème siècle, présentant des poèmes, dont le principal ("Libušin soud") traite du tribunal de la princesse "Libuše" à propos d'un différend sur les salsifis. En cette période de renaissance nationale, les textes devaient prouver l'ancienneté des racines du peuple slave (et tchèque en particulier),
démontrer l'existence d'une culture de la poésie bien avant l'époque médiévale, redonner un élan de nationalisme (radicalisme?) à la nation, et relancer la consommation de salsifis en Bohême. Et ça a en partie marché. Les peintures du Théâtre National, mais également de "Josef Mánes" ou de "Mikoláš Aleš", comme les compositions de "Bedřich Smetana" en témoignent. Cependant ces documents ont aussi été source de polémiques et de controverses pendant près de 60 ans, entre les j'y crois, et les j'y crois pas.
Le premier à émettre des doutes sur l'authenticité des documents fut le grand "Josef Dobrovský". Vers 1850 les manuscrits furent étudiés par des savants allemands qui émirent des doutes également. Ben oui, mais les Allemands, ils ne pouvaient pas être objectifs sur une question slave, d'autant plus qu'ils ne savent même pas cuisiner les salsifis. En 1858 parut un article dans le même sens et dans le journal "Tagesbote aus Böhmen", mais bon, encore Allemand. Alors du côté des contestataires d'authenticité tchèques, il y eut le poète "Václav Bolemír Nebeský",
le poète, archéologue et historien "Jan Erazim Vocel", le linguiste et historien "Alois Vojtěch Šembera" ou encore "Antonín Vašek" (en 1879). Mais beaucoup (une majorité) continuaient à y croire. Ces documents ne pouvaient pas être des faux tout de même? Finalement en 1886, le philosophe "Tomáš Garrigue Masaryk", le philologue "Jan Gebauer", l'historien "Jaroslav Goll", et l'historien littéraire "Jaroslav Vlček" (plus quelques autres) prouvèrent scientifiquement qu'il s'agissait de faux, bien imités certes,
mais totalement faux (du début du XVIII ème siècle), et les preuves furent publiées dans la revue "Athenaeum". Ce fut terrible, un scandale national, le peuple alla jusqu'à accuser les auteurs des articles de traîtres à la patrie. Mais tout ce barouf chambardesque fut l'occasion de l'entrée en politique du jeune "Tomáš Garrigue Masaryk", débuts fort prometteurs (par ailleurs) puisqu'ils le conduiront à la première présidence de la Tchécoslovaquie le 14 Novembre 1918. Plus tard, les méthodes modernes confirmèrent la fausseté des documents qui furent attribués (de par la plus grande probabilité) à
"Václav Hanka" (écrivain, linguiste et producteur de salsifis) et à "Josef Linda" (écrivain, poète et distributeur de salsifis), mais il est encore aujourd'hui des imbéciles... des naïfs pour affirmer qu'il s'agit de vrais authentiques. Quant aux salsifis en Tchéquie, rien, ça ne se mange pas et c'est introuvable. Dommage, j'aime bien moi, les salsifis. Si vous voulez en savoir plus (sur les manuscrits), je vous renvoie à la faramineuse bibliothèque de la Société Tchèque des Manuscrits.
Fin de parenthèse, et retour à la déco.

Alors d'extérieur et dans le style néoclassique, vous pouvez voir les colonnes de Corinthe formant la loggia de la façade avancée de l'entrée principale à 5 arches. Sur l'attique de la façade (le toit, en haut) se trouvent Apollon et les 9 muses antiques (auteur "Bohuslav Schnirch"). Les 2 colonnes d'escaliers à droite et à gauche de la façade supportent les triges de la victoire, redéposés en 1911 après leur destruction dans l'incendie de 1881, et leur remoulage par les disciples du maître
("Bohuslav Schnirch") dont le fantastique "Ladislav Šaloun". Toujours sur les colonnes d'escaliers et dans les niches se trouvent les statues de "Lumír" et de "Záboj", personnages d'importance dans les poèmes des fameux manuscrits. Oeuvres d'"Antonín Wagner" (les statues).

