mercredi 24 mai 2006

Visiter: Fata Morgana, la serre trop picale

Cette fois-ci je m'étais dit ben tiens, je ne fais rien que de ne pas arrêter de vous parler d'immeuble, de la ville de Prague, des gens et de la politique (un peu), alors j'avais décidé de vous faire un truc bucolique, genre campagnard à souhait pour les amoureux de la nature.
Pis comme c'était la saison du printemps qui plus est, ben ça tombait pile-poil dedans la période. Mais vous parler des fleurs, des plantes et de la campagne quand on n'y connaît rien comme moi, c'est moyen pour l'intérêt de la publication. Alors je me suis dépêché d'aller dans la serre tropicale "Fata Morgana" le dernier jour d'avril, le 30 très exactement, pour ceux qui comme moi ne savent jamais combien de jours il y a dans un mois donné. Et ce jour n'était pas le fruit de l'aléa,
mais le dernier jour où l'on pouvait encore admirer les papillons qu'on y avait mis exprès dedans pour les admirateurs (de papillons). Personnellement j'aurais préféré des éléphants, si déjà tant qu'à choisir parce que j'aime bien les éléphants (plus que les papillons), mais l'on m'a dit que cela posait des problèmes organisationnels et logistiques et que ce n'était de fait pas prévu dans un proche avenir.
Chuis déçu, mais tant pis, j'ai fait avec les papillons. Pis entre temps sont venus s'intercaler de nouveaux sujets d'actualité, brûlants les sujets, et donc ils sont passés en priorité mais rassurez-vous, les photos je vous les ai mises bien au chaud (si c'est des fayots) ou bien au frais (si c'est des p'tits poês -canadiens-) enfin bref, je vous les avais remisées par de vers moi pour de quand que j'aurai le temps, c'est-à-dire maintenant, encore au printemps, de vous en parler (que j'aurai le temps).

Et pourquoi le nom de "Fata Morgana" (en Italien, et Fée Morgane en Français)? Tout le monde connaît ce nom de "Fata Morgana" donné au moyen âge au mirage aperçu pour la première fois par des croisés dans le détroit de Messine tandis qu'ils pêchaient la sardine, alors qu'à Lorient ils pêchaient le hareng car la fée Morgane (légende d'Arthur) avait le pouvoir d'élever des châteaux sur les eaux pour en déduire 100% des intérêts d'emprunt de son imposition fiscale.
Aujourd'hui l'on sait que ce phénomène est engendré par la perturbation des rayons lumineux passant à travers un gradient thermique de l'atmosphère lorsque des couches d'air chaud et d'air froid se superposent et que la déduction fiscale sur travaux de construction neuve (même sur pilotis) est forfaitairement plafonnée à 40% des revenus fonciers sous condition que le propriétaire s'engage à donner le bien en location au titre de la résidence principale pendant au moins neuf ans à des ménages dont les plafonds de ressources
correspondent à ceux qui sont imposés dans le cadre des prêts locatifs intermédiaire et moyennant un loyer inférieur de 30 % au prix du marché. Alors pourquoi "Fata Morgana" pour une serre tropicale? Hein, ben tiens, et pourquoi? Ben parce que selon la présentation qui se trouve sur leur site Internet, la serre matérialise un mirage de plantes exotiques. Bon, après tout pourquoi pas, hein?

Alors comme dit, moi j'y suis allé pour voir les papillons, parce que j'aime bien les papillons aussi (mais moins que les éléphants), mais surtout c'est beau. Un bel exemple de splendeur gratuite qu'offre la nature. Alors un papillon c'est quoi? C'est un lépidoptères de la classe des insectes de sous-classe des ptérygotes, section des néoptères, division des holométaboles, et super-ordre des mécoptéroïdés pas hémorroïdés. Alors je vous l'avoue, je ne le savais pas non plus. Ce que je savais c'est que gamin, on pissait sur le gazon pour les embêter.
J'fais pipi sur l'gazon
Pour embêter les coccinelles
J'fais pipi sur l'gazon
Pour embêter les papillons
Pipi, gazon, papillons, coccinelles,
Pipi, gazon, coccinelles, papillons.


