mercredi 21 décembre 2005

Comme ça, sans plus: à propos de mon blog

Et hop, je vous avais promis des photos de Prague sous la neige, et hop, en voilà donc. Ca m'a pris un peu de temps, parce qu'il n'a pas vraiment neigé à Prague, ailleurs si, mais à Prague même pas trop, pis surtout c'est que ça ne tiendait pas. Ca ne faisait que de fondre et de me contrarier parce que ça ne voulait pas tiendre.
Pis samedi c'est tombé, grave, pis ça tiendait dru, et ça ventait épais au point qu'ils ont dû fermer le château de Prague aux visiteurs, de peur qu'ils ne se prennent des tuiles sur le caberlot. Ah ben ça, que voulez-vous, hein, il n'est pas tout jeune le château, alors les tuiles pareil non plus.
Pis surtout que si un couillon se prend une tuile dessus, ça va encore être de la faute de quelqu'un, comme avec le sapin de Noël de l'année d'avant la dernière, qui chut, et qu'il fallut dédommager (le couillon). Et l'on s'est donc retrouvé Samedi soir sous la queue du cheval de "Svatého Václava" sur le "Václavské náměstí" pour retrouver des potes avant d'aller ivrogner dans une bonne taverne.
Mais comme il ventait neigeux, je n'ai exceptionnellement pas pris mon clic-clac, pis j'ai vachement regretté parce qu'il y avait matière à bonnes photos, mais bon, pas pris, tant pis. Alors par contre dimanche chuis sorti pour vous en faire de belles, des photos de Prague sous la neige.
Dommage aussi que le temps s'est pourri en milieu de journée, parce que le matin il y avait grand beau soleil et ciel grand bleu, pis vers 13h ça n'a fait que de commencer à se couvrir, alors c'est vachement dommage parce que les photos auraient été fichtrement plus jolies avec du soleil, mais bon, hein, le temps... il fait ce qu'il veut celui-là en ce moment. Andouille va!

Puis sinon aussi j'en profite pour vous parler de mon blog, parce que mine de rien, j'ai fait 5000 hits depuis son début de mon blog. 5000 dans la tronche, et ouais, 5000 hits, déjà. Jeudi 15 décembre 2005, mon blog a atteint le cap des 5000 accès. Dingue! Rendez-vous compte qu'en moins d'un an, j'ai été lu par 5000 personnes. Enfin lu, disons que 5000 personnes ont accédé à mon blog, ce qui évidemment ne signifie pas qu'ils l'ont lu. Mais quand même, ça fait une moyenne de 15 hits par jour, c'est bien non? Moi je trouve ça super, perso, et mon ego aussi. Alors quelques statistiques (issues de Word et non du format HTML de mon blog):
- plus de 500 photos
- 48 publications différentes
- 800 paragraphes
- 7.000 lignes
- 110.000 mots
- 560.000 caractères (sans les espaces)

Les hits sont à 55% de pays francophones (France, Belgique, Canada et Afrique du Nord), 25% de République Tchèque (sans doute mes innombrables admiratrices locales à forte p... personnalité :-) et le reste du reste des autres pays du monde (GB, Japon, USA... et même des îles Féroé, ou d'Afghanistan, si si!). Les visiteurs viennent d'horizons professionnels aussi divers que variés. Tiens, quelques exemples aussi parmi tant d'autres:
- Ministère De La Santé Et Des Affaires Sociales, France
- Bilkent University, Ankara, Turkey
- Université De Valenciennes, France
- Eurorscg, France (la fameuse boîte de pub, Jacques Séguéla, vous savez...)
- New Brunswick, Moncton, Canada
- Aéroport International De Genève, Geneva, Switzerland
- Inktomi Corporation, California, Sunnyvale, United States
- Korea Telecom, Korea, Republic Of
- Trustmark Insurance, Pennsylvania, Willow Grove, United States

... pis d'autres provenances encore, plus curieuses dirais-je, comme l'Université De Technologie De Troyes, Illinois, Marseilles, United States!? Elle m'a beaucoup plus cette référence là (véridique), ça sent à plein nez la phagocytation (mondialisation) de l'Europe à l'américaine :-)))

Les hits à partir des moteurs de recherches ne sont pas tristes non plus, imaginez que des visiteurs ont accédé à mon site avec des requêtes comme:
A partir de Google...
- amateur photos tampons périodiques
- dessin publicitaire saucisses brochettes

A partir de MSN...
- comment se coiffer quand on a les chevaux mi long
- femmes nues se photographiant

A partir de Yahoo...
- mon golden retriever mange ses selles

Et attention, en première page de plusieurs centaines de résultats. Bon, aujourd'hui les classements sont totalement différents parce que les pages de la toile mondiale changent à chaque instant. Par exemple ma page d'accueil ne contient que les 5 dernières publications, les autres publies sont archivées, toujours accessibles mais plus aussi bien référencées par les moteurs de recherches. Donc à chaque nouvelle publication, je modifie complètement mon référencement selon les mots utilisés. Mais il y a encore des requêtes curieuses qui marchent toujours et encore, tiens:
- what does "merde sur pattes" mean
- raser le publis

Puis j'ai aussi rencontré de nombreuses (une dizaine, mais c'est déjà bien) personnes par l'intermédiaire de mon blog. Des (personnes) qui m'ont écrit, gentiment, des que je leur ai répondu, gentiment aussi, et des qui sont ensuite venus (gentiment) à Prague et qu'on a fait ami-ami autour de quelques bières. Pis j'ai fait connaissance (sans rencontre) d'autres, qui avaient besoin d'un coup de main, qui voulaient savoir quelque chose, et que je leur ai également répondu dans la limite du possible de mes connaissances que j'ai.

Puis aussi des fumiers de spammeurs qui me pourrissaient régulièrement mon site avec des spams qu'ils bazardaient copieusement en guise de commentaires sur mon blog, les fumiers. Tiens, je me souviens d'un spammeur particulièrement fumier, dont je ne citerai même pas le nom, le salopard, qui affichait "toutes vos chaussures enfants par internet, plus de 40 grandes marques, livraison gratuite, retour pendant 100 jours" des fois 20 fois sur une seule de mes publications, des fois. Un jour j'en ai vraiment eu marre grave grave, et j'étais même prêt à lui faire bousiller son site merdicopourri par des potes Russo-Bulgaro-Slovaques qui savent (moyennant une poignée de couronnes) comment faire (et croyez-moi c'est efficace, je les ai déjà vus à l'oeuvre, c'est impressionnant, ils vous foutent un site par terre pour plusieurs jours, voire semaines...).
Mais comme j'ai bon fond, j'ai commencé par le prévenir, le fumier, sachant que c'est quand même sont gagne croûte, son site pourravochiatique, alors bon, hein, on allait bien voir. "Fumier, depuis quelques temps vous infectez mon blog www.strogspraguepics.blogspot.com d'innombrables spams puants. Vous avez 3 jours pour arrêter totalement, et je dis bien totalement, sans quoi je désintègratomise votre site répugnant de la toile mondiale. Et je ne plaisante pas." Quelques minutes plus tard je recevais: "Merci de nous avoir contactés par email. Nous avons bien enregistré votre requête, référence XXXXX. Elle a été transmise au service concerné qui vous apportera prochainement une réponse par email." et au bout de 2 jours,
"Bonjour, nous vous remercions de votre confiance et de l'intérêt que vous portez à XXXXX. Vous venez de nous solliciter par mail, toutefois un problème informatique a rendu votre question illisible. Merci de reprendre contact avec nous afin de nous reformuler votre demande. Nous vous prions de nous excuser pour ce contretemps et la gêne occasionnée." Ben tiens, sans dec., comme par hasard. Mais le message était passé quand même, ha ha ha, ils avaient bien compris de ce dont il s'agissait et j'ai eu la paix, fini les spams.

Pis des commentaires, des vrais j'en ai eu aussi. Plein, enfin pas mal, presque toujours élogieux, souvent encourageants, pis parfois (mais rarement) indignés. Pas méchamment, mais offusqués, genre froissés par mes déclarations, par les sujets de mes publications ou par le vocabulaire employé. Alors oui, je suis tout à fait conscient que certains de mes thèmes, certaines de mes positions, et certaines de mes formulations puissent s'avérer déplaisants aux yeux de quelques lecteurs. Crues, cyniques, impertinentes, grossières, irrévérencieuses, scabreuses, et parfois graveleuses, tel est un aperçu succinct des adjectifs dont on pourrait qualifier quelques unes de mes publications, certes, j'en suis conscient.
Toutefois tel est mon caractère, mon esprit, mon essence profonde et mon âme. Je ne le nie point, pire, je n'en ai nulle honte. Je suis ainsi, cru dans certains de mes termes afin d'en accentuer la portée. Je suis cynique avec certains principes sociaux hypocrites qui nuisent au développement serein des individus. Je suis impertinent avec certaines institutions archaïques qui entravent un épanouissement lucide de la société.
Je suis grossier envers l'arrogance de certaines classes intellectuellement dégénérées par leur autarcie "hautement" sociale. Je suis irrévérencieux envers les religions et la politique qui, à mes yeux, représentent les plus dangereuses tumeurs de l'humanité. Et je suis parfois scabreux et graveleux dans mon parlé (et mon écrit) car après tout, la Langue Française est extrêmement riche, elle est prodigieusement belle et colorée aussi serais-je singulièrement sot de me priver d'autant de couleurs, de sons et de reliefs éparpillés sur cette pittoresque palette linguistique de la grossièreté.

