jeudi 27 avril 2006

Ailleurs: Horšovský Týn, oui, ça se laisse voir

Alors voilà, afin que vous ne disiez pas que mon horizon est limité, et qu'en dehors de cette belle ville de Prague je ne sais pas parler d'autre chose, je vais donc aujourd'hui vous parler de la ville... ou plutôt du village, parce qu'avec 5000 habitants on ne peut parler de ville, donc je vais vous parler de "Horšovský Týn" qui se trouve sur la route de "Plzeň" à "Domažlice" (sud-ouest) à quelques 40 km de la première, et quelques 10 km avant la seconde, soit quelques 20 km de la frontière d'avec la Bavière (forcément).
Alors pourquoi je vous parle de "Horšovský Týn" aujourd'hui et pas de Prague me demanderez-vous? Ben parce que j'y suis allé, que je vous ai fait des photos, et aussi parce que derrière son allure de village perdu au dargeot du monde civilisé, ce trou... ce bourg avait une importance significative dans le pays au moyen âge. Puis aussi parce qu'il se trouve dans cette commune un élément représentatif de ce que je hais profondément, un exemple dont je vous ai déjà parlé dans le cadre de l'affaire de l'église St Michel (à Prague) et dont je ne cesse de maudire les protagonistes. Cette immonde abjection, ce dégoût écoeurant qui éveille en moi des pulsions meurtrières,
c'est la dévastation gratuite, le saccage injustifié des dix fils... d'édifices historiques. Et les protagonistes directement responsables de ce gâchis, auxquels incombe l'opprobre universelle au delà des années et des siècles, sont bien connus:
- de façon directe: les crétins primitifs dont la simple existence est une insulte à la subtilité de la nature et à la créativité humaine,
- de façon indirecte (et encore...): l'Etat, dont la principale préoccupation est de justifier méticuleusement sa coûteuse incompétence face à l'ampleur du problème, lorsqu'il (l'Etat) ne participe pas sciemment à la déprédation.
Bref... c'est une honte effroyable, mais je vous en parlerai plus tard.

Alors "Horšovský Týn" qu'est-ce que c'est, d'où ça vient et comment ça marche? C'est donc un truc sorti de terre dans le milieu du X ème siècle, et qui vers la fin (du X ème siècle) est tombé dans l'escarcelle de l'évêché de Prague. Forcément, stratégique, commerçant, sur la route vers Regensburg donc potentiellement lucratif le truc, et même bien lucratif, genre qui attire la race des curés comme le paysan attire l'impôt, donc forcément, hop, sous la tutelle de l'évêché de Prague. Alors on passe rapidement sur les couillonneries pour arriver aux dates et sans ciel.

Après les guerres hussites, l'on confisqua le domaine à la prêtrise pour le refourguer à la bourgeoisie, ce qui pour le paysan moyen représentait un changement aussi radical que de passer de la peste au choléra. Youpi houra. En 1542, la ville fut attribuée à la famille des "Lobkovic" (mais que vous trouverez également avec les orthographes "Lobkovicz", "Lobkowicz" ou "Lobkowic", rassurez-vous c'est les mêmes) et plus particulièrement au "Jan Popel z Lobkovic" dont le nom prédestiné allait être intimement lié à l'avenir du château. Ben oui, "popel" en Tchèque signifie "cendre", et 5 ans plus tard (1547), le château, comme d'ailleurs une grande partie de la ville, finiront en... cendres. Ca ne s'invente pas!
Bon, mais comme il avait un peu d'argent de côté à l'épargne de l'écureuil, le bougre "Lobkovic", il reconstruisit 3 ans plus tard un autre château de type nord-italo-renaissance sur l'emplacement des cendres enfin froides. L'héritier du cendrier qu'avait pas de bol, son fils "Vilém z Lobkovic" n'en aura pas beaucoup plus (de bol) que son papa. Pour sa participation à ce qu'on appela alors "stavovské povstání" (plus connu en France par l'évènement de la seconde défenestration de Prague qui déboucha tout naturellement sur la guerre de 30 ans), il sera condamné vivant à mort et ses biens seront confisqués au profit des lèches-culs habsbourgeois et en particulier d'un des plus grands (lèches-culs habsbourgeois, de Ferdinand II et même de Ferdinand III) en la personne de "Maximilian Trauttmansdorff" dont la descendance habsbourgo-lèche-cultière possèdera l'édifice jusqu'en 1945 (depuis 1622).
Puis ça c'est pour l'histoire succincte de la ville et du château dont l'apparence actuelle est quasidentique à ce qu'elle était au XVI ème siècle après la reconstruction naissance... la construction renaissance. Et ça se visite, mais bien sûr il y a des bémols.

