samedi 25 novembre 2006

Bière: U Krále Brabantského, c'est plus

Mise à jour du 26 février 2008

Alors c'est de nouveau. U Krále Brabantského est à nouveau fréquentable. Non pas que ce fantastique joyau de la taverne praguoise aurait retrouvé son charme d'antan, mais il est redevenu fréquentable, propre. La bière est plus cher qu'ailleurs (38 CzK soit 1,46 €), mais reste dans les limites du raisonnable, d'autant plus qu'elle est bonne. La carte est concise, cependant les mets sont adéquatement sélectionnés pour un prix somme-toute correct. J'ai une réelle faiblesse pour les petites pieuvres violettes à l'huile ("Uzené Chobotničky"), genre chipirones, qu'ils servent en quantité fort convenable (150gr à vue de mon oeil, sans lunette ni lentille) pour la modique somme de 90 CzK (3,45 €). Attention, c'est plus du pub-grub (genre calle-la-faim et pousse-la-dalle) plutôt que du vrai resto entrée-plat-dessert, mais c'est cool en soirée si vous faites gaffe à votre maillot de bain trop étriqué. Donc voilà, je rectifie le tir, au roi de Brabant, c'est plus comme avant, mais c'est redevenu plaisant.

Article originel du 25 novembre 2006

Au départ, j'avais pensé mettre cette publie dans la rubrique "coup de gueule", pis après réflexion (ce qui m'arrive rarement quand même), je me suis dit qu'après tout non. Aujourd'hui je vais donc rapidement vous parler du troquet "U Krále Brabantského", qui se trouve juste en dessous des escaliers qui montent au château (de Prague), dans la rue "Thunovská 198/15".
Cet estaminet est connu de tout Prague, et fut fréquenté par des générations entières de Praguois depuis des siècles. Car en dehors d'être encore aujourd'hui (enfin hier) un lieu extrêmement chaleureux, typique et envoûtant, il est considère comme l'une des, sinon LA, plus ancienne taverne de la capitale. Son nom, qui n'aurait pas changé depuis l'origine, vient du roi de Brabant, Jean 1er (le victorieux, 1253 - 1294), qui aurait donné (légende, cependant plausible) son nom à la fameuse bière de "Plzeň" ("Pilsen" en Allemand), "Gambrinus" par déformation de son nom latin Jan Primus (Jean 1er). Que le roi de Brabant lui même ait fréquenté l'illustre taverne reste de la légende non étayée (on subodore d'ailleurs fortement qu'il n'ait jamais mis les pieds en Bohême).
Ce qui est par contre sûr et avéré, c'est que le bon roi Charles IV oui, avec ses kikis. Pis après lui Rudolf II, suivi par maints autres rois et empereurs du Saint Empire Romain Gerbatique. Pis des célébrités, des écrivains, des artistes, des scientifiques, des politiques, bref... d'innombrables Praguois, connus ou non, fréquentèrent la taverne durant plusieurs siècles. Et moi j'en faisais partie, eh oui. Oh pour sûr, fort modestement (encore que si je deviens célèbre...), mais j'aimais m'y arrêter en revenant d'en haut, du château, de "Strahov" ou du Boeuf Noir (lorsqu'il n'y avait plus de place au Boeuf, sinon forcément, je n'allais pas au Brabant). Le lieu était simple, tranquille, et malgré que parfois des touristes de passage venaient à l'encombrer, il y avait généralement presque toujours parfois une place pour y poser mon vénérable séant.

Pis au cours du temps, quelque chose changea, lentement, graduellement et pernicieusement mais sûrement, au point qu'il y avait de moins en moins de locaux, et de plus en plus de touristes. Et curieusement, je n'avais pas le sentiment que les autochtones abandonnaient le lieu justement à cause de l'affluence étrangère. Non, il y avait quelque chose d'autre derrière cet état de fait, quelque chose nettement plus grave que je finis par découvrir par moi-même: la qualité de la bière se dégradait effroyablement. Depuis que je me souviens, l'on tournait de la "Prazdroj" (Pilsner Urquell pour les nez aux fytes) au roi de Brabant, le nec plus ultra abouti du summum de l'apogée en matière de bière. Or comme toute perfection prodigieuse, la "Prazdroj" exige une manipulation et un service appropriés.
Maintenant si je voulais être pointilleux, alors je vous dirais encore qu'il est de nombreux autres facteurs qui jouent un rôle crucial dans la qualité de la bière servie en taverne. Et puis tiens, en vrac, pour vous donner une idée de la complexité et clouer le bec aux picrateux qui vous diront "ouais, la bière, c'est pour les couillons, y a que le vin qui compte", puis d'ouvrir avec les dents un Tetra Pak de rouge du pays. Donc le tirage d'une bière de qualité dépend (entres-autres):

- de la longueur de la tuyauterie entre le tonneau et la pipette, du diamètre des tuyaux, et de la matière: plastique, cuivre...,

- de la pression du gaz qui pousse la bière et de sa composition: mélange d'azote N2 et de dioxyde de carbone CO2 en proportion 1:1, 7:3 ou 6:4,

- du système de refroidissement: idéalement, la bière est entreposée à température de consommation, 6°C à 8°C, et juste avant la pipette elle passe dans un colimaçon réfrigéré à 6°C. Cependant certains établissements ne disposant pas d'une cave convenable, stockent donc à température ambiante (20°C, parfois plus), et refroidissent le colimaçon à 1°C (parfois moins). La bière qui transite subit soudainement un choc thermique
(tiens, essayez des huîtres qui ont séjourné au frigo), sa qualité en est gravement altérée et de plus, les 6°C à 8°C pour consommation ne sont jamais atteints (mais 10°C à 12°C, une catastrophe),

- du liquide de rinçage des verres: certains empêchent la formation de mousse et donnent souvent un goût chimique,

- de l'habileté du tireur (de bière) à former une mousse compacte et dense dans le verre: en contact avec l'air, la bière s'abîme, s'évente, son goût se dégrade, et de perfection, elle devient pisse d'âne,

- de la fréquence de nettoyage des bouts: la culasse vissée au tonneau doit être frottée à la brosse en crin, et la pipette totalement démontée et rincée à l'eau (claire :-))) chaque jour, puis nettoyage hebdomadaire de toute l'installation.

