jeudi 30 mars 2006

Comme ça, sans plus: neige, eau & inondations

Ah ben ça, quand on commence à parler du temps qu'il fait (ou qu'il va faire), c'est qu'on commence à vieillir. Et je ne dois sans doute pas échapper à la règle, parce que je ne me souviens pas avoir autant parlé du temps que depuis quelques temps. Disons depuis que le temps déconne à donf. Parce qu'il doit se passer quelque chose, sans dec, ça ne me semble pas vraiment normal normal tout ce foin.
Tiens, le week-end de pas la semaine dernière mais encore d'avant, dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 mars il est tombé quelques 20cm de neige en plein centre ville, je ne vous dis pas à l'extérieur (de la ville). Je m'en rentrais d'une fiesta raisonnablement arrosée de chez "Zurina", avec tiens, justement "Robajz" et "Nast'a", pis on avait aussi récupéré "Yuko" parce qu'avec la tempête qu'il faisait on ne pouvait raisonnablement pas la laisser rentrer à 2:00 du matin à sa résidence étudiante. Et surtout, imaginez, elle aurait dû se taper 1km de marche dans la neige jusqu'à son arrêt de bus de nuit, attendre qu'il parte (toutes les 30 min), puis le trajet (45 min)... mais surtout, elle était en mocassins. Sans dec, elle n'avait pas prévu qu'il y aurait tempête de neige ce soir là, l'inconséquente, et elle était venue en mocassins. Dingue, nous on savait on est du cru :-) alors on avait prévu (je ne sors jamais sans mes raquettes, ma boussole et mes effets polaires). Bon c'est vrai, elle, personne ne l'avait prévenu de la galère qu'elle mettait les pieds dedans (avec ses mocassins). Elle avait débarqué de son Japon natal 3 semaines auparavant, et après 3 ans d'étude de Tchèque sur son île, elle venait passer 1 an à Prague, sans parler un mot d'Anglais et avec un Tchèque... disons sincèrement perfectible. Donc tempête de neige, et le lendemain, ben ça ressemblait donc aux photos que je vous ai mises là.
Alors c'est sûr que la neige, c'est sympa, on peut même faire du ski en plein centre ville (voir photo), super, ok. Le seul truc, c'est que ça devient vite de la merdasse gadouilleuse parce que nos cantonniers s'empressent de jeter du sel bien écologique dessus (la neige), et que pour aller au boulot avec les souliers de boulot, en habit de boulot, c'est du bonheur authentique. Puis il arrive un moment où quand même, on aimerait bien avoir du soleil, qu'il fasse beau et chaud. Ca s'appelait le printemps dans ma jeunesse, quand il y en avait encore.

Mais le plus formidable avec la neige aussi, c'est qu'au bout d'un moment, ben faut que ça fonde. Alors que ça fonde comme ça doit fondre OK, mais avec ce temps qui déconne en bloc, ça fond plus vite que la nature avait prévu, et hop du coup on attend des inondations. Ouais, super, des inondations, moi qui habite pratiquement les pieds dans l'eau, ouais super dis-donc. Regardez-voir, genre je vous ai mis une photo avec les niveaux de l'inondation du 4 septembre 1890, et celle du 14 août 2002... manque plus que le niveau d'avril 2006 :-) Non je déconne... enfin j'espère. Mais ça ne devrait plus arriver. Non non, les inondations, c'est du passé selon le maire de Prague, "Pavel Bém" qui a fait aménager des protections partout où que c'était nécessaire, c'est-à-dire partout.
Tiens d'ailleurs ça tombe rudement bien que je vous parle des inondations, parce qu'il me restait des photos de l'année dernière, tandis qu'on essayait le système anti-inondation, et je me disais ben flûte, quand c'est que je vais les utiliser ces photos là, et hop, ben voilà, c'est dingue quand même les occasions qui se présentent. Donc sur une des photos, celle qu'il y a le monsieur qui tient un kiki au dessus de la foule avec un bâton planté dans le dargeot (du kiki, pas du monsieur), ben monsieur le maire de Prague, "Pavel Bém", il est en dessous. Chais pas ce qu'il fout en dessous du kiki, mais il y est. Bon vous ne pouvez pas le voir parce qu'il est tout petit le maire, "Pavel Bém", mais je vous assure qu'il y est en dessous du kiki poilu parce que sinon la flopée d'andouilles qui s'était rassemblée tout autour du maire "Pavel Bém" pour me faire louper ma photo, ben cette flopée d'andouille n'y serait pas si le maire "Pavel Bém" n'était pas en dessous du kiki. Et monsieur le maire de la ville de Prague, "Pavel Bém", ben il disait aux gens de ne plus s'inquiéter, que tout était sous contrôle de la mairie, qu'il avait dépensé plein d'argent (le notre) pour protéger nos maisons et ce qu'elles contiennent (moi en l'occurrence) et que donc les inondations, c'était du passé. Alors évidemment le trou béant que j'ai photographié (chuis vachement mesquin quand même) parce que les planches en aluminium ne collaient pas tout à fait avec le sol, c'était pour de faux. C'était juste pendant le montage pour de faux, justement pour se rendre compte s'il y avait des planches qui ne collaient pas avec le sol.
Et il y en avait des. Mais selon le maire de Prague, "Pavel Bém", tout est en ordre maintenant, les trous sont réparés et toutes les planches seront hermétiques lors de la prochaine inondation (en avril 2006?). Bon, chais pas si on peut le croire, mais que faire d'autre que de le croire ou déménager? D'ailleurs il était tellement convainquant le maire de Prague "Pavel Bém", qu'une petite mignonne de la télévision nationale est venue faire un reportage qui est ensuite passé dans tout le pays. Et elle était mignonne, sacrément mignonne (voir photo), tellement mignonne que si c'était elle qui m'avait dit que les inondations c'est du passé, j'aurais été prêt à la croire, plus que le maire avec son kiki poilu au dessus de la tête. C'est pas que je ne lui fais pas confiance au maire de Prague "Pavel Bém", mais s'il s'occupe des inondations comme des arnaques dans les taxis praguois, l'inondation d'avril 2006 ne sera que de moitié de celle d'août 2002, c'est à dire "nettement améliorée". Cool, on souffle un grand coup. Après la crue du millénaire, la crue du cinq centenaire, tout va bien braves gens, dormez tranquilles.

Sans compter qu'une fois le mur monté, on n'est pas tiré d'affaire pour autant parce qu'il faudra encore espérer qu'il tienne. Avec la pression démente qu'il va y avoir derrière, tiens, calculez vous-mêmes, sachant:
- que le fleuve "Vltava" fait 295m de large au niveau du pont Charles,
- que la vitesse d'écoulement du fleuve est de 150m³/s en temps normal mais de 190m³/s en période de crue (et même plus),
- qu'en 2002 l'eau était montée de 8m au dessus de son niveau habituel,
- que selon les prévisions du maire "Pavel Bém" la crue d'Avril 2006 ne sera que de moitié (soit 4 mètres),
- qu'en prenant une largeur moyenne de mur (en alu) de 10m (mais parfois bien plus),
- que la masse volumique de l'eau est de 1000kg/m³ à une température de 4°C,
- que l'accélération moyenne de la pesanteur au niveau de la mer est de 9,81m/s², (pour faire simple)
- que la pression augmentant avec la profondeur elle n'est donc pas uniforme aux différentes hauteurs de notre mur en alu mais comme elle (la pression) reste cependant proportionnelle à la profondeur, la moyenne des pressions est égale à la pression de la profondeur moyenne... soit en gros à 1,5m de hauteur du mur (en alu)... calculez-donc la pression moyenne qu'exerce le fleuve "Vltava" sur la hauteur moyenne du mur en aluminium, et déterminez le centre de poussée, en gros, et en tonnes par mètre carré... et paf! Bon je ne vais pas le faire parce que je vais me planter à tous les coups (ceux qui savent, envoyez-moi la réponse, j'offre des bières en contrepartie), mais ce qui est sûr, c'est que si le fameux bastringue lâche d'un coup, ne serait-ce qu'avec 2m de hauteur de flotte derrière, ben va pas falloir être à côté.

