lundi 20 février 2006

Visiter: Le musée de la ville de Prague

Donc on y est allé, comme ça pour voir, parce que ça faisait partie des choses que l'on n'avait pas encore vues, et on s'était dit, tiens... et pourquoi pas après tout? Donc ben voilà, oui, bon, ben en 3 mots: c'est pas terrible.
Genre allez-y quand il fait froid dehors et qu'il pleut, mais sinon il y a plein d'autres choses à voir dans Prague, plus mieux les choses. Maintenant je ne vais pas vous dire de ne pas y aller non plus, parce qu'au prix que ça coûte, faut pas se priver, pis il y a quand même des choses intéressantes, mais bon, les gnafrons ne vont pas y voir des Goldorak ni des Mickey, donc si vos bambins sont exigeants en attraction, évitez d'y aller avec eux.

Pour les photos du dedans, vous pouvez essayer d'en faire moyennant une petite contribution (50 CzK, soit quelques 1,67€). Mais je vous préviens de suite, ils font tout pour que vous n'arriviez pas en faire de bonnes, de photos réussies. D'abord vous ne pouvez pas utiliser le flash, il paraîtrait que ça abîmerait les pièces exposées, même les moches. Vous ne pouvez pas non plus utiliser un trépied, il paraîtrait que ça rayerait le parquet, même avec des petits caoutchoucs au bout des pieds, comme mon statif à moi.
Et pour combler le tout, ils laissent rentrer des meutes entières de p'tits vieux béquillards et stropiés qui font rien que de passer devant l'objectif, de vous bousculer au moment du clic, ou de coller leur reniflard morveux sur les vitres auparavant transparentes. Donc sans lumière suffisante, sans support stable, et au milieu des troupeaux de croulants décrépits, inutile de vous dire qu'une photo sur deux est à jeter, merci les gars, super le droit de photographier, j'apprécie sincèrement votre généreuse bonté. Pis pour les photos de l'extérieur, alors comme il faisait un temps pas possible, qu'il faisait vraiment très très moche et qu'en plus on était assez pressé parce qu'on n'avait pas le temps, donc les photos de l'extérieur, ben il n'y en n'a pas.

Bien, commençons par quelques éléments historiques. Un jour, ils se rendirent compte que bon nombre d'objets culturels ou artistiques disparaissaient de Prague, et lorsque ces derniers étaient retrouvés, ils étaient en des mains privées, généralement étrangères (comme aujourd'hui, et il y en a velu à dire sur ce sujet mais une autre fois). De là, a germé l'idée fumante d'un musée pour y remiser de par vers là, le tout et le n'importe quoi du précieux fourbi praguois afin qu'il ne s'évapore plus du territoire. Ainsi ce sont des personnages illustres de la renaissance nationale comme "Miroslav Tyrš" (le fondateur des Sokol) ou l'historien "Václav Vladivoj Tomek" (dont l'oeuvre colossale "Děje království českého" -faits et vènements du royaume tchèque- me sert souvent de référence) qui en seront les instigateurs (de l'idée du musée).
Signalons par ailleurs que vous trouverez souvent ce dernier nom orthographié "Wácslaw Wladiwoj Tomek" puisqu'il est né avant la (une des) réforme de l'écriture tchèque en 1849 ("Prawidla českého prawopisu, praktickými přijklady wyswětlená" deviendra "Pravidla českého pravopisu, praktickými příklady vysvětlená" mais je vous en parlerai aussi une autre fois). L'édifice, construit entre 1896 et 1898 à partir du "kavárenský pavilon" (pavillon de café?!), est de style néo-renaissance avec une avancée de façade surmontée d'un tympan néo-classique. Ca c'est pour les furieux de l'architectonique et je ne vous en dirai pas plus car le reste est dans tous les guides bien faits. Maintenant pour les furieux de l'anecdote, signalons que ce fameux tympan comporte un magnifique bas-relief de "Ladislav Šaloun" (la statue de Jan Hus sur la place de la vieille ville, le bas-relief du premier étage de la maison art-nouveau "Poetická vinárna "Viola", Národní 7/1011"),
et qu'au sommet de ce tympan se trouve une statue, allégorie de la ville de Prague. Lors de la révolution de mai (soulèvement de la ville de Prague en mai 1945), un conducteur de char allemand croyant voir un insurgé armé fit feu et la détruisit complètement, l'andouille. Mais "Ladislav Šaloun" avait fait une maquette avant de faire la grande, la vraie, et c'est sur la base de cette miniature laissée à sa famille en héritage qu'un autre sculpteur reproduisit en 1985 une nouvelle copie que vous pouvez apercevoir aujourd'hui. Bon, et c'est tout pour l'extérieur. Si si, il y a encore d'autres statues, mais bon, je vous laisse lire votre guide bien fait, chuis sûr qu'il en parle mieux que moi.

Pis dedans, ben en dehors de la magnifique fresque panoramique de Prague, ben il n'y a pas grand-chose. Enfin si, les pièces exposées, mais je veux dire en terme architectural, genre inhérent à l'édifice c'est assez pauvre.
En fait, même l'escalier d’où la magnifique fresque elle est au dessus de, ben si on le (l'escalier) compare au Musée National (derrière le cul du roussin à Venceslas) il fait "petit", caricatural, genre "sans plus". Alors bon, c'est sûr qu'on ne se parle pas de la même chose non plus, entre le musée national et le musée de la ville, mais quand même, le musée de la ville ça l'fait fichtrement moins.

Donc en dehors du bâtiment en soi, et dans les trucs positifs quand même, il y a la prodigieuse maquette de la ville de Prague faite par le peintre "Antonín Langweil" (1791 - 1837), le pauvre bougre. Un travail de dingue comme vous n'avez pas idée, sans dec, les bricolages d'Hercule à côté c'est du flan au chaud cola. Ca commença en 1829, lorsque l'Antoine ("Antonín") exposa quelques 600 maisons miniatures représentant plus de 3 ans de travail minutieux.
L'accueil fut des plus favorables, et notre peintre poursuivit sa tâche en ajoutant la vieille ville et son quartier juif "Josefov". Puis hop, nouvelle exposition en 1831. Ouais, super, c'est beau, c'est bien fait, que tout le monde disait, mais ça ne servait à rien et surtout ça ne payait pas. Ben non, aussi notre artiste se retrouva vite dans le besoin. Il voulu vendre sa maquette que tout le monde admirait, mais personne n'en voulait. Ben tiens, et pour quoi faire? Puis la maladie et la mort finirent par avoir raison du pauvre gars en 1837. La veuve finit par réussir à vendre le modèle à l'empereur d'Autriche pour une bouchée de pain, et celui-ci en fit dont au musée du royaume en 1840. Emballé dans 9 caisses, sans mode d'emploi pour le montage, il n'en sortira qu'en 1862 et sera exposé à la mairie de Prague. Puis lors de la seconde guerre mondiale, on remballera la maquette dans ses 9 caisses afin d'éviter tout dommage.
Compte tenu de la qualité des détails, les morceaux de la maquette (édifices) seront ensuite utilisés séparément par divers artistes, chercheurs et architectes (lors de la reconstruction de la chapelle Bethléem en 1952 par exemple). Enfin entre 1961 et 1969, des passionnés remettront la main sur la totalité de l'oeuvre, il la dépoussiéreront, la rénoveront afin qu'aujourd'hui vous puissiez à nouveau l'admirer. Cette création unique est d'une valeur artistique et historique inestimable car elle présente dans les moindres détails des édifices aujourd'hui disparus (en particulier dans le quartier juif entièrement détruit pour raisons sanitaires au carrefour du XIX ème et du XX ème siècle). Sur les 20m² de sa maquette, "Antonín Langweil" a peint et modelé (papier et carton) plusieurs milliers de bâtiments, respectant leurs tailles, leurs couleurs, leurs nombres de portes, de fenêtres et d'étages, leurs peintures en facade, leurs statues et leurs arcades, poussant le souci du détail jusqu'aux arbres et bosquets.
C'est réellement unique et mérite le coup d'oeil.