- et pour terminer, la qualité de la bière dépend également du large sourire à pleines dents de la splendide serveuse qui vous apporte votre verre "brandé" (estampillé de la marque de bière que vous consommez) et qui le pose délicatement sur un dessous de bière absorbant en vous souhaitant une bonne dégustation, ses yeux coquins pénétrants regardant droit dans les vôtres.

Trop demander? Ah bon? Pourtant je connais des buvettes qui répondent à ces critères. Bon, ok, pas à tous les critères, mais les plus cruciaux (tant pis pour le sourire). Or et justement, ben au roi de Brabant, l'on commençait sérieusement à rogner sur la qualité, en particulier sur la température de la bière. Et tout amateur (non fragile des boyaux) vous le dira, une bière tiède est abjecte, quand bien même s'agirait-il de la meilleure bière du monde, en l'occurrence de la "Prazdroj". Aussi j'imagine que les habitués, les stamgasts, commencèrent à changer d'enseigne, jusqu'à ne plus venir qu'occasionnellement, voire plus du tout. Et ce fut mon cas.

Pis un jour quand même, passant dans le coin, nous nous dîmes (ma chérie d'amour, "Hanka" et moi) qu'on pourrait aller y mettre un oeil ou deux. En entrant l'on remarqua immédiatement qu'il y avait eu un changement. Un changement de mobilier, d'emplacement du zinc, et surtout de personnel. Ah bon? Tiens, et alors? Y aurait-il nouvelle gérance? Apparemment. L'ambiance faisait volontairement moyenâgeuse, les donzelles de service étaient vêtues similairement, et un mannequin grandeur nature en oripeaux de gueux encombrait inutilement une place à la table du fond. Faisait vraiment cheap'n nasty ce bougre là, genre qui est laid, qui est de mauvais goût et qui n'sert rien qu'à déplaire. Il ne restait plus de place libre, et l'on eut dû supporter sa présence à notre table. Soit, que diable. L'on commanda nos boissons, et tandis qu'on s'en allumait une petite, la serveuse nous amena l'inventaire des pitances sous la forme d'une peau de zébi... zébu roulée, maintenue dans la forme d'un parchemin par un ruban rouge.
Hum, tant qu'à faire dans le kitch, autant le faire consciencieusement me suis-je dit. Hâtif de curiosité, je déballais le manuscrit, et commençais à déchiffrer avec grand' peine son contenu, du fait de l'écriture volontairement gothico-archaïque (on est dans le kitch, ne l'oubliez pas), et par manque de lumière (bougies, moyen-âge, sombre, et t'es né Breux, kitch donc). "Ah ben dis-donc, s'mouchent pas du coude dans la soie du falzar les tauliers d'séant, matte-voir la gamme de prix qu'la Baronne a pondue" nous exclamâmes-nous de concert. En effet, tout était dans le style "caviar aux truffes pour pigeons vacanciers", avec des prix nettement au-delà de ce qui se pratique habituellement. Certes, pas totalement indécents les prix (on a vu largement pire), mais foncièrement inconvenants, surtout pour les p'tits trucs, genre "tlačenka" (fromage de tête), "utopenec" (saucisse en vinaigre) ou "smažák" (fromage panné) que vous trouvez dans n'importe quelle bonne buvette pour une moitié d'artiche. Du coup on a fait l'impasse sur la bouffetance, parce que gaver le fripouillard n'est pas une pratique usuelle en ce qui nous concerne.
Quant à la bière, mon opinion est plus mitigée. Il est indéniable que la qualité s'est sensiblement améliorée, en particulier la température, et c'est d'ailleurs la seule raison pour laquelle le roi de Brabant a échappé à la rubrique "coup de gueule", sa bonne bière. Maintenant à 38 CzK (1,30 €) le demi-litre, Monseigneur se ménage du bon gras dans l'tabernacle pour sa retraite d'hiver. Ceci dit, ça reste simplement inconvenant, mais pas totalement indécent. Mais ce qui est sûr, c'est que le bistrotier n'envisage pas de fidéliser une clientèle indigène.

Et donc voilà, encore une vieille taverne typiquement tchèque (la plus vieille taverne de Prague typiquement tchèque) qui vient de basculer de l'autre côté de la barrière, prête à racoler le premier touriste-couillon afin de lui refourguer coûteusement d'la daube charnue qu'il pourrait obtenir pour la moitié du prix dans la rue d'à côté. Bon, ben c'est comme ça, que voulez-vous, la tendance est ainsi, on crache sur l'habitant pour se gaver du touriste. Je ne dis pas que je ne remettrai jamais les pieds "U Krále Brabantského", mais vous ne m'y trouverez plus aussi souvent, et le Praguois non plus.

lundi 20 novembre 2006

Comme ça, sans plus: A bon champignons

Je sais, c'est clairement plus la saison, mais je me suis dit que j'allais vous en parler quand même car ça pourra vous servir l'année prochaine, qui sait, genre. Bon, mais avant de commencer, le disclaimer indispensable si je ne veux pas être poursuivi par le premier imbécile (américain?) qui aurait mangé ma publication et se serait empoisonné avec.