A l'intérieur de la loggia (rarement accessible) se trouvent des fresques en lunette (lunette: de petite lune, en demi-cercle) d'inspiration "Josef Mánes" mais de réalisation "Josef Tulka" (on en voit un peu du dehors de la rue, mais mal, voir mes photos cracra). Les thèmes: la chanson d'amour (toujours), la chanson de la dévotion (ah bon?), la chanson stimulée par la liberté (oh purée!), la chanson de la rébellion (au son du canon), et la chanson transmise à la nation par les Dieux (t'as pas mieux?). Et tiens, anecdote. Le "Josef Tulka" était un gaillard talentueux,
mais mystérieux comme un château dans les Carpates. Lorsqu'il fut sélectionné en 1879 pour peindre les lunettes de la loggia, il s'envola en Italie pour 3 mois: Trieste, Venise, Padoue, Florence... Puis revint à Prague où il commença à peindre entre 1880 et 1881. Lorsqu'advint le grand incendie, ni les lunettes, ni les échafaudages ne furent endommagés aussi le Joseph put tranquillement continuer son travail, ce qu'il fit. Les témoins le voyaient tôt le matin, tard le soir, chaque jour et en toute saison, peignant seul sur son échelle. Au tout début de Janvier 1882, après avoir terminé ses fresques et avant l'inauguration du théâtre, il quitta Prague.
Le 5 janvier 1882, il envoya une lettre de Vienne, parlant d'un voyage à Trieste. On retrouva encore sa signature dans un hôtel de Padoue, puis c'est tout. Plus rien, ce bougre de "Josef Tulka" disparut totalement de la planète comme enlevé par des extraterrestres, et encore aujourd'hui, personne ne sait ce qu'il est advenu de lui. Dans les années 1950, l'on restaura l'extérieur du Théâtre National, et les lunettes du Joseph passèrent, comme les autres oeuvres, devant la commission du repeignageoupas.
Compte tenu de la crasse, de la poussière et de la suie qui se trouvaient dessus (les lunettes), compte tenu du fait que les croquis avaient disparu avec le "Josef Tulka" (également emportés par les extrapédestres), les experts (con-munistes) déclarèrent les oeuvres comme "foutues à remplacer", et l'on demanda au fantastique "Max Švabinský" de soumettre un projet de mosaïques en substitution. Mais lorsqu'un autre expert commença à analyser la surface des lunettes pour savoir quelle colle allait être employée pour les mosaïques, il s'aperçu d'étonnement que les fresques avaient été peintes par
"Josef Tulka" selon la difficile mais remarquable technique "a fresco". Il a donc suffit d'appeler la femme de ménage avec son seau et sa serpillère, un coup de chiffon sur les oeuvres, et hop, elles étaient à nouveau resplendissantes comme au premier jour. Parenthèse. La technique "a fresco" consiste à peindre la fresque sur un enduit encore frais, et à séchage rapide, généralement à main levée. Une séance de peinture dure ainsi environ de 4 à 6 heures seulement, car au-delà, le mortier sèche et est inutilisable.
Pendant longtemps, on a pensé que les pigments étaient absorbés par l'enduit encore humide, ce qui expliquait la longévité des fresques. Aujourd'hui l'on sait qu'il s'agit en fait d'une réaction chimique. L'hydroxyde de calcium (Ca(OH)2) contenu dans la chaux réagit avec l'anhydride carbonique (ou gaz carbonique, CO2) contenu dans l'air. Avec l'évaporation de l'eau (H2O), la réaction produit à la surface de l'enduit une couche très solide de carbonate de calcium (CaCO3) sous forme de cristaux qui "emprisonnent" progressivement les pigments en se mêlant à eux, formant une micro-pellicule de calcite protectrice. Fin de parenthèse.