Alors je ne vous dis pas le monde que ça avait mobilisé à l'époque, entre les pompiers, les gardes champêtres... euh... non... les policiers municipaux, les transporteurs des planches en alu, les inventeurs du système de planches en alu, les grutiers, les plombiers, sans compter les badauds, les marchands de saucisses-merguez-frites-ketchup-mayo-coca-limo... un monde pas croyable pour la répétition générale juste avant avril 2006 (enfin j'espère pas). Et pendant tout le week-end que ça durait, c'est les commerçants et les gargotiers qui étaient contents. Ils avaient collé des affichettes plein partout pour bien indiquer aux touristes que les inondations c'était pour de faux (comme le trou pas hermétique) et que eux, ils étaient ouverts malgré le mur fermé en aluminium. Donc sur une photo (avec 4 poses) vous pouvez voir à quoi ça ressemble une fois monté. En fait c'est un mur (ben tiens), en alu, qui est solidement fixé au sol par des tiges habillement filetées qui assurent l'étanchéité (sauf sur ma photo) et avec des machins bleus pour retenir la flotte qui va pousser contre, l'andouille. C'est rudement bien fichu, et à vrai dire, on se sent en sécurité. Faut juste espérer que dans la panique qui va s'en suivre après l'annonce de l'inondation imminente (avril 2006), les responsables de tout ce bastringue vont bien retrouver tous les bouts de vis, de caoutchoucs, de planches et de clés d'camions... pour amener dare-dare tout le fourbi devant ma maison et construire rapidement le mur en alu comme prévu, en moins de 11 heures (déconne pas la flotte, si en plus tu ne laisses pas le temps aux pauvres bougres de faire leur boulot).
Et ça, même en pleine nuit, un mardi de Pâques, avec grève de la CGT, tempête de neige et invasion de sauterelles vertes de surcroît, parce que c'est toujours dans ces moments là que ça arrive en même temps, la peste avec le choléra (et la grippe à bière cette année). Sinon vous aurez constaté sur la photo avec vue d'en haut, que certaines maisons ne sont pas dans l'espace protégé. C'est normal, leurs propriétaires ne payent pas les impôts locaux à temps, et donc c'est fait exprès qu'on ne les ait pas inclus derrière la muraille qui va bien. D'autre part avec les prix à touristes qu'ils pratiquent, ils peuvent s'en construire chaque année des baraques comme ça. Donc tant pis pour eux, sans dec non plus.

Bon et sinon nous avons reçu un week-end vraiment super à Prague (le dernier de week-end, ce fumier). Pareil, ce n'est tout de même pas possible que ce soit le fruit pourri du hasard malfaisant cette histoire là. En semaine (dernière) il a fait soleil. Froid, certes, mais soleil. Pis est arrivé le week-end. Et ben croyez-le ou non, à partir de samedi matin, il a plu (ce con) jusqu'à dimanche soir inclus. Mais bien qu'il a plu, pas les quelques gouttes pour faire semblant et mouiller la liquette, non, bien, le temps de chien qui détrempe l'os, fout le cafard, et qui fait que c'est pas sortable dehors du tout. Si, attendez-voir, on a eu 3 heures de répit dimanche après-midi, aussi je suis rapidement sorti pour aérer ma viande mais en fin de journée, hop retour de la flotte. Inutile de vous dire que le niveau de la "Vltava" est monté de plusieurs centimètres.
Rien de grave pour l'instant, mais faudrait pas que ça continue de se poursuivre, parce qu'on a que quelques 10m de marge (mur y compris), alors pas plus de 10m les inondations, hein déconnez pas non plus, sinon: avril 2006... D'un autre côté c'est le début de la semaine, bureau, donc il devrait faire beau pendant 5 jours. D'ailleurs il a fait beau. Lundi matin je suis arrivé au bureau sous la pluie, et 1/4 d'heure après, alors que je pianotais sur le clavier de mon ordinateur, il faisait soleil. Sérieux, ça ne s'invente pas une scoumoune pareille. Non, chuis persuadé qu'il y a quelque chose derrière, un truc malsain qui se fend la gueule à nous pourrir les week-end et nous faire fondre la neige plus vite qu'elle ne devrait (fondre). J'irai pas jusqu'à dire qu'il s'agit d'un barbu multi-centenaire assis quelque part là-haut sur un nuage blanc parce qu'il a certainement autre chose à fiche de sa vie éternelle que de nous casser les roupettes, mais le hasard, à ce niveau de précision malédictionnesque me semble improbable. Encore que, c'est comme à la roulette, quand je regarde cette saloperie tourner pendant 1 heure, les couleurs (noir et rouge) s'alternent régulièrement après 3, maximum 4 tours. Il suffit que j'y mette un bout de fil de mon bas de laine pour que cette immonde vacherie n'en sorte plus qu'une seule de couleur, pendant 10 tours des fois, et surtout pas celle que j'ai joué (de couleur). Hasard? Belzébuth? L'E.T. (ou les E.T.) de Roswel?
Ce qui est sûr c'est qu'il n'est pas prêt de rentrer dans mes "good books", ce fumier qui est derrière tout ça.

Pis le soir (toujours du lundi), je m'en rentrais à pieds (plutôt qu'en tram) à la maison tellement qu'il faisait beau et chaud, et c'était vraiment le printemps. A Prague il y a un truc qui ne trompe pas, c'est mieux que les hirondelles que les pesticides ont détraquées, mieux que les pâquerettes qui ne poussent pas en ville, plus fiable que les bestiaux d'ferme depuis la reproduction sélective in vitro de toute l'année. A Prague le printemps arrive quand les filles sortent les jupes. Et des jolies filles avec de jolies jupes, largement au dessus du genoux et à peine en dessous des poils comme on dit :-) Mais lundi c'était le tout premier jour et là, alors vraiment là, la moitié des filles portait encore un truc dément genre "tue l'amour, sabote l'envie, ouah c'te honte, tiens, v'là un sac". Ce truc totalement fou, cette insensée relique de l'aire con-muniste, ça s'appelle des collants anti-varices. Mais attention, c'est pas des collants comme on pourrait en voir en France (ceux-là, ça ne risque pas), ce sont des collants spécialement inventés pour les femmes prolétaires actives, c'est à dire qu'avec des collants anti-varices pareils, il fallait pouvoir traverser à pieds 20km de bois touffus et de fourrés piquants pour se rendre au kolkhoze par -20°C, effrayer avec la couleur immonde l'ours de Sibérie et le loup des Carpates pour ne pas se faire bâfrer pendant le trajet (la forte odeur de renfermé se confondant avec celle de la femelle du bulot en période de règles au mois de juillet ajoutait aussi beaucoup en faveur de la répulsion des bêtes), ensuite ramasser les pommes de terres, les choux, et les hommes bourrés à la vodka, nourrir les vaches et traire les cochons (ou l'inverse), conduire tracteur, moissonneuse et char de combat afin d'accessoirement repousser une révolution anti-prolétarienne, et tout ça sans que les dits collants ne se filent.
C'est bien simple, pour se conformer au stricte cahier des charges, on les testait sur une véritable portugaise non rasée depuis 3 mois, assise sur un mur de barbelés enfilant le superbe article féminin avec ses dents, les mains dans le dos, tandis que 2 chats sauvages s'accrochaient à ses pieds farcis de verrues plantaires et dont l'un avait les ongles incarnés tandis que l'autre (pied) pullulait de panaris. Ce qui, somme toute, répondait relativement bien à l'image de la kolkhozienne de l'ère con-muniste (sauf les dents). Et pas seulement les prolétaires en portaient. Gagarine faisait dedans lors de son premier tour de la terre dans l'espace en 1961, Brejnev l'incontinent évitait grâce à eux la honte publique lors des interminables défilés de l'armée rouge les 1er mai, les secours à Tchernobyl s'en protégeaient les roupettes des radiations en 1986, jusqu'à Fidel Castro qui se serait tué en 2004 s'il n'avait porté ceux que lui avait offert Nikita en 1962 (à défaut de missiles). Bon, et comment se fait-il que 17 ans après la révolution tchèque les filles portent toujours cette répugnante abomination me demanderez-vous? Et bien parce que les stocks étaient énormes. Nos kamarades ouvriers bolcheviks avaient non seulement consciencieusement rempli le dernier plan quinquennal, mais l'avaient de surcroît amplement dépassé et surtout, outre la fonction de collants (anti-varices), les inventeurs de la monstruosité l'avaient vendue au Kamarade Staline après la seconde guerre mondiale comme objet multifonctions aussi bien civiles que militaires: collants certes, mais aussi bottes de pêche, cabas à commission,
sac à courrier pour la poste, courroie d'alternateur pour les Moskvitch (AZLK, MZMA, KIM...), câble d'ascenseur, culotte hygiénique pour les éléphants du Zoo de Berlin, catapulte de lancement sur les porte-avions tchèques, combinaison de protection NBC (avec une autre paire de collants enfilée par la tête), filet de camouflage anti-aérien pour tanks T72, et... et principalement contraceptif pour la population besogneuse. En plus de l'énorme production et de sa popularité auprès de la population, la durée de vie de l'objet était quasi-illimitée et c'est avec une larme à l'oeil que les grand-mères le transmettent encore aujourd'hui à leur descendance qui le porte fièrement comme un legs familial depuis des générations. Et du coup, ben on n'est pas prêt de voir disparaître des jolies jambes des jolies filles tchèques cet épouvantable cauchemar. Aussi les inondations, hein, à côté de ça, c'est pas une priorité non plus.