Mais là, dans la serre de la fée Morgane, défense de pisser. De toute façon il y avait trop de monde pour ça (pisser) mais c'était de ma faute parce qu'évidemment, l'idée du dernier jour n'était réellement pas des plus heureuses pour la visite. D'abord parce que les papillons, il n'en restait plus beaucoup, et surtout ceux qui restaient, ben ils étaient tous de la même marque. Du coup, pas facile de faire des photos colorodiversifiées avec la même andouille de lépidoptère clonée de partout pareille.
Selon les dires du prospectus, il devait y en avoir quelques 3000 de papillons, parmi 50 marques différentes. Moi j'en ai vu beaucoup moins, et il y en avait 10 variétés au maximum. Mais j'ai cherché, bien cherché, et je vous en ai quand même trouvé quelques uns (de papillons) peints différemment que les autres. Par contre le gros, la star de l'exposition, celui qui fait 20 centimètres d'envergure, l'"attacus atlas" de la famille des Saturniidae crée (la famille) par l'entomologiste français Jean-Baptiste Alphonse Dechauffour de Boisduval de Ticheville dans l'Orne en Normandie,
ben je ne l'ai pas vu. Il devait y être, mais il n'y était pas. Ou il était bien planqué l'animal, mais avec une taille pareille, genre je n'aurais pas pu le louper s'il y avait été (ça n'arriverait pas avec des éléphants). Donc il n'y était pas. Tant pis.

Le second truc déjà évoqué dans l'idée pas heureuse, c'était les gens.
C'est quand même dingue que tous ces gens attendent le dernier jour pour aller voir les papillons alors qu'ils avaient tout le mois d'avril pour s'en occuper. A croire que les papillons, c'est comme la déclaration d'un pot et les cadeaux de Noël: au dernier moment (encore que moi, je ne lui en fait pas de cadeaux au Noël). C'est bien simple, s'ils avaient fait ouverture le jour de la fermeture durant un seul jour, ils auraient sans doute eu autant de monde qu'en un mois. Pis un gen, bon ok, des gens, ben ouais, mais beaucoup de gens et humides qui puent, c'est la peste noire.
La serre est chauffée et midifiées à température et midité constantes, genre forêt trop picale de la Mazonie, soit vraiment bien et beaucoup. Ce qui fait que les gens qui habituellement puent déjà bien, voient (enfin sentent) leurs relents amplifiés par les facteurs précédemment cités et la serre de la fée Morgane se transforme en terrier de bouc dysentérique en période de menstruation intense sous un orage violent d'après-midi de juillet à 40°. Rien que du bonheur Thérèse. Parce que les gens ici n'utilisent pas les déos, puis les gens ici n'utilisent pas non plus les sent-bon dedans les machines à laver.
Alors la sueur, les fringues humides, le nombre de gens... Et surtout, à l'entrée ils le disent et l'écrivent: mettez vos fringues au vestiaire, c'est chaud et humide dedans. Et c'est pas par mercantilisme à cent balles puisque le vestiaire est gratos, entièrement gratos. Mais non, il se trouve toujours des gens qui trouvent ça suspect le gratos, et ils se traînent avec leurs pulls, manteaux, doudounes avec les conséquences décrites plus haut.

Donc après la queue d'une demi-heure qui passe sous la serre avec des poissons et xotiques, et plein de gens devant les aquariums, on découvre enfin l'intérieur de la serre. C'est bien, vraiment sympa pour les amateurs de plantes et de nature. D'ailleurs c'est exactement comme ça que je m'imaginais la nature en vraie réalité de ce que j'avais lu, vu en photos et entendu parler les gens. En plus, il y a une sonorisation démente qui fait que chaque mètre, vous entendez un autre bruit de la forêt trop picale. Et on reconnaît sacrément bien les cris des oiseaux, des grillons, des cigales marseillaises immigrées, des singes d'Afrique sud-américaine,
des moustiques paludéens HIV+, des champignons venimeux prêts à vous sauter dessus, des bûcherons industriels qui braconnent les essences rares... vraiment bien fait, et surtout c'est réel. Genre pas le bruit répétitif qu'on voit de suite des oreilles que c'est facticimité, non non, en fermant les yeux, vous avez réellement l'impression d'y être. Puis il y a aussi une cascade, quelques mares avec des poissons que je ne connais pas, des plantes mange-mouches car nivores, enfin plein de trucs naturels à voir pour ceux qui aiment la nature.
Je vais maintenant vous avouer humblement que perso, je l'ai fait au pas de course. Enfin le pas de course que permettait les gens qui comme des andouilles regardaient dedans les flaques d'eau pendant des heures plutôt que d'avancer et laisser les autres andouilles regarder aussi. Donc en une autre demi-heure j'ai bâché le truc et suis parti parce que ras-le-bol de la plèbe nauséabonde. En sortant (ou en arrivant aussi), les environs font un peu chantier, genre pas terminé l'environ. Mais vous y trouverez quand même des stands à saucisses et à bière ("Krušovice", celle que vraiment je n'en ai pas besoin de). Y a juste que le jour où j'y fus,
le saucissier était débordé par le monde, et il fallait atteindre 15 minutes pour récupérer son miam, alors j'ai laissé tomber. Pis comme la serre est à proximité du zoo et du "Trojský zámek", si jamais vous le faites au pas de course comme moi, il vous restera donc encore des choses à voir dans le coin.