Tout d'abord, et bien entendu, comme dans tout château qui se respecte en République Tchèque, il ne doit pas manquer l' (ou les) ours dans les douves asséchées (voir mes publies précédentes relatives aux châteaux). Ben tiens, faut bien combler avec quelque chose, regardez, moi par exemple avec mes publies :-)))
Encore qu'en ce qui me concerne, je n'y mets pas de pauvres bêtes vivantes, j'y mets des commentaires sans intérêt et des photos moches, mais pas de pauvres bêtes vivantes. Or dans les douves de ce château, il n'y avait pas un ours, mais une chèvre (ou un bouc) ce qui nous a d'abord semblé particulièrement curieux et inhabituel. Puis au bout de quelques minutes de réflexion et d'observation minutieuse, nous en sommes arrivés à l'adroite conclusion qu'il s'agissait bel et bien d'un ours mais facétieusement déguisé en chèvre. Décidemment ils ne savent plus quoi inventer pour attirer les touristes. Mais avec moi ça ne prend pas, un ours, une chèvre ou même un ours déguisé en chèvre qui fait l'âne, c'est pas ça qui va me faire venir au château si lui-même (de château) n'en vaut pas la peine.
Déguisé en lapin playboy plantureux je ne dis pas, à voir (encore que c'est poilu comme une portugaise un ours), mais en chèvre? Sauf que ce château, aux dires de mes lectures, valait la peine d'être vu, aussi nous nous y sommes rendus, pour le castel et non pour le plantigrade.

Toujours en fonction de mes lectures, il (le château) serait ouvert de 9h à 16h. On ne vous précisera bien entendu pas la pause de midi à 13h qui va bien (la pause de midi jusqu'à 13h, et pas la pause de midi prise à 13h). Ca c'est l'une des surprises que vous aurez la joie de découvrir sur place, en arrivant comme nous à 12:15 pour éviter la foule tandis qu'elle ripaille.
Ben du coup, et comme la plèbe nous sommes allés casse-croûter, que faire d'autre? Alors j'en profite aussi du coup pour vous signaler que nous avons mangé dans le restaurant de l'hôtel Šumava, sur la place du village. Vous ne pouvez pas la louper, la place du village, parce qu'il n'y en a qu'une dans le village, juste en face de l'entrée du château. Alors pourquoi vous en parle-je, ben pour vous dire qu'alors que le restaurant n'était rempli qu'au tiers de sa capacité, qu'alors que j'avais commandé une classique escalope pas née... panée tandis que ma chérie d'amour avait porté son appétit gourmand sur une simple poêlée de légumes, alors qu'on était un samedi d'Avril, qu'il faisait particulièrement beau et que je m'en envoyais ma seconde bière,
et bien malgré tout ça, mon escalope à moi est arrivée 20 minutes avant la poêlée d'à elle. C'est quand même formidable non? Je veux dire par là que le cuistancier gâche-sauce était une belle andouille d'exhibition internationale parce que ça ne me semble pas spécialement compliqué de coordonner deux repas, qui plus est simples et classiques. Et je sais de quoi je parle, j'adore faire et je fais la cuisine. Alors hein, une escalope pré-panurée juste à paner, et des légumes surgelés pré-épluchés juste à poêler, faut pas pré-déconner non plus, c'est faisable en même temps non? Andouille! Ceci dit, ce n'était pas spécialement mauvais, et la pauvre serveuse est venue plusieurs fois s'excuser humblement de la lenteur du second plat. Oui, certes, c'est un minimum venir s'excuser,
mais ça ne remplace pas non plus les pommes de terres et les morceaux d'escalopes que je dus céder à ma chérie d'amour qui bavait à grosses goûtes et finit par piquer dans mon assiette, la pauvre chérie. Enfin bref... c'était pour dire.

Après la tambouille, retour au château avec découverte des autres surprises qui vont bien. Tout d'abord vous ne pouvez pas visiter seul. Genre c'est pas comme à dis "Sneyland", où vous achetez le ticket, et hop vous vous retrouvez dans le cirque, tout seul, perdu au milieu des souris géantes, des nains géants aussi, et des chiards excités qui courent dans tous les sens en braillant bruyamment ne sachant par où commencer.
Ben ici non. Non parce que vous ne pouvez pas visiter seul (sauf les toilettes). Et même ça, ça se comprend aisément lorsque l'on sait oh combien le touriste est pourvu de la fâcheuse tendance à ne pas fermer la porte ni éteindre la lumière derrière lui. Le châtelain a d'autres chats à fouetter que de passer derrière chaque pékin distrait. Cependant la fâcheuse conséquence en est la suivante, parmi les 6 circuits offerts, vous devrez vous contenter de celui qui part au moment où vous arriverez, et encore à la condition qu'il y ait suffisamment d'intéressés pour justifier le déplacement du guide et la dépense électrique. Autrement dit, bien qu'ouvert de 9h à 16h avec la pause de midi à 13h qui va bien,
la visite qui va vous intéresser ne se déroulera qu'à une seule et unique heure de la journée que tous les sites Internet vantant le monument se garderont bien de vous préciser, des fois que vous arriviez au moment escompté. Pis si jamais vous n'avez vraiment pas de chance (eh oui, il y a pire), alors le circuit non voulu sera déjà parti depuis quelques minutes, aussi il ne vous restera plus qu'à prendre une bière et contempler l'ours déguisé en chèvre qui s'ennuie encore plus, et depuis plus longtemps que vous dans les douves asséchées du château.