samedi 25 mars 2006

Visiter: La basilique St Georges à Hradčany

C'est quand même dans ces moments là que je me dis que quand même, sans dec c'est dément. Apres avoir fait découvrir à Simon (prononcez Saillemone, il est Australien) la bibliothèque de "Strahov", j'ai emmené mon pote "Robajz" (prononcez Robaïze, il est Tchèque) à "Hradčany" (le château de Prague).
Sand dec, j'le crois pas, il n'y avait jamais été auparavant. Bon, il est vrai que nombreux Français n'ont jamais mis les pieds dans la capitale gauloise, mais les distances sont aussi différentes. Imaginez quand même que mon pote "Robajz" (prononcez Robaïze, il est Tchèque) habite à "Plzeň" qui se trouve à seulement 90km de Prague, et qu'il monte régulièrement à la capitale (j'adore cette expression, genre le benêt rustique qui monte à la ville :-) pour des activités aussi diverses qu'invraisemblables (et même inavouables) et ce, au minimum une fois par mois. Aussi lorsqu'il m'annonça à demi-mot qu'on pourrait profiter du beau temps de ce samedi après-midi pour monter au château, je l'ai regardé comme un Corse son réveille-matin, ne croyant pas que ce fut possible. Ben si. Et donc nous montâmes au château. Non pas que je n'en eut éprouvé aucun plaisir, mais à force vous savez... Devinez seulement où les nombreuses personnes qui me rendent visite souhaitent aller?

Arrivés sur place, il ne nous restait plus qu'à décider où aller et que visiter du dedans des palais et glizes dans l'enceinte du château. Pis comme en ce moment il y a une exposition du tonnerre de d'là sur Charles IV (grouillez-vous, c'est jusqu'au 21 mai 2006), je me suis dit cool, c'est l'occasion. Ben ça ne le fut pas, l'occasion, parce que trop cher pour les deux zoiseaux, "Robajz" et sa copine "Nast'a" (prononcez Nastia, elle est Tchèque aussi). Bon, "et z'avez déjà vu la basilique St Georges" demandais-je? "Ah non? Et c'est combien l'entrée?" répondirent-ils en coeur. "Ben chais pas, je vais me renseigner" répondis-je. Et comme ils acceptèrent, nous y entrâmes.

Un peu d'histoire, hop. La basilique St Georges ("Bazilika sv. Jiří") fait partie des plus anciens édifices religieux de Prague, et en ce motif elle mérite vraiment d'être vue. Ses débuts remontent vers l'an de grâce 920, lorsque le roi "Vratislav Ier" (vers 888 - 921, père du St Patron de la Bohême "Svatý Václav" ou St Venceslas en Français) se rendit compte qu'il n'y avait rien pour enterrer dedans les dépouilles des gens importants du royaume. "Qu'à cela ne tienne, on va construire St Georges" se dit le roi. Et heureusement qu'il en fut ainsi, parce qu'en 925, hop on y enterra la première défunte VIP en la personne de Ste Ludmilla, la grand-mère du St Patron assassinée (la grand-mère) par sa bru "Drahomíra". C'est en construisant le couvent de St Georges (juste à côté) qu'en 973 on en profita pour agrandir la basilique puisqu'il restait des briques, des tuiles et du ciment. On fit donc un classique 3 vaisseaux de style ottonien préroman (du nom des empereurs saxons Otton 1er dit le grand, Otton II dit le moyen, et Otton III dit le petit). Pis lorsqu'on eut posé la moquette en 1142, arriva ce qui arrivait fréquemment en ce temps là.
Enfin arriva... il existe 2 versions plausibles du catastrophique incendie du château en cette année. La première version prétendrait qu'après avoir substantiellement abusé du vin de messe, une andouille de moine se serait pris les sandales dedans la moquette fraîchement posée, puis se croûtant à terre, aurais mis le feu de son chandelier à tout l'édifice, puis au château tout entier. Aujourd'hui encore, en tendant bien l'oreille du côté de la crypte, on peut entendre le pauvre bougre du fond de son trou humide réciter "pater noster, qui es in caelis, sanctificetur nomen tuum…" suivi de "ave Maria, gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus…". Et selon l'archidiacre, il en aurait encore pour 746 ans de trou humide. La seconde hypothèse, tout autant plausible attribuerait l'incendie à ce couillon de "Konrád II. Ota Znojemský"... Alors parenthèse: des "Konrád", il y en a eu en ce temps des pleines pelletées, et bon nombre venaient de "Znojmo" mais certains s'appelaient encore Ota, pis d'autres pas. Puis ils ont eu des cousins et des fils en Germanie, et donc tout ça pour dire que le vrai "Konrád" dont il est question s'appelle peut être autrement,
et que c'est peut être même pas celui dont je parle dont il devrait être question. Les sources à ce sujet sont extrêmement embrouillées, diverses, et il n'y en a pas une plus fiable que l'autre (qu'elle soit Tchèque ou Allemande, la source). Aussi la seule chose dont je suis sûr, c'est qu'il s'agissait bien d'un "Konrád", mais chuis absolument pas sûr qu'il s'agissait du I, du II voire du III. Du II le plus probablement, mais pas sûr. Fin de parenthèse. Donc la seconde hypothèse attribuerait l'incendie à "Konrád" tandis qu'il encerclait le château dans le cadre de sa conquête du pouvoir. Ses armées auraient décoché des flèches enflammées sur les toits en bois des édifices du château provoquant l'incendie.

Après l'incendie de 1142, on reconstruisit la basilique avec l'apparence quasi-actuelle. Afin quasi-actuelle dedans, parce que tout le monde aura reconnu que le fronton ouest est typiquement baroque (XVII ème siècle) avec sa couleur ocre caractéristique (comme le "Trojský zámek") tandis que le fronton de l'entrée sud est du début du XVI ème.
On y mit deux clochers avec des toits en pierre (leçon de l'incendie de 1142, "ben tiens..." se disait l'architecte, "on va pas me la faire 2 fois non plus!"), qu'on nomma Adam (tour sud) et Eve (tour nord). Et en regardant bien, vous pourrez vous rendre compte qu'Eve est plus étroite, même un peu bancale (sous l'armoire y avait une cale, et la tour était... Félicie...). Et le truc extraordinaire, c'est qu'au dessus du coeur, sur la voûte ainsi que dans la chapelle "sv. Ludmily" (la grand-mère au St Patron de la Bohême) l'on peut encore apercevoir des restes de fresques romanes, mais bon, c'est dans un état... Alors l'état, ne cherchez pas, la responsabilité en incombe encore une fois aux militaires qui occupaient sous Joseph II le couvent juste à côté et qui faisaient bien peu de cas de l'église elle-même (les frustes primitifs incultes). Aussi la basilique dut être restaurée à la fin du XIX ème début du XX siècle tout en essayant de lui conserver au maximum l'aspect roman d'origine.