Sinon les trucs permanents à voir encore: donc un Hercule en bronze (original) du sculpteur hollandais "Adrian de Vries", des statues en bois provenant généralement d'édifices religieux et dont les auteurs sont des génies tels "Ferdinand Maxmilián Brokoff", "Ignác František Platzer", "Jan Antonín Quitainer", ou encore "Jan Jiří Bendl". A voir aussi encore: quelques statuettes originales de la seconde moitié du XVII ème siècle qui ornaient l'horloge astronomique de la place de la vieille ville (auteur inconnu), et l'original (aussi) du calendrier de la même l'horloge de la vieille ville (le disque du bas tout rond) du fameux peintre "Josef Mánes".

Ensuite il y a des expositions temporaires. Nous, par exemple, on y a vu les peintures de "Jan Minařík" (1862 - 1937), exposition intitulée "Století na tváři města" (quelque chose comme "un centenaire sur le profil de la ville"). C'est vraiment bien. On y voit des peintures à l'huile (c'est difficile) de rues et bâtiments de Prague d'entre 1907 et 1911. Et pour matérialiser les changements, le photographe contemporain "Ondřej Polák" a pris des clichés du même endroit et sous le même angle que le peintre a peindu. C'est génial, on voit parfois de vraies différences (ou pas), on reconnaît des maisons (ou pas), des rues, vraiment trop fort, je vous le conseille. Par contre c'est jusqu'au 30 avril 2006, alors dépêchez-vous vite fait.

Bon, pis une fois qu'on a vu ça, ben le "Museum hlavního města Prahy" n'a plus grand-chose à vous offrir. Ni les environs d'ailleurs. Coincé entre l'autoroute "Wilsonova" et la gare centrale d'autobus "Florenc", ce pauvre musée n'est même pas à proximité raisonnable d'une honnête taverne, dingue. Alors attention, je vous parle du musée qui se trouve "na Florenci", rue "Na Poříčí 52". Parce qu'il y en a d'autres des baraques qui appartiennent au musée de la ville (regardez voir sur leur site), avec d'autres trucs à voir, mais les autres on ne les a pas vues, ni les baraques ni les expos, donc ma publie se limite vraiment au musée principal de la ville.
Et donc ben voilà, alors comptez 2 heures de visite si vous êtes un passionné des breloques pas terribles (chuis vraiment dégueulasse ignoble avec ce pauvre musée :-) et moins si vraiment vous êtes entrés parce qu'il faisait froid dehors et qu'il pleuvait. Personnellement, je pense que j'irai me le refaire encore une fois, plus tard, quand il y aura une autre exposition temporaire (tant qu'à faire) pour me forger une opinion plus favorable.

samedi 11 février 2006

Bière: Quelques idées d'embuscade

Disclaimer: en fait pourquoi que je vous raconte cette histoire, que certains me demanderont-ils? Parce que genre, ça fait quand même blog d'ado-quéquette-acné-rap qui raconte ses états d'âme sans intérêt, non? Eh bien je vous raconte cette histoire, parce que les virées que nous fîmes et les établissements que nous fréquentâmes pourraient vous donner des idées de tournée brassicole des grands ducs, de pub crawl comme disent les homards de la primitive Albion :-)
Et ça voyez-vous, c'est en plein dedans l'objectif de mon blog, vous informer sur Prague. Aussi oyez oyez braves gens...

Alors ce week-end, c'était la grosse teuf mémorable chez moi. J'avais invité mes potes et mes potesses dans le cadre d'une célébration annuelle que je fais chaque année. Mais cette fois-ci, je me suis dit que ça allait être simple, sobre et modéré. C'était sans compter sur le caractère festif et boute-en-train des joyeux drilles conviés. Connaissant la facilité avec laquelle certains bougres se dérobent parfois aux invitations, j'avais ratissé large auprès de mes accointances afin que les festivités ne se déroulent pas en tête-à-tête, à 2, 3 ou 4 personnes.
Et donc ben voilà, l'appel fut plus qu'entendu, puisqu'on s'est retrouvé à plus d'une vingtaine de lascars le samedi soir à la grosse souris ("Tlustá myš").

Ma belle soeur et son tourtereau sont déjà arrivés vendredi soir, avec l'espoir d'aller nous jeter le fameux genou-jambonneau fumé de 2kg à l'hippopotame. En prévision, la belle-soeur avait fait la résa qui va bien plusieurs jours à l'avance, résa autant pour les places que pour l'os à bidoche car il arrive fréquemment (pour ne pas dire systématiquement) qu'après avoir bataillé comme un furibard pour trouver un espace où s'attabler, l'on vous esquinte l'enthousiasme avec un "genou-jambonneau a plus, tout vendu!". Et croyez-moi, ça vous pourrit franchement une soirée ce genre d'objection. Bref, donc la résa fut faite et confirmée par la serveuse de l'hippo qui a, pour ainsi dire, un faible évident pour ma belle-soeur.
Vendredi soir donc on arrive à l'heure convenue, et dans la salle de notre "reservierung" bramait une meute de fichtres exclusivement masculine (la meute). A la vue des 2 frangines, ils commencèrent à brailler de plus belle, le tout dans une langue totalement incompréhensible et dont les sonorités me rappelaient l'évacuation de la peau de renard après une soirée trop arrosée. Le vacarme finit par se calmer lorsque nous (le tourtereau et moi-même) exhibâmes nos faciès curieux par l'encadrement de la porte. Ben ouais, désolés les gars, mais elles sont avec nous, alors ça va pas le faire... On commença par quelques chopines pour étancher la soif, l'os viandu étant réservé, ça ne risquait rien d'attendre un brin, et on se rendit rapidement compte qu'un truc n'allait pas. On se sentait... disons... enfin une drôle de sensation d'inconfort. Et ce n'était même pas tant à cause des gueulards (l'inconfort des cons forts) de la table d'à côté qui jouaient aux cartes et s'esclaffaient régulièrement d'un fou rire retentissant, non, c'était autre chose. Puis l'on finit par comprendre. La pièce n'était pas chauffée, et avec les -12° qui régnaient à l'extérieur, notre salle ne devait pas être à plus de +10° ou +12°.
Le chauffage avait lâché (ce couillon), en plein hiver, forcément, les voitures non plus ne tombent pas en panne à l'arrêt, et il (le chauffage) n'avait pas encore été réparé. Faignants! Au début l'on ne sentait pas qu'il faisait si froid, arrivant frigorifié du dehors, mais au bout d'un quart d'heure, après 3 bières qu'on était toujours pas réchauffé, paf, le frimas nous envahit grave. On finit par renoncer même au genou-jambonneau, et l'on quitta l'hippo maudit, où qu'il est décidemment impossible de passer une soirée tranquille sans que quelque chose ne se passe pas comme ça devrait se passer, c'est à dire bien. Pour la petite histoire, le troupeau d'incompréhensibles était déjà parti (pour la même raison sans doute), et selon ma chérie d'amour pour qui les langues absconses n'ont plus de secrets, leur inintelligible volapük était du Hongrois. C'est dingue une langue pareille, on groi... on croit qu'on va intercepter un mot ou deux, par ci par là, pour catégoriser les quidams dans du cheptel Latin, Slave ou Anglo-Saxon, et rien, pas le moindre petit quignon d'indice qui permettrait de dire de quel bout de la planète qu'ils viennent d’où ces extraterrestres.