Quant aux 2 sujets éminemment stercoraires, ils sont loin me semble-t-il (selon moi, hein) de l'audace du Grand François Rabelais auquel je (et nombreux autres également) voue une admiration infinie. Permettez-moi, afin d'étayer mon argumentation, de citer quelques lignes du maître:
"ledit Jaiquemin rioit si tres fort qu'il pissoit en ses brayes."
"Il pissoit sus ses souliers, il chyoit en sa chemise, il se mouschoyt à ses manches, il mourvoit dedans sa souppe..."
Pis pour ceux qui n'en veulent vraiment de la lecture scabreuse (c'est pas moi qui le dit), je vous ai trouvé un joli texte complet d'où qu'on apprend "Comment Grantgousier congneut l'esperit merveilleux de Gargantua à l'invention d'un torchecul", car comme tout le monde sait, "le meilleur de tous est celluy de poil. Car il faict tres bonne abstersion de la matière fecale..." et "... vous sentez au trou du cul une volupté mirificque."

Pis encore quelques lignes du philosophe, écrivain et homme abondamment cultivé, Michel Onfray, à propos du précédant Monsieur Rabelais (extraits d’un texte paru dans le Magazine littéraire, mars 1994):
"Mon cher François,

L’époque est laide et vous nous manquez beaucoup. Il n’y a plus de géants comme Gargantua, mais seulement des nains, de minuscules homoncules gonflés de leur importance, prêts à éclater (…)

Vous n’avez rien tant chéri que la liberté, me semble-t-il. Dans la langue et dans l’imagination, dans l’esprit et dans la lettre. Vous avez libéré les mots et les corps. Vous avez tordu le monde, déformé le réel, grossi les images, outré les propos, exagéré sans arrêt. Vous avez mis de la liberté partout où régnait la servitude. Vous avez crié là où l’on murmure, vociféré où l’on chuchote, hurlé où l’on papote.

Vous avez convoqué rots et pets, vesses et vesnes, bran et pisse, là où les fausses politesses fomentent les vraies hypocrisies. Vous avez créé des géants, des fleuves, des montagnes, des épopées là où le plus grand nombre se contente de nains, de ruisseaux, de monticules et de faits divers (...)"


Oh bien sûr, je suis loin-loin du talent de l'illustre François, mais j'aimerais au moins essayer de m'en tenir à son esprit, à sa liberté de propos. A l'esprit et à la liberté d'un François Rabelais, mais aussi d'un Céline, d'un Coluche, d'un Cavanna, d'un Audiard, ou d'un Desproges. D'ailleurs Pierre ne disait-il pas "il faut rire de tout. C'est extrêmement important. C'est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans" avant de rajouter
"on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde". Alors tant pis pour ceux-là, j'en suis désolé, mais c'est ainsi, mes publications (elles sont miennes) resteront dans cet esprit que j'ai toujours voulu.

Ainsi, et pour terminer, je souhaiterais encore une fois citer le grand Rabelais afin d'exprimer l'esprit, l'essence qui accompagne, et continuera d'accompagner mes écrits. Il s'agit de la préface de "La Vie Inestimable Du Grand Gargantua, Père De Pantagruel", rédigée (la préface) par l'auteur lui-même:

Aux Lecteurs,

Amis lecteurs qui ce livre lisez,
Despouillez vous de toute affection.
Et le lisants ne vous scandalisez,
Il ne contient mal ne infection.
Vray est qu'icy peu de perfection
Vous apprendrez, si non en cas de rire.
Aultre argument ne peut mon cueur elire.
Voiant le dueil qui vous mine & consomme,
Mieulx est de ris que de larmes escrire,
Pour ce que rire est le propre de l'homme.

VIVEZ IOYEUX


Donc ben quant à moi, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter un joyeux Noël, une super bonne fête de la St Sylvestre avec des douzaines de kilos de bonnes zuîtres (ça me manque énorme ici, ces bestiaux glaireux), amour, bonheur et santé, et donc à l'année prochaine, fidèles lecteurs, pour de nouvelles aventures et photos à Prague (et environs). Vivez Joyeux!

jeudi 15 décembre 2005

Festival: Noël, la démence et la carpe

C'est sûr qu'en cette saison, je ne pouvais pas éviter de vous en parler, des fêtes de Noël à Prague et de la frénésie furieuse qui s'est emparée de la populace. C'est dingue, depuis début novembre les gens ne parlent plus que de ça. "Et qu'est ce que tu fais à Noël, à la St Sylvestre...", puis "et les cadeaux, t'as déjà fais tes courses?" ou encore "ah ben flûte alors, chais pas quoi acheter à tata Germaine..." et aussi "puis j'y arrive pas, avec mon travail, les enfants, pépé et sa bronchite pulmonaire…".
Enfin bon, hein, je ne vous apprends rien, vous devez entendre (et dire) ça tous les jours depuis 2 mois non? Ou alors vous n'habitez décidemment pas dans le monde hautement civilisé du délire mercantile, de l'aliénation frénéti-con-merciale et du fanatisme achat-ventesque caractéristiques de chaque fin d'année civile, c'est stupéfiant! Ou tout simplement vous n'êtes pas concernés, bien heureux que vous êtes.

En ce qui me concerne, je hais réellement cette période. D'abord parce que plus je vieillis, et plus je dois devenir un vieux con (c'est une règle infrangible), ensuite parce que la grande majorité des gens que je connais n'ont (comme moi) besoin de rien (s'il y a besoin, on achète, et on n'attend pas la fin de l'année pour se le faire offrir), et in fine, parce que c'est récurant, perpétuel et immuable, chaque année le même foin affligeant, à partir de novembre (bientôt au retour des grandes vacances, début septembre, ben tiens, à la vitesse où ça va). Souvenez-vous, quand vous recevez une somptueuse stupidité offerte avec amour et sincérité, mais dont vous n'avez strictement aucun besoin, d'autant plus qu'elle est très moche la stupidité, et que vous avez même des hésitations ne serait-ce que de la montrer aux rats dans la cave, alors vous vous imaginez honteusement le temps, l'argent et les soucis qu'a dû affronter l'attentionné bienfaiteur et vous êtes subitement pris de remords, la douloureuse contrition vous gagne, vous sentez l'opprobre publique pesez sur vos épaules et vous lâchez péniblement un "oh merci, mais il ne fallait pas" avant de vous dire, "ouf, bon, ben c'est fini pour cette année".
Mais au fond de vous-même vous savez que vous n'y échapperez pas l'année suivante, c'est comme ça, récurant, perpétuel et immuable, à moins d'une catastrophe mondiale, d'une crise économique interplanétaire, d'un Armaguédon extraterrestre, vous devrez fatalement affronter les fameux cadeaux (pour les, et des autres) l'année prochaine. Et surtout, mais alors et surtout, ne pas en oublier de votre côté des cadeaux, pour tous, vous casser la caboche en cinq pour trouver un cadeau original et raisonnablement coûteux pour votre famille, vos amis, les connaissances de vos amis, les enfants des connaissances de vos amis, les cousins des beaux-frères des enfants des connaissances de vos amis qui vivent nus sur l'îlot de Nukuteatea à Wallis-et-Futuna mais qui recevront la superbe fourrure polaire Adidike en prévision du réchauffement climatique de la planète qui conduit, comme chacun sait, à un refroidissement global des températures (selon les scientifiques). Et je ne vous parle pas des pauvres miséreux, des nécessiteux crève-la-faim, des démuni-puants dans la rue qui n'ont rien, et à qui il faut penser en cette période de festivité, de bonheur, d'amour du prochain et de liesse collective imposée. On vous y fera penser, ne vous inquiétez pas, les Armées du Salut sont là pour ça, pour vous rappeler à votre devoir de bon chrétien, les vitrines, les affiches, les publicités téloches, les faux Pères Noël sonne-la-cloche avec leur fausse marmite en laiton sur trépied, drelin-drelin, tous vous y feront penser.
Donnez à pleine main, c'est pour leur bien, dans les restaurants, donnez braves gens, à la sortie des magasins, donnez en plein, sur les marchés de Noël, donnez à la pelle, ne vous inquiétez pas, vous ne pourrez pas les louper, ils seront tous là pour vous rappeler qu'en novembre-décembre, il faut dépenser. Et dépenser tout, mais alors absolument tout ce que vous aurez pu économiser pendant le reste de l'année. Et si ça ne suffit pas, il y a les crédits, eh oui, allez-y. Prenez maintenant, payez ensuite, un crédit sur le Père Noël de l'année prochaine, et sans frais pendant 3 mois. "Quoi, vous n'avez pas dépensé à Noël?" vous dira-t-on, "mais vous rigolez ou quoi?", c'est sacrilège, c'est hérétique, c'est pisser au bénitier du bon Dieu de l'économie mondiale. Savez-vous seulement combien de milliers d'emplois sont menacés par votre inconséquence?

Bon, pour les loupiots je ne dis pas, c'est l'occasion d'avoir des supers beaux cadeaux d'un coup, hop, tout plein n'en voilà. Pis c'est surtout l'occasion pour eux de passer pour des andouilles bien grasses auprès des p'tits copains de l'école qui n'y croient plus, au Père Noël. Mais pareil, avant, quand les gens étaient pauvres, vraiment bien pauvres, pas comme aujourd'hui, ben les mouflets avaient au moins une occasion dans l'année de recevoir quelque chose, une orange, une poupée en chiffon, une voiture en bois. Mais aujourd'hui, citez-moi ne serait-ce qu'un seul galopin qui ne recevrait rien entre ses 2 Noël?
C'est qu'il faut les nourrir velu les Playbox et les Nintendixmegastations à grand renfort de nouveaux jeux encore plus forts que les précédents d'hier, qui sortent tous les 2 mois, incompatibles au bout de 6, et périmés au bout de 12, juste pour Noël, comme par hasard.

Et la bouffe, vous voulez que je vous en parle de la bouffe de luxe bon marché de grande surface discount pas cher, pour que même les très pauvres puissent goûter au vrai bon luxe à bas prix et dépenser leur prime ASSEDIC? Vous voulez que je vous en parle des fois gras d'oie de canard de Pologne, du champagne mousseux de Reims made in CCCP (enfin Russie maintenant), des escargots de Bourgogne de Tchéquie, des dindes de Loué de Roumanie, des chapons de Bresse de Hongrie, des langoustes de Cuba canadiennes, des huîtres d'Arcachon de l'étang de Berre, du caviar de lump d'élevage véritable, des tranches de saumon fumé de truite espagnole et des pinces de crabes en surimi chinois avec de vrais morceaux (de quoi?) dedans?... Sans dec, j'ai vraiment l'impression que je suis décidemment un vieux con.
Désolé, je ne voulais pas vous gâcher votre Noël. Non, sérieux, je m'en veux. Oubliez mes propos de pisse vinaigre et de bousilleur d'enthousiasme, c'est Noël après tout, alors oublions, pardonnons, joyeux Noël et bonne année. "Tiens chérie, passe moi encore une bière!".