Pis maintenant quelques mots sur St Georges, parce que tout le monde connaît les tableaux et statues de "St Georges terrassant le drap con", mais peu de gens connaissent la vraie légende. Appelez les enfants, ça va leur plaire. Il était une fois un dragon qui vivait dans des marais puants près de la ville de Silène, là-bas en Libye. Et l'animal avait pour déplorable habitude de venir souffler son haleine fétide sur les habitants de la ville. Or pour avoir la paix, les citadins avaient passé un accord avec la bête immonde. Ils lui livraient chaque semaine deux brebis en échange de quoi le monstre malappris les foutait tranquilles. "Et avec de la moutarde les brebis" avait-il rajouté "sinon je reviens péter sur la ville". Pis un jour il n'y eu plus de brebis. "Pas grave" dit le maire "on lui filera des chèvres". Pis un jour il n'y eu plus de chèvre. "Pas grave" dit le maire "on lui filera des dromadaires". Pis un jour il n'y eu plus de dromadaire. "Pas grave" dit le maire "on lui filera des ânes".
Pis un jour il n'y eu plus d'âne. "Pas grave" dit le maire "on lui filera des cochons..." "ah?! Et ça ressemble à quoi un cochon?" rétorqua un conseiller municipal. "Ah ben flûte, zut et crotte de bique, c'est vrai ça!" dit le maire, "tiens Germaine, descends acheter 2 couscous en boîte à la Coop" dit-il à sa femme, sortant 5 dinars d'une poche de sa djellaba. Le lendemain, les habitants de la ville de Silène s'asphyxiaient littéralement sous les effluves nidoreuses du dragon qui enfumait méticuleusement de son imposant pétard chaque quartier de la ville, tout en grommelant "j'vous en foutrais moi, du couscous en boîte tas de larves rampantes...". Le soir même, et sous la pression des citoyens, le maire de la ville demanda une audience au dragon:
Le maire: "Attends le dragon, t'es sympa, mais comment veux-tu qu'on fasse, on n'a plus rien à te refiler."
Le dragon: "Des nèfles! Chuis sûr qu'il vous reste des trucs fichtrement goûteux et que vous essayez de m'entuber. Je sens bien la vilaine petite mesquinerie avec cette histoire de couscous à 5 dinars de la Coop d'en bas. Vous vous foutez ouvertement de ma gueule!"
"Non je t'assure, regarde toi-même" dit le maire en ouvrant le frigo totalement vide.
Le dragon: "Et ça c'est quoi?" montrant du doigt Cleolinde, la délicieuse, tendre et jeune fille du maire.
Ce dernier: "Mais t'es furieux ou quoi, c'est ma fille, la chair de ma chère (et un peu la mienne aussi), je ne vais quand même pas te refiler ma Cleolinde à bâfrer?"
"Bon... comme tu voudras..." dit le dragon en commençant à battre des ailes pour prendre son envol.
Le maire: "NON... le dragon attends... ". Et de réfléchir dans sa caboche de politicard. "Flûte, avec les élections qui arrivent dans 3 mois, je suis sûr de perdre ma place à cause de ce couillon foireux si je ne lui donne pas ma fille. D'un autre côté si je lui donne Cleolinde... il me reste encore un fils...".
Le maire: "OK le dragon! Demain matin devant la porte d'entrée de la ville, 6h pétante et elle sera à toi." Puis de rajouter "moutarde, ketchup, mayonnaise?"
La nuit était longue pour le maire qui n'arrivait pas à fermer l'oeil (on le comprend). Pis soudain l'idée bonnarde traversa son caberlot! Il rassembla rapidement le conseil municipal en plein milieu de la nuit, et leur expliqua la situation:
Le maire: "Alors voilà... le dragon... ma fille... idée bonnarde..."
Le conseil municipal: "Ben oui et alors?!"
Le maire: "Ben justement, j'y arrive. Vous avez vu les 7 samouraïs d'Akira Kurosawa?"
Le conseil municipal: "?!"
Le maire: "Bon, alors vous avez vu les 7 mercenaires de John Sturges?"
Le conseil municipal: "?!"
Le maire: "Alors qu'est-ce que vous avez vu au ciné avec des héros qui défendent des opprimés?"
Le conseil municipal en coeur: "Les 7 nains de Blanche-neige et Walt Disney."
"Eh bien, il ne me reste plus qu'à espérer que l'Arabe du coin d'la rue est encore ouvert, parce que j'ai plus trop d'ketchup" se dit le maire.

Voyant sa bouille dépitée, le conseil municipal s'enquit tout de même de l'idée que leur magistrat en chef avait derrière la tête.
Lui: "Ben voilà, je connais un gars en Cappadoce qui s'appelle Georges (et c'est pas ce couillon de la jungle) qui accepte parfois, comme ça en passant, un petit contrat. Mais c'est un chieur, efficace selon l'ambassadeur de Bulgarie qui m'a refourgué son numéro de téléphone, mais un chieur à la limite de la salubrité mentale. Il accepte les contrats à la condition que la totalité de la ville se convertisse à une nouvelle religion dont il prétend être le missionnaire. Ca vous branche? Allez quoi, c'est pour sauver ma fille?"
Le conseil ayant fini par accepter, le maire téléphona aussi sec en Cappadoce, tomba sur un répondeur automatique (forcément, à 2:37 du matin), et laissa un message circonstancié précisant le motif, le lieu et les conditions. Ben croyez-le ou non, tandis que la pauvre Cleolinde se rasait les jambes et les dessous de bras pour éviter de laisser du poil entre les dents du monstre nauséabond, Georges apparu à 5:55 pétante devant les portes de la ville.
Georges: "Holà braves gens de Silène, zieutez-donc voir qui s'amène?"
Le maire: "Ouvrez les portes, mais ouvrez vite tas d'andouilles, c'est Georges, il arrive pour sauver ma fille et terrasser mon jar... le dragon."
Georges: "Il semblerait que vous eussiez besoin de mes services? Vous connaissez mes conditions, et l'numéro d'mon compte en Suisse?"
Le maire: "Oui bon ok, c'est très clair, mais grouillez-vous, la bête puante arrive d'une minute à l'autre, il n'y a pas de temps à perdre, hop, au boulot, il faut vous habiller dans l'armure, la lance dans la main, la coquille dans le slip, vous hisser sur votre canasson, alors hop, hein, on n'a pas de temps à perdre... allez allez..."
Georges: "Holà brave homme, calmez-vous. Je suis Georges non? Crénom di Diou."
Le maire: "Ouais ben Georges ou pas Georges, hein, hop, en piste le saltimbanque parce que justement ton faire-valoir arrive..."
Et effectivement, l'on pouvait apercevoir à l'horizon, le dragon planant gracieusement dans les cieux suivi d'un nuage sombre formé par la nuée de mouches multicolores. La bête se posa devant l'entrée de la ville dont les portes avaient été fermées, face à face avec monsieur le maire et Georges en armure étincelante assis sur son vaillant destrier (il est balaise de s'habiller aussi vite, tiens, ma belle-mère rien que pour enfiler ses collants...)
Le dragon à l'haleine pestilentielle examina Georges, puis s'adressa au maire: "Qu'est-ce que c'est que ces conneries à nouveau, j'avais dit pas de conserve."
Georges: "Holà vile créature mais quel langage déplaisant, pis sans dec, t'aurais pu te brosser les dents."
Le dragon: "Ouais z'y va l'autre, comment c'est-y qui m'cause le cassoulet en boîte, dis-donc le magistrat, d'abord c'est qui c'bouffon?"
Georges se mit alors à chanter (sur l'air du chevalier blanc -Gérard Lanvin-): "On m'appelle le chevalier Georges, aux bêtes puantes je fais rendre gorge, par villes et campagnes je suis connu, les dragons, moi je leur botte le cul..."
Le dragon: "Chuis scié, mais c'est qu'il traite ma race le corned-beef, dis donc polichinelle, j'espère qu'il est en téflon ton costard 3 pièces parce que sinon ta viande va attacher grave dés que je t'aurais fait montrer mon chalumeau"
Georges: "Oui, c'est cela, montre donc voir si t'es un homme, mais avant cela, sans dec, prends un chewing-gum."
Et le dragon agacé, d'inspirer, d'inspirer pour cracher le feu (ou son haleine fétide) mais avant qu'il ait pu expirer, Georges lança à pleine vitesse son étalon contre le monstre, et lui planta sa lance entre les côtes. L'animal tituba, chancela, vacilla puis s'effondra sur le sol aux pieds du chevalier. Le maire fit ouvrir les portes de la ville, et Georges l'intrépide traîna l'animal mortellement blessé dans l'enceinte jusqu'à la place principale. Puis, devant les badauds attroupés, il trancha la tête du dragon. Selon la légende il aurait alors prononcé les paroles suivantes: "Aujourd'hui, et par la grâce de Dieu tout puissant, je vainquis l'immonde animal, l'abject tyran. Selon notre accord car tout ça n'est pas gratuit, z'allez vous convertir encore aujourd'hui. D'ailleurs tiens, hop tous en rang d'oignon, viens voir là Germaine, passe moi l'goupillon, in nomine patris et filii et tutti quanti, buvez un peu de vin, et n'oubliez pas l'hostie." Ainsi toute la ville y passa, conformément aux termes du contrat... (bon et puis je vais arrêter les rimes, parce que ça fatigue).