Disclaimer: le champignon est notoirement vicieux car il peut être toxique et mortel sans en avoir l'air de prime abord. Tous les champignons ne sont pas bons à manger (ceux des pieds par exemple), et certaines photographies que j'ai prises montrent des champignons NON COMESTIBLES et VENENEUX (oui, mais ils sont beaux). Certaines photographies que j'ai prises montrent même autre chose que des champignons. En cas de doute, rendez-vous à l'ambassade des Etats-Unis d'Amérique la plus proche afin de vous enquérir sur la comestibilité du sujet équivoque. Ne laissez pas les enfants jouer ou manger des champignons sans surveillance. Faites vérifier chaque champignon par votre pharmacien qui n'a rien d'autre à fout' que de vous conseiller gratuitement en salivant gras sur votre cueillette. Si vous faites suffisamment preuve de persuasion, envoyez le cueillir les champignons à votre place, il ne ramassera que les comestibles et ça lui évitera du bouleau en rentrant.
Si le pharmacien est absent, consultez un dermatologue, à défaut un gynécologue (voire un andrologue), les champignons, qu'ils soient des bois, des champs, des pieds, du gland, ou du fond d'la cramouille, c'est tout pareil. Strogoff n'est pas mycologue (ni dermato-gineco-androlo), il a ses limites, et ne saurait donc en aucun cas être tenu pour responsable de quoi que ce soit, n'importe quand, par n'importe qui (même et surtout s'il est Citizen Or Resident Of The United States Of America). En continuant à lire cette publication, vous déclarez, jurez, crachez et garantissez me foutre la paix quoi qu'il advienne après que vous eussiez pris connaissance de ce document, quand bien même serait-ce à l'insu de votre plein gré involontaire.

Début septembre, mon frangin et ma chérie d'amour avions décidé d'aller à la chasse... cueillette des champignons parce que c'était carrément le bon moment pour ces bestiaux là, et parce que c'était une bonne occasion de se rendre dans la nature afin de respirer l'air frais (moi je me sens vachement moins concerné par cet argument), mais aussi et surtout parce qu'en ce qui me concerne, c'est le seul intérêt que je vois pour me rendre à la campagne, chercher des champignons. Et j'adore ça. Non seulement les chercher, mais surtout les préparer et les manger. C'est clair que je pourrais par exemple me les acheter sur le bord de la route, parce qu'en saison, il est des kilomètres de p'tits vieux et de p'tites vieilles qui arrondissent leurs pauvres retraites en vendant des champignons le long des routes tchèques, mais non, moi je préfère aller dans la nature et me les cueillir moi-même. Ca vous en bouche un coin non? Ben si.
Pis avec les champignons sur le bord des routes, on ne sait jamais ce qu'on achète... En fait ce qui me déplait, c'est que le champignon est une véritable éponge, et pour peu qu'il soit resté sur le bord de la route quelques heures, vous pouvez facilement imaginer ce qu'il a pu absorber comme gaz toxique, cette andouille là. Et oui, parce que le champignon (comestible ou pas) détient une regrettable propension à accumuler les métaux lourds, genre mercure, plomb, cadmium, sélénium, et, à un moindre degré (parce que plus cher), cobalt, nickel et chrome (l'or, pas encore). Tiens, il est même des régions où le sol est naturellement riche en cadmium ou pollué par du cadmium anthropique et où le taux mesuré dans les spécimens locaux est suffisant pour poser des problèmes de néphrotoxicité (attaque du système rénal). Pour vous dire. D'ailleurs après Tchernobyl, il était même fortement déconseillé (voire interdit) d'en manger et des études ont montré que le champignon, encore aujourd'hui, restait l'une des premières sources de radioactivité dans l'alimentation parmi les zones de retombées du nuage
(d'un autre côté on les voit mieux depuis qu'ils clignotent en vert fluo). Maintenant, faut pas en faire une phobie non plus, faut juste ne pas en manger tous les jours, genre.

Alors vous avez plusieurs marques de champignons, d'ailleurs même pas mal de marques en fait. Mais moi, je me limite à la catégorie des qui sont sûrs, c'est-à-dire que même après une soirée bien arrosée, on ne peut pas se tromper le lendemain matin, dans le noir et sans lunettes. Cette catégorie archi méga trop top, ce sont les champignons avec de la mousse (hyménium) sous le chapeau, les bolets (scientifiquement il s'agit des basidiomycètes dans le règne des fungi, division basidiomycota, classe homobasidiomycetes, sous-classe agaricomycetideae, ordre boletales, famille boletacea). Parmi les principaux genres, genre vous en avez 4:

les Suillus: vous les trouverez le plus souvent sous les conifères. 3 types principaux existent. Le bolet des bouviers (Suillus bovinus). Il porte un chapeau brun jaune, parfois teinté de rouge, sur un pied de même couleur. Vous en trouverez rarement ici en CZ. Ensuite il existe le bolet granulé (Suillus granulatus) pour ceux qui n'ont pas le temps de préparer à manger. Vous le mettez quelques minutes dans l'eau, il gonfle et reprend sa taille normale. Il a un chapeau brillant, allant du beige au brun rougeâtre, et un pied granuleux. Très commun sous les pins, il est comestible mais pourrait entraîner des troubles gastriques (très peu graves cependant) chez certaines personnes allergiques. Ah? Enfin moi pas encore. Le bolet jaune (suillus luteus) a un chapeau hémisphérique convexe, couleur chocolat (jaune), parfois brun jaunâtre ou grisâtre, son pied est jaune au sommet, ponctué de brun. Sa chaire est jaunâtre et assez spongieuse.