Allez, hein, hop, un peu de joie et de bonne humeur, alors je vais vous raconter comment se passe une tradition typiquement Tchèque à Noël: la délicate préparation de la carpe panée. Alors signalons pour ceux qui ne le savent pas encore, qu'en Tchéquie, depuis lurette et même encore avant, la carpe panée est à Noël ce que les caisses sont au fût, c'est à dire inséparables. Et fort curieusement, autant les Tchèques à 95% respectent cette tradition, que la même proportion (95%) sera incapable de vous dire exactement d'où qu'elle provient et pourquoi. C'est ainsi que je parlerais au conditionnel, car de nombreuses hypothèses existent, les unes tout autant plausibles que les autres, mais sans plus de certitude que ça. Alors l'une d'elle dit que Jésus est Poisson (poisson en grec se dit ICHTHYS, et I = Iessous = Jésus, CH = Christos = Christ, TH = Theou = Dieu, Y = hYios = Fils S = Soter = Sauveur... Bref vous voyez le truc. Info ou intox?),
et comme déjà la religion est cannibale ("mangez, c'est mon corps. Buvez...", et ça c'est pas de l'intox), l'introduction du poisson dans les assiettes à l'occasion de Noël serait donc dans la droite lignée des préceptes du Christ. D'autres mettraient ça au crédit d'une tradition juive. Oui, why not, sauf qu'il s'agit dans ce cas d'une carpe farcie et non panée et qu'elle se mangeait à nouvel an (me semble-t-il), sur la base du calendrier hébreux (ça j'en suis sûr) et non à Noël (chrétien). Puis encore d'autres prétendent qu'il s'agirait tout simplement d'une raison économico-religieuse, puisqu'il serait interdit de manger de la viande le soir de Noël (ah bon?!), pis comme la carpe est répandue, bon marché, genre mauvaise herbe, alors c'est devenu comme ça, un jour, plat de rigueur à Noël. Ca donne d'autant plus de sens, lorsqu'on sait qu'en Tchéquie, et tout particulièrement en Bohême du sud où les étangs sont légions, la pisciculture de la carpe remonte au XIV ème siècle (les étangs de "Třeboň" pour ne citer que le plus connu des coins). Il suffit donc de se baisser pour n'en trouver sous le sabot d'un cheval, de la carpe en Tchéquie.
Pis l'y a aussi ma femme de ménage qui prétend qu'on aurait commencé à manger de la carpe parce que c'est con et moche comme animal, sans poil ni plume, pas comme des petits lapins, ou des petits canards, et que ça tombait bien parce que ça ne faisait de la peine à personne, même pas à Brigitte Bardot. Bon, ben voilà, allez savoir?

Ce qui par contre est sûr, c'est qu'aujourd'hui la tradition se perpétue grave. A partir de mi-décembre, les rues de toutes les villes, villages, Prague y compris, se remplissent de vendeurs de carpes vivantes car le bestiau doit être acheté vivant, eh ouais. Des centaines de carpes battent de la queue dans chacun des bacs de 2 m de diamètre posés à même le trottoir. Rien que pour Prague, on estime quelques 250.000 pièces vendues chaque année, soit 600 à 700 tonnes, ou 1 poisson pour 4 habitants. Evidemment, ça fait hurler les ligues de protection des animaux, mais bon, hein, en France, les dindes, les chapons, et les huîtres ne s'en sortent pas mieux.
Bon, alors une carpe c'est quoi, c'est un poisson dont le nom officiel est "cyprinus carpio" de la classe "ostéichthyens", de l'ordre des "cypriniformes" et de la famille des "cyprinidés". Pour ceux qui n'auraient jamais vu à quoi ça ressemble, je vous en trouvé un beau morceau de carpe , mais celles qu'on mange sont plus petites, entre 1,5 et 3 kg maximum, parce qu'après c'est gros, gras et pas bon (pis ça ne rentre pas dans la poêle). D'ailleurs globalement la carpe, c'est pas vraiment exceptionnel, pour tout dire c'est moyen, parfois avec un goût de vase, et une viande somme toute mole. Rien à voir avec une bonne truite à la meunière sur du beurre noir ou une darne de saumon au vin rouge et au four. Pis je ne vous parle pas des arêtes, une vraie pelote d'épingles, et vicieuse la pelote, pas des arêtes normales, genre qui peuvent éventuellement se croquer et s'avaler, non, des arêtes en forme de Y, pour être bien sûr qu'elles vont bien se coincer dans la gorge afin que vous passiez votre Noël à l'hôpital.
C'est fait pour, et chaque année de nombreux Tchèques y ont droit, à la bouche ouverte comme une carpe à l'air et la pince fine du toubib jusqu'au fond, bien profond dans le gosier pour éviter l'étouffement du pauvre bougre qui n'a pas fait gaffe.

Bon, alors la recette de la carpe panée de Noël façon "à la Tchèque", parce que j'avais dit au départ que j'allais vous en parler quand même. La recette donc, c'est vachement simple, ça demande juste un peu de préparation, z'allez voir, mais c'est pas vraiment compliqué, du tout. Une semaine avant le 24 décembre... ah oui je ne vous avais peut être pas dit, mais en République Tchèque, les cadeaux, la carpe et l'hôpital, c'est le 24 au soir et pas le 25. Bon ça ne change pas grand-chose à la recette, par contre ça change pas mal au niveau de l'hôpital, parce que le soir c'est les urgences et il y a moins de monde pour vous accueillir, en France tout au moins. Ici c'est le contraire, le 24 décembre au soir il y a renfort de toubibs pour répondre justement à l'afflux des andouilles maladroites. On prend même des étudiants, hop, une formation d'une demi-journée, et ils sont opérationnels.
De toute façon les patients arrivent tous avec le même symptôme, donc pas besoin d'avoir fait médecine, si vous savez arracher une dent de sagesse à un hippopotame, vous saurez retirer une arête de carpe d'une gorge de belle-mère. Bref, donc la recette. Une semaine avant le 24 décembre, vous remplissez généreusement votre baignoire d'eau froide, bien comme il faut, au 3/4 minimum. Puis régulièrement, c'est à dire toutes les 2 heures, la nuit y compris, vous battez l'eau à l'aide d'un fouet pendant un bon 1/4 d'heure afin d'en éliminer le chlore. Généralement, monsieur s'occupe de la rotation du matin (1 fois) avant d'aller au bureau, du soir (1 fois) en rentrant du bureau, et éventuellement du "plus tard le soir", en rentrant du bistrot, mais ça dépend beaucoup de la fraîcheur qu'il affiche en rentrant du bistrot, le monsieur, parce que s'il tombe dedans, la baignoire et les carpes, il est foutu d'aller se noyer (l'andouille) avant même de s'être étouffé avec les arêtes, alors gaffe. Quant à madame, elle prend le relais durant la journée puisque monsieur travaille, et dans la nuit puisque monsieur dort pour être en forme au travail le lendemain, ben tiens.