Et pour terminer, je vais vous parler de la fameuse polémique politico-financière qui a secoué la mairie de Prague à l'époque où notre actuel premier ministre "Jiří Paroubek" dont je vous ai déjà parlé dans une publie précédente était adjoint économique au maire de la ville (de Prague, je le spécifie pour mon classement par les moteurs de recherche Internet).
La construction de la serre fut tout d'abord estimée à 20 millions de CzK (soit quelques 666.000€), ce qui même pour le profane que je suis, semble être une estimation au doigt mouillé et à l'esprit dérangé. Parce qu'en tenant compte seulement de la construction, puis de la technique à l'intérieur, plus du coût des plantes... enfin chais pas, mais faut être totalement inepte pour mettre une somme aussi ridicule dans une construction aussi pointue. Bref, donc estimée au départ à 20 millions, la construction fut terminée avec un coût total de 200 millions (6,5 millions d'€), soit 10 fois plus, ou encore un invraisemblable 1000% de dépassement.
On sent bien que le chef de projet avait de l'expérience dans le domaine. Quoi qu'il en soit, bien que les factures étaient signées par le directeur du jardin botanique, l'adjoint économique "Jiří Paroubek" les payait sans broncher. On rêve non? Alors allez-y nombreux, en masse, avec femmes, enfants, maîtresses, belles mères et nounous. Et non seulement pour rentabiliser ce dingue investissement, mais parce que ça vaut vraiment la peine. D'ailleurs personnellement je compte fermement y retourner à l'occasion (la nature sur 1700m² ne me dérange pas, j'aime bien), mais quand il y aura moins de gens et plus de papillons (et les d'éléphants?), c'est-à-dire l'année prochaine à la même époque.

Puis encore un truc avant de terminer réellement, et ça n'a rien à voir avec les papillons parce que c'est de hockey dont je vais vous parler brièvement. Vous vous souvenez que j'avais fait une rapide mais nécessaire publie sur les quarts de finales, parce que quand même, c'est bougrement important. Bon, ben on a même gagné samedi la demi-finale contre les Finlandais (3-1) (mais je n'ai pas eu le temps de publier), et tellement bien gagnée cette demi-finale qu'elle fut, qu'on y croyait ferme à la médaille d'or qu'on aurait.
Ben ouais, mais non, parce que dimanche, le pas de bol est venu jouer de malchance avec la scoumoune et les Suédois ont eu le dessus (fumiers!). Mais attention, c'est pas qu'on a mal joué, du tout, d'abord on était fatigué (moi surtout), mais par-dessus tout l'équipe a été victime d'une poisse pas possible. Les Suédois ont marqué le premier but n'importe comment, mais alors avec une chance indécente de cocus permanents (toute l'équipe) et comme la fortune cocutière leur collait à la peau comme la foire au pantalon, ben ils nous ont foutu un second but 40 secondes après le premier. Ben forcément, que voulez-vous faire avec 2 buts d'avance aussi bêtement marqués?

Du coup on a bien essayé de remonter le score, il fallait prendre des risques pour ça, et donc ben ça explique un écart aussi sévère (4-0). Que voulez-vous, ça arrive. Remarquez les Canadiens ont fait encore pire pour la médaille de bronze, ils sont allés se faire mettre un 5-0 par les Finlandais, à sec avec du sable comme on dit. Ca c'est vraiment une raclée sévère, genre la méchante taule grave derrière les oreilles que les joueurs sont rentrés au Canada avec un sac sur la tête. Nous, on est que second, mais les joueurs peuvent revenir à Prague avec la tête haute, les braves petits. Alors il ne reste plus qu'à faire mieux l'année prochaine en Russie (Moscou et St Petersbourg), ou espérer 2008 au Canada (Québec et Halifax), voire en 2009 en Suisse (Zürich et Bern), et vraiment au pire, 2010 en Allemagne (Cologne et Mannheim), mais on finira par l'avoir cette foutue médaille en or.

vendredi 19 mai 2006

Comme ça, sans plus: Demi-finale de hockey

Alors je vous fais juste une rapide bafouille pour vous dire que c'est les championnats du monde de hockey sur glace en ce moment, à Riga (en Lettonie), et qu'hier la République Tchèque... ouais... allez la Tchèquie, "Češi, do toho"... donc la République Tchèque a battu les Russes 4-3. C'était du boulot, mais le match était superbement pas croyable de rebondissements, de qualité, mais que finalement le talent, le génie, l'inspiration subite, la qualité du savoir-jouer, plus le style exceptionnel ont eu raison des Ruskofs.