Les Leccinum: ces champignons poussent dans les forêts de feuillus, mais bien que comestibles ils ne sont pas très bons selon les amateurs (moi je ramasse tout). Ils ont un chapeau sec, un pied blanc et long recouvert de granulations noirâtres. Et donc vous avez le bolet orangé (ou roux, Leccinum aurantiacum) reconnaissable à son chapeau orange. Il pousse surtout sous les peupliers donc pareil, vous le trouverez rarement en CZ. Le bolet des charmes (Leccinum carpini) au chapeau brun, à tendance vert olive. Il pousse sous les... hum, alors? ... ben sous les charmes non? Pis il y a le bolet rude (Leccinum scabrum), chapeau brunâtre et plutôt mou (bien que rude, le bolet). Celui-là vous le trouverez surtout auprès des bouleaux.

Les Xerocomus: les bolets à chapeau sec dont le pied fin, est souvent un peu tortueux. Il existe donc le bolet bai (Xerocomus badius) qui, pour tromper le chasseur, possède un chapeau brun, qui peut être visqueux (et non sec) lorsqu'il est jeune. Le bolet à chair jaune (Xerocomus chrysenteron) a un chapeau brun terne, souvent craquelé. La chair jaune bleuit légèrement au toucher (ou rougit si le toucher est rectal). Le pied est jaune, souvent fortement teinté de rouge. Les amateurs le considèrent plutôt mou et insipide, mais moi non, hop, dans le panier et dans la poêle, comme les autres.

Et enfin, le genre roi (des champignons), les Boletus: bolets à chapeau sec, parfois un peu visqueux quand ils sont jeunes, principalement reconnaissables à leurs pieds trapus et massifs. Vous avez donc le bolet à pied rouge (Boletus erythropus), chapeau brun, velouté poilu au toucher (comme une copine ibérique), et pied jaune recouvert de petits points rouges.
Il bleuit fortement quand on le coupe ou qu'on enlève un fragment du chapeau. Les amateurs le considèrent comme très bon, mais attention, il doit être bien cuit car cru, il peu provoquer des troubles gastriques (pas graves du tout, les troubles). Dans la même série des "fais gaffe quand il est cru", vous avez aussi le bolet blafard (Boletus luridus). Autre très bon comestible, avec les mêmes caractéristiques que précédemment mais un chapeau plus terne. Lui aussi bleuit fortement. Puis attention, voici le bolet Satan (Boletus satanas), le seul bolet toxique. Sans être mortel, il peut provoquer de graves troubles gastro-entériques, même mangé bien cuit. Il possède un chapeau généralement blanchâtre, voire gris. Le pied en forme de massue est jaune, réticulé de rouge. Contrairement aux 2 précédents, il bleuit assez peu à la cassure. And now… ladies & gentlemen, let me introduce you to the king of the kings, give him a warm hand, ladies & gentlemen, le cèpe himself... qui n'est rien d'autre qu'un bolet.
En notre République vous trouverez principalement 3 espèces. La plus connue des espèces, le cèpe de Bordeaux (Boletus edulis) est assez répandue. Il pousse dans les forêts après d'abondantes pluies suivant des étés chauds et secs. Certaines années, il en est velu sous la feuille d'automne, d'autres années, c'est keud nada, que tchi et peau de zéb. La couleur du chapeau dépend des variétés et de l'arbre auquel le bestiau est associé, mais il est le plus fréquemment noisette, le chapeau. Le pied, presque rond chez les exemplaires jeunes (appelés bouchons de champagne, c'est pas mignon?), est trapu, en forme de massue. Le cèpe des pins (Boletus pinophilus, et pas pinophallus) se trouve en forêt de conifères (pin sylvestre notamment) ou bois de feuillus d'altitude. Son chapeau est brun-rouge, assez sombre et le pied possède à peu près la même couleur, légèrement plus pâle. Le cèpe d'été (Boletus aestivalis) qui pousse entre la fin du printemps et le début de l'été se trouve notamment dans les forêts de feuillus.
Puis il existe encore 2 espèces méditerranéennes (donc introuvables ici en CZ), le cèpe tête-de-nègre (Boletus aereus) associé au chêne-vert et le cèpe de la Mamora (Boletus mamorensis), espèce assez rare, associée au chêne-liège.

Bon ben voilà pour les espèces, maintenant la question que vous allez me poser, c'est où c'est qu'on peut en trouver, du champignon? Et surtout où c'est qu'on peut en trouver beaucoup, parce qu'il n'y a rien de plus frustrant, de plus ennuyeux et désespérant, que de marcher dans la forêt sans en trouver (du champignon). Donc du champignon, à priori, il y en a partout: dans vos pots de plantes vertes, dans vos jardins, dans votre sale de bain... Maintenant dans le genre comestible, les endroits les plus propices sont quand même les forêts, les bois, les champs et les commerces d'alimentation.
Les bolets par exemple, selon les sous-marques, se trouvent plus dans des forêts d'épineux, ou des forêts avec beaucoup de chênes, mais vous en trouverez aussi dans des bois avec des bouleaux. Ce qui est sûr, c'est que non seulement il faut au champignon un cadre naturel propice parce qu'il est exigeant le vilain bougre, mais également une température clémente, une humidité élevée, une lune adéquate, et peu d'animaux mangeurs de champignons, genre sangliers, blaireaux, chevreuils, vers, larves, et habitants locaux (les plus pénibles). Aussi, les mois les plus heureux vont de mi-août à mi-octobre, selon les années, et attention, je parle d'ici d'à côté de Prague, car les périodes peuvent être sensiblement différentes selon les types de forêts (sapinières à hêtres, pinèdes, chênaies à charmes, pressières-sapinières...), la concentration des essences (épineux, feuillus, sans plomb 95...), la densité des arbres, l'altitude (par rapport au niveau de la mer), l'orientation
(cardinale), la déclivité du terrain, la composition du sol, la flore, la faune, la pollution... bref, des kilomètres de facteurs qui influencent la pousse des champignons. Sachez également que le coin à champignon est, chez les chercheurs furieux (de champignons), un secret aussi bien gardé que la recette du chachlik sorabe aux asperges bleues de Poméranie, et que même sur leur lit de mort, les plus coriaces hésitent à vendre l'information à leur descendance.