Au bout de 3 jours, votre eau dans la baignoire est prête, et monsieur se rend donc dans la rue d'en dessous de chez lui pour acheter les fameuses carpes. Prenez-en au moins 2, sinon vous allez en manquer, entre 1,5 kg et 3 kg, et surtout bien vivants les poiscailles. Les faignants et les niais les font tuer, vider et nettoyer sur place par le vendeur, mais c'est totalement couillon. Si vous avez de la chance, le poissonnier vous vendra également les oeufs et la laitance que les sots n'auront pas voulus, allez-y, achetez pour la soupe, c'est la seule chose qui est vraiment bonne, z'allez voir. Bon, alors avec vos 2 carpes dans un sac plastique, vous filez rapidement à votre bistrot local, vous vous jetez 2 bières pressions sur le pouce, au comptoir et vous rentrez dare-dare chez vous déposer les carpes dans la baignoire préparée à cet effet. Les bestiaux vont commencer par récupérer du choc psychologique du dedans le sac plastique, tourner en rond, battre de la queue et éclabousser partout, mais c'est pas grave, madame passera un coup de serpillière après, quand vous serez redescendu au bistrot. Au bout de quelques minutes, les bêtes vont s'habituer, cesser d'éclabousser partout, et vos gnafrons pourront jouer avec, les caresser, leur mettre les doigts dans la bouche, les nourrir avec toutes sortes de matières que les carpes mangent (corn flakes, mie de pain, M&M's...) ou ne mangent pas (legos, pantoufles, savon...).
Les plus audacieux essayeront même vainement de les attraper à main nue, alors madame, inutile de ranger le seau et la serpillière tant que les poissons seront vivants, vous en aurez régulièrement besoin. Une fois que les bêtes sont dans la baignoire, n'oubliez pas encore de battre l'eau, non pour en éliminer le chlore, mais pour apporter de l'oxygène dans l'eau, pour les 2 carpes "Karel" et "Pepa". Une demi-heure de battage toutes les 4 heures, la nuit y compris si vous ne voulez pas retrouver le matin vos chéries flottant le ventre en l'air au grand désespoir des bambins qui commençaient à s'y habituer. Avec un peu de chance, monsieur, et si vous savez vous y prendre, vous arriverez même à éviter les corvées d'oxygénation du matin et du soir. Les 2 gaillards à écailles vont ainsi passer 3 jours complets dans votre baignoire, et donc le 23 décembre, un jour avant l'hôpi... le repas, vous devrez exécuter les 2 malheureux. Ben ouais, désolé, mais c'est un travail d'homme, et puis faut bien que quelqu'un le fasse si vous n'avez pas votre belle-mère sous le coude (jamais là quand on en a besoin, mais pour emmerder le monde…). Alors un conseil pour mener à bien cette tâche, jetez-vous quelques bonnes bières auparavant, et surtout, oeuvrez en dehors de la présence des loupiots qui se seront réellement attachés aux poiscailles grâce auxquels ils ont évités pendant une semaine le bain quotidien, le savon et le champoing dans les yeux.
L'heure de l'exécution ayant sonné, disons 22h, commencez par vider la baignoire. Certes, "Karel" et "Pepa" sentant venir la fin vont battre de la queue comme des dératés, mais vous aurez plus de facilité pour les attraper ainsi, la baignoire vide. De toute façon madame n'aura pas encore rangé son seau, alors hein, autant en profiter vu qu'il est à proximité. Pendant que l'eau s'écoule, allez chercher une planche à découper (à défaut un sac en papier style "courses chez l'épicier"), un maillet à piquets de tente, vous savez, bien gros avec la tête en caoutchouc noir (à défaut un marteau, mais c'est de la boucherie), un linge à vaisselle (à défaut des essuie-tout, mais c'est de l'amateurisme) et un plat (y a pas de défaut cette fois-ci, vous avez bien un plat chez vous non? Z'habitez pas dans une caverne?). Saisissez un poisson fermement entre vos 2 mains à l'aide du linge (essuie-tout) puis portez-le à la cuisine. Si vous faites ça pour la première fois, (ou que vous vous êtes, selon mon conseil, jeté quelques bières) il devrait vous échapper au moins une fois. Ce n'est pas grave, vous verrez, avec l'habitude... reprenez le bestiau gesticulant sur le carrelage, appelez madame et son seau afin d'éviter de vous croûter au retour, puis filez rapidement à la cuisine. Posez la carpe verticalement sur la planche à découper (la tête à droite pour les droitiers), le ventre bien sur la planche, et maintenez-la fermement d'une main (gauche pour les droitiers) sur le haut du dos toujours à l'aide du linge.
Attrapez le maillet de l'autre main (droite pour les droitiers), et assénez violemment le coup fatal sur le haut de la tête au niveau des yeux, comme vous le feriez avec votre fumier de voisin qui tond sa pelouse le dimanche matin au lever du soleil. Si vous êtes vraiment maladroit, vous devrez vous y reprendre à plusieurs reprises, et parfois même ramasser le voisin... euh… la carpe au sol. Mais comme dit, rassurez-vous, ça viendra avec l'habitude. Une fois trépassé, posez le poisson sur le plat, et répétez l'opération avec l'autre lascar (de poisson, pas de voisin) resté dans la baignoire, vous verrez, ça devrait être plus facile. Pis c'est tout, rendez-vous compte bienheureux veinard que c'est tout, en ce qui vous concerne. Vous pouvez donc non seulement aller retrouver vos bons-à-rien de potes dans votre bistrot habituel, mais de surcroît vous serez totalement libéré de toute tâche le jour du 24. Vraiment trop fortes les recettes "à la Tchèque"!

Bien, madame c'est à vous, enfin. Une fois que vous aurez nettoyé la baignoire, l'eau qui a giclé de partout, les écailles et le mucus sur le sol de la cuisine puis rangé le seau et la serpillière, nous allons passer à la découpe. Attrapez fermement une bête par la queue (un poisson j'entends) à l'aide du linge, posez-la (la bête, pas la queue) à plat sur la planche de travail, et avec un grand couteau, enlevez les écailles dans le sens queue-tête.
Si les carpes possèdent vraiment trop d'écailles, vous pouvez les tremper une petite minute (mais pas plus de 2 minutes) dans de l'eau bouillante, l'écaillage n'en sera que plus facile. Déposez un poiscaille sur la planche de travail le ventre vers vous, et ouvrez-le lui (le ventre) prudemment toujours dans le sens queue-tête. Attention, surtout n'enfoncez pas trop le couteau dans l'abdomen, vous risqueriez d'abord de percer la vésicule biliaire située sous la gorge, et votre carpe serait alors foutue car la bile donne un goût très amer à la viande, beurk. Pis aussi vous risqueriez d'endommager la laitance et les oeufs, alors faites hyper top attention, pas trop loin le couteau. Videz les bêtes, séparez délicatement la laitance et les oeufs du reste des viscères, puis réservez-les au frigidaire (la laitance et les oeufs, pas les viscères, évidemment, encore que...). Alors tiens, je signale juste que certains, mais pas tous, donc certains rajoutent dans la soupe les intérieurs (viscères) des bestiaux. Chais pas trop quoi des viscères, mais ce qu'il y a dedans le bide. Bon, moi personnellement, le "ce qu'il y a dedans le bide" et le beurk c'est du pouah, alors je ne le mets pas, mais si jamais vous voulez le mettre, alors triez, et réservez. Bon, ensuite séparez la tête et la queue des poissons, réservez également au frigidaire, puis découpez le reste des carpes en darnes (fer à cheval) d'environ 4 à 5 cm d'épaisseur. Ensuite séparez chaque darne en 2 parties égales (demis darnes), déposez les morceaux sur le plat, peau en dessous, viande vers le haut, salez sans poivrer et hop, frigidaire jusqu'à demain.

Passons à la soupe. Alors vous pouvez la préparer le jour même (le 24), mais moi perso, c'est le lendemain que je la préfère, comme le "guláš" (goulache en Français), une fois bien trempée, bien macérée. Pis ça vous évitera aussi du boulot le 24, car vous aurez déjà assez de quoi faire comme ça, croyez-moi. Préparez donc sous la main les 2 têtes et queues des carpes, la laitance et les oeufs, 1 oignon, 1 tranche de beurre de 4 cm d'épaisseur, 3 cuillères à soupe de légumes secs à cuire (vous savez, les trucs pour donner du goût dans la soupe, épices, carottes, céleris, persil...), 2 cuillères à soupe de farine, du persil en branche, une feuille de laurier, de la noix de muscade, sel et poivre. Prenez les 2 têtes, et séparez les des branchies, des yeux, des oreilles et des poils. Mettez-les à cuire dans de l'eau salée (raisonnablement) avec les queues, la feuille de laurier et l'oignon coupé en tranches moyennes. Si les morceaux de viande dépassent, rajouter de l'eau pour couvrir, puis couvrez la casserole d'un couvercle, genre. A ébullition, baissez le feu et laissez mijoter 10 à 20 minutes, selon la taille des têtes et la longueur des queues (ben ouais, comme d'hab.). Entre-temps, dans une autre casserole, faites fondre le beurre, ajoutez les légumes secs finement hachés s'ils ne le sont pas déjà, rajoutez la farine, et dorez tout en touillant touillant régulièrement.
Lorsque le mélange prend une couleur brune, ajoutez un demi-litre d'eau, et laissez mijoter doucettement. Passez la viande (tête et queue) au chinois mais conservez le bouillon (dans une cuvette, contrepet, le bouillon dans une cuvette, ha ha ha :-), et posez les morceaux sur un plat pour refroidir (vous pouvez mettre à la fenêtre, mais faites gaffe aux chats, ces sales bêtes). Rajoutez le bouillon dans la seconde casserole, celle d'avec les légumes et la farine. Comme dit, certains rajoutent les intérieurs des bestiaux, chais pas trop quoi comme intérieurs, mais ce qu'il y a dedans le bide, les viscères. Bon, moi personnellement non, mais si jamais vous voulez les mettre parce que vous les avez remisées par devers vous, alors c'est le moment (de les mettre, les viscères). Arrive alors la partie de plaisir et de patience, le désossage des têtes et des queues. Commencez par peler les morceaux de viande, enlevez la peau, puis séparez la chair, toute la chair des arêtes, cartilages, et autres pas bons beurk pouah. Faites particulièrement attention, car les loupiots (comme moi d'ailleurs) vont se goinfrer sans faire gaffe, alors si vous ne voulez pas partir pour l'hôpital avant même d'avoir entamé la carpe, nettoyez bien consciencieusement. De toute façon vous avez le temps, monsieur est au bistrot et les enfants dorment, alors, hein? Rajoutez ensuite les morceaux de viande à la soupe en ébullition. Passez la laitance et les oeufs délicatement sous l'eau froide, retirez les résidus (les poils du…),
et placez dans une petite casserole. Mouillez légèrement, enfin mettez un fond d'eau dans la casserole, salez, et cuisez à feu doux pendant environ 15 minutes. Passez au chinois, le bouillon dans la soupe, puis découpez en petits morceaux la laitance et les oeufs. Et c'est tout pour aujourd'hui, hourra, youpi, c'est fini pour la soirée. C'est pas cool ça? Bon, demain il faudra terminer la soupe, préparer la carpe et la salade de pommes de terres, mais c'est demain, donc ce soir douche, et hop, au lit car demain c'est réveillon (de Noël). Ah oui, et n'attendez pas votre mari, parce que c'est férié (demain), alors il n'est pas prêt de rentrer du bistrot, d'autant plus que plus rien ne l'attend, lui, vu que c'est férié et que les carpes ont déjà été occises. Ah puis allez, hop, je vous termine la recette de la soupe de carpe, hein, tant qu'à faire et vu qu'il ne reste plus grand chose. Donc une fois la soupe bouillie de nouveau, et au dernier moment, juste avant de servir, coupez en morceaux fins le persil en branche (lavé au préalable), puis ajoutez le, râpez toujours dedans la soupe un peu de noix de muscade et salez selon votre convenance, pis c'est tout. N'oubliez pas de préparer quelques croûtons avec la soupe, elle se mange avec des morceaux de "housky" ("houska", sorte de petit pain blanc sans équivalent en France) coupés en cubes d'un centimètre et reviendus sur une poêle avec un peu d'huile jusqu'à doration brune.