D'abord 1-0 pour les Russes, puis égalisation. Ouais, super, allez les gars, "Češi, do toho". Puis la République Tchèque mène 2-1, alors moi et mes collègues on suivait ça sur l'Internet, du boulot parce que forcément, un match qui commence à 15:15... Puis 2-2, ben ouais, ça arrive.
C'est bête que ça arrive à nous, mais ça arrive. Et soudainement un troisième but Tchèque, à la 47 ème minute, 13 minutes avant la fin! "Nom di Diou" que je me dis, "attends! Faut que j'y aille, pas possible de rester ici alors qu'on gagne". J'arrive au troquet avec un pote du bureau, le match se déroule à donf sur l'écran plat, plus que 5 minutes avant la fin, tiens... hop, une bière (ben et alors, comment faire autrement?), et on regarde, et on regarde, et plus que 2 minutes, puis 1 minute 30, les Russes sortent leur gardien pour jouer à 6 contre 5, et on regarde et on... et nom di Diou d'nom di Diou, les Russes égalisent à 1 minute 5 secondes avant la fin. Bon, ben c'est pas cool pour le moral de l'équipe c'te histoire là, merde alors. Parce qu'ils poussent les Russes, ces cons, peuvent pas nous laisser gagner non plus? Pis le match se termine sur le score de 3 à 3. Alors 10 minutes de prolongation avec le but qui tue, ou en or, enfin celui qui fait ch... l'autre équipe, parce que le premier qui marque part en demi-finale, l'autre à la maison sans même terminer le reste de la partie.

Alors on regarde. Moi j'en suis à ma 2 ème bière et ma X ème clope (maman c'est pas vrai, je déconne), on regarde, on crie, on souffle, on tousse, on est tendu, "ouah d'nom di Diou, mais poussez crénom d'une bite, foutez-y sur la gueule" que je m'agaçais tellement.
Puis pratiquement à la huitième minute, hop, "Zbyněk Irgl" se lance devant les buts après une passe remarquable du capitaine David Výborný", feint ("Zbyněk") de passer par la droite, et tandis que "Maxim Sokolov" s'étale de tout son poids sur la droite de la cage pour protéger l'entrée possible du palet, "Irgl" freine à donf de tous ses patins, et glisse le palet dans les buts par la gauche en contournant la carcasse du Maxim étalée sur la glace comme une pieuvre échouée sur un banc de sable. Et là, hurlement dans tout le troquet, joie bonheur et allez Grèce... euh non... allez Tchéquie...

Donc samedi, demain, le 20 mai à 15:15 la République Tchèque rencontre la Finlande pour jouer la finale, et c'est pas gagné, ça va même être du boulot sérieux. Alors je veux vous voir tous devant la téloche, à hurler "Češi, do toho". Pour ceux qui ne savent pas comment faire ou prononcer, je leur joins un mode d'emploi à la Bob'n Dave, alors regardez bien comment qu'ils font, et donc demain, 15:15 je veux vous entendre hurler encore plus fort qu'eux jusqu'à Prague sinon la terrible malédiction du Kukigrate'épiékipu s'abattra sur vous comme la vérole sur le bas clergé pour le restant de vos jours, tas de mécréants.

samedi 13 mai 2006

Festival: Le 1er mai, První máj à Prague

Ah ben ça, oui, c'est sûr, j'ai du retard dans mes publies, je ne vais pas le nier puisque je l'avoue (humblement)... En fait une accumulation de concours de circonstances est venue au même moment boucher mon programme et je n'ai pas pu faire face. D'abord j'ai énormément de boulot au boulot, et je pars tôt de mon palace pour rentrer tard le soir dedans.
Ensuite le championnat du monde de hockey sur glace vient de commencer à Riga, aussi Papi, Mamie et tata Poupou sont passés en coup de vent, et durant les week-end il fait beau (ça c'est fichtrement suspect!), bref autant de facteurs bigrement plaisants mais totalement inopportuns à la rédaction de nouvelles publies me sont tombés dessus. Enfin voilà, pour dire, mais bon, maintenant ça y est, votre patience a été récompensée, donc voilà la nouvelle publie, youpi!

Au départ, je m'étais promis de ne pas rédiger d'articles manifestement politiques et de rester correct avec tous les courants de pensées (et croyez-moi ça demande de l'effort).
Bon, mais je ne pouvais quand même pas vous passer sous silence le 1er mai à Prague, jour des manifestations politiques dans toute la ville. Alors je vais essayer de rester le plus objectif possible, et de ne vous présenter que les faits, rien que les faits sans prendre parti contre aucun parti. Que Dieu et Karl Marx me viennent en aide dans ma tâche, alléluia Kamarade!