Et voilà, l'histoire ne dit pas si Georges épousa Cleolinde, et si oui s'ils eurent beaucoup d'enfants, mais il devint le Saint Patron des chevaliers, des cavaliers, des armuriers, des bergers, des scouts, des Anglais, des Grecs, des Portugais, des voyageurs de commerce, des bouchers chevalins, des travailleurs agricoles, du syndicat des tueurs de dragons et du club de ceux qui ne supportent pas l'haleine chargée des autres (surtout le matin). Ses attributs sont la lance, l'armure et le tic-tac (seulement 2 calories), son symbole est la croix rouge sur fond blanc que vous retrouvez sur les boucliers des croisés, le drapeau anglais, l'Union-Jack britannique, les ambulances de la croix-rouge, la coiffe de l'infirmière qui m'administra un lavement la veille de ma rectoscopie... partout vous dis-je.

Pis les photos que je vous ai mises de la basilique, il devait y en avoir beaucoup plus au départ, mais comme en fait il y en a beaucoup moins à l'arrivée, j'ai comblé avec des photos du château de Prague. C'est vraiment pas ma faute, sans dec, parce que comme St Georges, je suis moi aussi tombé sur un dragon à l'haleine fétide. En prenant nos billets d'entrée dans la basilique, et comme d'habitude, je me suis renseigné sur les conditions de photographiage. Sans flash, mais possible avec trépied m'a dit la caissière d'un certain âge, mais fort aimable par ailleurs ce qui mérite d'être signalé. OK, je pose les 30 CzK (1 €) de plus, à ce prix on ne va pas se gêner.
Je déballe mon matos (toujours sur moi, on ne sait jamais), et commence à prendre quelques clichés. Hop je me déplace, et en passant à côté d'un banc, je remarque une masse informe avachie de tout son poids, entre une position couchée et une position assise. En fait, elle a sans doute dû commencer assise, puis mollir au fur et à mesure du sommeil pour terminer dans cette position entre-deux. Une bondieusarde fatiguée par la prière me dis-je, mais je faisais erreur. En y regardant de plus près, elle arborait sur son lourd manteau (il faisait froid dans l'église) une étiquette signalant qu'elle était surveillante du lieu. Bon, ben qu'à cela ne tienne, et je continuais à photographier. Soudain l'éléphant de mer sursauta, se réveilla, se rassit verticalement et commençait à se ressaisir en regardant autour d'elle tout en étirant ses nageoi... ses bras.
Et c'est dans cette position rappelant le crucifié que soudain elle m'aperçut réglant mon trépied pour la photo suivante. Soudainement, elle se mit à bouger, remuer, et coincée entre les bancs elle ressemblait réellement à un éléphant de mer se démenant sur la banquise. Clic, je fis ma photo, et tandis que j'allais déplacer mon fourbi, je me rendis compte qu'elle se dirigeait vers moi "no picture, no picture..." gémissait-elle afin de ne pas hurler dans l'église. "Mais j'ai l'autorisation" gémissais-je à mon tour tout en brandissant mon ticket sur lequel figurait l'autocollant vert en forme d'appareil photo. Pis lorsqu'elle finit par s'extirper, elle accourut vers moi et me dit "Oui, vous pouvez photographier mais pas avec un trépied, c'est considéré comme une photographie professionnelle et pour ça, il vous faut l'autorisation du professeur Chaipluky" (enfin elle, elle savait qui, mais c'est moi qui ne me souviens plus). Pis s'étant quand même bien rapprochée de moi afin de se faire entendre, non seulement j'eu l'honneur de remarquer qu'il ne lui restait plus beaucoup de dents dedans sa bouche, mais au fumet de son haleine il était clair qu'une intervention stomatologique semblait urgente.
"Ben mais j'ai demandé à la caisse, et l'on m'a dit que c'était possible avec le trépied?" répondis-je en plissant les yeux sous l'action du relent. "Oui, vous pouvez photographier mais pas avec un trépied, c'est considéré comme une photographie professionnelle et pour ça, il vous faut l'autorisation du professeur Chaipluky". Je reculais d'un demi-mètre "ben oui, j'entends bien brave dame, mais pourquoi alors m'a-t-on dit à la caisse que c'était possible avec le trépied?" tout en rajoutant quelques centimètres entre elle et moi. "Ah non, vous ne pouvez pas avec un trépied, c'est considéré comme une photographie professionnelle et pour ça, il vous faut l'autorisation du professeur Chaipluky". C'était peine perdue, le veau de mer allait me coller au train pendant tout le reste de la visite. Résigné, j'acquiesçais genre que j'avais compris, et resserrais les pieds de mon statif en signe de soumission.
Mais lorsque le pinnipède ne regardait pas, et surtout pendant le temps qu'elle houspilla la gentille caissière parce que "avec un trépied, c'est considéré comme une photographie professionnelle et pour ça, il faut l'autorisation du professeur Chaipluky", j'en profitais, sous le couvert de "Robajz" (prononcez Robaïze, il est Tchèque) et de "Nast'a" (prononcez Nastia, elle est Tchèque aussi) qui surveillaient, pour en faire encore quelques unes, de photos avec trépied, mais sans déployer les très pieds, pour faire discret. Malheureusement, une fois sur ma bécane, les 2/3 des clichés (sans statif, ou avec, mais mal posé) étaient floues, et donc finirent à la poubelle. Ah la vieille bique puante, j'étais en rogne contre elle, pouvait pas pioncer encore 1/4 d'heure? D'ailleurs tiens, est-ce qu'elle l'avait, elle, l'autorisation du professeur Chaipluky pour pioncer pendant son temps de travail?