Sur le tympan de la porte d'entrée dérobée, façade côté fleuve le long du quai, se trouvent 2 petites statues du grand "Josef Václav Myslbek". Les allégories de l'Opéra et du Théâtre. Mais comme l'"Antonín Wagner" voulait gagner la course, il sculpta sur l'attique les allégories de l'Opéra, du Théâtre, mais aussi du Drama Musical (?!), de la Comédie, de la Poésie et de l'Histoire. Et paf! Je plaisante. En fait la vérité est bien plus triste. "Zítek" et "Myslbek" s'étaient furieusement engueulés...
partageaient des points de vues différents, et... et tiens, je vais vous raconter comment ça s'est passé. "Josef Zítek" et sa commission d'acceptation des oeuvres avaient une vision claire de ce qu'ils voulaient: de la renaissance national tchèque de couleur "Josef Mánes", de texture "Mikoláš Aleš" et de goût faux manuscrits (la supercherie n'était pas encore avérée à l'époque). "Josef Václav Myslbek" se mit donc au boulot, sur des échantillons réduits, pis quelques paires de semaines plus tard, il présenta le résultat:
Josef Zítek: "Dis-donc Josef, c'est quoi ça?"
Josef Václav Myslbek: "Ben mes statues que t'avais commandées, c'te blague."
Josef Zítek: "Attends, mais y a souci. On avait dit renaissance tchèque et pas renaissance italienne. Tes statues là, c'est en plus du calqué Michelangelo, la tombe des Médicis à Florence, je le sais, j'y suis allé en vacances l'année dernière."
Josef Václav Myslbek: "Calqué, Calqué? C'est pas calqué, c'est inspiré, suggéré. T'avais dit renaissance, alors j'ai pris ce qu'il y avait de mieux. Puis tiens, eh, ton bâtiment, il est renaissance italienne aussi."
Josef Zítek: "Ben oui mais moi, je ne pouvais pas faire autrement parce que les manuscrits n'ont pas de dessin, et ni Mánes ni Aleš ne sont architectes. Quoi qu'il en soit, ça, ça va pas du tout du tout, c'est pas le sujet, c'est pas dans l'esprit, alors va falloir me refaire ça, et gratos parce qu'y a plus de pognon."
Josef Václav Myslbek: "Quoi? Tu rigoles? Tu sais combien de temps j'ai passé dessus? Et les refaire gratos? Attends, tu déconnes à donf..."
Le ton est monté entre les deux Joseph, et lorsque "Josef Zítek" traita "Josef Václav Myslbek" d'incapablinaptincompétent,
ce dernier mit fin à toute collaboration au profit d'"Antonín Wagner" (second dans l'appel d'offre "Statues" de 1872) qui termina ainsi la série.
Josef Zítek: "Bon, ben on est bien, tiens, qu'est-ce qu'on va en faire maintenant de ces plagias hors sujet qu'on a payé?"
La commission d'acceptation des oeuvres: "Y a qu'à les garder, c'est pas moche après-tout."
Josef Zítek: "J'dis pas que c'est moche, j'dis que c'est pas ce qui était convenu, et que ça ne colle pas à l'esprit du théâtre, c'est tout."
La commission d'acceptation des oeuvres: "Et si on les mettait quelque part que ça ne se verrait pas trop qu'elles y sont?"
Ben ouais, mais c'était sans compter avec le Strogoff qui passerait par là quelques années plus tard. Et pour terminer l'histoire, et pour bien clouer le bec du "Josef Zítek", "Josef Václav Myslbek" réalisera 4 immenses double-statues splendides, en plein dedans du sujet de la renaissance nationale tchèque: "Lumír a Píseň" (en 1888), "Přemysl a Libuše" (en 1892), "Záboj a Slavoj" (en 1895) et "Ctirad a Šárka" (en 1897).
La commande originelle était pour le nouveau pont "Palackého", où elles restèrent jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, puis elles furent ensuite déplacées dans le jardin du château de "Vyšehrad", où elles se trouvent encore.