Et voilà le jour tant attendu pendant toute l'année, le fameux 24 décembre pour lequel la population tchèque (tout au moins) a été prise de frénésie hystérique pendant 2 mois, youpi hourra alléluia, "il est né le divin enfant, jouez au bois, revenez pompettes..."(?!) Maman est déjà levée depuis longtemps, tandis que papa se remet de sa biture tardive d'hier. Les moutards sont surexcités à l'idée des cadeaux, mais assez perplexes devant la baignoire vide, se demandant mais où c'est-il donc que ces bougres de "Karel" et de "Pepa" ont bien pu aller se fourrer pendant la nuit? C'est ainsi qu'il vous appartiendra, dès le réveil (et avec la gueule de bois), d'informer vos mignards curieux du sort des poiscailles puisque maman se sera fendue d'une réponse évasive, style "demandez à papa quand il se réveillera, il s'est couché après moi alors il doit savoir, lui". Oh ben pour sûr, vous pouvez leur inventer une histoire sympa, genre pour éviter la tragédie des larmes, mais si vous n'avez pas prévu le scénario un peu à l'avance, alors avec votre tête blindée, le cerveau encore farci des effluves d'éthyle, z'êtes cuits. Lors pour éviter d'être pris au dépourvu, quand les gnafrons s'ront viendus, préparez leur une histoire, genre que vous avez vidé la baignoire (ce qui, jusque là, est vrai) pour enfin pouvoir prendre un bain (le mensonge commence, alors faites gaffe, concentrez-vous),
et qu'ils sont partis par la tuyauterie jusqu'à la rivière où qu'ils vont se marier, avoir beaucoup d'enfants et vivre heureux jusqu'à la fin de leurs jours. Et suivez mon conseil, préparez une argumentation bétonnée aux objections, parce qu'il va y en avoir à coup sûr. Puis si vous êtes vraiment dans l'impasse, lancez-leur un "ou ben dis-donc, mais j'ai entendu un truc moi hier soir en rentrant, est-ce que le Père Noël ne serait pas venu un peu en avance?" ce qui devrait normalement faire décamper les chérubins dans le salon afin de vérifier illico cette éventualité, et vous donner quelques secondes de réflexion si toutefois madame, de la cuisine, ne va pas vous plomber l'effet par un "mais non mes chéris, ce n'était sûrement pas le Père Noël, il ne rentre pas chez les gens à 3h du matin ivre comme un cochon, lui".

Traditionnellement, et pour ne pas encombrer inutilement les lieux, monsieur s'en va en fin de matinée pratiquer avec ses meilleurs potes un sport bien populaire chez nous, le hockey sur glace. Vers 14h - 15h c'est le rendez-vous obligé à la taverne locale, et retour à la maison vers 17h pour enfin commencer le réveillon de Noël en famille.

Vers 14h -15h, madame, elle, s'en va préparer la fameuse carpe panée de Noël. Dans une première assiette à soupe, versez de la farine. Dans une seconde assiette à soupe aussi, cassez 4 oeufs, ajoutez du sel et du poivre, puis battez bien le tout pendant au moins 5 minutes afin de bien mélanger les jaunes, les blancs et les noirs (poivre). Dans une troisième (assiette à soupe), mettez de la chapelure. Sortez les morceaux de carpes du frigidaire, puis emballez chaque morceau (demi darne) dans la farine, puis dans les oeufs battus, et enfin dans la chapelure (comme une escalope panée). Certains arrosent encore les darnes d'un filet de citron avant d'emballer dans la panure, ça donne un petit goût, genre sympa. Laissez reposer les morceaux ainsi emballés pendant une bonne heure afin que la panure prenne bien. Bon, pis pour paner je ne vais pas vous expliquer, vous savez comment ça marche non? Une grande poêle, beaucoup d'huile, chauffez très fort mais pas trop... bref comme une escalope panée. Et tiens, puisqu'on en parle, alors je vous conseille (et beaucoup de gens ici le font également) de préparer parallèlement avec les carpes, des escalopes à la viennoise (dites "wienerschnitzel"). C'est comme la carpe, mais au lieu des carpes, vous mettez soit des escalopes de veaux ("wienerschnitzel"), soit des escalopes de porcs (escalopes panées).
Evidemment, n'oubliez pas dans ce cas de les faire frire dans une seconde poêle si vous ne voulez pas avoir des escalopes saveur poisson (pas bon), mais je ne vous apprends rien, tout le monde sait ça. L'avantage des escalopes, c'est que vous ne risquez pas d'étouffer vos loupiots en bas âge, ni votre mari décomposé comme un coing faisandé au retour du bistrot. Personnellement, je préfère largement les escalopes (de porcs comme de veaux) et j'ai comme l'impression que bon nombre de gens commencent également à prendre cette direction. Ben ouais, me direz-vous, mais et qu'est-ce qu'on fait des carpes alors? Ah ben ça, c'est une autre histoire, hein, moi je vous ai dit ce qui se passe ici à Noël, et comment ça se prépare, une carpe, genre, mais pour le reste, ben c'est à vous de vous organiser. C'est comme pour la salade de pommes de terre, là je vous laisse regarder dans un livre de cuisine si vous ne savez pas comment ça se prépare, mais il n'y a rien de secret, et toute bonne ménagère devrait savoir faire une salade de pommes de terre.

Et donc pour terminer, et je m'adresse à vous madame puisque vous êtes inévitablement le chef d'orchestre de cette glorieuse soirée... et donc pour terminer, généralement, monsieur rentrera du bistrot vers 17h. Tout le monde passera à table vers 18h, et vous attaquerez la soupe, les carpes et les escalopes. A partir de 19h, et si vous n'êtes toujours pas en route pour l'hôpital, les gnafrons commenceront à s'impatienter grave, "les cadeaux, les cadeaux..." vont-ils s'exclamer tandis que vous aurez tout juste jeté à la poubelle la première assiette d'arêtes correspondant à la moitié de votre première darne de carpe.
Puis vers 22h, alors que les enfants se seront endormis devant la télévision et votre mari devant son assiette, vous annoncerez joyeusement l'ouverture (enfin) des cadeaux. Ainsi vous attendra la seconde opération délicate de ces festivités, toujours dans la droite lignée des traditions tchèques: allumer la trentaine de bougies véritables disséminées sur le conifère ultra sec, tout en évitant de priver votre descendance de son héritage foncier en pleine veillée de Noël. Une fois fait, les bougies allumées, suivront les chants appropriés, les photos de famille, les youpi hourra alléluia, "il est né le divin enfant..." puis si tout se passe bien, alors extinction des bougies, ouverture des cadeaux, allégresse, joie, chagrin, déception... et "au lit tout le monde car il se fait tard, et vous aurez tout le loisir de jouer avec vos nouveaux joujoux demain". Une fois tout le monde couché, il ne vous restera plus qu'à débarrasser tout le foin engendré par ces plusieurs jours d'intenses préparatifs, trouver de la place au frigidaire pour y caser les carpes que de toute façon personne ne voudra plus manger, et vers 1h du matin, le 25 décembre, vous pourrez enfin vous mettre au lit avec la satisfaction d'avoir suivi et fait perdurer la tradition de la veillée de Noël. Eh oui, tout ça pour ça. Bon, remarquez bien que le scénario que je viens de vous dépeindre est encore relativement heureux et peinard, car dans bon nombre de cas, le groupe de joyeux fêtards se compose d'une pléiade de nuisibles familiaux comme des belles-mères médisantes, des beaufs lourdingues, des courges blondes d'avec les beaufs, des sales chiards d'avec les beaufs et les courges… enfin que du beau monde pour égayer ineffablement cette désopilante réjouissance. Alors estimez-vous heureuse pour cette fois, hein, mais comme dit, l'année prochaine on remet le couvert, et qui sait avec quels convives?

jeudi 8 décembre 2005

Visiter: Adalbert, Boleslav et l'couvent de Břevnov

Eh ben dis-donc, je n'aurais jamais autant parlé d'édifices religieux que ces derniers temps. Serait-ce un élan mystique soudain, une éruption brutale de la foi comme de pustules après des huîtres gâtées, un coup de pied au cul du Seigneur pour me rappeler aux bonnes grâces des évangiles ou plus prosaïquement les contrecoups d'une absorption immodérée de bière d'exceptionnelle qualité?
Il n'en est rien, rassurez-vous chers lecteurs, je ne crois pas plus en Dieu aujourd'hui qu'hier (mais qui sait demain?), et je n'ai pas récemment bu plus que de raison (ah? Et ça se situe où la raison?), ou disons plutôt que d'habitude, qui serait plus juste. Par contre je crois résolument en la beauté des choses, je crois fanatiquement en l'héritage culturel et je ne peut être qu'en admiration béate devant les prodigieux chefs-d'oeuvres de toute sorte que l'homme est capable de réaliser, quand bien même seraient-ils (malheureusement) à but mystique. Et donc il se trouve que ces derniers temps, mais vraiment par le plus grand des hasards, nous visitâmes nombreuses constructions à caractère religieux, et donc ben voilà pourquoi.

Pis tiens, pour preuve, la visite de l'abbaye de "Břevnov" ("Břevnovský klášter") a véritablement été un concours de circonstances des plus fortuits, z'allez voir. C'était un dimanche, et nous venions de nous lever tard, comme d'accoutumé les dimanche, et nos sens commençaient tout doucement à se remettre du coma. "Bon alors, qu'est ce t'en penses" lui demandais-je concernant l'organisation pédagogique de notre journée? "Bôf, tu sais, hein..." me répondit-elle. Evidemment, sur la base d'un dialogue aussi constructif,
il était particulièrement difficile de trancher. Nous finîmes par tomber d'accord sur l'arbitrage des pages culturelles du "Wouah Woilà l'Week-end" qui recensent consciencieusement tout ce qui se passe à Prague, et croyez-moi, la liste est généralement longue. Nous regardâmes ensemble les options, le détail des options, lorsqu'elle finit par me demander "bon alors, qu'est ce qui te plairait?" "Bôf, tu sais, hein..." lui répondis-je. C'est ainsi qu'après de nombreuses minutes, alors que notre dialogue s'apparentait à une scène de ménage entre une moule lymphatique et un bulot anémié,
je tombai sur la fête foraine au couvent de "Břevnov". Ben voilà, argumentais-je, il y aura des saucisses, des charcutailles, de la bière pression, des zizi pan pan tralala pouet-pouet et peut être même des manèges inédits renchérissais-je (mais sans grand espoir, les manèges inédits). Nous finîmes par tomber d'accord, à défaut d'avoir trouvé mieux, et nous partîmes youkaydi youkayda.