mardi 21 mars 2006

Insolite: Colonne, Peste, Marie et tutti quanti

Alors là, je vais faire très court, d'ailleurs il n'y a pas grand-chose à dire, parce qu'en fait tout avait commencé avec une balade ordinaire au dessus du château de Prague par un bel après-midi ensoleillé d'un samedi habituel, tandis que je m'interrogeais sur le devenir de notre "Schwarzenberský palác" (Palais Schwarzenberg), depuis qu'il est en restauration du dedans et qu'on ne sait pas ce qu'ils y font puisque c'est interdit d'accès? Donc chuis allé voir, curieux que chuis, et une fois que j'y fus, que j'ai vu (et j'ai qu'un cul :-) je me suis dis que j'allais mettre un oeil sur la splendide colonne mariale en l'honneur de la peste de 1713-1714, la dernière par ailleurs comme quoi, la colonne a dû servir à quelque chose. Alors précisons déjà que marial, c'est en rapport avec la Vierge Marie, et que des vraies colonnes pestilentielles... Parenthèse: c'est véridique, j'ai trouvé la "colonne pestilentielle" sur le site de tourisme de la ville d'Olomouc, et même mieux, ils y parlent de "la colonne de la peste mariale". Décidemment on n'insistera jamais suffisamment sur l'importance de la place des noms et des adjectifs dans la structure de phrase en langue Française, parce que personnellement je vois une différence énorme entre "une colonne mariale de la peste" et "une colonne de la peste mariale". Encore que, la Vierge Marie et la peste, en ce qui me concerne, c'est boudin blanc et noir boudin, sinon qu'il n'y a pas de vaccin contre la Vierge Marie, donc c'est vachement plus dangereux que la peste, qui elle au moins a disparu. Bon allez, fin de parenthèse. Donc des vraies colonnes pestilentielles, vous en trouverez dans toute l'Europe, beaucoup en Allemagne, et en Tchéquie tout particulièrement. Sans dire de couillonnerie, chaque ville de plus de 2000 habitants possède sa colonne anti-peste, et comme dit, ça a vraiment l'air de marcher parce que depuis, il n'y en a plus de la peste (à quand les colonnes anti-con-munistes).

Celle dont je vous parle ("Mariánský morový sloup"), en plein milieu du "Hradčanské náměstí" est de "Ferdinand Maxmilián Brokoff" (1688 - 1731). C'est d'ailleurs sa dernière oeuvre parce que le pauvre bougre décèdera avant l'inauguration du monument (en présence de la peste et de la Vierge Marie :-) en 1736. Ferdinand Max travaillera principalement sur les statues entre 1724 et 1728, ensuite il partira pour Vienne et pour la Silésie d’où il reviendra gravement malade. Il décédera peu de temps après et sera enterré avec son père ("Jan", autre génie) et son frère ("Michal Jan", moindre génie) dans le cimetière (n'existe plus aujourd'hui) à côté de l'église "sv. Martina ve zdi" (St Martin dans le mur, de par sa proximité avec l'enceinte de la ville). Allez-y, il y a une plaque commémorative sur l'église, et c'est juste entre les 2 chats ("U Dvou koček") et les oursons ("U Medvídků") pour aller rincer quelques mousses. Puis une fois décédé, ben c'est son disciple ("František Ignác Weiss") qui terminera l'oeuvre en y ajoutant une gouttière en zinc à joints creux et des volets à battants anti-gel. Mais là vous ne pouvez pas vous en rendre compte, parce que la colonne que vous voyez est une copie, l'originale (avec gouttière et volets) se trouve au lapidarium.

Passons aux oiseaux qui s'y trouvent. Donc autour du socle se trouvent "sv. Vít" (St Guy), "sv. Václav" (St Venceslas) et "sv. Vojtěch" (St Adalbert), exactement le même tiercé que dans la cathédrale "sv. Víta, Václava a Vojtěcha" au château. Puis "sv. Karel Boromejský" (St Charles Borromée), patron des pestiférés, Archevêque de Milan lors de la grande peste de 1576, il porta secours et assistance aux contaminés en distribuant des tic-tac contre la mauvaise haleine, "sv. Jan Nepomucký" (St Jean Népomucène), torturé à mort puis jeté dans la "Vltava" sur ordre du roi "Václav IV" (dit l'ivrogne) pour avoir refusé de lui (au roi) dévoiler le secret de la confession de la reine (du roi) dont il (St Jean) était le con fait soeur alors que celui-ci (le roi) suspectait sa morue (la reine) de lui être infidèle d'avec un bellâtre de la télévision présentant la météo au journal de 20h les dimanche soir avant le début du grand film pour toute la famille, "sv. Alžběta Durynská" (Ste Élisabeth de Hongrie), dite thuringeoise ("durynská" en Tchèque) car elle épousa le margrave Louis II de Thuringe ("Thüringen" en Allemand) et qu'elle distribuait du pain aux pauvres du land qu'elle planquait sous son manteau (le pain, pas les pauvres) mais contre la volonté de son mari (Louis) qui lui avait interdit de nourrir ses miséreux (c'était mauvais pour leur régime élémentaire, et ça leur gâtait le poil).

Pis une nuit, Louis la surprit. En furie il lui dit: "Qu'est-ce que tu fous ici?"
Elle: "mais chéri..."
Lui: "y a pas d'chéri qui tienne, hyène, ouvre ton manteau, illico!"
Elle: "j'peux pas, j'ai pas de culotte, c'que je suis sotte."
Lui: "on s'en fout, chuis ton mari! Qu'est ce que tu planques sous ton habit?"
Elle: "mais chéri voyons, que d'exaspération..."
Lui: "di diou d'nom di diou, c'est qui le margrave ici? Ouvre ton manteau que j'te dis, sinon c'est dérouillée et torgnoles des 2 mains, et tu rentres à Budapest par l'avion du matin."
Alors la pauvre Elisabeth s'exécuta, et au lieu de pain, Louis découvrit un splendide blaireau brun au poil soyeux. Ce fut le miracle de Ste Elisabeth, représentée sur la colonne faisant l'aumône à un nécessiteux. Bon, et vous y verrez encore "sv. Petr" (St Pierre), "sv. Florián" (St Florian), le patron des pompier (ponoeil) et "Pavel" (St Paul). Maintenant qu'est ce que tous ces Saints foutent là, sur une colonne contre la peste alors qu'ils n'ont pas forcement de rapport avec, à moins qu'ils ne l'aient contractée, la peste? Mystère, mais je suis preneur de toute info.

Et pour terminer, mais pourquoi que je vous raconte tout ça me demanderez-vous? Ben parce que j'ai fait des clichés cocasses de la colonne et je souhaitais les partager avec vous. La première photo, j'ai failli ne pas la faire parce qu'au début je n'avais pas aperçu cette andouille de pigeon qui se planquait là, immobile et avec les mêmes couleurs que la pierre. Quant à la seconde, ce n'est qu'après quelques minutes d'observation et une intense réflexion que je me suis dit, "mais qu'est ce que ce fichtre de St Charles Borromée fout avec une pagaie dans la main?" Sans doute l'oeuvre d'un joyeux farceur, parce que je peux vous assurer que sur l'originale, au Lapidarium, la pagaie n'y est pas. Alors voilà, si vous passez par "Hradčanského náměstí", allez-y voir si elle s'y trouve toujours la pagaie, le pigeon, je ne pense pas.

dimanche 19 mars 2006

Ville: Strahovská knihovna, à voir, vraiment

Après que Simon (prononcez Saillemone, il est Australien) eut découvert qu'il y avait de la verdure à Prague ("Petřín"), qu'il y avait même autre chose que le pont Charles et "Hradčany", il eut la surprise d'apprendre après 3 ans sur le sol Tchèque, qu'il y a même un "Strahov", habité par des Prémontrés (du doigt), et surtout une bibliothèque de "Strahov" qui mérite le coup d'oeil. "Ah... ça se visite?" me demanda-t-il surpris? "Alors ben oui, ça se visite" lui répondis-je. Et même en payant un peu, (50 CzK = 1,67 €) tu peux prendre des photos. Mais alors comme d'habitude, sans flash et sans... eh attends quand même, je vais demander parce qu'on ne sait jamais, hein, des fois que les p'tites vieilles... "Ah bon, on peut avec un trépied?"
Super, alors oui, je prends le truc en plus... youpi, hourrraaa!!! Et donc on arrive dans la bibliothèque, et là... enfin bon, regardez les photos, et surtout allez-y, je ne sais que vous dire d'autre. Oh puis si, tiens: splendide. Bon, les miennes de photos ne sont pas maxi-top, je vous l'accorde, mais c'est parce que je n'avais pas trop de temps (je n'étais pas seul) pis je ne faisais pas trop attention non plus parce qu'on avait à peine une demi-heure pour se terminer avant que ça ferme. Et ça ferme tôt ici les musées, faites gaffe, genre 17h maxi ils tirent le rideau et il y en a des, que c'est même 16h.