Les tarifs des visites sont en fonction du circuit que vous allez subir (à défaut de choisir), mais les prix particulièrement raisonnables s'échelonnent entre 20 et 50 CzK (0,67 et 1,67 €). Là où il y a foutage de gueule manifeste, c'est sur la taxe du droit de photographiage prélevée par Monseigneur le Vicomte (le château appartient à l'Etat, mais ça fait mieux comme ça, avec Monsieur le Vicomte): 100 CzK (3,33 €). Certes, vous pourriez légitimement m'objecter qu'à comparaison de dîme ou gabelle, icelle taxe est bougrement moins dispendieuse. Oui, dans l'absolu, mais en pourcentage du prix d'entrée, c'est pour moi foutage de gueule et escroquerie.
D'autant plus, considérant que flash et trépieds sont proscrits. Alors à vous de voir, mais moi c'est non, aussi vous ne verrez aucune photo de l'intérieur du château. Pour comparaison, à Prague, la photo-taxe coûte de 30 à 50 CzK, soit moitié moins pour la plus chère qu'au château de "Horšovský Týn".

Pis encore un truc, c'est de l'anecdote, enfin de la pinaillerie de collégien, mais j'ai su rester jeune et facétieux, alors j'ai pas pu m'en empêcher, de faire la remarque.
Je vous explique, au tout début de la visite, alors que la jeune et charmante guide nous expliquait que les baies vitrées dedans la pièce où nous nous trouvions n'étaient pas conçues d'origine mais avaient été posées à la demande des dames du castel qui se caillebottaient la croupe adipeuse en hiver, détail que du reste n'importe quel amateur comme moi aurait deviné à la forme des arches de voûte et des encadrements de portes en pierres taillées proéminentes typiques des pergolas ouvertes de type renaissance italienne, bref... tandis qu'elle expliquait des évidences, je me promenais dans la pièce inspectant tous les détails de l'immobilier présent,
tout en me disant que compte tenu du climat rigoureux qui règne en nos contrées, Monsieur "Lobkovic" aurait certainement été plus inspiré de prendre exemple de l'architecture inuite plutôt qu'italienne. Soudainement j'entendis une voix nettement plus directive qu'auparavant "et je leur demanderai de bien vouloir ne marcher que sur les tapis! Merci" émanant de la délicieuse guide tout en me toisant d'un oeil spartiate comme un galopin qui se mettrait les doigts dans le nez. Alors que le reste du troupeau d'andouilles se retournait afin d'accentuer mon embarras (sauf ma chérie d'amour qui était déjà retournée, ce qu'elle est mignonne),
je me rendis effectivement compte qu'il y avait réellement un tapis, rouge, et qu'à l'évidence je n'étais pas dessus. Ben forcément, chuis pas habitué à marcher sur des tapis rouges, pis ce n'était même pas indiqué qu'il fallait marcher dessus, d'habitude c'est même le contraire, "ne marchez pas sur les tapis" qu'ils disent. Quoi qu'il en fut, je déplaçais prestement ma personne sur la carpette de manière à éviter quelle qu'avoinée complémentaire, puis rejoignis docilement le groupe. Pis au fur et à mesure de la visite, je me rendis compte qu'alors que le troupeau d'andouilles dont je faisais partie suivait les recommandations du guide (charmante) au pied sur le tapis de la lettre, elle, tranquillement,
vagabondait sans honte en dehors de la carpette. Ah ouais? Ben flûte alors, tiens, et pourquoi? Et n'écoutant que mon ferme sentiment d'équité qui m'anime depuis la petite école, sentiment du reste que mes maîtresses qualifiaient volontiers mais à tort de "mauvais esprit narquois" et qu'elles s'empressaient (les salopes) de consigner en lettres rouges dans mon carnet de correspondance à l'attention de ma maman, donc n'écoutant que mon sens aigu de l'égalité, je ne pus m'empêcher de lever le doigt en réponse d'à sa question "avez-vous des questions?" maladroitement prononcée par la charmante petite tandis qu'elle se tenait à un bon mètre de distance de la pourpre moquette.
Bon, vous imaginez sans peine la question que je m'empressais de soumettre à la pauvre chérie devant l'audience amusée? Ben tiens, une si belle occasion. "Parce que j'ai des chaussures spéciales, moi, des chaussures qui ne laissent pas de traces" me répondit-elle du tac au tac. Ah ben évidemment, alors là c'est sûr qu'avec une réponse pareille, il ne me restait plus qu'à m'avouer vaincu. Oh bien sûr, j'aurais pu argumenter que les miennes de chaussures ne laissaient pas de trace non plus, qu'elles étaient également spéciales,
en cuir huilé pleine fleur de vachette des Alpes suisses, languettes et renforts de chevilles rembourrés en ouate de pingouin manchot, première et seconde doublure molletonnées de textile intissé sur mousse polymère antiodorante cousues main sur semelles double-crantées en caoutchouc synthétique résistant aux acides chimiques, aux huiles industrielles et à la pisse du chat de ma voisine, sans parler des lacets... Mais devant tant d'évidences et de preuves irréfutables démontrant sans le moindre doute qu'elle pouvait marcher en dehors du tapis alors que nous non, je ne me sentais plus l'envie d'objecter.
D'ailleurs je ne pouvais pas gagner: elle était guide à elle toute seule, charmante de surcroît, tandis que moi j'étais un insignifiant fragment du troupeau d'andouilles. Alors hein, aucune chance d'avoir raison. Tiens, c'est marrant quand même à quel point certaines situations confèrent à une fonction somme toute ordinaire un pouvoir dominant conventionnellement (artificiellement) perçu par chacun, pouvoir auquel une majorité se soumet naturellement et spontanément nonobstant de la pertinence des actes et de l'objectivité des assertions du dépositaire de la dite fonction (somme toute ordinaire).
Eh, sérieusement, avec une phrase pareille j'aurais pu faire homme politique tchèque à Prague ou avocat véreux américain à New York, genre un truc foncièrement honnête et qui paye singulièrement bien. Enfin bref... donc le château, sans dec, on n'a pas regretté d'être velu... venu. On a seulement vu ce qu'on ne voulait pas forcément voir, à savoir la partie toute nouvelle. Enfin nouvelle, la partie renaissance, tandis que les parties que je voulais voir moi (et ce n'était pas celles de la châtelaine), la partie gothique, la chapelle et la bibliothèque, ben keud nada, y avait pas. Alors du coup opinion mi-tigée, impression de déçu et frustration certaine.
Mais allez-y quand même si vous avez l'occasion, qui sait, vous aurez peut être plus de chance.