Maintenant le truc le plus sensé quand on est un dilettante comme moi, c'est d'attendre que les autochtones en parlent, puis d'observer leurs déplacements. C'est ainsi que cette année, lorsqu'on commença à parler champignon dans les medias, parmi mes connaissances... je pris ma voiture, ma chérie d'amour et un panier, puis nous partîmes dans la campagne (après en avoir informé les autorités et nos proches) en quête du propice emplacement.
Et en observant la concentration de véhicules sur les bords de routes, les chemins forestiers, les promeneurs et leurs paniers, nous trouvâmes l'endroit sympathique d'où proviennent mes photos. Attention, il est conseillé de partir tôt le matin, avant les autres imbéciles qui cueillent les champignons comme moi et qui n'ont strictement aucun scrupule à tout ramasser avant que j'arrive (fumiers).

Et l'équipement alors? Ben ouais, vous ne pouvez quand même pas aller chasser le champignon comme un va-nu-pieds, c'est comme pour le golf, il faut avoir le fourniment adéquat, sinon vous passerez pour le cornichon des bois. Donc, premièrement, prévoyez une bonne paire de galoches pour marcher longuement sur un sol accidenté et souvent humide.
Ajoutez un pantalon à grosses mailles qui ne craint pas les accros, un pull, un couvre chef approprié (en feutre, avec un blaireau sur le côté) et surtout un pèrétanche (opposé d'un perméable) genre trench-coat. Ca c'est pour l'apparence. Ensuite il vous faudra un couteau de poche à lame repliable, fortement conseillé car il est fort à parier que vous allez vous croûter sur une racine (ou une branche) humide, et donc avec une lame fixe, l'accident dramatique est plus probable. Une lampe de poche peut également être utile, surtout lorsque vous partez tôt. Et enfin l'indispensable panier en osier, pour déposer délicatement le fruit de votre cueillette. Alors j'insiste sur le panier, parce que le champignon est non seulement un organisme fragile, mais confiné dans un espace hermétique (sac plastique par exemple) il dégage des substances toxiques malvenues (sentez vos pieds après quelques heures de marche dans une paire de basquets) pouvant entrainer des troubles gastriques après consommation.
Les plus prudents d'entres-vous, emmèneront également avec eux un guide champignonesque illustré afin de confondre immédiatement le champignon toxique sournoisement déguisé. A défaut de guide, un ordinateur portable avec connexion Internet via satellite (ou GSM), et à défaut du défaut, une belle-mère pour goutter sur place le spécimen douteux. N'oubliez pas une bonne dose de patience, des mirettes singulièrement acérées, et un sens de l'orientation développé car vous ne seriez pas le premier cornichon égaré par mégarde puis recherché par la battue communale sous la direction du garde champêtre après que la famille ait, plusieurs jours auparavant, déposé un avis de recherche à votre encontre.

Et hop, vous v'là prêt à l'assaut des fruits du mycélium. Lorsque vous aurez trouvé l'article approprié, commencez par bramer de joie, le plus audiblement possible afin d'agacer copieusement les autres cueilleurs.
Ensuite agenouillez-vous et profitez du plaisir visuel, admirez le bel exemplaire dans son environnement naturel (feuilles, mousse...), jouissez de la beauté d'un splendide spécimen naturel né d'un concourt de circonstances et dont la durée de vie déjà courte est étroitement dépendante de sa faculté de camouflage face à ses nombreux prédateurs. J'adore, sans dec c'est vraiment un truc mystérieux et splendide pour moi. Dire que JE l'ai trouvé, JE vais le cueillir, et surtout JE vais me le manger, c'est extraordinaire, merveilleux et inouï. Ensuite ouvrez lentement votre couteau, puis coupez le pied du champignon à la base. Ne l'arrachez pas car vous abimeriez les fameux filaments de mycélium si importants pour sa repousse. Bon, il est vrai que certaines études suisses tendent à prouver que l'arrachage, le coupage et même le piétinage (je sais, on dit piétinement,
mais ça ne rime pas avec le reste) n'ont strictement aucune influence sur la repousse de ces miracles de la nature. Mais bon, moi personnellement j'ai appris comme-ça, donc je persévère à continuer ainsi (pis j'ai non plus surtout aucune confiance en des études scientifiques suisses lorsqu'elles ne concernent pas le chocolat, la finance, le médicament, le Victorinox ou le gruyère). Une fois entre vos doigts, admirez à nouveau la splendide chose, tournez-la dans tous les sens, puis sentez-la, sentez-la sous son chapeau car c'est en cet endroit que le champignon dégage copieusement son exceptionnel arôme de sous-bois, de bonne terre bien fertile, d'humus humide, de noisette fraîche, comme le d'ssous d'bras d'une bonne nourrice bien plantureuse après une nuit d'amour abondamment consommée (j'invite ceux qui feraient beurk, à lire Donatien Alphonse François, marquis de Sade, car il ne peut y avoir d'amour ni de jouissance sans volupté olfactive).
Grattez délicatement la terre qui adhérerait au pied avec la lame du couteau, retirez avec précaution les feuilles, herbes et aiguilles de pinèdes sur le dessus du chapeau, puis déposez prudemment le champignon dans le panier en vous assurant qu'il ne soit pas retourné la tête vers le bas. En effet, les grains de sable pénétreraient alors dans les alvéoles et votre cueillette serait désagréablement craquante sous la dent. Si vous avez un doute sur la comestibilité d'un champignon, ne le cueillez pas, et surtout ne le mélangez pas aux autres, vous risqueriez de contaminer les bons. Idem pour les articles véreux, éviter des les ajouter à votre cueillette car la vermine pourrait passer des uns aux autres. Au besoin, découpez les parties suspectes et ne conservez que la partie saine.
Attention, par véreux, j'entends les champignons HLM gorgés par des hordes substantielles de parasites nuisibles, ne découpez surtout pas les anodines cavités formées sur la surface des chapeaux par des canines de limaces gourmandes, malheureux.