Nous finîmes donc notre soirée à la taverne du petit côté ("Malostranská pivnice"), qui sans être le pinacle de l'apogée, est bien quand même (parfois). Pis surtout c'est grand et donc il y a souvent de la place, chauffée.

Samedi matin, je fus réveillé dans mon lit et mon sommeil par la sonnette de mon chez-moi. A midi. Décidemment, j'le crois pas... Tom avec sa jeune et tendre débarquaient de "Karlovy-Vary" et souhaitaient déposer leur fourbi avant d'aller au ciné. Bon, ben hein... du coup comme on était tous réveillé, alors hop, allons nous cogner un copieux déjeuner à côté des cinoches, et plus particulièrement, à l'ange ("Anděl"), dans le restaurant de Pilsen ("Plzeňský restaurant Anděl").
Tiens, parenthèse, vous savez pourquoi on appelle ce quartier l'ange ("Anděl") alors que son nom officiel est depuis 1402 "Smíchov"? Parce qu'à l'époque, il y avait un bâtiment avec un ange peint sur sa façade. Et peindu par qui l'ange? Par le talentueux "Václav Brožík ", eh oui, dans sa jeunesse. Mais ne cherchez pas, ce bâtiment a été détruit depuis longtemps pour faire place à la station de métro ("Anděl") ainsi qu'au splendide amoncellement d'aluminium et de verre securit que constitue la fabuleuse galerie marchande en face du restaurant. Fin de parenthèse. Repas qu'au pieu... copieux , quelques "Prazdroj", et vers 15:30 les uns au cinoche, les autres pas. Les autres, dont nous, sommes allés jeter un oeil sur les frusques, histoire que les filles ne puissent pas dire que l'on a passé tout le week-end au bistrot.

Tiens, un truc marrant quand même, chais pas si vous aussi, mais moi oui. Les galeries marchandes, qu'elles soient où qu'elles soient, ben elles sont toutes pareilles et se ressemblent toutes.
Aucune différence, mais alors vraiment aucune, c'est d'un pitoyable. D'ailleurs tiens, pour vous dire à quel point c'est tout pareil, même les étiquettes sur les nippes sont identiques, avec les petits drapeaux nationaux et les prix en Eur, CzK, SkK, ou Pln. Tout pareil, tiens, prenez le Nový Smíchov à Prague, c'est moche (c'est Carrefour) et on ne peut pas y photographier, la Place des Halles à Strasbourg, c'est archi-moche, tout simplement, City 2 à Bruxelles, pareil, et ils n'ont même pas de portail Internet, le Trafford Centre à Manchester,
c'est Mickey et Universal Studios en prime, monumentalement colossal (faites gaffe à pas perdre votre voiture en vous garant), il n'y a que Selfridges à Londres (Oxford Street) qui se distingue par son bar à huîtres au rez-de-chaussée (à moins que ce ne soit Debenhams? Enfin un des department stores en plein milieu de la rue, d'Oxford). Tandis que les tavernes, toutes différentes, toutes avec l'âme unique du pays, la splendide diversité culturelle que ces euro-bougres d'abrutis euro-fonctionnaires sont euro-surpayés à faire disparaître.

Tiens, une bierstube munichoise, une winstub strasbourgeoise, un pub londonien, une taverne bruxelloise, une pivnice pragoise, toutes différentes, toutes uniques, toutes sensationnelles... Bref, alors j'en étais où moi...
Ah oui, puis après donc le lèche-vitrines où qu'on a de toutes façons rien acheté vu qu'on avait besoin de rien, on est rentré tranquillement à la maison où qu'on n'est pas resté longtemps car l'heure du RDV sonnait sous peu.

Bon, je vous passe les détails de la soirée, c'est pas pour les enfants et pour peu que ma maman lise cette publie, elle va inutilement s'inquiéter. Bref nous finîmes tardivement à la grosse souris, certains s'en rentrant et d'autres s'en sortant, genre le poussant plus loin. Ce que j'ai sans doute omis de vous dire, c'est que les lurons d'en dehors de Prague, qui venaient à la fête s'étaient vus offrir le choix du gîte soit dans une pension bon marché à distance raisonnable du centre, soit gratuitement dans mon modeste palais sur le sol, sous condition qu'ils emmènent leur matériel de camping (paillasses, sacs de touchage, serviettes, brosses Adam...).
Et curieusement, la totalité des loustics choisit la seconde solution. Nous nous retrouvâmes donc dans le courant du petit matin à une bonne dizaine éparpillée sur le sol (moi dans mon lit, faut pas déconner non plus), dont certains dans un état de "fatigue" avancée. Le Superdome de la Nouvelle Orléans après le passage de Katrina que mon appartement :-) Et on chantait tous en coeur: "C'est un endroit, qui ressemble à la Louisiane..." morts de rire qu'on était. Bref dimanche matin le réveil fut difficile pour certains, calamiteux pour d'autres, et serein pour moi. A 10:30, après la douche, je battis le rappel des vaillants boucaniers et leur suggérais de venir faire un tour dans cette magnifique ville de Prague afin de se remettre les mirettes en face des trous et faciliter l'évacuation des effluves d'éthyle par une marche matinale sous température frisquette.

C'est ainsi qu'à 6, nous traversâmes le pont Charles vers 11:30, et pûmes admirer les magnifiques "Phalacrocorax carbo" (grands cormorans noirs) qui faisaient les couillons tout autour de nous, dans le fleuve "Vltava". C'est impressionnant comme bestiole, jusqu'à 1m de taille et 1,5m d'envergure. Il y en aurait un millier qui passe l'hiver dans Prague à cause des eaux chaudes de l'île de l'Empereur ("Císařský ostrov"), vous savez, là où se trouve l'usine d'épuration de la Ville. Les poissons s'y attroupent parce que les eaux y sont plus chaudes, pis les cormorans s'y attroupent à cause des poissons, pis lorsque même là-bas l'eau gèle et se recouvre de glace (comme la semaine dernière), ben le cormoran qui n'est pas une andouille se déplace vers les endroits où l'eau ne gèle pas, par exemple à proximité du pont Charles et de ses cascatelles.
Donc si vous venez entre janvier et fin mars, vous pourrez admirer ces splendides oiseaux venant tout droit d'Afrique, et plus précisément des chutes du Ragnagna :-) Mais non, je déconne, les nôtres de cormorans ils viennent de la Baltique. Ils sont Européens, Monsieur! D'ailleurs je vous en ai mis quelques uns de côté, là, sur les photos, afin que vous puissiez constater qu'ils parlent Balte sans accent. La peste noire par contre avec ces corpulents emplumés, c'est la fiente. Déjà les mouettes, c'est pas chouette, mais les cormorans, c'est carrément chiant. Ah ben ça ma brave dame, ça salit quand ça fait. Et puis ça fait gras quand ça fait, un cormoran, je veux dire ça vous garnit épais une épaule standard, et ça n'en laisse même du rab pour le voisin pour peu qu'il soit à proximité raisonnable.
Du coup on n'est pas resté plus que de raison, et hop, rapidos nous trottâmes gaillardement en direction de la place du marché au charbon ("Uhelný trh") pour l'apéro, dans la taverne aux 2 chats ("U Dvou koček").