Pis en revenant sur la route principale, la départementale(?!) numéro 26 qui va vers "Draženov" puis "Česká Kubice", direction sud-ouest, nous fîmes un petit crochet pour aller voir ce qu'il reste de l'église Ste Anne, bien visible de la route précédemment évoquée.
Cette église d'extérieur imposante se nomme "Svatá Anna na Vršíčku" (Ste Anne sur le monticule, comment veux-tu que...) et est accessible par une toute petite route de rien du tout, sur la droite après la station service. Sur ce petit bout de chemin, vous pourrez admirer sur la gauche 2 statues baroques, les dernières qui restent du chemin originel qui menait les processions du village vers le lieu saint. Mais dépêchez-vous si vous voulez les voir, parce qu'il n'est pas sûr qu'un jour elles n'y soient plus. En effet, bon nombre de ces objets d'art livrés à la nature et aux imbéciles finissent souvent dans un jardin allemand au milieu des nains multicolores achetés (eux) à un Vietnamien sur le bord de la route au retour d'un bordel notoire spécialement orienté sur la clientèle germanique.
Véridique! Le papa de la délicieuse Viky à la poitrine opulente (Viky, pas son papa), pourrait vous en parler en long et en large. Historien, écrivain, conservateur et amateur de vieilles pierres au point de les restaurer avec talent et amour, il se bat constamment pour protéger les nombreuses statues qui se trouvent par champs, monts, vaux et forêts dans cette historiquement riche région de "Chodsko". Il pourrait vous en parler des statues qui balisaient un chemin de pèlerinage, une route de commerce, une direction, un territoire ou un hameau, puis un jour retrouvées (lorsque seulement) arrachées de terre sans doute par des câbles fixés à l'arrière d'une grosse cylindrée, puis laissées sur place parce que soit éclatées par la chute (et donc sans intérêt) ou trop lourdes pour être portées par les fumiers impudents.
Ah pour sûr, c'est une bien triste époque pour l'art d'antan. Bref... donc continuez sur cette petite route, puis à gauche, montez, et vous arrivez en plein sur l'emplacement de l'église Ste Anne.