De retour dans votre foyer, éloignez les animaux domestiques, les gosses, la belle-mère et tout autre élément encombrant avant de passer au nettoyage de votre cueillette. Récupérez la plaque en fer dans le four de Madame, munissez-vous de votre couteau de poche, du blaireau à barbe de pépé (à défaut de la brosse à fond-de-teint de Madame préalablement nettoyée), d'un papier sulfurisé et de la page centrale d'un journal inutile, bête et fallacieux, genre l'humanité, la croix, minute ou lutte ouvrière (il y en a plein d'autres, vous avez le choix). Asseyez-vous à une table, et nettoyez méticuleusement les champignons sans les couper, à l'aide du blaireau. Si besoin est, grattez doucettement les parties malpropres résistantes au blaireau à l'aide du couteau. Ne lavez pas les champignons, c'est un sacrilège hérétique passible du pied au cul.
Si vraiment une pauvre limace se serait abondamment oubliée sur la surface d'un chapeau, humidifiez légèrement un linge propre de soie douce (le négligé de Madame par exemple) et frottez délicatement la partie souillée. Jetez les rebuts sur le journal inutile, bête et fallacieux, puis déposez soigneusement le champignon entier et nettoyé sur la feuille de papier sulfuré posée sur la plaque du four. N'entassez pas les champignons. Si nécessaire, allez demander une autre plaque à votre fumier de voisin. N'entreposez pas votre récolte dans le frigidaire, laissez-la à l'air libre et au sec. Consommez votre cueillette le jour même, sinon séchez-la, congelez-la, ou donnez-la-moi.

Bon, pis sinon je m'en vais vous donner une recette simple pour préparer une simple poêlée de champignons des bois cueillis tout frais du matin. C'est rien d'extraordinaire à préparer, mais moi j'adore furieusement en manger, alors je vous en fais part.
Commencez par ouvrir une bouteille de bonne bière, jetez-en une bonne lampée derrière la cravate, puis préparez les ustensiles: un petit couteau aiguisé, une planche à découper, une spatule en bois, une large poêle à frire et quelques bols, assiettes pour réserver vos préparations. Jetez-vous une autre lampée de bière, puis commencez par nettoyer les champignons, proprement, si ce n'est déjà fait. Réservez-les sur une assiette, bien à plat, sans les tasser en séparant les pieds des chapeaux. Lampée! Pelez 1 (ou quelques) oignon(s) selon votre goût, coupez finement et réservez-le(s) séparément des champignons. Lampée! Pelez 1 (ou quelques) gousse(s) d'ail selon votre goût, émincez très finement et réservez-la(les) séparément des champignons et des oignons. Lampées, et même plusieurs à ce stade de la recette. Récupérez à nouveau les champignons, et émincez les pieds en rondelles, pas trop fines ni trop épaisses (les rondelles), genre 8mm de largeur.
Si les rondelles sont grosses (plus de 2 cm de diamètre), coupez-les en 4 parts, comme une tarte. Ensuite émincez les chapeaux en lamelles de 3 à 5mm de largeur. Pareil, si les chapeaux sont larges (plus de 5cm de diamètre), coupez-les en 4 parts, comme une tarte ou un pied de champignon trop gros. Conseil: n'oubliez pas de vous arroser copieusement en lampées de bière après chaque 3ème, 4ème champignon sinon vous allez vous déshydrater comme une vieille figue. Dans la large poêle, faite revenir du beurre (et pas de l'huile, pas de margarine, pas de saloperie 0% de matière grasse, non, du vrai bon beurre bien authentique, au sel de Guérande si possible). Une fois fondu, rajoutez les oignons, touillez et laissez revenir à feu doux, ils doivent transpirer, pas roussir. Entre-temps ouvrez une autre bouteille de bière car la précédente devrait être vide si vous avez scrupuleusement suivi ma recette. Une fois les oignons brunis, pas trop mais juste un peu, jetez dans la poêle les champignons et touillez soigneusement.
Lampée, et si vous êtes fumeur, cigarette. Mélangez régulièrement toutes les 2 minutes, et laissez cuire selon votre goût, plutôt saignants ou plutôt à point (moi c'est bien cuits que je les aime ces oiseaux là). Dix minutes avant la fin de la cuisson, rajoutez l'ail, et quelques graines de cumin entier. En fin de cuisson, salez et poivrez. Servez de suite avec du pain, et surtout dégustez immédiatement. Bon, vous voyez, c'est vraiment à la portée de n'importe qui, et croyez-moi, c'est franchement délicieux.