Tout d'abord c'est parti comme une plaisanterie entre potaches, genre un truc du style "ouais, même pas chiche l'aut', eh c'te honte" après avoir annoncé à quelques potes que j'allais assister au rassemblement du KSČM ("Komunistická strana Čech a Moravy" soit en Français "parti communiste de Tchéquie et de Moravie").
D'ailleurs je n'ai toujours pas compris pourquoi ils n'intègrent pas la Silésie dans leur mouvement, tiens, et pourquoi pas? La Silésie aurait-elle refusé de prendre part au mouvement? Bref... donc pas chiche qu'ils disaient mes potes. Surtout que grande gueule que je suis, j'avais également affirmé au début, mais pour rire, que j'assisterai à la manif vêtu d'un tee-shirt portant l'inscription "Proletáři všech zemí, vyližte si prdel" (en gros, "prolétaires de tous les pays, allez vous faire foutre", insulte lancée de son balcon par l'acteur "Jiří Kodet" aux armées d'invasion du pacte de Varsovie en août 1968 dans le fantastique film "Pelíšky"). Bon, puis après réflexion, je me suis quand même dit que pour faire des photos sereinement, ce n'était sans doute pas le meilleur costume. Alors finalement j'y suis allé en normal afin de ne pas perturber la manifestation et accessoirement ne pas me faire casser la gueule par des rouges fanatiques ou des forces de l'ordre trop zélées, prudent le gars, genre.

Lundi je me suis réveillé tôt, comme d'habitude ces derniers temps grâce à ces couillons de piafs bruyants qui fêtent le printemps en s'égosillant comme des enragés dès les premiers rayons du soleil, c'est-à-dire vers 4:30 du matin. Je quittais mon palais vers 9:30 afin d'assister au barouf politicard suffisamment longtemps pour me faire une idée du type d'individus qui soutiennent le seul parti con-muniste non reformé et dont les 40 ans de dictature ont laissé des séquelles incommensurables sur la population (et pas uniquement). Et tandis que j'attendais peinard le tram qui me conduirait sur le lieu de la nouba bolchevique, je reçu un SMS de mon pote Simon
(prononcez Saillemone, il est Australien, mais vous devez le savoir maintenant) me demandant qu'est-ce que quoi quand, puis alors, et surtout parce qu'il aimerait bien voir ça (l'agglomérat de rouges) de ses propres yeux avant de quitter l'Europe. Mais comme il sortait tout juste de sa litière (à 10h) parce qu'il y a moins de couillons de piafs bruyants qui fêtent le printemps en s'égosillant comme des enragés dès les premiers rayons du soleil au 14 ème étage de son immeuble en béton qu'il n'y en a (de piafs) dans mon parc verdoyant et champêtre, nous nous fixâmes RDV sur place une fois qu'il aurait émergé.

Mon tram arriva enfin, je montais dedans et premier choc, 80% de ses occupants étaient des p'tits vieux, habillés en p'tits vieux comme il y a 20 ans. Sans dec, à croire qu'ils ont fichu leurs frusques dans l'armoire après la révolution, les boules de naphtaline dans les poches, et qu'ils ressortent ces même fringues ringuardes pour les grandes occasions comme celle-là par exemple. Et pas des jeunes les p'tits vieux qu'ils étaient, antiques comme leurs fringues, genre... enfin non, je ne vais pas donner de tranche d'âge sinon je vais en froisser des que je ne voudrais pas froisser, mais bon des p'tits vieux vieux, genre qui ont passé l'âge de prendre le tram quasiment. Pis station suivante, hop, nouveau chargement de p'tits vieux, pis station d'après, encore des p'tits vieux vieux, pis station d'ensuite, p'tits vieux encore pluvieux... plus vieux.
Puis à la vitesse où un p'tit vieux vieux monte dans un tram (souvent avec béquilles ou canne), multiplié par le nombre qu'ils étaient, ben du coup le tram prenait un retard que le conducteur s'évertuait à rattraper entre les stations. Je ne vous dis pas le long des quais, à toute berzingue qu'il roulait le furieux. Et comme les ingénieurs con-munistes des années 60 (ils datent de là nos trams) n'avaient pas prévu qu'il y aurait autant de p'tits vieux d'un coup dans un seul tram, ben forcément il n'y avait pas assez de places assises pour tous. Et ceux qui étaient accrochés aux mains courantes, ben ils virevoltaient dans tous les sens tandis que ceux qui étaient assis se fendaient la poire à pleines fausses dents. Arrivé à la station "Výstaviště", tout le monde descend... ou plutôt essaye de descendre parce qu'avec le chargement d'ancêtres...
Ben ouais, un p'tit vieux, c'est pas plus rapide à la descente qu'à la montée, et même au contraire. Il fait 'achement attention le p'tit vieux pour descendre les 3 marches hautes de 30cm chacune et astucieusement posées là par nos ingénieurs con-munistes promoteurs du bien être social égalitaire pour tous, surtout pour les impotents. Un troupeau d'oiseaux Houlà Houlà qu'on aurait dit, attention mon ménisque, attention ma cheville, attention ma hanche, gaffe à la prothèse... enfin c'est bien simple, le conducteur est sorti de sa voiture pour aller boire un café à la buvette d'en face le temps que le tram se vide de ses croulants. Hein? l'oiseau Houlà Houlà? Quoi vous ne connaissez pas l'oiseau Houlà Houlà? C'est une espèce de gros dindon désopilant de la marque des gallinacés dont la particularité est de posséder de toutes petites pattes bien courtes alors que ses claouis sont fichtrement développés.
Son nom vient du cri strident et caractéristique qu'il émet à chaque atterrissage tandis qu'il bat frénétiquement des ailes d'arrière en avant pour freiner sa vitesse, "houlà houlà ouyouyouille... houlà houlà". Enfin bref... une fois tout le monde descendu, tous, à quelques rares exceptions près, se dirigèrent vers "Křižíkova fontána", lieu du rassemblement prolétaire cette année et pour la première fois en dehors de l'esplanade de "Letna".