Alors de nouveau quelques perles dans la traduction.
En Tchèque, on dit "klášter" pour un monument (ou édifice) qui abrite (ou eut abrité) des ecclésiastiques. Si vous regardez dans le dictionnaire qui va bien, vous trouverez la traduction abbaye, monastère et couvent en même temps, les trois d'un coup. Super, merci le dictionnaire, sur ce coup ça m'est aussi utile qu'une paire de chaussettes en laine à une couleuvre. Alors je me suis dit, tiens, regardons dans le dictionnaire français la vraie définition française, et on adaptera en conséquence au Tchèque:
  • Abbaye: Monastère placé sous la direction d'un abbé (poil au nez) ou d'une abbesse (poil aux fesses).
    Un prieuré n'est différent d'une abbaye (poil au vit) que parce que son supérieur porte le titre de prieur au lieu de celui d'abbé, l'abbé étant érigé de manière canonique (ta m...).

  • Monastère: Bâtiments où réside une communauté de moines ou de moniales et où s'exerce son activité. On parle également d'abbaye ou de couvent (poil aux dents).

  • Couvent: Maison dans laquelle vivent en communauté, sous une même règle, des religieux (poils aux yeux) ou des religieuses de confession chrétienne (et la tienne?).

  • Dis-donc la couleuvre, une paire de bottes et des skis en plus, ça te branche, j'te fais un prix? Décidemment, la religion n'est pas seulement embrouillée dans sa nature même, mais dans la linguistique itou. Alors pour ceux qui auraient fait l'option "lexicologie sémantique du catholicisme" au petit séminaire, ayez la gentillesse de me laisser un petit mot d'explication. Merci. Par contre en ce qui me concerne, j'utiliserai donc l'un, l'autre ou le suivant des termes afin de varier, genre, synonymes et beautés de la langue française, mais il s'agira toujours du même édifice, "Břevnov".

    Seconde couillonnerie d'envergure, le prénom de Boleslav que vous trouverez une fois sur deux écrit Boleslas, comme dans l'exemple ci-joint. C'est effrayant de bêtise et c'est surtout fichtrement trompeur. Boleslav fait partie de cette catégorie de prénoms très populaire (la catégorie) en terres Slaves et composée de 2 affixes: un préfixe variable ("bole" par exemple) suivi du suffixe "slav". Commençons par le suffixe, il vient de "sláva" (gloire, célébrité, réputation...), ou "slavit" (glorifier, célébrer...) et "slav" n'est autre qu'une dérivation
    (se dit à l'impératif aussi: glorifie!). Bon, concernant le préfixe, c'est plus tordu, il vient du vieux Slave "boljeje" (plus, mieux, davantage) qui est aujourd'hui totalement abandonné par le Tchèque, mais dont vous retrouverez encore la trace dans d'autres langue slaves, en Russe (больше) par exemple. Et donc Boleslav signifie tout simplement "plus de gloire" ou "plus de célébrité" que l'on souhaitait au fils à sa naissance. Aujourd'hui par exemple, on dirait "více" (plus) ce qui d'ailleurs se disait "váce" à une époque, et donc "Váceslav" devenu "Václav" n'est autre qu'un synonyme de Boleslav.
    Sur le même principe vous trouverez "Vratislav" ("vrátit slávu" soit rendre, ramener la gloire en Français). Bon, ok me direz vous, "Váceslav" (ou "Václav") est devenu Venceslas en Français. Ben oui, mais c'est encore une énormité car ç'aurait dû être Venceslav (ou au pire "Venceslaf"). "Strogov" est bien devenu "Strogoff", mais aucunement "Strogos", hein, bon alors et pourquoi? Ben ça vient du latin, eh ouais, encore la faute des moines. Car Boleslav en latin se dit "Bolezlaus",
    vous le trouverez écrit dans le vieux grimoire de la bibliothèque nationale, salle IV, armoire XI, rayon XXVI, rangée XIX, in: Annales Bohemorum Vincentii Pragensis, tom. III/1, p. 471. Je cite "…pius videlicet Bolezlaus, quondam Boemorum dux, fundator monasterii Brewnovensis“ (en Français et en gros, parce que je ne suis pas latinophile... le pieux ci-nommé Boleslav, chef des anciens Bohémiens, fondateur du monastère de "Brevnov"). Mais encore plus flagrant, tiens, si vous êtes toujours sur l'échelle roulante dans la bibliothèque, appuyez votre pied gauche contre la colonne sculptée montante (à gauche) et propulsez-vous vers la droite d'un grand shoot,
    tiendez-vous bien, et commencez à freiner à partir de l'armoire XXIII, attention, encore un peu... stop! Armoire XXVI, rayon XVII, rangée IV, sortez les Annales Bohemici, in: Fontes rerum Bohemicarum, tom. II/2, Pragae 1875, p. 380, il est écrit "... sanctus Venceslaus martirio coronatur, cui succedit frater eius Bolezlaus." (Saint "Václav", mort couronné -en fonction-, à qui succéda son frère Boleslav -attention, c'est pas le même que notre Pieux-). Et là, vous avez les origines des prénoms estropiés Venceslas et Boleslas en même temps. Et toute l'erreur, horreur, vient de là, les moines ont transformé le phonème "av" en "aus" puis "as" ce qui est linguistiquement parlant une énormité,
    car c'est le phonème "af" qui aurait dû être au pire utilisé (comme dans Strogoff). Ah? Et ça change quoi me direz-vous? Ben ça change que c'est le bordel total car on ne sait plus de quoi qu'on se parle, "Václav" se prononce "Vatslav" et non "Vaklav" comme j'entends souvent en France. Madame Dupont ne se prononce pas "Dupontová" comme j'entends souvent en Tchéquie, le Cordon Bleu n'est pas le "Gordon Blue", et si je vous parle de "Spearsová", sauriez-vous me dire qu'il s'agit de Britney Spears? Hein, ça ne vous hérisse pas le poil? Moi si, alors voilà, je voulais vous le dire, que Boleslav n'est pas "Boleslas".

    Revenons à la fête foraine, ouais, bon, les manèges, bôf, non, sans plus. Le monde, dingue, plein... Pis nous décidâmes d'aller jeter un oeil, comme ça, dans le couvent, histoire de voir s'il s'y passait quelque chose. Et oui, il s'y passait (quelque chose). Il y avait visite complète... Alors trop top, mais ça au départ nous ne le savions point. En fait, comme on a vu du monde dans la basilique Ste Marguerite ("Bazilika svaté Markéty"), ben on est rentré. D'habitude c'est fermé, sauf quand y a messe, mais quand y a messe on ne peut pas visiter, et donc cette fois-ci on a vu du monde, sans messe, et on est rentré en se disant youpi, on va n'en faire le tour, chose que nous fîmes. Pis en arrivant aux abords du coeur, un moine en soutane noire gratifiait la foule de quelques commentaires appropriés.
    Ouah top, alors ben on va écouter, ben tiens. Il était sympathique l'ecclésiastique, jeune, la trentaine, avec un défaut de langage rigolo. Il ne savait pas prononcer le "R" à la Slave, le vrai "R" qui rrrrrrroule sur le palais, il prononçait à la Française, dans le fin fond de la gorge qui gratte. Ceci dit, cela n'enlevait rien à l'intérêt de son discours, non, juste que c'était rigolo tout plein. "Et donc nous allons continuer notre visite par..." poursuivait-il. Et nous nous fondîmes dans la foule afin de visiter ce qui d'habitude n'est pas visitable. C'est en sortant de la basilique (Ste Marguerite) que je me suis rendu compte que bon nombre de quidams photographiaient, et que ce n'était sans doute pas interdit, donc, de photographier. Mais trop tard pour la basilique, car nous entamions la suite du parcours. Flûûûûte...
    et donc ben vous n'aurez pas de photos de l'intérieur de la somptueuse basilique. Désolé. Allez hop, un peu d'histoire, encore, histoire que l'histoire du monastère vous soit familière, genre. Donc je vais commencer par vous présenter les protagonistes parce que c'est important pour la suite, afin que vous compreniez bien les enjeux de l'époque et ceux qui les manipulaient (les enjeux).