Et comme j'ai lu récemment que les blogs longs ne sont pas lus (ce qui m'étonne, d'autant plus que les miens sont de qualité, les autres je ne dis pas, mais les miens...) je me suis dit tiens, je vais en faire un court cette fois-ci. Puis surtout ça tombe bien, parce que comme je n'ai pas vraiment le temps, ben ça va le faire aussi. Bref, je vais donc vous passer les peintres, les statues, les machins et les bidules, et vous filer des infos que vous ne trouverez pas forcément dans votre petit guide bien fait. Oh puis si, allez rapidement alors, un peu d'histoire...

Bon, la toute première bibliothèque date du début du XII ème siècle. A l'époque c'était encore petit, parce qu'entre les moines qui ne savaient pas écrire, et ceux qui savaient mais qu'il leur fallait 3 ans pour dessiner une page
(pas comme moi avec mes publies, oui je sais), donc des livres dans la bibliothèque, il n'y en avait pas velu à se mettre sous l'oeil. Pis au fur et à mesure on commença à n'en mettre du livre, avec l'invention de l'imprimerie (merci à "Johannes Gensfleisch"). Mais pas de chance, les guerres, les hussites, puis les Suédois en 1648... et surtout ce fumier de général Königsmark qui pilla bien proprement et bien systématiquement la bibliothèque (et d'autres) pour emmener tout son butin en Suède, où de toute façon il n'y avait pas un couillon pour lire le Tchèque. Bon je déconne, c'était surtout en Allemand et en Latin que c'était écrit, et ça, les Suédois ils le comprennent quand ils ont de l'élevage.

Allez on passe vite, donc 1950, les con-munistes chassent les curés, 1989 on chasse les con-munistes, et début des années 1990, les Prémontrés (du doigt) récupèrent leur abbaye ainsi que la bibliothèque, qui va avec. Et bien que pillée, incendiée, dévastée, puis non entretenue, elle comporte encore et toujours quelques 200.000 ouvrages, majoritairement du XIV ème au XIX ème siècle, dont quelques 1500 sont des primo-éditions (première édition, ça ne vous dit rien, tiens, regardez voir combien se paye une première édition de Tintin ou d'Astérix aujourd'hui, et c'est pas du XIX ème, voire avant) et 3000 manuscrits (écrits à la main). Et donc quand vous y irez, parce qu'il faut que vous y alliez, vous y verrez 2 salles.

La salle théologique date du milieu du XVII ème siècle. C'est la plus ancienne des deux (salles), et c'est aussi celle que vous verrez en second si vous suivez bien le guide. Bon, pis juste dans le fond, mais vous ne pouvez pas le voir parce que l'accès à la salle est interdit (mais pas pour moi :-) il y a un portail en fer forgé au dessus duquel est inscrit "Initium Sapientiae Timor Domini" (La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, "Psaumes", chapitre 110, verset 10). C'est effrayant de connerie! Enfin quoi, n'y aurait-il pas de sagesse sans crainte (du saigneur de surcroît :-) ? Ben voilà, tiens, hop, parti dans la philosophie qu'on est. Bon j'avais prévu de faire court, alors "Gloria Patri et Filio, et Spiritui Sancto... et viva tutti quanti... Amen" et hop, on passe à la suite. La salle est pleine de globes terrestres et astronomiques, genre vous savez, chez Atlas et Monsieur Meuble, que quand vous l'ouvrez,
il y a de la place pour les bouteilles de gnole. Ces couillons là, fabricants de meubles pour pauvres qui veulent faire riches, en ont fait du kitch à cent balles, mais à l'époque, au XVII ème siècle, la famille "Blaeu" (n'essayez pas de prononcer, c'est Hollandais, donc imprononçable) avait bâti sa réputation sur ces globes, cartes et atlas, de véritables oeuvres d'art que c'était. Tiens, je vous en ai même trouvé sur la toile du "Blaeu". Pis c'est tout, je ne vous dirai rien de plus. Si, la salle a été entièrement restaurée début 1990 et interdite au public parce que le touriste ça souffle, ça crache, ça tousse, ça mouche, ça renifle, ça transpire, puis ça pète parfois même, et donc ça humidifie empuante tellement la salle que ça bousille les fresques et les ouvrages précieux.

Pis il y a la salle philosophique, ma préférée à moi parce que je la trouve plus belle, et surtout aussi que pour moi, la philosophie par rapport à la théologie... bref ma préférée, plus récente (fin du XVIII ème siècle) que l'autre et la première que vous verrez si vous suivez le guide comme il faut (le suivre). Bon, un truc rigolo, la galerie du dessus est accessible par des escaliers en colimaçon qui sont planqués (des 2 côtés) derrière une rangée de faux livres, essayez de les retrouver :-) La monumentale fresque au plafond représente l'évolution spirituelle de l'humanité, imperceptiblement dans le sens théologique (l'évolution) mais surtout et énormément dans le sens intellectuel du terme. Dans le fond on reconnaît Moïse avec l'arche d'alliance ("Ignoto Deo"), puis plus loin les rois David et Salomon, Noé, Abel et Caïn... et même parait-il (selon la charmante dame qui surveillait que je photographiais avec l'autorisation qui allait bien)
Adam et Eve (mais moi je ne les ai pas trouvés, et pourtant ils sont reconnaissables à leur fringues de marque). La parti gauche de la fresque représente l'évolution de la civilisation grecque, jusqu'aux grands philosophes. Ca me va mieux comme thème. Les trois représentés presque au fond, c'est Socrate, Diogène dans son tonneau, et le présocratique Démocrite d'Abdère. Et au milieu de la fresque, toujours sur la gauche, le grand gaillard bien bâti qui regarde son roussin blanc Bucéphale, c'est Alex, Alex le gland... le grand, en compagnie de son percepteur :-) Aristote. Allez on porte son regard sur la droite, et là, on y voit l'évolution de la science. Donc le dieu de la médecine Asclépios ("Aesculapius"), fils d'Apollon et de Coronis, fille unique du roi Phlégyas de Béotie, vous savez, les fameux Béotiens... (ah pour sûr, Apollon n'avait pas choisi la plus intelligente, mais celle qui avait les plus gros nichons, comme toujours :-)
Bref, et donc le dieu Asclépios nous a aujourd'hui laissé son fameux caducée (bâton) enroulé d'un serpent, le symbole de la médecine. Tiens, pis sa fille Hygie qui nous a transmis l'hygiène nous a aussi laissé sa coupe (la coupe d'Hygie) que vous trouverez sur toutes les bonnes pharmacies vu que c'est leur symbole (le serpent qui crache son venin curatif dans la coupe). Ah oui, et elle avait une soeur Hygie, Panacée, la panne assez unie vers celle... Ah et puis, hein, attends c'est pas le sujet de ma publie, alors retour à la fresque. Ensuite il y a Pythagore, celui-là je ne vous le détaille pas, tout le monde se souvient de son théorème de géométrie euclidienne qui énonce que "dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des côtés de l'angle droit". Bon, et là arrive un truc assez curieux. Vous voyez le pilier en dessous duquel est inscrit "Wenceslaus secundus, hic primus",
ben en dessous du pilier, à droite, se trouve un groupe d'hérétiques effrayés par la puissance céleste. Ils symbolisent les encyclopédistes français dont la "bible des Lumières", le Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, venait foutre un bordel sans nom dans la "connaissance" jusque-là sciemment censurée, épurée et souvent rectifiée par l'église (encyclopédie, soit dit en passant et pour la petite histoire, néanmoins en bonne place dans la dite bibliothèque de "Strahov"). Tiens, tu m'étonnes que les curés "Prémontrés" (du doigt) n'aiment pas nos génies. "Il est doux de dominer sur ses semblables; les prêtres surent mettre à profit la haute opinion qu'ils avoient fait naître dans l'esprit de leurs concitoyens..." et puis tiens, non, lisez vous-même,
l'article de l'Encyclopédie concerne les prêtres et fut écrit de la main du baron d'Holbach (Paul-Henri Thiry). Par contre, et ça, ça m'agace gravement, je n'ai pas réussi à savoir qui sont les trois bougres sur la fresque. Alors si jamais vous avez l'info, tiendez-moi en courant s'you plait. Je vous donne mon tiercé dans l'ordre, mais vraiment à vue de nez: Denis Diderot, Jean d'Alembert et Voltaire, mais j'y verrais tout aussi bien André Le Breton, Étienne Bonnot de Condillac, le Baron d'Holbach, Montesquieu ou Jean-Jacques Rousseau. Bref celui ou celle qui trouve l'info est invité(e) par votre serviteur à une genou-grillé-bière party dans un des lieux fantastiques dont je ne mentionne jamais l'existence dans mes publies. Ca motive non? :-) Et finalement l'on peut apercevoir dans le fond, le pauvre Socrate en prison, condamné à mort par absorption de ciguë pour hérésie et dépravation de la jeunesse
(ah ouais, ben flûte alors, faut faire gaffe parce qu'aujourd'hui ça se lit dans les écoles le Socrate). Pis de l'autre côté, en opposition de Moïse et de son arche, ben je ne sais pas parce c'est sous la porte, invisible de là qu'on peut voir, et qu'on ne peut pas y accéder, mais selon la charmante dame qui surveillait que je photographiais avec l'autorisation qui allait bien, il s'agirait du Saint Patron de la bohême ("Sv. Václav") et d'autres acolytes de cet acabit, "Ludmila", "Vojtěch"...