Ce lieu est pour moi une relique (comme "U Fleků"), oh combien regrettée relique que ce jadis formidable troquet. Je me souviens, avec mon père, grand amateur de bonne bière, nous nous y rendions souvent car en ces temps, trouver de la "Prazdroj" (Pilsner Urquell) à Prague tenait de la gageure.
En effet chaque région, chaque ville, chaque village produisait sa propre bière, sa propre production brassicole qui n'avait généralement pas à rougir par rapport à ses concurrentes en matière de qualité, aussi les exportations vers d'autres contrées du pays n'étaient qu'exception. Or aux 2 chats, en plein centre de Prague, l'on tirait de la pipette la formidable "Prazdroj" de la non moins formidable ville de "Plzeň". La maison aux 2 chats se trouve donc sur la place du marché au charbon, où l'on fabriquait et vendait du charbon de bois jusqu'au début du XIX ème siècle. Puis après le charbon de bois, l'on est passé aux légumes, d’où "zelný trh" ou "zelený trh" (marché aux choux, "Kohlmarkt" pour les Germains).
De marché aux légumes (aux choux), c'est devenu marché aux fleurs au début du XX ème siècle, et enfin la place a repri son nom originel, bien que l'on n'y fabrique plus ni ne vende du charbon depuis 200 ans. Mais revenons à notre taverne. La maison fut décrite pour la première fois dans le milieu du XIV ème siècle, mais elle fut entièrement reconstruite en style baroque après un incendie vers la fin du XVII ème siècle (c'est son apparence actuelle). La première taverne en l'édifice date de 1726, et l'appellation aux 2 chats apparaît au tout début du siècle dernier lorsque le propriétaire y fit peindre les 2 félins sur la façade. Et tiens, pour l'anecdote puisque l'on fête cette année le 250 ème anniversaire de la naissance de "Юрий Алексеевич Гагарин" ("Jurij Alexejevič Gagarin" ou Youri Alexeïevitch Gagarine en Français), si vous regardez la maison aux numéros 1/420 (toujours sur la même place),
l'entrée des 2 chats dans le dos, légèrement sur votre gauche, sous les arcades, eh bien dans cette maison appelée aux 3 lions dorés ("U tří zlatých lvů") a séjourné Wolfgang Amadeus en 1787, alors hôte des époux "Dušek" (la chanteuse "Josefína" et le compositeur "František Xaver"). De là à s'imaginer qu'il aurait trouvé l'inspiration pour Don Giovanni dans cette taverne d'à proximité... Ce qui est sûr, c'est qu'un autre génie, en l'occurrence "Bohumil Hrabal" s'y abreuvait fréquemment. Tiens, je vous laisse lire comment aux 2 chats, il entama la conversation avec un chef d'orchestre de 80 ans à propos de l'unique marche de Johan Strauss (père), celle de Radetzky.
Ou encore comment, toujours au même endroit, alors qu'ils fêtaient l'anniversaire de son épouse, ils firent la connaissance d'une vieille cloche au pantalon humide et moisi. Ah ben oui, c'est en Tchèque, je n'ai malheureusement pas trouvé de traduction française sur la toile, désolé.

Bon, je reprends le fil de mon histoire, donc l'on se jeta quelques bières en apéro, à côté du comptoir parce que le resto est devenu un bouge à touristes (dans une moindre mesure qu'à "U Fleků", mais quand même), et l'on s'en discutait sérieusement d’où qu'on allait ripailler. Ben vouis, commençait à faire faim, genre, et donc nous finîmes par nous mettre d'accord sur "à côté du Rudolfinum" ("U Rudolfina") qui est l'un des meilleurs rapports complexes qualité/prix/choix/hospitalité (même pour les anglais).
L'on essémessa aussitôt aux faignants qui dormaient toujours dans mon diocèse le lieu et l'heure de RDV (13h), et que sans leur présence ponctuelle nous commencerions à goinfrer sans eux. Et toc! L'on épongea donc rapidement les chopines, et hop, pas de course en direction du Rudolfinum avant d'être rattrapé sur la route par les eaux que nous avions judicieusement vidangées aux 2 chats avant de partir.

A mon grand étonnement, le resto était relativement vide, ce qui tombait finalement rudement bien puisque nous trouvâmes une grande table pour le nombre que nous allions être. Et hop, quelques chopines pour y voir plus clair sur le menu et nous aider à décider de la croûte.
Finalement, et en ce qui me concerne, la soupe de tripes et le pavé de poitrine fumée l'emportèrent sur le plat de côtes fumées et le genou grillé.

Les autres acolytes arrivèrent à temps, et nous pûmes passer à table après avoir commandé une autre volée de bière. Apres la bâfrée, et l'heure avançant, les qui sont venus d'en dehors de Prague commençaient à s'en aller, qui prendre son bus, qui lever son pouce sur le bord d'une route. Nous restions à 4, ma chérie d'amour, sa frangine, son tourtereau et votre narrateur.
Elle 1: bon, ben voilà, et on fait quoi maintenant?
Lui: ben on remet une pétée ben tiens, chuis à marée basse.
Moi: ah ouais?
Elle 2: bon alors je reprends un coca.
Elle 1: ah ben moi aussi alors.
Moi: ah ouais?
Lui: aubergiste! 2 bières et 2 cocas syouplêt.
... discussions...une dizaine de minutes...puis soudain:
Lui: elle se boit vachement bien dis-donc. fixant son verre vide
Moi: ah ouais?
Lui: pis regarde-voir, les filles, elles ont encore leurs verres pleins de coca.
Elle 2: ah ben oui, ben forcément, attends, eh l'autre, on ne peut pas boire comme toi.
Elle 1: puis c'est froid, et quand c'est trop froid c'est mauvais pour la vessie parce que ça fait pisser.
Moi: ah ouais?
Lui me zieutant: pis toi aussi t'as fini. Allez hop, aubergiste! 2 bières.