    Le roi "Přemyslovec Boleslav II. Pobožný" (Boleslav II Prémyslides dit "le Pieux", vers 970 - 999 sûr): fils de son père (comme d'hab.) "Boleslav I. Ukrutný"
    (Boleslav le Cruel) et de sa mère "Biagota". Alors sur sa mère "Biagota" existent énormément d'incertitudes, dont la première et non des moindres, est qu'on n'est même pas sûr que ce soit elle, sa mère je veux dire, à Boleslav le Pieux. Vous savez comment c'était à l'époque, les puissants avaient plusieurs femmes officielles, de nombreuses maîtresses officielles aussi, mais des non officielles également, et tout ce beau monde forniquait gaillardement et sans pudeur, insouciant du bordel indescriptible qu'ils allaient générer dans les sciences généalogiques futures. Pis ensuite le prénom d'à sa maman rajoute à la complexité de la cognation. "Biagota", c'est bizarre, presque grotesque, et pas vraiment Slave.
    Certains prétendent même que "Biagota" serait un prénom d'origine germanique et donc ce ne pourrait pas être sa mère puisqu'elle (sa mère, la vraie) était duchesse de Bohême. Mais d'autres pensent qu'il s'agirait d'une dérivation de "Blahota" (quelque chose comme "Félicité") qui aurait donné "Blagota" puis "Biagota", distorsion linguistique des plus habituelles, auquel cas "Biagota" serait bien d'origine Slave, mais du sud. Par contre souvent vous trouverez le prénom de "Božena" (de Bohême) et non "Biagota" dans certains livres d'histoire, ce qui en ferait une Tchèque pure souche parfaite, mais était-elle la vraie, la duchesse? Allez savoir... Pour le père, on ne peut pas se planter, il était 1, lui fut 2, alors c'est sûr que c'était lui, son père, le 1.
    Enfin élevé dans un tel contexte polygame, il n'est point surprenant que le jeune "Boleslav" n'est pas été le plus fervent des catholiques en matière de couple, ce qui sera en partie à l'origine des différends d'avec son pote Adalbert. Son règne (au Pieux) fut principalement marqué par la fondation de l'évêché de Prague en 973, et par le massacre de la famille princière rivale (les "Slavníkovci") en 995 ce qui aura pour conséquence l'unification des états de Bohême sous le seul pouvoir des "Přemyslovci" (Prémyslides en Français). Dis-donc, quand je pense que c'est son père qu'on appelait "le Cruel", j'te dis pas le tableau, belle famille je dois dire. Bon, et globalement c'est tout ce qu'il est important de savoir sur ce bougre de Boleslav Second.

    "Svatí Vojtěch" (Saint Adalbert en français, famille des "Slavníkovci", 956 - 997): Adalbert (du nom de son mentor, l'évêque Adalbert de Magdeburg) étudie donc à Magdeburg entre 972 et 981, puis ses études terminées, il rentre à Prague. En 982, il deviendra évêque de Prague et prendra rapidement son sacerdoce à bras le corps en prêchant les vertus du catholicisme auprès des notables du royaume. Il deviendra vite impopulaire, dans le sens casse-claouis pudibond. "Oui, alors les rites païens, c'est mal, la polygamie, c'est très mal, la fornication, c'est très très mal..." sermonnait-il dans les salons du château (de Prague) tandis que les princes ripallaient grassement tout en copulant non moins.
    Jusqu'en l'an de grâce 988, où Boleslav II lui-même l'envoya se faire foutre à Rome pour voir s'il y était, après qu'Adalbert lui ait sournoisement moisi un bon plan d'avec une jeune nourrice plantureuse officiant au château et que le bon roi s'en voulait trousser. Il sera rappelé par le même roi (Boleslav II) pris de remords en 992, mais le repentir ne sera que de courte durée, car Adalbert repartira en 994 cette fois-ci définitivement, avec le souvenir douloureux d'un pied royal au cul. "Vraiment pas possible ce foutu bougre de chieur clérical puritain" aurait prononcé le roi lors de la conférence de presse en essuyant sa biroute dans la nappe d'une main, et sa bouche graisseuse dans la manche de l'autre (main).
    Décidemment, catholiciser la Bohême n'a jamais été chose facile, et ce, quel qu'était le siècle. Adalbert, qui cependant avait l'âme et le coeur d'un missionnaire irlandais, mais de surcroît l'obstination d'une mule corse, décida de s'attaquer à une tâche plus ardue encore. Il parti prêcher la parole divine en Prusse, auprès des tribus sauvages des environs de la Baltique, où il ne rencontra d'ailleurs pas beaucoup plus de succès qu'en Bohême. Malheureusement pour lui, la diplomatie et les moeurs prussiennes (ou plutôt polabes à l'époque, des environs de la Poméranie, entre la Vistule et l'Oder) s'avéreront, comme tout le monde le sait aujourd'hui, nettement moins conciliantes que les moeurs tchèques, et Adalbert, après avoir une fois de trop insisté lourdement et vainement sur les vertus du catholicisme,
    verra sa tête séparée de son corps puis plantée sur un pieu afin d'en repaître les corbeaux. L'histoire aurait pu en rester là, mais non, car dans la même année, son pote (à Adalbert), le roi de Pologne Boleslav Ier (dit le Vaillant, pas le même que le Cruel, père du Pieux) ...donc "Boleslav I. Chrabrý" (en Tchèque, "Bolesław I. Chrobry" en Polonais, ben oui, ça se ressemble, désolé, mais c'était pareil comme langue à l'époque) donc le roi de Pologne (Boleslav Ier le Vaillant) va racheter aux barbares les morceaux qui restent de l'entêté (Adalbert), puis le faire canoniser en 999. Evidemment, on commença alors à en publier grave des histoires sur la vie et l'oeuvre de St Adalbert, et il devint célèbre post-mortem. Tellement célèbre qu'en 1039, alors que le roi de Bohême "Břetislav Ier" envahit une partie de la Pologne,
    il rapatria les restes des morceaux du Saint à Prague, des fois que ça prendrait de la valeur. Eh, qui sait? Et apparemment de la valeur ça en prit, au point que les Polonais s'en défendent toujours d'avoir été volés, et qu'aujourd'hui des bouts de restes des morceaux de St Adalbert se trouvent autant en Pologne (à "Gniezno") qu'à Prague en la cathédrale St Guy, gui... qui, du reste (des restes), s'appelle officiellement cathédrale "Svatého Víta, Václava a Vojtěcha". Ben tiens, et alors pourquoi d'après-vous? Et du coup, ben St Adalbert est autant le St patron des terres de Bohême que de Pologne. Paf dans la trogne! Sauf que personne ne sait assurément lesquelles reliques des bouts de restes des morceaux de St Adalbert sont les vraies, si jamais il en est, des vraies.

    Maintenant que vous connaissez les deux lascars ainsi que leurs relations pour le moins diverses et variées, voire tendues parfois, je m'en vais vous expliquer comment est donc né ce couvent (ou monastère ou abbaye) de bénédictins en 993, le tout premier en terre de Bohême (de couvent bénédictin masculin). Z'allez voir, c'est Don Camillo et Pépone cette histoire. Vous vous souvenez qu'en 988, le roi Boleslav II avait recommandé à Aldalbert de prendre ses distances, et qu'il l'avait rappelé 4 ans plus tard. Bon, mais entre temps St Adalbert n'avait pas perdu le sien (de temps), car il s'était rendu à Rome auprès du pape Jean XV, puis au monastère du mocassin... du mont Cassin ("Monte Cassino") fondé par St Benoît (de Nursie), lieu de naissance du bénédictisme, enfin du parti de l'ordre des bénédictins.
    Et bien que constipé, Adalbert s'y était fait tout plein de potes (constipés comme lui) avec lesquels il s'entendait comme cochon en foire. Puis il était revenu sur Rome, où il reçu le fax du roi Boleslav II l'invitant à revenir en Bohême, qu'il (le roi) fallait qu'il lui parle (à Adalbert), et qu'il (Adalbert) devait arrêter de faire sa gueule de mauvaise tête. "Ben mon cochon!" se dit Adalbert, "oui, je vais remonter en Bohême, mais je te réserve une surprise de derrière mes fagots qui ne sera pas piquée des hannetons". Et c'est ainsi que vantant les jolies filles de Bohême, la bière exceptionnelle, le faible taux de chômage et la récente entrée du pays dans l'Union Européenne,
    qu'Adalbert réussit à convaincre plusieurs de ses camarluches bénédictins à le suivre en terre slave. Mais ça, Boleslav n'en savait rien. Le roi avait fixé rendez-vous à Adalbert à quelques kilomètres vers l'ouest du château (de Prague) afin que leur entrevue reste discrète, autour d'une marre (à canards) comme point de repère. C'est ainsi que les deux bougres se retrouvèrent après 4 années de séparation le 12 mai 992 à 15:00 pétante, sans arme et sans témoin. Et grâce à la belle soeur du mari de ma femme de ménage dont l'oncle travaille aux archives de la bibliothèque nationale, j'ai réussi à me procurer l'enregistrement authentique de leur conversation d'à l'époque (de Boleslav et d'Adalbert) reproduite sur une peau tannée de caribou des bois. Alors je ne vous mets pas tout (rassurez-vous, pas plus de 15 cm comme disait l'épicier à sa cliente :-)
    parce que certains passages sont inutiles, et qu'en plus les enluminures prennent de la place, mais juste l'essentiel pour bien comprendre la genèse du couvent de "Břevnov":
  • Boleslav: "Enfin quoi Adalbert, on ne va pas se faire la gueule, tout de même, enfin quoi, depuis le temps qu'on se connaît. Tu comprends, je suis dans une situation difficile moi, je ne peux tout de même pas mettre mes seigneurs et mes soudards au pain sec et à l'eau, les priver de fornication, de grivoiserie et d'obscénité parce que ça fait pleurer ton Seigneur d'en haut. Attends, c'est un putsch assuré dans le mois, c'est ça que tu veux?"

  • Adalbert: "Alors ça, genre, c'est ton problème, hein. Moi ce que je t'en dis, c'est que ça ne peut pas continuer comme ça, j'en ai discuté avec Jean à Rome l'autre jour, et il pense la même chose. D'autant plus que ton collègue, là, l'Otto III du St Empire, il sait se tenir lui, c'est pas un barbare comme vous autres. Puis tiens, puisqu'on y est, j'ai même ramené des kamarades d'Italie qui vont m'aider à prêcher la bonne parole, et tu vas voir, en quelques semaines, on va t'y mettre de l'ordre chrétien dans ta pétaudière païenne d'au château."

  • Et Adalbert siffle d'entre ses 2 doigts, et ne voilà t-il pas qu'une dizaine de frocards sortent des fourrés avec leur valise dans une main, agitant en l'air la bible rouge de l'autre.
  • Boleslav: "Attends Adalbert, tu déconnes ou quoi? Qu'est-ce que c'est que ces furieux en robe, et d'où qu'ils sortent, il sont nippés comme l'empereur Palpatine dans la Guerre des Etoiles, c'est dingue. Et d'abord est-ce qu'ils ont seulement leurs papiers en règle, genre permis de séjour, permis de travail, vaccinations...? Pis de toute façon je n'ai plus de place au château, tu comprends, c'est la haute saison et l'hôtel est complet, alors sans réservation, je ne peux pas les accueillir, désolé."