Eh oui, et là c'était vraiment une contre-révolution pour le parti con-muniste, car depuis toujours et même après la révolution de velours (1989), ils (les rouges) avaient l'habitude de se rassembler sur l'esplanade de "Letna". Sauf que cette fois-ci, la place leur fut prise par une autre formation, celle des anti con-munistes.
Oui oui, vous avez bien entendu, la confédération des prisonniers politiques s'est payée le luxe de soustraire le lieu légendaire de RDV du 1er mai des bolcheviques au profit d'une manifestation anti. C'est dingue non? Mais je vous en parlerai plus tard. Retour donc à "Výstaviště". Et tandis que sur le boulevard je m'en rendais en direction de "Křižíkova fontána" entouré de béquilles, de cannes, de dentiers et de prothèses, je ne pus que remarquer la discrète mais néanmoins manifeste présence des forces de l'ordre. Et oui, parfois le rassemblement du KSČM provoque des débordements nécessitant l'intervention de la maréchaussée afin séparer les belligérants. Mais pas cette fois-ci, ou tout au moins pas après 10:30, heure à partir de laquelle j'eu le plaisir d'assister au cérémonial.
Je vous épargnerai les discours démagogico-populistes que je n'ai écoutés que d'une oreille (largement suffisant) distraite (suffisant aussi) et qui, soit dit en passant, ne différent des discours des autres partis que par la tonalité pourpre et ouvrière. Pis j'eu droit à l'hymne nationale tchèque, l'hymne nationale slovaque (?!, pas compris pourquoi?!), et à l'hymne internationale bolchevique ("C'est la murge finale, soûlons-nous car demain, l'Internationale, changera l'eau en vin..."). Et tandis que je mitraillais de mon appareil photo tout ce qui passait à ma portée afin de vous présenter cet incroyable cirque ouvrier préhistoriquement antédiluvien, sont arrivés sur le podium les 3 principaux dinosaures. Par ordre de disparition... d'apparition:
- "JUDr. Vojtěch Filip" où JUDr signifie "Juris Utriusque Doctor", soit docteur en droit,
- "Ing. Jiří Dolejš" où Ing signifie "inženýr", soit ingénieur (en quoi?),
- "Ing. František Beneš, CSc." où CSc signifie "Candidatus Scientiarum" soit candidat ès sciences (et surtout ne me demandez pas à quoi ça correspond en France car je n'en sais strictement rien).
Et n'oublions pas Mme "Bc. Alena Hronová" où Bc signifie "Baccalaureus", titre reçu après 3 à 4 ans d'études supérieures (équivalent de licence ou maîtrise en France, rien à voir avec le Bac.) qui n'était pas sur le podium, elle.
Ah bon, pourtant elle se présente aussi aux élections, les con-munistes aussi auraient-ils des problèmes de parités hommes-femmes?