Pis il y a quelques années, vers 2003, il advint urgent de restaurer les statues extérieures au sommet du théâtre, celles de "Bohuslav Schnirch" et d'"Antonín Wagner" car leur délabrement devenait critique.
Et non seulement pour la sécurité des passants, mais également pour la conservation des oeuvres elles-mêmes, car contrairement au Pont Charles, ces statues là sont des originaux, et pas des copies. Mais comme toujours, l'argent n'était point. L'on fit donc à nouveau appel au peuple afin de donner, généreusement, pour la conservation de ce splendide patrimoine culturel. Alors j'ai donné, généreusement :-) Oh pas des millions, mais si seulement 10% de la population avait donné comme moi, on aurait amassé 2 millions d'€, sans parler des mécènes et des sponsors industriels.
Ceci dit, on a mis un pansement sur une jambe de bois en corrigeant l'effet sans remédier à la cause. Et les causes sont connues, depuis longtemps. La principale est la pollution automobile sur ce noeud de communication vital, malheureusement énormément fréquenté. Alors qu'attend-on pour interdire (au moins limiter) la circulation au centre ville? La seconde cause est pigeonnesque. Cette maudite plaie des villes niche et défèque sur les statues, et leur fiente acide ronge la pierre.
Qu'attend-on pour dératiser le pigeon (et le p'tit vieux qui les nourrit puis qui se plaint après de sa maigre retraite)?

Entrons dans le théâtre maintenant. Dedans, dans le hall, mais aussi dans les couloirs et les vestiaires, se trouvent des bustes en bronze d'acteurs, de chanteurs, d'écrivains, de compositeurs, d'architectes, de peintres, et de cuisineurs de salsifis.
Les auteurs de ces bustes sont nombreux, alors citons-en quelques-uns des plus connus, comme "Bohumil Kafka" (l'énorme statue de "Jan Žižka" à "Vítkov"), "Jan Štursa" (les statues du "Hlávkův Most", le pont qui traverse la "Vltava" le long de l'autoroute centrale "magistrála"), "Otakar Španiel", et bien d'autres encore. Puis si vous montez au premier étage, dans le hall juste avant le foyer (pièce) principal se trouvent des lunettes (petite lune, en demi-cercle) du peintre
"Adolf Liebscher" dont tout le monde connait le fameux portrait de "Jan Žižka". Les lunettes représentent les allégories de l'Opéra, de l'Opérette, du Ballet (et de la Balayette :-) de l'Epopée, de la Comédie, de la Farce (aux marrons), du Drame, et du Mélodrame. Toutes (les lunettes) montrent une femme entourée d'une ribambelle (enfin 2 au moins) de chiards, ainsi que de divers éléments représentatifs des arts évoqués. Sous les lunettes se trouvent 5 plaques commémoratives de divers évènements importants liés au Théâtre National.
Puis l'on rentre dans le foyer principal, et là c'est l'extase. En haut, vous trouverez donc 14 lunettes de l'immense "Mikoláš Aleš" (pour moi c'est un génie) sur le thème de la Patrie. C'est splendide. Il y a également 4 tableaux du maître en collaboration avec "František Ženíšek" sur les thèmes de la vie, du mythe, de l'histoire et du chant héroïque. En regardant ces tableaux, en pensant aux sujets traités, alors on ne peut que sentir l'influence exaltée des faux manuscrits. C'est énorme.
Tiens, je vous ai trouvé une oeuvre des plus représentatives du talent de "Mikoláš Aleš", le thème abordé n'est pas spécialement original, mais c'est énorme de lyrisme, de symbolique, "Jan Žižka" (ben oui, encore). Pis la statue grandeur nature de la Musique, c'est encore du "Josef Václav Myslbek", mais plus tardif, de 1914. Et si vous levez les yeux au plafond, alors le triptyque représente le déclin, la résurrection et l'âge d'or des Arts, par "František Ženíšek".