Et pour terminer, si vous avez bien tout lu, alors vous aurez remarqué que j'ai utilisé 83 fois le mot champignon. C'est dingue, il n'y a pas de synonyme pour ce bestiau là, chuis scié.

samedi 11 novembre 2006

Insolite: Quel couillon chuis des fois

Alors celle-là de publie, j'ai quand même bougrement hésité à la mettre, parce que c'est vraiment un truc géant afin de passer pour l'empereur mondial des andouilles de compétition. Mais, bon, hein, après tout, j'ai plus rien à perdre, au point où j'en suis.
Donc l'autre jour, enfin l'autre... c'était quand même en été, encore, bref... ma chérie d'amour et moi n'en revenions d'une virée culturée, et tout en se dandinant le long d'une de ces petites rues étroites du côté de "Na Františku", et tout en conversant en Français afin qu'elle puisse pratiquer cette belle mais revêche langue, l'on jeta un oeil rapide et discret dans une cour comme il en existe des dizaines à Prague:
"Ouah dis-donc..." me dit elle, "t'as vu un peu, regarde?"
Moi: "Dingue, chuis scié, ces bougre de Vietnamiens vont jusqu'à nous encombrer la capitale de leur foutus marchés à couillonneries pour débiles souffreteux de l'encéphale, sans dec, chuis scié."

Alors j'ouvre une nécessaire parenthèse, afin d'éclairer le lecteur qui ne serait jamais venu en République Tchèque. La communauté vietnamienne est extrêmement implantée dans notre République pour des raisons historiques (grande coopération entre les 2 pays sous la tyrannie des con-munistes).
Et bien qu'elle ne soit pas la plus importante (13% des résidents étrangers, largement derrière les Ukrainiens 32% et un peu derrière les Slovaques 18%, statistiques du ministère de l'intérieur du 30 septembre 2006)... elle est de celles que l'on remarque visuellement le plus, et ce n'est pas le fait de l'apparence physique. Bon, ok, si, quand même un chouya, ils sont asiatiques, oui ça se voit, mais ce que l'on remarque le plus, ce sont leurs foutus marchés à couillonneries pour débiles souffreteux de l'encéphale. Et oui, parce que la communauté vietnamienne s'est spécialisée dans le marché, et dans 2 types de marchés très exactement.

Le premier type, concentré dans la capitale Prague (et autres grandes villes), est l'alimentation. Le Vietnamien du coin à Prague est l'équivalent de l'Arabe du coin à Paris, ouvert toute la journée de tôt à tard, chaque jour de la semaine, week-ends et jours fériés inclus. Vous y trouvez principalement des produits de première nécessité, genre bière (produit d'indispensable nécessité), dentifrice, rasoirs, piles, tampons périodiques, huiles, sel & poivre, nouilles, zeux et qu'on serve... mais aussi (ici à Prague) des légumes frais, et même exotiques (gingembre frais). Moi par exemple, j'y vais chaque week-end acheter des endives, des avocats, des asperges (en saison) mais aussi des oignons, des patates, des aulx
(aulx = pluriel d'ail, "Dans la rue de Tournon toute noire, un trou de lumière sous un auvent, où pendent des choux-fleurs et des paquets d'aulx." Jules et Edmond de Goncourt). Et ça c'est bien, c'est un peu plus cher qu'ailleurs, mais bon, ça reste dans les limites décentes du raisonnablement acceptable, et surtout ça dépanne fichtrement.

Le second type, nettement moins opportun et dont j'ai parlé en mal précédemment, est éparpillé sur la République Tchèque en dehors des villes, extrêmement présent aux abords des frontières du territoire, et propose aux débiles souffreteux de l'encéphale des couillonneries remarquablement inutiles voire dangereuses.
Dans les dangereux, il y a les briquets à flamme chalumeau hautement incandescente, ou les armes en plastique qui expulsent violemment des projectiles divers et variés. Dans les inutiles vous avez les coques de téléphones mobiles qui ne s'adaptent pas parce que non d'origine, les gadgets électroniques bruyants à 1€ médine-chaïena dont seulement 1/3 fonctionne, pendant presque 2 jours. Dans l'illégal vous avez les marques, les Adidas pas Didas, les Nike-panique, les crocodiles pas trop crodiles, les montres, les sacs à nain... main, jusqu'aux cigarettes de contrebande roulées par des petites Bulgares dans un clandé local entre 2 clients. Puis dans l'offre pour débiles...
enfin ça dépend des goûts aussi, bon, allez... donc dans les offres pour ceux qui ont un goût différent du mien, vous avez les serviettes de plage avec motifs de femmes nues (nue, sur la plage, le soleil sur ma peau...), spécifiquement pour nos amis Choucroutards, il y a les fameux nains de jardin en plâtre, peints à la main par des petits niakoués du fin fond de l'asie. Les plus recherchés sont à bonnet rouge, puis à bonnet vert, les autres couleurs ne se vendent pratiquement pas. En dehors des nains et toujours en plâtre, il existe aussi des Laurel et Hardy, des saxophonistes noirs, des faons, et caetera, et caetera, etc... Fin de parenthêse, et retour à notre grand étonnement devant le spectacle de devant Nozieux.

Moi: "Trop fort, en plein centre ville le marché aux couillonneries, j'le crois pas! Remarque-voir, ils ont l'air d'avoir pas mal de bouffetance goûteuse, si on allait jeter un oeil curieux des fois qu'ils auraient des crevettes séchées?"