Bon et pour les anecdotes alors... Ben en 1800, une des premières femmes à avoir visité la bibliothèque fut Lady Hamilton, en compagnie de son époux William et, semblerait-il, de son amant
(amant c'est sûr, c'est sa compagnie en l'occasion qui l'est moins, sûre), l'amiral Nelson (Horatio). Puis en 1812, c'est madame l'impératrice Marie-louise d'Autriche (vous savez, celle que notre Napoléon est allé prestement fourrer à Compiègne un soir de mars 1810 n'en pouvant plus d'attendre) qui aura le bonheur de visiter la collection. Puis après il y en aura d'autres des femmes à visiter la bibliothèque, ayant entre-temps appris à lire :-))) Oh purée de bois t'es con là Strogoff, vraiment tu déconnes où quoi? Sans dec, tenir des propos pareils seulement 2 semaines après la journée internationale et mondiale de la femme!

Et puis entre les 2 salles de la bibliothèque, le couloir de jointure, il y a toute une collection de trucs insensés et loufoques, la pièce des curiosités saugrenues,
l'"unglaublich wunderkammer". Les objets sont totalement sans le moindre lien avec la bibliothèque, mais ils méritent vraiment le coup d'oeil. Dans une armoire il y a surtout des poissons de mer séchés absolument dingues, je ne savais même pas qu'ils existaient, et dans l'autre armoire, il y des crustacés et une pièce unique en son genre, une "maquette" du dronte de l'île Maurice, le fameux dodo (Raphus Cucullatus) dont j'ai déjà parlé à propos du Musée National. Alors je dis bien une "maquette" parce que si c'est bien ce que m'a montré la charmante dame qui surveillait que je photographiais avec l'autorisation qui allait bien, et que l'on peut apercevoir sur ma photo d'armoire des crustacés,
alors ça ressemble à tout sauf à un dodo. Au bout du couloir, la fameuse Xylothèque de 68 ouvrages se rapportant chacun à une essence d'arbre. La couverture des "livres" est faite du bois dont il est question, et à l'intérieur, car il s'agit de boîtes et non de livres, se trouvent des racines, des branches, des feuilles des fruits et accessoirement des parasites de chaque essence. Trop fort.

Puis toujours dans le fond, vous verrez une copie de l'évangéliaire de "Strog... Strahov" dont on estime la parution vers 860. Alors comme dit, c'est qu'une copie, un fac-similé, donc ne vous emballez pas, d'ailleurs il n'y a rien à voir, on ne voit même pas les enluminures.
Ensuite à coté de la maquette du bateaux, il y a encore du bric-à-brac capharnaümesquement incroyable: des bottes de cavalerie que la charmante dame qui surveillait que je photographiais avec l'autorisation qui allait bien attribue aux Français. Ils les auraient oubliées (les bottes) lorsqu'ils évacuèrent Prague en 1742 sous la pression des troupes autrichiennes lors de la guerre de succession des Habsbourg. Toujours au même endroit, il y a encore un arc tatar qui date de l'invasion de la Slovaquie au XIV ème siècle, une "valaška" (sorte de hachette typiquement slovaque) que les Tatars utilisaient pour découper leur steaks (tatars) lors de la même invasion de la Slovaquie (au XIV ème siècle), une arbalète et des casques fin XVII ème début XVIII ème siècle dont on ne sait strictement rien, mais qui sont là quand même, deux trompes d'éléphants dont on ignore également la provenance,
ce qui fait dire à la charmante dame qui surveillait que je photographiais avec l'autorisation qui allait bien qu'il s'agirait plutôt des restes d'une circoncision rituelle pratiquée dans la tribu africaine des Oulalamat'moissa rapportés (les restes) par l'explorateur tchèque mondialement connu "Emil Holub", et pour terminer une dent de narval que l'on a pendant longtemps présenté comme une corne de rhino féroce.

Donc voilà, j'en reste là, en espérant avoir fait suffisamment court pour la lecture, mais suffisamment long pour vous donner l'envie d'y aller. Et je vais terminer sur une note d'humour très Tchèque, enfin j'en ris maintenant, mais c'est triste dans l'absolu, comportement inadmissible qui mériterait pour le moins un coup de pied au cul... Une fois que mon Simon (prononcez Saillemone, il est Australien) eut abreuvé ses mirettes des beautés de cette fabuleuse bibliothèque, ses rognons le rappelèrent soudainement aux astreintes élémentaires de son corps.
L'on décida ainsi d'inviter les WC qui se trouvent sur la droite de l'entrée de l'édifice. "Quoi? 10 CzK pour aller pisser?" s'exclama Simon (prononcez Saillemone, il est Australien) alors que le tarif classique est de 3, maximum 5 CzK. "Attends voir" me dit-il, "je vais demander à la mère pipi si ce n'est pas compris dans le prix du billet d'entrée dans la bibliothèque?" (c'est dingue ça, je n'y aurais pas pensé, visite et vespasiennes tout en un!). Il s'approcha de la vieille avec un air courtois et s'enquit (passé simple du verbe s'enquérir, interroger quelqu'un sur quelque chose) "Do you speak English?" (il est Australien). Et la vielle de répondre du tac au tac en Tchèque "Kek ça peut t'fout' English, 10 couronnes ça s'écrit pareil en English non?"
tout en montrant de la main la pancarte format A4 sur laquelle était inscrit en grosses lettres "10 CzK", effectivement en English comme en Tchèque ou en Turc. Ayant approximativement compris la réponse, mais parfaitement bien assimilé le ton urbain de la mégère, Simon (prononcez... Australien) stupéfait me regarda les yeux exorbités, moi plié de rire par la réponse pragmatique de la vipère, et lui cherchant désespérément une aide linguistique afin d'objecter à l'affabilité des paroles. Convulsé de rire par la situation et sentant la totale futilité d'une quelconque réaction, je posais les 20 CzK sur le comptoir, pris mon Simon (prononcez Saillemone, il est Australien) par le bras et le guidais en direction des urinoirs afin d'assouvir le besoin qui nous avait mené ici. J'avoue avoir eu du mal à viser dans la faïence tellement j'en rigolais encore,
rire par ailleurs entretenu par l'autre luron qui ne cessait de grommeler et comparer l'attitude souvent impertinente des interlocuteurs tchèques avec celle, engageante, des habitants de son Australie natale. Ben ouais, malheureusement c'est comme ça ici, certains Tchèques sont rustres, aigris, malappris voire primitifs, mais bon, que voulez-vous, c'est pas moi et mon Simon (prononcez Saillemone, il est Australien) qui allons les changer. Laissons le temps au temps. Par contre et surtout, n'en oubliez pas "Strahov", ça vaut le coup... mais pissez avant!