Pis vous avez la partie du salon présidentiel, mais c'est inaccessible au public. J'avais beau insister auprès de la brave dame qui nous faisait la promenade, j'en profite d'ailleurs pour dire qu'elle était absolument charmante, affable, compréhensive avec mes retards dus aux photos, vraiment séduisante, et c'est pas ironique mais sincère... donc j'avais beau insister, qu'il fallait que je vois de mes petits yeux les fantastiques "Vojtěch Hynais" et les "Václav Brožík" (un de mes préférés), mais c'était impossible, rien à faire, d'ailleurs elle n'avait même pas les clés. Aussi j'en profite pour passer une rapide annonce personnelle:

"Monsieur le Président de la République Tchèque, cher Václave,

si jamais tu lis ma publie, sois sympa et prête-moi les clés de ta loge personnelle du Théâtre National. Je te promets de ne pas y fiche le souk, j'emmènerai pas de copines ni de chocolats qui fondent sur les sièges en velours et qui tachent. Je mettrai des chaussons pour ne pas te crotter les tapis, et je n'utiliserai pas de flash ni de trépied pour prendre les photos.
Mais s'il te plait, Monsieur le Président, laisse-moi voir les tableaux. En échange, je mettrai une photo de toi sur mon blog, je ferai de la pub pour ton tien (de blog, même s'il n'est pas en Français), je dirai partout du bien de tes livres, et tiens, je suis même prêt à les acheter, voir même à les lire si tu me prêtes les clés de ta loge personnelle du Théâtre National. Allez quoi, sois sympa eh Monsieur le Président de la République Tchèque.

Sachant pouvoir compter sur toi et ta générosité, d'avance je te remercie de ne pas me décevoir, et te prie, Monsieur le Président de la République Tchèque, de bien vouloir agréer l'assurance absolue de mes sincères salutations les plus distinguées. Strogoff"
.

Bon, alors on est monté d'un étage pour arriver sous la coupole qui s'est effondrée lors de l'incendie. Enfin sous sa copie, parce que l'originale s'est effondrée (lors de l'incendie).
Avant c'était une pâtisserie (la pièce). Eh oui, au XIX ème siècle lors de la pause, les messieurs allaient faire pipi, tandis que les dames allaient s'en taper une sucrerie avec un bol de chocolat et casser du sucre sur le dos de leurs époux urinant. Pas grave le sucre à l'époque, avec leurs jupes énormes on ne voyait pas la cuisse adipeuse en peau d'orange. Pis dans les années 50 du siècle dernier, l'on supprima la pâtisserie.
D'abord parce que les con-munistes avaient fichtrement réduit tout ce qui avait trait au plaisir et à la diversité culinaire, ensuite parce que c'était nuisible à la santé de l'ouvrière qui se devait de maintenir une condition physique irréprochable afin de dépasser les objectifs du plan quinquennal dans le travail, puis entretenir sainement à la maison une famille de travailleurs socialistes oeuvrant pour la paix entre les peuples.
On transforma donc l'espace en galerie où sont toujours exposés les tableaux de "Vincenc Beneš" sur le thème des régions d'où proviennent les premières pierres.

Pis on entra dans l'auditorium, au niveau du presque dernier étage. De là on peut voir parfaitement l'avant-scène avec au sommet l'inscription "Národ sobě" (ou "la Nation à soi-même", de
"Karel Havlíček Borovský" en référence aux collectes auprès du peuple pour la construction du théâtre), et les armoiries des Etats de la Couronne Tchèque (Bohême, Moravie et Silésie, en partie). Au-dessus de l'inscription, sur le tympan, on peut apercevoir au milieu la déesse de la victoire (Niké) déposant une couronne de lauriers sur les têtes des muses de la tragédie (Melpomène) et de la comédie (Thalie),
pis sur les côtés, les gaillards Apollon avec des signes (qui ne trompent pas) et Dionysos le dieu SDF avec un tigre (parce que ça fait moins... plus viril que des signes).