Aujourd'hui c'est dans un état, enfin jugez-en vous-mêmes sur mes photos, c'est désolant, mais à une époque c'était beau, un haut lieu de culte de la sainte (Anne) où pèlerins et dévots venaient régulièrement prier. Le dernier grand pèlerinage en l'honneur de Ste Anne eu lieu en 1951, puis commença la fin. Mais un peu d'histoire avant mon coup de gueule (et oui, encore). L'architecture est gothique en phase terminale, enfin fin gothique, et l'édifice fut baptisé, consacré ou ordonné, (chais pas comment qu'on dit en langage curé), bref... la crémaillère religieuse fut pendue en 1516. La crypte servit de caveau familial d'abord pour la famille "Lobkovic" puis ensuite pour les "Trauttmansdorff" (lèches-culs). A la fin du XVII ème siècle, la comtesse "Anna Maria Trauttmansdorff" (née "Lichtenstein") fit construire la chapelle "Božího hrobu" (quelque chose comme le tombeau de Dieu?!).
C'est cette petite construction rigolote avec un petit dôme hexagonal en son sommet. Au dessus de la porte d'entrée vous pouvez remarquer l'inscription mentionnant Madame (Anna Maria) entre 2 armoiries des dites familles (Traut... et Licht...). Puis lors des réfections suivantes, plus tard, vers 1840, l'on fit même construire un autre caveau familial qui communiquait directement avec la crypte de l'église. D'ailleurs vous ne pouvez pas le louper, il se trouve sous vos pieds quand vous êtes sur le parvis, c'est l'estrade avec les grandes dalles, devant l'entrée principale. Ben là, quelques mètres en dessous se trouvent des dizaines de dépouilles de Trauttmachin, et on y encavait encore dans la première moitié du XX ème siècle. Quant à l'autre édifice de style empire, il date de 1835. C'est la chapelle funèbre de Jean Norbert (Trauttruc).

Bon, et passons à la dénonciation. L'état pitoyable dans lequel vous pouvez voir aujourd'hui le domaine est l'oeuvre des vandales et des primitifs qui se livrèrent dans les année 50 et 60 du siècle précédent à un stupide carnage sans nom. La totalité de l'immobilier baroque, les bancs, les escaliers en bois, les statues, l'autel de la fin du XVIII ème siècle, les fresques et les tableaux, tout fut irrémédiablement saccagé et ruiné. Et attention, non pas pillé, mais primitivement détruit, cassé en morceaux. Jusqu'aux tombes qui furent ouvertes,
leur contenu cette fois-ci sans aucun doute pillé, tandis que les os furent éparpillés tout autour de l'église. Eh oui, l'état con-muniste se foutait totalement de l'avenir de son passé, de sa culture, et de ses édifices, religieux qui plus est. Ah par contre attention, le premier subversif séditieux qui s'en allait pisser aux pieds d'une des innombrables statues de Lénine s'en prenait illico pour 20 ans de goulag en Sibérie, sans jugement. Aujourd'hui l'église a été complètement vidée du bordel laissé sur place par les crétins incultes (on ne peut pas en dire autant des 2 autres édifices adjacents) et un nouveau toit a été posé afin de limiter tout au moins le dégât naturel. En regardant par les trous et les fenêtres, vous pourrez encore apercevoir des restes de peintures murales datant du début du XVI ème siècle.

Puis je ne peux pas vous laisser partir comme ça, sans vous livrer une anecdote, hein, comme d'hab. Celle-ci me fut contée par le papa de la délicieuse Viky à la poitrine opulente (Viky, pas son papa), lors d'une de ces soirées où, autour d'une table copieusement garnie de moult verre de bière, l'on aborde aussi parfois des discussions sérieuses.
Cette histoire particulièrement triste est liée au fameux caveau des Trauttprout sous le parvis de l'église et serait véridique selon les dires du dit papa. A l'occasion d'un enterrement dans le caveau, lors d'un hiver rigoureux, l'on aurait laissé l'entrée ouverte lors de la cérémonie d'adieu dans l'église. Mais entre temps, un gamin du village, un petit potier, se serait introduit à l'intérieur pour se réchauffer dans les draperies qui ornaient l'intérieur de la crypte. Puis il se serait endormi. La cérémonie terminée, l'on referma l'entrée du caveau d'avec la lourde dalle en pierre brute tandis que le polisson s'y trouvait encore. On retrouva les restes du malheureux plusieurs années plus tard à l'occasion d'un autre enterrement, et l'on raconte que les os de ses bras en dessous des coudes étaient à nu. Dans le désespoir, l'infortuné en aurait dévoré la chair atrocement torturé par la faim.