On finit quand même par quitter cette effroyable embuscade impromptue sur les coups de 16:00, et l'on s'en rentrait de par vers chez mon domaine pour que la belle-famille récupère ses hardes et son camping. Arrivé dans le palace, il fallut se battre pour les aisances à grand coup de "c'est moi l'premier" et de "j'vais m'faire d'sus". Une fois soulagé, l'on vérifia les horaires de départ des bus sur le Net. S'étant mis d'accord sur le 17:30, nous décidâmes d'accompagner les 2 ivrognes :-) jusqu'à la station de bus, histoire de respirer un peu d'air frais.
C'est dans le tram que le beau-frère eut cette idée de génie: "mais dis-donc, on est sur le chemin des ours ("U medvídků"), et les bus, il y en a encore vers 18:00 et 18:30? Allez-hop, tout le monde descend!" et nous descendîmes du tram. Alors je ne vais pas vous raconter encore une fois comment l'on commanda des bières et des cocas, mais je vais quand même vous dire qu'"U medvídků" c'est bien. Non sans dec, c'est un de mes préférés, d'abord parce qu'ils ont la meilleures Budweiser ("Budvar") de tout Prague, et qu'ensuite parce qu'ils ont un personnel des plus chaleureux et bienveillants.
Avant de poursuivre, je souhaiterais juste faire une parenthèse pour les néophytes de mon blog, ceux qui ne sont pas habitués ni fréquents. Les autres, les lecteurs assidus, que je salue au passage, peuvent de suite passer à derrière la fin de ma parenthèse. Donc lorsque je parle de Budweiser, je parle de la bière de République Tchèque, de celle qui provient de "České Budějovice", de la bière qui se nomme "Budvar" et que les amateurs amoureux appellent affectueusement "Budvárek", de l'unique breuvage original qui se dit en Allemand Budweiser.
Car selon une rumeur, il en existerait une autre. Une autre Budweiser que certains appelleraient parfois Bud, parfois Budweiser, parfois tout simplement Beurk. Bref, une pâle imposture dont les origines comme la composition restent obscures. Fabriquée en Chine à partir de pisses d'ânes mongols selon certains, fabriquée en Albanie à partir de jus de betteraves génétiquement modifiées pour d'autres, ma femme de ménage quant à elle, prétend que la matière proviendrait des eaux de lavage de cuves des chimiquiers géants dans les ports indiens.
Quoi qu'il en soit, sachez donc qu'il existerait peut être une soit disante imitation, mais que si tel était le cas, il ne s'agirait aucunement de cette Budweiser dont il serait question dans ma publie, mais de la vraie, de la seule et unique, de la Budweiser Made In Czech. Yeaaah! Ah oui, et pour de la déconnade à grande échelle, de l'humour comme moi je l'adore, du fun à faire péter les boyaux du bide, visitez le site de Bob'n Dave, les 2 plus furieux adorateurs de la vraie et authentique Budweiser, Yeaaah! Fin de parenthèse.

Donc "U medvídků", ils ont non seulement de la bière excellente, un personnel chaleureux et affable, mais de surcroît une petite pension juste au dessus, avec des prix raisonnables. Croyez-moi, certaines chambres n'ont rien à envier à des cinquétoiles, donc si vous cherchez un logis en plein centre, aux ours vous trouverez l'un des meilleurs rapports qualité/prix de la ville. Quant à nous, nous nous rinçâmes donc les rognons avec encore quelques "Budvar", car comme chacun sait, à l'instar d'avec l'eau minérale, il est parfois bon de changer de marque pour éviter les calculs rénaux.
Puis les derniers survivants de ce week-end finirent tout de même par nous quitter vers 18:30, en caressant fermement l'espoir que leur autobus comporterait des toilettes.

Voilà donc chers lecteurs de quoi vous donner des idées. Et contrairement à ce que vous pourriez croire, ce n'est pas le week-end qui fut difficile, ce n'est ni la fin de journée du dimanche ni encore la nuit, mais le lundi matin. Car curieusement, le mélange "Prazdroj-Budvar" se digère sereinement (enfin dans mon cas), et c'est donc avec l'oeil étincelant, l'humeur paisible et la démarche assurée que je me rendis à mon arrêt de tram en direction du bureau.
La véritable épreuve en fait arriva lorsqu'en montant dans le wagon, je remarquais au bout d'une petite minute les fenêtres grandes ouvertes malgré que le thermomètre affichait -7°, et que mon nez s'emplit aussitôt d'un relent abject, d'une odeur âcre, irritante et tenace de pieds formidablement moisis. Et tandis que ma truffe essayait en vain d'esquiver les effluves nauséabondes, mes mirettes repérèrent l'origine patente des miasmes putrides. Au milieu de la rame, là, au centre de ce cercle d'un bon mètre de rayon étonnement vide de voyageurs, dormaient paisiblement 2 cloches sur chaque siège, tandis que leur saint-frusquin pouilleux s'entassait dans plusieurs sacs en plastique de dimensions respectables posés à côté d'eux. Enfin vous voyez la scène, vous devez connaître pour peu que vous voyagiez en transport en commun.
Eh bien croyez-le ou non, mais lorsque la rame s'arrêta à la station suivante, j'en descendis suffoquant et atterré par l'idée qu'un être humain... pardon, 2 êtres humains puissent exhaler une telle abomination. Je me rendis à pieds jusqu'au bureau afin de respirer l'air frais bien pollué de la ville et sortir la sordide puanteur de mon tarin. Mais rien n'y fit. Je ne sais pas si vous avez déjà connu ça, cette odeur infecte et tenace de panards nécrosés, mais c'est persistant, c'est acharné à coller aux nasaux pendant plusieurs heures (et je ne vous parle pas des tapis, moquettes, baignoires, douches, serviettes, chaussures, chaussettes... qui eurent le malheur d'être en contact avec). En arrivant au bureau, mes collègues ne voulurent jamais croire que ma figure déconfite, glauque voire verdâtre n'avait rien à voir avec les excès du week-end (encore que), mais que la nausée dont j'étais victime pratiquement toute la matinée avait une toute autre origine.

Voilà, j'espère que vous trouverez donc matière dans cette publie pour aller boire quelques coups, manger voire loger à Prague, quant au prochain sujet, il devrait être plus... enfin comme d'habitude, quoi, genre.

vendredi 3 février 2006

Bière: Une vilaine taverne & une vilaine histoire

Avec le froid polaire qui sévit en ce moment sur notre petite République, vous ne serez pas surpris que la populace ne sorte guère dans les rues de Prague, et si sortie il y a, ce n'est que dans le seul but de se rendre prestement dans un de ces lieux privilégiés que sont les "pivnice" (brasserie, taverne...).
C'est ainsi qu'à l'instar du praguois ordinaire (vulgus pragensis :-) je m'en suis allé l'autre jour me réchauffer "U Černého Vola" (au boeuf noir) après une courte promenade abrégée par le vent sibérien. Le lieu exceptionnellement convivial était comme à l'accoutumé velu de quidam variés, et ce n'est qu'avec grand peine que je réussis à trouver une place pour poser mon fondement entre 2 individus joufflus et rigolards.

Après avoir validé ma commande d'un mouvement de la tête vers le bas auprès du loufiat qui m'avisa d'un oeil tout en levant son pouce, ce qui signifie traditionnellement "je t'en fais tirer une?", je m'installais sur les 20cm de banc que l'on avait aimablement mis à ma disposition.
Au bout de quelques courtes minutes, le zigue d'en face s'adressa à moi à propos de je ne sais plus quoi, mais cela n'avait strictement aucune importance puisque l'objectif était d'entamer la discussion... ah si, le temps, je crois qu'il lança une de ces plates banalités comme "il fait froid, hein?". Je répondis poliment à la question par l'affirmative (que pouvais-je dire d'autre), et m'arrêtais un instant sur le visage particulier mais chaleureux du lascar. Un bon petit vieux, pommettes bien roses, coupe en brosse, avec une barbichette à la d'Artagnan et des moustaches à la Salvador Dali qu'il se faisait un plaisir de rouler entre son pouce et son index à fréquence régulière. Sans doute un ancien fumeur reconverti :-) Passé le thème du temps glacial, celui de la qualité de la bière au boeuf noir,
et d'autres sujets dont je ne me souviens plus, notre conversation déboucha logiquement sur l'énumération méthodique des quelques tavernes praguoises où l'honnête citoyen peut encore s'arrêter sans y laisser sa solde mensuelle, et où l'on respecte suffisamment la bonne bière pour vous la servir selon l'art et la manière, c'est-à-dire avec le chapeau de mousse qui va bien et à température optimale.