Quoi qu'il en soit, on sent bien que nos principaux candidats du parti con-muniste aux prochaines élections législatives (2 et 3 juin 2006) sont issus de la classe ouvrière travailleuse. Ils ont amplement goûté de la mine, de la terre et de la révolution. Dis-donc les prolétaires, vous comprenez au moins quand ils parlent vos postulants intellectuels?
Je veux dire par là que des candidats qui exposent leurs titres universitaires aussi ostensiblement qu'une vache laitière ses gros pis dans un concours du salon de l'agriculture, ça fait pas vraiment populo-bolchevique. Bref... alors selon les organisateurs, il y en aurait eu des milliers de sympathisants, entre 8 et 9 mille disent-ils. Bon, honnêtement, de ce que j'ai vu, je dirais quelques 3 à 4 mille, mais il est vrai que ça venait et que ça repartait, donc bon, allez savoir. Là où par contre les chiffres sont réels et foutent la trouille du nom de d'là sur la sueur du long du dos (hop parenthèse), c'est que cette engeance représente 20% des députés actuels de l'Assemblée.
Rajoutez à cela 35% de socialos dont plus de la moitié est issue du régime totalitaire mais a déteint sa veste rouge après la révolution (voir plus loin), et vous comprendrez de suite vers où penche la balance de l'appréhension. Et en juin? Ben en juin la droite (ODS) devrait prendre le maximum de voix, mais selon les sondages, les con-munistes seraient toujours à 18%, 3 ème parti du pays, soit 1/5 de la population qui vote pour eux. Dingue non? 1 personne sur 5 en République Tchèque souhaite le retour à la situation d'avant 1989. Sans dec, chuis scié (fin de parenthèse).

Et depuis que mon Cyril tire à boulet rouge sur Cuba en essayant de mouiller l'Union (européenne), le KSČM lui (à Cuba) lèche le cul à qui mieux mieux. D'ailleurs pour l'occasion, on avait invité Mme la chargée d'affaires Aymee Hernández Quesada, charmante, et l'on avait préparé une splendide propagande sur l'affaire des 5 héros prisonniers "du plus grand impérialisme de tous les temps" (voir les affiches). Je vous passe les détails, c'est affligeant et ça ne mérite aucune publicité, lisez vous-même.
Mais ce qu'il y avait, c'est qu'il y avait tout un stand de l'amitié tchèco-cubaine, des stylos, des crayons, des drapeaux cubains, et... et des pins. Ouais, super, des pins comme dans les années 80 qu'on en avait plus vus depuis. Des pins avec les drapeaux tchèque et cubain entrelacés, comme avant avec le drapeau soviétique, c'te honte. Alors je n'ai pas pu m'en empêcher, j'en ai acheté un (0,67€) que j'ai offert à mon Kamarade Simon qui en fut fou de joie (il collectionne ces reliques du con-munisme).

Pis tout doucement, ça commençait à bien suffire, et donc l'on décida avec mon pote australien de quitter le champ de la révolution permanente pour aller nous en jeter une ou deux sur une tranquille terrasse environnante. Et tandis que nous passions à proximité du podium, je remarquais l'ingénieur "Jiří Dolejš" qui signait des autographes. Quoi, mais moi aussi, moi aussi j'en veux un pour bien prouver à mes copains du bureau que j'y étais. Et hop, je chopais le numéro spécial "Májové noviny" du journal de propagande du KSČM "Haló noviny", et me précipitais faire la queue de 2 personnes devant moi pour obtenir l'autographe qui va bien.
Léger comme file d'attente, il y avait bougrement moins de monde que devant les épiceries il y a 20 ans pour acheter des bananes (de Cuba). J'étais tout chose, à savoir que j'allais recevoir un paraphe d'un des leaders du parti con-muniste tchéco-morave. Pis arriva mon tour, alors je demandais poliment au monsieur s'il pouvait me signer le journal portant leur programme électoral, et il le pu. Il me signa gentiment le journal, non sans se demander ce que je pouvais bien faire là et qui je pouvais bien être puisque nettement plus jeune (enfin nettement, pas mal quand même) et visiblement autrement habillé que la masse des désespérés (classique, le bob Kozel, les lunettes de soleil, un tee-shirt et combat trousers 3/4 pour ranger tout mon fourbi dedans toutes les poches).
Je remarquais de suite son interpellation aux fractions de secondes d'hésitation qu'il manifesta en me voyant débarquer sur les planches du podium. Réaction somme toute naturelle lorsqu'on sait qu'une semaine auparavant, il s'était fait méchamment molester dans la rue par 3 inconnus. Pauvre gars, il en a pris grâve sur son râble d'ingénieur! Et ça se voit bien encore aujourd'hui, regardez-voir mes photos. Le pauvre gars a dû subir une opération de l'oeil à cause d'un décollement de la rétine provoqué par les coups. Ah pour sûr, ils n'y ont pas été avec le dos de la cuillère, les malfrats.
Aussi après l'autographe, je lui serrais la main tout en lui souhaitant un prompt rétablissement, parce qu'après tout, on a beau ne pas partager les mêmes idées, on n'en reste pas moins des hommes courtois, urbains et civilisés. Et n'allez pas considérer que je fus poussé par un sentiment de pitié ou de compassion, genre "le pauvre petit chéri". Nenni, je considère simplement qu'une telle violence est aujourd'hui inacceptable et me révolte d'autant plus que ces actions primitives envers les personnes physiques ont été l'apanage des services bolcheviques (et autres...) d'antan. Ces comportements sauvages sont la manifestation d'une profonde imbécillité parfaitement incompatible avec le dialogue démocratique actuel, aussi je les désapprouve fermement. Mais bon, revenons aux manifs.