"Bon, ben je vais reprendre un genoux de porc grillé, hein... et une bière aussi, parce que ça donne soif ces histoires là." Alors on en rigole, puis on se demande si c'est bien vrai, mais des anecdotes croustillantes et véridiques comme ça, le papa de la délicieuse Viky (à la poitrine opulente) en a tout plein concernant sa région, malheureusement rien sur Prague, c'est pas sa partition. Mais je vous les réserve pour une autre fois lors d'une prochaine publie sur la région de "Chodsko".

mardi 18 avril 2006

Festival: Le demi-marathon de Prague

Alors c'est pas seulement parce que je n'avais rien de mieux à faire que je suis allé voir le demi-marathon de Prague 2006, c'est aussi et surtout pour faire des photos que je ne fais pas souvent, des photos de coureurs en mouvement, et croyez-moi c'est pas le plus simple (mais j'ai du talent :-)
L'autre truc aussi quand même, c'est que des personnes (à priori) normalement constituées puissent courir quelques 21km sans sonner à la porte de St Pierre avant l'arrivée, relève pour moi de la stupéfaction (et je ne vous parle même pas du vrai marathon, les 42 bornes et quelques mètres). Et donc tout ceci m'a tout naturellement conduit sur les traces du tracé officiel du "Machin Prague Half Marathon" long de 21,0975km (puisque le vrai fait 42,195km) et qui s'est déroulé le samedi 1 avril 2006 à partir de 12:00.
J'en profite de suite pour vous mettre la fabuleuse couillonnerie dont je suis plutôt fier et à laquelle vous avez échappé de justesse. Le 1er avril, vous savez, c'est le poisson d'avril, et donc j'ai faillit vous mettre en titre de cette publie: "Prague le 1er Avril: mare à thons". Ouah l'aut', mort de rire, trop fort le Strogoff, sans dec...

Bon, et pourquoi alors le "Machin Prague Half Marathon", parce que moi, "Machin", j'en avais jamais entendu parler!? Donc curieux que je suis, je me suis empressé d'aller voir sur la toile mondiale qui est cet obscur "Machin", et là j'ai appris que "Machin" était une société de "Sport und Modegesellschaft m.b.H", autrement dit une "société de mode et sportive m.b.H." :-) Vous aurez reconnu à la langue que la société en question est d'origine germanique, et Autrichienne pour tout vous dire.
Ben moi je ne connaissais pas, du tout, jamais entendu parler. Mais pas grave, du tout non plus, parce que la société en question ne m'est pas sympathique. Je m'explique. Le truc que je ne trouve pas terrible du tout du tout (et je modère mes propos), c'est que leur site tchèque (.cz) n'est qu'en Allemand. Et ouais, et donc pour moi, c'est soit de l'arrogance, soit de la bêtise, soit un subtil mélange des 2 dont j'ignore respectivement les proportions.
Ben oui, que leur point-até (.at) ou point-come (.com) soit en Allemand OK, normal, c'est chez eux, mais le royaume de Bohême ne faisant plus partie depuis 88 ans de l'empire d'Autruchon-gris, il eût été souhaitable que leurs pages point-cézede (.cz) fussent au moins en Anglais, si pas en Tchèque. Non, vous ne trouvez pas? Ben moi si. Et c'est pour cette raison que je ne leur ferai pas la moindre publicité dans ma publication.

Samedi matin je me suis réveillé tard, et de surcroît j'avais pris des engagements après le départ du demi-marathon qui me retiendraient à l'extérieur pour le reste de la journée et de la soirée. Cela n'aurait pas eu de conséquence déplaisante si je n'avais pas dû encore accomplir des tâches extrêmement importantes mais surtout urgentes. Il ne me restait plus une paire de chaussettes propres à enfiler le lendemain (importance moyenne, urgence totale). Je n'avais pas consulté mes E-Mails la veille et je me sentais agité (importance moyenne, urgence haute),
j'étais à marée basse dans ma caisse à bières et l'épicerie du coin fermait à midi pour le reste du week-end (importance absolue, urgence maximale), plus d'autres petites choses que de doute façon, par manque de temps, je dû forcement reporter. Une fois le tréfi... le trifé... le tri fait (c'était le matin au réveil, alors forcément), et les actions urgentissimes accomplies,
je m'empressais vers le pont Charles d’où partait la demi-grande course.