Alors parenthèse (ben ouais, encore, faut bien que j'explique non?): ma chérie d'amour et moi-même sommes fous furieux des petites crevettes grises vietnamiennes séchées-salées décortiquées, que l'on déguste comme ça sans rien, crues et séchées-salées, comme des cacahuètes ou des olives, alors que normalement elles sont prévues pour être réhydratées puis rajoutées aux riz, soupes, et autres plats asiatiques dont elles sont un indispensable ingrédient.
Mais nous non, juste comme ça, et pas autrement. Le seul problème, c'est que ce délice est introuvable ici en République Tchèque. Un comble quand on sait combien il y a de magasins vietnamiens d'alimentation. Ben non, ils ont de tout, sauf des petites crevettes grises séchées-salées décortiquées. Alors on les ramène de France, à chaque fois que l'on y retourne, parce que je connais un tout petit magasin de spécialités asiatiques bien planqué derrière la cathédrale de Strasbourg, rue des Frères, où c'est que la prodigieusement sympathique brave dame elle en a des, crevettes grises séchées-salées décortiquées. Toutefois je vous préviens quand même, le goût en est très particulier, la texture coriace rappelle la semelle d'une vieille galoche de clopinard déguenillé (pour ceux qui auraient déjà goûté) et le fumet ses chaussettes.
C'est vraiment réservé aux amateurs gastronomes, friands de saveurs inhabituellement exotiques, je vous préviens quand même, genre. Fin de parenthèse.

Elle: "Des crevettes séchées? Ouais, très super, vraiment beaucoup archi trop top..." Elle est Tchèque ma chérie, et malgré qu'elle parle extrêmement bien notre langue, certaines subtilités liées à l'emploi des adjectifs superlatifs dans un contexte syntaxiquement adverbial et non complétif lui posent encore quelques difficultés liées à ses études de la grammaire traditionnelle du serbo-croate. Mais ça va viendre, comme elle dit...
Moi: "Bon, ben allons-y donc voir, ça serait surméga overcool qu'ils en aient. On pourrait s'en goretter gravement l'soir devant la téloche, d'la crevette." C'est là que je me rends compte que je ne l'aide pas beaucoup à progresser non plus.
Moi: "Tiens regarde, c'est dingue, les portails sont écrits en Français..."
Elle: "Ah ben oui, très Français dis-donc..."
Moi: "Et là, corderie de Montpellier, puis encore là, Voilerie, et encore là, restauration de pianos anciens, attends, c'est profondément loufdingue."
Et plus l'on se promenait, plus l'on découvrait, et plus l'on commençait à trouver que quelque chose ne collait franchement pas, mais du tout pas. D'abord autant d'inscriptions en Français en plein centre de Prague? J'en aurais entendu parler s'il y avait eu un ghetto francophone... pis le marché... mais d'ailleurs tiens, attends voir, il n'est même pas vietnamien, c'est écrit en sinogrammes chinois, et pas en "quốc ngữ"
(caractères latins à diacritique complexe adaptés pour la sauce vietnamienne aux crevettes séchées, ben oui, les Vietnamiens écrivent en latin) me fit fort justement remarquer ma chérie d'amour.
Moi: "Ben flûte alors, mais où c'est-il donc qu'on est bien tombé dis-donc, pis pareil, regarde-voir, il n'y a personne, mais vraiment personne, pas l'ombre d'un zèbre, pas une miette de zindividu!? Alors pour un marché, ça se posait gravement là quand même. J'veux dire avec toute la marchandise, les étales pleines de fruits et de légumes, l'accès ouvert et personne pour vendre, personne pour protéger de l'éventuel malveillant. Stupéfiant.
Elle: "Ouah trop pétoche, l'y a nobod' beaucoup parmi les zalentoirs, dans Twilight Zone and X-Files sommes-nous dedans" rajouta-t-elle.
Ah pour sûr qu'on y était dedans la quatrième dimension, le sentiment zarbi nous zenvahissait, nous nous sentions pénétrés par le côté obscure de la "trop pétoche"... Pis soudain un gars, petit, chinois, sortit du fourbi du marché, pis un autre, blanc, avec un short et une casquette (sur la tête) sortit aussi, pis un troisième, avec des câbles plein les mains... et soudain le déclic, le retour dans le vrai monde bien réel. Nous étions au milieu d'un décor de tournage, sur un plateau cinématographique à ciel ouvert... Ben forcément, tout s'expliquait soudainement, mais bien entendu....
Ah les andouilles qu'on faisait, ah les corniauds de la quatrième dimension, les empotés du discernement, c'te honte embarrassante qui chut brusquement sur nous. Et même qu'en y regardant de plus près, les viandes & poiscailles étaient en plastique, les fruits & légumes non, mais les viandes & poiscailles oui, et je ne l'avais pas vu du premier coup d'oeil, et Montpellier à Prague, et Chinatown au lieu de Vietnamtown, sans dec, le grand khan de la dynastie des couillons interplanétaires que je suis, des fois.

Alors évidemment, les crevettes grises vietnamiennes séchées-salées décortiquées, que l'on déguste comme ça sans rien, crues et séchées-salées, ben ils n'en avaient pas, et du coup on cherche toujours à Prague où n'en trouver.
Si vous avez des tuyaux, heureux citadins praguois, contactez-nous, syouplait. On est donc reparti comme on était viendu, les mains vides, quelques photos pour le fun, et surtout (enfin moi sûr) emprunt d'un sentiment de niaiserie, de sottise, de s'être fait piéger pendant plusieurs minutes par un bête décor de tournage. Du coup on ne sait même pas ce qu'ils tournaient, ni pour qui. A priori ça semble francophone, donc si jamais vous voyez passer quelque chose à la téloche qui ressemblerait aux photos que je vous ai prises, faites-nous savoir, hein, promis? Sur le chemin du retour ma chérie d'amour me remonta sensiblement le moral par ces paroles: "Pas grave, il reste une sachet des crevettes à la maison, tellement beaucoup super non? Allons boire très bonne bière et rigolons très beaucoup. Et on finit vraiment par en rire...