C'est ainsi que nous finîmes par évoquer la taverne d'"U Fleků", aujourd'hui effroyable bouge et guêpier à touristes où seul le praguois inconscient oserait s'aventurer. Non seulement l'indigène est dissuadé par les prix indécents, mais le personnel odieux sait lui faire comprendre qu'il est malvenu.
Cependant il n'en a pas toujours été ainsi, bien au contraire. "U Fleků" a représenté pendant des siècles le pinacle de l'auberge praguoise. "U Fleků" était à la bière et la convivialité ce que la chapelle Sixtine est au catholicisme et à la beauté. La seule évocation d'"U Fleků" pour les praguois sonnait comme "Škoda lásky" (Roll out the barrels) à leurs oreilles. Moi-même, encore sous la dictature du con-munisme, je me souviens des nombreuses fois où, avec mon père, nous allions étancher notre soif sous les marronniers centenaires du splendide jardin après la promenade dans les rues de Prague. Lui à grandes levées de coude de la fameuse "flekovská třináctka" (la 13 degrés -Balling- d'"U Fleků"), moi à l'unique limonade disponible, jaune pâle au goût suspect orange citron. Puis une fois plus âgé, nous levâmes le coude à l'unisson, laissant l'inimitable liquide caramélisé
("flekovská třináctka" est unique, couleur noire, comme une Guinness mais avec un goût de pils blonde, savoureuse) couler dans nos gorges. Et aujourd'hui tout a changé, ou plutôt le principal a changé, l'esprit et l'âme du lieu. L'intérieur est toujours identique depuis l'empire austro-hongrois. Les vielles tables et les bancs sont incomparablement patinés par les milliers de coudes et de fesses passés par là. Mais l'âme n'y est plus, plus du tout, rien, ni même les marronniers aux troncs diamètralement respectables ont été coupés il y a 3 ans, victimes d'une maladie incurable (encore que ça c'est de la faute à pad'chance, ce fumier). C'est devenu sordide. Répugnant comme une vieille michetonneuse racolant au rabais. Une vieille pouffiasse dont le charme autrefois irrésistible a cédé la place à un faciès raviné par le temps et dont le ravalement grossier n'arrive même plus à suggérer une éclatante beauté antérieure.
Le mot d'ordre, la consigne d'aujourd'hui est "touriste, lâche ton pognon". La bière a conservé son goût unique, aussi c'est sans doute la seule raison qui me pousse à me rendre dans le jardin lorsqu'il fait chaud, une fois par an. Mais je ne conseille aucunement ce guêpier traquenardesque pour passer une soirée inoubliable. Jetez-vous deux bières et fuyez à grandes enjambées pour oublier que les nouveaux propriétaires du lieu ont honteusement trahi, qu'ils ont volontairement rompu avec l'esprit qui faisait ce que "U Fleků" fut pendant des siècles. Et c'est justement le sujet de ma publication d'aujourd'hui. Je ne vais pas dénigrer d'avantage, rassurez-vous, de toute façon le mal est fait, et l'on n'y peut plus rien. Par contre je vais donc vous raconter comment c'était avant, comment "U Fleků" était un panel représentatif de la population praguoise.
Comment "U Fleků" vivait comme le coeur de la ville. Je vais vous parler des figures pittoresques qui fréquentaient cet illustre théâtre. Et ce que je m'en vais vous raconter là, ce sont les propres paroles du brave lascar Salvadorien d'en face de moi. C'est lui qui me raconta pendant 2 heures toutes ces histoires que je vous livre maintenant, ces histoires dont il se souvient, et que son père lui avait nostalgiquement racontées. Ou les aurait-il personnellement vécues, après tout il n'était pas si jeune le gaillard?

Mais tout d'abord un peu d'histoire. Les premiers écrits concernant la fabrication de la bière à "U Fleků" datent de 1499. C'était alors la propriété du sieur "Vít Skřemenec" qui donnera par déformation son nom à la rue,
devenue successivement "Na Skřemenci", puis "Na Křemenci" et finalement "Křemencova" comme elle s'appelle encore aujourd'hui. Tiens, d'ailleurs pour vous dire à quel point cette taverne a influencé cette portion de la ville, un des autres propriétaires fut "Eliáš Myslík", et la rue perpendiculaire à "Křemencova" n'est autre que "Myslíkova". Puis au début du XIX ème siècle c'est "František Pštross" qui devint l'heureux propriétaire du lieu, et la rue "Pštrossova" est parallèle à "Křemencova"... Bref, après la bataille de la montagne blanche, la propriétaire vendit la maison, et l'on cessa même d'y brasser jusqu'en 1637. Entre-temps, la brasserie changea plusieurs fois de propriétaires, mais l'on continuait cependant à l'appeler "Na Skřemenci".
Tous les propriétaires n'ont pas eu une importance capitale, aussi je ne vais pas tous vous les énumérer, néanmoins il en est des, qui méritent qu'on s'y attardent. Le premier, "Jakub Flekovský", acquit la maison en 1762 mais c'est son fils "Štěpán Flekovský" qui allait être à l'origine de la réputation du lieu qui porte toujours son nom ("U Fleků" signifiant "chez Flek", de "Flekovský"). Le second fut le maire de la ville de Prague et député "František Pštross". Celui-ci acquit la brasserie en 1807 ainsi qu'un certains nombre de parcelles attenantes. C'est non seulement lui qui allait donner à la taverne sa taille et son apparence actuelle, mais c'est également lui qui allait, à partir de 1843, brasser selon une recette bavaroise la fameuse bière noire qui a fait, et fait toujours la réputation du lieu.
Après la seconde guerre mondiale la brasserie allait être nationalisée, et finalement restituée (après les années 1990) aux descendants du dernier propriétaire ("František Brtník") avec les effroyables conséquences antérieurement évoquées pour les praguois.