Dans tout le parc de Kampa des furieux fanatiques courraient déjà, ce qui pour moi fut le premier étonnement. Ben forcément, si je devais me taper 21km, j'économiserais mes forces au maximum,
genre je me ferais déposer en voiture par un ami au pied du point de départ histoire d'arriver en courant au moins jusqu'à l'autre bout du pont. Ben non. Mais chuis pas connaisseur du demi marathon, donc forcément, j'y connais rien. Eux ils couraient déjà. Ah?! Pis y en avait des qui s'entraînaient à pousser des trucs solidement maçonnés dans la terre (barrières, lampadaires...).
C'est bizarre la race des coureurs quand même. Je traversais Kampa pour me rendre vers le pont, et évidemment, commençait une foule pas possible, de plus en plus en dense et de moins en moins possible. "Mais ils vont me laisser passer tous ces couillons qui me bouchent le passage" que je me disais tout en essayant de me frayer un chemin... et plus j'avançais vers le pont, et plus il y avait de couillons (vouis, je sais bien qu'il existe une autre rime plus heureuse d'avec le mot "pont", mais bon, restons bon ton).
Au passage j'attrapais une bouteille de 50cl de Mattoni qu'une adorable petite hôtesse me tendais gentiment (eux, je les aime bien, Mattoni, donc je leur fais de la pub :-) Ce n'est que plus tard que je remarquais qu'elle était au goût poire, beurk, je n'aime pas la Mattoni au goût poire, ni pêche ni citron.
Je n'aime que la normale, avec des bulles tout plein mais sans goût artificiel de fruit synthétique. Beurk! Mais bon, hein, "à cheval gros nez on ne regarde pas dedans" (j'ai jamais compris cet adage). Et puis tiens, si on leur fait de la pub, allons-y à donf "Mattoni, už není" (en Français genre "Mattonu, y'a plus" ou encore "Mattoni y'a plis").
C'est leur claim, comme "Perrier c'est mou" ou "Lapeyre l'en a pas d'oeufs" (et ouin-ouin il n'a pas d'organe...), ben "Mattonu y'a plis" pour dire que c'est tellement demandé qu'y en plus, de Mattonu. Bref...

Pis quelques 100m avant le point de départ, c'était bouché. Et c'était bien bouché, d'en haut, d'en bas, de par la gauche, de par la droite, partout.
Bouché comme les chiottes d'chez Chegrouni à Marrakech après qu'un soir, on se soit bêtement enfilé un tajine-merguez arrosé de jus d'oranges fraîchement pressées sur la place Jemâa el Fna. Pas moyen d'aller plus loin, et surtout je me trouvais à un emplacement hautement pas stratégique, juste sous le pont, au niveau de la rue "U lužického semináře". "Bon, ben je ne peux pas rester là comme une andouille alors qu'il n'y a rien à voir" me dis-je.
D'abord parce que je vais louper le départ, et ensuite parce qu'ils ne vont même pas passer par là du tout, donc faut que je me bouge rapidement. Ben oui mais où? Je jetais un regard angoissé sur ma montre, "QUOI? 11:54? Di Diou d'crénom DI DIOU..." et décidais de retourner rapidement sur mes pas, traverser à nouveau tout Kampa, puis remonter sur le pont de la légion en direction du théâtre national.
"Ben mon gaillard, t'as plutôt intérêt d'y mettre la cadence militaire dans ton pas sinon tu vas tout louper..." Run Forest, run... Et j'y mis la cadence militaire qui allait bien. Je n'ai pas couru, parce que je ne cours même pas après mon tram (ma religion me l'interdit :-) mais la cadence y était, à tel point que je m'allumais tranquillement une cigarette arrivé sur le pont (de la légion), et pus tranquillement admirer de loin le départ du "Machin Prague Half Marathon" sur le pont Charles.

Du pont de la légion on pouvait ainsi voir les 4000 furieux inscrits, cavaler comme des diables devant le crucifix. Plein, tout plein qu'ils étaient. Puis après le pont Charles, hop, ils ont tourné à gauche le long du cimetière juif, vers le Rudolfinum, puis le long du quai "Edvard Beneš", ils sont remontés par l'avenue de la Révolution, place de la République puis "Na Příkopě",
croisement d'en bas de la place Venceslas, puis avenue de la Nation, Théâtre National, puis à gauche sur le quai "Tomáš Garrigue Masaryk" où justement je me trouvais pour les photographier. Ben oui, parce que tandis qu'ils en étaient à suer leurs premiers 3,9 km, moi j'avais gaillardement franchi les 400 m qui me séparaient de cet emplacement stratégique pour les photos. D'ailleurs gaillardement et placidement parce qu'au bout du pont de la légion,
juste devant le Théâtre National, j'avais bêtement demandé à un agent de la police dans combien de temps ils seraient là. Et vraiment bêtement, parce que d'abord le bougre n'en savait rien, et de plus il était là pour interdire la circulation et non pour suivre la course. Aussi la réponse fut à la hauteur du choix malheureux de mon interlocuteur: "je ne sais pas, 20 min, 1/2 heure, mais demandez à un organisateur, il doit savoir lui.
"
Ben ouais mais d'organisateur il n'y avait pas sous le coude, aussi je pris les 20 min pour probabilité probablement probante à défaut de mieux. Erreur, grave erreur, parce que tandis que je marchais tranquillement du Théâtre vers Ginger et Fred (la maison dansante) le long du quai TGM ("Tomáš Garrigue Masaryk"), je fus soudainement doublé par une voiture du demi-marathon affichant 11 min et quelques secondes, puis j'entendis quelques applaudissements, et lorsque je me retournais pour voir ce qu'il se passait, je vis un peloton de 3 blacks fonçant comme pour un 100m me doubler.
"Ah merde merde et merde, mais c'est pas vrai..." me dis-je, "mais chuis vraiment trop c.. je viens de louper les favoris!" Et oui, j'avais bel et bien loupé les favoris, aussi vous n'en verrez pas la moindre photo dans ma publie. "Ah la poisse dramatique, mais c'est pas vrai! Revenez les gars, c'est pour mon blog, vous savez, le blog à Strogoff sur Prague, enfin quoi, soyez sympas, vous ne pouvez pas me faire ça..." et pourtant si, ils pouvaient me faire ça et ils le firent.
Avant même que je ne réagisse, les Kenyans étaient loin, galvanisés par les cris de l'entraîneur qui faisait les 21 km assis à l'envers sur une mobylette conduite par un autre, assis à l'endroit.