Ensuite, si vous regardez au plafond, alors tout autour du lustre se trouve une splendide décoration de "František Ženíšek", peinte sur toile, puis déposée sur place une fois tranquillement terminée à la maison devant la téloche. Elle représente 8 allégories des Arts, la danse, le mimisme
(celui qui fait le mime), la poésie lyrique, la poésie épique (et pis qu'école est gramme), la musique, la peinture, la sculpture et l'architecture. Il en manque, mais il n'y avait plus de place, alors le François a dessiné les plus importants (des Arts). Pis il y a le lustre, et comme le rideau, c'est la seconde version, parce que la première, comme le rideau, a fini dans l'incendie. Par contre on a utilisé le métal fondu (de la première version du lustre) pour frapper des médailles qui furent vendues au profit de la reconstruction du théâtre.
Mais contrairement au rideau, le lustre est la copie exacte du premier (lustre). Il est en bronze, doré à l'or, haut de 5,5 m, large de 3 m, possède 8 branches, 200 ampoules et pèse presque 2 t. Puis bien cachés dedans, parce que pas d'origine, se trouvent 16 halogènes qui éclairent les 8 allégories du plafond, ainsi que des reproducteurs destinés à améliorer l'acoustique de la salle.

La reconstruction

Lors de la reconstruction de 1977-1983, l'on redora (à l'or) l'auditorium, qui, bien que petit (enfin il me semble), est absolument splendide. Alors quelques chiffres. Sur les dorures intérieures, on utilisa 46.500 feuilles d'or véritable d'un poids total de 0,7 kg (c'est peu en fait). A l'extérieur, sur la couronne de la coupole et les corniches, on utilisa quelques 140.000 feuilles d'or d'un poids total de 2 kg.
Sur le toit l'on utilisa 55.000 tuiles d'ardoise, 3 t de plomb et 10 t de cuivre.

Le Théâtre National semble petit, et il l'est, parce que compte tenu du terrain "relativement" réduit sur lequel a été construit le bâtiment, l'architecte "Zítek" dut batailler comme un furieux afin de caser un auditorium et une scène dignes de ce nom.
Aussi l'agencement du hall, des escaliers d'accès aux balcons, des foyers, des vestiaires... tout a été optiminimisé afin d'économiser un maximum d'espace pour les éléments vitaux de l'édifice. L'entrée n'a donc rien à voir avec, par exemple, la nef du grand escalier à double révolution de l'Opéra Garnier. La scène n'a également rien à voir non plus avec, par exemple, la monumentale scène sphérique du Royal Albert Hall. Non, ce "petit" Théâtre National est modeste, splendide, et humble.
C'est pourquoi lors de la reconstruction de 1977, l'on dut rajouter d'autres édifices, de trempe con-muniste, et sur lesquels je ne m'exprimerai pas (ou en mal). Mais ce théâtre (la partie historique) mérite assurément une visite, alors profitez par exemple d'un spectacle pour vous y rendre, et pendant la pause, pour visiter les différents foyers. Les américaines ont adoré cette visite, au point qu'on s'est continué à coup de déjeuner, puis de cathédrale St Guy, puis de taverne qui pique... typique en fin d'aprèm, mais je vous en parlerai une autre fois (de la cathédrale).
Je m'en termine donc là, parce qu'à nouveau et sans m'en rendre compte, je vous en ai mis une bonne plâtrée, mais évidemment, s'agissant d'un édifice aussi hautement symbolique représentant la renaissance nationale, je ne pouvais pas faire moins. Et cher Président de la République Tchèque " Václave Klause", tu n'déconnes pas, hein, je compte sur toi. N'hésite pas à m'appeler aux horaires de bureau ou même en dehors, mais ne m'oublie pas, hein, promis?