  • Adalbert: "T'inquiète, on en a vu d'autres. On va se construire un joli couvent, là, juste à côté de la marre aux canards, et on viendra régulièrement vous rendre visite pour mettre de l'ordre dans ton clandé salace. Tu verras, mes gaillards sont aguerris et chevronnés, en quelques semaines, la morale chrétienne et les moeurs orthodoxes triompheront de la paillardise et de la luxure actuelles. Ouah d'nom di diou, tu vas voir ce que tu vas voir mon Boleslav!"

  • Evidemment, en quelques fractions de secondes le roi imagina les effroyables conséquences, et comme un mauvais film, le scénario fâcheux défila devant ses mirettes: plus d'alcool, plus de filles, plus de bonne bouffe, plus de rigolade, plus de batailles, plus d'esclaves, manque à gagner, problème de cash-flow, dettes, licenciement, faillite et clés sous la porte... l'enfer quoi.
    Boleslav aurait alors tourné au rouge vif, ses joues se seraient gonflées comme une outre sous le robinet, et saisissant une poutre qui traînait là, il aurait tenté de la briser sur la tête d'Adalbert. Selon les témoins, ce n'est que grâce à la prompte réaction des acolytes du parti bénédictin qu'Adalbert dut son salut. Avec grand peine et rassemblant toutes leurs forces, il réussirent finalement à immobiliser puis désarmer le roi qui fulminait, injuriait et maudissait les ratichons jusqu'à la 20 ème descendance. L'altercation est toutefois restée dans l'histoire, car c'est de cette fameuse poutre que vient le nom du couvent. En effet, "břevno" signifie "poutre" en Tchèque, et "Břevnov" n'est autre qu'une dérivation linguistique courante, identique à celle de "Biagota".
    Alors vous pourriez me rétorquer "ben oui mais bon, il était roi quand même Boleslav, il aurait pu foutre ces emmerdeurs à la porte du royaume manu militari, non?". Ben non, justement, car le contexte de l'époque était tendu. Au sud il y avait le pape, catholique par définition, à l'Ouest il y avait Otto III, empereur du St Empire Romain Germanique et donc catholique également, au nord Boleslav Ier de Pologne qui soutenait le catholicisme sous couvert duquel il étendait ses frontières vers l'Est, et donc il ne faisait pas bon de s'en prendre trop ostensiblement aux croyants si l'on voulait rester en poste à la tête du royaume. Adalbert posera donc la première pierre du couvent, supervisera les travaux pendant quelques mois, puis ayant profondément ancré le ver catholique dans le fruit tchèque et estimant que son apostolat serait plus opportun en des contrées plus conciliantes envers la foi,
    il quittera la Bohême pour la Pologne en 994 où, comme tout le monde sait, la ferveur mystique s'enracinera fermement et durablement. Mais pas grâce à Adalbert puisque sa tête nourrira les corbeaux prussiens 4 ans seulement après l'aventure du couvent de "Břevnov".

    Le couvent a été retapé au début du XI ème siècle, sous les hospices du roi "Břetislav Ier", pis à nouveau au début du XIV ème siècle mais en style gothique. Malheureusement pour rien, car les Hussites le mettront à sac, à feu et à sang durant les guerres (hussites). Puis la guerre de 30 ans y apportera une seconde couche de dévastation bien propre,
    tant et si bien que le domaine sera entièrement reconstruit en style baroque à partir de 1708 (et pendant quelques 30 ans) par les génies architecturaux "Kryštof Dientzenhofer" puis son fils "Kilián Ignác", lui donnant l'apparence que nous connaissons aujourd'hui. Bon, je vous passe les détails architecturaux que vous trouverez dans n'importe quel guide bien fait, mais je vais vous parler de quelques autres éléments anecdotiques. Par exemple la crypte sous la basilique Ste Marguerite. Elle est de style préroman, à 3 vaisseaux, et serait du tout début du XI ème siècle. Elle avait été totalement oubliée, et ce n'est qu'à la suite de fouilles curieuses (contrepet :-) entre 1965 et 1969 qu'elle fut découverte par les archéologues. Aujourd'hui elle est fermée au public, et n'est accessible qu'exceptionnellement, mais grâce à mes photos,
    vous pouvez admirer ces vieilles pierres qui furent posées il y a plus de mille ans et survécurent aux divers chamboulements qui eurent lieu en Bohême.

    La seconde curiosité, apparemment plus accessible, est la salle dite Marie-Thérèse ("Tereziánský sál") car elle sert accessoirement de salle de concerts, de salle de galas, de salle pour grosse bouffe, bref, de salle à malec pour bamboulas diverses (faut bien rentabiliser).
    Au plafond se trouve une fresque splendide (de vers 1722) représentant le miracle du bienheureux (parfois saint) pèlerin "Günter" (ou "Günther?", "blahoslavený Vintíř" en Tchèque, vers 955 - 1045) représenté avec un paon (symbole de la délivrance des vanités de ce bas monde) et qui serait enterré dans la fameuse crypte d'au-dessus ("Günter", l'enterré, pas le paon, quoi que, peut être aussi...). Alors le miracle dont il était question, je ne vous en dirai rien parce que je ne l'ai pas écouté tellement je photographiais ce somptueux plafond, et d'ailleurs je ne sais même pas si notre plaisant bénédictin en a soufflé mot car j'étais loin,
    tellement je photographiais ce somptueux plafond. Bref, ouvrez l'encyclopédie Bondieusardilis et vous trouverez bien ça quelque part, pour ceux que ça intéresse (ah oui, et laissez-moi un commentaire aussi, que je sache de quoi qu'il en retourne).

    Pis il y a l'orgue, dans la basilique, qui serait l'oeuvre du facteur Tobias Meysner (ou "Meissner", du village de "Velká Ves u Broumova", "Großdorf" en Allemand des Sudètes).
    Mais ce qui rend cet orgue bougrement intéressant, c'est la boîte, enfin l'armoire, le truc que l'orgue il est dedans. D'ailleurs il n'y est plus, l'orgue dedans, car l'original a été remplacé il y a longtemps, mais la boîte est restée. Compte tenu de son originalité et de sa beauté, les experts s'accordent à l'attribuer au fils "Dientzenhofer" ("Kilián Ignác") ce qui constituerait une curiosité fichtrement intéressante car "Kilián" était architecte, et non faiseur de boîte à orgue. Mais après tout, il a également dessiné des autels (dans les églises), des portails, suggéré des statues, des vitraux, des boules d'escalier et de multiples objets hétéroclites
    (un vrai touche à tout ce Mr Bricolage), alors pourquoi pas une armoire à orgue? Ce qui conduit les experts à une telle hypothèse audacieuse, c'est la boîte à orgue dans l'église Ste Edwige de l'abbaye polonaise de "Lehnické Pole" ("Legnickie Pole" en Polonais, ou "Wahlstatt" en Allemand). Elle présente exactement les même traits d'originalité, le même nez tordu, le même front plat, et devinez qui a construit cette église Ste Edwige? Ben ouais, "Kilián Ignác Dientzenhofer". Alors hein, pourquoi pas l'armoire, après tout?

    Pis y a les trucs que j'ai pas vus, alors grosse frustration... et parmi ceux-là, les autres salons (chinois, bleu...) mais surtout la bibliothèque, magnifique, avec ses armoires baroques et rococos, plus belle (la bibliothèque) que le "Klementinum" selon certains qui l'ont vue, mais je ne sais même pas si elle est ouverte, de temps en temps ou sur commande. Une autre fois je la verrai peut être, mais j'ignore si l'on me laissera encore photographier? Lorsque les religieux furent chassés par les con-munistes, l'édifice fut réquisitionné par le ministère de l'intérieur et servit d'entrepôt et de stockage des nombreuses archives de l'administration.
    Et croyez-moi, les bolcheviks, ils s'y connaissent en paperasse bureaucratique de toute sorte qu'il faut archiver un jour. Inutile de vous dire que le couvent souffrit énormément de la présence de ces foireux, et non pas tant par manque total d'entretien, mais principalement par dégradation et dévastation pour ainsi dire volontaire. Ah il nous en a raconté des anecdotes l'amical frocard. Pis en montant dans la salle Marie-Thérèse, vous en verrez des photos compromettantes dans les escaliers, d'époque les photos, comme d'après la restitution (1990). Comme quoi c'est pas des affabulations de mystiques, ni des règlements de comptes sournois entre dépossédés cléricaux et nationalisateurs marxistes.
    Bref, ce qui est sûr, c'est que les bénédictins ont sacrément mis la main à la pâte (et accessoirement au porte monnaie) pour restaurer et sauver ce qui pouvait encore l'être après les 50 ans de saccage et de destruction (et de pillage?) par les artisans incultes du socialisme prolétaire. Chapeau bas mes frères! Et avant d'en terminer avec cette publication, j'aimerais vous informer de l'existence de l'hôtel Adalbert dans l'enceinte même de l'abbaye. C'est un peu excentré du centre ville (17 min en tram jusqu'au "Malostranské náměstí", à côté du pont Charles, ou 25 min jusqu'à "Národní třída", à côté de la place Venceslas), mais c'est au calme, plus au calme il n'y a pas.
    Je n'ai jamais invité l'hôtel personnellement (car je ne recherche pas le calme :-) alors je ne suis pas en mesure de vous en dire du bien ni du mal, fiez-vous à la description de leur site Internet, et si jamais vous y séjournez, mettez-moi un p'tit mot. Merci. Je caresse fermement l'espoir qu'un certain pourcentage de vos dépenses sera reversé dans la maintenance et la restauration du sublime édifice, et vous pourriez de surcroît en profiter pour demander une visite organisée et personnalisée du site, hein, c'est pas une idée bonarde ça? Demandée gentiment et accessoirement appuyée par une obole conséquente, je doute que les moines vous la refuse, cette visite.