Bon, et donc ça c'est pour l'histoire, mais revenons en aux lascars qui ont forgé l'âme de cet endroit unique. Et tout d'abord parlons des célébrités comme les peintres "Mikoláš Aleš", "Vilém Trsek", l'illustrateur "Láďa Novák", les frères "Jindřich" et "Otto Bubeníček". Ils ont décoré la brasserie au tout début du XX ème siècle telle qu'on peut encore la voir aujourd'hui. A l'époque, leurs réunions joviales attiraient les praguois de tous les arrondissements, ils venaient assister à leurs pitreries improvisées dans le cabaret.
Et des personnages illustres, il y en eut poilu à "U Fleků" se retrouvant dans un salon dédié appelé l'académie. Citons par exemple les écrivains comme "Jaroslav Hašek" ("Dobrý voják Švejk", le brave soldat "Švejk") ou "Jan Neruda" (je ne vous le présente pas tout de même?). Mais il y en avait beaucoup d'autres dont les noms ne vous diront sans doute rien, "Josef Kajetán Tyl" (écrivain et journaliste), "Jakub Arbes" (écrivain, journaliste, critique et historien), "Viktor Oliva" (peintre), "František Rous" (sculpteur), "Jindřich Mošna" (comique du théâtre national), "Josef Franěk" (acteur), "Karel Weiss" (compositeur), "Antonín Heveroch" (neurologue), "Alois Svojsík" (voyageur). Tout ce que la République Tchèque, avant même d'exister, pouvait compter comme monstres sacrés de la culture, des arts ou des sciences se retrouvaient dans ce lieu unique, là, "U Fleků".
En son temps, à la fin du XIX ème siècle, l'écrivain "Rudolf Kronbauer" (également habitué des lieux) s'était livré à une petite statistique des coutumiers de la taverne: 1 comte, 1 président de cours de justice, 1 substitut du maire de Prague, 1 assistant du bourreau, 1 directeur de banque, 2 chefs d'orchestre, 2 directeurs de théâtre, 2 compositeurs de musique, 2 sages-femmes, 2 masseurs kinésithérapeutes, 3 artistes peintres, 3 pasteurs, 3 maîtres nageurs, 3 architectes, 4 professeurs, 4 rédacteurs en chef, 4 sculpteurs, 5 hauts fonctionnaires de la ville, 7 députés, 8 écrivains, et 12 docteurs. Echantillon somme toute éclectique, mais dont la diversité n'avait d'égal que leur passion pour cette taverne. Certains y passaient régulièrement plusieurs soirées de la semaine, certains même chacune de leurs soirées, d'autres y passèrent des années entières, et bien que taverne, brasserie, l'endroit ressemblait parfois au souk de Bagdad en sa période de gloire. En effet, dans à partir de la seconde moitié du XIX ème siècle, les vendeurs ambulants venaient régulièrement y faire commerce,
et l'on pouvait y croiser des zèbres comme par exemple "Ježíšek" (signifiant petit Jésus, amoindrissement typiquement slave de "Ježíš")... donc "Ježíšek" le marchand de bretzels. Issu de la bourgeoisie, sa passion pour les jeux de hasard le mena à la ruine, aussi il passa du statut de bourgeois nanti à celui de citoyen vendeur de bretzels, ce qui ne semblait en aucun cas lui faire offense. Sa bonne bouille ronde de bon bougre, entourée d'une confortable barbe bien touffue avaient conduit les "štamgast" (habitués, coutumiers) à lui donner ce surnom de petit Jésus, qui du reste lui allait à merveille comme on peut s'en rendre compte sur la photo numéro 159 (d'environ 1865) de l'excellent ouvrage de "Zdeněk Wirth", "Stará Praha ve fotografii (1940)" (la vieille Prague en photos). "Ježíšek" n'eut pas plus de succès dans les bretzels qu'il n'en eut dans la bourgeoisie, une bonne partie de ses maigres revenus était investie sur place, "U Fleků",
et même sa marchandise finissait plus souvent dans sa grande bouche qu'entre les doigts d'un client.

Un autre de ces habitués de la taverne était le général Mac Mahon. Bien entendu, il ne s'agissait là encore que d'un pseudonyme, mais qui collait à la perfection au vendeur de sardines à l'huile. Il était de taille robuste, d'apparence corpulente, et entrait dans la taverne d'un pas décidé, puis vendait ses denrées comme un général donnerait ses ordres sur un champ de bataille. Lorsqu'il lui arrivait (rarement cependant) de s'asseoir à une table et de descendre plus de chopines que de raison, l'on pouvait l'entendre crier au loufiat l'invitant à rentrer chez lui "j'y suis, j'y reste!". Mais l'histoire n'a pas retenu si c'était en langue Française ou en langue Tchèque.
Et il y avait aussi l'artiste "Novotný" qui découpait aux ciseaux les silhouettes des clients dans un bout de papier noir. Ses modèles étaient de préférence des clients au nez aquilin, crochu, bref prononcé, ce qui non seulement limitait le nombre d'acheteurs potentiels mais de surcroît décourageait l'achat auprès des sujets de ses oeuvres. Pis aussi l'électricien "Franta" (François) et sa boîte mystérieuse. Il n'avait pas d'égal pour inviter (moyennant négligeable obole) les consommateurs de bière à mesurer leur "énergie électrique" en empoignant fermement de leurs mains les 2 poignées métalliques à chaque extrémité de sa boîte. Et n'oublions pas la vieille marchande de radis ("ředkvičkářka") que certains appelaient "bába Švertásková" (la vieille "Švertásková") car sa succulente marchandise fortement assaisonnée évoquait les produits de la célèbre épicerie fine de "Franz Schwertassk" (à quelques mètres du palais "Platýz", rue "Národní").
La cour des miracles du roi Pétaud qu'"U Fleků", un microcosme social hétéroclite mais parfaitement représentatif de la ville de Prague d'à l'époque.

Mais le plus célèbre des zèbres de la place, était sans aucun doute le vendeur d'allumettes "František Weiner" notoirement connu sous le pseudo de "Ferda-Sirky-Evropa" (Ferda-Allumettes-Europe). Sa tournée quotidienne commençait "U Petráčků" (qui n'existe plus) dans la rue "Dlouhá třída", en passant par "Na Poříč" (aujourd'hui rue "Na Poříčí") dans les brasseries "U Bucků" (numero 24, sans doute le premier cabaret de Prague) puis "U Rozvařilů" (juste à côté, rue "Na Poříčí 26"), une des brasseries les plus fréquentées avant la première guerre mondiale.
Ces établissements n'existent plus, le passage "U Rozvařilů" ainsi qu'un restaurant du même nom existent toujours, mais plus la brasserie. Les 2 immeubles ont été reconstruits en un dans les années 1920 par "Josef Gočár" (genie du rondocubisme) pour les besoins de la Legiobanka (aujourd'hui l'on y trouve une autre banque, la ČSOB). Et notre Ferda s'en continuait sa tournée dans d'autres brasseries, d'autres cabarets (tous aujourd'hui disparus) des environs, pour se terminer finalement "U Fleků".

C'était un petit bonhomme aux grandes oreilles décollées, aux traits marqués, aux yeux renfoncés, de posture un peu tordue et portant une petite moustache sous son grand nez.
Pour compléter ce tableau peu flatteur, notre lascar avait un défaut de langage prononcé, ce qui ne l'empêchait pas d'accoster tous les individus, qu'ils fussent aristocrates, princes d'église, bourgeois, paysans ou simple citoyens avec la même phrase: "f'allumettes, t'en as des f'allumettes?" Il portait sur son épaule une sorte de valise, ou plutôt de caisse en bois protégée par un papier à fleur sur le couvercle de laquelle (caisse) l'on pouvait lire "Ferda-Sirky-Evropa" (Ferda-Allumettes-Europe). Quelques temps auparavant, un client d'"U Fleků" avait adressé une carte postale exotique avec plage et palmiers à l'adresse Ferda-Allumettes-Europe-Prague-Fleck, et la carte avait réellement atterri chez son destinataire. C'était une de ses plus grandes fiertés, et l'origine du sobriquet. Son père était cordonnier dans la rue "Kateřinská", non loin aujourd'hui de la place "I. P. Pavlova", et c'est dans ce quartier pauvre de Prague que François ("František") apprenait le dur métier que le paternel lui enseignait d'une main ferme.
Mais sa corpulence chétive et la rudesse du métier eurent raison de son apprentissage, et il finit par vendre des allumettes dans les tavernes, bistrots, cabarets et troquets de la ville. Une légende populaire à son propos circulait dans Prague, insinuant qu'il était le fils d'une comtesse. Lorsque celle-ci se rendit compte à l'accouchement que sa progéniture était bossue, elle l'aurait confiée moyennant finance à la mère Weiner. Mais tout ceci n'était qu'histoire folklorique, que d'ailleurs jamais François ne confirma. D'un autre côté il n'infirmait pas non plus. Lorsque les plaisantins abordaient ce sujet, il se contentait de hocher de la tête, et changeait de conversation.