Après donc "Křižíkova fontána" où le KSČM allait céder la place au ČSSD (socialistes), nous nous dirigeâmes vers "Letna", lieu de la manifestation anti con-muniste. Alors j'en profite rapidement pour vous faire une parenthèse, puisqu'on en est aux partis politiques, hein, ça m'évitera de revenir sur ce déplaisant sujet par la suite. Savez-vous que ČSSD signifie "Česká strana sociálně demokratická", ce qui se traduit littéralement en Français par "Parti tchèque socialement démocratique"? Ca ne vous semble pas curieux qu'un parti social démocrate (ou socio-démocrate?) ne soit démocratique qu'au niveau social? Et le reste, la culture, l'instruction, l'économie et la défense... ce n'est pas démocratique? En réalité la seule différence notable entre les socio-démocrates et les con-munistes, c'est que les premiers cachent talentueusement leur passé d'avant la révolution, et à de rares exceptions près (et pour les plus jeunes), ils ont gaillardement trempé dans la machine tyrannique d'avant la dernière révolution (de velours). Ah c'est pas facile à cacher, mais généralement ils y arrivent plutôt bien (ou le peuple tchèque a la mémoire courte).
Prenons par exemple notre premier ministre, l'ingénieur "Jiří Paroubek" (exemple totalement aléatoire). Si vous lisez son CV officiel sur le site du gouvernement, vous apprendrez qu'après avoir terminé ses études économiques en 1976, il occupa jusqu'en 1990 la position "d'économiste dans diverses fonctions de direction dans le monde de l'entreprise(?!)". Bon, OK, c'est propre mais si j'étais responsable des ressources humaines (ce que je ne suis pas), j'aimerais bien que ce gaillard me détaille un peu ses activités pendant les 14 ans de dictature (le trou noir entre 76 et 90). Bon, comme je le disais au début, je souhaite rester politiquement correct mais pour ceux que ça intéresse et qui comprennent le Tchèque, je vous ai trouvé de la bonne polémique sur la toile, intitulée le profil d'un cadre de la nomenclature. Vous avez un doute sur ce qui y est écrit? Alors lisez encore ceci.
Et croyez-moi, ce n'est pas une exception, nombreux sont ceux, qui après avoir occupé des postes plus ou moins importants sous les bolcheviques, se sont retrouvés au ČSSD et jouissent aujourd'hui dans le gouvernement de hautes fonctions. Décidemment, elle n'a pas encore fini de régler ses compte avec ces fumiers rouges, notre pauvre République. Fin de parenthèse.

A "Letna", c'était... comment dire... ennuyeux. Genre grande fête sans personne, ou fête sans fête, enfin morose sinon chagrin. Nous prîmes donc quelques photos, ce qui vous permet ainsi d'admirer mon Simon avec son tee-shirt anti con-muniste qu'il portait fièrement lors du précédent rassemblement des rouges.
Curieusement, ces derniers n'y prêtèrent aucune attention particulière. Sans doute l'inscription était-elle trop petite pour leurs yeux fatigués de p'tis vieux. Puis nous achetâmes encore quelques tee-shirts anti (vous pouvez voir les slogans sur mes photos) afin d'en avoir suffisamment pour les années à venir. Je me suis même offert une cuisse de poulet fumée grillée crue, que je n'ai pas finie au motif du troisième adjectif (crue). Nous regardâmes encore partir drapeaux en tête une colonne d'anciens prisonniers politiques, de scouts, de chais pas quoi et de j'me souviens plus qui en direction de j'ignore où, ce qui nous amena tout naturellement à ne pas les suivre compte tenu de toutes ces carences. Et finalement nous quittâmes la place pour aller admirer le dernier lieu contenant des reliques de l'ancien régime, "Národní památník na Vítkově" et sa gigantesque statue de "Jan Žižka" dont je vous parlerai sous peu dans le cadre d'une nouvelle publie.