J'allumais alors rapidement mon appareil photo, fit quelques réglages, et hop, arrivaient les autres suivants quelques minutes à peine après les précédents premiers.
Alors voilà, je vous ai donc pris plein de jolies photos tout en évitant les glaviots des coureurs, parce qu'il ne fait pas bon être trop près de la course et surtout des coureurs. Un marathonien, ça glaviote comme vous n'avez pas idée, et pour vous en faire une, d'idée, alors imaginez un vieux tubard poitrinaire broncho-pneumonique dans le tunnel de Fourvière en plein bouchon de mois de Juillet lors des départ en vacances avec une clope au bec la fenêtre de sa voiture ouverte. Genre, ça donne une idée. Sauf que les Kenyans, eux, ils n'ont pas le temps de glavioter glaireux, ils courent, alors ils ne glaviotent pas. Sont propres au moins ceux-là.
Mais les autres, les qui sont venus en amateur, pour le fun (encore que chez moi le demi-marathon, comme le marathon entier, ça n'prend pas, dans la catégorie fun je veux dire) donc les autres, schlouff... hrrr schflafff... "ben tiens, l'est pas passé loin celui-là...". Mais que ne ferais-je pas pour vous tenir informés de ce qui se passe à Prague? Hein, c'est pas de la conscience ça?

Pis comme j'avais rendez-vous avec 2 autres lurons à 12:30 pour aller visiter la campagne (et ouais, c'était ma journée annuelle de visite de la campagne, parce qu'en ce moment ça va bien, mais après ça sera plein de bêtes, et surtout des qui piquent et qui grattent :-) je me suis dit faut que je fasse vite, hop quelques photos, et hop campagne.
Par contre évidemment, comme tout Prague était bouchée par la course ben les 2 acolytes n'arrivaient pas à venir me récupérer ce qui me donnait encore un peu de sursis pour les photos et les mollards. Mais au bout d'un moment, et à force de changer de lieu de rendez-vous pour le chargement, ils finirent par en trouver un d'accessible (de lieu, de chargement), et donc ils me récupérèrent et s'en fut fini des photos du demi-marathon.

Pendant le trajet d'à la campagne, nous échangeâmes dans la voiture des propos extrêmement intéressants à propos des blacks kenyans et c'est bien pour cette unique raison que je vous parle de cette excursion bucolique puisqu'en dehors de ça, l'intérêt serait pour ainsi dire nul.

Alors qu'ils avaient également vu passer les 3 flèches, on commença par se demander pourquoi les blancs continuent à courir un marathon (même demi) dans lequel sont inscrits des noirs, sachant que leur chance de gagner (aux blancs) est aussi élevée que de gagner au loto sans jouer. On en arriva à la conclusion que ce devait être lié au plaisir désintéressé de participer, plaisir éminemment abscons pour mon esprit anti-sportif (enfin pas pratiquant). Puis arriva le second étonnement, en l'occurrence la voiture officielle qui précédait les coureurs de tête (noirs, par hasard). Pourquoi, sacré nom d'une pipe, une voiture polluait l'air de ses gaz d'échappement devant les athlètes?
Puis soudainement, par l'action d'une réflexion commune, la réponse jaillit de nos brillants esprits tel le sébum du bouton d'acné sous l'action de deux index. Ben mais c'est bien sûr: l'handicap. Les 3 zèbres de tête étaient précédés d'une voiture fumante car ils courraient avec un handicap. Et du coup cela explique pourquoi il y avait 4000 inscrits au "Machin Prague Half Marathon": ils avaient enfin une chance de gagner. Ah ben ça alors, si j'avais su, je m'y serais inscrit aussi, ben flûte alors. Remarquez bien qu'il me reste encore le marathon complet, le dimanche 14 mai. Ben je vais vite aller me renseigner s'ils ont prévu une vieille Trabant au diesel devant les furieux d'en tête de course, pis dans l'affirmative j'irai vite m'acheter un flottant-couilles-au-vent.