François faisait partie d'"U Fleků"... disons d'une curieuse façon. Les coutumiers se moquaient souvent de lui, le raillaient, il était la cible de leurs histoires, de leurs racontars, de leurs potins acerbes et souvent de leurs mauvaises blagues. Ainsi en 1923, les sournoises facéties prirent une tournure inattendue. Les vilains plaisants commencèrent soudain à lui vanter les vertus du mariage, lui demander comment il envisageait l'avenir, et qu'une femme dans le couple était un bonheur assuré. Au début Ferda ne tenait aucun compte de leurs propos, il se doutait bien qu'il s'agissait à nouveau d'une blague de soiffards, d'une moquerie de mauvais goût. Mais les méchants bougres insistèrent dans leur persévérance et enfoncèrent le clou lorsqu'ils affirmèrent qu'ils lui avaient même trouvé une fiancée.
Ils travaillèrent au corps encore le pauvre diable pendant quelques jours, puis ils finirent par la lui présenter. C'est ainsi que François vit la jeune Anna sous les traits d'une charmante demoiselle un brin apeurée, mince, avec 2 grandes mirettes d'un bleu clair intense et de longues boucles blondes sur ses blanches épaules. Selon les témoins, elle jouait son rôle de prétendante campagnarde à merveille, aussi lui fut-il grassement rétribué par les facétieux lurons. Eh oui, Anna était bien loin d'être une brave paysanne ingénue, elle exerçait la plus vieille profession du monde. Bien que réticente au départ, elle finit par accepter le rôle dans ce mauvais canular lorsque les bouffons lui vantèrent la gentillesse et la prétendue fortune de Ferda.
Par ailleurs elle voyait dans ce mariage une occasion inespérée de retourner dans la ville de Prague qui lui était interdite depuis ses déboires d'avec un notable de l'administration locale.

François Weiner était aux anges, le septième ciel s'était enfin ouvert à lui et il offrait à sa fiancée tout ce dont elle avait besoin. Il lui avait donné les clés de sa modeste garçonnière, et lorsqu'elle l'informa que ses parents souffreteux se trouvaient dans une effroyable misère, il lui céda les 20.000 couronnes (somme conséquente) qui représentaient toutes ses économies d'honnête vendeur d'allumettes.
Puis on parla mariage, et afin qu'il soit vraiment complet, les habitués de notre fameuse taverne se livrèrent à une quête afin d'offrir un énorme bouquet à la mariée et louer un costume avec haut-de-forme pour le pauvre François. Juste avant le cérémonie, l'on fit encore un peu boire le pauvre gars afin que la drôlerie soit totale. C'est en sortant de l'église que tout se précipita. Sur le parvis, Anna au bras de son époux vit tous les habitués d'"U Fleků" ainsi que les nombreux curieux plaisantant, rigolant, blaguant et raillant. A croire que tout Prague avait fait le déplacement, jusqu'à la caméra cinématographique qui filmait l'évènement. La mariée se tourna alors vers Ferda qui lui souriait de son sourire naïf de benêt débonnaire, puis jeta soudainement son voile et sa couronne sur les escaliers qu'elle dévala en pleur et disparut.

Pendant longtemps, Ferda ne voulut voir personne, il ne parlait même plus, il n'était que l'ombre de lui-même et vendait ses allumettes sans entrain auprès des tables des tavernes. "T'en as des f'allumettes, hein, t'en as?" disait-il d'une voix triste, ses petits yeux plongés dans le vide. Les farceurs se tinrent tranquilles pendant un certain temps, sans doute honteux de leur mauvaise blague, mais avec le temps ils reprirent du poil de la bête ainsi que leurs méchantes moqueries. "Comment va Madame?" demandaient-ils en faisant sonner leurs trousseaux de clés, représentation matérielle du foyer harmonieux. François s'agaçait, braillait, parfois hurlait hystériquement et généralement quittait la taverne en courant.

Un an et quelques mois plus tard, l'on pouvait lire dans la gazette praguoise que François Weiner, connu sous le pseudonyme de "Ferda-Sirky-Evropa", avait déposé une plainte à l'encontre de sa femme Anna Weiner pour l'avoir dépossédé de toutes ses économies. Il n'entendit jamais plus parler d'elle et ne revit jamais le moindre sou.

On finit par oublier lentement la triste plaisanterie. Les années passaient, et François continuait à offrir ses allumettes entre "Dlouhá" en passant par "Na Poříčí" et finissant "U Fleků", "des f'allumettes, hein, t'en as des f'allumettes?". Arrivèrent les années noires. Hitler prit le pouvoir en Allemagne et l'on entendait parler de guerre dans les tavernes. Suivit l'invasion des Sudètes, et Prague se remplit soudainement d'innombrables réfugiés. Mais Ferda poursuivait son petit commerce, "hein, t'en as des f'allumettes?". Sauf qu'il semblait de plus en plus petit, rabougri, chétif et malingre. Son trajet habituel se réduisait sensiblement, au point qu'un jour il finit par ne plus fréquenter qu'"U Fleků" où les habitués pouvaient le voir s'affaiblir à vue d'oeil. Puis il tomba malade.

Au printemps 1939, il tourna soudainement de l'oeil et s'évanouit dans la brasserie. Des milliers d'allumettes de toutes tailles mélangées à des étiquettes colorées s'éparpillèrent de sa caisse au papier fleuri, et gisaient là, autour de lui, sur le sol de la taverne. Impressionnant la quantité de marchandise que cette caisse pouvait contenir. On appela l'ambulance qui l'emmena immédiatement à l'hôpital. Et quelques jours plus tard, se déroulait à "U Fleků" la seconde quête pour François Weiner, cette fois sur l'initiative de la concierge "Bedřiška". Le malheureux mourut d'un cancer de l'estomac et l'on raconte encore dans Prague qu'il eut un enterrement inoubliable, aussi inoubliable que son mariage.

En son honneur, l'on exposa sa fameuse caisse dans la plus célébre salle de la taverne, appelée "l'académie" et l'on pouvait à peine voir la relique sous les milliers de fleurs que sans doute les mauvais plaisants avaient disposées en signe de contrition. La légende qui fit le tour de Prague ultérieurement prétendait que l'on aurait trouvé 60.000 couronnes sous le papier fleuri qui entourait la caisse à Ferda. Mais les documents officiels établis par l'administration sont nettement plus laconiques.
Dans la rubrique "laissé par le défunt" ne figure qu'une seule ligne, sa valise à boîtes d'allumettes suivie de la mention "sans valeur". Pas même les allumettes ne sont restées dedans la caisse.

Après une telle histoire triste, je m'en jetais le fond de ma 5 ème bière, remerciais et saluais le bon Salvador d'Artagnan, pressentant toutefois qu'on allait se revoir un jour, sans doute ici, au boeuf noir. Et tandis que je m'apprêtais à partir, ce dernier rajouta: "...et si jamais tu y retournes à "U Fleků", demande à visiter l'académie, la caisse de Ferda s'y trouve toujours, en souvenir." Sur le chemin du retour, je n'avais de cesse de penser à cette histoire, à la méchanceté gratuite des "štamgast" d'"U Fleků" qui tranche radicalement avec leur talent, et je me suis dit que j'allais vous en parler, vous raconter l'histoire de "Ferda-Sirky-Evropa", comme de cette fameuse brasserie. Mais vous ne trouverez aucune photo de l'endroit dans cette publie. Non pas que je n'en ai pas, de photos d'"U Fleků", au contraire, j'en ai, mais je ne souhaite pas faire de publicité pour ce navrant établissement qui s'est volontairement écarté de la clientèle locale, à l'origine pourtant de son pas-de-porte et de sa renommée.